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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 22:00

 

 

 

On ne peut que saluer le geste. Et un sacré sens du timing ! Que Yann Martin choisisse l’album de Thomas Savy pour fêter le 100ème album du label « Plus loin » n’est  certainement pas dû au hasard. Une pierre, deux coups : sortir dans le même temps cet album magistral du saxophoniste français et s’offrir par là même une assez belle couverture médiatique. Et c’est avec le sourire des modestes que Yann Martin que nous rencontrions ce jour là dans un café de Montparnasse, savourait ce beau coup de projecteur. Rencontre avec un patron de label heureux.

 

 

yannmartin

D’abord il y a le physique qui se marie avec le caractère que l’on devine bien trempé, de ce breton (fier de l’être, comme tous les bretons) qui a volontairement choisi de se tenir éloigné de l’agitation de la capitale pour élire domicile à Rennes. Une gueule de marin qui en a vu d’autres. Physique volontaire et verbe incisif. Lorsqu’on lui demande pourquoi il ne fait aucun évènementiel à Paris pour célébrer ce centième, il fait poliment remarquer qu’un concert a justement été donné au festival « Jazz à l’étage  la Liberté » à Rennes, manière pour lui, transfrontalier convaincu, d’affirmer que le centre de la France doit se déplacer un peu hors des arènes de Lutèce. 

Mais revenons sur ce parcours impressionnant de ce label tout droit issu de l’ancien catalogue Nocturne, autre label qu’il a co-fondé en 2001. Au départ rien ne prédestinait cet hautboïste amateur à se consacrer au jazz, qu’il avoue avoir d’abord découvert par les contraintes du métier. Directeur commercial chez Media 7, il travaille avec Harmonia Mundi distributeur de quelques labels prestigieux comme Sketch (le label de son copain Philippe Ghielmetti), Enja ou Label Bleu. Quelques beaux fleurons du jazz s’il en est. A force des les côtoyer, de les défendre, Yann Martin dont ce n’était pas forcément l’univers au départ, se met à aimer les jazzmen et leur musique et décide de se lancer dans l’aventure en créant Nocturne en 2001 avant de s’en séparer en 2006 pour divergences de vues artistiques. Il fonde alors  « Plus Loin Musique » embarquant avec lui une partie des artistes et du catalogue.  Et c’est avec une équipe réduite, et une foule d’idées galvanisantes que Yann Martin se relance à nouveau dans l’aventure axée essentiellement sur la production de jazzmen français.

Aujourd’hui Yann tourne avec 40/45 artistes dont une 15aine qu’il suit depuis longtemps. Pensez que depuis le début de l’aventure, il a lancé (ou relancé)  des artistes comme Antoine Hervé, Pierrick Pedron, Pierre de Betmann, Christian Escoudé ou encore la très emblématique Elisabeth Kontomanou dont Yann Martin a très sérieusement contribué à relancer la carrière en France.

Quand on lui pose la question de ses choix musicaux, il se défend pourtant bien d’avoir un parti pris esthétique. Ce qui l’intéresse plutôt c’est de se définir comme un label généraliste investi dans des projets d’artistes. Il avoue d’ailleurs ne pas trop se reconnaître dans un label comme ECM qui lui donne parfois l’impression de reproduire le même schéma esthétique. «Ce sont les artistes qui font le label » dit-il. Sous entendu : ce n’est pas son choix d’imposer une sorte de marque de fabrique. L’idée de passer du producteur à celle du directeur artistique n’est pas réellement son truc. Certes il y a beaucoup de discussion en amont avec les artistes qu’il produit. Mais Yann s’interdit d’aller très loin dans ses préférences : «  si l’artiste est pris en main, je m’éclipse aussitôt ». Et en tout état de cause, c’est toujours l’artiste qui choisit son casting. Le principe d’artistes maisons qui tournent en sideman ou en leader n’est vraiment pas pour lui plaire.

Avec un rythme d’une 15 aine de sorties par an, Plus Loin Music reste un label à taille humaine. Yann Martin écoute d’ailleurs avec un peu d’amusement les médias parler de - crise du disque- : «  Cela ne nous concerne pas vraiment. Nous faisons de l’artisanat d’art ». S’il devait faire une sérieuse critique en revanche ce serait envers l’entreprise de banalisation de la musique qui a mené certains majors à vendre les artistes en boîtes de conserve, dans les Pubs TV, les rayons d’hypermarché ou les sonneries de téléphone. C’est là selon lui le vrai facteur déclenchant de la crise du disque.

