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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 10:12
ARRIGO CAPPELLETTI-FURIO DI CASTRI-BRUCE DITMAS   «Homage to Paul Bley»

ARRIGO CAPPELLETTI-FURIO DI CASTRI-BRUCE DITMAS « Homage to Paul Bley »

Arrigo Cappelletti (piano), Furio Di Castri (contrebasse), Bruce Ditmas (batterie)

Udine, Artesuono studio, 25 & 26 mars 2015

Leo Records CD LR 732 / Orkhêstra

Le pianiste italien, également pédagogue, admire Paul Bley (auquel il a consacré un livre : Paul Bley, la logica del caso, L'Epos, Palerme, 2004) ; mais il aime aussi Bill Evans, Lennie Tristano et John Lewis. Pour cet hommage à Paul Bley, enregistré dans la foulée d'un concert du trio à la Casa del Jazz de Rome, il a fait le choix, plutôt que de jouer les compositions du pianiste canadien, de compagnonner avec deux de ses anciens partenaires : le contrebassiste Furio di Castri (« Chaos », 1994), et le batteur Bruce Ditmas (« Pastorius-Metheny-Ditmas-Bley », 1974). Le trio, dans sa conception, très ouverte et très interactive, évoque les trios de Paul Bley dans les années 60. On n'y trouve aucune composition de Paul Bley, et pourtant bien des plages, composées par Arrigo Cappelletti, évoquent son univers d'intervalles distendus, de phrases en suspens, de cheminements sinueux. Ici une sorte de blues en mi bémol (Breaks) rappelle ce que le Paul Bley de la fin des années 50 devait à Lennie Tristano, et à d'autres contemporains. Et les seuls autres compositeurs convoqués (Monk, pour un medley, et Andrew Hill), disent assez que la quête pianistique se fait ici hors des courants dominants. Dans sa conception du trio, le musicien revendique explicitement la sobriété, voire un certain ascétisme. Et pourtant l'intensité de la relation musicale qui s'établit entre les partenaires procure une vive impression de densité et de richesse. Ce qui fait au total, en plus d'un très bel hommage, un très très bon disque de trio.

Xavier Prévost

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 10:09
PRINTS & FRIENDS « TRANSFORMATIONS »

Sylvain Cathala (saxophone ténor, composition), StéphanePayen (saxophone alto), Jean-Philippe Morel (contrebasse), Franck Vaillant (batterie), Gilles Coronado (guitare), Benjamin Moussay (piano électrique), Alain Vankenhove (trompette), Sébastien Llado (trombone, tuba). Montreuil, 21 & 22 mai 2014.

Connexe Records CR-004 / Muséa

http://www.sylvaincathala.com/

www.sylvaincathala.bandcamp.com

Dix-neuf ans après la création du quartette Print, et 6 ans après la publication du premier opus de son extension en Print & Friends (« Around K », Yolk records), le saxophoniste ténor Sylvain Cathala récidive, avec une œuvre intitulée « Transformations » (Commande d'État), créée à la Cave Dimière d'Argenteuil, et enregistrée dans la foulée en mai 2014 au studio Séquenza. Autour du noyau originel de Print (Stéphane Payen, Jean-Philippe Morel, Franck Vaillant), Sylvain Catahala rassemble une équipe partiellement renouvelée : Benjamin Moussay succède à Jozef Dumoulin, Alain Vankenhove remplace Laurent Blondiau, tandis que Gilles Coronado et Sébastien Llado restent fidèles au poste. La musique procède des fondamentaux assumés par le saxophoniste-compositeur : prégnance des rythmes complexes, déroulement polymétrique et poly-vitesses parfaitement maîtrisé, ce qui constitue une sorte de dramaturgie où chaque intervenants peut délivrer expression et émotion, en toute cohérence, que la séquence soit écrite ou improvisée. On est assurément dans le jazz, cette musique qui s'écrit pour des interprètes-improvisateurs choisis avec soin, pour ce qu'ils apportent d'engagement, d'expression individuelle et de sens collectif au service du groupe. L'univers musical circule librement entre une espèce de sérialisme adouci par des pulsions tonales, et des développements dans l'univers modal. Les solistes se montrent parfaitement à l'aise dans ce cadre de rigueur tempérée, où leur autonomie d'expression est assurée ; le tandem contrebasse-batterie est comme toujours d'une solidité exemplaire, avec cette indicible faculté d'insuffler de la vie au sein même de ce qui, écouté sans l'attention requise, pourrait paraître abstrait. Bref ce disque est exemplaire d'une forme d'aboutissement, dans une direction musicale vivace dans notre paysage hexagonal, depuis le début des années 90 ; direction où l'on retrouve, sans souci de hiérarchie ou de chapelle, Kartet, Marc Ducret, Benoît Delbecq, Stéphane Payen, Benjamin Moussay, et beaucoup d'autres, qui construisent en permanence un nouveau jazz qui n'a pas besoin de se dire Nujazz pour convaincre .

Xavier Prévost

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 09:54
PIERRE CHRISTOPHE QUARTET « Valparaiso »

Olivier Zanot (saxophone alto), Pierre Christophe (piano), Raphaël Dever (contrebasse) & Mourad Benhammou (batterie). Enr. le 14 septembre 2014.

Black & Blue BB 803.2 / Socadisc

http://www.microscopie.fr/pierrechristophe/pages/accueil.htm

On aurait tort de circonscrire Pierre Christophe à sa passion pour Jaki Byard, dont il fut l'élève à New York (et auquel il consacra trois CD), ou à son goût précoce pour Erroll Garner. Jaki Byard lui a légué une ouverture d'esprit qui embrasse tous les territoires du jazz, de Fats Waller à Sam Rivers, en passant par Bud Powell, Eric Dolphy, Mingus ou Ellington.... Avec ce quartette très consonnant, où la mélodie fait en permanence valoir ses droits, on pense à Art Pepper, ou Paul Desmond chez Brubeck, à cause du saxophoniste Olivier Zanot, dont la sonorité délicate éclaire ce projet musical. Il faut se rappeler que Pierre Christophe, qui a travaillé ses classiques à la Manhattan School of Music de New York, est un fin connaisseur de l'idiome, et il a fait partager son enthousiasme et sa compétence aux auditeurs de France Musique en participant à plusieurs reprises au « Matin des musiciens jazz » d'Arnaud Merlin, programme hélas passé à la trappe dans les bouleversements de juillet 2014. On peut encore réécouter sur la toile l'émission où Pierre Christophe faisait partager sa connaissance de Dave Brubeck :

http://www.francemusique.fr/emission/le-matin-des-musiciens-du-mardi/2012-2013/dave-brubeck-avec-pierre-christophe-05-07-2013-00-00

