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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 16:20

AUTOUR DE CHET
Collectif fat. Yael Naïm (vc,g), Hugh Coltman (vc), Eric Truffaz (tp), Charles Pasi (vc, hmca), Sandra Nkaké (vc), Airelle Besson (tp), Bojan Z (p), Ibeyi (vc, perc), Benjamin Biolay ( tp, eh oui !), Camelia Jordana (vc), Elodie Frégé (vc), Alex Tassel (tp), Rosemary Standley (vc), Stéphane Belmondo (tp), José James (vc, Piers Faccini (vc, g), Luca Aquino (tp).
Christophe Mink (cb), Pierre françois Dufour (cello, percus), Cyril Atef (dms)
Verve 2016

Clement Ducol n’est pas totalement un inconnu. Ce jeune musicien et arrangeur de talent avait déjà réalisé l’an passé un magnifique hommage à Nina Simone dans l’album « autour de Nina » qui réunissait plusieurs musiciens et chanteurs. Aujourd’hui il récidive avec une autre figure légendaire du jazz, celle de Chet Baker.
Et pour rendre un hommage au trompettiste de l’Oklahoma il lui fallait logiquement réunir les deux pôles de la musique de Chet Baker : le chant et la trompette.
Alors Clément Ducal réunit des chanteurs de la nouvelle génération venus de tous horizons. Et il ne les réunit pas seulement sur l’album. Ils les réunit tous ensemble en même temps dans la studio. Histoire de créer l’osmose. Car autour de la figure de Chet se réunissent ceux et celles qui furent influencés par le chant poignant de Chet dont la dramaturgie a été une véritable école pour un grand nombre. Les chanteurs qui composent cet album viennent du jazz (Hugh Coleman, Sandra Nkaké, José James) de la pop ( Rosemary Stanley chanteuse de Moriarty, Piers Faccini, Charles Pasi) ou encore de la chanson ( Yael Naïm, Elodie Frégé, Camélia Jordana). Tous et toutes sont des voix exceptionnelles et des interprètes inspiés et particulièrement soulful. Magnifiquement accompagnés par des trompettistes à la fibre bakerienne comme Eric Truffaz, Stéphane Belmondo ( qui vient de lui consacrer un album), Airelle Besson, Luca Aquino ou encore, et c’est plus surprenant Benjamin Biolay qui a pour l’occasion préféré l’embouchure à la voix.

Au final cet album de all-stars est superbement produit avec de associations qui confinent au génie comme celle de Sandra Nkaké avec le son crépusculaire d’Airelle Besson sur un Grey december de légende. On marche à fond lorsque la chanteuse franco-cubaine Ibeyi donne un sérieux coup de jeune à Moon and Sand ou lorsque la chanteuse de Moriarty ralentit le tempo à l’extrême sur un Let’s get lost qui confine au désespoir. Tout comme la voix absolument renversante de Camélia Jordan qui tire des larmes sur a Thrill is gone déchiré. Les arrangements, avec ou sans cordes sont magnifiques même si l’on pourrait regretter parfois la tonalité un peu mélodramatique flirtant avec pas mal de clichés autour de Chet Baker. Heureusement Hugh Coltman avec Eric Truffaz au sommet, y mettent un peu de rage ( Born to be blue), Charles Pasi (it could happen to you) emballe le tempo à l’harmonica dans un style plus bluesy et la très très pulpeuse Elodie Frégé affole les compteurs et son auditoire masculin sur un But not for me torride accompagné d’un Axel Tassel réincarnant littéralement Chet Baker dans la musicalité de son improvisation.

De bout en bout de cet album on est pris, on est séduits par ce travail d’orfèvre de Clement Ducol empreint d’amour pour son sujet autant que pour ses interprètes.
Et cet amour-là on vous le dit est aussi communicatif qu’émouvant.
Jean-Marc Gelin

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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 09:08
JULIAN LAGE  : «  Arclight »

Mack avenue 2016
Julian Lage (g), Scott Colley (cb), Kenny Wollesen (dms)


