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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 19:32


unknown-pleasures-joy-division-de-l-interieur-de-peter-hook.jpgTraduction de Suzy Borello
Editions Le Mot et le Reste
Collection Attitudes
www.atheles.org/lemotetlereste

 A la fin des années soixante dix, Peter Hook (Hooky) est l’un des membres fondateurs de Joy Division avec Bernard Sumner, Ian Curtis et Stephen Morris. Après son précédent ouvrage, déjà publié aux éditions Le Mot et le Reste, l’Hacienda, la meilleure façon de couler un club, il raconte, dans le même style simple, direct, alerte (impeccablement traduit par Suzy Borello), l’histoire trop courte du groupe qui allait révolutionner le visage de la musique, en revitalisant le rock à l’ère du post punk, élaborant un son nouveau, sombre, halluciné, hypnotique et si intensément juste qu’il déterminera l’engagement de groupes comme The Cure, Echo & the Bunnymen, Wire et Radiohead.
Rappelons que le mot punk était déjà employé dès le milieu des années soixante pour des groupes amateurs jouant un rock primaire aux Usa. Le mot réapparaît et se démocratise avec les SEX PISTOLS...le sexe comme éloge de la transgression rock...Un groupe adulé par les gothiques dont les deux albums sortis entre juillet 79 et juin 80, Unknown pleasures et  Closer  forment un testament aussi monochrome que leur pochette.
 Quatre garçons pas vraiment dans le vent, des  prolétaires qui avaient une certaine vision artistique, sans en avoir toujours les moyens techniques. Fantasque, jovial, le bassiste de Joy Division, Peter Hook raconte ses souvenirs sans trop enjoliver, avouant ses turpitudes avec une bonhommie confondante et beaucoup d’humour. On s’amuse énormément dans les premiers chapitres qui racontent l’enfance. Et puis il y a ce noir et blanc des souvenirs de ce groupe composé de sales gosses, de ces lads du nord de l’Angleterre, des Mancs  toujours prêts à en découdre avec les cockneys ou ceux de Chelsea. Ils passent leur temps à se faire de sales blagues, à boire, à déconner... « Du vin, des femmes et des chansons ». Ils vivent encore chez leurs parents, à l’exception du chanteur Ian Curtis, marié et bientôt père de deux enfants.  Ils mènent une vie très dure, travaillant le jour et faisant leur gig le soir, conduisant, rangeant, plaçant et déplaçant leur matos, ne touchant que des sommes dérisoires,  les conditions des concerts étant  très différentes de celles d’aujourd’hui. Aucun confort et souvent le froid glacial. Des instruments rassemblés à la-va-vite, bricolés et un van pourri que conduit  Hook en ronchonnant, car il doit en plus, payer l’entretien et  les réparations. Aucune solidarité dans la bande !
Le groupe se laissa manœuvrer et manager par le producteur fou Martin Hannett, remodelant à sa guise les enregistrements de ces gamins qui ne comprenaient rien à ce qui se passait. Leur seul plaisir était de jouer, d’en découdre sur scène, de se laisser aller à l’ alchimie de cette formation, relégant par exemple, dans Unknown Pleasures, les guitares au fond du mix pour mieux capter les échos hantés, la voix sépulcrale d’Ian Curtis. La vie du groupe et de son chanteur devient une étrange balade, avec comme décor, une ville qui se délite sous les coups du thatchérisme, tout en donnant naissance à un son résolument nouveau, imprégné d’une sourde révolte, une résignation hurlée.
 Le suicide d’Ian Curtis marque la fin du groupe. Curtis ne fait même pas partie du club des 27, puisque mort à 24 ans ! Miné par son divorce, ses crises d’épilepsie de plus en plus sérieuses -elles augmentent avec le succès et le rythme infernal des concerts- il convulse sur scène. Il  finra par se pendre au matin dans la cuisine de son petit appartement de Macclesfield, près de Manchester, juste avant  le départ pour une tournée aux USA.
Peter Hook  le répète souvent, et on ne peut que tenter d’imaginer comme lui , ce qui aurait pu être. On sent bien toute la peine du bassiste et son remords actuel de n’avoir rien compris à la détresse morale, physique du chanteur et d’avoir laissé faire.  Un soir par exemple, il retrouve le chanteur inconscient,  dans les toilettes, blessé. Une fois ses esprits retrouvés, Curtis fera quand même son concert. A sa mort, ses camarades, s’ils ont continué et créé NEW ORDER dans le prolongement de JOY DIVISION, n’ont voulu ni pu remplacer le lead singer. Et c’est tout à leur honneur...
Le très beau film Control d’Anton Corbijn réalisé en 2007 avec Sam Riley (lui même rocker) dans le rôle d’Ian Curtis traduit cette vie en circuit fermé, qui, très vite,  saisi d’une accélération folle, conduit à une impasse. Fatale. Peter Hook y fait souvent référence, soulignant  juste quelques différences. Il corrige ainsi quelque peu l’image d’Ian Curtis, protéiforme et caméléon, épris d’absolu, très « arty » mais aussi semblable aux autres membres du groupe, dans certaines frasques ou délires  très imbibés. « Il avait le projet et nous on était ses outils pour le mettre en œuvre ». Pas vraiment de tiraillement entre sensibilités musicales distinctes. Du moins sur scène. « La plupart des batteurs se contentent de taper comme des sourds. Steve, lui jouait de la batterie. Cela se voyait qu’il avait été dans un trio jazz, parce qu’on aurait dit qu’il avait fusionne le ressenti et la subtilité du jazz avec la puissance et l’énergie du rock et du punk ». Car curieusement, en dehors des concerts, chacun retrouve ses petites mesquineries, son égoïsme.
Les éditions marseillaises Le mot et le reste ont fait un excellent travail, avec une mise en page astucieuse, des chronologies intercalées, les titres de chapitres qui reprennent quelques formules choc. Un graphisme intrigant de lignes diffractées. Une lecture plus que plaisante, puisqu’on prend le livre et on ne le lâche plus. On retient l’excellente suggestion  que nous propose Peter Hook d’écouter chaque album piste par piste, en suivant son décryptage. D’intelligentes « liner notes » après coup.  Des titres qui sautent à la gorge  dont la liste montre l’ambiance délétère de ce groupe qui pâtit au début, de leur nom tiré de l’histoire nazie. Et pourtant, il n’y eut jamais aucun engagement ou fascination envers les nazis.
Enlevé, percutant et instructif, voilà un témoignage sur une époque pas si lointaine et pourtant déjà révolue, un portrait à l’acide d’une certaine Angleterre que l’on retrouve dans les films de Mike Leigh ou Ken Loach, une  balade nocturne et froide. Ce groupe météorite a marqué une page de l’histoire du rock. C’est aussi un peu de notre histoire personnelle et la nostalgie fait le reste.
Unknown pleasures/Joy Division vu de l’intérieur(382 pages- broché  26 euros)
Sophie Chambon

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Published by Sophie Chambon - dans Livres - BD
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