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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 20:20
Didier Ithursarry quartet : " Kantuz"

Label LagunArte/L’autre distribution

www.lagunearte.org

www.didierithursarry.com

Encore chaud dans les bacs, après le concert du 28 octobre à l’Ermitage parisien, Kantuz, le nouveau CD du quartet de Didier Ithursarry, nous fait voyager dans des territoires aimés. Difficile de renier ses origines, Kantuz, traditionnel basque, exprime dans cette langue difficile et mystérieuse, « l’instant présent où l’on chante». Du chant, il y en a encore avec «Habanera pour François Béranger», hommage au chanteur militant des années soixante dix, trop tôt disparu, titre qui prolonge délicatement l’une de ses chansons «Grand-mère», en écho. De la danse encore, car si « Kantuz » invite à la danse avec son rythme éblouissant, il y a encore plus virtuose avec «L’antichambre», positivement à couper le souffle. Tourbillon d’une valse qui n’est pas ravélienne, qui rappelle aussi qu’elle n’est pas synonyme des seuls plaisirs bourgeois. Eh oui, cet accordéoniste vient aussi du bal et de cette tradition populaire, qui n’est pas un folklore imaginaire. Encore que, partant de ce socle qui le constitue et de ses racines, l’accordéoniste nous emmène fort loin avec le concours de ses camarades de jeu, parfaitement en osmose. Une rythmique de rêve, Joe Quitzke et Matyas Szandai et un soufflant toujours émouvant Jean Charles Richard, tant il sait nous emporter dans les volutes de son soprano dont il nous fait aimer la sonorité caractéristique, toujours un peu aigre. L’association avec le saxophone, en particulier le soprano est un des éléments les plus convaincants de cette musique, vite incandescente. Une affaire de matières, de textures qui souligne le caractère original de cet instrument, loin des clichés qui lui sont associés. Ithursarry n’a-t-il pas tenté avec succès un autre alliage inusité dans cet Oboréades absolument unique, porté par le hautbois de Jean-Luc Fillon ? Si Didier Ithursarry est un taiseux, ses projets parlent pour lui. Il est l’un des accordéonistes qui comptent aujourd’hui, engagé dans les projets les plus divers, depuis son passage à l’ONJ de Claude Barthélémy, l’Orphicube d’Alban Darche, le Danzas de Jean Marie Machado... Il faut le suivre, les yeux fermés. Comme dans cet album magnifique, construit avec délicatesse et intelligence qui s’ouvre sur tempo vif et se conclut sur un «Sonne» plus introspectif, tout aussi intense. A découvrir vite.

Sophie Chambon

Didier Ithursarry quartet : " Kantuz"
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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 20:56
JAZZ FROM AMERICA ON DISQUES VOGUE

41 albums originaux en 20 CD

Noël ! Noël ! C’est encore Noël avant l’heure qu’on vous dit !

Le label Legacy a eu en effet cette merveilleuse idée d’éditer dans un coffret de 20 CD, quelques-uns des enregistrements originaux du très célèbre label Vogue. Avec Charles Delaunay aux commandes les éditions Jazz-Disques (Vogue, Jazz-Selection et Swing) avaient en effet, dans les années 50 un directeur artistique de luxe dont l’éclectisme gourmand le disputait à sa connaissance encyclopédique du jazz. Qui d’autre mieux que lui pour éditer dans la même foulée des albums de Duke Ellington, Mahalia Jackson, Wynonie Harris, Stan Getz, Red Norvo, The Spirit of Memphis quartet, Artt Tatum, Charlie Christian, Dixiland Jubilee, Charlie Parker, Originators of Modern Jazz, Erroll Garner, Kings of Boogie Woogie, Jerry Roll Morton, Dave Brubeck, Miles Davis, Red Norvo, Gerry Mulligan, Chet Baker, Syndey Bechet et enfin Lester Young.

Grâcve aux accords que delaunay avaits pu nouer avec des labels étrangers Vogue pu ainsi constituer un ilpressionant catalogue où les productions maisons côtoyaient les éditions d’Outre Atlantique. C’est ainsi que les Français purent profiter des accords passés avec Blue Norte, Dial, Aladdin ou encore Pacific Jazz

Legacy, sous la direction de Daniel Richard et François Lê Xuan a la bonne idée de rééditer ces albums avec la pochette originale dont les fameux dessins étaient notamment signés Pierre Merlin qui marquait de sa superbe signature des couvertures pleines d’à-propos et d’humour à l’image de cette couverture très drôle et un poil irrespectueuse de Jerry Roll Morton.