Et c'est un peu vers Brubeck que nous entraîne ce disque de Pierre Christophe : atmosphère assez cool, mais avec intensité de la pulsation ; soigneuse élaboration harmonique et variété des rythmes choisis. L'histoire parle au fil des plages, avec Fats Meets Erroll, ou encore la segmentation façon bebop de l'exposé de Grumpy Old Folks, hymne aux pépés grognons. Et dans le solo de piano de Relaxin'at Battery Park (un parc à la pointe sud de Manhattan, où il fait bon flâner), j'entends comme un écho d'un des solos de Jaki Byard dans The Black Saint and the Sinner Lady de Charles Mingus : phantasme d'amateur fanatisé ? Illusion sonore ? Peu importe.... Ce disque fait voyager dans le jazz, dans l'amour du jazz, et c'est un plaisir (rare ?) qui ne se refuse pas !

Xavier Prévost

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 21:48
DOMINIQUE PIFARÉLY « Time Before And Time After »

Dominique Pifarély (violon). Poitiers, Auditorium Saint-Germain, septembre2012 ; Argenteuil, Cave Dimière, février 2013.

ECM 2411 / Universal

www.pifarely.net

Alors même qu'il a enregistré, au début de l'été 2015, avec son nouveau quartette (Antonin Rayon, Bruno Chevillon & François Merville), le violoniste publie un album solo totalement inclassable. Entre écriture et improvisation, sans qu'il soit possible de faire de l'une et l'autre l'exact départ, l'album se construit, de plage en plage, avec une cohérence remarquable. Chaque pièce, après avoir été jouée dans l'intensité de l'instant, a reçu pour identité un mot ou une expression, et ces titres sont empruntés à des poètes dont le violoniste tire sa sève d'artiste : Paul Celan, Mahmoud Darwich, Fernando Pessoa, André du Bouchet, Henri Michaux.... Quant au titre de l'album, il est emprunté à un poème de T.S. Eliot, où « le temps présent et le temps passé sont tous deux peut-être présents dans le futur, et le futur contenu dans le passé ». La question de l'idiome sera fatalement posée par tel ou tel, mais elle ne s'impose pas : on est ici en territoire de musique, au sens le plus large, et dans ce lyrisme assumé, dans cette finesse d'expression, et dans cette audace mélodique, le jazz, la musique dite contemporaine, ou classique, et bien des musiques du vaste monde, pourront se reconnaître. Le timbre de l'instrument est d'une richesse incroyable, entre acidité et rondeur, et cette sonorité fait corps, à chaque instant, avec le propos musical. L'album se conclut pas un magnifique standard, My Foolish Heart, ultime poème d'amour de la poésie. On tutoie ici une forme de perfection, ou plutôt d'accomplissement. On écrit souvent, et souvent avec une certaine imprudence, que l'improvisateur est un compositeur de l'instant. On pourrait dire, non sans malice, que composer c'est improviser durablement. Car ce disque, et cette musique, traverseront à n'en pas douter les affres du temps, passé, présent et futur enfin réconciliés.

Xavier Prévost

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 11:18
STEVE COLEMAN Music live in Paris

2Oth anniversary Collector’s Edition

1 coffret 4C D RCA Legacy / Sony MUsic

Ceux qui se désolent encore de ne pas avoir pu assister aux résidences du grand saxophoniste de Chicago lors du festival Jazz à la Villette (sessions 2015) ont matière à se consoler. En effet, Sony Legacy vient de rééditer l’enregistrement des 3 concerts mythiques donnés par Steve Coleman en mars 1995 au Hot Brass (l’actuel Trabendo). Comme le racontent les pages du superbe numéro de Jazzmagazine n°676 consacré ( enfin !) au saxophoniste, ces concerts restent de toute évidence gravés dans les mémoires des aficionados parisiens.

1995. Le jazz cherche ses nouvelles voies. Ses nouveaux moyens d’expression. De nouvelles musiques surgissent et Steve Coleman avec ses trois formations (Mystic Rythm Society, Metrics et Five elements) faisait alors, comme il le fait toujours : ouvre des portes. Va puiser dans toutes ces musiques, qu’elles soient traditionnelles ou modernes pour en offrir un génial melting pot syncrétique. Trois volets donc. Avec « Mystic Rythm » il y est question de transes mêlant le jazz à la world music, au koto japonais autant qu’aux chants arabes. Avec « Metrics » il y est question du mélange des pulses du jazz avec celles du rap ( Coleman n’aime pas parler de rappeurs il préfère parler de lyricists). Là, c’est le jazz qui s’acoquine avec une autre musique de la rue. Et enfin avec « Five Elements » il est question d’une vraie réflexion sur les formes du groove plongeant au cœur des racines d’un jazz plus bop pour lui montrer des vois plus actuelles et incandescentes.

Sans relâche, Coleman travaille sur l’intégration des différentes formes d’improvisation dans le cadre de structures polyrythmiques complexes. Quelle qu’elles soient. Et c’est toujours jouissif ! Notamment parce que dans la bande des fellow partners de Steve Coleman il y a un Gene Lake qui atteignait des sommets. Ou encore un maître du groove, avec un Reggie Washington impérial. On y entend aussi les interventions du trompettiste Ralph Alessi ou encore d’un tout jeune pianiste promis à l’avenir que l’on sait, Vijay Iyer. Et même David Murray qui s’invite sur le plateau le dernier soir pour jeter une huile bouillonnante sur le feu de la lave colemanienne.

Le dernier soir, C’est le grand gourou de ces sessions, Steve Coleman lui-même qui explose, pas seulement grand ordonnateur, pas seulement grand maître du tempo, pas seulement cérébral mais aussi grand maître d’un son venu de très loin, digne héritier de Charlie Parker par d’autres moyens.

