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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 23:40
THE REMPIS PERCUSSION QUARTET : " Cash and carry"

Dave Rempis (alto/tenor/baritone saxophones)

Ingebrigt Haker Flaten (contrebasse)

Tim Daisy Frank Rosaly ( drums)

Label Aerophonic records

www.aerophonicrecords.com

www.davidrempis.com

En ce début d’été, canicule annoncée, voilà de quoi se rafraîchir la tête... Suivez mon conseil et posez-vous pour écouter des groupes qui décoiffent...

Comme ce quartet très actif sur la scène des musiques improvisées de la Cité des Vents, fondé par le saxophoniste David Rempis, il y a déjà onze ans, avec les batteurs Tim Daisy et Frank Rosaly et le contrebassiste norvégien Ingebrigt Häker Flaten,

On s’aperçoit très vite qu’avec ces quatre musiciens, les possibilités sont presqu’illimitées, puisqu’ils savent à merveille déconstruire les mélodies de base pour mieux les réarranger en de nouveaux motifs. Et que leur aptitude à l’improvisation peut les conduire à des développements substantiels.

Deux pièces très longues composent donc cet album Cash and Carry, enregistré live, le 31 août 2014 au Club de Chicago The Hungry Brain qui semble bien être leur repaire : de sensibilité différente, la première composition «Water Foul Run Amok» ne fait pas moins de 39’14, alors que la dernière «Better Than Butter» est beaucoup plus ramassée 15’29.

C’est à l’ampleur et à la fascination du chant, à l’expression libre que ce quartet se réfère. Sans relâche le saxophoniste attaque, poursuit l’échange, le reprend en passant au baryton par exemple, avec une énergie indéfectible.

Dans la première composition, l’affirmation franche et précise au ténor dure près de 9’, soutenue par le pilonnement des deux batteries chargées à bloc alors que la contrebasse, proche et palpitante, n’est pas en reste. Puis, étonnamment,survient un passage long et méditatif, d’une douceur inquiétante ; car le répit, on le comprend vite, est toujours provisoire. Vers la 23ème minute, la pulsation de la contrebasse re joint le cliquetis-claquettes des batteries, en des motifs complexes influencés par les rythmes africains. Très vite, le saxophone revient tel un sifflet moqueur pour s’entretenir, vers la 31ème minute, avec la basse, avec en fond des interventions nettement plus légères des batteurs.

Quand il passe au baryton, David Rempis semble plus apaisé, rigoureux dans le phrasé, s’étant soulagé ailleurs de torrents de musique incandescente.

Pour la deuxième pièce, qui passe presque trop vite en comparaison, c’est la contrebasse qui attaque sur le crépitement des percussions, alors que le baryton la joue plus blues (pas bluesy, attention !). Vous l’aurez compris, nous sommes au cœur d’un dispositif de « wide open free jazz » avec des fragments de mélodie et des changements de rythmes contrôlés, une vibrante démonstration sans vociférations, plutôt rageuse et rebelle, un flot qui ne manque ni de délicatesse ni de force. Ces quatre là se connaissent depuis longtemps et n’ont aucune difficulté à converser, improvisant de façon si complice, en un élan continu, dans un arrière-pays transgressif. C’est dans de drôles de voies que nous entraîne ces amis qui ont joué et jouent encore dans des contextes très différents (pas moins de quarante groupes pour les batteurs). Ainsi s’entend dans cette musique sans parole, un seul chant qui exprime souvent la colère mais promet aussi la (ré)conciliation. C’est une vérité de « la chose » qui n’est sans doute plus «nouvelle» mais qui continue à se modifier : un projet collectif cohérent, intègre, constamment sous tension, dans une réelle urgence du jeu. A écouter sans modération...

Sophie Chambon

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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 06:57
Eddy Louiss, musicien muticolore

Par Jean-Louis Lemarchand

Il avait intitulé l’un de ses groupes les plus ambitieux et pas seulement par son gigantisme-50 interprètes, professionnels et amateurs- Multicolor Feeling. Une définition en forme d’auto-portrait. Décédé à Poitiers le 30 juin à 74 ans, Eddy Louiss était bien un musicien polymorphe, sans œillères, qui se sentait aussi à l’aise dans le be-bop que dans les airs des Caraïbes de sa famille –son père, Pierre Louise, trompettiste, était originaire de Martinique- ou les mélodies africaines.