Ce panorama du jazz impressionne encore par la qualité de ce qui compose ce coffret.

Un cadeau essentiel à mettre au pied du sapin et à mettre absolument entre toutes les mains.

Jean-Marc Gelin

JAZZ FROM AMERICA ON DISQUES VOGUE
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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 22:07
STÉPHANE PAYEN :  The Workshop

STÉPHANE PAYEN

The Workshop : Stéphane Payen (saxophone alto), Olivier Laisney (trompette), Guillaume Ruelland (guitare basse), Vincent Sauve (batterie)

Villetaneuse, juin 2014

« Conversations with the drum » Onze Heures Onze ONZ 010

« Music by Doug Hammond » Onze Heures Onze ONZ 015

www.onzeheuresonze.com

Deux CD presque coup sur coup pour ce groupe rassemblé par Stéphane Payen : le premier avec ses compositions, avant l'été ; et le second, consacré à la musique du batteur Doug Hammond, qui vient de paraître. Ce groupe est né comme une sorte d'atelier, du désir qu'avait Stéphane Payen de jouer avec Guillaume Ruelland et Vincent Sauve, sans autre but que le plaisir de jouer, sans projet particulier d'esthétique ou de système. Au bout de quelque temps, se sentant un peu seul comme souffleur, il a suivi le conseil de ses partenaires qui lui recommandent le trompettiste Olivier Laisney. Ainsi naît un groupe, qui élabore sa musique à partir des compositions du saxophoniste, enrichies par la pratique, l'interaction, l'émulation. Le rythme, la combinaison infinie de ses figures et de ses accents, y tient une place prépondérante. Groupe de dialogues plus que de solistes, ce Workshop repose sur l'engagement de chacun dans l'action commune, dans l'optique de cette maxime que l'on prête à Max Roach, selon laquelle le jazz serait la seule démocratie réalisée. Cela fonctionne à merveille, et la progression de la musique vers son accomplissement, dans chaque plage, semble confirmer le bien fondé de ce choix, et constituer en soi une esthétique. Une partie du travail du Workshop est issu des conceptions de Doug Hammond, batteur, percussionniste, compositeur et pédagogue afro-américain qui partage désormais son temps entre Detroit et Linz en Autriche. Doug Hammond a influencé les conceptions du mouvement M'Base , et notamment de Steve Coleman (lequel a joué à ses côtés) ; il se trouve donc sur la branche maîtresse de bien des courants du jazz contemporain. Stéphane Payen avait donné en février 2009 pour « Jazz sur le vif » à Radio France un concert en duo avec Doug Hammond, et enregistré ensuite avec lui en duo, et en trio avec le bassiste Reggie Washington (Doug Hammond, « New Beginning », Blue Marge 1012). C'est tout naturellement que le Workshop reprend les compositions de ce musicien, qui sont dans la proximité immédiate des préoccupations et des pratiques du groupe. Dans l'un et l'autre disque le résultat tutoie l'excellence : il y a donc urgence à découvrir ces deux CD !

Xavier Prévost

France Musique diffusera le mercredi 11 novembre 2015 à 20h le concert « Jazz sur le vif » du 9 novembre, où le Workshop a mêlé le répertoire de ces deux disques (en première partie, le duo Airelle Besson – Nelson Veras)

Le Workshop jouera le 12 novembre au Café Colette's à Tours, puis le 26 novembre à Paris au Disquaire, le 27 à l'Ajmi d'Avignon, et le 28 au Moulin à Jazz de Vitrolles. Pour ces trois derniers concerts, Doug Hammond assurera la première partie, en solo.

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 20:38
CHRISTIAN BRAZIER quartet : "SEPTIEME VAGUE"

ACM jazz label

https://www.youtube.com/watch?v=12o0fnvhCac

Pour son septième album, suite logique de Circumnavigation, l'ancien officier de la marine marchande, amoureux de Marseille depuis plus de vingt ans, a su, en bon capitaine garder le même équipage, au batteur près, des musiciens aux fortes personnalités qui savent aussi être «leaders», et qui nouent une joyeuse complicité, immédiatement perceptible sur scène.

