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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 23:57

Sophia-Domancich---Snakes---Ladders---verso.jpg


Cristal Records/ Harmonia mundi

 

 

Sophia Domancich continue à nous charmer, et avec ce nouvel opus Snakes and Ladders, à nous surprendre. Elle trace résolument sa route, enrichit son parcours de nouveaux paysages, essences, cultures et civilisations. Les photos de pochette et le titre, sur lequel nous reviendrons, suggèrent qu’elle fait route vers l’Est, via un détour
par l’Espagne avec le bouillant Andalou, Ramon Lopez, le complice du «Flower trio» qui s’invite de ses paumes et de sa voix, sur la guitare de Louis Winsberg, dans un titre de sa composition, le dépaysant « Mis manos te acarician ».
Mais la grande surprise (encore que Sophia Domancich soit une fidèle de l’univers de Robert Wyatt et une amie de longue date de John Greaves) est d’avoir réservé une aussi grande place aux voix et à leur pouvoir d’évocation. On plonge immédiatement dans une étrange familiarité, une inquiétante étrangeté à l’écoute de ces timbres irréels, de voix maléfiques  de contes de fée : ainsi Himiko Paganotti (Magma) dans cette ritournelle
« In the box », évoque l’atmosphère genesienne de « The musical box » dans Nursery Cryme (1972), « théâtre d’un conte fantastique et tragique… où une boîte à musique devient la porte ouverte sur un imaginaire fascinant ».
Il y a aussi plein de petits bruits déconcertants, de grésillements, d’eaux qui ruissellent, de nappes de son pour le moins effrayants, comme dans un film fantastique du grand Tim Burton avec la troublante Helena Bonham-Carter. Et encore tous ces bruissements perpétuels de la vie auxquels Jocelyn Moze et Jef Morin ne sont pas étrangers.
On pense enfin à d’autres BO avec la voix aimée, rauque et sauvage, râpeuse de John Greaves, dans « High tide on the ebb» ou «Est-ce l’heure du thé?», celle plus grave et chaude du slammeur américain Napoleon Maddox, qui égrène ce refrain entêtant, cette ritournelle d’«Isabella Sand » dans «The Island ». Puis surgit la voix « ancestrale » de Robert Wyatt sur un titre « Wilderness » que Sophia reprend seule.
Ce n’est pas du jazz, Sophia Domancich le reconnaît bien volontiers, même si elle ajoute qu’elle a « l’esprit jazz.» Question aussi de génération, d’époque, de cycles, de cercles pas « vicieux » qui renvoient à une révolution permanente : les quinquas ont naturellement écouté du rock et de la pop anglaise teintée ou non de
blues.
Si cet album de Sophia Domancich diffère de ses précédents, en duo avec Simon Goubert, en trio avec JJ Avenel, ou même en formation plus développée comme dans le quintet Pentacle, l’équipe dont elle sait s’entourer, est celle de la famille de coeur et d’esprit, les frères et sœur de son. Autour d’elle et de Simon Goubert, le complémentaire, discrètement efficace, des proches entourent la pianiste dans cet ensemble très anglo-saxon, autour des poèmes de Jacqueline Cahen, traduits par l’ami de toujours, John Greaves.
On continue d’avancer sur cet échiquier, ces combinaisons de mantras, avec le piano envoûtant, dans une répétition qui débouche inéluctablement sur une forme et un sens. Le fond intimiste et mélancolique de la musique de Sophia est toujours là avec ces brisures, ces motifs entrecoupés de silences, alors que Simon Goubert joue des peaux et des cymbales, colore subtilement, en contrepoint des figures rythmiques, répétitives elles aussi.
Pourquoi cet album maintenant ? Au lieu de s’aventurer sur des «terra incognita», Sophia Domancich fait retour, reformule, synthétise, opère un bilan (horrible mot, trop connoté comptable ou médical) ; elle regarde dans le rétroviseur pour continuer à avancer, depuis le Funerals de 1991. Pour avancer, il faut oublier, dit-on. Pas si sûr .Car, on ne fait jamais table rase mais on peut continuer à créer, transformer, vivre, en explorant les relations entre mots et musiques, sens et sons.
Si cet album soigné, sophistiqué même, qui fait la part belle au re recording et au travail de post enregistrement, a pris du temps, il est singulièrement abouti.
Eclairons enfin le sens du titre Snakes and ladders, qui renvoie à un jeu de société, d’origine indienne (avec vertus et démons), prisé des enfants anglais, qui se joue avec un plateau et des dés. Ainsi l’aléatoire est de la partie, car « jamais un coup de dés n’abolira le hasard »…

 

Sophie Chambon

 

PS:

A l’occasion de la sortie de l’album de Sophia Domancich «Snakes & ladders » , retrouvez Sophia Domancich et ses invités sur l’unique  concert du jeudi 09 décembre 2010 à 21h00 au Triton , 11 bis rue du Coq Français 93260 Les Lilas

 

Avec Sophia Domancich : piano, claviers

           John Greaves: voix

           Himiko Paganotti: voix

           Jef Morin : guitare


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