Cet éclectisme, Eddy Louiss l’a aussi manifesté tout au long d’une carrière débutée à l’adolescence en partageant son activité entre le jazz, sa véritable culture, et la chanson qu’il servit treize ans, à son instrument de prédilection, l’orgue, dans la formation de Claude Nougaro (rappelons le nom de quelques-uns des jazzmen employés par le « petit taureau toulousain », Lubat, Romano, Vander, Gaudry, Portal, Galliano….) . C’est d’ailleurs en chantant que le jeune Eddy fit ses grands débuts discographiques dans le groupe vocal Les Double Six en 1959-60 où il prend les solos de saxophone ténor de Bob Cooper (Sweets) et Bill Holman (Fascinating Rhythm).

Formidable d’énergie et de lyrisme, Eddy Louiss avait séduit Stan Getz qui l’engage au début des années 70 avec Bernard Lubat (batterie) et René Thomas (guitare). Ce sont ces mêmes qualités qui incitèrent le producteur Francis Dreyfus deux décennies plus tard à l’enregistrer en duo avec Michel Petrucciani (Conférence de Presse 1 et 2. 1994, 1995), qui s’avère un gros succès commercial. Il n’était pas moins brillant au sein du trio HLP formé en 1966 avec Jean-Luc Ponty (violon) et Daniel Humair (batterie) reconstitué en 2012 au Théâtre du Chatelet pour un des derniers concerts parisiens de l’organiste. Affaibli par une maladie qui l’avait privé de l’usage de ses jambes, Eddy Louiss avait du en effet réduire sérieusement son activité

Restera de ce musicien gargantuesque une discographie pleine de fougue et de lyrisme et le souvenir d’un artiste engagé qui participait ainsi à la Fête de l’Humanité en 1985 à un concert de soutien à Nelson Mandela aux côtés d’autres éminents témoins de la liberté d’expression musicale, Bernard Lubat et Max Roach.

.

Discographie sélective : Les Double Six (1961), So What (1967), Dynasty (1971), Multicolor Feeling Fanfare (1988-89), Conférence de Presse (1994-95), Louissiana (1995), O Toulouse (2004), Taurorque (2010).

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 21:20
Eddy Louiss au paradis de Jimmy Smith

L'organiste de jazz Eddy Louiss, vient de rejoindre le royaume de Jimmy Smith à l'âge de 74 ans.

Le royaume de Jimmy Smith mais aussi de tous les allumés du jazz qui dansent au desus de nos têtes.


Né à Paris le 2 mai 1941, ce musicien touche-à-tout, loin de se limiter à l'orgue, avait débuté sa carrière dans les années 1950 dans l'orchestre de son père, le trompettiste Pierre Louiss (qui avait changé la dernière lettre de son nom de famille qui était à l'origine Louise). Il fit partie des Double Six, légendaire groupe vocal du début des années 1960.
"Je suis arrivé à l'orgue tout à fait par hasard, au moment où sortait Jimmy Smith", qui donna à l'instrument ses lettres de noblesse en jazz, confiait en 2010 Eddy Louiss.


Il diffusa dans les années 1960 les chaudes mélodies de son orgue Hammond aux côtés de jazzmen prestigieux (Stan Getz, Kenny Clarke, Jean-Luc Ponty...), fut le musicien attitré de Claude Nougaro pendant 13 ans (entre 1964 et 1977), enregistra à la Nouvelle-Orléans un disque funk new-orleans avec des musiciens locaux.
Il avait fait le choix, "pas forcément facile", de s'éloigner de Claude Nougaro pour faire entendre sa propre musique, a expliqué son fils.

Eddy Louiss qui travaillait dit-on avec un orgue "augmenté" d'au moins une octave etait considéré par ses pairs comme l'un des plus grands organistes. On a tous en tête ce fameux Multicolor Feeling fanfare qui avait endiablé nos jours à la fin des années 80.