Aux côtés du contrebassiste qui est l'auteur de toutes les compositions, on retrouve avec plaisir pour cette nouvelle aventure, Perrine Mansuy au piano, elle aussi venue s’arrimer à Marseille de même qu’un autre néo-arrivant, le Normand Christophe Leloil, à la trompette. Le batteur, Australien de Melbourne, Dylan Kent, est nouveau à bord, d’une discrétion tranquille et efficace. Chacun des albums du contrebassiste constitue une nouvelle page, un chapitre non moins essentiel de ce livre ouvert, d’une vie en musique. Très régulièrement, Christian Brazier met au point un nouveau projet dont la musique précisément juste, cohérente, toujours mélodique, laisse à tous un espace de jeu équilibré.

Le résultat s'entend dès le premier thème, « D’août », une musique forte, belle et libre, vibrante et lumineuse. Perrine Mansuy a un univers vite reconnaissable dont Christian Brazier avoue se sentir proche : pianiste singulière, elle sait être lyrique dans sa longue introduction sur ce thème avant qu’elle ne soit rejointe par les zébrures du trompettiste, éclats d’un jazz vif, solaire qui s’accorde à cette lumière si intensément violente en été dans le sud. « Sur le sentier de la guerre » introduit un rythme tonique, intense, d'une douce violence, très déterminée.

Une qualité de chant, indispensable à la création d'une atmosphère poétique et vibrante, anime toute la musique du contrebassiste : la composition, en majeur évidemment - le titre "Le Lac Majeur" nous en fournit d’ailleurs un indice, est une incursion dans un monde plus apaisé.

La trompette post bop de Christophe Leloil, «le plus jazz des quatre», hoquette, stratosphérise, vocalise aussi quand il le faut, avec élégance, jouant de contrepieds mélodiques ou rythmiques, passant de sensuelles arabesques à des dissonances fortes. C’est un duo impertinent, un rien frondeur sur le titre éponyme, qui débute une sorte de petite histoire sans parole, avant que la rythmique ne le rejoigne, fine et assurée, complétant le tableau.

Pourquoi Septième vague, au fait ? Le saviez-vous, c’est la plus belle, la plus forte, celle qui vous entraîne irrémédiablement vers le plaisir, disent les surfers. Et la rythmique que le contrebassiste forme avec Dylan Kent, jamais emportée ni obsessionnelle, sait mener à bon port. Juste dans le bon tempo, comme pour ce "J'sais pas quoi faire", évocation fugitive de Pierrot le Fou.

Avec ce septième album, qui pourrait lui porter chance auprès des programmateurs, Christian Brazier trouve un accomplissement avec prises de risque et ouverture au large : il atteint une sérénité enviable, avec cette joie toujours intacte à faire de la musique. S’il a toujours « la tête dans les étoiles », il sait aussi raison garder, pour ces chansons sur mesure, pour les musiciens de son groupe, s'adaptant aux couleurs, timbres, et personnalités de chacun. « Les pieds sur terre », on vous disait.

Sophie Chambon

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 10:53
AKA MOON « The Scarlatti Book »

Fabrizio Cassol (saxophone alto), Michel Hatzigeorgiou (guitare basse), Stéphane Galland (batterie) & Fabian Fiorini (piano).

Bruxelles, septembre 2014

Outhere OUT 658

C'est une habitude ancienne dans le jazz (se rappeler John Kirby, et d'autres, dès les années 30) que de s'emparer des thèmes de la musique classique pour les passer à la moulinette bienveillante du jazz. Plus récemment Dan Tepfer, Guillaume de Chassy et Enrico Pieranunzi nous avaient montré qu'il est encore pertinent de tuiler des interprétations classiques et des improvisations de jazz. Le trio Aka Moon a choisi de revisiter 9 des 555 sonates pour clavier de Domenico Scarlatti, et le résultat vaut vraiment la peine d'être découvert, écouté et réécouté. On part de lignes mélodiques toujours riches, et l'on s'évade par la verve compositrice de Fabrizio Cassol. Pour l'occasion, le trio belge s'associe au pianiste liégeois Fabian Fiorini. Dans la Sonate K 87 par exemple, le piano part du texte énoncé dans sa vérité première, puis le sax alto entre en lice avec une sonorité flûtée et magnifiquement timbrée, le voyage en jazz s'accomplit dans l'instant, et l'on vogue vers d'autres horizons. Au fil des emprunts, l'aventure peut conduire à des rythmes balkaniques, à des mélopées d'orient ou à des métriques dignes du jazz le plus contemporain. Et c'est le charme absolu de ce disque que d'avoir contourné tout opportunisme mondialisant pour s'en tenir à une simple exigence de musicalité. Dans la catégorie parfois ingrate des mélanges et des détournements, ce disque conquiert d'emblée une place de (grand) choix !

