Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 17:00

 

LOUIS SCLAVIS

L’histoire d’une création

Un film de Fabrice RADENAC / Arto Films

Label JMS : Ref JMS 101-5 / Sphinx Distribution

Durée totale 1h 59

Format 16:9

 Sortie le 26 avril 2011

 

 scalvis.jpg

 

Ce film, en suivant l’itinéraire de Louis Sclavis et des autres musiciens du quintet de LOST ON THE WAY (ECM), raconte l’histoire d’une création musicale.

« Itinéraire » est le terme exact puisque l’on suit le clarinettiste dans ses réflexions, sa progression au sens propre et figuré puisque Fabrice Radenacle filme dans toutes les situations, marchant dans les rues, à la poursuite d’une idée, au travail chez lui,  en répétitions, essayant ses anches ou fixant son bec.
Louis Sclavis avoue qu’il prend et perd du temps à définir un sujet, se cherchant des raisons pour faire les choses. Il évoque ce déclic absolument nécessaire, ce besoin d’un « moteur » pour le faire avancer, évoluer avant même que ne surgisse l’autre composante essentielle, l’émotion. Il sait aussi attendre, laisser s’installer le vide, ce rien indispensable pour être justement disponible, en état.

On est ainsi plongé au cœur de la création, de l’émergence de l’idée du projet à sa concrétisation, après de nombreuses péripéties, dignes du voyage d’Ulysse, thème initiateur de Lost on the Way. Une fois encore, avec ce nouvel ensemble, il adapte un folklore mythique autant qu’imaginaire. Au fond peu importe l’argument, une fois trouvé, tant il en fait une autre matière, cérébrale autant que physique, menant ses hommes selon un scénario précis.

 

On a toujours admiré chez Louis Sclavis cette aptitude à élaborer des projets sensationnels, aux titres formidables : ainsi, comme pour confirmer cette opinion, il revient sur son Napoli ‘s Walls, inspiré par le travail de l’artiste-peintre Ernest Pignon Ernest sur « la peau des murs » de Naples. Sclavis tenait là un sujet en or, avec un livret d’opéra à la Verdi , le drame, le mouvement et le décor baroque de la ville. Musicalement, il pouvait jouer du « rebond » dans la musique de Verdi qui inspire la mélodie ainsi que de la richesse du folklore napolitain.

Ce retour en arrière n’est pas vain pour éclairer la démarche de l’artiste, qui a une vision d’ensemble et aime croiser divers univers (cinéma, photographie...). L’oeil donne à entendre sa propre musique.  A propos d’images et de cadrages, Louis Sclavis est passionné de photos qu’il saisit avec son portable, il dit « choper des instants décisifs », et montre de saisissantes photos noir et blanc d’enfants dans la cour de récréation de l’école d’Hombleux (80) qui porte son nom . Le parallèle qu’il dresse entre la cour de jeux et le concert est pertinent puisqu’il retrouve dans les amusements des enfants,  à la fois improvisés et très organisés,  la mécanique des thèmes musicaux, disposés différemment à chaque fois. 

 

Le film  donne ensuite à voir des portraits croisés des musiciens du groupe, captés en mouvement, à vélo, en voiture, en limousine (!), à pied sur les bords de Seine … Chacun s’exprime librement sur sa pratique, le plaisir de faire partie du groupe de Louis : ces commentaires sans fard, sur leur approche musicale et leurs relations sont précieux pour comprendre comment la musique se fait, comment ça joue . Chacun a sa personnalité, des idées et un itinéraire précis et ce n’était sans doute pas une mince affaire que de les réunir sur une musique ne leur «appartenant » pas, au départ.

 

Le batteur François Merville ouvre le bal : il suit Sclavis depuis quinze ans, admiratif de celui qui joue sa vie à chaque instant, totalement impliqué . Il lui reconnaît l’autorité du chef, et met à son service sa pratique de toutes les formes de rythme, ayant  un bagage classique, mais rompu  au free et contemporain.

Le saxophoniste Matthieu Metzger incarne une certaine « force tranquille » tout en s’adonnant avec passion à tous les bricolages imaginables de prototypes, construisant ses jouets, usant des larsens, de jingles de « son synthé du pauvre », simulant des pannes d’ordinateur. C’est un peu le technicien fou des saxophones et de l’ordinateur qui arrive à imprimer une approche plus pointilliste. 

 

 



Le bassiste Olivier Léthé  est le  fils d’un musicien de jazz (son père Christian Léthé était un batteur éminent de la scène free) : à ce titre, il a la culture jazz. Fan de Michel Legrand, il a une certaine douceur, proche de l’acouqtique, et il aime le travail à la contrebasse, l’expressivité de l’archet  même s’il doit se résoudre à des choix : il reconnaît qu’un vrai discours sur les deux instruments ( la basse électrique et la contrebasse) est impossible. Il se retrouve dans l’univers du jazz contemporain, au travers des explosions, des changements d’orientation, irrigués du groove des musiques amplifiées, au premier rang desquelles figure le rock.
Maxime Delpierre  crée les textures qui font remonter les harmoniques de la guitare, les drones de basse. Fonctionnant sur l’instant, à l’instinct, très organiquement, il vient du rock mais ne saurait s’en contenter.
Last but not least,  les compositions enregistrées en répétitions au Studio Campus, au Conservatoire de Bagnolet ou lors de concert filmé au Studio de l’Ermitage : « Bain d’or » , « Le sommeil des sirènes ». Sclavis explique que pour «L’heure des songes», c’est une photo réaliste traitée comme une peinture abstraite, qui lui a permis d’atteindre un temps mystique, de basculer dans une autre dimension. C’est encore une photo qui est à l’origine de la composition éponyme « Le vent noir » qui finit le concert.
 