Le musicien, amputé de la jambe gauche il y a une dizaine d'années à la suite de complications artérielles, se tenait un peu en retrait de la scène depuis quelques années.

On l'a vu il n'y a pas si longtemps revenir sur le devant de la scène et éblouir pour un concert étourdissant le public du Parc Floral en 2011.

Eddy Louiss avait encore des projets musicaux, notamment avec le musicien Michel Portal.

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 21:10
BRUNO ANGELINI : « Instant Sharings »

La Buissonne RJAL397022 / Harmonia Mundi

Bruno Angelini (piano), Régis Huby (violon, violon ténor, effets électroniques), Claude Tchamitchian (contrebasse), Edward Perraud (batterie, percussion)

Jazz de chambre dira-t-on ? Peut-être.... Jazz, assurément, avec cette fine connivence propre à la musique de chambre, le goût des nuances exacerbées, et à chaque instant cette liberté propre au jazz, qui donne à entendre, dernière chaque note de chaque musicien, une délibération autonome dans un espace collectif.

Les compostions sont majoritairement celles du pianiste, mais l'on y trouve aussi la reprise (en deux versions : introductive et conclusive) d'un thème de Paul Motian, Folk song for Rosie (qui en donna une première version en 1979 dans « Voyage », puis plusieurs autres....). Suit un thème de Wayne Shorter, issu de son duo avec Herbie Hancock, et plus loin une composition de Steve Swallow tirée de l'album « Echoes ». Dans tous les cas, ce qui va prévaloir, c'est l'intensité du lyrisme, avec une forte expressivité, forte mais retenue, pour jaillir parfois jusqu'en un épisode violent. Les compositions de Bruno Angelini sont dans une adéquation remarquable avec l'instrumentation, la personnalité musicale de chacun des partenaires, et avec les reprises déjà citées. C'est à tous égards du grand art, et s'il est pertinent parfois de dire de certains musiciens qu'ils tutoient le sublime, on pourrait dire qu'ici ils le caressent, jusqu'à le troubler.... Troubler le sublime : c'est peut-être l'une des portes du bonheur musical !

Xavier Prévost

Une vidéo du groupe, dans le live de la Matinale culturelle de France Musique : http://www.dailymotion.com/video/x2tek33

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 21:06
SMTHG CLOSE TO SMTHG

“Something Close To Something”

Quartet d’André Jaume

Label Durance/ distributeur Orkhêstra International

www.label-durance.org

www.atelier-de-musiques-improvisées.org

Dès les premières notes, on se retrouve dans une ambiance familière, une énergie propre au jazz qui rayonne au sein du quartet du saxophoniste André Jaume. Il s’en donne à cœur joie, acompagné du guitariste Alain Soler, du fils de celui-ci, Anthony Soler à la batterie et de Pierre Fenichel à la contrebasse.

On découvre ensuite qu’il s’agit d’une histoire d’amitiés, d’une rencontre fondatrice en 1991 entre le saxophoniste et le guitariste après que celui-ci ait écouté Something, enregistré en 1990 à New York sur le label sudiste Celp (fondé par André Jaume) avec Bill Stewart, Joe McPhee, Anthony Cox, Clyde Criner.

L’année de la rencontre d’Alain Soler avec André Jaume, le guitariste ayant obtenu le premier prix de la classe d’ensemble Jazz de Marseille dirigée par Guy Longnon, crée l’Atelier de Musiques improvisées dans le 04 (Alpes de Haute Provence). S’ensuit la création du label Durance, à la production discographique régulière, à laquelle participe en complice éclairé, André Jaume.

Ces précisions ne sont pas inutiles pour comprendre que ce disque actuel est construit comme un miroir inversé ( par exemple, le premier thème « 278 » s’appelait « 872 »), une sorte de mise en abyme autour des compositions du premier SMTHG, transformées en autant de « plagiats-prétextes jubilatoires », en déconstruisant rythmes, trames harmoniques, mélodies originelles. On est bien au cœur du dispositif du jazz, dans l’échange, le partage sans œillères, l’amour de la variation qui peut conduire à des translations sans fin. Douces modulations, irisations tendres, puissance plus instinctive du rock, voilà des transformations audacieuses réussies, un répertoire abordé différemment, rafraîchi en quelque sorte. Un album très agréable à découvrir, concocté par un formidable musicien, passeur incomparable, nourri de cette tradition jazz. Il a su s’entourer d’amis talentueux qui font résonner l’ensemble avec une belle homogénéité, puisque tous arpentent les mêmes rivages, à la recherche d’un horizon partagé.

