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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 07:33

David-Murray---I-am-a-jazzmanDVD23.jpgDavid MURRAY : "Saxophone Man"
La Huit & 3D Family - 2010
2 DVD, 3 films de Jacques Goldstein: "David Murray, I am a Jazzman" / "David Murray and the Gwo Ka Masters - Live in Sainte Lucie" / David Murray Black Saint quartet - Live at Banlieues Bleues Festival"

En Europe, David Murray est connu depuis les années 90 lorsqu'il quittait les Etats Unis pour la France. A cette époque, le jazzman est au sommet de sa gloire aux Etats Unis: élu saxophoniste de la décennie 90 et nommé à de multiples reprises aux Grammy Awards. Sans jamais laissé la naphtaline lui monter au citron et en prenant de véritables risques artistiques, ce musicien fondamental a parcouru les divers chemins musicaux en s'essayant à TOUS les styles empruntés par les musiques noires: du free aux musiques expérimentales, du duo aux big bands (jazz ou cubain),  opéra, spiritual, gospel, be-bop, mainstream, blues, de la musique sénégalaise aux musiques créoles…
Quelles sont ses motivations? Pourquoi avoir quitté les "sunlights" du jazz américain, en pleine reconnaissance, pour venir s'aventurer en Europe? David Murray explique tout, avec des mots simples, dans le substantiel documentaire "I am a Jazzman" de Jacques Goldstein.
Tout commence à NYC où l'ont voit David Murray, accompagné de son pianiste Lafayette Gilchrist, qui arpente les rues de cette ville fantastique à la rencontre de ses souvenirs (1). Puis, retour aux origines: la rue de son enfance où son père l'a élevé dans un quartier volontairement mixte en couleurs: "Je n'ai pas été élevé pour être raciste. j'ai été élevé pour être un bon être humain". Personnage charismatique qui se dévoile peu, David Murray est franc et direct: il se décrit comme un artiste engagé, digne et respectueux représentant de son époque. Sans renier ses racines, celui qui cherche à occulter son "américanité" pour gagner en "africanité" nous fait part de la mission qu'il s'est donnée, des obligations que lui confère la "Great Black Music", avec un B très majuscule puisqu'il l'embrasse dans toute sa globalité universelle.
Avec une scénarisation minimaliste qui parfois le dessert, ce documentaire, fait d'instantanés, est en réalité très complet. Si on aperçoit de rares documents historiques (2), il revisite tous les points d'orgue de la carrière de l'artiste, les personnalités qui ont été influentes (3), bref les fondements de la musique de Murray. On discerne la sincérité profonde du parcours musical d'un Murray, tourné vers l'avenir, qui veut être le chantre du passé de la culture noire dans toutes ses largeurs, à la manière de Sun Ra ou Ellington.
Sur le deuxième DVD, "Live at Sainte Lucie" reprend en grande partie les images carribéennes du premier documentaire où l'on y voit un David Murray courageux comme au premier jour car contraint de faire son trou pour se faire entendre sur une scène locale de chants et musiques traditionnels. L'originalité du concert sur l'ile de Sainte Lucie avec les Gwo Ka Masters est d'abord cinématographique car le show a été filmé directement sur scène, sans aucun plan sur le public ou depuis le public. Goldstein utilise à nouveau cette technique de prise d'images sur la scène, à l'intérieur même du groupe, avec le live à Banlieues Bleues. Ce deuxième concert est court alors qu'il est celui des deux qui est le plus évocateur car il permet de redécouvrir le Black Saint quartet de Murray (4), versant occulté de la musique du saxophoniste au profit des Gwo Ka Masters ces dernières années. Les deux concerts, regardés l'un à la suite de l'autre, montrent l'étendu du spectre musical de ce saxophoniste boulimique de créativité.


Jérôme Gransac

 

(1) - sa participation aux Loft Sessions, avec le regretté Julius Hemphill, lui permet à l'époque d'occuper une place que la ville ne lui donne pas.
(2) - David Murray à l'église accompagnant des chants Gospel ou avec son père guitariste.
(3) - Stanley Crouch avec qui il semble s'être rabiboché, Amiri Baraka avec qui il constate l'espace ridicule donné au jazz par les instances culturelles américaines en comparaison à celui accordé aux orchestres philharmoniques, le poète Ismaël Reed, la chanteuse Cassandra Wilson avec qui il a enregistré aux débuts de la chanteuse.
(4) - avec Lafayette Gilchrist, qu'on retrouve sur le cd enregistré par David Muray et Hal Singer chez Marge Futura, Andrew Cyrille et Ray Drummond.

