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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 23:07

ViennaArtOrch Notion1985-2010 – Hat Hut

 

Article Paru le 20 septembre 2010.

 

 

M. Rüegg (dir, arr), L. Newton (voc), H. Kottek (tp,flh), H. Joos (tp, flh, alphorn), W. Pushnig (as, ss, fl), H. Sokal (ss, ts, fl), R. Schwaller (ts), C. Radovan (tb), J. Sass (tu), W. Schabata (mar, vib), U. Scherer (cla), H. Kaenzig (b), J. Dudli (dms, perc), W. Reisinger (dms, perc), E. Dorfinger (sound)

 

Vous n’êtes pas sans le savoir: le VAT, c’est fini. Le 10 juillet dernier, le suisse Matthias Rüegg, chef d’orchestre, compositeur et arrangeur du Vienna Art Orchestra, l’a annoncé laconiquement sous une forme nécrologique (« Game Over ») sur le site de l’orchestre. La raison invoquée est réelle et cruelle : faute de financement, après le désistement du principal sponsor et malgré les efforts de la Ville de Vienne, le couteux orchestre ne peut continuer l’aventure. La disparition de cette icône des big bang de jazz est évidemment une terrible perte pour la musique après trente-trois ans de brillants services. Cette édition d’A Notion In Perpetual Motionest la troisième depuis la première en 1985 sur le label suisse Hat Hut. A cette époque, le VAT a huit d’existence et est en passe de devenir une figure emblématique de la décennie : l’orchestre tourne beaucoup en Europe et dans le monde et on s’accorde à dire que cet orchestre détient toutes les clés de la modernité, tout en s’appuyant sur la tradition. Le succès est complet, la réussite véritable.

Modernité, parlons-en. C’est justement ce qui vient à l’esprit avec cette réédition : il n’y a pas l’ombre d’obsolescence dans cette musique qui explose et jaillit à tous les endroits, aux moments où l’on s’y attend le moins. La présence de Lauren Newton est des plus intéressantes et enrichissantes pour l’orchestre : la chanteuse partage sa voix avec l’orchestre et certains instruments, prend appui sur leur phrasés ou la rythmique pour improviser ou s’en détacher totalement dans des envolées et onomatopées Free (« Voices Without Words »). Elle sourit à la force vibratoire de l'orchestre et la stimule. Au Fender trafiqué ou pas, Uli Shererflirte, déjà, avec des rythmes et sonorités largement employées dans l’électro d’aujourd’hui (« Woodworms in the Roots »), dépasse les idiomes jazz-rock/fuion en les transcendant et swingue l’instant d’après. La place de choix revient au batteur et percussionniste Joris Dudliqui charpente aussi bien les rythmique d’un orchestre ellingtonien, basien ou qui s’envole vers le cosmos de l’Arkestra de Sun Ra (« Sight from South-Carinthia »). Sans oublierHerbert Joosau cor des Alpes sur “French Alphorn” qui montre la grande liberté que s’offrait l’orchestre. Cette orchestre, ce jour-là, prend la pleine dimension de son art et s'exalte complètement. Pour faire un parallèle audacieux avec un autre art qu'est la danse moderne, on peut s'amuser à « youtuber » (on dit bien googler...) et regarder la splendide performance de Trisha Brown, filmée par Babette Mangolte (Watermotor 1978) et écouter le VAT: l'effet est troublant car, avec un peu d'imagination, la musique semble adhérer à chaque partie du corps de la danseuse comme si les notes sortaient de chacun de ses mouvements.

Véritablement, on ne parvient pas à trouver la moindre trace d’ennui dans ces 77 minutes de musique et c’est là qu’on regrette vraiment la disparition de ce formidable Vienna Art Orchestra et de ne pas être le mécène qui le remettra en route..

 

Jerome Gransac

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