Je me souviens d’un jour au Cornelia Café à New-York où nous avions écouté le pianiste Dan Tepfer qui jouait alors avec un jeune guitariste que nous ne connaissions pas. Je suis sorti de là totalement fasciné par le jeu limpide et élégant de ce musicien à l’évidente humilité et dont j’appris plus tard en lisant sa biographie qu’il était un petit génie précoce de la six cordes, déjà repéré à l’âge de 8 ans. Aujourd’hui membre du groupe d’Eric Harland et du vibraphoniste Gary Burton, il joue avec les plus grands de la scène New-Yorkaise.
Et il joue et joue et joue encore comme si cela lui était aussi naturel que respirer. Comme s’il n’y avait rien d’exceptionnel là-dedans. Il joue comme s’il avait appris à tenir une guitare avant de savoir marcher.
Il signe aujourd’hui un album d’une fraîcheur remarquable. Sa sonorité étonne et ses inflexions un peu country semblent parfois sorties du répertoire d’un Bill Frisell ( Harlem blues), . Avec une volonté évidente de se démarquer des guitaristes d’aujourd’hui qui revendiquent leur filiation à Metheny ou à Rosenwinkell. Julian Lage déploie son propre langage. Il joue country on l’a dit mais dans le même temps très jazz ( Activate) avec une aisance et une agilité rare. Parfois il joue aussi avec un sens du picking très old school ( Persian rug) ou avec un sens du blues jouant élégamment avec les réverbes ( Nocturne). Il joue un peu free, un peu rock avec la même évidence. Dans chacune de ses notes, la même intention, la même intensité , le même charme. Il suffit écouter avec quelle classe il se promène sur ce standard, I’ll be seeing you !
11 petits morceaux courts enchaînés dans le même balancement léger de mélodies gracieuses (Presley) avec deux compères d’exception. Scott Colley gardien non seulement du temple rythmique mais affichant lui aussi un sens rare de l’assiste mélodique. Et le très zornien Kenny Wollesen au vibraphone et batterie qui quitte Marc Ribot pour donner à l’ensemble ce son doucereux du rêve éveillé.
Et c’est bien de cela dont il s’agit, d’un véritable groupe à la cohérence parfaite. Un ensemble en mouvement coordonné.

Cet album est un vrai bonbon. Une véritable sucrerie dans la production actuelle parfois si convenue.

Le jazz, c’est aussi cela !
Jean-Marc Gelin

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 19:43
Michel Petrucciani, Both Worlds Live

Michel Petrucciani
Both Worlds Live, Michel Petrucciani(piano), Anthony Jackson (basse), Steve Gadd (batterie), Flavio Boltro (trompette), Stefano du Battista (saxophone alto et soprano), Denis Leloup (trombone), North Sea Jazz Festival (10 juillet 1998) CD+DVD. et en bonus Live with The Hague Philharmonic (15 septembre 1997) et duo avec Steve Gadd (Montreux 16 juillet 1998) .2CD et 1 DVD. Francis Dreyfus Music-BMG. Avril 2016.

De Michel Petrucciani disparu le 6 janvier 1999 à New York, les amateurs pensaient tout connaître. Tant sa production discographique fut abondante. Ceux qui avaient suivi son parcours fulgurant regrettaient tout de même l’absence de trace physique de cette symphonie entamée et jamais achevée.
Dans un entretien qu’il nous avait accordé au printemps 1997 (et publié dans Paroles de Jazz.Editions.Alter Ego.2014) le pianiste confiait : « Je voudrais m'attaquer à quelque chose de plus européen et faire une expérience avec un orchestre symphonique, sur ma propre composition. C'est une grosse machinerie d'écrire pour un grand orchestre symphonique. Aujourd'hui, je dispose déjà de 25 à 30 minutes de musique. Mais je suis patient. Je me suis fixé comme délai d'achever cette oeuvre pour l'an 2000 ».
Ces 25 minutes sortent aujourd’hui dans les bacs lors d’une captation effectuée à La Haye à la fin de l’été 1997 avec l’orchestre symphonique dirigé par Jurre Haanstra sur des arrangements de Anders Soldh (un élève de Michel Legrand). « En retrouvant l’original de cet enregistrement, j’ai eu l’émotion d’entendre ce que je cherchais depuis longtemps »,témoigne son fils, Alexandre. Michel Petrucciani a fait le choix de ne pas prendre de section rythmique et de se présenter seul face –ou plutôt avec-une grande formation. Grand admirateur d’Arturo Benedetti Michelangeli, le pianiste prodige témoigne d’une profondeur propre à séduire les plus exigeants amateurs de « grande musique ».
Le coffret réalisé sous la direction artistique de Franck Avitabile, dont le premier album fut produit par Petrucciani, exploite le patrimoine de Francis Dreyfus Music aujourd’hui intégré dans BMG. Il propose également un concert donné à cette même époque par un groupe ayant beaucoup tourné baptisé Both Worlds pour refléter sa composition européo-américaine. Percussion et séduction font ici bon ménage. Le visionnage du DVD permet de saisir le style de Michel : « Ce qui m’intéresse, c’est la manière dont il attaque les notes, quel angle de doigt il utilise pour quel type de son », analyse Franck Avitabile.
Plus de quinze ans après l’envol de Michel Petrucciani, cet ensemble de trois galettes nous donne à entendre toute la diversité de la palette d’un interprète qui faisait chanter son instrument quel que soit le format adopté. Laissons le dernier mot au pianiste Franck Avitabile : « Ce sont deux manières de faire du jazz qui suscitent deux types d’émotion différents ».
Jean-Louis Lemarchand