LE DVD contient aussi un long bonus de 42 mn qui est articulé autour de 12 duos de Louis Sclavis avec chacun des musiciens, comme s’il voulait s’acclimater à leur univers, lors d’improvisations personnalisées. Après ces explorations d’espaces sonores originaux, survient une dernière improvisation collective cette fois, quintessence de la pratique du quintet.
On  aura été entraîné dans le sillage de cet artiste hors normes, tout au long de ce film passionnant, original dans son traitement, variant points de vue et cadrages, avec le charme de l’impromptu. Toutes les pratiques artistiques fascinent Louis Sclavis. Artiste complet,  curieux de tout, il est aujourd’hui au sommet de sa trajectoire, capable de composer des chansons comme un John Zorn, un Ben Webster ou Lester Young, tout en imposant une conception très rigoureuse de l’improvisation, autant physique qu’intellectuelle.
Ce Dvd nous procure le plaisir de la découverte d’un « work in progress », ce n’est déjà pas rien. Plus encore que du jazz et des musiques improvisées, il révèle une signature, faisant entendre la petite musique reconnaissable de Louis Sclavis!
 
Sophie Chambon
    

 

 

Repost 0
Published by Sophie Chambon - dans DVD jazz
commenter cet article
30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 09:32

Illustrations de rémi Courgeon

Texte de Stéphane Olivier

Raconté par Elise Caron

Collection Découverte des Musiciens

Ed. Gallimard Jeunesse Musique

 

 ella.jpg

 

Dans la très bonne série des musiciens de jazz racontés aux Enfants, sous la houlette des illustrations de Rémi Courgeon ( plus de 20 albums chez Albin Michel, Casterman, Nathan …) et des textes de Stéphane Olivier ( Les Inrockuptibles, Jazzmagazine), les éditions Gallimard après avoir fait Louis Armstrong et Django poursuivent ici avec Ella Fitzgerald.

 

Travail salutaire ( et ô combien difficile) de vulgarisation à destination des enfants pour retracer la vie et l’œuvre de la diva du jazz.

Les textes sont à la fois intelligents  et très pédagogiques. L’essentiel est dit avec toute la délicatesse nécessaire à l’apprentissage des jeunes. Les petites icônes illustrant l’ouvrage ouvrent de petites fenêtres très astucieuses et remettent les choses dans leur contexte de l’époque. Car il s’agit aussi de faire comprendre aux enfants «  comment c’etait avant »…. Et d’ouvrir leur sensibilité aux notions du swing, du scat et du chant populaire américain.

 

Petit faible aussi pour les dessins très doux de Remi Courgeon qui évitent toute naïveté et apportent à leur façon du rythme à la lecture.

 

Petit regret toutefois , celui que n’ait pas été trouvées quelques photos d’Ella enfant, ni que la chronologie des extraits musicaux n’ait pas été respectée. Elle aurait peut-être permis de faire saisir comment la voix de la chanteuse a pu évoluer dans le temps.

Mais les auteurs ont finalement privilégié, dans le format court de ces petits livres  d’entrer directement dans la magie universelle de la voix d’Ella et de donner un large panel de ce qu’elle exprime dans le swing, le scat, la joie de ses « live », la sensibilité extrême d’un Bewitch au plus près de la mélodie.

En 38 mn d’audio et 11 petites pages de livres le pari est réussi: une gageure !

 

Bien sympa.

 

Jean-Marc Gelin

Repost 0
Published by Dernières Nouvelles du Jazz - dans Livres - BD
commenter cet article
26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 21:47

15 Avril 2011

« One Way… or Another  » (Collectif Onze Heure Onze)

Sortie prévue en Mai 2011

 Guilhem-Flouzat.jpg

Les Dnj : Tu es, si l’on peut dire un jeune musicien français, aujourd’hui exilé à New York et leader d’un premier disque aussi audacieux qu’excellent. Mais quel fut ton parcours ? Par quelles étapes es-tu passé pour arriver jusqu’ici ?

 

Guilhem Flouzat : Les étapes fondamentales de mon développement artistique et personnel ont commencé par ma participation à 14 ans à un stage de Jazz qui m’a fait découvrir cette Musique, « Les Enfants du Jazz de Barcelonnette », ainsi que le bonheur de jouer en groupe et tout ce que cela peut avoir d’épanouissant. Après mon Bac, je suis ensuite passé par une classe préparatoire littéraire pendant deux ans où j’ai pu approfondir plusieurs langages, plusieurs domaines comme par exemple celui de la philosophie, ce qui m’a donné un certain goût pour les lettres, pour l’écriture et tout simplement pour l’élaboration de concepts divers. Par la suite, je fus élève au sein de plusieurs établissements scolaires dédiés à la Musique, notamment au conservatoire du 9e arrondissement de Paris, à l’EDIM… etc… J’ai surtout eu l’occasion de pouvoir suivre une formation pendant 2 ans au département Jazz du CNR de Paris sous la direction de Jean-Charles Richard. J’ai ensuite intégré la classe de Jazz du CNSM de Paris que j’ai dû quitter en cours de cursus pour m’inscrire à la Manhattan School de New York. Au CNSM, j’ai pu être mis en contact avec toute cette scène « improvisée » et orientée vers la Musique contemporaine, en rencontrant des musiciens incroyablement créatifs. C’est lors de mon arrivée à New York que j’ai pu rencontrer des musiciens beaucoup plus ancrés dans les racines du Swing, avec des batteurs à la fois capable de jouer des grooves, de la Musique latine et aussi du Swing. J’y ai remarqué un rapport plus professionnel à la Musique. Pas forcément aussi créatif et original que ce que j’ai pu voir à Paris, pas toujours en tout cas, mais toujours très consistant techniquement. Tout au long de mon parcours, j’ai eu l’occasion de prendre des cours avec des professeurs très important, notamment Franck Aghulon avec qui j’ai fait l’apprentissage de la batterie Jazz, et ensuite Eric Harland qui lui m’a aidé à venir à New York, et avec qui je suis encore en contact dès que je peux. Voilà en gros ce qui fait que j’en suis là aujourd’hui, avec ce mélange de Musique et de littérature qui a donné naissance à cet album en écrivant des compositions qui ne soit pas seulement des thèmes-improvisation-thèmes, mais qui raconteraient indubitablement des histoires.

