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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 22:58

Aum Fidelity 2010

Lewis Barnes (t), Sabir Mateen (as, ts, fl), Darryl Foster (ts, ss), Dave Burrell (p), William Parker (cb), Hamid Drake (dms), Leena Conquest (vc), Amiri Baraka (vc), Lafayette Gilchrist (p), Guillermo E. Brown (dms ); New Life Tabernacle Generation of Praise (choir)

 

williamparkeriplantostayabeliever-copie-1.jpg  Ceux qui étaient au festival de la Villette en 2007 se souviennent certainement du concert mémorable que donna le contrebassiste William Parker autour de son projet dédié au chanteur Curtis Mayfield. Concert qui fut donné quelque temps plus tard à Rome et dont l’enregistrement « live » fait l’objet du double CD présenté ici.

Projet cohérent s’il en est, dans la démarche du contrebassiste que l’on sait attaché à la grande musique populaire Noire Américaine et plus précisément à la musique engagée dont le chanteur Curtis Mayfield fut l’une des icônes contestataires mythiques.  Curtis Mayfield qui incarnait dans les années 70 ce tournant de la soul music au-delà de la Motown ( Mayfield signa chez le label Curtom records) fut l’un des tous premiers à mettre sur ces musiques sirupeuses des paroles politiquement et socialement engagées remettant en cause les contours de la société américaine, bien au delà des revendications du mouvement noir. ET C’est cette sorte d’inscription génétique dans le génome de William Parker que l’on sait attaché autant à Duke Ellington quà ce patrimoine de la musique populaire américaine qui trouve ici son terrain d’expression festif.

Car la force du projet de William Parker est de parvenir sur ce terrain-là, à en faire une véritable agape aussi joyeuse qu’explosive dont la subversion vient autant de son message politique que de son ancrage populaire. Et William Parker qui, associé à ses camarades de jeu, fait exploser la joie comprend tout ce que contient chez Curtis Mayfield l’association de la musique et de la force rageuse ou ironique de ces paroles alliées à des chansons  aux mélodies douces et diablement efficaces. Là exactement où la musique populaire devient le support d’un engagement combatif. Et il était donc tout à fait logique de retrouver pour ce projet la chanteuse Leena Conquest (pour les mélodies) et Amiri Baraka (Leroi Jones, autre figure légendaire de la pensée noire Américaine) pour la force des textes ravageurs.

En restant au plus près de l’original, William Parker offre une musique de tous les diables qui groove, qui danse, qui chante la soul qui vire au funk et qui tourne au jazz. Tous les acteurs sont ici ultra galvanisés en commencant par Lewis Barnes intenable à la trompette, Sabir Mateen qui porte l’alto à son paroxysme ou encore Darryl Foster, autre compagnon de toujours de la bande Parkerienne, totalement déchaîné. Les morceaux de près de 20 mn chacun font durer la transe à l’énergie bouillonnante ou, comme toujours quand ils sont associés depuis si longtemps, William Parker et Hamid Drake (certainement l’un des plus grands batteurs de son époque) jouent en totale osmose télépathique. La soul part en free jazz dans une figure pas très nouvelle mais toujours aussi forte. Et il faut entendre le travail des deux saxs sur Freddie’s Dead pour approcher le feu qui couve entre colère et joie du cri. Leena Conquest quant à elle est toujours superbe rendant vie autrement au chanteur disparu au crepuscule de l’an 2000 sur I plan to stay a believer. Il faut entendre cette dynamique galvanisée sur I’m so Proud ou sur If there’s a hell.

Certes les acteurs emportés dans le geste oublient parfois leur justesse comme sur ces intros sur It’s Allright ou sur Move on up. Ce dont on se fiche royalement puisqu’ils ne sont pas là pour sonner juste mais pour tout autre chose. Ils sont là pour faire chanter et danser et puis rire et faire la révolution. De la soul au jazz, les acteurs parviennent toujours à créer des ponts évidents dans une énergie qu’ils prolonge de l’un à l’autre. Le public exulte et William Parker s’offre aussi la participation d’un chœur pour entreprendre un New World orderà la sauce reggea qui tourne définitivement au festif, à la joie de vivre, à l’explosion populaire et bon enfant. Et sur Pepole get ready cette tournure de bacchanale rend la musique à la rue et c’est totalement passionnant et c’est la vie en marche et c’est le moment exalté et c’est l’explosion de joie et de rires , la colère contre un monde injuste qui s’exprime dans un immense tourbillon de gaîté de vivre. La musique et le texte ne prenennt pas une ride et leur force provient aussi de leur acuité. Le jazz est là. Il est bel et fort bien là. Avec nous. Avec les gens. Et le jazz n’a jamais été aussi vivant.

Jean-Marc Gelin


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Published by Dernières Nouvelles du Jazz - dans Chroniques CD
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