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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 22:58

Gaya Music Production 2013

Samy Thiébault ( ts), Julien Alour (tp,fgh), Méta (vc ,perc),  Sylvain Romano (cb), Philippe Soirat (dm), Adrien Chicot (p), Alexandre Freiman (g)

samythiebault.jpg

Attention les oreilles ! Le disque que l'on pressentait, la galette que l'on attendait du jeune saxophoniste prodige Samy Thiebault arrive enfin dans vos bacs. Et n'allez pas dire que l'on ne vous aura pas prévenu !

Disons le tout net : cet album est une vraie tuerie et va faire grand bruit. Pour tous ceux en tous cas qui goûtent au mythe coltranien et qui ne se sont jamais remis de l'un des plus grand quartet de l'histoire du jazz ( Coltrane, Mc Coy Tyner, JimmyGarrisson, Elvin Jones). Car c'est bien sur cette veine que le saxophoniste s'inscrit, après "Gaya Scienza" en 2007 et "Unpanishad Experiences" en 2010 dans une esthétique coltranienne évidente qu'il parvient à détourner tout en lui restant fidèle.

Au titre du judicieux détournement d'abord :  cette idée géniale de faire intervenir un chanteur, Méta,  assez exceptionnel pour faire ressortir au delà d'un ancrage modal fort, des inspirations world ( brésiliennes ou orientales) qui se conjuguent merveilleusement avec cette approche, chantant dans les quarts de tons ou flirtant avec des mélismes poétiques. Mais dans l'amour que le saxophoniste porte à Coltrane il y a aussi le versant plus hard (bop) auquel il se réfère volontiers en s'appuyant alors sur un Julien Alour particulièrement flamboyant et sur une rythmique qui n'a rien à envier aux belles mécaniques du label Blue Note façon 60's ( Some other song) propulsée par un grand Philippe Soirat à la batterie toujours prompt à relever tous les propos. Quelques moments de grâce émergent comme ce " les yeux de N " totalement envoûtant dans une atmosphère flottante déambulée par la voix gracieuse de Méta comme une danse lascive aux arabesques découpées par Samy Thiebault. Et puis il y a la force de l'expression toujours présente, cette force du dire et cette urgence de la poésie brute, terrienne, épicurienne, dionysiaque ( pour reprendre le titre d'un des morceaux). Qu'il y ait là une sorte d'hommage à Baudelaire n'est donc pas surprenant. Cet album est charnel.

Mais à tout seigneur tout honneur, le maître de cérémonie c'est bien le saxophoniste lui même qui prend avec cet album-là une tout autre dimension. Une incroyable épaisseur. Car ce que l'on pressentait sur « Gaya Scienza », ce que l'on guettait comme potentiel chez lui explose ici au point de le hisser au niveau des grands  ténors. De ceux qui affichent dans leur jeu autant de virilité que de sensualité. Avec puissance et velours du timbre. Et sortir un album de cet acabit, avec ce qu'il a de remarquable au niveau de la direction artistique, de la composition, des arrangements et de la conception globale tout en parvenant à hisser son jeu à un tel niveau est quelque chose de rare, qui n'est donné qu'aux plus grands.

Jean-Marc Gelin

 

 

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