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17 octobre 2021 7 17 /10 /octobre /2021 18:01
STAYING IN TOUCH  SINNE EEG & THOMAS FONNESBAEK

STAYING IN TOUCH SINNE EEG & THOMAS FONNESBAEK

STUNT RECORDS/UVM

Take Five - YouTube

Just One of Those Things - YouTube

 

On retrouve avec plaisir le couple formé par la chanteuse danoise Sinne EEG et le contrebassiste Thomas FONNESBAEK depuis leur premier album en 2015 : cette configuration piano/contrebasse, plus originale que celle formée par piano/voix, réduite à l’essentiel, fonctionne très bien. On pense au duo italien de Musica Nuda (Petra Magoni et Ferruccio Spinetti) qui opérait plus dans le registre de la pop et de la variété, mais le répertoire des Danois est éclectique : ils reprennent avec goût des standards éternels de Cole Porter et Irving Berlin, le “Take Five” de Brubeck, “Round Midnight”, ils n’hésitent pas donner leur version épurée de “The long and Winding road” des Beatles ni “The Dry cleaner from Des Moines de Joni Mitchell et Mingus, sans oublier leurs propres compositions, des originaux du contrebassiste ou de la chanteuse “Spring Waltz” et “Streets of Berlin”. On sent bien que le plaisir de chanter de belles mélodies les anime tous deux; ils ne rechignent pas un certain luxe, en faisant appel à un quatuor à cordes pour étoffer trois des onze titres de l’album.

Leur entente est plus que cordiale, ce format exigeant un accord parfait, le résultat produit une grande liberté. La chanteuse danoise est devenue une star: la “sirène” de Copenhagen met dans son interprétation un naturel assez remarquable : elle chante sans forcer sa voix de velours, avec un bel ambitus, une aisance certaine pour distiller des effluves pop ou rester dans un jazz intimiste : un timbre chaud et rond, une énonciation parfaite, un swing qui ne trompe pas, une aisance dans le scat et un certain goût pour oser reprendre à sa façon sans imiter, même si elle a écouté les divas du jazz vocal, notamment Sarah Vaughan (“How deep is the ocean?”). Ainsi Just one of these things” de Cole Porter est pris à un tempo ultra-rapide, s’écartant des versions sculptées, étirées de Sinatra ou Billie Holiday. Son complice, des plus fiables, lui sert un accompagnement précis et précieux, il est pour beaucoup dans le charme de cet album aux nuances délicates. Staying in touch leur a réussi, qu’ils continuent leur collaboration est tout ce qu’on leur souhaite.

 

Sophie Chambon

 

 

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15 octobre 2021 5 15 /10 /octobre /2021 15:21

Rogue Art est décidément un label irremplaçable, en cela qu'il ouvre son catalogue à des propositions artistiques d'une radicale singularité, à l'écart des courants dominants, mais aussi de chapelles parfois recluses dans une exclusive un brin sectaire.

STÉPHANE PAYEN, INGRID LAUBROCK, CHRIS TORDINI, TOM RAINEY «All Set»

Stéphane Payen (saxophone alto droit), Ingrid Laubrock (saxophone ténor), Chris Tordini (contrebasse), Tom Rainey (batterie)

Pernes-les Fontaines, 12-13 mai 2019

RogueArt ROG-0105 / https://roguart.com/product/all-set/174

 

La publication de ce disque marque l'aboutissement d'une œuvre qui avait vu le jour en 2019, avec une série de concerts (Paris, Lille, Strasbourg, Avignon....), et fut enregistrée en fin de tournée. Une œuvre inspirée par All Set, composition de Milton Babbitt créée en 1957 au très innovant festival de Brandeis University (festival fondé par Leonard Bernstein en 1952) sous la houlette de George Russell et Günther Schuller, avec notamment Bill evans au piano. L'instrumentation est différente, ce n'est pas un arrangement de la musique de Milton Babbitt mais une interprétation de sa démarche, laquelle était empreinte d'une liberté tonale qui, en 1957, n'était pas encore le quotidien du jazz. Des compositions alternées de Stéphane Payen et Ingrid Laubrock, et une formidable liberté musicale dans un cadre balisé par un puissant désir d'ailleurs musical, font de cette œuvre, et de ce disque, une proposition esthétique tournée vers le futur, déjà advenu.