 

Les Dnj : Dans ce disque évoluent Tigran Hamasyan, Antonin Hoang, Ben Wendel, Laurent Coq, Michael Valeanu, Matteo Bortone et Simon Tailleu. Quels ont été les circonstances de vos rencontres ? Et comment s’est fait le choix d’être entouré par de tels artistes ?

 

Groupe.jpgGuilhem Flouzat : Le choix s’est fait de façon assez naturelle, puisque j’aime être entouré de musiciens qui me défient artistiquement et personnellement, qui me poussent à me remettre en question, mais qui en même temps soient des amis. C’est le cas de tous les musiciens sur ce disque. En fait, je voulais faire un compromis entre un groupe américain issu des rencontres que j’avais pu faire aux Etats-Unis et les artistes avec lesquels j’avais grandi en France, en qui j’ai profondément confiance et qui m’ont toujours inspiré. Cela concerne d’ailleurs l’ensemble des musiciens du disque, ils m’ont toujours impressionné et poussé à sortir de mes ornières musicales. Michael Valeanu, c’est mon plus vieux complice musical, c’est lui que j’avais rencontré à Barcelonnette et nous n’avons jamais cessé de faire de la Musique ensemble depuis ce moment-là. Antonin Hoang, Matteo Bortone et Simon Tailleu sont des personnes que j’ai rencontrées lors de mon entrée dans l’univers du CNSM, qui me donnent beaucoup d’inspiration en tant que musicien et en tant que personne. Ils sont tous les trois des amis avec qui j’ai une relation artistique depuis maintenant à peu près 5 ans. Quant à Laurent Coq, il a été une de mes rencontres fondamentales, une rencontre que j’ai faite à l’Edim. Il y animait à ce moment-là un atelier Jazz dans lequel je jouais et il m’a transmis ce que pouvait être l’exigence de pouvoir jouer en groupe, d’être attentif à la forme d’un morceau, et puis surtout l’engagement absolument sans concession que demande le fait d’être musicien. Il a toujours eu une présence musicale incomparablement riche, étant extrêmement appliqué quoiqu’il fasse, avec une grande culture et un univers créatif très cohérent. En ce qui concerne Tigran Hamasyan et Ben Wendel, je les ai rencontrés à New York lors de sessions musicales, je les ai approchés car j’aimais beaucoup ce qu’ils faisaient respectivement dans leurs groupes, notamment celui de Ben, « Knee Body ».

 

Les Dnj : Les compositions qui résonnent dans ce premier disque ont chacune le point commun de développer un univers sonore très particulier. Par ailleurs, elles ont été enregistrées en l’espace de deux jours. Quels ont été tes influences premières ? Combien de temps a-t-il fallu pour les écrire ? Quelle place tient la part d’improvisation dans un tel projet ?

 

Guilhem Flouzat : Comme je savais que Tigran Hamasyan et Ben Wendel seraient à Paris à la fin de l’été, j’en ai profité pour leur proposer d’enregistrer, ce qui m’a permis d’avoir en quelque sorte une date butoir pour composer. J’ai profité de tout l’été qui a précédé l’enregistrement pour écrire ces compositions. J’ai été influencé par le batteur John Hollenbeck que j’ai beaucoup écouté l’année dernière, chez qui j’apprécie la conception linéaire et architecturale de l’œuvre musicale, c'est-à-dire que l’on commence quelque part en construisant un édifice laissant des espaces où ensuite évoluent les improvisateurs. J’ai été aussi beaucoup influencé par Brian Blade et Fellowship, et évidemment par des références un peu plus françaises comme l’impressionisme, Ravel, Debussy… etc… c’est d’ailleurs ce que j’ai eu dans l’oreille depuis tout petit. J’ai pratiqué aussi sur cet album un procédé qui me tient à cœur qui consiste à prendre un morceau de Musique, le disséquer et le réduire à ses composantes élémentaires, manipuler ensuite ce matériel déjà existant en œuvre plus personnelle. Cela me permet d’avoir une matière à façonner et d’allier ma Musique à des morceaux que j’aime. J’ai procédé de cette manière sur « Stompin’ », en référence à « Stompin’ at the Savoy », aussi avec « Agin », qui à la base n’est autre qu’un morceau de D’Angelo. En gros, voici comment je m’y suis pris. Cela m’a pris deux mois pour écrire ces huit compositions. Concernant la place de l’improvisation, il y a quelque chose de fondamental pour moi qui relie la façon dont le son prend corps au sein du groupe et les musiciens qui le composent. Ces musiciens improvisateurs m’ont d’ailleurs considérablement influencé lors de l’écriture de ces compositions. Dans « Sometimes at Night », c’était pour moi une évidence de faire participer d’abord Antonin Hoang pour le premier solo, Ben Wendel pour le second. Sur « Agin », j’ai pensé à Ben directement, puis à Michael Valeanu pour la deuxième partie. Ce qui fait que la place qu’occupe l’improvisation est très importante, même si elle est délimitée. Je voulais une continuité totale entre ce qui était composé et ce qui était improvisé, d’où, pour moi, l’importance d’une identité forte pour chaque composition pour pouvoir justement faire participer chaque musicien en tant que personnage de ces histoires.