Ces sessions rééditées par Daniel Baumgarten sont le formidable témoignage d’une époque. Si les rappeurs des Metrics peuvent nous sembler un tantinet désuets et ringards aujourd’hui, force est néanmoins de constater que les deux autres volets n’ont pas pris une seule ride et qu’hier comme aujourd’hui la musique des Five Elements porte le jazz aux sommetx que seuls des génies de la trempe de Steve Coleman ou John Zorn peuvent atteindre..

Est ce qu’en mars 95, Paris brûlait ? En tous cas il se consumait de plaisir ….

Jean-Marc Gelin

Pas beaucoup de traces vidéo des sessions de 95. Celle-là date de l'année suivante.

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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 07:04
Vincent Courtois : " WEST "

Label La Buissonne/ Harmonia Mundi

www.labuissonne.com

www.LACOMPAGNIEDELIMPREVU.com

www.vincentcourtois.com

https://www.youtube.com/watch?v=SZk_SijXtQw

Une musique fraîche et enthousiaste, grave et introspective pour un musicien établi qui continue à chercher, pour qui la chose qui compte encore avant tout est le plaisir de jouer ensemble, de se surprendre et nous surprendre, de ne pas se reposer sur ses lauriers. Le violoncelliste Vincent Courtois sait valoriser l’apport des musiciens qu’il a choisis, deux excellents saxophonistes ténor, combinaison inédite d'instruments du milieu, proches du registre du violoncelle. Comment arrivent ils à s’ajuster et se répartir les rôles? Cela semble aller de soi, tant ces deux musiciens Robin Fincker et Daniel Erdmann jouent avec une pertinence élégante, se répartissant les rôles avec une rapidité confondante, en bonne intelligence. Le quatrième larron est le formidable pianiste Benjamin Moussay (sur 5 des onze titres) dont la folie inventive s’accorde à merveille à tous ces « jouets » musicaux, variations du piano, du toy piano au célesta ou au clavecin. Quant à Vincent Courtois, il peut, je le répète, tout obtenir de son violoncelle, le transformer en guitare, violon, lui faire pleurer le blues, ou le rendre à sa dignité classique à l’archet. Electrifié, il sonne autrement et donne des effets plastiquement sonores fascinants.

Une façon pour le groupe de jouer avec la spontanéité, tout en enfonçant le clou d’une certaine sophistication, n’omettant jamais la préméditation de ce projet baroque et foisonnant où distorsions électriques, envolées pop rock, jazz et classique se jouent dans l’instant. Ce nouvel album évoque le "Go West Young Man", une nouvelle frontière à atteindre?, un départ vers l’inconnu, et montre, en un écho brillant et évident, une réelle continuité avec le précédent Mediums en trio (les mêmes saxophonistes sur le même label). Il y est par exemple question de ces êtres monstrueux des baraques foraines, ces « Freaks » en hommage au film muet en noir et blanc de Tod Browning, dont la plainte intérieure nous est perceptible par le velouté tendrement moelleux des saxophonistes. Parfaite bande originale du film qui se joue dans nos oreilles si l’on se prête au courant de la narration. Et que dire de «West», le titre éponyme de l’album qui vous emporte dans une boucle obsédante? Poursuivant la beauté pleinement féconde de ses projets qui trament une toile de vie, Vincent Courtois a déjà d’autres idées à défendre, avec cette formation qu’il affectionne, sur les «Bandes Originales» de films, justement. En attendant, voilà un cadeau pour les fans, qui continueront ainsi à le suivre avec délectation comme moi cet été à Cluny et une entrée pour ceux qui étaient peut-être restés en retrait jusque là.

Sophie Chambon

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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 21:25
Gérard Marais quartet : " Inner Village"

Gérard Marais quartet

INNER VILLAGE

Cristal records/ harmonia mundi

www.cristalrecords.com

www.gerardmarais.com

Concert le 29 septembre à Paris au Sunside

Voilà un CD que vous ne regretterez pas d’écouter et de réécouter pour en découvrir les moindres espaces et recoins cachés. Du jazz qui groove d’un bout à l’autre de cet album d’un fameux quartet qui célèbre le retour après dix ans du leader, le guitariste Gérard Marais. Lui qui pensait avoir pris sa retraite, l’âge venu, n’a pu résister à revenir sur scène, pour notre plus grand plaisir. Gérard Marais, l’un des pionniers de la guitare jazz des années soixante dix, a multiplié les rencontres et les échanges avec la « crème » de la scène jazz hexagonale : jugez plutôt, en duo avec Raymond Boni , en trio avec Didier Levallet et Dominique Pifarély ; en sextet, il créa Katchinas et participa aussi au collectif Zhivaros, réunit enfin le premier big band de guitares...Un palmarès de choix pour ce musicien surdoué qui réarrange brillamment pour l’occasion certaines de ses compositions, dans cet Inner Village, sorti chez Cristal Records. Il est entouré de son vieux complice Henri Texier à la contrebasse, du bouillonnant Christophe Marguet, intense jusqu’au solo final de « Katchinas ». On ne saurait rêver de plus puissante et mélodique rythmique comme dans «Think Nocturne». Quant au pianiste, ce pourrait être une révélation pour ceux qui ne connaissent pas le collectif lillois Circum, ou le trio TOC dont Jérémy Ternois fait partie. Il accomplit ici un travail extraordinaire d’improvisation en parfaite osmose avec le guitariste. Le résultat est une musique fluide et si brillante qu’elle en paraît simple. Elle restera dans votre oreille : écoutez donc «Le Rouge et le noir», qui a plus à voir avec Nino Rota qu’avec Stendhal, ou «Inner Village Song». Mais comme le souligne fort justement Xavier Prévost dans son compte rendu du Festival de Jazz Campus en Clunisois, sur les DNJ, «ce sont des circonvolutions très lyriques où le chant conduit toujours vers des sentiers harmoniquement féconds». C’est là tout l’art de ce compositeur subtil et discret que de nous révéler les formidables envolées de son chant intérieur.

