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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 17:17
JEAN DOUSTEYSSIER : «  Post K »

ONJ Records 2016
JEAN DOUSTEYSSIER (cl, clb), BENJAMIN DOUSTEYSSIER (as,ts) MATTHIEU NAULLEAU (p), ELIE DURIS (dms)

Vous savez ce que l’on dit : c’est dans les vieux pots etc… Et bien figurez vous qu’en jazz , c’est tout pareil !
C’est cet adage qu’ont fait leur la jeune pousse talentueuse du jazz toute fraîchement sortie du collège de Marciac ou de la classe jazz du CNSM. Ces jeunes garçons que j’aime à côtoyer l’été, dans mon petit village où ils font danser jusqu’à plus d’heures villageois et villageoises au son de John Kirby et de Benny Carter, ces jeunes-là disais-je sont amoureux de la tradition autant que de la modernité et sont capables avec un enthousiasme débordant et un talent immense, de marier le vieux jazz de la Nouvelle-Orléans au vertiges du free jazz. Le tout emballé avec un sens du plaisir de jouer, de faire danser, de s’éclater en jazz.
Jean Dousteyssier est assurément l’une des futures grandes stars de la clarinette ( quand il ne s’ébroue pas sur son baryton ou au ténor au sein du magnifique big band Umalut ( on vous en parlera très bientôt) ou de l’ONJ d’Olivier Benoit où il y joue une musique plus contemporaine. Xa technique et sa sensibilité sont proprement hallucinants. Son frère, Benjamin Dousteyssier, la première fois que je l’ai entendu c’est simple j’ai cru que l’on passait un disque de Lester Young tant il avait au bout des lèvres les sonorité suave et le velours du maître du ténor. Mathieu Naulleau, on vous en parlé très récemment à l‘occasion de la sortie du disque (http://www.lesdnj.com/2016/05/nox-3-nox-tape.html). Là encore un petit génie qui sait à peu près tout jouer et dont je me rappelle très bien le concert sorti de nulle part qu’il avait donné un jour en première partie de je ne sais plus qui au Festival Jazz à la Villette. Et derrière tout ce petit monde, pour les pousser un peu au derrière (comme s’ils en avaient besoin !), Elie Duris avec son feeling et son drive irrésistible.
Et voilà un combo du feu de dieu. De ceux qui ont compris ce que le jazz recelait de merveilles à faire sauter la baraque. De ceux qui prennent un plaisir communicatif à jongler avec du Fats Waller, du Stachmo, du Willie the Lion Smith voire à entamer un Charleston rag d’subie Blake. Et au milieu de tout cela leur propres compositions qui ne font pas parjure. Leur relecture est farouchement sauvage et iconoclaste. Ils sont virtuoses mais toujours drôles. Ils sont géniaux mais avec facétie. Ils brisent les structures mais gardent le groove. Ils maîtrisent et font revivre un répertoire fantastique des années 20. Ils font chanter la clarinette et l’alto à la manière d’un Buddy de Franco, d’un Sydney ou d’un Benny Carter ou d’un Franckie Trumbauer ou le clavier d’un Willie the lion Smith.
Il fallait un toupet énorme, une audace et la liberté de leur 20 ans à peine pour se lancer dans une telle aventure. Le pari est totalement gagné.
Jean-Marc Gelin

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 06:32
« A Moon Shaped Pool, » Radiohead, une chronique de Sebastien Paindestre

Le pianiste Sebastien Paindestre, grand amoureux du groupe d'Abingdon et dont le travail tourne autour de l'exploration des thèmes du groupe anglais s'est prêté à l'exercice de la chronique de leur dernier album " A moon shaped pool".

Voilà ce qu'il nous en dit.

« A Moon Shaped Pool, » Radiohead.


Cela faisait maintenant cinq ans que la communauté des fans attendait le nouvel album de Radiohead.
Pourquoi cet engouement qui ne faillit pas depuis tant d’années ? Pour preuve : ces places du concert du 1er juin aux Nuits de Fourvière parties en quelques minutes à peine ?
Radiohead, depuis « OK Computer », nous a habitués à être surpris, nous emmenant à chaque fois là où on ne les attendait pas : la rupture s'est faite en 2000 avec « Kid A » qui a définitivement posé le son Radiohead, avec Nigel Godrich comme producteur, le 6ème membre de Radiohead à l’instar d’un George Martin (mort en mars dernier) qui fut “le cinquième Beatle".
Le groupe s'amuse ainsi à faire des allers-retours entre des albums pop (« In Rainbows") ou plus expérimentaux (« The King of limbs »). D’où le paradoxe : tout le monde connait Radiohead, son nom et un ou deux titres, mais beaucoup ne connaissent pas vraiment leur œuvre…
Qui pourtant est immense.
Marc Ribot confiait à un des membres de Radiohead que leur musique lui avait permis de retrouver des émotions musicales perdues, je me retrouve pour ma part totalement dans ce témoignage.

« A moon shaped pool », la lune en forme de piscine ?