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un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=Y5YDmiZqaiI&t=1s

WILLIAM PARKER-MATTHEW SHIPP «Re-Union»

William Parker (contrebasse), Matthew Shipp (piano)

Malakoff, 3 février 2019

RogueArt ROG-0111 / https://roguart.com/product/re-union/179

 

Plus de vingt après leur rencontre en trio avec Rob Brown («Magnetism», 1999), William Parker et Matthew Shipp se réunissent pour ce duo qui parcourt toutes les facettes du jazz, dans ses sources les plus ardentes, comme dans ses aventures les plus folles. Le décollage se fait en douceur, mais déjà dans des lignes tendues, mélodiquement comme rythmiquement se font jour. Le couleur est clairement annoncée, celle de l'aventure et de la liberté. La musique coule de source, comme un chemin qui serait à notre oreille presque naturel, cohérent jusque dans ses surprises et se détours. Plus que vivant, vital, animé de cette énergie qui serait le sel de notre humanité.

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un avant-ouïr verbal sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=nAm5RYTkivY&t=2s

JUDSON TRIO : JOËLLE LÉANDRE, MAT MANERI, GERALD CLEAVER «Light and Dance»

Joëlle Léandre (contrebasse), Mat Maneri (violon alto), Gerald Cleaver (batterie, percussions)

Montreuil, 22 janvier ; Paris, 25 janvier ; Malakoff 27 janvier 2020

double CD RogueArt ROG-0112 / https://roguart.com/product/light-and-dance/180

 

Cinq ans après un concert à la Judson Church de New York pour le Vision Festival, et le 33 tours «An Air of Unreality» (RogueArt-0073), le trio s'était retrouvé avant le premier confinement pour des concerts, à Montreuil aux Instants Chavirés, puis à Paris au 19 rue Paul Fort, et enfin pour une séance d'enregistrement au Studio Sextan. La musique est tendue par l'urgence, et progresse par élans successifs, jusqu'à ce que l'un ou l'une des protagonistes lance un trait, un son, presque un souffle bien qu'il n'y ait pas d'instrument à vent. C'est un peu comme Le jardin aux sentiers qui bifurquent de Borges, un labyrinthe infini où l'on se perd avec délices, mais en prenant chaque fois un nouveau cap aussi mystérieux qu'hypothétique. Tout le contraire d'une œuvre close : une œuvre ouverte sur l'infini de ses métamorphoses. Le miracle permanent de l'improvisation, quand elle est pratiquée par des orfèvres.

Xavier Prévost

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un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=vsYI3gUdovE&t=8s

https://www.youtube.com/watch?v=vsYI3gUdovE&t=3s

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14 octobre 2021 4 14 /10 /octobre /2021 09:31

Thomas Curbillon (chant et guitare), Eric Legnini (piano, Fender Rhodes), Thomas Bramerie (contrebasse), Antoine Paganotti (batterie), Stéphane Belmondo (trompette, bugle), Pierre Bertrand (arrangements, saxophones, flûte), Stéphane Chausse (saxophone alto, clarinette), Michel Feugère (trompette), Philippe Georges (trombone), Daniel Yvinec (réalisation). Studios Libretto et Durango.

Jazz & People / Pias.
Paru le 24 septembre.

 

Le milieu de la musique -et tout spécialement du jazz- n’a guère de secrets pour Thomas Curbillon que ce soit les maisons de disques, la radio (programmateur à FIP), ou la scène. Mais le guitariste et chanteur ne s’était pas encore aventuré dans la création d’un album. Les choix opérés pour ce premier disque se révèlent audacieux, la langue française comme véhicule et pour la plupart des morceaux retenus des compositions personnelles.

La barre est mise à bonne hauteur. Pour cette ascension, Thomas Curbillon a mobilisé une équipe d’excellence chez les interprètes (Eric Legnini, Thomas Bramerie, Stéphane Belmondo entre autres) sous la houlette d’un maître de l’arrangement, Pierre Bertrand et d’un expert en réalisation, Daniel Yvinec. Du travail soigné, élégant, gorgé de swing et de sensibilité, propre à séduire fans de jazz et amoureux de la chanson française. Certains, parmi les « anciens », y trouveront une filiation avec deux « vedettes » qui mariaient avec bonheur jazz et chanson, Sacha Distel (pour la partie instrumentale) et Henri Salvador (pour l’exercice vocal), notamment dans une reprise de Petite Fleur, énorme tube de Sidney Bechet qui bénéficia des textes d’un orfèvre, Fernand Bonifay (1920-1993).