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 08:15

[Acoustic Jungle] # 1

www.mustrecord.com

www.myspace.com/glucktrio

 gluck.jpg

 

Voilà un album tout à fait épatant pour les amateurs de Drum & Bass, dont je ne suis pas précisément, disons-le tout net. Mais enfin il faut laisser sa chance aux musiques actuelles et écouter leur production… D’ailleurs, le nom du groupe Glück signifie « chance » en allemand.  Par contre, il n’y a sans doute aucun rapport avec le compositeur d’opéra allemand du XVIIIème siècle qui écrivit la partition d’ Orphée cherchant en enfer son Euridyce qu’il avait perdue…

Revenons à ce trio endiablé, diablement vif justement, qui sort sur Must records un album d ‘ «acoustic jungle» . La « jungle » fait d’abord référence à ce jazz expressionniste, qui utilisait certains effets de traitement de son (growl, sourdine wah wah pour les cuivres, vibrato appuyé ) dans la période ellingtonienne fin des années vingt … Là encore, je m’égare…bien que

Aujourd’hui, ce que sous-entend ce genre, dans la grande famille des musiques électroniques, est un hybride, apparu en Angleterre aux débuts des années 90, mêlant reggae, dub, jazz, techno, soul…  les Anglais ne cessant de recycler les musiques qu’ils aiment, et cela peut donner des rythmes plus ou moins dansants, expérimentaux… Le trompettiste Eric Truffaz, dans ses premiers albums Blue Note (The Dawn), dès 1998, fusionne sans machines un jazz dansant, accessible et audacieux

 

Trois instrumentistes acoustiques nous entraînent donc dans une danse-transe effrénée, respectivement Cédric Thimon aux saxophones ténor et soprano, bien allumé, Paul Gelebart au soubassophone, grave profond et Thomas Derouinau qui se déchaîne sur sa batterie et aux percussions. Le trio fondé en 2009 vient d’une fanfare Zéphyrologie et de l’électro, et se propose de jouer sur des instruments acoustiques au lieu de machines… Voilà de quoi surprendre et détourner ou inverser la principale caractéristique  de ces musiques « industrielles », issues d’un univers en expansion, populaire, abolissant les frontières entre les genres. Avec pour seul point de repère la « pulse », le fameux « boum boum »(rien à voir avec Trenet) émergeant d’une superposition de sons et d’effets plus ou moins complexes.

 Ce qui n’est pas pour nous déplaire, d’autant que l’alliage des timbres est plus que plaisant, réconfortant pour l’amateur de jazz, quand se rajoute de surcroît l’orgue Hammond de Stéphan Patry on «Lucky Glück»et «Freesbie» ! Evidemment la frénésie de la batterie qui jamais ne relâche son tempo a de quoi lasser un peu mais on imagine très bien que dans l’ambiance du ‘live’, ça le fait … A la maison, écoutez donc pleine puissance « Speed addict » ou « Full up » titres qui parlent d’eux mêmes !

Voilà donc un groupe d’ « agités du bocal », d’allumés authentiques qu’il faudra écouter en direct car redisons le le meilleur moyen d’écouter de la musique est d’en voir… 

Sophie Chambon

 

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 08:09

www.imuzzic.net

www.facebook.com/imuzzic

Distribution Musea records

www.musearecords.com

 libresensemble.jpg Libre(s) ensemble symbolise l’aventure du jazz actuel que l’on peine parfois à définir quand il n’est pas revivaliste, ou trop bien défini par une nomenclature rigide.

Ce collectif au nom emblématique suit les traces du jazz, en continue l’histoire, la prolonge, là où le précédent album l’avait laissé : se retrouvent en effet les textures affranchies du premier trio, au nom évident de Résistances (Tocanne, Keller, Martin), ou les envolées excitantes du quintet New Dreams par exemple. Avec une évidence radieuse, cette formation à 8  (+ une clarinettiste sur deux titres) entre dans la nébuleuse imuZZic, donne à entendre que l’on peut encore réunir des esthétiques différentes, des effluves de la campagne, « le chant des marais», aux emballements rock «La coupe deTirésias», réconcilier des approches en apparence éloignées : les climats évoluent d’un titre à l’autre, brouillant les pistes, mais on en reconnaît l’état d’esprit dans les joyeux rebonds de Tocanne, ou la guitare volontairement électrique, emportée ou bruitiste de Philippe Gordiani.

Le jazz a la vie dure, il perdure, toujours sous tension dans «Free for Ornette», franchement  affirmé dans la Suite de Rémi Gaudillat dont le dernier morceau «La révolte des Canuts» rappelle l’origine régionale (Rhône Alpes) du collectif.