Est-ce encore une fois de la part de Thom Yorke et sa bande une phrase énigmatique pour nous faire réfléchir sur la marche du monde ? Sans doute, car si chaque morceau de cet album nous amène à y réfléchir comme dans toute la démarche poétique ouverte à l'interprétation de chacun, le neuvième album de Radiohead est sans doute l'un des plus poignants et profonds du groupe.
Les morceaux s'enchaînent avec une fluidité étonnante par ordre alphabétique, c'est presque cabalistique et cela n'aurait pas déplu à un Jean-Sébastien Bach, adepte du "hasard calculé".


B comme Burn the witch. Le décor est planté, la sorcière vit dans la forêt de bois et de cordes, préfigurant sans doute l'accompagnement d'un mini-orchestre de chambre dans les prochaines dates de leur tournée d’été. L'influence de Jonny Greenwood, qui depuis des années compose et travaille notamment avec le BBC Concert Orchestra, est bien présente. Le titre ferait référence à la stigmatisation récentes des réfugiés. Le morceau à la première écoute est très dense, et sa mélodie construite comme un message en morse finit par marquer les esprits après plusieurs passages.

D comme Day dreaming, le morceau selon moi le plus mélancolique de l'album avec cette voix étrange inversée qui voudrait dire "half of my life" (cinq quadragénaires dans le groupe).(voir la vidéo)


D comme Decks dark où l'apport de chœurs confère une ambiance grandiose au début du morceau. De facture plutôt classique “radioheadienne", seule l'entrée de la basse du tôlier Colin Greenwood nous donne l'enthousiasme pour rester connectés à cette douceur noire..."sweet dark" est répété à la fin du titre, comme pour rappeler que l'on doit malgré tout faire la fête et danser sur les cendres du monde.

D comme Desert island disk, chanson à la Mc Cartney dans son introduction très Blackbird qui évolue dans des tensions harmoniques toujours très présentes chez Radiohead sans perdre ce paradoxe de l'ombre à la lumière qui semble être une marque de fabrique.

F comme Ful stop : toute une histoire sur ce « L » manquant à cause d'une setlist retrouvée par un employé d'une salle de concert en concert en 2012 et qui était destiné sans doute au LP8. Un morceau très “ambiant", qui laisse la part belle aux guitares jouées comme des boucles de musique répétitive.

G comme Glass eyes : le génie de Radiohead se trouve dans ce titre de 2 mn 52, la voix si tendre de Thom Yorke, les cordes si sensibles et fragiles comme le fil de la vie, le piano transformé en matière des objets sonores à la Pierre Schaeffer, une mélodie qui rend la musique si évidente et vitale que le besoin de respirer… Un chef-d'œuvre, à écouter jusqu'aux larmes.

I comme Identikit, chanson jouée en Live en 2012 et qui laisse un peu s'exprimer le discret Ed O’brien. Une chanson construite en deux parties ponctuées par un synthétiseur qui rappelle l'aventure Atom for Peace de Thom Yorke et les racines du Rock de Radiohead.

T comme The numbers : les quatre accords qui forment cette chanson sont proches dans l'enchaînement et la tonalité du Mother's nature son de l'album blanc des Beatles, un groove obsédant et pointilliste qui semble devenir la première chanson contestataire assumée du groupe. Thom Yorke le premier a toujours dit que s'il écrivait une chanson sur le réchauffement climatique cela serait "de la merde", il a bien fait de changer d'avis ! La basse de Colin semble elle tout droit sortie de l'album d'Abbey road.
Deuxième chef-d'œuvre de l'album !

P comme Present tense : comme jamais deux sans trois, voici selon moi, le troisième chef-d'œuvre de l'album. Bojan Z ne m'en voudra pas je pense de raconter cette petite anecdote : alors qu'il faisait le son sur la scène du Festiva'son et qu'on échangeait sur Radiohead, il se mit à fredonner et jouer The present tense que Thom Yorke jouait en solo à la guitare avec Atom for peace. Radiohead nous amène là vers une bossa pleine de spleen et le groove de la batterie apporté par Phil Selway me fait saliver d'avance à la future version Live.

T comme Tinker Tailor Soldier Sailor Rich Man Poor Beggars Man thief, titre d’une comptine anglaise, mais aussi d'une nouvelle d'espionnage de John Le Carré, qui apporte progressivement un éclaircissement sur cet album envoûtant et discrètement paranoïaque. Le début du morceau pourrait faire penser à un morceau de « The Eraser », le premier album solo de Thom Yorke, mais Jonny Greenwood le rejoignant, c’est comme un dialogue des deux leaders naturels du groupe qui se termine avec l'omniprésence des cordes éthérées.

T comme True love waits. Titre que connaissent bien les fans de Radiohead, enregistré sur l'album Live du groupe "I might be wrong". Cette version studio est pour moi le quatrième chef-d'œuvre de l'album. Il conclut « A moon shaped pool » tout comme il concluait le Live. La guitare remplace le piano, la voix de Thom Yorke semble encore plus belle et son "don't leave", sorte de "ne me quitte pas” oxfordien, ferait pleurer le plus insensible garde du Palais de Buckingham. Encore une fois le piano traité comme musique pointilliste est une réussite. L'album s'achève sur un long fade out de vingt secondes laissant place au silence, le silence que l'on ne retrouve qu'en pleine nature, cette nature qui à l'évidence rend tellement soucieux Radiohead.

