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7 août 2021 6 07 /08 /août /2021 21:11

Enrico Pieranunzi (piano), Thomas Fonnesbæk (contrebasse)

Copenhague, juillet 2020

Stunt Records STUCD20132 / UVM distribution

Me revient en mémoire ma première chronique d'un disque d'Enrico Pieranunzi, dans un magazine spécialisé : c'était vers 1985, «New Lands», en trio. Et j'avais alors (lourdement ? ) insisté sur la référence à l'univers de Bill Evans. Effectivement le pianiste italien voue un culte à Bill Evans, auquel il a consacré un formidable livre, traduit en français par Danièle Robert (Bill Evans, Portrait de l'artiste au piano, éd. Rouge profond, collection Birdland, 2014). Et il a souvent joué, et enregistré, avec Marc Johnson, ultime bassiste de Bill. Pourtant, pour l'avoir écouté dans des dizaines de ses disques, et sur scène, en solo, duo, trio.... j'ai souvent constaté qu'Enrico Pieranunzi avait son propre univers. Mais cette fois la référence est explicite : le choix de deux thèmes de son illustre prédécesseur, et de nombreuses allusions (non seulement dans les titres-Bill and Bach , qui évolue du phrasé jazz au contrepoint baroque mais aussi par le style, l'atmosphère, le phrasé, le choix des trames harmoniques), signent l'hommage. Et au détour d'une plage, on se rappelle qu'à la fin des années cinquante, Bill Evans était un admirateur de Lennie Tristano. Enrico Pieranunzi avait déjà publié un duo avec Thomas Fonnesbæk, enregistré en club en 2017 (et chroniqué ici). À la faveur de nouveaux concerts au Danemark ils sont entrés en studio pour enregistrer ce chant d'amour au Grand Bill. Le contrebassiste dialogue avec le pianiste, dans un esprit qui rappelle l'univers de référence, et tout cela est d'une grande beauté : on succombe, sans résistance aucune....

Xavier Prévost

 

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7 août 2021 6 07 /08 /août /2021 08:25

«On how many surprising things did not this single crime depend ?»

Jim Baker (piano, synthétiseur), Bernard Santacruz (contrebasse), Samuel Silvant (batterie)

Chicago, mai 2015

JUJU WORKS #3/2020

https://www.lesallumesdujazz.com/produit-on-how-many-surprising-things-did-not-this-single-crime-depend,3142.html#player1?catid=0&trackid=0

 

D'abord une rencontre, en 2002, au Festival Banlieues Bleues, avec Jim Baker qui jouait dans un autre groupe. Puis plusieurs concerts avec lui, dans divers lieux (Chicago, Arles....), et enfin, à la faveur du passage à Chicago de Bernard Santacruz et Samuel Silvant avec un autre groupe, dans le cadre de 'The Bridge', l'occasion d'enregistrer en trio en 2015. Bernard Santacruz joue la contrebasse de Malachi Favors, prêtée par le contrebassiste Harrison Bankhead.

Et cet enregistrement, enfin, voit le jour. Un titre d'album, et des intitulés de plages, qui fragmentent un passage de L'Esprit des lois de Montesquieu (livre XII, chapitre V, 'De certaines accusations qui ont particulièrement besoin de modération et de prudence' ).

En écoutant ce disque, je retrouve des sensations et des émotions ressenties, lorsque j'étais adolescent puis jeune adulte, à l'écoute des disques de Paul Bley, ceux de la période qui va du début des années 60 au milieu des années 70. Non que je cède à un passéisme bêlant, ni davantage à la nostalgie du vieil amateur qui se raccroche in extremis à ses passions de jeunesse. Simplement la sensation de percevoir un instant neuf, une bribe d'inédit, un souffle d'aventure. Trois pensées musicales en dialogue, en accord ou en tension, agissant sur la matière sonore qui sourd de leurs instruments, matière qui devient forme, idées qui s'incarnent dans la texture. La musique comme objet matériel sublimé par des mains habitées de pensées et d'émotions. L'enfance de l'Art, en quelque sorte.... Et, pour conclure, un superbe Solar (thème de Miles Davis), abordé directement par l'improvisation, libre mais idiomatique, pour finalement avouer l'exposé, qui sera laissé en suspens. Comme pour nous rappeler que le jazz, comme la mer du cimetière marin de Sète selon Paul Valéry, est toujours recommencé....

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube 

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6 août 2021 5 06 /08 /août /2021 08:12
TREMPLIN JAZZ D’AVIGNON 29ème édition, retour au cloître des Carmes

 

Tremplin  Jazz d'A vignon, 29ème édition, retour au cloître des Carmes.