Xavier Prévost

Le groupe joue le lundi 9 novembre à 18h30 au D'Jazz Festival de Nevers.

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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 13:09
REIMS JAZZ FESTIVAL : SOPHIA DOMANCICH & MARK TURNER

SOPHIA DOMANCICH « Snakes and Ladders »

Sophia Domancich (claviers), Himiko Paganotti & John Greaves (voix), Éric Daniel (guitare)

Opéra de Reims, 5 novembre 2015, 20h30

On connaît la pianiste sous de multiples jours : jouant des standards très revisités en duo avec Simon Goubert, ou ses propres musiques avec son groupe « Pentacle » ; improvisant de la manière la plus libre en traversant les idiomes chaque fois qu'une aventure nouvelle se profile ; ou encore parcourant tous les paysages du trio (DAG, avec Simon, et le très regretté Jean-Jacques Avenel ; ou rencontre avec William Parker et Hamid Drake, entres autres expériences....). Mais la jazzosphère oublie trop souvent que la pianiste coule aussi d'une autre source : le rock progressif britannique, et l'École de Canterbury, dont elle a côtoyé de longtemps les représentants les plus remarquables, comme Elton Dean, Hugh Hopper, Pip Pyle.... Sans oublier bien sûr John Greaves, et Robert Wyatt. Ce dernier était l'invité, pour une plage, du disque « Snakes and Ladders », publié en 2010. Sur scène, l'effectif est plus modeste, et les historiques de l'histoire ont été rejoints par le guitariste Éric Daniel. Le répertoire est très majoritairement composé par Sophia, sur des textes signés Jacqueline Cahen, John Greaves, et Himiko Paganotti. La musique procède d'un univers sinueux, bifurquant hors de l'évidence harmonique : on pourrait parfois songer à une forme de chromatisme mélancolique.... Dans cet univers inclassable le jazz s'infiltre, par une envolée pianistique, ou des éclats de guitare, sophistiqués ou violemment expressifs, selon les instants (Éric Daniel est décidément un très grand talent, scandaleusement mésestimé....). Himiko Paganotti, de sa voix droite et parfaite, fait complément et contraste à la raucité expressive (et inimitable !) de John Greaves. Mais la chanteuse réserve aussi, au détour d'une phrase, la surprise d'une hyper expressivité que ne renierait pas Kate Westbrook. Le concert nous conduit d'émois en étonnements, et nous offre au passage une nouvelle version de Kew. Rhone, thème conçu en 1976 par John Greaves et Peter Blegvad pour un disque culte, et repris par John en 1994 dans son disque « Songs », avec le concours de Robert Wyatt. Cette nouvelle mouture, éclairée par la tension féconde entre les deux voix, fera chemin en nos mémoires. Et après d'autres compositions de la pianiste, décidément en osmose avec ses partenaires, le concert se conclura, en rappel, par une chanson de John, d'une simplicité et d'une intensité rares.

MARK TURNER Quartet

Mark Turner (saxophone ténor), Avishaï Cohen (trompette), Joe Martin (contrebasse), Obed Calvaire (batterie)