Au final ce neuvième album est à ranger tout en haut de la pile de l'œuvre de Radiohead.
Il représente comme un tour d'horizon des derniers albums avec une pointe de mélancolie encore plus présente.
La fin des années 80 et des années bling bling à la U2 est très loin.

Radiohead est bien le groupe de musique (pourquoi que rock ?) qui marquera ce début de 21ème siècle.

Sébastien Paindestre

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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 09:08
PING MACHINE « easY listen_ing... » & « U-bi___K »

PING MACHINE : Bastien Ballaz (trombone), Stéphan Caracci (vibraphone, marimba, glockenspiel & autres percussions), Guillaume Christophel (saxophone baryton & clarinette basse), Andrew Crocker (trompette & bugle), Jean Michel Couchet (saxophone alto), Fabien Debellefontaine (saxophone alto, flûte, clarinette), Florent Dupuis (saxophone ténor, flûte, flûte alto, piccolo), Quentin Ghomari (trompette & bugle), Didier Havet (tuba & trombone basse), Paul Lay (piano), Rafaël Koerner (batterie), Frédéric Maurin (guitare, guitare baryton, synthétiseurs, programmation, direction, composition), Fabien Norbert (trompette & bugle), Rapahël Schwab (contrebasse), Julien Soro (saxophone ténor & clarinette)

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« easY listen_ing... »

Luwigsburg, 19 septembre 2015

& Tours, 23 mars 2013

Neuklang Future NCD 4130 / Harmonia Mundi

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« U-bi___K »

Ludwigsburg, 20 & 21 septembre 2015

Neuklang Future NCD 4140 / Harmonia Mundi

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Deux CD d'un seul coup d'un seul, pour afficher l'ambition artistique (la seule qui vaille !) ; deux disques qui ont vu le jour grâce au financement participatif (la nouvelle forme de création collective qui associe le public à l'émergence de la beauté....). Et un résultat exemplaire !

Le premier CD, baptisé « easY listen_ing... » pour le démarquer du second, avec lequel il est pourtant en totale cohérence, offre trois plages enregistrées en Allemagne au célèbre Bauer Studio (également pilote du label Neuklang), et une plage captée sur le vif deux ans plus tôt à l'indispensable Petit Faucheux de Tours, refuge dynamique de bien des créations, où avait été enregistré, lors des mêmes concerts, le CD « Encore » publié cette année-là.

Le second CD, « U-bi___K », relèverait selon certains d'une adhésion plus explicite à l'univers de la musique dite contemporaine. En fait, les choses ne sont pas aussi tranchées : « easY listen_ing... » offre bien une structure plus en rapport avec un CD de jazz, avec plusieurs pièces distinctes, et une relation écriture/solistes lisibles dans son déroulement même. Et cependant c'est bien là une musique totalement d'aujourd'hui (et pourquoi pas de demain....), par la liberté de son langage et le goût marqué des franchissements de frontières désignées, faute de mieux, comme stylistiques .

« U-bi___K » procède d'une conception formellement plus en phase avec la musique dite-savante-occidentale : longue pièce à écouter dans sa continuité, utilisation d'un langage qui fait écho à tout le vingtième siècle, depuis la seconde école de Vienne jusqu'au temps présent (le seul qui nous soit vraiment contemporain.... du moins le temps de l'affirmer :Tempus Fugit, comme le rappelait Bud Powell, en écho aux Géorgiques de Virgile).

Ce qui frappe dans « U-bi___K » c'est une sorte de transversalité des langages, qui fait que l'on glisse en permanence de l'écrit à l'improvisé, d'un univers sans tonalité à des figures qui avouent à demi-son un centre tonal, et surtout d'une expression musicalement codée à cette expressivité libre et intense (au moment des solos d'instruments notamment) qui dit avec insistance que l'on est bien dans l'univers du jazz. Et cela en toute lisibilité car, pour peu que l'on réécoute l'œuvre, tout semble couler de source, d'un mouvement simple et presque naturel, s'il n'était si profondément imprégné de culture.

Il faut ajouter que, même si le guitariste Fred Maurin est à la fois le compositeur, l'arrangeur et le chef d'orchestre, la musique respire un esprit démocratique, comme c'était le cas chez Gil Evans dans les années 70 ; mais ici la composition garde toujours ses droits face à l'improvisation. Et les improvisateurs sont inspirés et impliqués. Cela fait une dizaine d'années que j'écoute cet orchestre, je l'ai entendu évoluer, avec dans ses rangs des fidèles rejoints par de nouveaux arrivants toujours plus talentueux : mon intérêt est allé croissant pour cette musique toujours fraîche, neuve et audacieuse.

Dans mon refus de distinguer un CD plus que l'autre dans cette nouvelle livraison, je m'en tiendrai à une adhésion sans réserve aux deux !