 

Accueil | Avignon Jazz (tremplinjazzavignon.fr)

 

On n’y croyait plus, après une année blanche due à cette terrible pandémie, et une crise sérieuse au sein de l’association, cette reprise est providentielle. Cette manifestation sudiste si chaleureuse organisait chaque année un concours européen intercalé dans un festival de jazz, au début du mois d'août, hors des hordes théâtrales. C’est à ce moment que l’association du Tremplin Jazz propose dans le cadre exceptionnel du cloître des Carmes, concerts et tremplin européen. Moins prestigieux que la Cour d’Honneur, certes, ce lieu de concert en plein air est idéal pour sa jauge raisonnable et son acoustique servie par un sonorisateur et un éclairagiste à l’écoute du lieu et des musiciens.

Le Tremplin reprend donc sa belle aventure en 2021, sans le festival hélas, soutenu par l' équipe de bénévoles que l’on retrouve et que j'aimerais tous citer, des chauffeurs ( Dominique, Serge) aux photographes ( Claude, Marianne, Sylvie), du catering ( Cyrille...) toujours fidèles, en dépit des années, des inévitables et sérieux problèmes d’organisation, entourés de partenaires qui ne sont pas moins engagés à faire repartir la machine. Une générosité de l'accueil exemplaire, voilà l'une des composantes de marque de cette manifestation que soulignent tous les candidats, ravis de se retrouver dans la cité papale et de jouer dans de telles conditions.

A nouveau sur le pont, Michel Eymenier, l’un des membres fondateurs en 1992, avec Jean Paul Ricard, fondateur de l’Ajmi .... en 1978 et Alain Pasquier, le troisième homme, saxophoniste. 

Rappelons que six groupes européens entrent en lice pour avoir le privilège d’enregistrer un album au studio de La Buissonne de Gérard de Haro et de Nicolas Baillard. Cette année encore le Tremplin va jouer son rôle de révélateur de talents. Des propositions différentes, des univers musicaux qui s’exaltent avec les conditions du live, toujours exceptionnelles. Des groupes déjà professionnels, très matures, dont les recherches musicales  cohérentes répondent à une ligne assumée, souvent originale.

Programmation 2021 | Avignon Jazz (tremplinjazzavignon.fr)

 

Lundi 2 août, 20H30, Cloître des Carmes.

 

NOE CLERC TRIO ( France )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le jeune accordéoniste Noé Clerc, encore auréolé du prix d’instrumentiste à La Défense, en juin dernier, installe en cette heure bleue, alors que la nuit prend son temps pour tomber, dès les premières notes de sa composition “Arapkirbar”, cette atmosphère intimiste de Secret Place, le tout récent et premier cd de ce jeune trio (2018) sorti chez No Mad Music. Le trio travaille et raisonne couleurs, des couleurs de porcelaine qui vont s’intensifier avec l’entrée de la rythmique, Clément Daldosso et Elie Martin Charrière, jeune batteur bourguignon ( lire le portrait toujours sensible de Pascal Anquetil sur Tempo du Centre Régional du Jazz en Bourgogne )
https://tempowebzine.fr/elie-martin-charriere/ 

Si l’accordéoniste a été adoubé par Vincent Peirani, directeur artistique pour Secret places, c’est le saxophoniste Pierrick Pédron qui a reconnu le talent du batteur, l’engageant dans son dernier quartet; le batteur fait encore partie du deuxième volet, français de l’aventure Fifty Fifty, qui sort en octobre sur le label Gazebo.

On part dans les Balkans, avec ces musiques "trad" inspirées d’Arménie et de mer noire, de Bulgarie dès ces “Premières pluies” et “Faces of the river”. Les compositions de l’accordéoniste, travaillées de près, sont mélodiques, dépaysantes, d'une certaine continuité thématique, accrocheuses, entraînantes comme le sont les bonnes musiques de films : soufflantes harmonies, envolées de l'accordéon en cette année Piazzola, force sereine de la rythmique, ça fonctionne!

Le changement de plateau fournit une pause bienvenue pour échanger nos premières impressions : nous sommes tellement heureux de retrouver l’écrin du Cloître des Carmes, cette jauge parfaite sous la nuit qui remue tous ces souvenirs (de vingt années pour moi). Le Tremplin a bien commencé.

 

STRUCTUCTURE (ALLEMAGNE)

Non, ce n’est pas une coquille, mais le nom de scène de ce quartet allemand de l’école de Cologne qui va, une fois encore, montrer l’efficacité des jeunes musiciens d’outre-Rhin, champions d’un syncrétisme musical parfaitement maîtrisé!

Emmené par le contrebassiste Roger Kintopf, si la rythmique assure, posant un socle souple et flottant, l’étonnement admiratif qui va gagner l’ensemble du jury provient de la façon dont les deux saxophonistes se répartissent le jeu, en des interventions et des unissons impeccables qui n’en sont presque plus, tant ils font glisser, attrapent en vol et échangent leurs flux. Une telle osmose est exceptionnelle! Une musique riche d' influences parfaitement maîtrisées qui vont peut être voir du côté de Shepp années soixante, du Rova Saxophone quartet, d'Ellery Eskelin selon Franck Bergerot . Des interventions maîtrisées qui ne sont jamais gratuites, un interplay intelligent et poétique, une circulation parfaite pour une musique contemporaine. On décèle ce qui manquait aux Français précédents, une musique qui flotte élégamment, respire au sein d’une structure jamais rigide, une tension tout en souplesse de la rythmique . La concentration est absolue, les egos s’effacent derrière la recherche sonore.