 

Les Dnj : L’étroite collaboration avec le collectif Onze Heure Onze et de son directeur artistique Alexandre Herer t’a donné l’opportunité de réaliser ce disque sous l’égide de ce collectif. Comment s’est présentée cette opportunité ?

 

Guilhem Flouzat : C’est moi qui ai pris l’initiative de contacter Alex Herer car je connaissais déjà les gens qui participent au collectif Onze Heure Onze, je les appréciais artistiquement et personnellement. C’est un collectif de musiciens à la fois très dynamiques et très intègres, qui font de la belle Musique honnêtement. Je pense qu’à l’avenir ils vont apporter beaucoup de choses à la scène française. Plutôt que d’essayer d’obtenir de l’aide de personnes plus haut placées et peut être moins disponibles, j’ai préféré travailler en collaboration avec des personnes qui soient des amis et que j’apprécie artistiquement. En tout cas, je pense sincèrement que ce collectif apporte déjà quelque chose de considérable à la scène Jazz actuelle, même si cela ne fait que commencer et que c’est encore une petite structure. Alex Herer est quelqu’un qui fait énormément de choses.

 

Les Dnj : J’imagine que beaucoup de concerts sont prévus dans les mois qui suivront la sortie de ce disque. Maintenant que ce premier opus a vu le jour, quels sont actuellement tes projets pour l’avenir, aussi bien en tant que leader qu’en tant que sideman ?

 

Guilhem Flouzat : Justement, j’y travaille en ce moment. Je suis en train d’organiser une tournée à l’automne prochain dans les clubs parisiens et européens, et très certainement à New York l’année prochaine, avec y compris un passage par les festivals. Etant donné que je suis encore étudiant et que mon emploi du temps reste encore assez chargé, j’essaye de m’en occuper dans les espaces restants. Par ailleurs, je participe actuellement à beaucoup de projets en tant que sideman avec notamment le quartet de Michael Valeanu. Je vais par exemple participer à un évènement organisé par la Villa Gillet, la célèbre institution lyonnaise, auquel je donnerais la réplique en duo au saxophoniste Ned Rothenberg, proche collaborateur de John Zorn. Ce que j’essaye en tout cas de faire, c’est d’évoluer avec un spectre musical aussi vaste que possible. Je veux absolument conserver ce rôle de sideman car il informe et il enrichie mon rôle de leader. Si on est que leader, on perd un peu quelque chose du travail de musicien et du fait d’être capable aussi de se conformer à l’imaginaire de quelqu’un d’autre. Un autre imaginaire que le sien.

 

Les Dnj : Prenons-nous au jeu d’une célèbre baronne : si tu avais trois vœux à formuler, quels seraient-ils ?

 

Guilhem Flouzat : Mon premier vœu serait que la politique culturelle en France et en Europe demeure ce qu’elle est, car elle reste encore très précieuse malgré le déclin de ces dernières années. Ce qui n’est pas le cas aux Etats-Unis où il n’y a pas les avantages de cette politique. Mon deuxième vœu serait de jouer avec quelques héros. Je rêverais de jouer avec Herbie Hancock par exemple. Mon troisième vœu serait de vieillir comme Roy Haynes.

 

Propos recueillis par Tristan Loriaut pour les Dernières Nouvelles du Jazz, Vendredi 15 Avril 2011.

 

 

GUILHflouzat

EM FLOUZAT : " One way"

Repost 0
Published by Tristan Loriaut - dans Interviews
commenter cet article
26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 21:36

 

CamJazz - 2011

Giovanni Guidi (pn), Gianluca Petrella (tb), Michael Blake (ten sx), Thomas Morgan (cb), Gerald Cleaver (dr)

 guidi.jpg

Encore inconnu du grand public, le jeune pianiste italien Giovanni Guidi nous donne une nouvelle fois l’occasion d’aller à la rencontre de sa Musique, marquée par une sagesse fortement précoce. A la première écoute, « We Don’t Live Here Anymore » est un disque que l’on pourrait croire revendicateur d’une certaine liberté de créer. En effet, il faudra quelques instants pour se soumettre à l’idée qu’il n’est autre qu’un noble manifeste pour une esthétique libérée des carcans populaires, orientée vers la Musique contemporaine et dénudée de toute convenance. Le mariage des soufflants s’opère d’une élégante manière grâce au talent incommensurable du tromboniste Gianluca Petrella et du saxophoniste Michael Blake, tous deux habitués à ce genre de contexte artistique, libérés de toutes les contraintes du politiquement correct. Leurs improvisations résonnent en nous de façon orgasmique. Aussi, les magnifiques compositions, finement arrangées, donnent la réplique à une économie de jeu relativement équivoque, comme cette douceur expectative dans Dess ou bien dans She Could Tell They Were Friends. Cette soi-disant langueur est mise en opposition à des furies démoniaques passagères (Furious Seasons, Disturbing The Peace), où la paire des musiciens rythmiques occupent un rôle majeur en la personne de Thomas Morgan à la contrebasse et Gerald Cleaver à la batterie. Par ailleurs, le côté dramatique de certaines compositions acquiert une immense sincérité lorsqu’il s’allie aux redoutables ostinatos empli de frénésie ravageuse, comme par exemple dans Overnight Revolution. Quel dommage que le mastering fut bâclé, le niveau général du volume sonore étant largement en dessous de ce que l’on peut attendre d’un disque issu d’un tel quintet. Malgré cela, ce projet musical est habité par la filiation avec l’esthétique musicale d’Ornette Coleman et de tous ses innombrables descendants. Avec un certain désordre en moins, ce qui manquera peut être. Mais il va sans dire qu’avec une telle créativité, cette folle, douce et lente révolution ne restera pas sans suite pour ce remarquable pianiste.