Xavier Prévost

Ping Machine donnera un concert « Jazz sur le vif », programmé par Arnaud Merlin, le samedi 14 mai 2016 à 17h30 à Paris, Maison de la Radio.

http://www.maisondelaradio.fr/evenement/jazz/jazz-sur-le-vif-14

Diffusion sur France Musique le mercredi 18 mai 2016 à 20h dans « Les mercredis du jazz » de Jérôme Badini

http://www.francemusique.fr/emission/les-mercredis-du-jazz

PING MACHINE « easY listen_ing... » & « U-bi___K »
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10 mai 2016 2 10 /05 /mai /2016 07:09
JAZZ SOUS LES POMMIERS 35 ème EDITION

Un grand millésime que l’édition 2016 de Jazz Sous les Pommiers à Coutances qui s’est déroulée du 30 avril au 07 mai. On a tendance à le dire chaque année, car la programmation est toujours soignée et inventive chez nos amis jazz-fan normands, mais il se trouve que cette année avait un goût de grand cru exceptionnel à plus d’un titre, avec une météo particulièrement clémente, où un soleil coquin chatouillait notre peau entre deux concerts et le souffle d’un vent modéré qui faisait que la douceur était toujours au rendez-vous à la tombée de la nuit.
Une réussite économique aussi avec un record d’affluence encore battu (38500 entrées), 41 concerts complets et un taux de remplissage de salles qui avoisine les 94 % ! Il s’agit bien sûr de la plus belle fréquentation de l’histoire du festival, mais nous savons que ce record sera au moins égalé (voir battu) l’année prochaine.
Comme toujours à Coutances, il y a des résidences d’artistes et des créations exceptionnelles : un total de sept cette année, dont trois autour la talentueuse résidente trompettiste Airelle Besson qui a réussi à convaincre la chanteuse coréenne Youn Sun Nah (en congé sabbatique depuis plus d’un an) de rompre exceptionnellement son silence pour le seul concert qu’elle effectuera cette année. Chapeau Airelle ! Ainsi qu’aux 25 musiciens de l’orchestre régional de Normandie dirigé par Alexandra Cravero qui se sont pleinement investis autour de cette rencontre magique et si fructifiante !
Prévue l’année dernière, la création du projet « Skydancers » d’Henri Texier, inspiré par les indiens de toutes les Amériques, a heureusement pu voir le jour cette année autour d’un formidable double plateau intitulé : « Texier, père et fils ». Le saxophoniste et clarinettiste Sébastien Texier a ouvert la marche et conquis le public du théâtre de Coutances avec son nouveau projet « Dreamers » en quartette avec orgue, guitare et batterie. Une musique réjouissante et chaleureuse, teintée de blues, de jazz et de soul, autour d’un groupe cohérent et homogène où la guitare de Pierre Durand nous a électrisé en permanence. La standing ovation après l’ultime rappel du sextette d’Henri Texier était amplement méritée au vu de la folle énergie déployée par tous les membres du groupe (Nguyên Lê, Armel Dupas, François Corneloup, Sébastien Texier et Louis Moutin) au service d’un remarquable discours poétique centré sur une musique qui vient à la fois des tripes et de la tête. C’était presqu’une bonne chose que ce concert fût reporté d’un an, car entre-temps, le disque a été enregistrée, le projet a tourné et la musique a pris des formes et des couleurs plus vives, plus contrastées et plus denses.
La création de François Raulin et Didier Levallet « Brotherhood Heritage » fût elle aussi passionnante, car elle rendait hommage à l’un des musiciens importants de l’histoire de Coutances : le pianiste et compositeur Sud-Africain Chris McGregor, chef d’orchestre du « Brotherood of Breath » (la confrérie du souffle !) qui joua en piano solo à la première édition du festival en 1982 et dont le groupe se produisit en clôture du festival 1990 malheureusement sans lui car il venait de décéder quelques heures plus tôt !
Le festival a réussi aussi des soirées thématiques exceptionnelles comme celle autour de blues et de la soul avec un double plateau particulièrement relevé qui réunissait Betty LaVette et l’immense Taj Mahal. Celle sur New-Orleans nous a permis de voir un projet réjouissant d’une Dee Dee Bridgewater en grande forme qui a fait le show en s’amusant à imiter Louis Armstrong, sans oublier de nous émouvoir avec des versions sublimes de Come Sunday et de C’est Ici Que Je T’Aime. Et puis Dee Dee n’oublia pas de rendre un vibrant hommage à Prince en interprétant au rappel un émouvant Purple Rain. Après DeeDee Bridgewater, accompagnée de l’orchestre du trompettiste et arrangeur néo-orléanais Irving Mayfield, place à un autre trompettiste de New Orleans, le talentueux Christian Scott, qui réussit l’exploit de garder un pied dans la tradition, tout en s’aventurant dans la modernité (avec notamment des rythmes électroniques joués en direct par le batteur à l’aide de pads) et la présence à ses côtés du brillant saxophoniste : Logan Richardson.
John Coltrane fût à l’honneur également avec un beau projet de Lionel Belmondo autour d’un big band avec Archie Shepp et Stéphane Belmondo en invités solistes. Un projet qui ressuscitait la période Atlantic de Coltrane où l’on a pu entendre une éblouissante version d’Olé (avec Shepp au soprano), un arrangement pertinent sur Like Sonny et un hommage inattendu (Yal) à Yusef Lateef, proche des frères Belmondo et disparu en décembre 2013.
Le plus beau et le plus émouvant concert du Festival fût aussi quelque part un hommage (indirect) à John Coltrane à travers le duo magique formé par le saxophoniste Charles Lloyd et le pianiste Jason Moran. Une spiritualité toute Coltranienne s’échappait des instruments des deux compères et lors d’un Monk’s Mood d’anthologie, l’on ne pouvait pas s’empêcher de penser à la version jouée par Monk et Trane en 1957 pour le label Riverside. Je vous conseille vivement de vous connecter sur Culture Box afin de revivre ce concert particulièrement exceptionnel, où les larmes aux yeux, j’ai pu croiser des confrères dans le même état que moi, et je dois vous avouer que ce fût extrêmement difficile d’enchaîner sur un autre concert après ce moment magistral !
N’oublions pas aussi de mentionner l’esprit globe-trotter du festival qui tous les ans aime tant nous faire voyager sur des musiques issues de pays éloignés. Cette année la Corée du Sud et le Congo (entre autre) étaient particulièrement à l’honneur. Concernant la Corée : la rencontre inédite entre l’octette coréen Baraji et la guitare de Nguyên Lê, le souffle conjoint de la flûte metallique de Joce Mienniel avec celle en roseau d’Aram Lee pour le projet « Wood & Steel », la présence des groupes « Black String » et [su :m] et puis celle de l’ensemble « The N.E.Q » où la musique traditionnelle coréenne côtoie un jazz contemporain dans l’esprit des productions ECM.
Pour le Congo, la présence du Mbongwana Star, qui enflamma le Magic Mirror et la réconciliation des deux Congos, initié par le génial Ray Lema autour du projet « Nzimbu » où Lema (originaire de Kinshasa) mêle sa voix et son piano aux voix enjouées de Ballou Canta et Fredy Masamba (originaires de Brazzaville) avec la complicité du fabuleux guitariste brésilien : Rodrigo Viana.
Signalons aussi une grande thématique autour du piano, avec une pléiade de pianistes talentueux qui à l’image du nombre de touches d’un clavier ont dû toucher au moins 88 fois l’heureux public de Coutances ! Citons le berlinois Michael Wollny en trio, le français Edouard Ferlet autour d’un beau projet sur Bach avec la claveciniste Violaine Cochard dans la cathédrale de Coutances, le vétéran René Urtreger (82 ans), déjà présent à la première édition du festival en 1982, le génial Bojan Z (en duo avec Julien Lorau), l’incroyable Jeff Neve, ainsi que les talentueux Laurent Courthaliac, Thomas Encho, François Chesnel et Laurent Coulondre.
Enfin, n’oublions pas non plus une belle brochette de saxophonistes, qui du soprano au baryton, nous ont durablement enchantés : Chris Potter, Geraldine Laurent, Céline Bonacina, Julien Lourau, David Sanborn, Raphaël Imbert, Emile Parisien, Julien Soro….
Huit jours intenses de bonheur, ivres de soleil et de musiques aussi belles que variées, autour d’une constante et sympathique convivialité. Il n’y a aucun doute, le rendez-vous est pris pour l’année prochaine du 20 au 27 mai 2017, pour la 36 ème édition de Jazz Sous les Pommiers !
Lionel Eskenazi