Du jazz comme on l’aime, sans esbroufe, qui groove élégamment, un album-mémoire du passé obsédant et toujours exaltant de cette musique.

Sophie Chambon

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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 00:11
TAM DE VILLIERS 4 tet : «  Panacea »

TAM DE VILLIERS 4 tet : « Panacea »

Whirlwind 2015

Tam de Villiers (g), David Prez (ts), Frederic Chiffoleau (cb), Karl Jannuska (dms)

Tam de Villiers ne cesse de nous surprendre album après album.

Ce jeune guitariste anglo-Sud Africain vivant à Paris s’impose en effet comme l’un des garçon les plus intéressant du moment sur cet instrument, avec une vraie constante dans la progression de sa musique. Depuis 2003 qu’il s’est installé dans la capitale, Tam de Villiers qui en est à son troisième album est en effet toujours resté attaché à son quartet de départ où seul Frederic Chiffoleau a pris la place de Bruno Schorp.

Il faut dire que la musique qu’il compose est exigeante et repose sur une compréhension quasi télépathique entre les membres du quartet. Tam De Villiers écrit une musique en apparence difficile, tirée de concepts empruntés à l’alchimie et à la géométrie dont la substance évoque celle de Steve Coleman ou encore les tiroirs dodécaphonique de Schönberg. Pourtant Tam De Villiers, que l’on sait par ailleurs proche de Marc Ducret, reste attentif à ne pas donner à sa musique un caractère trop cérébral, trop intellectuel, mariant des personnalités musicales du quartet très différentes et leur laissant des vraies plages d’expression et d’improvisation.

Sur 4 titres, Tam De Villiers convie le superbe chanteur Gabor Winand que Tam de Villiers avait découvert sur l’album que ce dernier avait réalisé avec le guitariste hongrois Gabor Gado. Le chanteur s’y fait alors presque instrumentiste vocal sur des textes inspirés de la poésie Jungienne.

Le résultat de cet album est surprenant et parfois fascinant . Un peu kaléidoscopique.

Il y a dans la musique de Tam De Villiers quelque chose d’organique dans l’agencement de la pâte sonore, dans les revirements harmoniques et dans les passages alternées de l’atonal et du modal et dans les tiroirs qui s’emboîtent les uns dans les autres pour former un ensemble cohérent.

Un ensemble captivant.

Jean-Marc Gelin

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 07:50
Les lauréats Talent Adami Jazz 2015 :

Le 3 Juillet / jazz a vienne : STEPHANE KERECKI https://vimeo.com/130435111

Conference de presse a 17H30 avec Laurent de Wilde ( representant de l adami ) et Stephane Kerecki

Le 8 juillet / Jazz a Vienne : LAURENT COULONDRE TRIO https://vimeo.com/130435110

Les festivals partenaires :

Jazz in Marciac – Jazz à Vienne – Paris Jazz Festival London Jazz festival - Bratislava Jazz Days

L’opération Talent Adami Jazz, initiée par l’Association artistique de l’Adami & Jean Jacques Milteau ( pdt de l Adami) se positionne comme un véritable tremplin à l’exportation des artistes de jazz français avec la complicité des plus grands festivals. Avec cette opération, l’Adami est un véritable partenaire de développement d’artistes, le lien entre les tourneurs et des festivals incontournables en France et à l’étranger.