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 10:49
BILL CHARLAP « Notes from New York »

Bill Charlap (piano) , Peter Washington (contrebasse) ,

Kenny Washington (batterie)

New York, 1-2 juin 2015

Impulse! 477 8388 / Universal

Le premier extrait que j'ai écouté, c'était à la radio, et en voiture : j'allume le récepteur pour écouter Open Jazz sur France Musique, et l'ami Alex Dutilh, et j'entends une improvisation en trio qui, par le voicing de ses accords, et l'accentuation des phrases, me fait penser à Bill Evans. Il y a des inédits qui viennent d'être publiés, ce doit être ça, me dis-je. Arrive la réexposition finale, avec une scénarisation qui me rappelle Ahmad Jamal (bien que sur ce thème, I'll Remember April, Jamal ait conçu une dramaturgie différente). En fait, quand vient ce qu'en radio on appelle la «désannonce», j'apprends que c'est Bill Charlap, avec ce trio qui existe depuis près de vingt ans, et vient de commettre ce nouvel opus. Bill Charlap, c'est une sorte de mémoire du jazz : mémoire du piano, dont il a connu bien des héros ; mémoire des standards, dont il est un expert encyclopédique, comme le fut naguère Jimmy Rowles . Une expertise forgée en accompagnant pas mal de vocalistes, parmi lesquels Tony Bennett. Mais Bill Charlap n'a rien d'un épigone multicarte, qui à la demande vous servirait une once de Flanagan, un zeste de Jamal, ou une belle tranche de Teddy Wilson. Profondément imprégné du songbook américain (ses parents étaient du métier), et des compositions de jazzmen, Bill Charlap est un homme de goût, qui redonne vie à des pans entiers de la tradition pianistique, sans ânonner, sans rabâcher, juste en insufflant ce qu'il faut de nouvelle vie pour que cela vaille la peine de tendre l'oreille. Des accents d'Erik Satie sur l'intro de A Sleepin' Bee (signé Harold Arlen) ; une savante décontraction (magnifiée par les balais de Kenny Washington) sur Make Me Rainbows, standard tardif des années 60 ; une délicatesse bondissante, à la Hank Jones, sur Not A Care In The World ou sur Little Rascal On A Rock ; un vraie pertinence bop sur Tiny's Tempo ; et une version plus que lente de On The Sunny Side Of The Street : tout se joue avec cette élégance qui distingue les Maîtres de l'instrument. Et Bill Charlap, assurément, les rejoint dans l'excellence qui scelle l'histoire.

Xavier Prévost

Courte présentation sur Youtube :

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 08:32
VIJAY IYER et WADADA LEO SMITH « A Cosmic Rhythm with Each Stroke »

Wadada Leo Smith (trompette), Vijay Iyer (piano, piano électrique, effets électroniques)