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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 21:36
nOx.3 : «  Nox tape »

Jazz Village 2016
Matthieu Naulleau (p, moog et Fx), Relmi Fox ( saxs et Fx), Nicolas Fox (dms , elctr)

Voilà devant vous la nouvelle génération du jazz ! Celle qui sort depuis peu du CNSM ( de Riccardo Del Fra) avec dans les oreilles et au bout des doigts le goûts des extrêmes. Cette génération d’hypra talentueux qui s’inspirent autant de la musique de John Kirbty ou de la New-Orleans ( on vous parlera de « Post K » prochainement, groupe dont fait aussi partie Matthieu Naulleau ) que des musiques électroniques inspirées de Steve Reich autant que de Philippe Glass, Amon Tobin, Flying Lotus etc.…

Ici, ce jeune brillant trio fait tourner la musique et le son dans une sorte de danse derviche des temps modernes, emmenant à la transe dans des figures circulaire ou arythmiques avec un sens aiguisé du groove absolument irrésistible. De la New-Orleans à aujourd’hui, ce goût de la pulse et surtout de la danse. Celle qui fait voler au vent les cheveux des jeunes filles des dance floor, tourbillonnantes dans une sarabande sans fin.
Et comme ils disent : ça joue terrible ! Chacun des trois partenaires joue à merveille sa partition improvisée, faite de petits bouts qu’ils ont emmené chacun en studio pour faire monter la sauce, prendre la mayonnaise du son et du rythme. C’est absolument fascinant et envoûtant comme une sorte de rituel païen. Les sons se juxtaposent, se mêlent et s’entremêlent, bifurquent et se rejoignent à coups d’ostinatos et de ligne sauvages. ça ne vous lâche pas.
Les trois ensemble forment alors un power trio terriblement moderne. Sorte de musique survitaminée.
Il faut vous laisser prendre par l’hypnose à laquelle vous convie des formidables musiciens. Ces trois-là, vous en entendrez parler longtemps.
Ils ouvrent au jazz, des voies enthousiasmantes.
Jean-Marc Gelin