Les dates :

PARIS JAZZ FEST :

STEPHANE KERECKI : le 7 Juin

LAURENT COULONDRE TRIO : le 26 Juillet

JAZZ A VIENNE :

STEPHANE KERECKI : le 3 Juillet // conf de presse a 17H30 avec laurent de wilde ( representant de l Adami)

LAURENT COULONDRE : Le 8 juillet

JAZZ IN MARCIAC :

LAURENT COULONDRE : le 30 Juillet

STEPHANE KERECKI : le 4 aout

FESTIVAL MIMO / BRESIL

STEPHANE KERECKI : le 20 Nov

LONDON JAZZ FEST ( Nov )

LAURENT COULONDRE TRIO & STEPHANE KERECKI

JAZZ DAYS BRATISLAVA ( Oct) :

STEPHANE KERECKI

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 12:46
FREDERIC COUDERC : Sax Stories

DVD Stories FREDERIC COUDERC

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sax ....sans jamais oser le demander

Un voyage musical dans le monde de Monsieur Adolphe Sax ...

Sortie du DVD 1er juin 2015

Gaya music production /distribution Soca Disc

Stephane Coens : réalisation DVD

Frédéric Couderc (saxophones) et Patrick Cabon (piano)

Concert le 12 juillet à Strasbourg pendant Sax Open à 11h0 studio 400 de la Cité de la musique et de la danse

http://www.francemusique.fr/personne/frederic-couderc

Après une introduction volontairement langoureuse et voluptueuse sur le tango d’Astor Piazzola « Oblivion », Frédéric Couderc entreprend, avec son délicieux accent méridional, de raconter l’histoire des saxophones et de leur génial inventeur, Adolphe Sax né à Dinant, Belgique en 1914. Virtuose de la clarinette, instrument de perce cylindrique, il voulut augmenter son volume pour jouer dans les fanfares de rue : il eut l’idée de joindre un bec de clarinette basse sur un ophicléide (instrument de perce conique, à embouchure et à clé ...qui n’existe plus de nos jours). Le premier saxophone était né, le saxophone basse en ut.... dont Frédéric couderc nous donne une illustration immédiate avec « Indiana ». Dès le début, le saxophone a sa forme définitive, avec ce son moelleux que l’on entend dans le « tube » de Gabriel Fauré, la suave mélodie d’ «Après un rêve ». Fred Couderc la reprendra d’ailleurs en conclusion du DVD avec rien moins que six instruments différents comme le soprano, le c melody, l’alto droit, le taragot...

Accompagné au piano par Patrick Cabon, entouré de ses 25 saxophones, dont certains sont rares, voire inédits, il évoque la grande famille des instruments inventés par Adolphe Sax : sax horns, sax tromba, sax tuba et saxophones en si bémol et mi bémol. Ainsi, dans le quatuor de saxophones, on retrouve le soprano en Si b, l’alto en Mi b, le ténor en Si b et le baryton en Mi b ; mais existent aussi le sopranino, plus petit mais très aigu en Mi b, le basse en Si b et le contrebasse en Mi b.

Un petit jeu à présent pour vous apprendre à reconnaître les sonorités : le saxophone alto est présent dans les solos romantiques de la musique classique comme dans « Le vieux château » des Tableaux d’une exposition de Moussorgski. Il est proche de la sonorité du cor anglais, qui peut être également remplacé par le mezzo soprano en fa, dans le largo de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak.

Il existe aussi des transcriptions pour le sax baryton sur la Suite n°1 de Bach écrite pour le violoncelle.

Pour qui s’intéresse aux instruments et en particulier au saxophone si emblématique du jazz, voilà un récit initiatique, truculent et illustré d’extraits superbes empruntés aux différents styles musicaux. Car si, à ses débuts, le saxophone est utilisé dans la musique de fanfare pour sa puissance, Adolphe Sax le fit connaître à Berlioz qui écrivit la première pièce pour l’instrument. Bientôt d’autres compositeurs illustres s’y intéressèrent Bizet, Debussy, Stravinsky, Gershwin. De la musique classique au jazz, le saxophone peut jouer tous les répertoires, aussi bien une valse de Gus Viseur que du rock, du funk, de la variété, de la world music. Rien ne lui est interdit comme dans ce « JK Groove » de Fred Couderc lui-même. Mais revenons au jazz qui est la musique de prédilection de cet instrument. En 1939, Coleman Hawkins joue « Body and Soul » avec un vibrato exacerbé qui ressemble à la voix humaine. Sidney Bechet, le père du saxophone soprano, d’une sonorité plus timbrée car il est plus légèrement conique excelle dans «Struttin’ With Some Barbecue ». Le saxophone est LA voix du jazz. Ecoutez donc ce « Sophisticated Lady » de Duke Ellington au baryton, plus rocailleux, ou encore ce « Creole Love Call » qu’interprète Fred Couderc avec plusieurs saxophones en même temps, à la façon de Roland Kirk, l’un de ses maîtres dans «The Inflated Tear ».

