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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 08:05

 

 Stefano Di Battista était hier soir au festival Jazz à Saint Germain où il donnait en concert au théâtre de l’Odéon son album « Woman’s land ».

L’occasion pour les DNJ de l’attraper quelques instants à l’Hôtel Lutetia et de revenir sur cet album consacré aux femmes avec un grand « F ».

 

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© Jean-Batiste Millot

 

Stefano, j’étais à La Villette à l’automne dernier lorsque vous présentiez cet album en avant première. Plus on vous entend et plus le plaisir que vous avez à jouer semble évident …

 

 

S.B : Disons qu’à 42 ans il faut trouver la clé de ce pourquoi on fait les choses. Bien sûr je fais de la musique parce que c’est mon métier et que cela me permet de gagner ma vie. Mais jouer sur scène c’est aussi un moment particulier où l’on a un privilège, où l’on partage quelque chose avec d’autres musiciens. Alors ça vaut le coup de profiter de cet instant. Quand je joue avec quelqu’un comme Jeff Balard, l’instant est rare et donc je préfère le passer en m’amusant (sans que cela ne soit péjoratif).

 

 

Cette dimension de plaisir gourmand se retrouve aussi dans votre écriture

 

S.B : C’est quelque chose qui me fait plaisir d’entendre ça. Et c’est vrai que lorsque j’écris de la musique, j’essaie aussi de m’amuser. Je trouve qu’avant je me prenais un peu trop au sérieux. Maintenant je laisse les choses aller naturellement. D’ailleurs le disque, je l’ai écrit de manière très naturelle.  Je n’ai pas écrit une seule note sur le papier.  Simplement comme ça, en me baladant avec ma fille, je me mettais à chanter une mélodie ou un scat. En fait ce disque est né d’une sorte de curiosité qui est apparue en même temps que sa naissance, par rapport au monde féminin. Mais techniquement cela ne m’a pas demandé beaucoup de travail. C’est juste des thèmes qui me sont venus comme ça pendant que je la promenais avec la poussette…. Alors comme je n’avais rien pour noter je m’enregistrais en chantant sur mon Iphone.

 

 

Vous avez donc privilégié la ligne mélodique

 

S.B : Oui parce que les thèmes, je les ai créés avec la voix et donc cela devient très mélodique. Je peux faire un scat un peu bop et cela devient le thème qui va s’appeler Ella Fitzgerald et ça c’est plutôt une démarche un peu facile. Mais c’est forcément dans un cadre mélodique parce que je n’ai pas travaillé à la table.

 

Vous êtes donc parti du personnage et la mélodie est venue ensuite ou bien est ce que une fois la mélodie crée, vous avez pensé à telle ou telle femme ?

 

S.B : Non, nous avons d’abord vrai un travail de documentation sur les femmes que nous avions choisi.

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Il y a une vraie fraîcheur liée à cette création instantanée. Ce doit être difficile de ne pas perdre cette fraîcheur lors de l’enregistrement en studio ?

 

S.B : On a essayé de garder cela. J’ai fait ce disque avec un de mes amis, journaliste, Gini Castaldi. Il est intervenu un peu comme directeur

© Jean-Batiste Millot

artistique. Il intervenait comme une sorte de critique de jazz en temps réel. Alors à chaque prise il nous disait «  non ce truc là, ça va pas, faudrait mieux le faire comme ça ». Alors on se voyait avec les musiciens et on se disait «  mais non, il y connaît rien ce type c’était super ». Finalement après l’avoir refait comme il nous le disait le résultat était bien meilleur. Ainsi le morceau Madame Lily Devalier, nous l’avions prise sur un mode New Orléans, mais sur les conseils de Gin0 il s’est totalement transformé pour donner la version du CD qui est beaucoup plus enthousiaste. On est plus dans le registre de la joie.

 

 

Certains thèmes s’imposent d’eux même comme Ella qui part en sorte de scat, Coco Chanel où vous évoquez Sydney Bechet au soprano ou encore Lara Croft sur le mode James Bond girl. D’autres le sont moins comme par exemple ce morceau dédié à Rita Levi, cette chercheuse neurologue prix nobel de chimie. Comment parvenir à écrire sur ce thème ?

 

S.B : C’est particulier puisque c’est justement le morceau où il y a un invité, le chanteur brésilien Ivan Lins qui chante sur ce thème. Je lui avais demandé de mettre des paroles sur ce thème. Du coup lorsqu’il a mis des paroles en portugais, bien sûr, lui ne pensait pas à Rita Levi. Il a pensé à une Rita Levi plus romantique, plus « femme », que celle à qui j’avais pensé et du coup la compo s’est un peu transformée, alors que moi je pensais plus, musicalement à une Rita Levi italienne.