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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 21:32
CAMILLE BERTAULT « En Vie »

Camille Bertault (voix), Olivier Hutman (piano), Gildas Boclé (contrebasse),

Antoine Paganotti (batterie)

Maurepas, mai 2015

Sunnyside SSC 1438 / Naïve

De cette chanteuse, on lit partout qu'elle a fait l'événement communicatif (en franglais le buzz ) sur la toile (en franglais le net....). Et que le microcosme états-unien a relayé ses vidéos via des références indiscutables (Wayne Shorter, l'entourage de Brad Mehldau....). Ce n'est pas rien. C'est même ce qui lui a ouvert les portes du plus français des labels new-yorkais, Sunnyside, après qu'un financement participatif a permis l'éclosion de la séance d'enregistrement.

Mais l'essentiel est ailleurs : dans une rage de partager un amour du jazz qui se révèle dans les nombreuses versions scatées de Coltrane, Bill Evans et consorts publiées sur Youtube ; et dans un désir profond de jazzer aujourd'hui en français sans négliger la prosodie de notre langue. Le résultat vaut le détour : belle voix agile, timbre qui touche, et textes qui font mouche le plus souvent. La qualité de l'objet tient aussi au trio qui l'accompagne : Olivier Hutman au piano, maître ès-balancement contagieux, et connaisseur érudit de cette musique ; Gildas Boclé, nourri Outre-Atlantique aux émois jazziques de première main ; et Antoine Paganotti, subtil pourvoyeur d'effractions douces dans le cours du chant. Après un tour de chauffe sur Empty Pockets de Herbie Hancock, habillé d'un texte sinueux sur l'art des pickpockets (Quoi de plus anodin), la chanteuse dérive en scat dans Course, magnifié d'harmonies en rerecording, et que l'on dirait inspiré par la course folle d'un certain À bout de souffle de Claude Nougaro. C'est au sublime Toulousain que l'on pense parfois, dans le goût des images, et l'aisance prosodique ; et à Mimi Perrin évidemment : on connaît de plus mauvaises influences.... Et à Nougaro encore que l'on songe en écoutant le mélancolique mais humoristique À la mer tume ( Nougaro chantait « Je lance une bouteille à la mer... Hic ! »). Très belles versions de The Peacocks (Cette nuit) et de Prelude to a kiss (Prélude), chaque fois ornés de textes sensibles et plus que pertinents. Scat encore, et brillant, dans Double face et Tatie Cardy, puis valse mélancolique inspirée par Erik Satie (Satiesque), point final d'un CD qui culmine peut-être en sa troisième plage avec une très belle adaptation d'Infant Eyes de Wayne Shorter. On peut juger que la qualité des textes n'est pas encore totalement homogène, mais un prochain disque infirmera probablement cette petite réserve.

Xavier Prévost

Camille Bertault et ses partenaires joueront le mardi 10 mai 2016, à 20h30, à Paris au Sunside. Et le 19 juin au festival de jazz de Maisons-Laffitte

Sur Youtube, My cat doesn't like trumpet , un scat sur Le Bleu d'Hortense d'Éric Le Lann

https://www.youtube.com/watch?v=6dwP0MdSDPg

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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 21:30
Le jazz selon les Obama (Barack et Michelle)

Les Obama « adorent » le jazz. C’est Michelle qui l’a dit le 30 avril en accueillant un plateau de rêve à la Maison Blanche pour la Journée internationale du jazz : Dee Dee Bridgewater, Aretha Franklin, Herbie Hancock, Terence Blanchard, Chick Corea, Esperanza Spalding, Wayne Shorter, Al Jarreau, Diana Krall, Pat Metheny, Bobby Watson.
"Ce soir nous transformons ce lieu en Blues House", a lancé le président américain en reprenant les propos de Dizzy Gillespie qui candidat à la présidence en 1964 avait déclaré : « Ma première décision en tant que Président sera de nommer la White House, Blues House ».
"Le jazz est peut-être la réflexion la plus honnête de ce que nous sommes comme nation. Parce que après tout, y-a-t-il eu jamais une plus grande improvisation que l’Amérique elle-même ?. » a souligné Barack Obama. Né à Honolulu, le président des Etats-Unis a évoqué son premier concert-donné par Dave Brubeck en 1971, auquel son père l’avait emmené, (« J’avais dix ans. J’étais scotché »).
Sur la même longueur d’ondes, Michelle Obama », née dans les quartiers sud de Chicago a rappelé qu’elle avait « grandi dans une famille de jazz ». "Chaque matin, mon grand-père démarrait la journée avec du jazz. Mon père était fou de jazz-à Noël on écoutait Miles Davis pour ouvrir les cadeaux et Charlie Parker pour célébrer un anniversaire. Et je me suis marié avec un homme qui adore aussi le jazz".
On peut consulter l’intégralité des déclarations de Barack et Michelle Obama sur le site officiel de la Maison Blanche. www.whitehouse.gov; Le concert a été diffusé le 30 avril sur la chaîne ABC.
Jean-Louis Lemarchand

