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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 21:47

15 Avril 2011

« One Way… or Another  » (Collectif Onze Heure Onze)

Sortie prévue en Mai 2011

 Guilhem-Flouzat.jpg

Les Dnj : Tu es, si l’on peut dire un jeune musicien français, aujourd’hui exilé à New York et leader d’un premier disque aussi audacieux qu’excellent. Mais quel fut ton parcours ? Par quelles étapes es-tu passé pour arriver jusqu’ici ?

 

Guilhem Flouzat : Les étapes fondamentales de mon développement artistique et personnel ont commencé par ma participation à 14 ans à un stage de Jazz qui m’a fait découvrir cette Musique, « Les Enfants du Jazz de Barcelonnette », ainsi que le bonheur de jouer en groupe et tout ce que cela peut avoir d’épanouissant. Après mon Bac, je suis ensuite passé par une classe préparatoire littéraire pendant deux ans où j’ai pu approfondir plusieurs langages, plusieurs domaines comme par exemple celui de la philosophie, ce qui m’a donné un certain goût pour les lettres, pour l’écriture et tout simplement pour l’élaboration de concepts divers. Par la suite, je fus élève au sein de plusieurs établissements scolaires dédiés à la Musique, notamment au conservatoire du 9e arrondissement de Paris, à l’EDIM… etc… J’ai surtout eu l’occasion de pouvoir suivre une formation pendant 2 ans au département Jazz du CNR de Paris sous la direction de Jean-Charles Richard. J’ai ensuite intégré la classe de Jazz du CNSM de Paris que j’ai dû quitter en cours de cursus pour m’inscrire à la Manhattan School de New York. Au CNSM, j’ai pu être mis en contact avec toute cette scène « improvisée » et orientée vers la Musique contemporaine, en rencontrant des musiciens incroyablement créatifs. C’est lors de mon arrivée à New York que j’ai pu rencontrer des musiciens beaucoup plus ancrés dans les racines du Swing, avec des batteurs à la fois capable de jouer des grooves, de la Musique latine et aussi du Swing. J’y ai remarqué un rapport plus professionnel à la Musique. Pas forcément aussi créatif et original que ce que j’ai pu voir à Paris, pas toujours en tout cas, mais toujours très consistant techniquement. Tout au long de mon parcours, j’ai eu l’occasion de prendre des cours avec des professeurs très important, notamment Franck Aghulon avec qui j’ai fait l’apprentissage de la batterie Jazz, et ensuite Eric Harland qui lui m’a aidé à venir à New York, et avec qui je suis encore en contact dès que je peux. Voilà en gros ce qui fait que j’en suis là aujourd’hui, avec ce mélange de Musique et de littérature qui a donné naissance à cet album en écrivant des compositions qui ne soit pas seulement des thèmes-improvisation-thèmes, mais qui raconteraient indubitablement des histoires.

 

Les Dnj : Dans ce disque évoluent Tigran Hamasyan, Antonin Hoang, Ben Wendel, Laurent Coq, Michael Valeanu, Matteo Bortone et Simon Tailleu. Quels ont été les circonstances de vos rencontres ? Et comment s’est fait le choix d’être entouré par de tels artistes ?

 

Groupe.jpgGuilhem Flouzat : Le choix s’est fait de façon assez naturelle, puisque j’aime être entouré de musiciens qui me défient artistiquement et personnellement, qui me poussent à me remettre en question, mais qui en même temps soient des amis. C’est le cas de tous les musiciens sur ce disque. En fait, je voulais faire un compromis entre un groupe américain issu des rencontres que j’avais pu faire aux Etats-Unis et les artistes avec lesquels j’avais grandi en France, en qui j’ai profondément confiance et qui m’ont toujours inspiré. Cela concerne d’ailleurs l’ensemble des musiciens du disque, ils m’ont toujours impressionné et poussé à sortir de mes ornières musicales. Michael Valeanu, c’est mon plus vieux complice musical, c’est lui que j’avais rencontré à Barcelonnette et nous n’avons jamais cessé de faire de la Musique ensemble depuis ce moment-là. Antonin Hoang, Matteo Bortone et Simon Tailleu sont des personnes que j’ai rencontrées lors de mon entrée dans l’univers du CNSM, qui me donnent beaucoup d’inspiration en tant que musicien et en tant que personne. Ils sont tous les trois des amis avec qui j’ai une relation artistique depuis maintenant à peu près 5 ans. Quant à Laurent Coq, il a été une de mes rencontres fondamentales, une rencontre que j’ai faite à l’Edim. Il y animait à ce moment-là un atelier Jazz dans lequel je jouais et il m’a transmis ce que pouvait être l’exigence de pouvoir jouer en groupe, d’être attentif à la forme d’un morceau, et puis surtout l’engagement absolument sans concession que demande le fait d’être musicien. Il a toujours eu une présence musicale incomparablement riche, étant extrêmement appliqué quoiqu’il fasse, avec une grande culture et un univers créatif très cohérent. En ce qui concerne Tigran Hamasyan et Ben Wendel, je les ai rencontrés à New York lors de sessions musicales, je les ai approchés car j’aimais beaucoup ce qu’ils faisaient respectivement dans leurs groupes, notamment celui de Ben, « Knee Body ».

 

Les Dnj : Les compositions qui résonnent dans ce premier disque ont chacune le point commun de développer un univers sonore très particulier. Par ailleurs, elles ont été enregistrées en l’espace de deux jours. Quels ont été tes influences premières ? Combien de temps a-t-il fallu pour les écrire ? Quelle place tient la part d’improvisation dans un tel projet ?