Tristan Loriaut

Repost 0
Published by Tristan Loriaut - dans Chroniques CD
commenter cet article
23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 08:08

Blue Note 20100

Ambrose Akinmusire (tp), Walter Smith III  (ts), Gerald Clayton (p), Jason Moran (p), Harish Ravanagh (cb), Justin Brown (dm)

ambrose-akinmusire-when-the-heart-emerges-glistening.jpg

 


Choc total pour ce nouvel album du trompettiste Ambrose Akinmusire.

Pour son deuxième album seulement,  le jeune trompettiste d'Oakland qui, hier à peine était auréolé du concours Thelonious Monk, signe déjà sur le prestigieux label Blue Note en s'offrant le luxe de pouvoir au passage emmener avec lui la bande de ses fidèles copains, ce formidable groupe avec qui il joue depuis plus de 5 ans.

Et si Blue Note les a tous pris pour ce premier album, co-produit par Jason Moran c'est qu'il y a dans ce groupe totalement fusionnel, une somme de talents incroyable qui en fait déjà l'une des références incontournable du jazz d'aujourd'hui. Car peu de groupes  en effet parviennent  à élever leur jeu à un tel niveau.  Et je risque de faire rugir les gardiens du temple en affirmant que le quintet d'Ambrose Akinmusire atteindra dans peu de temps le statut de groupe mythique, à la dimension d'un groupe comme le quartet de Wayne Shorter. La comparaison est osée. Je l'ose.

Car cet album est pour moi l'une des révélations de l'année. Les musiciens y sont tous excellents sans exception, indissociablement excellents. L'écriture du trompettiste qui signe toutes les compositions (à l'exception d'un standard) est d'une rare force et d'une sublime intelligence. Enfin et surtout cet album rayonne du feu sacré de son leader dont la trompette porte en elle toute la sensibilité du monde. Dans ce jazz très moderne, Ambrose Akinmusire porte abec lui toutes ses références. Dans ses bagages il y a du Freddie Hubbard parfois, du Booker Little dont il revendique l'empreinte et parfois même certains trompettistes de la Côte Ouest comme Candoli ou Jack Sheldon lorsqu'il s'amuse à reprendre un standard comme What New. La variété de son jeu traduit surtout un feeling du discours, une sensibilité a fleur de peau, une âme transperçant les notes. Techniquement c'est très fort. Ambrose peut tout faire avec la trompette, des longues tenues de notes bouleversantes, des trilles sauvages, des chaleurs cuivrées. Jamais exubérant. Toujours dans la justesse du propos. A la fois joueur et interprète d'un musique soulful. Presque chanteur en somme. Il faut l'écouter dans ce duo avec le pianiste Gerald Clayton sur Regrets pour comprendre la dramaturgie du trompettiste.

Ses compositions en clair-obscures sont intenses. Le jeu d'Ambrose est poignant.

Et cette intensité, cette force du jeu est collective. Entendre comment dans l'économie de notes, ce groupe prend âme sur Tear stained suicide manifesto ou encore sur With love où les harmonies et les contre chants se chevauchent, portés par la dynamique incroyable insufflée par Justin Brown, batteur absolument exceptionnel qui trouve avec Harish Ravanagh un socle hallucinant. Il faut entendre ces deux-là sur Far but few between pour comprendre de quelle interaction inouïe on parle.

Il y a dans le jazz de vrais moments de grâce. Où le leader et le groupe font corps. Ce corps qui permet en retour au principal acteur d'émerger. C'est ici le coeur d'Ambrose Akinmusire qui émerge, scintillant et débordant d'amour.

Jean-Marc Gelin

 

Repost 0
Published by Jean-marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 09:42

Jeudi 21 Avril 2011 - Cecil TAYLOR à la Cité de la Musique

 

Hier soir, la Cité de la Musique accueillait le pianiste Cecil Taylor, une des figures de proue du Free Jazz et Amiri Baraka, poète, auteur et activiste ayant participé au mouvement nationaliste noir des années 60.

Ce soir là, la salle n’est pas remplie. On connaît la Cité de la Musique pour sa ponctualité, pourtant à 20H22 le concert n’a pas encore commencé.

Le public s’impatiente quand à 20h25 entre en scène Amiri Baraka. Il lance un « bonsoir » retenu puis enchaîne avec un « Go out of Libya ! ». En un pamphlet de 40 minutes, le poète raconte tour à tour les dérives du monde occidental, la gouvernance de Georges W Bush, la politique de Netanyahou, l’oppression des peuples, le complexe de supériorité des peuples colonisateurs, et toutes les dérives de l’humanité.

C’est la même colère qu’Amiri Baraka exprime depuis les années soixante. Puis, suivent quelques poèmes où l’artiste crie cette éternelle révolte avant de quitter la scène nous laissant sa propre réflexion.