Voilà un DVD bien conçu, pédagogique et ludique, qui nous conduit sur les terres musicales défrichées par les saxophones. Frédéric Couderc est le guide rêvé pour cette exploration de toutes les facettes d’un instrument qu’il connaît sur le bout des clés et des anches, la preuve avec ce « Vocalise » de Rachmaninoff au saxophone ténor en ut, droit de forme comme l’alto droit, le « stritch » de Kirk. Ce type là est un fou de son instrument, un passionné collectionneur, je l’avais bien senti, à l’écoute de son album Coudophonie, déjà chroniqué aux DNJ : http://www.lesdnj.com/article-frederic-couderc-coudophonie-88716313.html

Car Fred Couderc aime tellement cet instrument qu’il a conçu un prototype, le coudophone ....

Donc, si vous avez encore des questions sur le saxophone, après la vision de ce DVD, un conseil ... consultez.

NB : Le bonus est plus technique : il y est question de mécanique, de matériel : on y apprend comment se fabriquent les instruments chez Julius KEILWERTH et en particulier, l’élaboration des anches chez le spécialiste VANDOREN (cannes de roseau cultivées dans le sud est).

Sophie Chambon

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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 20:39
JAZZIN’ THE BLUES

JAZZIN’ THE BLUES

Cristal Records/Harmonia Mundi

Sortie le 2 juin 2015

www.cristalrecords.com

Le label rochelais Cristal Records continue son travail de mémoire en faisant revivre les plus belles pages de l‘histoire du jazz. Cette fois, avec une toute nouvelle collection où il s’agit en 2 CDS à prix très raisonnables de retrouver pour le premier album, sur un thème donné, les standards à connaître et de découvrir dans le deuxième, comment des artistes actuels du catalogue du label ont exploré ce même thème. L’idée est excellente puisque, faisant d’une pierre deux coups, on redécouvre des pépites formidables, parfois oubliées, sauf pour ceux qui ont une vraie discothèque jazz et dans le même temps, comment aujourd’hui des artistes vivent l’évolution de cette musique. Car le jazz est la musique de l’instant, de ce qui advient.

A tout seigneur... la collection démarre avec le blues, ce style fondateur de la culture musicale noire américaine. Il irrigue toutes les musiques qui en sont issues et présente avec le jazz plus qu’un cousinage. Pour paraphraser ce qu’aurait dit Louis Armstrong sur le jazz, «Si vous avez besoin de demander ce que c’est, vous ne le saurez jamais ». Car le blues charpente la musique par sa structure, son feeling, son phrasé de façon inoubliable.

Le CD 1 est composé avec son érudition et sa pertinence habituelles par le Monsieur Jazz, Claude Carrière. Les thèmes choisis pour aider à définir, voire comprendre ce qu’est le blues vont du «Parker’s Mood» de Bird en 1948 au « Bessie’s Blues » de John Coltrane en quartet, en 1948...la quintessence. C’est toujours le bleu du blues qui coule dans les 3’40 de « Blue Monk », solo de 1959. La plupart des titres portent en eux même le mot de blues que ce soit « Aunt Hagar’s Blues » de W.C Handy, qui écrivit aussi le « Saint Louis Blues », interprété par l’ immense pianiste Art Tatum, en solo en 1949. Les plus grands jazzmen se sont adonnés au bonheur de jouer le blues, retrouvant leur essence dans cette musique, même s’ils l’ont transcendée par la suite. Côté vocal, si l’impératrice Bessie est évoquée, on entend un Armstrong toujours vigoureux dans « Back O’Town Blues », Dinah Washington, épigone de Billie Holiday dans « Down Home Blues» ( Billie est la grande absente de votre casting, Monsieur Carrière) et l’incontournable Ray Charles avec son orchestre, dans « In the Evening ( When The Sun Goes Down) », sur un arrangement de Benny Carter.