Les compos sont remarquables, on retient le nom de la deuxième, pourtant peu porteur, “Parch Fathoms” ou “Damn morning coffee”. Et puis quelle aisance "pro" de  la part de ces jeunes instrumentistes pour présenter leur groupe : avec talent, le jeune altiste, danois d’origine, Asger Nissen s'interrompt sans arrêter pour autant la dernière composition, pour représenter la formation.

  (Marianne MAYEN)

On sait déjà qu’aucun de ces quatre musiciens ne peut avoir le prix du meilleur instrumentiste tant ils avancent ensemble, soudés pour faire vivre leur collectif. Un “nous” fédérateur, totalement complice qui ne rejette ni ne met personne en avant. On les suit sur leur chemin singulier d'une envoûtante légèreté, aux arrière-plans apaisés. Assurance, intelligence, inventivité, raffinement. Des épithètes laudateurs mais vérifiez sur Cd....

https://www.youtube.com/watch?v=bcRmNUu3rn0

 

MALSTROM (ALLEMAGNE)

On sait déjà que la suite va être difficile après l’éblouissement du deuxième groupe; et pourtant on n’est pas au bout de nos surprises quand déboule le troisième groupe, un triangle vite explosif dans la lignée des "power trio", avec un saxophoniste “multi tâches” selon l’expression d’un des membres du jury qui doit contrecarrer la puissance de feu d’un tout petit guitariste à l’allure aussi improbable que spectaculaire. S’il n’est pas la réincarnation du bassiste de Z.Z Top, il le rappelle furieusement, avec une gestuelle toute personnelle, parfois entravée par sa barbe . Pour le reste, il a une curieuse guitare baryton à 8 cordes et il en tire des sons aussi puissants que subtils! On pourrait presque dire que sa musique ne ressemble pas tout à fait à son allure. On peut entendre des effluves King Crimsoniennes mais ce serait réducteur que de le comparer à un guitar hero ou même à Zappa, qu’il m’avouera aimer infiniment. Cette rage de métal et de rock and roll n’exclut pas une exultation où le jazz tient son rôle ( le ténor, Florian Walter, très Zornien ).

Leur set est magnifiquement construit, une architecture complexe et singulière où malgré la longueur des compositions et la fin de la soirée, ils embarquent tout le monde, jury et public. Une énergie irrésistible où tout paraît brut, spontané, il ne faudrait pas s’y tromper, avec une déroutante et délicieuse rigueur! Cette génération veille sur la flamme. Quand je lui demanderai comment ils procèdent pour jouer une musique dont l'identité est si différente des propositions françaises par exemple, il me confiera que n'ayant pas un héritage musical à poursuivre, "il n’existe pas de jazz  véritablement allemand", historique s'entend, ils sont donc obligés de s’approprier cette musique, d'extraire leur jus à partir d'une sérieuse mâche des sources.

   (Marianne Mayen)

Pour la reprise du tremplin, soulignons la qualité exceptionnelle de la pré-sélection, un exercice toujours délicat particulièrement réussi; pour avoir testé l’ancienne formule qui consistait en une écoute unique, en aveugle, de tous les groupes, en une journée, le changement est radical: avec l’usage du cloud, les sélectionneurs ont tout loisir d’ écouter tranquillement ( près de 150 groupes ont fait leur demande) et de faire leur choix.

A la fin de la première soirée, les trois premiers groupes ont rempli toutes nos attentes. La partie sera serrée, mais ne préjugeons de rien.

 

Mardi 3 Août, 20h 30, Cloître des Carmes.

 

JOHANNA KLEIN QUARTET (ALLEMAGNE)

 

(Marianne Mayen)

Pour cette dernière soirée, le groupe emmené par la jeune saxophoniste a concocté un programme tout en douceur, véritable éloge de la lenteur. Rien ne presse semble t-il quand on s’éloigne des tendances furieusement mode. Le répertoire a de quoi charmer : un jazz de chambre délicat comme son interprète, nuancé : un phrasé élégant comme son timbre, une mise en place originale. Elle tient son groupe, aidé d’un batteur équilibriste qui assume au démarrage cet aspect déglingué, désarticulé. Jamais intrusive, la saxophoniste conduit avec une douceur extrême, voire une touche de mélancolie, une musique sensuelle, déroutante, énigmatique au début du moins, comme indécise. Rien de spectaculaire mais un sens certain, sinueux de la composition : on retient “Deimos”, “Phobos”. Puis la surprise est au rendez vous quand la cadence s’accélère et le trio guitare, batterie, contrebasse s’enflamme dans des échappées nettement plus free. Notre belle, imperturbable, veille au grain et le set s’achève, nous plongeant dans l’embarras. Le niveau n’a pas faibli!