 

Teaser

 

Pas question de regarder seulement dans le rétroviseur. On apprécie la petite musique personnelle signée par Thomas Curbillon et sa parolière Gaëlle Renard. Avec « Place Ste Opportune », référence au lieu central de la scène jazzistique des Halles, le guitariste-chanteur(de charme) nous offre un album des plus plaisants.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

Thomas Curbillon sera en concert de présentation de l’album le 28 octobre au Bal Blomet (75015).et le 8 décembre à Cenon (33) au Rocher de Palmer.

 

©photo Anabelle Tiaffay.

 

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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 17:49

 

«The Workshop 4, In and Out»

Stéphane Payen (saxophone alto sax, percussions, compositions), Olivier Laisney (trompette), Sylvain Debaisieux (saxophone ténor, Bo Van Der Werf (saxophone baryton), Tam De Villiers (guitare), Jim Hart (vibraphone), Guillaume Ruelland (guitare basse), Vincent Sauve (batterie)
Malakoff (France), octobre 2020.

Onze Heures Onze ONZ042 / Absilone 

 http://www.stephanepayen.com/?page_id=1951

«The Workshop 5, Extensions»

Stéphane Payen (saxophone alto, compositions), Olivier Laisney (trompette), Bo Van der Werf (saxophone baryton), Guillaume Ruelland (guitare basse), Vincent Sauve (batterie)
invités : Nelson Veras (guitare), Sylvain Debaisieux (saxophone ténor), Tam De Villiers (guitare), Jim Hart (vibraphone), Thibault Perriard (batterie)
Villetaneuse, 2018 & Malakoff, octobre 2020

Onze Heures Onze ONZ044 / Absilone

 http://www.stephanepayen.com/?page_id=1959

 

Stéphane Payen poursuit sa route avec cet atelier actif depuis 10 ans, et qui s'est étoffé au fil du temps. La densité musicale et la créativité ne se sont jamais démenties, et la musique se développe, entre vibrante pulsation (constamment animée de tensions rythmiques effervescentes) et inspiration des solistes-partenaires, toujours très bien choisis, et manifestement totalement impliqués dans l'esthétique en œuvre. L'un des petits miracles réside dans cette faculté de combiner la complexité et le lyrisme. Le contraste qui existe entre le flux obsédant de la plupart des plages du volume 4, et le solo de vibraphone conclusif, avec des sons épars et réverbérés qui peuplent progressivement l'espace sonore, dit assez l'étendue du champ esthétique abordé avec une pertinence à hauteur des ambitions affirmées.

Le volume 5, passée la première plage 'clin d'œil', ainsi titrée, replonge dans les vertiges rythmiques, en poussant plus loin le bouchon peut-être, sans se priver de libre déambulations dans l'espace improvisé et/ou expressif. Avec aussi une balade furtive du côté de la musique médiévale, bientôt métamorphosée en musique du 21ème siècle. Décidément Stéphane Payen n'en finira pas de nous étonner. Et de nous réjouir aussi.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=DiELIyRIOx8

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12 octobre 2021 2 12 /10 /octobre /2021 17:24
FREDERIC ADRIAN      NINA SIMONE

FREDERIC ADRIAN

NINA SIMONE

LE MOT ET LE RESTE

Musiques (lemotetlereste.com)

Nina Simone (lemotetlereste.com)

A voir le nombre de critiques de la biographie de Frédéric Adrian, on mesure, près de vingt ans après sa disparition, survenue en avril 2003, la fascination qu’exerce toujours Nina Simone. A quel point Eunice Waymon contribua à forger sa légende, à devenir ce personnage tragique, cette figure iconique de la communauté afro-américaine, c’est ce que montre ce spécialiste de la Great Black Music, dans son Nina Simone, paru aux excellentes éditions marseillaises Le Mot et le ResteL’originalité de ce travail est de ne pas imprimer la légende justement mais de donner à lire un récit au-delà du mythe, de s’en tenir aux faits et aux dates, à toutes les parutions critiques lors des concerts, tournées, sorties de disques. Un travail d’archiviste-chercheur qui démêle le vrai du faux, raconte à partir de plus de mille cinq cents coupures de presse, la vie tragique de cette diva, extravagante, colérique, blessée par le racisme dès son plus jeune âge. Sans se laisser trop influencer par ce que l’on sait d’elle ni sur ses dernières années, navrantes à plus d’un titre. Oublier le mythe, les réactions imprévisibles d’un phénomène qu’on venait voir, attendant l’incident, la crise comme avec Judy Garland ou même l’actrice Vivien Leigh.

