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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 06:36

Personnel détaillé dans le livret. « Jazz Icons ». Naxos 2009.


On ne parle plus beaucoup de Woody Herman, et pourtant…Clarinettiste, altiste, l’homme a d’abord et surtout marqué l’histoire du jazz par sa passion pour les big bands, imposant le sien au travers de diverses moutures (du tout premier : « The Band Who Plays The Blues » aux « Heards » successifs) pendant plus de cinquante ans. Celle que nous propose ce DVD, enregistré lors d’un concert donné en 1964 à Londres pour la fameuse émission « Jazz 625 », est en tous points remarquable, c’est l’une des plus belles phalanges, des plus virtuoses et des plus homogènes aussi, que Woody ait dirigées durant cette période particulièrement difficile pour les grandes formations (Quincy Jones dut dissoudre la sienne en 1962, le big band de Basie est à la même époque en phase déclinante, etc.). Très bien filmé, l’orchestre est disposé en « V », debout derrière le leader, et donne son impressionnante mesure sur un répertoire dédié au blues, dans ses déclinaisons alors les plus actuelles (« Sister Sadie » de Horace Solver, « Better Git In Your Soul » de Mingus) mais aussi les plus classiques (« Jazz Me Blues »), à des standards savamment revisités (le traitement rythmique de « After You’ve Gone »), sans exclure les inévitables chevaux de bataille de l’orchestre (« Caldonia », « Four Brothers »). L’exécution est limpide, l’orchestre s’impose comme une machine rutilante rompue à la précision implacable d’un travail de section qui sert admirablement les partitions tout en manifestant, selon les cas, le sens des nuances ou la force de frappe adéquats. Une bonne part de cette indéniable réussite repose sur le robuste pianiste à lunettes d’écaille, Nat Pierce, arrangeur-compositeur-road manager, qui avait déjà officié chez Herman au début des années ‘50 (« Sig Ep » marquant sa filiation avec les arrangeurs basiens alors que l’époustouflant « That’s Where It Is » souligne ce qui le relie au Count pianiste, y compris dans la composante stride de son jeu). Mais elle doit aussi beaucoup au drive implacable dispensé par la paire rythmique Chuck Andrus / Jake Hanna (ce dernier deviendra plus tard le batteur attitré de la maison Concord) et, bien sûr, à des solistes triés sur le volet qui, balayant un spectre stylistique d’une belle diversité, vont constamment à l’essentiel (les ténors Joe Lovano et Sal Nistico – au staccato et au débit si impressionnants, c’est en quelque sorte le Paul Gonsalvès de l’orchestre ; le tromboniste Phil Wilson, le raffiné trompettiste Billy Hunt, entre autres). Comme le rappelle le livret, la très grande majorité d’entre eux était issue des rangs du bostonien Herb Pomeroy, pédagogue influent, talentueux band-leader lui-même et trompettiste sensible qui éclaira de ses choruses les formations de Charlie Parker et de Serge Chaloff entre autres. On ne pouvait rêver plus beau passage de relais…

Stéphane Carini




 

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commentaires

C

c'est en '65 que j'ai vu W.H. à Antibes, la même année que Coltrane ! quand on pense qu'il ne reste rien à l'INA, les concerts ayant été compilés pour émission télé, les bandes détruites ensuire,
misère !


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C

bravo pour nous remettre en mémoire ce Woddy là et ses fabuleux orchestres ; je l'ai vu à Antibes cette là, puis plus tard à Montreux avec toujours le même plaisir, et Bill Chase, quel trompettiste
!.


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