Sophie Chambon

INNER VILLAGE

Cristal records/ harmonia mundi

www.cristalrecords.com

www.gerardmarais.com

Concert le 29 septembre à Paris au Sunside

Voilà un CD que vous ne regretterez pas d’écouter et de réécouter pour en découvrir les moindres espaces et recoins cachés. Du jazz qui groove d’un bout à l’autre de cet album d’un fameux quartet qui célèbre le retour après dix ans du leader, le guitariste Gérard Marais. Lui qui pensait avoir pris sa retraite, l’âge venu, n’a pu résister à revenir sur scène, pour notre plus grand plaisir. Gérard Marais, l’un des pionniers de la guitare jazz des années soixante dix, a multiplié les rencontres et les échanges avec la « crème » de la scène jazz hexagonale : jugez plutôt, en duo avec Raymond Boni , en trio avec Didier Levallet et Dominique Pifarély ; en sextet, il créa Katchinas et participa aussi au collectif Zhivaros, réunit enfin le premier big band de guitares...Un palmarès de choix pour ce musicien surdoué qui réarrange brillamment pour l’occasion certaines de ses compositions, dans cet Inner Village, sorti chez Cristal Records. Il est entouré de son vieux complice Henri Texier à la contrebasse, du bouillonnant Christophe Marguet, intense jusqu’au solo final de « Katchinas ». On ne saurait rêver de plus puissante et mélodique rythmique comme dans «Think Nocturne». Quant au pianiste, ce pourrait être une révélation pour ceux qui ne connaissent pas le collectif lillois Circum, ou le trio TOC dont Jérémy Ternois fait partie. Il accomplit ici un travail extraordinaire d’improvisation en parfaite osmose avec le guitariste. Le résultat est une musique fluide et si brillante qu’elle en paraît simple. Elle restera dans votre oreille : écoutez donc «Le Rouge et le noir», qui a plus à voir avec Nino Rota qu’avec Stendhal, ou «Inner Village Song». Mais comme le souligne fort justement Xavier Prévost dans son compte rendu du Festival de Jazz Campus en Clunisois, sur les DNJ, «ce sont des circonvolutions très lyriques où le chant conduit toujours vers des sentiers harmoniquement féconds». C’est là tout l’art de ce compositeur subtil et discret que de nous révéler les formidables envolées de son chant intérieur.

Sophie Chambon

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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 07:05
PAPANOSH, ROY NATHANSON & FIDEL FOURNEYRON : «  Oh yeah oh !

Yellowbird - Harmonia mundi 2015

Roy Nathanson (as,bs, vc), Fidel Fourneyron (tb), et papnsoh : Thibault Cellier (cb), Sébastien Palis (orgue B3, wurlitzer, p, vc), Jérémie Piazza (dms), Quentin Ghomari (tp), Raphaël Quenehen (as, ts, sopranino, vc)

Alors là, mes amis ! Ça emporte ! C'est un flot d'énergie ! C'est de l' émulation ! Il se passe un truc.

Ce jeune groupe de Rouen a un talent fou. C’est quoi ? La présence de Roy Nathanson à l'alto ? La furie de Fidel Fourneyron, le jeune trombone français qui monte ? La collectivité mobilisée ?

Avec Papanosh c’est le jazz qui s'est dépoussiéré au contact de la rue, façon workshop. Ce jazz qui évolue entre combo et brass band surdynamisé. Entre formation de jazz et bandas en procession.

Ça joue. Ça chante, ça fait du bruit, ça joue terrible ça s'amuse et ça prend à la légère. Esprit de Mingus, sort de ce corps ! Référence, révérence totalement assumée envers le contrebassiste légendaire. Au « ah hum » de Mingus répond le « oh yeah oh » de la bande à Papanosh.

C’est absolument génial d’un bout à l’autre.

On ne vous en dit pas plus, courez les entendre à Jazz à La Villette samedi 5 septembre.

http://www.jazzalavillette.com/evenement/16422

et accrochez vous à votre siège. Décollage assuré !

Jean-Marc Gelin

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 23:12

Véritable choc de cette rentrée, "for one to love" le nouvel album de Cécile Mc Lorin Salvant risque bien de s'imposer comme un véritable événement dans le paysage du jazz vocal. A la veille de la sortie d'un disque majeur et de son concert à la Villette, rencontre avec la nouvelle star du jazz. Bien loin des clichés de la diva, Cecile Mc Lorin avec une grande douceur et beaucoup de simplicité nous reçoit pour un moment de pure complicité.

CECILE MC LORIN SALVANT : LA MELODIE DU BONHEUR

 

Les DNJ : Depuis ton prix au concours Thelonious Monk, tout semble aller très vite. Tu  t'attendais à ce succès ?

 

Cecile Mc Lorin Salvant : Non pas du tout. Pour tout te dire je ne m'attendais même pas à faire de la musique. Et surtout pas du jazz. Je pensais que, peut-être, si j'avais une chance énorme je pourrais faire du chant lyrique. Et encore.... Je pensais surtout que j'allais faire de longues études et peut-être du droit. Je ne savais surtout pas que cela allait se passer comme ça.

 

Les DNJ : Mais la musique n'est pas un hasard tout de même. Tu as fait le conservatoire ?

 

 

CMLS : J’ai commencé le conservatoire à l'âge de 3 ans. J'ai fait du piano, de la chorale. Vers 14 ans j'ai commencé à faire du chant lyrique. Le chant a toujours fait partie de ma vie et j'ai toujours adoré ça mais je ne savais pas que cela allait devenir mon métier.

 

Les DNJ : L'autre tournant c'est aussi d'avoir fait du jazz.

 

CMLS : Cela s'est fait quand je suis allé au Conservatoire d'Aix en Provence pour faire du lyrique. Je voulais faire cela pendant ma prépa Sciences-Po. Le chant devait être une activité annexe. Au conservatoire il y avait une classe de jazz. Ma mère m'a suggéré d'aller voir, comme ça. C'est ainsi qu’en 2007  j'ai rencontré Jean-François Bonnel. Il m' a entendu chanter et à partir de là c'est lui qui m'a poussé à faire toujours plus, à plus chanter, à plus faire de piano. Il m'a croisé ensuite dans la rue et il m'a dit " il faut absolument que tu fasses la classe de jazz. Viens au conservatoire". Alors comme j'avais un peu de temps de libre, j'y suis allée sans grande conviction.

 

Les DNJ : Tu n'avais donc pas réellement de culture du jazz ?