Opéra de Reims, 5 novembre 2015, 22h

Après Rotterdam, Bâle et Parme, avant Bologne et Vienne, et en attendant Strasbourg (Festival Jazzdor) le 11 novembre, le saxophoniste Mark Turner faisait étape à Reims, dans cet opéra que les anciens Rémois (catégorie à laquelle j'appartins naguère - je devrais presque dire jadis, tant 1965 me semble lointain....) continuent obstinément d'appeler le théâtre. Le groupe, c'est celui du disque « Lathe of Heaven », publié en 2014 chez ECM ; à une différence près, le batteur. Sur le CD c'était Marcus Gilmore ; et pour cette tournée c'est Obed Calvaire, entendu notamment chez nous ces dernières années avec Jacques Schwarz Bart. Et c'est autour de lui que semble s'organiser cette cérémonie rythmique d'une richesse confondante. Les thèmes de Mark Turner, extrêmement élaborés, jouent en finesse sur des déclinaisons et transformations de rythmes que l'on perçoit sans toujours parvenir à les analyser. Le batteur, dans une perspective qui rappelle Ed Blackwell, s'engage parfois dans les polyrythmies les plus folles avec une aisance qui nous porterait à croire (indûment) que tout cela n'est que l'enfance de l'art. La paire rythmique qui associe Obed Calvaire à Joe Martin est d'une vitalité et d'une effervescence extraordinaires ; le mouvement est permanent, intense. Et sur cette assise souple et rigoureuse, deux personnalités assez différentes se croisent et se complètent : Avishaï Cohen, le trompettiste exubérant et virtuose, et Mark Turner, le saxophoniste qui met de la pensée dans chaque thème et dans chaque phrase, dissimulant fort bien son jeu dans une apparente décontraction d'essence lestérienne. Le trompettiste s'engage dans des escapades volubiles, mais en restant toujours maître de l'impeccable construction de ses solos. Et la richesse d'inspiration du saxophoniste déjoue constamment l'automatisme et le cliché, pour laisser parler d'un seul geste la pensée musicale et la sensation : c'en est fascinant ! Public bluffé, et conquis. En rappel Mark Turner nous offre une de ses anciennes compositions, issue d'une époque où la trinité Tristano-Konitz-Warne Marsh nourrissait son inspiration : Lennie Groove, dérivé de Lennie's Pennies ; le bonheur est total, et il faut en remercier Djaz 51, et toute l'équipe qui organise le Reims Jazz Festival.

Xavier Prévost

Le groupe de Mark Turner jouera le 11 novembre 2015 au Pôle Sud de Strasbourg pour le festival Jazzdor

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7 novembre 2015 6 07 /11 /novembre /2015 09:50
CECIL L. RECCHIA : «  Songs of the tree : a tribute to Ahmad Jamal »

Black and Blue 2015

Cecil l. Recchia (vc), Vincent Bourgeyx (p), Manuel Marches (cb), David Grebil (dms)

Dans la pile des disques que nous recevons régulièrement il y a parfois des petites découvertes qui illuminent votre journée. Merci au passage à Anne-Marie G. , une amie qui se reconnaîtra et qui m’a dit l’autre jour « tu as dû recevoir l’album de Cecil L. Recchia. Je ne te dis rien mais je pense que tu devrais l’écouter ». Donc moi, derechef, aussitôt rentré à la maison je sors l’album de la chanteuse que j’avais effectivement reçu et là, première surprise en voyant que Cecil L. Recchia a choisi un angle assez original et finalement assez peu chanté: le répertoire du pianiste Ahmad Jamal.

Le projet est assez intéressant pour mettre la jolie puce à l’oreille et l’album dans la platine. D’emblée on est pris par cette voix chaude, suave et sensuelle en diable de la chanteuse qui n’hésite pas au passage à ajouter courageusement (et intelligemment) des paroles sur la musique du pianiste.

Du pianiste, elle a appris à jouer avec les points de suspension ou à ménager des espaces comme sur cette belle et envoûtante version de You’re Blasé ( de l’album éponyme du pianiste de Pittsburg) qui ne trahit pas la version de Jamal. Comme ces marins de la Volga (Volga boatmen) dont Recchia restitue la dynamique et sur lequel elle a eu le cran d’ajouter ses propres paroles. On pardonnera à la chanteuse un Autumn leaves pas très réussi pour s’attacher à la superbe interprétation au groove subtil du tube interplanétaire du pianiste, Poinciana où là la vibration Jamal est présente au coeur des textes et de la voix.