Après 15 minutes de pause, Cecil Taylor arrive enfin, tout de blanc vêtu, se pressant sur son piano où il joue une note avec l’intensité qui va donner le ton au reste du concert. Tout à coup l’espace est occupé par les notes vibrantes du piano. Le musicien nous entraîne dans son univers, en variant sans cesse le ton avec une force et une énergie débordante. Après ¾ d’heure de jeu, il fait mine de partir puis se ravise et se lance dans un nouveau morceau pour notre plus grand plaisir … et recommence le même scénario trois fois …

De cette rencontre, cependant, on s’attendait à un échange entre ces deux grandes figures de la culture Afro-Américaine des sixties ce qui ne s’est pas produit.

On retiendra de ce concert un Cecil Taylor en grande forme, généreux, créatif et définitivement virtuose.

Ce soir là, le public, composé de jeunes et de moins jeunes, aura partagé une partie de l’Histoire du Jazz.

 

Julie-Anna DALLAY SCHWARTZENBERG

Repost 0
Published by Julie-Anna DALLAY SCHWARTZENBERG - dans Compte-rendus de concerts
commenter cet article
21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 16:12

Don-t-touch-it-Benoit-Paillard

Label Durance

Voilà encore un disque surprenant que sort Label Durance situé à Château Arnoux, dans les belles Alpes de Haute Provence. Don’t touch it nous fait découvrir un pianiste singulier singulièrement méconnu, au sein d’un vrai trio jazz. Il serait dommage en effet de passer plus longtemps à côté de « ce pianiste clair et original dans son discours », comme le souligne Martial Solal. Etre ainsi adoubé par l’un des maîtres du genre, des plus rigoureusement exigeants, n’est pas un mince compliment. Aussi est-il vivement recommandé de savourer cette musique qui coule entre les doigts de Benoît Paillard, musicien de jazz respectant la tradition, sans être rétrograde pour autant. Son phrasé limpide, délié, clairement déclaré, ne déstructure pas les mélodies qu’il reprend de Kenny Werner, Kenny Kirkland, le tube de Gainsbourg « Le poinçonneur des lilas », ou le «Lonely Woman» d’Horace Silver. Il en fait tout simplement autre chose avec ses complices, la rencontre reflètant trois voix qui savent chanter et construire un discours éloquent. Le jeu de Benoît Paillard réconcilie diverses époques et styles du jazz et du blues, et l’amateur s’y sentira un peu chez soi. C’est peut-être ce que l’on remarque d’entrée, cette immédiate complicité avec la mélodie, la joyeuse simplicité du rythme, la tendresse des ballades. Sam Favreau qui compose deux titres (on aime particulièrement « Cécile ») se révèle un contrebassiste délicat sans être minimaliste, maintenant le tempo, lançant des ponctuations décisives, tout en s’arrimant à la pulsation du batteur. Cédric Bec, à la fois vif d’attaque et tout en nuances, très complice avec Simon Tailleu, a trouvé en Sam Favreau un autre partenaire de choix. L’un des atouts de ce trio est en effet sa rythmique souple, efficace, soyeuse comme sur la fin de la reprise du « Poinçonneur des lilas ». Avec une confondante aisance, de climats éclatants à d’autres plus feutrés, les musiciens ont réussi à exprimer un raffinement qui n’est pas incompatible avec une certaine idée du jazz. Comme en témoignent ces versions revisitées de « Lonely Woman » et de « The Song is you » (Jérôme Kern) qui referment un bien bel album.

Sophie Chambon

Repost 0
Published by Sophie Chambon - dans Chroniques CD
commenter cet article
20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 23:55

quinte-et-sesn-copeaux.jpg
Mad Recordz - 2009

 

Xavier Bornens (tp), Olivier Py(sax), Claide Whipple (g), François Fuchs (cb), Aidje Tafial (dr)

C'est un peu honteux de n'avoir pas recenser  Copeaux  sa sortie en 2009. Car ce nouvel opus de Quinte et Sens, le groupe du guitariste Claude Whipple fondé en 196, est purement excellent. Tous simplement.
Le 07 octobre 2009, jour du concert de la sortie du disque, nous étions au Studio de l'Ermitage à Paris où Claude Whipple avait remercié Renée, la propriétaire d'une ancienne menuiserie appelée "Les Copeaux", qui servait de lieu de répétition à Quinte et Sens et d'atelier de découpage d'une fresque de 16 mètres carré en 1024 morceaux de métal qui finirent par faire partie intégrante du packaging cd; l'ensemble pesant 350 grammes... Voilà le genre de clin d'oeil humoristique auquel il faut s'attendre avec Claude Whipple et sa musique.
Or, longtemps après avoir laissé trainer Copeaux dans une pile de cds interminable, tout en nous rappelant quotidiennement ô combien ce cd nous plait et qu'il faut en parler sur les DNJ, je finis par l'extirper de la dite pile pour déposer sa galette sur ma platine. C'etait la semaine dernière. Et le verdict fût plus que fatidique: le thème de "Sur un radeau" se rappela à notre excellent souvenir, comme celui d'un morceau que jl'on a toujours connu. On s'interroge alors très justement à son sujet :"qui a écrit ça?". Tiens, Whipple. Ce n'est donc pas un standard! ou une reprise. Bon… (la honte m'assaille).
Et c'est pareil pour le reste: la suite orientale "Arena" explose à nos oreilles, les morceaux à tiroirs comme "Suite en "n" parties" nous rappelle les moments zappaiens de notre adolescence, qui se prolongent encore et toujours en partie grâce à Whipple. Sur cet opus, on y entend: du King Crimson, du Grateful Dead, des orchestrations à la Zappa, une ambiance rock à la Rita Mitsouko, Freddie Hubbard en la trompette de Xavier Bornens, du jazz et du rock solides et très bien écrits, des improvisations renversantes d'Olivier Py, des soli de guitare rares mais enlevés - du genre guitar-hero et parfois essayistes - transitoires aux changements de tempi, des mélodies dirty ou gracieusement effilochés, une idée nouvelle à la minute, des sonorités riches et inavouables...
Bref, un univers très riche, vibrant, enjoué, drôle et unique qu'il faut découvrir.