 

CMLS : Non, pas vraiment. J'entendais les disques qu'écoutait ma mère (qui adore le jazz). J'avais Sarah Vaughan ou Ella  dans les oreilles mais de la même manière que j'écoutais aussi plein d 'autres musiques de style très différent.

Je suis donc entrée au conservatoire en cycle 1 comme un débutant. Je n'avais aucune notion de l'improvisation et pas la moindre idée de ce qu'était un standard.

 

Les DNJ : Tu sais ce que Jean-François Bonnel avait décelé chez toi ? Vous en avez parlé ?

 

CMLS : Au départ non. Il est très timide et du coup cela lui donne un air un peu froid. Mais on en a parlé bien après. Il avait décelé un potentiel et son but était de me faire travailler pour pouvoir l'exprimer. Il m'a fait travailler l'improvisation, l'harmonie, il m'a fait écouter beaucoup de musique. Il a une immense culture musicale qu'il a partagé avec moi. Il etait très dur avec moi alors que j'ai plutôt tendance à être paresseuse.

 

Les DNJ : On a du mal à te croire ....

 

CMLS : Si je t'assure. J'ai tendance à attendre d'être le dos au mur pour m'y mettre. Mais  en musique tu ne peux pas faire ça, il n'y a pas d'échéance. L'échéance, c'est la mort.

 

Les DNJ : Mais j'en reviens à ta relation au jazz. Il y a un déclic qui s'est fait ou bien est ce que tu as suivi le mouvement ?

 

CMLS : Clairement j'ai suivi le mouvement et au bout de 3 ou 4 ans, alors que j'étais toujours à la fac de droit et que je faisais toujours du chant lyrique, je voyais qu’avec le jazz je faisais quelques petits concerts, que cela avait l'air de marcher et même de rapporter un peu d'argent. Presque de pouvoir gagner ma vie avec. Je m'etais constituée un petit répertoire et je jouais avec des musiciens d'Aix ou de Paris. Je commencais à faire des salles, des festivals et je trouvais cela totalement fou parce que tout se passait naturellement alors que tout le reste était beaucoup plus laborieux, qu'il s'agisse du lyrique ou de mes études en droit. Alors que là d'un coup je commence et tout de suite j'ai des concerts, un groupe et cela commence à fonctionner. J'ai commencé à me dire que c'était vraiment ma voie.

 

 

« Mon premier concert, c'était terrible, je regardais  mes  pieds et j'attendais que cela se finisse. Cela a été comme cela pendant longtemps »

 

Les DNJ : Avais-tu le goût de la scène ?

 

CMLS : Mais non, pas du tout. Tu sais, je suis très timide et pas du tout du genre  à  fréquenter  les jams sessions. Il y a des gens qui habitent  la scène  du  jazz, qui savent se constituer un réseau… Moi j'étais  beaucoup  plus réservée.  À l’époque j'avais peur de me mettre en avant et d'assumer mon statut de chanteuse.

 

Les DNJ : Pourtant lorsque l’on te voit si libérée sur scène, on a du mal à t'imaginer réservée.

 

CMLS  : Lorsque je suis sur scène, que je ferme les yeux et que je commence à chanter,  je  parviens  à  lâcher prise. Mais tout ce qui est autour m'a toujours  posé problème. Je commence juste maintenant à être plus à l'aise sur  scène,  à parler au public. Mon premier concert, c'était terrible, je regardais  mes  pieds,  je  fermais  les pieds  et j'attendais que cela se finisse. Cela a été comme cela pendant longtemps.

 

Les DNJ : C'était une souffrance ?

 

CMLS : Non parce que la musique rattrapait tout.

 

Les  DNJ  :  Mais  alors  partant  de là, comment en arrives-tu à passer le fameux concours Thelonious Monk ?

 

CMLS : Je suis allée au concours parce que ma mère me l’a suggéré. Elle était à fond sur tous les concours de chant et de jazz et s'était fait une sorte de  short-list. Le concours  Monk  était  bien sûr en numéro 1. Comme ce concours change tous les ans de catégorie, elle appelait régulièrement pour  savoir  quand allait être la compétition jazz vocal. En 2010 elle m'a poussé  à  envoyer  mon  dossier.  Moi qui ait tendance à procrastiner, j'ai attendu  jusqu'à  la dernière minute et c'est simplement le dernier jour où elle  m'a  demandé  si j'avais bien envoyé le dossier que je m'y suis enfin résolue.  Je  suis  allée  directement à la poste, mais j'ai quand même envoyé un mail en  m'excusant  d'envoyer  le dossier en retard. Finalement ils l'ont quand même accepté. Mais j'étais à deux doigts de ne plus être éligible.

 

Les DNJ : Comment s'est passé le concours ?

 

CMLS : J'étais morte de trouille ! Je venais de perdre au concours de Crest en  août. Et  pas  qu'un  peu puisque je n'étais même pas dans le trio des finalistes.  Du  coup j'étais totalement résignée. En plus, j'avais envoyé une maquette pour le concours de Montreux qui n'avait même pas donné suite.

Donc  j'arrivais au concours Monk en octobre, pas vraiment convaincue de ce que  je venais y faire. Je pensais vraiment que j'allais à la catastrophe. J'ai  entendu  les autres  chanteurs  qui  passaient avant moi et cela m'a conforté  dans  l'idée  que  je n'avais aucune chance. Ils chantaient tous hyper  bien.  Je  ne  savais  vraiment  pas ce que je faisais là et je suis arrivée en finale sans comprendre ce qui m'arrivait.

 

 

Les DNJ : Tu as chanté quoi ?

 

CMLS : En demi-finale j'ai chanté une chanson de Bessie Smith qui s'appelle "Take it right back" et une chanson de Monk (Monk's Mood) et Bernie's Tune. Sur  la chanson de Bessie, j'ai même eu droit à une standing ovation. Cette chanson  de Bessie,  c’est  une  chanson où elle met son mec dehors en lui disant qu’elle en a ras le bol de lui

Je suis entré dans cette chanson et j’ai perdu le sens ce qui se passait autour de moi. En finale, j’ai chanté une chanson de Billie Holiday en prenant le parti de chanter des chansons un peu moins connues. Je pensais que c’était mon seul atout. Je n’ai même pas scatté, je ne le sentais pas.