 

 

Dans la conception même de l’album, faire un album sur les femmes, dans le contexte machiste de l’Italie d’aujourd’hui, il faut y voir une arrière-pensée politique ?

 

S.B : Non ! Si cela avait été politique on aurait dû le faire bien avant. Non c’était juste un acte d’amour envers les femmes. Du moins je crois.

 

 

Mais sur ce thème-là vous auriez pu faire un triple, quadruple ou quintuple album …..

 

S.B : C‘est sûr. Chaque fois que moi ou Gianni on découvrait une femme remarquable on appelait l’autre pour lui raconter son histoire. On a beaucoup lu et l’on s’est documenté sur ces femmes, en tout cas sur celles qui étaient moins connues. Après tout est du registre de l’imagination. C’est vrai que d’aller d’un personnage comme Maria Lani ou Luc jusqu’à Lara Croft, c’est assez …ouvert, non ?

 

De toutes ces femmes quelle est votre préférée ?

 

S.B : Dans la dernière composition Woman’s land, il y a un personnage caché, une voix qui parle d’une femme qui se nomme Alda Merini. C’est une grande poète italien. Elle a créee une forme en improvisant des poèmes et son travail est magnifique. A part ça la femme que je préfère c’est……. Hum je ne sais pas trop, Joséphine Baker je crois.

 

 

Choisir c’est renoncer. Il y a des femmes que vous regrettez de ne pas avoir mis.

 

S.B : Non car je garde le format ouvert. Il y a des femmes qui apparaîtront dans des prochains disques ou bien dans des concerts. Et puis c’est un concept qui donne la possibilité de faire du spectacle autrement. Par exemple en projetant des images derrière nous et donner au spectateur une autre conception. J’imagine que quelqu’un sur scène, un journaliste ou un écrivain viendrait expliquer en quelques phrases le personnages et qu’ensuite nous jouerions avec ces images projetées. Je crois que cela stimulerait l’imaginaire du spectateur autrement.

 

 

Parlons des musiciens et notamment de Jonathan Kriesberg et de Jeff Balard. Comment s’est fait ce choix ?

 

S.B : Jonathan cela s’est fait par Reno Di Matteo qui est mon agent. Il me l’a proposé et je suis allé sur internet et j’ai regardé sur Youtube et j’ai vraiment beaucoup aimé de qu’il faisait. Je me suis dit que cela pourrait vraiment le faire sur ce projet. Quant à Jeff, je suis un grand fan de Joshua Redman et je les ai vus jouer souvent ensemble. J’aime son côté sanguin, presque organique dans sa façon de jouer.

 

 

Vous restez très acoustique, pas d’envie d’intégrer de l’électronique dans votre musique ?

 

S.B : Oui pourquoi pas. Mais pour l’instant le format acoustique est celui qui me convient le mieux.

 

 

Avec vous on pense surtout à l’alto et on a tous en tête votre album sur Charlie Parker. Vous vous révélez de plus en plus comme un  grand joueur de soprano. C’est le même rapport à l’instrument ?

 

Non c’est bien sur différent et tout dépend de ce que je veux jouer et de l’intention que je veux donner. Bien sûr lorsque je vouais évoquer Sydney Bechet dans l’album c’est le soprano qui s’imposait. C’est quelque chose qui est important pour moi, être respectueux du style de  mes maîtres. Et je trouve beaucoup de plaisir en passant d’un instrument l’autre, de changer de référence. Le soprano sur Coco Chanel m’évoque le Paris très élégant de ces années-là.

 

 

Est ce que vous travaillez beaucoup l’instrument ?

 

Non, pas suffisamment. Ces derniers temps avec la naissance de ma fille je l’ai un peu délaissé. Je travaille un peu mais c’est vrai que je passe de plus en plus mon temps libre, lorsque je ne suis pas en tournée ou en concert à m’occuper de ma fille. Et le rare temps que j’ai de libre j’aime le passer à travailler le son.

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© Jean-Batiste Millot

 

Propos recueillis le 16 mai 2011 par Jean-Marc Gelin

 

 Dernier album :

"Woman's land"

Discograph 2011

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Stefano Di battista (as, ss), Jeff Ballard (dm), Jonathan Kriesberg (g), Francesco Puglisi (cb), Julian Olivier Mazzariello (p), Roberto Tarenzi (p), Ivan Lins (voc), Fabrizio Bosso (t)

 

 

 

 

 

 

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