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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 14:58

 

reve_elephant_pourquoi_pas_un_scampi_225.jpgW.E.R.F 090

 

Collectif du lion


 

On peut vraiment faire confiance à nos amis belges pour les trouvailles d’humour loufoque et surréaliste. En voilà bien un nouvel exemple avec cet album superbe du Rêve d’ Eléphant Orchestra. Sur un « improbable territoire », nos amis d’outre quiévrain ont une manière originale d’aborder le quotidien dans toute son « étrangeté ». Une perception du réel troublante rejoint un sérieux difficile à maintenir, d’où ce sens affiché de l’auto-dérision qui se manifeste dès la pochette et le titre de ce dernier opus d’un groupe marrant et sérieux à la fois. Pourquoi pas un scampi ? en effet avec ce détective très « Herlock Sholmien » en couverture.

L’équipe est mixte et musicalement du moins, le lion flamand s’entend avec le coq gaulois, comme on le voit au dos de la pochette : ce groupe est donc co-produit par le Collectif du Lion de Liège, la structure de Werf basée à Bruges, vitrine du jazz flamand et la Communauté française de Belgique. Certains de nos musiciens français comme Sébastien Boisseau ou Laurent Dehors aiment à traverser la frontière.Les deux Français du groupe débordant d’énergie sont ici le guitariste Benoît Eils et le trompettiste Alain Vankenhove.

La musique, avec de telles formations mixtes, n’a que faire des divisions linguistiques et politiques. Et l’on aime ça. Vraiment !

Tous les styles existent dans ce petit pays, ouvert sur les métissages, l’apport des cultures exogènes.

Rêve d’Eléphant Orchestra en est un exemple signifiant avec un son singulier, un « archestra » qui marie toutes ces influences, à la frontière du jazz, du rock, du traditionnel : un vocabulaire et une grammaire communs avec cependant une expression poétique singulière, au delà même de l’improvisation. Une créativité débordante anime les auteurs de ces musiques, le tromboniste tubiste Michel Massot, le flûtiste Pierre Bernard.

Le rythme étant essentiel, deux autres batteurs percussionnistes rejoignent un des leaders d’origine Michel Debrulle, Etienne Plumer et Stephan Pougin (au bodhran, derbouka, congas).

 

Après Racines du Ciel en 2001 et Lobster Caravan en 2004, cet album nous entraîne sur le terrain d’une fanfare électrisée qui aimerait sons et rythmes exotiques. Un peu à la Kusturica, à la différence près qu’ils ne sont que sept. Tout cette petite bande se libère, et même s’il ne s’agit pas d’un big band -pas de section- en exploitant une formidable palette de couleurs et de timbres pour faire sonner la musique. Car la mélodie est une donnée essentielle: avec Rêve d’Elephant, ça chante tout le temps, et le son de la formation est toujours cohérent, souligné par un arrangement orchestral intelligent. Ainsi, la version du morceau de Jacopo da Bologneest proprement ébouriffée et séduisante.

Voilà aussi tout un répertoire de formes qui prennent sens, au sein de compositions où chacun sait faire entendre sa voix, unique au sein du collectif :  ostinatos au trombone, riffs nostalgiques de guitares (« Loxodonde»), motifs qui s’annoncent, prennent le temps de s’installer jusqu’à la douce transe (« Dromadaire », « Mon éléphant »), contrepoints aux connotations baroques parfois, unissons des soufflants en introduction aux envolées cuivrées ou flûtées...

On aime cette musique vigoureuse et tendre, non exempte d’exigence, qui sait aussi émouvoir avec une narration propice à la mélancolie, à l’expression douce amère d’un tempérament nordique.

 

Sophie Chambon

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Published by Sophie Chambon - dans Chroniques CD
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