Avec des frissons ethniques, jungledans «Free KC to Gawa», voilà un univers clairement exposé (« Bruno rubato »), lumineux, jusque dans le final « Crépuscule avec Nelly » de Rémy Gaudillat où les souflants ont la hardiesse désordonnée de fauves hésitant à entrer en cage ou à retourner dans la savane.

Le répertoire de cet album (compositions de Philippe Gordiani (guitare), Bruno Tocanne (batterie), Rémi Gaudillat (trompette et flugelhorn))  est éclectique et pourtant homogène, à l’élégance savante, tout en sonorités de cuivres, bois, peaux, cordes, racontant une traversée initiatique, aux ruptures franches.

Précisément, la brisure fait éclat… A l’écoute immédiate se déploient certains implicites car on sent bien que tous ces musiciens arpentent un même rivage à la recherche d’un horizon partagé. Leur musique dense, profonde et engagée, marque la volonté obstinée de faire entendre un jazz porteur à la fois de sens et de vertus formelles. Ces musiciens qui vivent dans les monts du Beaujolais savent ce que jazz veut dire : faire du nouveau sans perdre ses repères, créer une musique qui évolue librement dans l’instant. Et ils agissent aussi… dans une diversité de projets, de pistes possibles pour une musique d'aujourd'hui qui soit reliée à l’actualité.

Sophie Chambon

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 23:24

marilyn-mazur-celestial-circle.jpgECM /Universal Music
2011
Sortie le 11 juillet

 
 Qu’il est doux de plonger au cœur de l’été dans la plénitude rafraîchissante d’un album ECM. Passons sur la pochette reconnaissable entre toutes, énième variation sombre et nuageuse, ou sur la qualité singulière et immédiate d’un son pur et éthéré, autrement dit, sur la griffe de ce label incontournable.
 Enregistré en décembre dernier à Oslo, il s’agit cette fois d’un album de la batteuse Marylin Mazurn, née à New york mais élevée au Danemark, ce qui explique qu’elle se retrouve à l’aise au sein d’ECM ; d’ailleurs, Marylin Mazur a fortement contribué des deux côtés de l’Atlantique à développer, si ce n’est à faire connaître, la libre improvisation auprès de nombreux partenaires dont Jan Garbarek.
Avec Celestial circle, c’est un projet personnel qu’elle mène à bien au sein d’un quartet mixte composé du pianiste John Taylor, du contrebassiste Anders Jormin et de la jeune chanteuse suédoise Josephine Cronholm qui a, devant elle, assure-t-on, une carrière des plus prometteuses…
 Au cœur de ce dispositif, Marylin Mazur signe la plupart des titres, et on est immédiatement saisi de la délicatesse de ces miniatures, objets dont il faut entendre les infimes variations, les plus subtiles nuances comme dans « Kildevaeld » ou dans ce « Gentle quest » où les cris et chuchotis d’une voix souple modulent agréablement, quand la chanteuse ne passe pas à un scat léger, jamais insistant. De la mesure et de l’élégance en toute chose. Voilà une musique d’exception, de femme –ce n’est pas que Taylor et Jormins s’effacent, loin de là – sans effet spectaculaire, d’une précision absolue, où l’écriture est rehaussée d’un accompagnement pur jus, de quelques épices percussives qui lui donnent toute sa couleur. Simplicité, équilibre, associations toujours bienvenues  où la contrebasse sûre et souple fait merveille, et où la batterie nous régale de sa musicalité. Le toucher posé et ferme de John Taylor est au service d’une véritable pensée musicienne ; en éveil constant, sans violence aucune, il soutient l’écoute, la force même..
Sobre et de bon goût, l’album avec ces psalmodies énigmatiques et envoûtantes, possède un charme et un mystère indéniables. Un choeur de femmes venu d’ailleurs s’élève sur «Temple chorus» ou «Among the trees», ou encore dans ce chant initiatique «Drum rite», semblable aux exhortations des Indiens attendant la pluie. Chaque titre contribue à dresser un édifice tout en arrangements de vocalises obsédantes et d’atmosphères, prélude à l’évasion. Un climat d’une douceur exquise où les mots gagnent en ampleur et intensité dans une énonciation parfaite, où le silence a son rôle. « Among the trees » constitue la version musicale d’un rêve étrange Grâce d’une écriture aérée, poétique, avec la redécouverte de bribes, fragments perdus de chansons dans «Chosen darkness».
On tend l’oreille à chaque instant, prêt à découvrir l’infinie diversité des sons proposés. Ici tout glisse en finesse avec un risque contrôlé, une énergie tranquille qui laissent ouvertes les marges de l’exploration.  Tendre, inventive, mélodique, l’essentiel de cette musique réside dans l’instant et l’échange immédiat. Une sorte de discours sur la lisibilité du temps. Voilà la très improbable bande son d’un été parenthèse. Ecoutez  ce Celestial circle qui paraît sous de bonnes étoiles.