New York, 17-19 octobre 2015

ECM 4769956/ Universal

En découvrant ce disque, je me souviens de la première fois où j'ai pu écouter sur scène Vijay Iyer : c'était au Festival Banlieues Bleues, en mars 2005, au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers ; il jouait dans le Golden Quartet de Wadada Leo Smith, et j'enregistrais ce concert pour mon émission « Le Jazz, probablement.... » sur France Musique. J'avais été frappé par la singularité de ce pianiste, et chaque fois que je l'ai réécouté depuis, sur disque ou en concert, cette première impression ne s'est jamais démentie. Retrouver le pianiste en duo avec le trompettiste 15 ans plus tard me semble donc aller de soi. Leur collaboration, plus que sur la connivence, paraît reposer sur une sorte d'osmose. Un espace musical se dessine, sans que l'on sache toujours qui l'élabore, et chacun s'y love comme un chat qui découvre l'asile idéal. L'essentiel du disque est une suite en 7 parties, co-écrite par les deux musiciens. Elle est dédiée à Nasreen Mohamedi, plasticienne indienne disparue voici plus de 25 ans, et à laquelle le Metropolitan Museum de New York consacre une exposition jusqu'en juin 2016. Vijay Iyer est artiste en résidence dans ce musée, et c'est là que, voici quelques semaines, cette suite a été créée en concert. C'est un dialogue permanent entre les deux musiciens, entre des accents du jazz le plus libre, une musique modale ou atonale-selon les instants-, une expressivité exacerbée dans le recueillement, ou une segmentation rythmique que n'auraient reniée ni Stravinski ni Bartók. C'est prenant de bout en bout, comme un voyage en terre inconnue, où chaque horizon dévoilerait un monde neuf. Deux pièces encadrent cette suite : la première est signée par le pianiste, et la dernière, composée par Wadada Leo Smith, est une évocation de Marian Anderson, cantatrice pionnière de la communauté afro-américaine dans l'univers de l'opéra états-unien. Une œuvre de Nasreen Mohamedi orne la pochette de ce disque : elle ouvre par le regard l'accès à cette musique qui nous parle d'ailleurs et d'avenir insoupçonnés.

Xavier Prévost

Un extrait sur Youtube :

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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 10:22
SONNY ROLLINS « Holding the Stage, Road Shows vol. 4 »

Sonny Rollins (saxophone ténor), Clifton Anderson (trombone), Stephen Scott, Mark Soskin (piano), Peter Bernstein, Bobby Broom, Saul Rubin (guitare), Bob Cranshaw, Jerome Harris (guitare basse), Al Foster, Jerome Jennings, Victor Lewis, Harold Summey Jr, Kobie Watkins, Perry Wilson (batterie), Kimati Dinizulu, Sammy Figueroa, Victor See Yuen (percussions)

Pori (Finlande), 13 juillet 1979 ; Paris, Olympia, 23 octobre 1996 ; Boston, 15 septembre 2001 ; Toulouse, 15 mai 2006 ; Londres, 24 novembre 2007 ; Marseille, 25 juillet 2012 ; Prague, 30 octobre 2012

Doxy Records - Okeh 88875192752 / Sony Music

Le Colosse du saxophone, qui n'est pas venu depuis plusieurs années enchanter dans notre pays les agapes festivalières, nous envoie un message, le quatrième d'une suite ouverte intitulée « Road Shows » et qui connut déjà trois volumes. Cette plongée dans les archives des concerts captés « sur le vif », souvent en Europe, mérite une fois de plus que l'on s'y arrête, pour une bouffée de plaisir ou une longue inhalation de nostalgie.... En ouverture, une ballade, In a Sentimental Mood, captée en 2007 au Barbican Centre de Londres : ballade exposée en toute liberté, à demi déjà dans la paraphrase, avec une ferveur et un recueillement qui va vite déboucher sur des envolées volubiles, mais toujours en vue du thème, car l'impro est ici mélodique ; et cela conduit à un stop chorus de près de deux minutes où le géant s'envole, laissant ses partenaires dans la sphère contingente du groupe qui ronronne parfois un peu trop. Vient ensuite Professor Paul, un thème dédié au saxophoniste Paul Jeffrey (partenaire de Monk, Gillespie, Basie, Mingus...., et qui dirigea les jazz studies à la Duke University de Durham, en Caroline du Nord, où il s'est éteint en 2015) : le thème est un démarcage sinueux de Without a Song, qui évolue ensuite vers un dialogue avec la batterie de Kobbie Watkins et les percussions de Sammy Figueroa, dans une atmosphère oxymorique où tension et décontaction se mêlent et se démêlent sans cesse. Après un court -et très intense- duo avec le guitariste Saul Rubin (Prague, 2012) sur Mixed Emotions, une ballade immortalisée naguère par Dinah Washington, Rollins embarque pour Keep Hold of Yourself, un blues sur tempo médium, en sextette (Paris, 1996) et plein jazz, avec un beau chorus du pianiste Stephen Scott, puis une jubilation du leader qui cite Mr P.C., et dialogue avec le fantôme de Coltrane, comme au bon vieux temps (1956) dans Tenor Madness ! Cette seule plage rendrait le disque indispensable. Une curiosité aussi : une composition de Rollins (Pori, 1979) intitulée Disco Monk, dédiée au Grand Thelonious, et qui assemble en un collage cahoteux (et presque chaotique....) des séquences binaires et des temps suspendus de ballade. On file ainsi de plage en plage, d'étonnement en anamnèse, jusqu'au medley final qui, après un stop chorus incendiaire de cinq minutes, débouchera sur l'inoxydable (et toujours indispensable) Don't Stop the Carnival. Du grand Rollins, une fois de plus, qui nous laisse rêveur : faisons un rêve en effet, et imaginons que, dans leur grande créativité archiviste, l'INA (Institut national de l'audiovisuel) et Radio France proposent au label Doxy de Sonny Rollins de rééditer le fabuleux concert du premier festival de jazz de Paris (celui des années André Francis), le 31 octobre 1980, au Théâtre de la Ville, avec Mark Soskin, Jerome Harris, et Al Foster. Il est toujours permis de rêver....