Il n’empêche que tout artisan qu’il est, le patron du label breton n’entend pas rester enfermé dans son pré carré. Démarche qui  l’amène, dans un monde fortement mondialisé, à aller chercher plus loin, aller trouver d’autres sources d’inspiration. Et le Breton de s’évader au-delà des Côtes D’Armorique pour atteindre celle d’Outre Atlantique où il s’est construit quelques précieuses connexions. Cela fut évident avec ce fameux  album de Pierrick Pedron enregistré au studio System Two sous la houlette de Joe Marciano  gourou de Brooklyn qui présida aussi à l’enregistrement de Thomas Savy.  Car s’il y a bien une idée qui taraude un peu Yann Martin c’est bien celle de jeter des ponts entre le jazz d’ici et celui de New York dont le marché a un impact énorme et qui bien sûr possède toujours un réservoir inépuisable de talents immenses. Ce n’est d’ailleurs pas sans une certaine fierté qu’il annonce qu’un saxophoniste aussi surprenant que génial comme Rudresh Mahantappa, a fait appel à lui pour enregistrer sur son label. Sans être un découvreur à la dimension de Jordi Pujol ( Fresh Sound New Talent), Yann Martin a néanmoins jeté des connexions outre-Atlantique, à l’affût de nouveaux talents. On pense à la chanteuse Dee Alexander qui fut l’une des divines surprises présentée au Midem 2009 ou bien sûr ce «  coup de cœur » qui ne doit rien à personne avec Tigran Hamasyan dont Martin avoue qu’il est particulièrement heureux d’avoir eu le nez creux ( ou l’oreille bien avisée) en l’entendant alors que le jeune pianiste qui vivait à Los Angeles, n’avait encore du côté de chez nous aucune notoriété.

Mais en sens inverse l’idée de Yann Martin est aussi de se faire connaître aux Etats-Unis ou en Allemagne par un réseau d’attachés de presse capable d’assurer le relais. Indispensable pour éviter la claustrophobie hexagonale. C’est aussi pourquoi Yann Martin considère que son rôle s’étend bien au-delà de la production et doit inclure le booking en offrant plus aux artistes qu’il héberge. Plus loin. Et si l’on parle de la crise du disque, lui affirme que c’est aussi parce que nombre de labels n’ont pas su s’investir dans le booking de leurs artistes. Presque jusqu’à dire que le producteur a la responsabilité de faire tourner ses musiciens.

Plus en forme que jamais, le label compte bien nous réserver quelques belles surprises en 2010. Que l’on en juge par le calendrier des sorties :

 Janvier : Thomas Savy avec Scott Colley et Bill Stewart

Fevrier : Méderic Collignon

Mars : Sophie Alour / Les Frères Moutin

Avril : Antoine Hervé ( avec un DVD  comprenant ses leçons de jazz sr Oscar Peterson) / Christian Escoudé

Mai :  Emmanuel Bex et Dédé Ceccarelli

Juin :  Barry Harris ( en trio avec Philippe Soirat et Matthias Allamane)

Août : Césario Alvim avec Eddie Gomez /

Septembre : séquence découverte avec Kellyle Evans (vc) avec Marvin Sewell

Octobre : Dee Alexander ( belle découverte du label en 2009) / et surtout le sublime et très étonnant saxophoniste Rudresh Mahantappa qui vient sur le label avec son propre trio américano-franco-irlandais ( Ronan Guilfoyle et Chandler Sardjoe)

Novembre : The Cookers ( avec Bill Harper, Eddie Henderson, David Weiss, Craig Handy, Georges Cables, Cecil Mc Bee et Billy Hart) / David Weiss / et enfin Dédé Ceccarelli avec Jannick Top.

 

Si depuis le début de l’aventure Yann Martin multiplie les succès et les vraies raisons humaines et artistiques de se réjouir, il avoue sans l’avouer vraiment un petit regret : celui très rare de ceux qui s’en vont. Ainsi en est il du départ d’Avishaï Cohen pour  Blue Note ( label- grosse machine qui pour le coup fait tout sauf de l’artisanat). Mais demi-regret puisque c’est aussi la rançon de la gloire et une façon aussi de voir ses propres choix reconnus par les majors.

 

Jean-Marc Gelin

 

 

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Published by Dernières Nouvelles du Jazz - dans Interviews
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commentaires

avish' ! 03/04/2010 12:20



C'est vrai que Yann a assez tôt levé le nez sur Avishai Cohen (ceci dit en aucun cas comme producteur, mais distributeur ou licencieur), mais avant de partir sur Blue Note pour des raisons
effectivement plus ou moins valables (tout le monde le reconnait), il a fait une belle pause sur le label Naive, qui a aussi fait un super boulot d'artisan sur plusieurs albums. Et c'est
d'ailleurs à l'époque des disques Naive que la carrière d'Avishai a réellement décollé.


Petit oubli dans votre hagiographie...



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