 

GASPARD BARADEL QUARTET ( FRANCE )

( Marianne Mayen)

Le dernier groupe français de la sélection vient de Clermont-Ferrand et de nos régions au goût de terroir. N’ y voyez pas de chauvinisme exagéré mais on retrouve cette saveur dans des  mélodies recherchées, ne venant pas nécessairement du fond d’un cratère endormi ; plus classique peut être mais qu’importe, une musique assimilée ( une relecture de Cherokee, le tube de Ray Noble), de la conviction, un batteur volcanique Josselin Hazard qui se secoue avec une belle énergie, tirant sur le versant d’Elvin Jones. Le leader saxophoniste alto et soprano joue avec une intensité touchante. Vibrant et passionné.

 

PENTADOX TRIO (BELGIQUE )

 

Nos amis belges ferment le concours et cette place finale ne leur sera pas favorable. Ils ne font aucune concession à l’heure et à la fatigue qui gagne et jouent leur musique, cérébrale, lancinante mais fluide, celle d’un quartet résolument contemporain qui fait la part belle aux motifs répétés et aussi à l’improvisation. Ils sont parfaitement entraînés à allier maîtrise et lâcher prise. Un équilibre délicat pour une musique osée, inventive qui suit quelque système à la Tim Berne. Une rêverie inspirée, étirée qui aurait gagnée à être plus courte cependant, s'arrêtant à la première suite. Mais ils cultivent l'étrange, comme dans ce jeu de mot bizarre du titre entre Panda tox(ique) et Penta(tonique) (para) dox. Surréelle toujours, la "Belgian touch". Sans jamais déplaire, la musique du quartet belge peine pourtant à captiver sur la longueur, en dépit de la finesse de ses tuilages.

 

 

Il est tard quand le jury "historique" se retire mais la délibération ne sera ni longue ni houleuse: un accord parfait, amical pour sceller des retrouvailles très attendues. Trois prix qui récompenseront les trois groupes allemands. Le prix du public, amplement mérité, ira au groupe arverne qui sauve l’honneur.

Les partenaires ont joué le jeu et permettent d’offrir à ces jeunes un encouragement à la hauteur de leur talent et leur engagement!

PALMARES de la 29 ème édition :

Prix de la meilleure composition RENAULT AVIGNON  JOHANNA KLEIN (ALLEMAGNE)

Prix du meilleur instrumentiste  HOTEL DE L'HORLOGE  AXEL JAZAC ( ALLEMAGNE)

Prix du Public  CHAPOUTIER   GASPARD BARADEL TRIO (FRANCE )

GRAND PRIX DU JURY  STUDIO LA BUISSONNE ( STRUCTUCTURE) (ALLEMAGNE)

C’est ce que l’on aime dans ce tremplin unique, atypique, qu’il tente de donner leur chance à des musiciens qui débutent, en pariant sur la découverte de jeunes qui suivent des sentiers moins balisés sans oublier pour autant d’où ils viennent.

On attend maintenant de pied ferme la 30ème édition anniversaire, avec le retour du festival poursuivant cette aventure musicale. ALL THAT JAZZ!

 

Sophie Chambon

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30 juillet 2021 5 30 /07 /juillet /2021 08:03

A la veille de ses 90 ans (le 6 août) Jean-Louis Chautemps a ouvert son livre de souvenirs. Dans une longue et riche interview à Matthieu Jaffré accordée le 7 avril dernier en son appartement de Montparnasse, et disponible sur Youtube, (Jazz Archive*) le saxophoniste parisien passe en revue une grande partie de sa carrière.

 

(27 janvier 2020, Pan Piper, remise des prix de l’Académie du Jazz, Palmarès 2019).


Tout au long de ces 75 minutes de confidences, le lauréat 1965 du prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz évoque pêle-mêle ses déboires d’écolier (renvoyé du lycée Buffon, de l’Ecole Alsacienne), ses jeunes années avec son grand-père, Jules Rais, écrivain-éditeur, bibliothécaire en chef de la Chambre des Députés qui mourut à Auschwitz en 1943, son épouse, Ludmila Savitsky (1881-1957) née en Russie et traductrice de Joyce et Isherwood (Adieu à Berlin), ou encore leur fille Nicole Védrès, écrivaine (1911-1965) et réalisatrice en 1950 d’un film-documentaire La vie commence demain, où figurent Picasso, Gide, Le Corbusier, Prévert…Il aurait pu aussi bien parler de sa famille paternelle (un père médecin, des oncles, Emile et Camille, ministres de la III ème République).


Mais bien sûr l’essentiel de son « retour sur images » concerne le jazz. Jean-Louis Chautemps précise comment il apprit à « jouer en mesure » lors d’une saison estivale de deux mois en 1950 au casino de la station balnéaire de Veules-les-Roses (aujourd’hui en Seine Maritime) où il était sur scène -aux côtés du trompettiste Jean Liesse- en après-midi et en soirée sur un répertoire de danse des plus variés.