Sophie Chambon

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 23:11

pochette Conflicts Conclusions

Daniel Erdmann, Hasse Poulsen, Edward Perraud
Conflicts & Conclusions
Das Kapital plays Hanns Eisler
Das Kapital Records/ L’autre distribution

 
« Seul celui qui comprend son temps peut s’en libérer », lit on dans les notes de pochette du second opus de Das Kapital plays Hanns Eisler. On avait laissé le trio à Ballads and Barricades, aux prises avec un projet qu’ils revendiquaient fortement, celui de rendre compte de l’engagement social encore plus que musical de Hanns Eisler, compositeur allemand ballotté dans la  tourmente des années de guerre…
Aussi nos trois compères replongent sans hésiter dans le passé et la musique de l’époque, conscients plus que jamais que l’art est la grande centrifugeuse de l’histoire.
Mais qui était donc Hanns Eisler ?
Né en 1898 à Leipzig, mort en 1962 à  Berlin Est, il fuit le régime nazi en 1933 pour se réfugier à Paris, puis à Londres avant de s’exiler aux USA , sur la côte ouest. Alors qu’il contribue à l’industrie cinématographique en écrivant des musiques de films dont le très intéressant Scandal in Paris, une variation très libre sur la vie d’Eugène François Vidocq, de Douglas Sirk [auteur de mélos flamboyants], il est rattrappé par le Maccarthysme et les hommes de l’infâme Edgar.J.Hoover. Accusé d’être le ‘Karl Marx de la musique’, il  est obligé de fuir à nouveau alors que son frère est emprisonné. Hanns Eisler  finira sa vie en RDA, où il composa d’ailleurs l’hymne national Auferstanden aus Ruinen.
Comment relire aujourd’hui quelques-unes des compositions de cet artiste atypique du XX e siècle, élève de Schönberg, compositeur de  musique de chambre d’avant-garde avant de rencontrer Kurt Weill et Bertold Brecht, écrivant des musiques de film avant de revenir à des airs populaires de l’ex RDA ?
Voilà en quatorze pièces, un disque simplement harmonieux si ce n‘est franchement révolutionnaire, très cohérent  dans son propos, politique,  résolument engagé et joyeusement libre.
Il est vrai que le trio européen ( un Français Edward Perraud, un Danois Hasse Poulsen, un Allemand  Daniel Erdmann), a su s’approprier cette musique avec l’incandescence qu’on lui connaît par ailleurs. C’est à dire que s’il ne l’a pas tout à fait « inventé » cette musique, faite de mélodies essentiellement populaires, elles sont  jouées ici allègrement à la Kapital way, avec un kapital « K ».
On écoute donc le doux «Wiener lied», «Coal for Mike» aux accents coltraniens, la somptueuse ballade « Misguided love » presque sussurrée à nos oreilles.
Quoi ? Pas de frissons de free ? Juste la guitare d’Hasse Poulsen, pas préparée ici,  plutôt son «seventies » : dans « Peace song » , cela commence « yéyé » pour virer hard rock,  tout un esprit d’époque revisité, alors que sur « All or nothing », le rythme flirte résolument avec le mambo, autre danse prisée avant et  après guerre. Quant à l’hymne de la RDA sans être assimilé à une bluette, il est joué avec un certain entrain, peu compatible avec une antienne nationale, si on le compare à l’emphase de la Marseillaise par exemple .
Ces musiciens sont tous préoccupés  par l’histoire, obnubilés par elle même : ils s’efforcent de souligner constamment ce qui nous rattache à ce passé proche. Comme on les comprend et pourtant nulle nostalgie, la période qui les inspire est loin d’être radieuse…
Batteur et percussionniste, coloriste et rythmicien, Edward Perraud que l’on ne peut imaginer sans avoir en tête la photo de Bruce Milpied *, raconte une histoire avec des changements de rythme, des ruptures franches qui collent à une alternance de pièces vives et douces : parfois cela commence comme un doux murmure et se termine par un fracas d’électricité contrôlée, vraiment peu statique !
Quant à Daniel Erdmann, que l’on a gardé pour la fin, à chaque fois, c’est la même séduction, immédiate, à l’ écoute de ce saxophoniste inouï, vibrant, tout en souffle, impressionniste ou fougueux…Ah l’effet Erdmann !
Il est manifeste que cette musique reconstruite à trois est structurée, parfaitement élaborée, continuant l’histoire sans oublier les (re)pères , en marchant dans les pas des aînés  « To those who came before” suivi de « To those who came after ».
Attentifs, délicats et terriblement lyriques, sans fébrilité excessive : paradoxalement, ce bel album finit sur une élégie américaine double, hollywoodienne, musclée mais comme le disait Faulkner, qui avait cependant fini par en prendre son parti, qu’il était dur de travailler « dans les mines de sel de Hollywood » !
 