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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 20:21
Le roi René, René Urtreger par Agnès Desarthe

Le roi René, René Urtreger par Agnès Desarthe
Ed.Odile Jacob. Avril 2016. 262 pages.21,90 euros.
Il dirigeait son trio (Pierre Michelot, basse, Christian Garros, batterie) qui en 1956 accompagnait lors d’une tournée européenne Lester Young et Miles Davis. Soixante ans plus tard, il participait à un septette de rêve (Texier, Goubert, Guillaume, Besson, Pedron, Laurent, Le Lann) pour les 60 ans (eh oui ! aussi) de l’Académie du Jazz le 8 février au Chatelet. Que s’est-il passé entre temps dans la vie de René Urtreger ? C’est ce parcours pas du tout académique qui nous est conté dans « Le roi René », ouvrage signé par l’essayiste Agnès Desarthe. Fruit d’une collaboration avec le pianiste, le livre évoque une vie tourmentée sur le plan professionnel et aussi personnel, sans céder au travers de l’hagiographie. En confiance avec son interlocutrice, René Urtreger se livre. Jacqueline Urtreger, son épouse, confie à Agnès Desarthe (p.244) : « Ce livre que tu écris, c’est comme un testament pour lui. Un message pour ceux qu’il aime, pour ceux qui l’aiment, mais aussi pour ceux qui ne l’aiment pas ».
On découvre cette jeunesse parisienne des années 40, ses jeux avec son cousin Georges Kiejman, sa fuite dans les Pyrénées, sa mère, Sarah, déportée (et qui ne reviendra pas), son retour à Paris, son échec au Conservatoire, son travail chez un tailleur trotskyste (boutonnières de manteaux pour dames). On retrouve une carrière d’exception, marquée par un succès précoce (avec comme symbole Ascenseur pour l’échafaud en 1957 (1)), une auto-destruction (excès en tous genres), une période yé-yé (dont il garde de bons souvenirs, notamment auprès de Claude François), un retour flamboyant, libéré de ses démons personnels, et une sérénité actuelle toujours empreinte de cette remise en question, marque des Grands du jazz. La lecture est facile, les anecdotes ne manquent pas mais on referme cette biographie avec le sentiment d’avoir approché de près un artiste dans ses joies, ses peines, ses doutes, un jazzman -il revendique l’appellation avec fierté- qui n’a jamais baissé les bras.
(1). La photographie de couverture signée Jean-Pierre Leloir présente René Urtreger le 4 décembre 1957 au Poste Parisien lors de l’enregistrement de la bande-son d’Ascenseur pour l’échafaud, de Louis Malle. L’original du cliché publié dans le livret du CD édité en 1988 par Fontana -Polygram, montre René debout aux côtés de Miles Davis, auteur de la musique du film, et de Barney Wilen, assis à la console du studio.

Jean-Louis Lemarchand

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 20:34
FREDERIC CHAUDIERE : TRIBULATIONS D’UN STRADIVARIUS EN AMERIQUE

FREDERIC CHAUDIERE : TRIBULATIONS D’UN STRADIVARIUS EN AMERIQUE
Actes Sud - Babel
Juin, 2008 / 11,0 x 17,6 / 304 pages
Prix indicatif : 8, 70€
Par Yaël Angel

Frédéric Chaudière, luthier de renom à Montpellier et chroniqueur à Radio France nous conte l’histoire d’un chef-d’oeuvre à travers les âges : celui du violon Stradivarius dit « Gibson ». Commandé en 1713 à Antonio Stradivari par Philippe V d’Espagne mais refusé par l’émissaire de celui-ci en raison de sa couleur « troppo rosso », le violon va traverser 300 ans d’histoire. Une histoire chaotique et passionnante, qui commence, pour le lecteur, par le vol du violon dans les loges du Carneghie Hall. Nous sommes en 1936. Le « Gibson » appartient alors au célèbre violoniste Bronislaw Huberman, juif fuyant l’Europe nazie et fondateur de l’Orchestre Philarmonique d’Israël. C’est Julian Altman, jazzman névrotique en quête d’ascension sociale, qui est l’auteur du larcin. Julian Altman maquillera l’instrument au cirage noir pour en jouer contre un salaire de misère sur la scène des clubs de jazz bondés et enfumés, et lors de ses crises éthyliques, s’en servira comme cendrier et souffre-douleur. Ce vol, qui défraya la chronique à l’époque et donna lieu à des enquêtes de détectives privés, est l’occasion pour Frédéric Chaudière de faire un grand retour en arrière dans le temps pour nous raconter la vie de ce violon. Nous voilà plongés dans l’âge d’or de la lutherie de Cremone, en Italie, où officièrent notamment Antonio Stradivari et ses fils. Nous assistons à l’abattage des arbres, leur tri et leur tronçonnage en fonction de l’instrument à cordes souhaité. Dans les ateliers, on dessine, on coupe, on scie, on vernit, on colle, et le style de Frédéric Chaudière est tellement nourri de ses propres connaissances techniques sur ce sujet que les poussières et l’odeur des résines semblent parvenir jusqu’à nos narines. Nous suivons le violon qui pérégrine entre différentes mains, parfois celles de musiciens, parfois celles de collectionneurs, jusqu’à ce que Bronislaw Huberman en fasse l’acquisition pour se le faire voler à New York. Restitué plusieurs dizaines d’années plus tard contre hautes finances et en piteux état par la veuve de Julian Altman, le violon, dont la sonorité est restée magnifique, appartient aujourd’hui à Joshua Bell. Ce dernier l’enregistra pour la première fois sur son émouvant album « Romance of the Violin » (Sony Classical Records 2003). L’histoire de ce Stradivarius laisse imaginer celle d’autres instruments anciens qui, eux aussi, ont forcément eu leurs « tribulations ». Elle est touchante parce qu’elle ressemble à nos vies, faites de bonheurs et d’épreuves, et dont les aspérités rendent le son de « l’âme » encore plus vibrant.
Yael Angel