L’auteur s’est appuyé sur une documentation sérieuse, une bibliographie copieuse en anglais dont la propre autobiographie de Nina Simone I put a spell on you, parue en 1992, évitant l’écueil d’une vision trop personnelle privilégiant un angle particulier, musique ou vie privée avec anecdotes croustillantes, scandales et autres caprices de la diva. Il ne raconte pas la vie de Nina Simone telle qu’on l’imagine, il n’écrit pas de roman même si, par bien des aspects, sa vie fut un roman, de sa jeunesse dans le sud ségrégationniste à ses dernières années en France à Carry le Rouet, près de Marseille. On reste au plus près de la femme, pas du personnage, restituant la vitalité extraordinaire, le caractère bien trempé, les aspirations spirituelles, mais aussi la mélancolie, la déraison, la conviction que sa couleur et son sexe avaient été ses malédictions.

Les 231 pages se lisent d’un trait, pris au piège dès la première phrase, acte de (re)naissance de la musicienne: “ Nina Simone est née en juin 1954 dans un petit club d’Atlantic City, le Midtown Bar”. Un événement qui fera basculer toute sa vie, car “ce soir là, c’est toute l’histoire musicale de Nina, qui se confond à peu de chose près avec sa vie, qui coule sous ses doigts”. Tout est dit, le malentendu commence. Elle fut reconnue souvent pour une musique qu’elle méprisait. Consciente de sa valeur et de son talent, elle n’arriva jamais à se satisfaire de l’écart entre ce qu’elle aurait souhaité et ce qu’elle obtint. Signe de ce besoin éperdu de reconnaissance, elle reçut (ironie cruelle), un jour avant sa mort, le diplôme de Docteur du prestigieux Curtis Institute de Philadelphie ( Bernstein en est issu) qui décida de son sort, cinquante ans auparavant, en 1951, en la recalant au concours d’entrée, par pur racisme; elle aurait pu alors réaliser son voeu le plus cher, devenir la première pianiste concertiste noire classique, elle qui avait travaillé avec acharnement pour réussir. Cette blessure originelle, cet épisode fondateur allaient marquer sa vie professionnelle et privée. Elle n’aurait pas pris cette orientation musicale devenant une diva de la soul, une reine du blues avec une telle rage au coeur, comparable à celle de Mingus. Difficile d’avaler ces humiliations, de dire adieu au classique (elle garda toujours une place particulière pour sa triade Bach, Debussy, Chopin). Pourtant le succès vient vite sur scène et dans les festivals, elle triompha très vite à l’Apollo de Harlem, au Town Hall de Manhattan puis à Carnegie Hall, défiant les classifications faciles. Elle était inclassable en effet mais reconnaissable dès la première note comme Ray Charles ou Stevie Wonder : une voix unique, écorchée, rauque et un jeu de piano perlé, subtil, baroque avec des marches harmoniques, des trilles.

Incisif, passionnant, ce livre à l’écriture simple et fluide, est l’histoire d’une vocation contrariée qui donnera l’une des carrières les plus singulières. Clarifiant les points délicats d’une vie tourmentée toujours au bord de la chute, déjouant toute caricature, c'est une vraie entreprise de démolition de tous les clichés, au fil de pages qui dessinent le portrait en creux d’une icône du mouvement des Droits civiques autant qu’une femme en prise à sa bipolarité (qu’on ne nommait pas ainsi à l’époque) et à son alcoolisme. Si elle fait du jazz, c’est à sa manière. Reine de la soul, épinglée malgré elle par toute une époque pour son engagement qu’elle ne voulait pas non-violent, même si elle admirait Martin Luther King. Elle chantera Why? ( The King of love is dead) au lendemain de sa mort. Quant à Ain’t go, I got life, cette chanson, reprise de la comédie Hair, elle se l’appropria complètement, elle, l’Afro-américaine  toujours rebelle qui prit en main sa carrière, devenant une figure du Black Power. On ne peut écouter sans être ému son Mississipi “Goddam” censuré dans son titre même, pour le terme grossier( !) de goddam (“putain”) après l’assassinat du militant Medgar Evers à Jackson (Mississipi) et des quatre fillettes de Birmingham (Alabama) qui allait inspirer à John Coltrane, dans un autre style, son poignant Alabama.