Sophie Chambon
 
    •    Allez vite découvrir le site de ce merveilleux photographe dont on vous reparlera : http://brucemilpied.fr
    •     Remarquez la très intéressante pochette avec un livret très documenté et une belle photo de couverture travaillée par Edward Perraud justement !

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 14:12

Petit Label 2011

 Verona_solitude_du_roi_w.jpg

L’envoûtement est immédiat avec «La solitude du roi», dès les premières notes, évoquant instantanément de fugitives visions, des aplats de couleurs, papiers découpés de Matisse dans «La tristesse du roi», l’ivresse de vapeurs volatiles dans «La part des anges»… François Chesnel, le pianiste du groupe a écrit la plupart des titres, suite de compositions-comme un livre d’images- qui s’ouvre et se referme sur une variation de « Ugly beauty » de Monk, titre oxymorique à la mélancolie insidieuse.

Si Barney Wilen disait que le jazz  pouvait (nous) garder de sombres pulsions, il n’est pas sûr, à l’écoute de cette musique envoûtante, que l’on n’ait pas la tentation de s’abandonner à elles, par instant seulement -nous ne voulons pas troubler nos lecteurs en cette fin d’été proprement asphyxiante- pour aller voir de l’autre côté du miroir…

Plongeons dans la musique de cet ensemble qui répond au joli nom de VERONA : des morceaux doux alternent avec d’autres plus enlevés comme ce «Thrill»  surprenant, proprement excitant qui suit le cri final de « 4D ». Comme si chaque tentative d’évasion ramenait au point de départ, le sens échappant sans cesse.

 
Présentons donc ce groupe qui s’inscrit dans le travail magnifiquement jazz du collectif PETIT LABEL : dans cette famille unie qui niche à côté de Caen (Calvados-Basse Normandie), on connaissait le pianiste  François Chesnel (Kurt Weil Project, Renza Bô), le saxophoniste Yoann Loustalot (Grand Six-De la Jungle
,  Kurt Weil Project), le trompettiste Pierre Millet (Renza Bô) …

Vous l’aurez compris, tous ces musiciens jouent dans d’innombrables groupes - c’est une obligation pour survivre aujourd’hui - formant une nébuleuse dont on ne se lasse pas… de découvrir les nouvelles étoiles.  Car nous sommes loin d’avoir épuisé tout le potentiel du Petit Label.

Mais dans ce quartet au titre « poisson » ou « cité vénète », on découvre un saxophoniste inspiré Rémy Garçon, qui s’appuie sur une rythmique subtile, irréprochable,  jouant l’imprévu (Bernard Cochin à la contrebasse, et Ariel Mamane à la batterie).

Après un démarrage impressionnnant du saxophoniste, c’est le contrebassiste sur GG en particulier qui prend le relais, avant que le saxophoniste ne reprenne son envol sur 4 D, exhalant sa plainte. Jouage efficace, interaction active, ils sont quatre et cela suffit à notre bonheur.

Un thème de Paul Motian, « Once around the park », repris en forme de complainte  un rien désabusée, parfume le « mood » d’un climat de roman noir : « chaque silence est une musique à l’état de gestation ». S’entendent inquiétudes et désirs dans ces phrases, le poème d’une certaine solitude, alors que résonne le dialogue d’un saxo éploré et d’un piano vigoureux, à vif.

Inventif et crépusculaire, cette Solitude du roi ouvre des pistes innombrables, réveille des souvenirs, captive… et surprend aussi comme dans la relecture finale d’ «Ugly beauty ».

Comme si la traversée de l’album par ce quartet avait aboli le temps-espace, apportant force et vigueur nouvelles, régénérant notre mémoire, stimulant notre imagination. Le final enchanté, enchanteur, échappant au jeu des figures obligées et des passages imposés, ouvre sur un espace de liberté. Ainsi, ce Cd captive de bout en bout, pourvu que l’on accepte de suivre Vérona en eau profonde !

 

Précisons que le disque, publié à cent exemplaires a une pochette imprimée par les soins d’un autre atelier de sérigraphie coopératif, l’encrage. On aime vraiment cet OBJET DISQUE particulièment attachant, qui pourrait bien devenir « collector ». Et en plus, la série des « Petit label » aura une place de choix dans une discothèque… NON virtuelle…

 

Sophie Chambon

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 08:48


binney_barefoot.jpg
Criss Cross 2011
David Binney: alto saxophone, voice; Ambrose Akinmusire: trumpet; Mark Turner: tenor saxophone; David Virelles; piano; Eivind Opsvik: bass; Dan Weiss: drums.
 