 

Guilhem Flouzat : Comme je savais que Tigran Hamasyan et Ben Wendel seraient à Paris à la fin de l’été, j’en ai profité pour leur proposer d’enregistrer, ce qui m’a permis d’avoir en quelque sorte une date butoir pour composer. J’ai profité de tout l’été qui a précédé l’enregistrement pour écrire ces compositions. J’ai été influencé par le batteur John Hollenbeck que j’ai beaucoup écouté l’année dernière, chez qui j’apprécie la conception linéaire et architecturale de l’œuvre musicale, c'est-à-dire que l’on commence quelque part en construisant un édifice laissant des espaces où ensuite évoluent les improvisateurs. J’ai été aussi beaucoup influencé par Brian Blade et Fellowship, et évidemment par des références un peu plus françaises comme l’impressionisme, Ravel, Debussy… etc… c’est d’ailleurs ce que j’ai eu dans l’oreille depuis tout petit. J’ai pratiqué aussi sur cet album un procédé qui me tient à cœur qui consiste à prendre un morceau de Musique, le disséquer et le réduire à ses composantes élémentaires, manipuler ensuite ce matériel déjà existant en œuvre plus personnelle. Cela me permet d’avoir une matière à façonner et d’allier ma Musique à des morceaux que j’aime. J’ai procédé de cette manière sur « Stompin’ », en référence à « Stompin’ at the Savoy », aussi avec « Agin », qui à la base n’est autre qu’un morceau de D’Angelo. En gros, voici comment je m’y suis pris. Cela m’a pris deux mois pour écrire ces huit compositions. Concernant la place de l’improvisation, il y a quelque chose de fondamental pour moi qui relie la façon dont le son prend corps au sein du groupe et les musiciens qui le composent. Ces musiciens improvisateurs m’ont d’ailleurs considérablement influencé lors de l’écriture de ces compositions. Dans « Sometimes at Night », c’était pour moi une évidence de faire participer d’abord Antonin Hoang pour le premier solo, Ben Wendel pour le second. Sur « Agin », j’ai pensé à Ben directement, puis à Michael Valeanu pour la deuxième partie. Ce qui fait que la place qu’occupe l’improvisation est très importante, même si elle est délimitée. Je voulais une continuité totale entre ce qui était composé et ce qui était improvisé, d’où, pour moi, l’importance d’une identité forte pour chaque composition pour pouvoir justement faire participer chaque musicien en tant que personnage de ces histoires.

 

Les Dnj : L’étroite collaboration avec le collectif Onze Heure Onze et de son directeur artistique Alexandre Herer t’a donné l’opportunité de réaliser ce disque sous l’égide de ce collectif. Comment s’est présentée cette opportunité ?

 

Guilhem Flouzat : C’est moi qui ai pris l’initiative de contacter Alex Herer car je connaissais déjà les gens qui participent au collectif Onze Heure Onze, je les appréciais artistiquement et personnellement. C’est un collectif de musiciens à la fois très dynamiques et très intègres, qui font de la belle Musique honnêtement. Je pense qu’à l’avenir ils vont apporter beaucoup de choses à la scène française. Plutôt que d’essayer d’obtenir de l’aide de personnes plus haut placées et peut être moins disponibles, j’ai préféré travailler en collaboration avec des personnes qui soient des amis et que j’apprécie artistiquement. En tout cas, je pense sincèrement que ce collectif apporte déjà quelque chose de considérable à la scène Jazz actuelle, même si cela ne fait que commencer et que c’est encore une petite structure. Alex Herer est quelqu’un qui fait énormément de choses.

 

Les Dnj : J’imagine que beaucoup de concerts sont prévus dans les mois qui suivront la sortie de ce disque. Maintenant que ce premier opus a vu le jour, quels sont actuellement tes projets pour l’avenir, aussi bien en tant que leader qu’en tant que sideman ?

 

Guilhem Flouzat : Justement, j’y travaille en ce moment. Je suis en train d’organiser une tournée à l’automne prochain dans les clubs parisiens et européens, et très certainement à New York l’année prochaine, avec y compris un passage par les festivals. Etant donné que je suis encore étudiant et que mon emploi du temps reste encore assez chargé, j’essaye de m’en occuper dans les espaces restants. Par ailleurs, je participe actuellement à beaucoup de projets en tant que sideman avec notamment le quartet de Michael Valeanu. Je vais par exemple participer à un évènement organisé par la Villa Gillet, la célèbre institution lyonnaise, auquel je donnerais la réplique en duo au saxophoniste Ned Rothenberg, proche collaborateur de John Zorn. Ce que j’essaye en tout cas de faire, c’est d’évoluer avec un spectre musical aussi vaste que possible. Je veux absolument conserver ce rôle de sideman car il informe et il enrichie mon rôle de leader. Si on est que leader, on perd un peu quelque chose du travail de musicien et du fait d’être capable aussi de se conformer à l’imaginaire de quelqu’un d’autre. Un autre imaginaire que le sien.

 

Les Dnj : Prenons-nous au jeu d’une célèbre baronne : si tu avais trois vœux à formuler, quels seraient-ils ?

 

Guilhem Flouzat : Mon premier vœu serait que la politique culturelle en France et en Europe demeure ce qu’elle est, car elle reste encore très précieuse malgré le déclin de ces dernières années. Ce qui n’est pas le cas aux Etats-Unis où il n’y a pas les avantages de cette politique. Mon deuxième vœu serait de jouer avec quelques héros. Je rêverais de jouer avec Herbie Hancock par exemple. Mon troisième vœu serait de vieillir comme Roy Haynes.

 

Propos recueillis par Tristan Loriaut pour les Dernières Nouvelles du Jazz, Vendredi 15 Avril 2011.

 

 

GUILHflouzat

EM FLOUZAT : " One way"

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Published by Tristan Loriaut - dans Interviews
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