 


Rompu aux règles du métier, le saxophoniste ténor est bientôt embauché par Claude Bolling… pour jouer du baryton. Le voilà lancé comme musicien professionnel. Les engagements (« les affaires » dans le langage de l’époque) se multiplient dans les studios (du jazz, de la variété où il côtoie des musiciens « de haut niveau ») les clubs. « Le chômage n’existe pas » pour le saxophoniste (ténor, soprano, baryton) qui pratique aussi clarinette flûte et trompette, et entreprend des études d’harmonie. C’est une époque bénie où Jean-Louis Chautemps enregistre avec Django Reinhardt en compagnie d’un jeune Martial Solal dont avoue-t-il en riant « j’avais du mal à comprendre ce qu’il faisait », part en tournée avec un « charmant » Chet Baker, ou encore rejoint le Big Band très européen de Kurt Edelhagen à la radio de Cologne (la WDR).

 

Changement de rythme avec l’arrivée du free jazz, souligne-t-il, de nombreux jazzmen « devenant professeurs ». Lui-même va enseigner dans ce Quartier Latin qu’il n’a guère quitté depuis son enfance, à l’Ecole Alsacienne (un retour par la grande porte) et même à la Sorbonne tout en continuant de se produire sur scène jusqu’au milieu des années 2010 dans le jazz (Quatuor de saxophones) et la musique contemporaine (L’ensemble Intercontemporain).

 

(22 janvier 2017, Pan Piper, remise des prix de l’Académie du Jazz, Palmarès 2016).


Quels enseignements tire-t-il aujourd’hui de ces 70 ans de musique, interprète et compositeur ? Jean-Louis Chautemps se refuse à toute conclusion, évoquant plutôt un projet en cours sur Nietzsche et révélant seulement -sourire aux lèvres- le secret de son jeu au saxophone : « petite bouche, grande gorge ».

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

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*La vie commence demain. Entretien de Matthieu Jaffré avec Jean-Louis Chautemps. Jazz Archive. Avril 2021 :  La vie commence demain
 

©photo JLL.

 

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28 juillet 2021 3 28 /07 /juillet /2021 11:47

Le chroniqueur à Couches ©JACLaureVILLAIN

Plein Sud (pour le Nordiste que je suis) ça commence en Bourgogne, au festival Jazz à Couches, renaissant comme beaucoup après une année blanche (ou plutôt une année noire, sans festival).

Le 7 juillet, l'Orchestre de Jeunes de l'O.N.J., sous la direction conjointe de Jean-Charles Richard et Franck Tortiller, (re)joue le répertoire composé/arrangé par le second durant son mandat à la tête de l'Orchestre National de Jazz (2005-2008).

Belle aventure dont on avait eu la primeur en janvier avec une vidéo confinée (plaisir d'époque, lien ici). Des jeunes musicien.ne.s de France, et d'ailleurs en Europe, très investi.e.s, et belle brochette de solistes (ici je fais l'économie de l'écriture inclusive....). Le prochain O.N.J. des Jeunes sera, en 2022, dirigé par Denis Badault, avec le répertoire qu'il avait composé durant son mandat à la tête de l'O.N.J. (1991-1994)

 

Une halte à Jazz à Sète, le 13 juillet, pour la journée Jazz Marathon, avec concerts gratuits dans toute la ville, de 8h30 à 22h30, un prélude en attendant deux jours plus tard les grands concerts du Théâtre de la Mer. Beau moment de musique avec le Naïma Quartet de la contrebassiste-chanteuse Naïma Girou, devant le bar-restaurant The Rio, Quai Léopold Suquet, malgré le vent ; les rafales dissuasives n'ont altéré ni la passion des artistes ni l'écoute du public.

 

L'Amphithéâtre du Domaine d'O en 2019

Et le 'gros morceau', pour moi qui ai radiophoniquement produit et présenté ces concerts publics durant 29 ans (favoritisme que, j'espère, vous me pardonnerez....), ce furent les concerts de jazz du festival Radio France Occitanie Montpellier dans l'Amphithéâtre du Domaine d'O : 11 soirées (du 14 au 24 juillet), programmées par Pascal Rozat, que je ne détaillerai pas mais dont je retiendrai (luxe subjectif du chroniqueur bénévole), dans des registres très différents :

-l'Umlaut Big Band

©David Abécassis

Diffusion sur France Musique le jeudi 26 août à 23h dans l'émission 'Jazz Été'

 

-le quartette «Dichotomie's» de Daniel Zimmermann

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-ete/direct-jazz-montpellier-daniel-zimmermann-dichotomie-s-96765

 

-le trio de Yonathan Avishai

©David Abécassis

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-ete/direct-jazz-montpellier-yonathan-avishai-trio-96907

 

-le quartette du guitariste Hugo Lippi

©David Abécassis

Diffusion sur France Musique le mardi 24 août à 23h dans l'émission 'Jazz Été'

 

-et la Fanfare XP de Magic Malik

© Luc Jennepin

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-ete/jazz-montpellier-magik-malik-fanfare-xp-97102

 

Ces concerts ont été diffusés en direct, ou seront accessibles en différé, sur France Musique au cours de l'été. Les liens ou infos figurent à chaque fois ci-dessus

 

Et chaque début de soirée (sauf le week-end), à 20h, quelque 200 mètres en contrebas, à l'ombre des micocouliers, des groupes de la région (avec des artistes qui pour certains ont une carrière nationale et au-delà). Beaucoup de belles musiques, dont je retiendrai, tout aussi subjectivement :

-le groupe vocal Celestial Q-Tips (Hervé Aknin, Sylvain Bellegarde, Émilienne Chouadossi, Kevin Norwood....)