Xavier Prévost

Des extraits sur le site de Sonny Rollins :

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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 15:34
Mingus Big Band en son jardin à Manhattan

La tradition a du bon. Le lundi à New-York, les amateurs de jazz peuvent depuis 1966 retrouver au Village Vanguard, l’orchestre maison, aujourd’hui le Vanguard Jazz Orchestra, qui a succédé en 1990 au Mel Lewis-Thad Jones orchestra (Resonance vient de publier un double cd d’inédits de 1966, All my yesterdays) et célébré son demi-siècle exactement le 8 février dernier. Un peu plus haut dans Manhattan, et un peu plus récent, le Mingus Big Band se produit aussi ce premier jour de la semaine avec une régularité de métronome sur la scène, en sous-sol, au Jazz Standard depuis 2008, après avoir fait, chaque jeudi, les belles soirées du Fez (aujourd’hui fermé) dès 1979, année du décès de Charles Mingus.
Sue Graham Mingus, la veuve du contrebassiste-compositeur, veille sur les prestations des formations portant son nom (Mingus Dynasty, Charles Mingus Orchestra, Mingus Big Band) maintenant la flamme de son bouillonnant époux, dès les premiers jours suivant son décès début 1979. Ce 11 avril, la gardienne du temple, est présente. Elle n’a guère changé depuis que nous l’avions rencontrée à Paris voici plus de dix ans pour la présentation de son livre, témoignage passionné (« Tonight at noon, a love story », Pantheon Books.2002 ; « Pour l’amour de Mingus ». Ed du Layeur.2013). Quand elle discute avec les musiciens de son orchestre et nous présente après le concert le trompettiste russe, Alex Sipiagin, on sent bien que c’est la boss.
Sur la scène, on a retrouvé la fougue de Mingus dans le morceau introductif, un des classiques de son répertoire, Boogie Stop Shuffle. Dirigée par le saxophoniste Alex Foster, le Mingus Big Band propose ce soir-là au concert de 19 h 30 (un deuxième a lieu à 21 h 30) un répertoire d’œuvres signées du bassiste ou composées en son honneur notamment par Joni Mitchell (album intitulé simplement Mingus publié en 1979). La voix est souvent à l’honneur avec le tromboniste Ku-Umba Frank Lacy, pilier du big band, qui a consacré l’an passé un disque en hommage à Mingus (Mingus sings. Sunnyside). C’est le cœur battant de la grande formation dirigée par le saxophoniste Alex Foster. Tandis que le contrebassiste (Ben Wolfe) fait le métier –mais qui pourrait aujourd’hui arriver même à l’épaule de Charles Mingus- se distinguent particulièrement Abraham Burton (saxophone ténor), Alex Sipiagin (trompette) et Jason Marshall (saxophone baryton).
Le personnel de la formation évolue naturellement au fil du temps mais Lacy et Burton figurent dans l’album qui recueillit un Grammy Award en 2011 dans la catégorie des grandes formations, Mingus Big Band Live at Jazz Standard (Jazz Workshop). Et vous pouvez faire confiance à Sue Mingus pour s’assurer que la musique proposée est fidèle à l’esprit de son créatif époux. Le public ne s’y est pas trompé ce lundi 11 avril en réservant un accueil respectueux –nous sommes dans un club-restaurant chic du Midtown-au Mingus Big Band.
Jean-Louis Lemarchand

Jazz Standard. 116 E 27 th Street, NY, Ny.11 avril. Mingus Big Band : Greg Gisbert,Tatum Greenblatt Alex Sipiagin (trompette), Alex Foster, Abraham Burton, Alex Terrier, Brandon Wright, Jason Marshall ( saxophone), Frank Lacy, Coleman Hughes, Dave Taylor (trombone), Donald Edwards (batterie), Ben Wolfe (basse), Theo Hill (piano).