 

Jérôme GRANSAC

Repost 0
Published by jerome gransac - dans Chroniques CD
commenter cet article
20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 22:10

 

Columbia 1972-1979

Coffret de 7 Cd’s

stan getz
 

A la veille de célébrer les 20 ans de la disparition de Stan Getz en juin, Sony Music a la bonne idée de rééditer, dans un coffret de 7 Cd’s, l’intégrale des enregistrements réalisés par le saxophoniste entre 1972 et 1979 pour le compte de Columbia. 7 années de parenthèses où la grande maison chercha, dans la folie de la fusion éthérée du jazz et du rock qui secouait la scène du jazz à l’époque, à remettre le pied à l’étrier de celui que l’on surnomme «  The Sound », le plus fidèle héritier de Lester Young. Sans doute les arrières pensées commerciales n’étaient elles pas absentes dans ce souhait d’utiliser le filon «Getz », jazzman universellement populaire tout en le mettant à un goût du jour plus jeune et plus moderne.

Alors que l‘esthétique dominante était en effet électrique avec Miles Davis, avec Return To Forever, avec Weather Report ou encore John Mc Laughin, le pari de ce come back était risqué tant la musique de Getz semblait éloigné de cette esthétique. C’était sans compter sur le fait que la génie de Stan Getz le rendait capable de jouer à peu près tout ce qu’on lui proposait avec un lyrisme qui pouvait topt transcender, tout magnifier. Sans s’approprier tout à fait les codes de ces musiques modernes, le jeu et la sonorité de Stan Getz, ce grain au velours sensuel pouvait à lui seul mettre dans le (son) rang toute les formes musicales plus ou moins proches du jazz. Il y a du caméléon chez Getz tant le saxophoniste semble en effet incarner à lui seul l’instrument, le sax ténor.

 

Et le premier de ces enregistrements est d’emblée un coup gagnant (quoiqu’éphémère) avec ce « Captain marvel », groupe constitué avec l’ossature de Return To Forever. Parenthèse pour son meneur, Chick Corea qui ne poursuivra pas loin l’aventure mais expérience superbe où le saxophoniste s’approprie les nappes sonores du clavier et de la rythmique surexpressive menée par Tony Williams.  Entre jazz-rock et thèmes hispanisants (The Fiesta), Getz semble être là comme dans son jardin. La sensualité de son verbe est exhalée. Mais malheureusement l’expérience ne sera pas prolongée très longtemps, le pianiste préférant poursuivre son chemin autrement.

Pourquoi ne pas alors utiliser les bonnes vieilles recettes. Puisque la piste du jazz fusion semble se dérober, Getz, poussé en cela par sa maison de disque décide de ré-ouvrir, 3 ans après cette expérience, la page de la Bossa-Nova qui fut l’une de ses plus fructueuses (auprès du grand public s’entend). Retrouvailles donc avec Joao Gilberto. Mais retrouvailles un peu réchauffées dans lesquelles Getz aurait pu se perdre dans l’inévitable exploitation du filon «  grand public ». La magie opère quand même mais on pourrait s’enfermer dans un easy listening un peu trop marketé si Getz justement ne restait vigilant à éclairer de sa magic touch, toutes ses interventions. On est en 1975.

La même année se produit, toujours en studio une rencontre sublime, celle avec le pianiste Jimmy Rowles. Langage et histoire totalement partagés. A 57 ans le pianiste, digne héritier de Teddy Wilson et de Hank Jones apporte une grande fraîcheur dans la lecture du jeu de Stan Getz et leur complicité est évidente. Un peu de celle que l’on retrouvera plus tard entre Getz et Kenny Barron.  Stan Getz et Jimmy Rowles restent tous les deux sur leur terrain, celui des standards magnifiés (avec notamment un Body and Soul renversant) et ajoutent une composition absolument sublimissime de Jimmy Rowles, The Peacocks. On aurait pu allègrement se passer en revanche des interventions vocales de John Hendricks qui vient pousser quelques refrains pas toujours essentiels et parfois même très évitables comme cette version de Rose Marie d’opérette qui vient un peu gâcher l’esprit de ce magnifique album.

Quelques jours auparavant Stan Getz était entré en studio pour graver un autre album avec 4 titres et un autre pianiste, Albert Dailey.

Le reste du coffret est plus anecdotique et moins plaisant. Ca se gâte un peu et cela donne un peu l’impression de quelques errances. En 1977, « Another World » album signé avec le pianiste américain un peu oublié, Andy Laverne se réessaie parfois à l’électrique. Getz y bidouille les effets de type « delay ». L’année suivante c’est un grand orchestre que rencontre le saxophoniste sous la baguette du célèbre compositeur argentin d’Hollywood Lalo Schiffrin. Si certaines de ses compositions continuent de faire mouche, d’autres en revanche qui ne sont pas de sa plume, vieillissent mal comme cette version de Don’t cry for me argentina ( composé par  Andrew Llyod Weber pour Eva Peron) qui à l’époque pouvait peut être trouver pour le compositeur Argentin, un écho politique mais qui n’a plus guère de résonnance aujourd’hui.

