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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 11:41

RaviColtrane 5051RAVI COLTRANE QUARTET
15 NOVEMBRE 2012
Salle Grappelli à Nice


Le 15 novembre 2012 la salle Grappelli à Nice recevait le saxophoniste Ravi Coltrane (dont le dernier album « Spirit Fiction » a été le sujet d’un article de Mr Jean-Marc Gélin dans les DNJ) .

Il était accompagné par David Virelles au piano, Dezron Douglas à la contrebasse et Johnathan Blake à la batterie.

Il est difficile d’écrire sur un concert que l’on a peu aimé. Pourquoi écrire alors ? Ne doit-on communiquer aux lecteurs que des émotions positives ? Je dois dire que je n’aurais fait aucun commentaire si ce concert n’avait été pour moi plus qu’un sujet musical, s’il n’avait pas tenu en lui une dimension psychologique fort intéressante à mes yeux. Et cette dimension affecte non seulement le jeu de Ravi Coltrane lui-même mais aussi son public.

On ne peut en effet appréhender la musique de Ravi Coltrane sans prendre en considération ce qui a été à la fois l’accélérateur de sa carrière et certainement l’inhibiteur de sa personnalité de musicien : son illustre père !

Comment venir à un concert de Ravi sans penser à John ? Je défie quiconque qui était dans la salle hier soir de n’avoir eu à l’esprit la musique de John Coltrane et de ne l’avoir comparée à celle de son fils au moins inconsciemment ! Quelle barrière infranchissable que cette comparaison !

Car, par ailleurs, comment tenir un saxophone entre ses mains lorsqu’on est le fils de celui qui en a été un maître quasiment adulé au rang du divin ?

Et bien l’on fait certainement comme Ravi le fit lors de ce concert : être irréprochable sur ce que l’on peut acquérir par le travail, c’est à dire la technique. Et cela compense ce qu’il est plus compliqué d’atteindre : le style, le son, la beauté….

 

RaviColtrane 5042

 

Car technique voire virtuose ce concert l’était ! et ceux qui venaient là pour le frisson des tempi défrisants étaient servis !

C’est ainsi que le quartet a fait défiler le « Skippy » de Thelonious Monk à la rapidité de l’éclair  au point qu’il en est presque devenu « Slippy ».

Figuraient également au répertoire quelques morceaux de l’album, « Clues », une composition de Johnathan Blake, sœur de « Evidence » de Thelonious Monk dont d’ailleurs citation fut faite par David Virelles et « Emotion » , un morceau de Dezron Douglas.

Vous avez dit émotion ? …

Ravi Coltrane, qui a donné son exclusivité au tenor, avait un son assez dur. Ce n’est pas pour me déplaire… Mais ses interprétations et ses improvisations avaient la même qualité, ce qui pour moi est plus gênant. C’est ainsi que j’ai attendu l’instant de beauté au fil des flux ininterrompus de notes - quasi logorrhées - des incisions viriles rompues à la vitesse et la puissance. J’ai attendu….

Le jeu souple et inventif de David Virelles, jeune pianiste prometteur, auquel d’ailleurs les musiciens ont laissé un large espace d’expression (surtout après que le technicien du son lui ait ajouté un bon brin de gain pour l’extirper de la décidément bien massive batterie de Johnathan Blake)  était mon seul salut…..Avec également les improvisations de Dezron Douglas, dont le visage arborait en permanence un sourire émerveillé et qui fut largement apprécié pour sa façon délicate et pointue de jouer, rejouer encore et encore, comme le ferait une dentellière sur son ouvrage, un même motif en le découpant chaque fois différemment.

Le « son de groupe » manquait. Il faut dire que Johnathan Blake et Dezron Douglas n’étaient pas prévus puisque le programme annonçait Kariem Riggins et Robert Hurst. Il arrive cependant dans le jazz que des musiciens remplaçants s’intègrent comme par magie et sans que l’on puisse l’entendre à un ensemble déjà formé. Je n’ai pas trouvé que cette magie mystérieuse avait opéré lors de ce concert.

 

RaviColtrane 5035

 

Au-delà de l’ascendance paternelle et de l’héritage culturel auxquels Ravi Coltrane comme son public ne peuvent échapper demeurent des points d’achoppement qui, peut-être, demanderaient un travail de libération d’avantage mental que technique. Je m’aventure à écrire que ce qui explique la « froideur » (selon mon ressenti tout personnel) de ce concert tient plus d’une peur de rivaliser avec son père que d’une incapacité à l’expression émotionnelle. Tout artiste quel qu’il soit a ses influences et sait bien à quel point il est ardu de s’en détacher. Mais lorsque cette influence se double d’une lignée biologique, d’une imprégnation culturelle depuis l’enfance et de l’interdit inconscient de rivaliser avec le « Père », cela revient à « couper le cordon musical », et cela, c’est peut-être le plus difficile travail qui soit.


Yaël Angel


 

 

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