A la fin du livre, on comprend mieux les errances d’une formidable artiste qui ne fut jamais heureuse dans sa vie personnelle, jamais satisfaite de son parcours artistique. La colère caractérise sa personnalité, la plupart des chansons qu’elle a écrites ou reprises expriment sans ambiguïté ce sentiment d’injustice intolérable quand on est “young, gifted and black”, titre qui aurait dû devenir l’hymne noir américain, d’après l’ amie, écrivaine et activiste Lorraine Hansberry, morte prématurément. Cette composition deviendra néanmoins le premier classique de la chanteuse. Autre titre révélateur Don’t let me be misunderstood

Si elle attaqua régulièrement l’industrie musicale, les maisons de disques qui la spoliaient (“J’ai fait trente cinq albums, ils en ont piraté soixante dix), si elle découragea souvent les bonnes volontés autour d’elle, le public lui conserva une certaine affection jusqu’à la fin. Alors que son répertoire fut peu repris de son vivant, la jeune génération s’est emparée des chansons de la grande "prêtresse de la soul", lui rendant des hommages sur scène ou en disques. Peut être serait elle apaisée de savoir que l’on parle toujours d’elle et que l’on joue sa musique.

Dernier point, non négligeable, elle peut figurer dans une histoire du jazz, auprès de Billie Holiday qu'elle rejetait tout en l’admirant sans doute. Michel-Claude Jalard ne s’y était pas trompé, au festival d’Antibes Juan-les-Pins en 1965 : Nul ne pourrait nier pourtant que Nina n’ait créé le plus grand choc émotif du festival : c’est que depuis Billie Holiday, dont elle reprit, le fameux Strange fruit, Nina Simone est sans doute la chanteuse la plus bouleversante de l’histoire du jazz, une de celles chez qui l’art se confond le plus naturellement avec un expressionnisme tragique, résigné chez Lady Day, révolté chez Nina.”

Ce n’est pas l’un des moindres mérites de la biographie de Frédéric Adrian que de citer de larges extraits des grandes plumes de l’époque, les Lucien Malson, Maurice Cullaz et autres chroniqueurs au Monde, Jazz Magazine ou Jazz Hot, secouant présent et passé dans notre mémoire à la façon d’un shaker.

 

Sophie Chambon

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9 octobre 2021 6 09 /10 /octobre /2021 15:05

Louis Moutin (batterie, composition), Jowee Omicil (saxophones alto, ténor & soprano, clarinette), François Moutin (contrebasse)

Malakoff, 1-4 septembre 2020

Laborie Jazz LJ 59 / Socadisc

 

Je dois l'avouer, la première fois que j'ai écouté Jowee Omocil sur scène, à l'EuropaJazz Festival du Mans, en 2018, j'ai trouvé que sa prestation comportait beaucoup d'ostentation et pas beaucoup de musique.... Ce disque m'a fait changer radicalement d'avis, et je crois pour longtemps. Leur musique procède d'une sorte de magie, d'un surgissement en apparence spontané qui porte, dès les premières notes, la musique à son plus haut degré. Cela tient sans doute à la personnalité musicale des trois protagonistes, qui aiment à se jeter dans le vide avant de mesurer la profondeur du gouffre. Leur histoire commence par une rencontre fortuite de François Moutin et Jowee Omicil sur un tournage pour une série de Netflix, où ils profitent des pauses pour improviser ensemble. Retrouvailles à Paris chez Louis, le frère de François, et sans préparation la découverte d'une cohésion immédiate. Le disque reflète ce mélange de spontanéité et d'expérience. Ces déjà vieux routiers possèdent au plus haut degré l'art d'avancer sur le fil, sans peur du gouffre qui n'est ici que l'aiguillon de la créativité collective. L'enfance de l'Art en somme, d'un Art que l'on continue d'appeler le jazz, au fil de ses infinies métamorphoses. Chaque titre paraît être le prolongement d'un chorus joué (hier, ou demain si j'en crois Julio Cortázar et son Homme à l'affût), c'est comme une entrée de plain pied dans l'ivresse à la seule vue du flacon, ou simplement de son évocation. Magnifique !!!

