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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 21:24

 

Just Looking / Harmonia mundi

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Une belle surprise que ce disque qui vient de sortir sur le label Just looking : il réunit de façon fort homogène compositions originales et musiques de films revues par deux formidables virtuoses  qui n’ont pas peur de reprendre des compositions d’autres musiciens. Cet album confirme la tendance plus qu’esquissée aujourd’hui  de prendre pour standards des musiques de films. Le domaine de la musique de films a connu un foisonnement créatif tel que l’on oublie les reproches souvent formulés de parent pauvre de la composition, ou de pis-aller alimentaire.  Si beaucoup de metteurs en scène n’ont pas eu une imagination et une vision musicales  très affirmées, il y eut tout de même des tandems qui signèrent  parmi les plus belles partitions du cinéma.  Les B.O de Bernard Herrmann pour Hitchcock,  de Michel Legrand pour Jacques Demy, Nino Rota  pour Fellini, Ennio Morricone pour Sergio Leone ont enchanté littéralement la mise en scène, modelé le montage. Qu’est ce qu’au juste une bonne musique de film ? Doit-elle se faire entendre ou oublier ?  Est-elle seulement au service de l’image ou a-t-elle son identité propre ?  Le compositeur Alexandre Desplat  (qui a signé la musique des films de Jacques Audiard entre autres)  avoue  avoir écouté les musiques de Nino Rota avant de découvrir les films de Fellini. Car les grandes musiques de cinéma portent en elles une identité forte. Très récemment, le contrebassiste de jazz Stéfane Kerecki (après Stéphane Oliva pour Godard ) a rendu hommage à la Nouvelle Vague en un album concept très réussi.

Ainsi  peut on comprendre la formation d’un couple rare- on n’a pas dit improbable- celui du saxophoniste alto et ténor Stefano di Battista (que l’on est heureux de retrouver) avec le guitariste bayonnais Sylvain Luc. Cette collaboration est particulièrement féconde, créant ici la partition d’un film imaginaire et parfaitement original. Cela commence très fort sur un enivrant rythme funk, celui de  Ray Charles  dans son inoxydable « I got a woman ». Jouant admirablement sur les contrastes Di Battista passe ensuite au soprano pour cette ballade  issue de la musique de Sir William Walton composée  pour le film Henry V de Laurence Olivier,  en 1944, orchestrée à l’époque par Muir Mathieson « Touch her soft lips and part ». Quand la musique est aussi subtile et ... bonne,  pourquoi se priver de la reprendre et d’en jouer une variation ? La guitare cristalline perle et s’ajointe à la douceur exquise et perçante du timbre du soprano. Et puis surviennent ces madeleines sonores que le duo nous propose avec talent, en compagnie (ne les oublions pas) de Daniele Sorrentino (basse et contrebasse) et Pierre François Dufour (batterie et percussions) : « Otto e Mezzo », « Giu la Testa » (Il était une fois la Révolution), « Love Theme for Nata »  (Cinema Paradiso). Notre Michel Legrand octogénaire toujours vaillant et prolifique, a signé aussi en plus de tubes incontournables comme «La chanson des Jumelles », des originaux comme ce « Dingo Rock » des plus percutants.

La force de ces musiques revisitées est qu’elles apportent quelque chose d’inattendu, ont leur vie propre, sont écoutées sans leurs images d’origine, se projettent dans  ce que les auditeurs peuvent demander, espérer, désirer. Ainsi le thème moins connu de Cinema Paradiso a sa force propre et la transition avec « Arrivederci » de Stefano di Battista se fait plus qu’en douceur, dans une parfaite continuité : les deux musiciens  sont de merveilleux  créateurs d‘ambiance et travaillent au delà des images, comme ce très réussi « Sauvage » du guitariste sur lequel s’envole di Battista, qui communique une fièvre à laquelle on ne résiste pas.  

Si on continue à reprendre aujourd’hui Cole Porter, Irving Berling, on revoit aussi les chansons plus « actuelles » de Randy Newman, Joni Mitchell, Radiohead. Et le domaine immense de la musique de films s’avère un répertoire dans lequel puiser sans complexe. Souhaitons que cette tendance perdure avec des créations aussi réussies que celles de ce Giu la Testa : « To pay respect to the melody » disent les Américains, on ne peut que souscrire à cette idée quand l’hommage est rendu avec talent, compréhension musicale , énergie et...sensualité.

Sophie Chambon.

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