@Fran Kaufman

@Fran Kaufman

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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 10:22
Alfredo Rodriguez : "Tocororo"

Mack Avenue.

Alfredo Rodriguez (piano) avec R.Elizarde, M.Olivera, R.Bona, le duo Ibeyi, G.Doraiswamy, A.Lizana, A.Bringuez, I.Maalouf. 2016.

Découvert par Quincy Jones au festival de Montreux, le pianiste cubain Alfredo Rodriguez poursuit sa carrière aux Etats-Unis sous la houlette du compositeur-arrangeur cher à Miles Davis. Il représente la grande tradition de l’île des Caraïbes, alliant musicalité et énergie, tout en s’ouvrant aux musiques du monde.
Dans ce troisième album en cinq ans, Alfredo Rodriguez exprime ses sentiments sous ce titre Tocororo, oiseau national de Cuba, qui, s’il est enfermé en cage, meurt de tristesse. Aujourd’hui résidant aux Etats-Unis, le pianiste commente : « Grâce aux réseaux sociaux et à la technologie, je vis dans un très petit monde avec des pays qui sont désormais capables de voir ce que les autres pays sont en train de faire-s’influençant ainsi mutuellement-et j’espère que Cuba aura bientôt la même liberté. Les choses sont en train de changer là-bas, même si c’est lentement. Le processus est engagé ».
Pour cette aventure musicale, Alfredo Rodriguez a mis à contribution des musiciens venus de tous horizons, de Richard Bona à Ibrahim Maalouf et aux sœurs jumelles Lisa et Naomi Diaz, filles du percussionniste cubain « Anga »Diaz mais élevées en France. Le répertoire reflète aussi cette diversité, de Bach à Piazzolla avec bien entendu des airs aux accents cubains dont cinq compositions du pianiste lui-même.
Instrumental et vocal, Tocororo met en joie, ce qui est loin d’être inutile en ces temps troublés. Un album à déguster au soleil printanier.
Jean-Louis Lemarchand
En concert le 19 avril au New Morning (75010). Alfredo Rodriguez en trio avec Reinier Elizarde (contrebasse) et Michael Olivera (batterie).

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 11:34
OZONE ACOUSTYLE QUARTET « Organic Food »

Christophe Monniot (saxophones alto & sopranino), Emil Spányi (piano), Mátyás Szandai (contrebasse), Joe Quitzke (batterie)

Budapest, BMC's Opus Jazz Club, 29 novembre 2014

BMC CD 229 / UVM Distribution

À l'origine du groupe, un duo qui asscocie Christophe Monniot et Emil Spányi depuis la fin des années 90, où ils avaient été primés au Concours National de Jazz de la Défense. Plus tard un CD, « Ozone » (Ames / Harmonia Mundi), fut récompensé d'un Coup de cœur de l'Académie Charles Cros en 2006, et le duo devint ensuite quartette. La présence de deux musiciens hongrois devenus parisiens (le pianiste et le contrebassiste, deux maîtres sur leur instrument respectif) explique que, grâce aux concours du Fonds national culturel hongrois et de l'Institut français de Budapest, le groupe est venu jouer à l'Opus, le club de jazz du Budapest Music Center, structure hyper- active dans la diffusion du jazz en Hongrie (et ailleurs, car elle développe beaucoup de projets internationaux). Et c'est dans ce lieu que fut enregistré, sur le vif, ce CD qui illustre magnifiquement la conjugaison de la maîtrise instrumentale et musicale, et le goût du jeu comme du risque, qui pousse à aller toujours plus loin sur le fil instable de l'improvisation. Le disque restitue l'ordre du concert, tel qu'il fut aussi donné plus récemment, en février 2016, à la Maison de la Radio, pour la série « Jazz sur le vif » produite par Arnaud Merlin. Tout commence par Grace, une composition du saxophoniste (qui signe l'essentiel du répertoire) ; elle est inspiré par Amazing Grace, hymne religieux très prégnant dans la culture afro-américaine, et popularisé par Mahalia Jackson qui l'a rendu universel. Le thème est cité en fin de plage après de multiples digressions musicales. Vient ensuite une variation très très libre sur la structure dite de l'Anatole (celle de I Got Rhythm), plaisamment intitulée Anatology. Les membres du groupe y donnent libre cours à leur formidable aisance, laquelle crée des espaces d'interactivités qui paraissent sans limite. Les plages suivantes sont consacrées à une suite en quatre parties, intitulée Du Vent Dans Les Voiles, et qui procède de contrastes violents, tempêtes et accalmies, jusqu'à son terme : grand lyrisme, densité harmonique, profond sens de la forme (même si le formalisme n'est pas affiché). Se dévoile aussi une composition du pianiste, intitulée The First Seal, en référence probable à l'Apocalypse de Saint Jean, évoquée dans le Septième Sceau d'Ingmar Bergman : très belle pièce en solo, presque lisztienne (le Liszt tardif des années 1880), qui va déboucher comme par enchantement sur une relecture en quartette, toujours très libre, du traditionnel britannique Greensleeves. Au bout du compte, c'est un formidable mélange de rigueur et de liberté, comme seuls en sont capables les musiciens au sommet de leur Art ; et ces quatre-là s'y trouvent, assurément.