La chanteuse pour raconter cette histoire d’amour avec son idole s’entoure d’un vrai groupe cohérent dans la façon de porter le swing à son maximum d’élégance et de savoir vivre. Au piano Vincent Bourgeyx ( que l’on adore aux DNJ !) ne cherche pas à marcher à marcher sur le clavier du maître et illumine les propos de la chanteuse tout en lançant quelques clins d’œil au maître de Pittsburg. Transformé en percussionniste fin et au drive léger, David Grebil exhale l’âme de la dynamique « jamalienne ». Quant à Manuel Marches, il garde la baraque et ancre le groove dans une présence métronomique. Ecouter The Breeze and I ou encore Minor Moods pour appréhender cet exercice subtil d’équilibriste entre les 4 membres du quartet et l’intelligence des arrangements au cœur de l’essence jamalienne.

Franchement une vraie réussite sur laquelle, sans vous commander, vous devriez vous ruer soit en écoutant l’album soit en allant l’écouter la chanteuse. Car je suis certain que les programmateurs ne tarderont pas à lui donner le temps de jeu que ce projet mérite.

Allez-y, si vous aimez Ahmad Jamal, vous ne serez ni perdus , ni insensibles.

Jean-Marc Gelin

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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 16:11
PIERRE de BETHMANN TRIO « Essais / Volume 1 »

Pierre de Bethmann (piano), Sylvani Romano (contrebasse), Tony Rabeson (batterie)

Pompignan, 30-31mars 2015

Aléa 007 / Socadisc

Le jazzman « pur jus » a coutume de faire des standards de tout un chacun SES standards, en y inscrivant sa marque. Pierre de Bethmann fait mieux que cela, il désigne comme tels des thèmes qui n'avaient pas forcément été classés de la sorte, et par ce geste d'appropriation (ou de reconnaissance mutuelle entre le thème et le musicien) nous ouvre de nouveaux horizons, inespérés. Voici près de trois ans le pianiste, qui s'était orienté vers des formations plus étoffées, se voit proposer un concert en trio. C'est une formule qu'il connaît, et qu'il a longtemps pratiquée avec « Prysm ». Il profite de l'occasion pour convier des musiciens que, de son propre aveu « il admire depuis de nombreuses années ». Ainsi naît, à la faveur d'une proposition très ponctuelle, un trio régulier. Il faut dire que l'un comme l'autre (Sylvain Romano et Tony Rabeson) sont des orfèvres dans l'art de la réactivité, de l'échange, et de l'engagement inconditionnel au service d'une musique. C'est ainsi que, d'un thème signé Herbie Hancock (Promise of the Sun, album « The Prisoner », 1969) jusqu'au Pull Marine de Gainsbourg/Adjani, en passant par le Chant des Marais (hymne européen de la déportation) ou la Sicilienne de Fauré, Pierre de Bethmann fait siennes toutes les mélodies qui lui parlent, et auxquelles il fait dire bien d'autres choses encore. Ainsi Indifférence, valse-jazz de Tony Murena, glisse du vertige nostalgique vers un phrasé cursif de jazz moderne, sans perdre une once de son charme. Et la pulsation riche, autonome et stimulante du tandem basse-batterie lui donne une nouvelle jeunesse. La Mer de Trenet voit ses intervalles modifiés, sa trame harmonique enrichie avec audace, et pourtant la magie originelle demeure. On dira que c'est le propre des vrais jazzmen que de faire d'aussi fécondes transformations, et l'on aura raison. Cela se confirme avec les plages qui accueillent des standards avérés (Beautiful Love, For Heaven's Sake, Without a Song) : la liberté d'interprétation et de personnalisation va encore prévaloir, en parfaite osmose entre les trois compères, pour donner un disque de trio très intense, et totalement réussi. Le jazz en quelque sorte, dans sa vérité première !

Xavier Prévost

Le trio jouera les 24 & 25 novembre à Paris au Sunside

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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 16:02
NICOLAS GENEST-YVAN ROBILLIARD « A Long Lone Way »

Nicolas Genest (trompette, bugle, voix), Yvan Robilliard (piano, piano électrique, orgue)