Xavier Prévost

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Sur Youtube le récit, par les intéressés, de la genèse de ce trio

https://www.youtube.com/watch?v=0_iD6Kj_Bg4

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Le trio est en concert à Paris (New Morning) le 11 octobre, puis le 14 à La Rochelle et le 16 à Limoges

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7 octobre 2021 4 07 /10 /octobre /2021 15:40

Kenny Garrett (saxophone alto, piano, piano électrique, voix), Vernell Brown Jr (piano), Corcoran Holt (contrebasse), Ronald Bruner (batterie) Rudy Bird(percussions)

et aussi Maurice Brown (trompette), Lenny White (caisse claire), Johnny Mercier (claviers), Pedrito Martinez & Dreiser Durruthy (percussions & voix), Dwight Trible, Jean Baylor, Linny Smith, Chris Ashley Anthony & Sheherazade Holman (voix).

Mack Avenue MAC 1180 / Pias

 

Une sorte de retour aux sources pour ce saxophoniste que Miles Davis fit connaître à la terre entière. Un disque qui parcourt les multiples sources de la musique afro-américaine, sans effet de catalogue, mais avec un sens de l'appropriation et de la singularité qui force le respect. Très beau son d'alto, lignes virevoltantes, très bons arrangements de percussions, et nombreux invités, dont le trop rare Dwight Tribble. Et des hommages aux compagnons de route : Roy Hargrove, Art Blakey, Tony Allen.... Une rythmique d'une souplesse féline qui pousse les feux sur toutes les plages avec une grande finesse. L'esprit du jazz souffle dans ce disque, mais aussi l'atmosphère enfiévrée des églises baptistes, le son des caraïbes, les sortilèges de l'Afrique et, pour une plage, ce jazz d'ambiance qui fit naguère la popularité de Sonny Criss, Donald Byrd ou Ramsey Lewis avant d'envahir les radios du monde entier. Cette concession furtive au smooth jazz n'empêche évidemment pas le CD (aussi double LP) d'être hautement recommandable.

Xavier Prévost

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Kenny Garrett est en tournée française, en quintette : le 10 octobre 2021 à Reims, le 12 à Toulouse et le 22 à Clermont-Ferrand

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Des avant-ouïr sur Youtube

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4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 13:42

Pierre-Antoine Badaroux (saxophone alto, direction), Antonin-Tri Hoang (saxophone alto, clarinette), Pierre Borel (saxophone ténor, clarinette), Geoffroy Gesser (saxophone ténor, clarinette, clarinette basse), Benjamin Dousteyssier (saxophones baryton, alto & basse), Brice Richard, Pauline Leblond, Gabriel Levasseur, Emil Strandberg (trompettes), Michaël Ballue, Alexis Persigan, Robinson Khoury (trombones), Judith Wekstein (trombone bass), Matthieu Naulleau (piano), Romain Vuillemin (guitare, banjo), Sébastien Béliah (contrebasse), Antonin Gerbal (batterie)

et sur certaines plages

Liselotte Schricke (flûte), Sylvain Devaux (hautbois), Ricardo Rapoport (basson), Nicolas Josa (cor), Hugo Boulanger, Aliona Jacquet, Clémence Meriaux, Stéphanie Padel, Manon Philippe, Lucie Pierrard, Émilie Sauzeau, Léo Ullman (violons), Issey Nadaud, Elsa Seger (alto), Félicie Bazelaire, Elsa Guiet (violoncelles)

Paris, 22-27 janvier 2021

Umlaut Records UMF R-CD 34-35 / l'autre distribution (double CD)

 