Il y a chez David Binney quelque chose qui relève de l'art des modestes. De ceux qui ne cherchent pas la lumière à tout prix mais qui l'attirent quoiqu'ils fassent parce que tout simplement ils semblent plus  inspirés que d'autres. Il y a l'extrême raffinement et l'élégance du jeu du saxophoniste. Un jeu  classieux comme sur les traces d'un Charlie Parker moderne. Quelque chose qui relève de la grâce.
Le jeune saxophoniste de Floride est depuis quelques temps considéré comme l'un des tout meilleurs représentants de la scène New-yorkaise. Son phrasé est empreint d'une fluidité incisive , au tranchant légèrement émoussé. L'élève de Phil Woods, connu pour ses participations aux orchestres de Gil Evans ou de Maria Schneider ( où il côtoya une autre prodige, Donny Mc Caslin) donne, dans son jeu, le sentiment d'un incroyable maitrise mais aussi d'un feu animé d'une douce passion. Pas besoin chez lui d'emphase et de lyrisme exagéré. Son jeu est tout autre. Avec une part de féminité et de douceur qui en fait un saxophoniste terriblement attachant. Parmi les albums ce très prolifique saxophoniste on se souvient encore du bel album qu'il avait signé en 2008 ( "Out of Airplanes" sur son propre label Mythology) ou encore et surtout de "Welcome to life" qui l'avait précédé d'un an. Cette année le saxophoniste, outre cet album aura aussi publié sur son propre label "Graylen epicentre" en compagnie de Chris Potter.
Avec un réel sens du partage, David Binney offre ici à ses camarades de jeu et notamment à Ambrose Akinmusire et au ténor Mark Turner, la matière même d'une réelle complicité. Un climat en quelque sorte. Et un solide ancrage dans ce jazz moderne de New-york qui se prêche dans les clubs de la mégapole. Il y a aussi dans l'écriture de David Binney une vraie recherche du contre-chant à la manière des grands classiques. Car Dave Kinney est un musicien d'une autre époque que l'on aurait bien vu naitre à la renaissance ou aux heures monastiques du chant grégorien. "Savant" dans l'agencement des chants, "sachant" dans tous les ressors harmoniques. La montée en puissance sur le titre éponyme et sur cet ostinato du pianiste en illustre aussi toute le potentiel dramatique avec ces voix qui s'élèvent dans le ciel et créent après l'expression de passions exacerbées une esthétique d'un calme presque monacal et mystique.
Même si l'on a pas le sentiment de renverser ici les montagnes ( aucune révolution ici) il n'empêche que cet album est réellement séduisant. On aime chacune des interventions du jeune trompettiste d'Oakland. Et la complémentarité de David Binney et de Mark Turner ( qui joue beaucoup plus sur la continuité du discours plutôt que sur les contrastes) est une des belles découvertes de cet album bien honnête et carrément attendrissant.
Jean-marc Gelin

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 22:33

STEFON HARRIS, DAVID SANCHEZ, CHRISTIAN SCOTT : «  Ninety Miles »

CD + DVD Concor Jazz 2011

Stefon Harris: vibraphone; David Sánchez: tenor saxophone; Christian Scott: trumpet (1-3, 5-8); Rember Duharte: piano (1, 6 8), voice (6); Osmar Salazar: electric bass (1, 6, 8); Eduardo Barroetabena: drums (1, 6, 8); Jean Roberto San Miguel: batá, congas, percussion (1, 6, 8); Harold López-Nussa: piano (2-3, 5, 7, 9); Yandy Martinez Gonzalez: bass (2-3, 5, 7, 9); Ruy Adrian López-Nussa: drums (2-3, 5, 7, 9); Edgar Martinez Ochoa: congas, djembe, percussion (2-3, 5, 7, 9), batá (4).

stefon-harris-ninety-miles.jpg Les chanceux qui étaient en mai au Duc des Lombards n’en ont pas perdu une miette. Tous en sont revenus des étincelles dans les yeux et des pépites dans les oreilles. Je me souviens avoir rencontré ce soir-là un copain qui arrivait au concert de Kurt Elling et qui me dit : «  bon je reste  quelques minutes mais ensuite je file au 2ème set de Stefon Harris » et de rajouter «  c’est une tuerie ! ».

Alors tant pis pour ceux qui n’étaient pas à  ce concert, ils pourront toujours se consoler en se retrouvant la vibraphoniste dans cet enregistrement en studio qui n’est certes pas de la même veine mais assez hautement énergétique pour s’en donner un aperçu fidèle.