Dernière pierre à cet édifice, un enregistrement de 1979 beaucoup plus anodin réalisé par Stan Getz en Hollande sous l’égide d’un jeune compositeur de 27 ans, Jurre Haanstra qui débutait alors une carrière de compositeur de musique de film. Une orchestration d’assez mauvais goût qui évoque les orchestres à cordes  rend l’album très très moyen, voire kitchissime. Sauf que là, comme toujours Getz trouve le moyen de se créer ses espaces qui sont toujours l’occasion de quelques enveloppées sublimes de Stan Getz.

 

Et c’est bien là la magie et la force de Stan Getz, celle de réunir autant les afficionados et autres Getzophiles (dont je fais partie) que les néophytes, ceux qui ne connaissent pas vraiment le jazz et à qui, lorsqu’ils demandent «  qu’est ce que tu peux me faire écouter pour découvrir le jazz » on passe toujours du Stan Getz parce que l’on est sûr de rallier les suffrages universels, de faire l’unanimité, de mettre dans le mille. Car avec Getz même avec le plus kitsh des écrins :  tu meurs toujours. Le son te fait mourir comme s’il s’agissait de la projection de la voix et du sentiment incarné. Le « verbe » en quelque sorte. Le lyrisme de Stan Getz s’enveloppe de ce grain de son, de ce « palpable » émoi, de cette suavité à faire tomber les femmes jeunes et moins jeunes, à faire aimer ou pleurer. C’est ce qui rend le saxophone ténor de Stan Getz auquel il est resté fidèle, indispensable à l’histoire du jazz. Magnifiant les plus belles mélodies. Et même les moins belles.

 

Et quoique l’on en dise, ce coffret aura le mérite d’en apporter une belle démonstration. Quel qu’en soit le contexte. Quels que soient les mondes de Stan Getz.

Jean-marc Gelin

Repost 0
Published by Jean-marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 12:21

 

Aux DNJ nous avons beaucoup aimé « In Extremis », le deuxième album de la chanteuse Clotilde Rullaud sorti il y a quelques semaines (après un premier disque auto-produit enregistré en public aux Sept Lézards en 2006). La démarche artistique, l’originalité du propos, ainsi que la conception vocale, littéraire et musicale (avec un formidable groupe cohérent et soudé), nous a franchement séduit et nous a donné envie de rencontrer cette passionnante chanteuse avant son concert au Studio de l’Ermitage à Paris le 20 avril.

Propos recueillis le 22 mars 2011 par Lionel Eskenazi.

 

DNJ : Tout d’abord j’aimerais que l’on parle de ta formation musicale, de ton apprentissage du chant et du registre de ta voix.

C.R : J’ai une formation de flûtiste classique que j’ai pratiqué pendant de nombreuses années. J’ai toujours aimé chanter mais je ne le faisais qu’en privé. Ce sont des amis musiciens, qui après m’avoir entendu chanter, m’ont poussé à explorer ce domaine là, car personnellement je n’avais pas tellement confiance en moi et je ne me voyais pas spécialement comme une chanteuse. J’ai pris des cours de chant jazz avec Sarah Lazarus qui est une excellente pédagogue et qui m’a appris à improviser. Sarah, qui est une ancienne saxophoniste, m’a fait remarquer que j’improvisais comme une flûtiste et que je me servais de la colonne d’air de la même façon, ce qui fait que mon registre de voix est typiquement mezzo et très proche de la flûte classique en ut. J’ai ensuite étudié le chant classique en mettant en avant les techniques d’hygiène vocale qui permettent de se protéger et d’être précautionneux avec sa voix.

 

DNJ : On entend clairement dans ton album des influences brésiliennes, africaines, argentines et même indiennes. D’où vient cette ouverture aux musiques du monde ?

C.R : J’aime chanter des mélodies et des paroles venant de différentes cultures et j’y ai été initié par la chanteuse ethno-musicologue Martina Catella, qui a décortiqué les différentes techniques des chants du monde et me les a enseignées. Il s’agit de pouvoir exploiter et d’étendre toutes les possibilités du corps pour déformer et tirer la voix dans tous ses retranchements. La voix a une place à part dans chaque région du monde en fonction des spécificités socio-culturelles, des croyances et des religions, elle est souvent liée au message divin, à une idée d’élévation, d’ascension de l’âme comme dans les chants religieux. Ces voix éthérées et allégées ne rentrent pas en résonnance dans le corps contrairement aux chants païens, où l’on recherche la résonnance corporelle comme lien avec la terre, la mère nourricière. Martina m’a ouvert les yeux sur ces différentes techniques et sur la façon de les approcher sans s’abîmer la voix.

 

 

In-Extremis-Portrait-C-Rullaud1-BDcCecil-Mathieu.jpgClotilde Rullaud © Cécil-Mathieu

 

Lire la suite...

Repost 0
Published by Lionel Eskenazi - dans Interviews
commenter cet article

  • : les dernières nouvelles du jazz
  • les dernières nouvelles du jazz
  • : actualité du jazz, chroniques des sorties du mois, interviews, portraits, livres, dvds, cds... L'essentiel du jazz actuel est sur les DNJ.
  • Contact

Les Dernières Nouvelles du Jazz

Chercher Dans Les Dnj

Recevoir les dnj