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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 08:24

Act 2011

Vijay Iyer (p), Prasanna (g, vc), Nitin Mitta (tablas)

 VijayIyerTirtha-1.jpg Comme il le dit lui même dans ses notes, le pianiste Vijay Iyer, en s'entourant de musiciens indiens vivant aux Etas-Unis n'a surtout pas voulu faire une musique "fusion" qui sonnerait " indienne". Une musique qu'il aurait été facile d'étiqueter " world musique". La tentation est pourtant bien grande, mais le propos est bien au-delà et il s'agit avant tout ici d'une rencontre inspirée entre trois musiciens qui ont composé leur propre matériau et qui trouvent là matière à l'expression de leur propre culture musicale et à leurs propres racines qu'il n'est bien sûr pas question de gommer. A trois ils inventent un langage syncrétique autour de ce thème titre : Tirtha qui " signifie passage ou gué et désigne un lieu de pèlerinage à proximité des eaux sacrées, suggère un espace liminal entre fluide et solide, un seuil entre deux mondes" (*).

On ne saurait mieux exprimer cette atmosphère mystérieuse et envoûtante, cette nébuleuse entre raga et jazz, cet espace mouvant d'improvisation qui donne cette tonalité fascinante. L'entame de l'album (Duality) c'est justement cela : l'entrée dans un "entre-deux mondes". Le guitariste, Prasana réinvente devant nous la guitare avec un jeu qui à lui seul incarne ce syncrétisme et qui transforme tous les sons de son instrument en ceux d'un Sitar. On entend clairement dans son jeu autant de Paco de Lucia que de Ravi Shankar. Un slide aux modulations envoûtantes nous plonge dans cet univers flottant que les harmoniques de Vijay Iyer ancrent dans un jazz plus occidental. Nitin Mitta l'un des plus prometteurs joueurs de tabla, fraîchement auréolé de plusieurs récompenses obtenues dans les meilleures écoles de Calcutta, fait vibrer cette musique en faisant circuler le fil d'une énergie jamais rompu. C'est la palpitation accélérée d'un corps en mouvement. Tout évoque dans cet album ce croisement des mondes comme dans Polytheism au titre bien choisi, où Vijay Iyer évoque plutôt un Andrew Hill et où Prasanna se débarrasse de ses idiomes traditionnels pour s'ancrer dans une modernité plus prche de nous ( écouter sur ce titre le jeu époustouflant de Nitin Mitta....)

Dans cette sorte de danse à trois, dans cette façon qu'ils ont aussi de discourir sur des terrains qui portent la trace d'une histoire partagée, on entre avec un mélange de fascination et d'élan presque mystique. Un peu à la manière parfois de ce que l'on ressent à l'écoute de la transe gnawa.

Une superbe réussite.

Jean-Marc Gelin

 vijayiyertirtha2.jpg

 

 

(*) tiré des liner notes de Vijay Iyer

 

Retrouvez l’intervie réalisée par Linel Eskenazi pour les DNJ sur

IYER par Ailleurs… Une rencontre avec Vijay Iyer

Le projet de Vijay Iyer sera présenté le 5 avril dans le cadre du festival de banlieues Bleues.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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