C’est au départ un projet un peu iconoclaste que de réunir ces trois musiciens avec en toile de fond un quartet cubain de la Havane pour assurer une rythmique pétillante. Mais en réunissant ces trois musiciens aux univers assez éloignés, le label Concord a plutôt bien réussi son coup. Car c’est un jazz ici de très haute volée, fait pour le studio mais avant tout et surtout pour la scène comme en témoigne ce bouillant City Sunrise où Sanchez et Scott rivalisent pour faire monter une température que l’on imagine bien en version « live-jusqu’au-bout-de-la-nuit ».

Chacun des trois héros de cette session endosse alors à tour de rôle son habit de lumière dans des chorus à haute température.

David Sanchez s’inscrit parfaitement dans la lignée de ces saxophonistes porto-ricians vivant à new York, flamboyant et magnifique, référence certainement majeure du sax à New York aux côtés de son compatriote Miguel Zenon ( dont au passage, le prochain album qui sortira en octobre est – j’ai eu la chance de l’entendre en prime- un petit chef d’œuvre). The Forgotten Ones donne à Sanchez l’occasion d’exprimer un doux feeling saisissant sur des motifs ultra simples. Son entente avec le trompettiste est tout au long de l’album une totale évidence.

Christian Scott, justement, moins frimeur qu’à l’accoutumée s’impose ici par la puissance de son « son » et par l’énergie fulgurante qui transperce tout. Celui qui nous avait épaté dans son rôle de «  Miles » dans l’hommage de Marcus Miller à « Tutu » endosse ici un tout autre rôle (E’cha ou Congo) celui du trompettiste mordant son embouchure comme un mort de faim ( Black Action Figure)

Mais la palme, la révélation, le nirvana revient certainement à un Stefon Harris qui sous ses mailloches semble réinventer l’instrument. Pas besoin de grand chose, pas besoin de beaucoup d’espace pour tout simplement s’imposer et imposer son discours. Stefon Harris moins percussif qu’agile, à la manière d’un chat patte de velours distille avec classe et élégance un groove souple et irrésistible ( Black Action figure ou Brown bell blues). Tout au long de l’album qu’il soit soliste ou qu’il assure la rythmique, Stefon Harris est omniprésent. On entendrait presque que lui, véritable star de cet album.

Autre petit « bonbon » à déguster sans modération, petite cerise sur le cadeau, les interventions du pianiste Harold Lopez Nussa sur 5 titres auquel l’autre pianiste Rember Duarte donne une bien belle réplique. Sur les autres titres.

Il y a dans cet album-là un mix entre une musique latina caliente et un jazz post bop plus hardore et fusionnel qui fait monter une sauce qui prend à tous les coups. A la fois sombre et brillante, cette musique-là peut vous entraîner loin.

Jean-Marc Gelin

 

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 20:34

JOSHUA-REDMAN-James-Farm.jpgJoshua Redman (ts, ss), Aaron Park (p), Matt Penman (cb), Eric Harland (dm)
Nonesuch 2011


Le distributeur ne nous ayant pas fait parvenir cet album, c'est donc à l'aveugle et sans dossier de presse que nous nous lançons dans la chronique de ce bel opus réalisé par un formidable quartet américain inédit. 
L'autre jour à un concert, un voisin me disait  "l'inconvénient avec tout ces jeunes sax américains c'est qu'ils se ressemblent tous. A l'époque du hard bop au moins on faisait la différence entre Mobley, Coltrane ou Dexter". Celui là ne devait certainement pas inclure Joshua Redman dans ses litanies.  Car il est évident dès les premières notes jouées par le saxophoniste de Berkeley que l'on reconnait sa marque de fabrique, la puissance de son jeu, le lyrisme et le groove omniprésent de ce son qui tranche dans le vif clair comme une lame de sabre et ciselé au fleuret. Et chez le saxophoniste cette marque, si séduisante de l'époque de l'Elastic Band. Celle d'un saxophoniste déjà légendaire qui a lui seul illustre le syncrétisme entre le jazz des origines ( quelle façon de jouer le blues ! Formidable lenteur sur Star Crossed), celui qui lui vient de son père ( le regretté Dewey) et ce funk moderne qui traine ses guêtres dans les clubs de big apple et qui l'ancre dans une réjouissante modernité incandescente du jazz (Polliwog é pour faire un tube).
Mais au delà du simple talent de Joshua Redman, il y a dans cet album cette art de rendre à nouveau le jazz populaire, de le moderniser, de l'amener à un public large sans renier d'un pouce sur l'exigence de la qualité du jeu et des compositions. Certes d'aucun pourront critiquer le côté un peu formaté de ces dernières qui semblent entrer dans un moule assez consensuel. Sauf qu'il y a dans ce jazz là autant d'exigence de que fluidité dans l'écoute. De refus de tout easy listening tout en restant accessible. Parce que ces musiciens expriment que le jazz est aussi une façon d'animer, d'insuffler de la  vie, brute avec cette pointe de sauvagerie ici domptée et maîtrisée.
Et l'ensemble devient assez rapidement prenant, entraînés que l'on est par cette façon de délivrer un jazz toujours alerte, parfois "heureux" (1981), parfois sombre ( comme sur Star crossedoù une réelle intensité dramatique s'installe), voire même une légère pointe d'orientalisme( Coax) et toujours ce sens du groove terrible que le quartet insuffle avec des allures de mauvais garçons  comme sur I-10où Joshua Redman qui semble jouer loin du micro donne un son métallique moins policé, plus râpeux à son ténor. Même si ce n'est pas son instrument de prédilection, Redman livre aussi un beau thème au soprano sur Low fivesoù la puissance de son jeu se met au service d'un discours plus mélancolique.
Le quartet sans toutefois que l'on s'autorise pour autant à parler de "grand disque" joue la carte de l'efficacité. Les thèmes y fonctionnent à merveille avec une énergie qui circule et un quartet formidablement fusionnel. L'association magique du moment est celle du duo très demandé Matt Penman et Eric Harland ( de cette association qui nous fait penser a celle de Brian Blade et Jeff Balard) . Et Aaron Park quant à lui impressionne par sa présence et s'impose en leader de la section rythmique avec puissance et une précision diabolique.