©David Abécassis

 

-le trio FUR de la clarinettiste Hélène Duret

 

-et le trio Marlboro Bled (Fred Gastard, Bruno Ducret....)

 

Et le 21 juillet j'ai déserté pour une soirée Montpellier, et je suis allé vers Jazz à Junas afin d'écouter, dans le magnifique décor naturel des anciennes carrières, le Collectif La Boutique, dirigé par Fabrice Martinez, avec en invité Vincent Peirani : grand moment de musique.

Quatre heures plus tôt j'écoutais sur la place du village le groupe 'Identités' du saxophoniste Gaël Horellou

 

Juillet fut fécond mais l'été n'est pas terminé : peut-être encore quelques escapades....

Xavier Prévost

 

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16 juillet 2021 5 16 /07 /juillet /2021 18:08

Éric Plandé (saxophones ténor & soprano), Hasse Poulsen (guitare, mandoline, effets), Claude Tchamitchian (contrebasse)

Guyancourt (Yvelines), 6 & 7 février 2019

Leo Records CD LR 917 / Orkhêstra

 

Une rencontre entre trois francs-tireurs, adeptes de l'impro sans filet (3 plages), des compositions empreintes de liberté (cinq du saxophoniste, une du guitariste et une du contrebassiste), et pour compléter (la clé inspiratrice ?) un thème de Paul Motian, merveille de déambulation mélancolique (Folk Song for Rosie, gravé en 1979 par le batteur avec Jean-François Jenny-Clark et Charles Brackeen). Entre langage du jazz contemporain (mais relié à l'histoire), tentation sérielle et affirmation d'une absolue liberté, comme une leçon de choses sur l'état du jazz d'aujourd'hui, sans fards ni œillères, mais pas sans mémoire. Ce n'est pas l'un de ces disques d'impro totale avec pour seule consigne «rendez-vous à la coda» (excusez la caricature !) mais une œuvre collective et libre, conçue comme une forme d'ensemble intégrant les improvisations et les compositions. Hyper expressivité du saxophoniste, rondeur, grondements telluriques et finesse revendiquée du contrebassiste, et mobilité inspirée du guitariste-mandoliniste dans tous les univers : tout cela a conquis (voire comblé) l'auditeur que je suis. Merci les gars !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube 

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16 juillet 2021 5 16 /07 /juillet /2021 08:36

Quand Barney Wilen disparut le 25 mai 1996, le quotidien Libération lui consacra sa « une » sous le titre « La dernière note » illustrée d’un dessin issu de la BD de Loustal et Paringaux « Barney et la Note Bleue ».  Judicieux choix.


Publiée en 1986 chez Casterman, la bande dessinée marqua le retour sous les projecteurs d’un artiste déjà mythique, musicien prodige, partenaire de Miles Davis dans la bande originale d’Ascenseur pour l’échafaud, compositeur de musiques de films noirs, féru de free jazz, parti explorer l’Afrique...

 


Ce come-back tient pour beaucoup au hasard. Le jazzman de 49 ans découvre dans un kiosque de presse une BD dont il est le héros malgré lui. Dans cet épisode, publié par le mensuel "A Suivre" des éditions Casterman, l’auteur fait décéder le saxophoniste. Interloqué, Barney entend prouver son existence, et pour ce faire il utilise une méthode pour le moins originale : avec ses comparses, Philippe Petit (guitare) et Yves Torchinsky (contrebasse), l’artiste vient jouer sous les fenêtres du magazine de Philippe Paringaux, aux Champs-Elysées.
L’aubade improvisée – et captée au magnétophone (un TCD5M métal Sony Dolby avec un couple de micros électret) par un producteur de radio ami mis au parfum (Xavier Prévost) ne reste pas sans écho. Le contact établi entre le scénariste et son héros bien vivant va donner naissance à deux « bébés », un éditorial (la BD avec le dessinateur Jacques de Loustal) et un phonographique (un disque).

 

 

Enregistré en novembre et décembre 1986, « La Note Bleue » reçoit un accueil enthousiaste – plus de 60.000 ventes, le meilleur score du label indépendant IDA Records – et va décrocher en 1987 le Grand Prix international du disque de jazz de l’Académie Charles Cros. Barney Wilen a réuni pour l’occasion, outre le guitariste Philippe Petit, son complice depuis 1984, le pianiste Alain Jean-Marie, le bassiste Riccardo del Fra et le batteur Sangoma Everett. « C’est un disque destiné à être écouté en même temps, comme un clin d’œil, une référence, à l’époque, à la B.D » confiait-il alors à Libération.