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 16:40
SÉBASTIEN TEXIER QUARTET  « Dreamers »

Sébastien Texier (saxophone alto, clarinette, clarinette alto), Pierre Durand (guitare), Olivier Caudron (orgue) Guillaume Dommartin (batterie)

Enregistré à Rochefort en 2015

Cristal Records CR 240 / Harmonia Mundi

Après le quintette Toxic Parasites, et le CD éponyme publié en 2013, le saxophoniste-clarinettiste change d'instrumentation en conservant le même batteur. D'un trio qui associait originellement sax, orgue et batterie, surgit par l'adjonction d'une guitare une formule très marquée par l'histoire du jazz (Jimmy Smith, Brother Jack McDuff, Jimmy McGriff, mais manifestement aussi Larry Young). On est en effet dans un contexte d'effervescence, de groove et de cursivité qui entraîne les pieds et les neurones dans un désir de mouvement perpétuel. Des plages sur tempo rapide, qui cultivent le goût du vertige en mouvement, alternent avec des moments de mélancolie revendiquée, que ce soit aux clarinettes (Smooth Skin, Cape Cod ) ou au sax alto, avec un évidemment tropisme qui entraîne du côté d'Ornette Coleman (Dreaming with Ornette, Silent March ). Sébastien et ses partenaires assument ces bipolarités (groove/ballade ; passé/présent) avec une tranquille assurance, et un sens de l'engagement musical qui force le respect, et même l'admiration. Olivier Caudron, Pierre Durand et Guillaume Dommartin nous prouvent, s'il en était besoin, que les ambiances funky des années cinquante-soixante (Let's Roll ) n'ont aucun secret pour eux, même s'ils sont des musiciens d'aujourd'hui qui gardent les yeux rivés sur demain. Même chose pour Sébastien Texier, qui nous rappelle opportunément que l'amour du jazz englobe Lee Konitz autant d'Ornette Coleman, Phil Woods ou Joe Lovano : liste à compléter évidemment selon les inclinations de chacun....

Xavier Prévost

Extraits sur Youtube :

https://www.youtube.com/watch?v=_ZvBwRCUCtY

Le quartette jouera les 24-25 mai à Paris au Sunset

Le groupe jouera également le 6 mai au festival Jazz sous les pommiers de Coutances, en première partie du sextette « Sky Dancers » du contrebassiste Henri Texier, groupe auquel participe Sébastien Texier.

On retrouve aussi Sébastien Texier dans un enregistrement de concert avec Henri Texier, en quartette, en Allemagne et en 2015, qui vient d'être publié sur CD : chronique ci-après

SÉBASTIEN TEXIER QUARTET  « Dreamers »

HENRI TEXIER « Dakota Mab , European Jazz Legends vol. 5 »

Henri Texier (contrebasse), Sébastien Texier (saxophone alto, clarinette, clarinette alto), François Corneloup (saxophone baryton), Louis Moutin (batterie)

Gütersloh (Allemagne), 22 octobre 2015

Intuition INTCHR 71317 / Socadisc

Régulièrement le théâtre de Gütersloh (en Rhénanie du Nord-Westphalie), avec le concours de la revue Jazzthing et de la radio publique WDR de Cologne, organise des concerts qui mettent en valeurs ces musiciens européens qui ont forgé une identité spécifique de la musique de jazz sur notre continent. Henri Texier est du nombre (la série a également accueilli Enrico Pieranunzi, Alexander von Schlippenbach, Jasper Van't Hof....), et la publication de ce concert le rappelle opportunément. Le groupe est le « Hope Quartet », celui du disque « Live at L'Improviste », enregistré en 2012 et publié en 2014 par Label Bleu, mais avec quelques nouvelles compositions, dont le contrebassiste a donné des versions en sextette sur le tout récent « Sky Dancers » (Label Bleu / L'Autre distribution). Tout ça respire la chaleur inimitable d'une captation sur le vif, et si l'on aime Henri Texier, cette nouvelle publication nous devient indispensable. Les sept plages sont complétées par un entretien du contrebassiste, en anglais, avec Götz Bühler pour la radio WDR 3.

Xavier Prévost

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