L'hommage du big band à la pionnière Mary Lou Williams. Mais pas un hommage compassé et formolé : un vrai travail de recherche, effectué par Pierre-Antoine Badaroux et Benjamin Dousteyssier dans les archives recueillies par l'Institute of Jazz Studies de Newark, sur des partitions autographes et parfois inachevées. Des inédits, de multiples versions de son légendaire Mary's Idea (dont un arrangement pour big band de la dernière version, 1947, baptisée Just An Idea), un thème inauguré par l'orchestre d'Andy Kirk (dont elle fut longtemps la pianiste) dans les années 30. Et ses arrangements pour Duke Ellington, qui ne les joua pas tous, et la paya avec parcimonie.... Et aussi des arrangements pour l'orchestre de Cootie Williams. Sans oublier des extraits de sa Zodiac Suite, et trois extraits de son History of Jazz for Wind Symphony, composée pour l'orchestre de Duke University et laissée inachevée. Bref une véritable somme, à inscrire dans les repères patrimoniaux du jazz (on devrait plutôt dire matrimoniaux, en référence au matrimoine, corpus des œuvres conçues par des femmes). Une fois de plus, ce grand orchestre, qui rassemble une encore jeune génération (qui pratique aussi le jazz contemporain et les musiques improvisées les plus hardies), fait preuve d'une insatiable curiosité, et d'un talent à la hauteur de l'enjeu. Bravo !

Xavier Prévost

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Le disque à été enregistré à la Philharmonie de Paris, coproductrice de ce formidable projet. Et l'Umlaut Big Band jouera ce programme à la Philharmonie le 9 octobre 2021 en première partie du Lincoln Center Jazz Orchestra. Et l'Umlaut Big Band jouera ensuite à Brest le 14 octobre pour l'Atlantique Jazz festival

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Un avant-ouïr sur Le Grigri

https://www.le-grigri.com/blog/2021/6/23/premiere-umlaut-big-band-chunka-lunk-marys-ideas-umlaut-records

 

Sur Youtube, une vidéo inspirée par le film du photographe Gjon Mili en 1944

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3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 21:44

Deuxième concert de la saison Jazz sur le Vif, et affiche contrastée autour du saxophone. Un petit tour en milieu d'après midi au studio 104 de Radio France, pour découvrir que la balance du groupe de Steve Coleman se fait avec les seuls bassiste et batteur. Le manager de tournée teste aussi les retours pour les absents, mais il faudra manifestement une balance à l'entracte, là où l'usage prévoit un seul éventuel raccord....

Pendant que le groupe de Sophie Alour effectue sa balance, la saxophoniste-flûtiste est dans la salle, devant la console de sonorisation, pour évaluer la progression des opérations.

Elle sera sur scène, avec son groupe, moins de deux heures plus tard

SOPHIE ALOUR «Joy»

Sophie Alour (saxophone ténor, flûte, composition), Raphaëlle Brochet (voix), Abdallah Abozekry (saz, voix), Damien Argentieri (piano), Philippe Aets (contrebasse), Donald Kontomanou (batterie)

Paris, Maison de la Radio (et de la Musique), 2 octobre 2021, 19h30

 

Le groupe est celui du disque «Joy», publié début 2020. Sans percussionniste, mais augmenté de la voix de Raphaëlle Brochet, funambule des traditions vocales de tous les mondes. Et en lieu et place du oud, et du oudiste Mohamed Abozekry, c'est désormais son frère Abdallah, qui joue sur saz, dont il est un virtuose. Le répertoire est celui de ce disque, augmenté d'un ou deux titres venus du suivant, «Enjoy», publié en mai dernier. La musique mêle les sources moyen-orientales et le mouvement inflexible du jazz ; ses sonorités aussi. Et la typicité de ses improvisations. On est porté par cette allégresse qui parcourt les langages musicaux avec ferveur. Large espace d'expression pour chaque membre du groupe : la saxophoniste-flûtiste est loin de 'tirer la couverture', à l'écoute, et manifestement toute à sa joie de coordonner cette effervescence. Au troisième titre elle prend la flûte, et son improvisation évolue entre deux rives, orient et jazz. Elle nous offrira aussi avant le dernier morceau une courte ballade, avec la basse, et insertion douce du piano. Et après Joy, le bien nommé, qui conclut cette première partie, un rappel chaleureux nous vaudra Fleurette égyptienne, avec une pensée pour Duke Ellington. Je dois avouer que, si les disques ne m'avaient pas totalement convaincu, le concert en revanche m'a conquis

Après l'entracte, c'est le moment d'accueillir Steve Coleman. Alors que le public commence à regagner ses fauteuils, le vocaliste, le trompettiste et le saxophoniste procèdent à la balance qu'ils avaient éludée en milieu d'après-midi. Public étonné.