Jean-marc Gelin

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 08:41

Kind of Blue 2011

Samuel Blaser (tb), Russ Lossing (p), Thomas Morgan (cb), Paul Motian (dm)

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Il y a des albums dont on pourrait parler comme de véritables ouvrages.  Ou comme des études presque littéraires. De ces albums qui portent véritablement en eux un vrai propos. C'est exactement le cas de cet album fourmillant d'intelligence que le tromboniste suisse consacre pour une grande partie a la relecture de pièces de Monteverdi. A une approche jazz de la musique de la renaissance et baroque.

Samuel Blaser qui vit entre New-york et Berlin, deux haut lieux de création s'il en est livre en effet une passionnante exploration personnelle de cette musique, matériau précieux et base de digressions abstraites, de libres improvisations à partir d'un support sur la base mélodique au plus proche de l'original et qui évoque bien sur les arias de celui qui fut l'inventeur de l'Opéra.

Samuel Blaser qui s'apprête a publier tout prochainement un album en compagnie de Marc Ducret et de Gerald Cleaver, est un musicien rare. Pas seulement l'instrumentiste exceptionnel qui libère le trombone de tous ses carcans pour lui donner ici une expressivité sublimée, mais aussi un musicien qui propose, un musicien qui invente, qui crée et qui donne vie à ce qu'il crée. Un musicien en mouvement en quelque sorte.  Maitre en animation, en "renaissance" en quelque sorte, au sens littéral de redonner vie à ce qui n'est plus. Travail d'orfèvre aussi.

De cette musique-là on entend bien la respiration intérieure. Elle ouvre des espaces d'improvisations très libres autour de ce que l'on pourrait appeler des variations. L'esprit "free" (au pied de la lettre) peut s'y retrouver quant à la liberté que les musiciens s'y accordent. Liberté formidablement encadrée par les talents d'arrangeurs de Samuel Blaser. C'est bien là l'esprit de ce mouvement historique (La Renaissance) : la liberté de création encadrée dans des canons académiques et formels.

A ses côtés, Paul Motian est ici le coloriste de l'ensemble, au pinceau fin et subtil. Ses effleurements de peau donnent le frisson. Quant à l'entente avec le pianiste helvétique Russ Lossing, elle éclate ici, là où chacun propose sa propre lecture, sans que l'on sache vraiment si l'on est dans le domaine de l'improvisation ou de l'écrit.

Et il faut absolument venir et revenir sans cesse à cet album qui recèle de vraies merveilles cachées.  Découvrir le jeu fascinant de Samuel Blaser dont le discours captive et fascine. Aucun développement linéaire mais des reliefs et des sons, des sons râpeux au grain épais, des glissandos plaintifs, des growls qui arrachent des bouts de terre et de ciel,  des évocations comme des récitatifs magnifiquement incarnés. Y revenir toujours. Et découvrir ces digressions sur Frescobaldi ou encore sur cet émouvant Ritornello de Monteverdi. Il y a cette approche de la musique où celle-ci est si expressive qu'elle semble presque nous parler et discourir avec nous.

Et dans cet album aux milles contours l'émotion qui effleure toujours avec légèreté pour ceux qui y prêterons l'oreille.

Grand disque

Jean-marc Gelin 

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