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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 11:16

un DVD de Claude Santiago

La Huit 2009-10-12

Abiodun Oyewole, Dahveed Nelson, Felipe Luciano, Jalal Mansur Nuridin, Umar Bin Hassan, Babatunde, Ronald Shannon Jackson, Jamaladeen Tacuma, Robert Irving III, Kenyatte Abdur-Rahman

Co-production Banlieues Bleues,

 

 

Nous vous parlons ici d’un temps que les moins de vingt ans etc…… Le temps de Black Panthers, le temps d’avant, le temps où les Noirs américains croyaient à la révolution par les armes, écrivaient des poèmes et inventaient alors un rap soluble dans le jazz et la funk. Les pères fondateurs du slam et du spoken word.

En 2008, à l’occasion de Banlieues Bleues ( la Huit décidément fonctionne en joint venture avec le fameux festival), Claude Santiago profitait de la reformation occasionnelle du groupe mythique The Last Poets pour faire se raconter et refaire l’histoire de ce groupe légendaire. Sans faux-semblants, ces papy’s révolutionnaires, malgré leur séparation et leurs querelles intestines gardent encore aujourd’hui le poing fermement levé, s’insurgent toujours et encore contre un monde à refaire, appellent aux armes avec un peu moins de véhémence mais rêvent toujours d’un lendemain qui chante. Ce n’était pourtant à l’époque qu’une histoire de gosses des rues qui sans en avoir conscience détournaient les prêches pour faire avec leurs mots, leur slang, une arme contondante. En 1960 Abiodun Oyewole ( né Charles Davis Jr) n’avait pas 19 ans et Felipe Luciano en avait tout juste 22 ans lorsque sorti la bande son de «  Right on ». « On se sentait partie prenante d’une révolution  mondiale » dit l’un.  «  à l’époque c’était du brut, du cash » dit l’autre.

Et c’est à l’occasion d’un concert donné à Banlieues Bleues et filmé le 11 avril 2008 à l’Espace Fraternité d’Aubervilliers,  ainsi que lors des séances de répétition et d’une master Class ( où l’on y voit David Murray en spectateur attentif) que Claude Santiago a laissé tourner la caméra, laissant chacun de ses membres d’exprimer et revenir sur l’histoire de ce groupe.  Mais si l’ouvrage est assez louable, plutôt bien réalisé ( sauf ces sempiternelles images filmées en taxi que la Huit ne cesse de nous resservir à tout bout de champ), privilégiant un graphisme très 70’s, il reste cependant dans une démarche très statique. Si le montage est très bien fait et apporte un réel rythme, on aurait cependant  aimé une approche un peu plus interactive avec l’interviewer. Mais surtout il est dommage que ce film n’ait pas été la base d’un vrai travail rétrospectif et documentaire sur le groupe, avec mise en perspective et images d’archives. Il est dommage aussi qu’en pleine campagne électorale et à la veille de l’élection du premier Président Noir de l’histoire des Etats-Unis ils n’aient pas été amenés à s’exprimer sur le sujet, les enfermant ainsi dans une sorte de vision autiste de l’histoire. De leur histoire.

Il n’en reste pas moins que ce travail de mémoire, cette plongée dans l’histoire des Last Poets montre que les banditos ont bien  gardé en eux cette fraîcheur juvénile intacte, cette même envie de foutre encore le feu et surtout la même énergie à faire damner la moitié des groupes de rap d’aujourd’hui. Et la rencontre renouvelée de ces pères fondateurs (à l’exception de Gylan Kain et de Suliaman E-hadi décédés) et de ces immenses musiciens que sont le batteur Ronald Shannon Jackson ou le bassiste Jamaladeen Tacuma ne trahit pas ses promesses. Au delà des textes, mis en valeur par leur sous-titrage (indispensable), la musique se revèle l’expression du climat d’une époque, d’une esthétique du black power que l’on retrouve avec délectation.

Les héros ne sont pas fatigués. Juste terriblement lucides sur l’histoire de ce monde qu’ils ont pourtant contribué à leur manière à changer un peu. Pourtant, en fin de DVD, ce constat amer et poignant de la part de ces grands pères poètes-combattants qui de guerre lasse laisse poindre leur amertume de l’après, du rap d’aujourd’hui, des gangs et des trafics des cités : «  On ne peut pas leur en vouloir puisqu’on ne leur a rien laissé ». Le cercle des poètes n’a finalement pas disparu.

Jean-Marc Gelin

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