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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 11:29

« VISITING JAZZ. Quand les Jazzmen américains ouvrent leur porte »

Thierry Pérémarti

Editions le Mot et le Reste

2009 – 372p

 

visiting-jazz.jpg

 

On se souvient avec un petit pincement au cœur de ces pages que signait Thierry Pérémarti dans feu le mensuel Jazzman. Deux petites pages où, pendant plus de 10 ans le journaliste qui vit Outre Atlantique nous racontait ses visites auprès des jazzmen américains. Des interviews faites là où toute interview digne de ce nom devrait se dérouler, dans l’intimité de leur appartement, dans leur salon, leur jardin ou leur bureau, au plus près de leur quotidien.  C’est que Thierry Pérémarti n’a pas son pareil pour briser vite la glace et approcher une certaine forme de complicité avec son sujet. Quelques minutes au plus près du cœur de ces anciennes gloires passées et pour quelques-unes (rares), encore actives de l’histoire du jazz. Je me souviens encore, non sans émotion de ma lecture de cette rencontre avec Freddie Hubbard parue quelques jours avant la mort du trompettiste (Rencontre mise à nue où le trompettiste nous dévoilait sa volonté farouche de revenir sur scène). Allant de la côte ouest à la côte Est, ces deux pôles essentiels, le journaliste est aller puiser dans le who’s who d’un jazz capté au travers de moments émouvants parce qu’emprunts de simplicité. Ces moments où l’interviewer et l’interviewé se laissent aller à une discussion sans but, sans objet, dans le flottement d’un souvenir suscité par Thierry Pérémarti que l’on sent en amour total de ses sujets, de ceux qui ont tant d’heures de gloire à leu actif qu'ils en incarnent le jazz . Henry Grimes, ce rescapé qui, pour le coup a repris du service après des années d’errance, en témoigne. C’est alors un défilé des héros du jazz : 77 musiciens captés ainsi entre 1999 et 2009 qui pour certains ont disparu depuis (Zawinul, Hubbard, Anita O’Day….), d’autres restant encore très présents aujourd’hui ( Erskine,  Shorter, Frisell ….). Et toujours quel que soit leur statut, ils livrent à leur nouvel « ami » français bien autre chose que ce que l’on a l’habitude de lire dans les interviews un peu « conventionnelles », des moments de souvenirs intimes.

Pourtant si au hasard des pages actu du mensuel on se trouvait happés par ces rencontres hors du temps et chaque fois décalées par rapport à la frénésie boulimique de l’actu du jazz, l’alignement dans un ouvrage unique de ces brèves interviews de ces musiciens pour  beaucoup à la retraite, donne l’impression d’un jazz sépia tout droit sorti de la résidence de Bleuets version limite sénile du jazz à l’heure du thé et des petits gâteaux dans le salon juste avant la promenade de 17h. C’est le  revers de la médaille de ces héros fatigués dont on avait oublié que malgré leur habit de lumière il s’agissait aussi d’hommes et de femmes qui tondent leur pelouse, jouent avec leur chien et font la cuisine. Moyenne d’âge à tout casser 75 piges.


Mais l’on passe outre cette vision un pue passéiste du jazz. Car l’écriture magnifique et délicate de Thierry Pérémarti suffit à nous émouvoir, à nous émerveiller avec les yeux de gosses qui rencontreraient pour de vrai leurs héros en chair et en os. Et nous sommes un peu dans l’émerveillement de ceux qui découvrent ainsi la profonde humanité de ceux qu’ils ont tant idolâtré.

L’ouvrage est précédé d’une très belle préface d’Alex Dutilh qui fut durant toutes ces années le Rédacteur en Chef de Jazzman et qui laissa à Pérémarti cette belle liberté. Cette audace du décalage. Jean-Marc Gelin

 

 

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commentaires

P

Bonjour,
J'ai consacré une de mes récentes émissions à cet ouvrage magnifique. Peut être l'écouter vous intéresserait? Elle est toujours en écoute, en podcast aussi, sur mon site
http://jazzapart.free.fr
Cordialement,
Pierre


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C


Bonsoir Jean-Marc et tout d'abord heureuse année 2010 à toi et à tes proches.

Je ne pense pas qu'on puisse parler en ces termes (3ème §) de musiciens tels Zawinul, Hubbard, AOD et on pourrait ajouter Jack Costanzo, Ernie Watts, et le paquet de West Coasters également
interviewés). L'âge des créateurs n'a rien à voir ni avec la vigueur de leur inventivité (Zawinul, Shorter, ou d'autres) ni avec une vision "passéiste" du jazz. Au contraire c'est une belle
vision "verticale" (rarement adoptée) dans le temps de l'épopée du jazz qui se déploie là. Il s'agissait bien, dans ces pages de plonger dans l'intimité et dans l'histoire du jazz, guidés dans
les coulisses par les intéressés. Difficile de le faire avec des musiciens de 30-40 ans qui n'ont pas connu ses âges d'or...

En revanche, ces pages ont été parfois utilisées pour éviter de rendre l'hommage musical et esthétique qu'il convenait (pas de papier sur l'apport et la carrière de F. Hubbard sous prétexte qu'il
y avait eu l'interview Pérémarti qques semaines avant sa mort). Cela c'était (certes ponctuel mais) limite à mon sens...et en rien imputable à Pérémarti lui-même d'ailleurs.


 


Bien à toi,

S.Carini




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