Xavier Prévost

Christophe Monniot jouera avec Rhoda Scott et Jeff Boudreaux au Triton, près de la Mairie des Lilas, les 22 & 23 avril ; et le 26 avril il sera l'invité du groupe « Kimono » du pianiste Roberto Negro

En écoute sur le site de BMC :

http://bmcrecords.hu/pages/tartalom/right_content_en.php?kod=229

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 08:09
THE GRAND COSMIC JOURNEY : "Live at LIKE A JAZZ MACHINE FESTIVAL"

1CD/1 DVD (2016)

www.benoitmartinyband.com

www.artists.byp-online.com

https://www.youtube.com/watch?v=omfJp6jQPEI

Music composed by Benoît Martiny

Live production-Badass Yogi Productions

Voilà un type de projet que j’apprécie particulièrement : enregistrer live un concert lors d’un festival, ici au Centre Culturel Opderschmelz, en 2014, à Dudelange, lors de la 3ème édition du Like a Jazz Machine Festival, et sortir le CD parallèlement. Ainsi peut on passer de l’image au son, mixer dans sa tête les deux, revenir ensuite à la musique seule en filtrant les perceptions enregistrées ....
Le titre le plus pêchu, velu même, est intitulé « Not just a fling », avec cette énergie folle et l’urgence du rock, et comme par hasard, il fait l’objet d’un bonus vidéo-clip aux images urbaines qui défilent en accéléré et divisent l’écran suivant la tradition des films des années 70 ...

Faire du jazz « libertaire » comme dans les grandes années, du rock (un peu) psychédélique, du funk, un grand melting-pot où les frontières seraient inopérantes, avec l’énergie d’un orchestre électrisé : une guitare sonnante (Frank Jonas), une basse vrombissante ( Sandor Kem), des claviers frémissants ( Leon Den Engelsen) et un souffle épique qui emporte le tout : ça tombe bien, on aime ça ! Le leader est le batteur luxembourgeois Benoît Martiny qui s’adjoint la complicité de compatriotes soufflants, véritables pointures le « boss » Roby Glod aux saxophones, Michel Pilz à la clarinette basse. Sans oublier les fulgurances au ténor de Joao Driessen et à l’alto de Jasper van Damme. Sous tension, le band part au galop une grande partie du disque avec des compositions accrocheuses. Il y a aussi des ambiances suspendues, d’où le titre de l’ensemble The Grand Cosmic Journey, où le jazz revient comme dans cet «Alone » sensiblement planant, qui ne demande qu’à s’épanouir. Les saxophones, la clarinette basse apportent une autre dynamique, un velouté que strient aussi des embardées free-sonnantes. Explosions sonores à la fin du justement nommé «Hectic fantastic », avant un final « Funeral » très hard rock, ou metal mélodique qui enlève définitivement l’adhésion.

Une tentative réussie de récupérer l’éclat des modèles passés, un joyeux retour aux sources, sans trop de nostalgie néanmoins, portant haut ce courant vintage. Que demander de plus à ce voyage?

Sophie Chambon

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