Les DNJ : Qui était dans le jury ?

CMLS : Dee Dee Bridgetwater, Diane Reeves, Kurt Elling, Al Jarreau et Patti Austin.

Les DNJ : Excusez du peu ! À partir du moment où tu remportes le concours, tout s’enchaîne vite ?

CMLS : Cela a quand même pris un peu de temps. Mais c’est quand même là que j’ai rencontré mon manager qui est aussi le manager de Wynton Marsalis. Mais lorsque je suis rentrée en France, personne ne me connaissait vraiment et il ne se passait pas grand-chose.

Les DNJ : Et c’est là que tu as enregistré ton premier disque, « Woman Child » ?

CMLS : En fait c’est le deuxième. J’avais enregistré un premier disque («Cécile ») avec Jean-François Bonnel.

Les DNJ : Et puis il y a aussi ta rencontre avec Jacky ?

CMLS : C’est encore grâce au concours Monk. L’année d’après, pour les 25 ans, ils ont invité tous les lauréats et j’y suis allée, tout comme Jacky. Il est venu à l’une de mes répétitions et il m’a dit qu’il aimait bien ma façon de chanter et qu’il aimerait beaucoup que je chante sur son album. Je pensais que c’était des paroles en l’air mais lui, quelques mois plus tard il m’a contactée et ça s’est fait.

«Franchement on me propose de jouer dans une comédie musicale, je lâche tout et je fonce. »

Les DNJ : Revenons au nouvel album. N’as-tu pas eu le sentiment de vertige à l’idée de repartir d’une feuille blanche ?

CMLS : En fait pas vraiment parce que le répertoire qui est sur l’album, nous l’avions très largement testé en concert. Petit à petit nous avons développé les chansons et les arrangements. On avait 15 ou 20 chansons en poche que nous jouons tout le temps et que nous pouvions enregistrer. Et puis j’avais mes propres compositions que j’avais un peu cachées et que j’ai ressorti à cette occasion. Et puis je m’étais protégée et je m’étais tenue à l’écart des choses qui avaient été écrites sur moi ou sur mon deuxième album. Je n’aime pas me regarder dans le miroir. Je n’aime pas, je préfère regarder les autres. Du coup, j’ai moins cette sensation de vertige. Dans cet album, il y a quelque chose de plus personnel, c’est mon groupe et le son que je veux. On arrive presque à ce que je supporte d’écouter venant de moi. Presque.

Les DNJ : On a le sentiment qu’il y a vraiment deux chanteuses qui t’ont beaucoup marquées : Bessie Smith et Sarah Vaughan ?

CMLS : En fait j’ai vraiment beaucoup de chanteuses qui m’ont influencée. Sarah et Bessie sont pour moi au même niveau qu’Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Betty Carter, Carmen Mc Rae, Blanche Calloway, Valaida Snow, Peggy Lee, Anita O’Day, Blossom Dearie. Il y en a tant que j’adore ! Par contre Sarah Vaughan c’est celle que j’ai entendue en premier et qui m’a vraiment fait aimer le jazz. Sa voix d’abord ! Mais mère l’écoutait beaucoup.

Les DNJ : Un peu à ma manière de Sarah Vaughan tu as une incroyable liberté vocale. Comme quand tu vas chercher dans l’hyper grave. D’où te vient cette liberté ? C’est quelque chose qui se travaille ?

CMLS : Oui bien sûr. Cela me vient peut-être de mon apprentissage du lyrique qui me permet de jouer sur les tessitures et les octaves.

Les DNJ : Et puis il y a beaucoup de théâtralité dans la façon dont tu chantes. Tu es une véritable interprète des chansons.

CMLS : C’est vraiment important pour moi de raconter des histoires. D’être un peu une story teller. Comme j’évolue en France et que le public ne parle pas forcément anglais, j’imagine qu’il faut par la voix donner l’intention, expliquer la chanson. Mais c’est aussi parce que j’ai cette nature-là. Je me souviens quand j’étais toute petite et qu’il fallait réciter des poèmes à l’école, je sur jouais à mort, je me roulais par terre, je pleurais presque en récitant les Fables de La Fontaine. J’étais à fond ! C’était pour moi l’occasion de jouer ! Et je ressens toujours cela, cette envie de jouer, d’être actrice.

Les DNJ : D’où ton rapport à la comédie musicale très présente dans ton dernier album.

CMLS : Oui j’adore absolument la comédie musicale, les opéras. J’adore ces histoires longues avec des personnages développés, des vraies scènes de jeu.

Les DNJ : On a le sentiment que chacune de tes chansons est en fait une affaire personnelle. Qu’elles disent quelque chose de toi.

CLMS : Surtout sur ce disque. C’est vraiment moi, ce que je ressens, ce que je vis. Totalement autobiographique.

Les DNJ : Quand on entend comment tu chantes « Le mal de vivre » de

Barbara, on se dit que cette chanson parle aussi d’une expérience vécue ?

CMLS : J’ai entendu cette chanson au pire moment de ma vie. Lorsque j’étais au désespoir le plus profond, sans qu’il n’y ait la moindre raison. Tu te réveilles un matin et que cela te tombe dessus sans que tu saches pourquoi. Quand j’ai entendu Barbara chanter cette chanson j’ai eu l’impression qu’elle me parlait à moi, qu’elle lisait exactement ce qui se passait dans ma tête. Et puis petit à petit à la fin, elle nous sort de notre profondeur et nous ramène à la surface. Il y a cette fameuse vidéo d’elle http://www.youtube.com/watch?v=QOXj23x5EW8 . Elle regarde la caméra, comme si elle te regardait toi. C’est bouleversant. J’ai regardé cela durant des années avant même d’imaginer oser la chanter.

Les DNJ : Tu chantes régulièrement des chansons du répertoire français.

CMLS : En France, pas aux Etats-Unis. Mais on me le reproche souvent dans le public ou alors les programmateurs n’aiment pas trop. Souvent on me dit que la voix est différente, que c’est moins jazzy. C’est sûrement vrai.

Les DNJ : Je me souviens de ton interprétation de Damia à Coutances !