L'un des musiciens précise que c'est le 'soundcheck'. Rapidement et bien fait, mais un peu cavalier peut-être : on imagine un groupe français faisant de même aux USA, au Canada ou en Allemagne pour un concert également capté pour la radio : impensable !

STEVE COLEMAN «Five Elements»

Steve Coleman (saxophone alto), Jonathan Finlayson (trompette), Kokayi (voix), Anthony Tidd (guitare basse), Sean Rickman (batterie)

Paris, Maison de la Radio (et de la Musique), 2 octobre 2021, 21h

C'est presque rituel : des cellules mélodico rythmiques obstinées mais mobiles, jouées par l'un de musiciens, reprises par les autres, et des bribes de phrases qui se télescopent jusqu'à l'envol des solistes, en solitaire ou en escadrille. Le tandem basse-batterie nourrit une pulsation qui n'a rien de schématique : sous la force pulsatoire s'épanouit tout un univers d'accents, de rythmes pluriels et entrecroisés. Nos pieds bougent sur le temps qui est en même temps hors du temps. Et à la faveur d'une salve d'applaudissements qui conclut une première séquence, Steve Coleman repart en douce mélancolie : derrière le faux-nez de Jitterbug Waltz, qui est en fait le couplet de Stardust, on va vers ce standard.... jusqu'à ce que la machine rythmique reparte de plus belle. Kokayi, plus qu'un rappeur ou un slameur, est un chanteur à l'ambitus volontairement restreint qui déploie une prosodie (très) syncopée qui tient de la harangue et du manifeste poétique. Il s'y entend pour attiser les braises ! Et le concert continue, de surprise en rebond, nous tenant en haleine. Plus loin le sax et la trompette lancent des fusées parkéro-gillespiennes. Je crois aussi entendre un souvenir coltranien. Bref c'est plus que vivant : haletant, débordant d'énergie et peuplé de pensée musicale, en toute urgence. Cela fait longtemps que j'écoute Steve Coleman en concert et, une fis de plus, je jubile....

Xavier Prévost

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Les deux parties de ce concert seront diffusées sur France Musique le samedi à 19h dans l'émission 'Jazz Club' d'Yvan Amar : Steve Coleman le samedi 30 octobre 2021, et Sophie Alour le samedi 15 janvier 2022 

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1 octobre 2021 5 01 /10 /octobre /2021 23:22


Dave LIEBMAN / Richie BEIRACH, "EMPATHY". Avec Dave Liebman (saxophones ténor, soprano, flute), Richie Beirach (piano) et en invités : Jack DeJohnette (batterie), Florian Van Volxem (synthétiseur), Léo Henrichs (gong, timbales).
Coffret de 5 cds.
Enregistrements de 2016 à 2020. Jazzline/Socadisc.
Parution le 27 août 2021.

Entre Dave Liebman et Richie Beirach, c’est une vieille histoire. Une complicité née voici un demi-siècle à New York dont la première manifestation fut le groupe ‘’Lookout Farm’’, et qui s’épanouit un peu plus tard dans ‘’Quest’. En tête à tête, ou côte à côte, Dave, le saxophoniste-flutiste et Richie, le pianiste, nous avaient donné pas moins de quatre disques en duo, ‘Double Edge’, ‘The Duo Live’, ‘Omerta’ et en 2011, ‘Unspoken (Out There/Out Note).

 

Ces dernières années, l’empathie, pour reprendre le titre du coffret, s’est encore consolidée entre ces deux contemporains (Liebman, né en 1946, Beirach, 1947). « Quand nous avons entamé notre séance en duo, en 2018, rien n’était programmé, nous avons simplement joué et vu ce qui allait arriver », confie Richie Beirach dans le livret.

 

Entretien


Tout est dit sur leur connivence. Le coffret permet d’en juger : cinq albums enregistrés entre 2016 et 2020 dont trois qui donnent à entendre les comparses dans différentes configurations (duo, trio avec Jack DeJohnette, ou quartet avec synthétiseur et percussions) et deux en solo intégral.  Nous tenons là une œuvre magistrale, témoignage d’une sensibilité, d’une authenticité tutoyant les sommets. Une forme suprême de l’improvisation qui constitue l’essence même du jazz.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

 

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