Sur un répertoire connu de ses fidèles admirateurs (No Problem, Round about Midnight), des compositions personnelles (dont Portrait de l’artiste avec saxophone) et l’un de ses thèmes préférés, (Bésame Mucho), le saxophoniste (ténor, soprano) exprime un lyrisme propre à séduire un public bien au-delà des fans de jazz.

 

 

Un jazzman culte au Japon

 

 

Barney  est bien revenu. Six mois plus tard, en juin 1987, Philippe Vincent, le producteur de « La Note Bleue », rassemble en studio le saxophoniste avec un trio (Michel Graillier au piano avec la même rythmique Del Fra - Everett). Cette fois, la culture française est à l’honneur comme l’indique le titre de l’album (« French Ballads » - IDA Records), avec des oeuvres de Trenet (L’âme des poètes), Prévert-Kosma (Les feuilles mortes), Salvador (Syracuse), Louiguy-Piaf (La vie en rose), Michel Legrand (Un été 42, Les Moulins de mon cœur, What are you doing the rest of your life) … Un répertoire qui assurera à Barney une formidable cote d’amour, notamment au Japon où le musicien fait l’objet d’un culte toujours vivace aujourd’hui.

 

« La Note Bleue » aura donc joué un rôle crucial dans la carrière du saxophoniste (1937-1996) né à Nice d’un père américain et d’une mère provençale. Cette double aventure ‑ éditoriale et discographique – va pouvoir bénéficier d’un nouveau public, et notamment anglo-saxon, avec la sortie par le label espagnol Elemental lors du Disquaire Day le 17 juillet prochain (la manifestation se tient cette année sur deux dates, le 12 juin et le 17 juillet), d’un coffret de luxe en édition limitée (2000 exemplaires numérotés).

Sont ainsi proposés la version originale du disque remastérisé avec un titre inédit (All Blues de Miles Davis) dans un vinyle de 180 grammes, un livret de 40 pages (français et anglais) avec témoignages (musiciens, journalistes…), photos de Guy Le Querrec lors de la séance, la BD éditée en anglais et un CD inédit d’un concert de 1989 enregistré au Petit Opportun pour l’émission Jazz Club, produite par Claude Carrière et Jean Delmas et diffusée sur France Musique le 27 septembre 1989 (avec Jacky Terrasson (piano), Gilles Naturel (contrebasse) et Peter Gritz (batterie).

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

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*Barney Wilen. La Note Bleue. Coffret Elemental Music-INA-Casterman. Sortie le 17 juillet.
Présentation sur le site www.elemental-music.com
L'édition CD reprenant l’album « La Note Bleue » et l’enregistrement au Petit Opportun y compris les commentaires de Claude Carrière en direct sortira le 3 septembre 2021.

 

 

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12 juillet 2021 1 12 /07 /juillet /2021 23:04

Fanny Ménégoz (flûtes traversières, composition), Rafaël Koerner (batterie, percussions, composition)

Ludwigsburg (Allemagne), 16-17 décembre 2020 & Bagnolet, 6 octobre 2018

Neuklang NCD 4237 / BigWax

 

Plus qu'une entreprise singulière, une véritable quête de la singularité. Deux instruments que l'on pourrait présupposer antagonistes, et deux instrumentistes qui ont choisi de tracer une route commune : connivence, interaction, communauté d'inspiration et de langage, et partage d'un même goût de la liberté. Une liberté qui ne renie aucune source, et n'écarte nul horizon. Magie du son, des timbres (Philipp Heck, le sorcier du Bauer Studio), précision de chaque instant, précision infiniment vivante, faite de sensualité expressive pour l'un et l'autre instruments. Des compositions de l'une et de l'autre, et aussi un emprunt au répertoire de Benoît Delbecq, avec de toutes parts ce goût de faire vibrer la matière sonore avec le concours de la pensée. Comme une sorte de collaboration exemplaire entre forme et matière. Du Grand Art, en somme. Réussite absolue.

Xavier Prévost

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Le duo est en tournée : le 13 juillet au Planet (Savoie), le 15 à Saint-André-de-Saint-Gonis (Hérault), le 18 à Monoblet (Gard), le 20 à Greffeil (Aude), le 23 à Estagel (Pyrénées-Orientales) & le 25 à Toulouse

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Un avant-ouïr sur Youtube

 

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10 juillet 2021 6 10 /07 /juillet /2021 21:27

Claire Vaillant (voix), Pierre Drevet (bugle, trompette), Francis Larue (guitare), Étienne Kermac (guitare basse), Fabien Rodriguez (batterie, percussions)

Invités sur une plage : Johan Véron & Martial Boudrant (violons), Estelle Gourinchas (alto), Thomas Ravez (violoncelle)