CMLS : Cette chanson s’appelait « Personne ». C’est une chanson magnifique

http://www.youtube.com/watch?v=0KxQHr_Sz50 C’est vrai qu’à chaque fois que je donne une des chansons de ce répertoire français aux musiciens, ils se grattent un peu la tête pour savoir comment la jouer. Mais ils font toujours un super job. Il y a plein de chansons françaises du répertoire des années 20 qui sont superbes et que j’aimerais chanter.

Les DNJ : Et l’Opéra ?

CMLS : Oui bien sûr ! En ce moment on fait un thème tiré de « Candide » de Bernstein, Glitter and be gay. On a changé l’arrangement, mais on a gardé la chanson. C’est plus de l’opérette d’ailleurs que de l’Opéra. Et puis on commence à travailler sur un opéra de Kurt Weil qui s’appelle « Street scene ». Cela reste de l’Opéra américain très influencé par le jazz.

Les DNJ : On parlait de comédie musicale. Si demain on te proposait un rôle…..

CMLS : Je t’arrête tout de suite : je dis OUI immédiatement ! Sans la moindre hésitation. J’en rêve. Franchement on me propose ça, je lâche tout et je fonce.

Les DNJ : Tu sais ce que tu aimerais jouer ?

CMLS : J’adorerais faire « Porgy and Bess » …. Mais il y en a d’autres. Par exemple « The sound of music » ( « La mélodie du bonheur »). J’adore. Mais bon ça ne marche pas trop parce que je suis noire mais on peut rêver, il y a parfois des metteurs en scène un peu audacieux…. Et puis il y a aussi toute l’œuvre de Sondheim.

Les DNJ : Sur l’album, ce sont les mêmes musiciens avec lesquels tu tournes en concert. Comment vous êtes-vous rencontrés avec ton pianiste Aaron Diehl ?

CMLS : Grâce à mon manager. Il m’a fait une liste de pianistes et je les ai tous écoutés. Il y en avait deux ou trois qui étaient très intéressants pour moi. Comme

Jon Batiste qui vient de Louisiane. Et puis j’ai vu une vidéo d’Aaron Diehl en train de jouer du Fats Waller et là j’ai tout de suite dit, c’est lui ! (https://www.youtube.com/watch?v=Kb6oMBor5tk).

Dans le groupe, il y a aussi Paul Sikivie à la contrebasse et Lawrence Leathers à la batterie. Ils ont entre eux une interaction incroyable. C’est important de pouvoir entendre le trio entier comme une vraie entité qui swingue ensemble. Paul et Lawrence quand ils se mettent à jouer ensemble c’est magique. Paul, il chante avec sa contrebasse, il a un super son et des phrases magnifiques. Et Lawrence a des nuances sublimes. Ce sont deux musiciens d’une belle joie. En tout cas, c’est important d’avoir un vrai groupe qui évolue ensemble dans le temps. Je tiens vraiment à préserver cela autant que je le pourrais.

«Aux Etats-Unis, j’aimerais trouver dans le public, quelqu’un qui me ressemble »

Les DNJ : Il paraît que tu tournes un peu avec Wynton Marsalis ?

CMLS : J’ai fait des dates avec eux à Noël. On a un peu tourné ensemble. Une quinzaine de dates où l’on a vécu ensemble, dans le bus, dans les hôtels et tout ça.

Les DNJ : Pas trop stressant de chanter sous le regard de Wynton ?

CMLS : Si. Mais je dois dire qu’il a toujours été hyper encourageant avec moi. Il m’a toujours donné de supers conseils. Des choses à écouter ou à travailler.

Les DNJ : Quel accueil as-tu aux Etats-Unis ?

CMLS : C’est un bel accueil même si cela pourrait être mieux. Non pas qu’il manque de public mais surtout que ce public n’est pas très diversifié. Il faudrait plus de jeunes, plus de noirs. Cela manque un peu. C’est un public de personnes assez bourgeoises et blanches. J’aimerais bien trouver dans le public quelqu’un qui me ressemble.

Les DNJ : Pour l’âge du public n’est-ce pas aussi parce que ton répertoire peut être considéré comme un répertoire classique. Je veux dire classique du jazz.

CMLS : C’est possible. Je ne fais pas de R’n B par exemple ou de soul. Mais je pense que l’on est assez mal diffusé vers un public plus jeune. C’est sûr que si je faisais du hip hop ….

Les DNJ : Tu te verrais chanter du hip hop ?

CMLS : J’adore cette musique. Mais elle ne me correspond juste pas. Peut-être une ou deux chansons mais certainement pas ne chanter que cela.

Les DNJ : Tu ne te vois pas en Kendrick Lamar….

CMLS : J’adore Kendrick Lamar ! Je suis à fond sur Kendrick Lamar. Rien à dire, c’est un génie ! Ses paroles sont incroyables. Quand c’est de qualité comme ça, je dis Oui !

Les DNJ : Je comprends bien le fossé générationnel dont tu parles et qui est un peu lié au répertoire. Par contre je comprends moins le fossé racial ….

CMLS : On dit un peu que les noirs ont rejeté le jazz. Sauf peut être à la Nouvelle-Orléans. Mais c’est tellement particulier là-bas. C’est l’endroit le plus bizarre que j’ai vu. Si tout était comme à la Nouvelle-Orléans, ce serait magnifique. Un accueil hyper chaleureux. Tu vois des gens qui aiment la musique. Il y a de la musique partout. J’ai adoré chanter là-bas.

Les DNJ : Les gens doivent te prendre pour une américaine ?

CMLS : Oui. Mais tu sais, je me sens parfois plus américaine qu’autre chose. Je suis fille d’immigrants. Cela doit venir de ça.

Les DNJ : Pour revenir au disque, on trouve dans ton album une immense liberté que beaucoup de chanteurs ne s’accordent que lorsqu’ils sont sur scène. Comment fait-on pour acquérir cette liberté ?

CMLS : Pour moi c’est en écoutant beaucoup. Et plus j’ai écouté plus je me suis rendu compte des possibilités du jazz. En jazz, on n’est pas obligé d’avoir une belle voix, une voix lisse, ou de chanter d’une certaine manière plutôt que d’une autre.

Les DNJ : Tu chantes sur combien d’octave ?

CMLS : trois je pense. Mais ce n’est pas très important.