Rochefort, 14-16 novembre 2014

Cristal Records CR 232 / Harmonia Mundi

Deux instrumentistes de haut niveau qui sont aussi deux musiciens de grand talent. Leurs parcours sont assez différents : plus académique pour le pianiste, plus ancré dans la pratique précoce du jazz sur scène pour le trompettiste. Mais ils ont aussi une ribambelle de points communs, le goût très enraciné du jazz, et le fait d'avoir eu l'un et l'autre, parmi une foule de formateurs (et non des moindres !), Wynton Marsalis. Cela ne prédétermine nullement leurs options esthétiques, mais révèle simplement la passion conjointe de l'excellence et du jazz. Ils ont participé à de multiples groupes (Henri Texier, Julien Lourau, Antoine Hervé, Andy Emler, Laurent Cugny... pour Nicolas Genest ; Ibrahim Maalouf, Médéric Collignon, et d'autres, pour Yvan Robilliard, plus jeune, et entré plus tard dans la carrière). Ils ont aussi élaboré leurs propres groupes, et joué des musiques conçues par leurs soins. Et le duo rassemble ces expériences aussi plurielles que singulières. Dans un ample mouvement de partis pris mélodiques et de développement modal, leur disque fait la part belle, et presque exclusive, à des compositions originales de l'un et de l'autre, parfaitement en phase avec la teneur du duo. Un seul standard, mais quel : My Funny Valentine, joué dans l'intensité du recueillement, très librement, sans se laisser intimider par l'ombre d'un double commandeur qui aurait nom Miles Baker ou Chet Davis. Lyrique, intense et subtile, leur version vaudrait à elle seule l'acquisition de ce disque. Mais le reste mérite les mêmes éloges, qu'il s'agisse d'atmosphères diaphanes (A Long Lone Way, Le Saut de l'Ange....), de lyrisme retenu à l'extrême (Chandra), d'expressivité jungle (Spiritual ), ou de rythmes savamment syncopés (Matrice, Dombolo). Au travers d'influences musicales où se croisent la musique classique du vingtième siècle et les musiques de tous les mondes lointains, c'est tout un univers qui se déploie, rêveur, incisif parfois, intimement musical toujours.

Xavier Prévost

Un aperçu sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=Qa7htMj2y0w

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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 20:57
Frank Sinatra 100, un livre de mémoire photo

Il aurait eu 100 ans le 12 décembre prochain, Francis Albert Sinatra. Le rejeton new yorkais d’une famille sicilienne promettait dès sa naissance : 5,8 kilos sur la balance quand sa mère en pesait une quarantaine ! Plongé dans l’eau glacée pour survivre, Frank atteindra l’âge canonique de 83 ans (décès le 14 mai 1998 à Los Angeles). Entre temps, plus de soixante années de carrière-il donna son dernier concert en 1995-des millions de disques et une renommée mondiale sur scène et sur les écrans, un doublé rarissime (on ne voit guère comme autres exemples que Bing Crosby ou ses « potes » Dean Martin et Sammy Davis Jr). Et dire que son père, patron d’un bar-restaurant, lui avait riposté quand il émit le souhait de devenir chanteur : « Tu veux avoir un travail décent ou tu veux être vagabond ? ».

C’est toute cette vie forte en notes, en émotions, en amours et autres passions que décrit « Frank Sinatra 100 », signé Charlie Pignone, spécialiste du crooner (on lui doit « The Sinatra Treasures » ou encore « The Sinatra Family Album » et la production de nombreux albums) et actuellement 1er vice-président des Entreprises Frank Sinatra.

Ouvrage de grand format, cet album offre surtout comme intérêt de présenter plus de 400 photographies du chanteur, dans sa vie privée (marié à quatre reprises), en studio (défilent ainsi Count Basie, Tommy Dorsey, Duke Ellington, Perry Como, Antonio Carlos Jobim…), sur scène (notamment des images rares d’un concert de 1962 dans une boîte de nuit propriété du mafioso Sam Giancana en remerciement de l’aide apportée à la campagne présidentielle de John Kennedy) ou dans ses activités caritatives (aide à l’enfance illustrée notamment par une visite à l’hôpital Broussais ). Le lecteur y retrouvera des documents déclassifiés témoignant de la surveillance serrée du FBI sur les liens (supposés) de Sinatra avec la mafia et le parti communiste. Et il découvrira aussi des aspects moins connus comme sa passion pour la photo : le magazine Life l’avait engagé pour « couvrir » le match de boxe Ali-Frazier le 8 mars 1971 et publié une de ses photos en couverture.

Jean-Louis Lemarchand

Frank Sinatra 100, Charlie Pignone. Fonds Mercator. 288 pages, format 34,5 X 27,5 cm, 49,95€

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