Le CD2, concocté par le chef de projet du label Cristal Fred Migeon démarre par le grand orchestre swinguant du Paris Jazz Big Band sur « Tony Blues », composition d’un des deux leaders, le trompettiste Nicolas Folmer. Ce CD a le grand avantage de faire connaître des artistes, trop absents aujourd’hui de la scène jazz hexagonale comme Pierre Alain Goualch dans « Voici Ma Main » sur l’album Duc de 2007. Si vous avez ensuite envie de réécouter ou de découvrir les envolées excitantes, très brass band, dans Triana Moods de Pentacle, la passionnante formation en quintet, de Sophia Domancich, écoutez son interprétation du « Creole Blues » de Duke Ellington.

La plupart des musiciens présents dans cette sélection, de Philippe Amizet à Antoine Hervier, sans oublier François Théberge, jettent tout dans la bataille avec une décomplexion totale qui va de pair avec une solide connaissance de l’histoire du jazz : le plus bel exemple, peut être, avec ce formidable « Mumble Blues » du Toxic Parasites du quintet de Sébastien Texier, vibrant et totalement hypnotique....

Alors, sans hésitation, procurez-vous très vite ce JAZZIN’ THE BLUES, excellent titre au demeurant d’une méthode d’apprentissage et de perfectionnement de la guitare jazz/ blues....Tout un programme !

NB : à suivre bientôt dans cette collection les numéros Africa Jazz et Jazz Ballads

Sophie Chambon

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 22:10
Laura Perrudin : «  Impressions »

Chromatic harp, vocals, percussions & electronics / programming by Laura Perrudin

Distribué par l'Autre Distribution

Laura Perrudin est une jeune femme de grand talent qui ne cesse de multiplier les récompenses . Jugez en plutôt : lauréat du tremplin national Jazz à Vannes 2013, prix de composition au Concours national de Jazz de la Défense 2013 à Paris, 2e prix de la Montreux Jazz Voice Competition 2014, prix d'aide à la professionnalisation au tremplin du festival Jazz à St-Germain-des-Prés 2014 à Paris. Excusez du peu.

Il faut dire que cette jeune harpiste a tout pour elle et en premier lieu le sens d’une écriture remarquable à laquelle elle allie la voix évanescente et la sensualité des chanteuses modernes. On pense à Joni Mitchell ou à Gretchen Parlato. Référence d’autant plus pertinente qu’elle avoue son penchant prononcé pour l’écriture de Wayne Shorter dont on sait proche la chanteuse américaine. Parfois même à Jeanne Added aussi. C’est qu'il y a, comme chez ces chanteuses la grâce et de la poésie des arrangements superbes qui lui permet de déambuler entre les harmonies et les dissonances qui frottent, avec l’agilité d’un chat passant de toit en toit. Comme si ce numéro d’équilibriste de l’harmonie lui était aussi naturel que pour nous, de marcher. Seule avec sa harpe chromatique électrique, Laura Perrudin explore les sonorités, semble se délecter à s’y perdre. S’y fait candide. Et c’est là que l’instrumentation se porte au service d'un discours d’une extrême richesse musicale et d’une très grande douceur.

Car Laura Perrudin qui a notamment travaillé avec la chanteuse Leila Martial a, comme sa jeune aînée ( mais en explorant d’auyres voix), le don de se créer un véritable univers dans une sorte de lévitation à peine perturbée par de délicates interférences dans le son qu’elle gère comme autant de petites incongruités sonores qu’elle crée et qui apparaissent comme par la magie d’une fée. Celle de brocéliande s’entrevoit dans l’imaginaire de cette jeune bretonne.

Nous sommes véritablement, comme il y a deux ans au Sunside, tombés sous le charme de Laura Perrudin.

Pas la peine de vous souvenir de son nom. Vous n’avez pas fini d’en entendre parler.

Jean-Marc Gelin

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