Les DNJ : Pourtant quand tu chantes on a bien le sentiment que tu utilises toute ta tessiture pour donner du relief à ton interprétation.

CMLS : Je crois que c’est ma mère qui m’avait dit ça un jour après un concert. Elle me disait « pourquoi tu n’utilises pas toute ta tessiture ? ». Et c’est vrai que je n’avais jamais pensé à cela.

Les DNJ : Tu ressens les émotions passer dans le public quand tu chantes ?

CMLS : Parfois c’est difficile de le ressentir. Parce que je ne vois pas le public. Je ne l’entends qu’applaudir. Parfois le silence est difficile à interpréter. Ce que je préfère c’est quand le public s’exprime. Cela me nourrit.

Les DNJ : Tu as chanté un peu cet été avec Attica Blues (la renaissance du projet d’Archie Shepp) ?

CMLS : Je n’ai pas pu faire toutes les dates, mais j’en fais certaines. C’est super avec Archie. Je l’adore. C’est quelqu’un dans le groupe qui m’avait recommandé à lui. Je ne sais pas qui c’est. Peut-être Raphaël (Imbert). En fait il cherchait quelqu’un qui pourrait chanter le blues. On lui a fait passer une vidéo de moi chantant Bessie Smith et il a aimé.

Les DNJ : D’ailleurs, tu participes à la B.O du biopic sur Bessie Smith qui va bientôt sortir en France.

CMLS : Oui c’est super, mais j’étais très frustrée parce qu’en fait on ne m’a pas demandé de chanter une chanson de Bessie. La scène où il y a ma voix, c’est celle où elle est dans un club de jazz et où elle entend quelqu’un d’autre chanter dans le nouveau style. C’est dans la fin de sa vie au moment où elle se dit qu’elle devrait se remettre en cause. C’est une chanteuse qui me fascine. J’aurais aimé assister à des spectacles de Bessie Smith où il y avait des danseurs. Elle faisait des spectacles dans des tentes, comme sous un chapiteau de cirque.

Les DNJ : Tu chantes encore dans des petites salles

CMLS : En fait non, mais c’est vrai que j’adore l’ambiance des petits clubs. En Norvège et en Suède j’ai fait une quarantaine de petits clubs et j’adore ça.

CECILE MC LORIN SALVANT : LA MELODIE DU BONHEUR

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 08:25
CECILE MC LORIN SALVANT : «  For one to love »

Mack Avenue / Hamonia Mundi

Cécile McLorin Salvant (voix) - Aaron Diehl (piano) - Paul Sikivie (contrebasse) - Lawrence Leathers (batterie) - Vincent Peirani (accordéon)

Nouvel album de Cecile Mc Lorin. Véritable choc !

Ceux qui ne connaissaient pas la jeune chanteuse franco-haïtienne, ex-lauréate du prestigieux concours Thélonious Monk, ne resteront pas longtemps dans l’ignorance, on peut vous l’assurer. Car, tenez-le vous pour dit, Cécile Mc Lorin est ce qui nous arrive de mieux dans le paysage du jazz vocal depuis bien longtemps.

Quelle chanteuse !

Dans cet album très personnel qui exhale à chaque chanson l’essence et les racines du jazz, il y a une formidable et audacieuse liberté où elle livre beaucoup d’elle-même.

Cette liberté, elle se l’accorde en premier lieu en nous livrant cinq sublimes compositions personnelles. Il faut entendre ce Look at me poignant, à la musique et aux paroles sublimes ou encore Monday. On les croirait tous sortis du real book. Moment d’intimité partagé avec la chanteuse. De proximité.

Mais il n’ y a pas que cette mise à nue. Il y a aussi cette liberté du chant incroyable où Cécile Mc Lorin se livre toute entière, sans réserve et sans calcul. Car avec Cécile Mc Lorin il n’est pas seulement question de chanter, il est question d’interpréter, de se muer en diseuse d’histoires.

Artiste totale.

Engagement corps et âme où toute la gamme des expressions humaines passe par sa voix. A la fois joueuse, cajoleuse, railleuse ou gouailleuse, Cécile Mc Lorin Salvant est devant nous la pièce maîtresse d’une comédie musicale faite de jazz et de blues.

Elle y proclame son amour sans limites pour cet art de la scène, se fait elle-même comédienne avec beaucoup d’humour comme sur ce Stepsister’s Lament de Rodger's et Hammerstein (« Cinderella ») ou encore dans Trolley Song immortalisé par Judy Garland (tiré du film « Meet me in Saint Louis ») et ici magnifié par une rythmique exceptionnelle. On se pince, on croit à la réincarnation, cette fois de Sarah Vaughan. Parfois enfantine ( « Woman Child était le titre de son premier album), Cécile nous émeut aux larmes ou à la joie. Chacune de ses chansons parle d’elle-même. Son interprétation de Barbara nous bouleverse. Celle très simple et efficace de Burt Bacharach frémit de soul.

Son chant, on l’entend, on le sent, on le ressent, il vient du fond des tripes. Il brûle et se consume à la manière d’une Bessie Smith réincarnée dans un rade de la Nouvelle Orléans (comme ce Growin dan totalement incandescent et sexuel ou encore sur ce What’s the matter now chanté jadis par la reine du Blues ).

Se murmure dans un chant d’amour déçu.

Donne beaucoup d’elle-même avec une sincérité touchante et parfois même d’autodérision émouvante.

Et pour faire un grand album de jazz, il faut de bons musiciens, il faut un groupe. Cécile Mc Lorin Salvant s’accompagne ici de ses musiciens habituels avec lesquels elle a l’habitude de tourner. À la légèreté délicate d’un Aaron Dhiel s’ajoute la profondeur sensuelle de Paul Sikivie et le drive très subtil de Lawrence leathers.

« For One to Love » est le 3ème album de la chanteuse. Le plus personnel. Le plus intime.

Il dit en musique la comédie de l’amour. Sa tragédie aussi.

Jean-Marc Gelin

NB : album très personnel où Cécile va jusqu’à signer elle-même la pochette en rouge et noir.

Cecile Mc Lorin Salvant sera au Festival Jazz à la Villette le samedi 5 septembre à 21h30. A ne manquer sous aucun prétexte.

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