Renaison (Loire), octobre 2020

Lilananda / Inouïe distribution

 

Sauf erreur, le troisième disque de ce quintette, et l'occasion aussi de rappeler le très beau travail du trompettiste-arrangeur et de la chanteuse avec le Brussels Jazz Orchestra (chronique ici). À l'origine le groupe était très orienté vers la musique brésilienne (il l'est encore en partie, cf. la plage 4 qui reprend Tom Jobim). Mais l'essentiel est ailleurs : dans cette sophistication qui rappelle l'aventure musicale de Kenny Wheeler & Norma Winstone, le goût des phrases chromatiques qui s'envole vers l'inconnu et le risque, la chaleur des timbres, l'émotion qui tend à prévaloir dans l'expression. On est aussi dans cette clarté sonore qui s'épanouissait au cours des années-fusion (les années 70), mais avec un supplément d'âme : la présence presque charnelle des solistes, et le sens du dialogue entre la voix et les instruments plus que le goût de la performance. L'occasion pour moi de redire mon admiration pour Pierre Drevet, pour l'instrumentiste-improvisateur, pour le compositeur-arrangeur. Et aussi pour souligner encore le talent de Claire Vaillant, qui sait à merveille jongler avec les unissons les plus périlleux sans jamais céder un pouce de terrain en termes de musicalité et d'intensité expressive. Et qui sait aussi s'envoler dans la haute atmosphère de l'improvisation. Bref c'est un vraie réussite, dans un registre qui serait celui d'une fusion qui n'aurait pas oublié ce qu'elle doit à l'esprit du jazz.

Xavier Prévost 

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5 juillet 2021 1 05 /07 /juillet /2021 16:49
SIMON MOULLIER TRIO  COUNTDOWN

SIMON MOULLIER TRIO

COUNTDOWN

Welcome — Simon Moullier

 

www.freshsoundrecords.com

Simon Moullier - Countdown (Teaser 1) - YouTube

 

Aux commandes de son trio, avec le bassiste Luca Alemanno et le batteur Jongkuk Kim, qui constituent la rythmique de son dernier Spirit Song, le vibraphoniste Simon Moullier sort chez Fresh Sound New Talent son deuxième album Countdown, du nom de la composition de Coltrane de 1961 qui ouvre d’ailleurs l’album. Ce qui place tout de suite la barre très haut mais ces percutants du jazz s’en donnent à coeur joie!

Ce Spirit Song, nous l’avions trouvé prometteur, Simon Moullier continue sur cette lancée et ne nous décevra pas. Il a choisi cette fois des standards qu’il s’approprie dans des reprises très personnelles. Un répertoire canonique de dix mélodies inspirées comme ce “Work” de Thelonius Monk où le vibraphoniste dévoile toute sa science des percussions africaines. Il révèle ainsi tout un arrière-pays attachant et impose sa manière enjouée et rebondissante. S’inscrivant dans la lignée de prédécesseurs illustres, Lionel Hampton, Milt Jackson, Bobby Hutcherson, Gary Burton qui firent avancer l’histoire de l’instrument, il assumerait plutôt leur héritage, sans s’en cacher, mais en apportant sa touche personnelle, à la recherche d’ un son propre; tout en écoutant d’autres instrumentistes et des chanteurs comme Nat King Cole et Billie Holiday. Ce qui a son importance, puisqu’il cherche à tordre les notes avec son instrument pour obtenir une qualité plus vocale dans son phrasé.

La musique garde toute sa cohérence, car elle avance dans une seule direction, de par l’authentique travail de placement et de répartition des rôles dans un trio complice, maîtrisant l’harmonique et le mélodique. Un montage réussi varie les atmosphères des morceaux et des tempos, les pièces groovent intelligemment. Ils ont trouvé le bon feeling dans des orchestrations réussies, sensibles aux fréquences de chaque instrument et à leur place dans le groupe, à la clarté de chaque mélodie et structure.

C’est réussi, l’ensemble a une fraîcheur de ton, une belle énergie rythmique, de sérieuses qualités techniques. Le résultat de ce savoir-faire maillochique est tournoyant dans une version chaloupée et renouvellée de la belle mélodie d’ Eden Ahbez “Nature Boy”. Un vertigineux “Hot House” est lancé à un train d’enfer qui ne dépare pas l’original endiablé de Tadd Dameron. Les bonnes vibrations d’un trio qui s‘est jeté en plein Covid, dans l’enregistrement du CD, en mai 2020 au Sears de New York, nous emmènent sans jamais nous perdre: solaire comme il se doit sur le “Beijo Partido” de Milton Nascimento, d’une musicalité saisissante dans ce “Turn out the stars” qui fait oublier la mélancolie Evansienne.

Dirigé avec rigueur, subtilité et une grande science des équilibres, le trio fait avancer son équipage jusqu’au doux final dansant de Monk “Ask me now”.

Voilà un espace sonore du vibra tout à fait enchanteur, un nouvel opus élégant qui s’écoute sans modération.

 

Sophie Chambon


 

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