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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 15:04

Capture-d-ecran-2014-05-10-14.23.59.png

 

Je me doute que plus d'un d'entre vous se demande: "hmmm cafe OTO, qu'est ce donc?"

Qui plus est, où se situe ce café qui accueille Drake et Parker - aka la paire télépathique de la musique improvisée - en son antre !!

Pour lever le doute, ce n'est pas un nouveau lieu parisien ni le dernier club en vogue à Poulben en Morbihan. Le Cafe OTO se situe à Dalston dans le greater London à l'est de Camden (station Dalson Kingland de l'overground londonien). Tenu par un couple de japonais, il ressemble à plus d'un titre aux Instants Chavirés de Montreuil dans le 93 (dites "neuf-trois"). Déjà la programmation est "similaire": musiques libres et improvisées, free, en tout cas décalées (Eugène Chadbourne s'y est présenté il y a 15 jours avant son passage aux Instants fin avril).

Comme aux Instants, l'endroit a la particularité d'accueillir son public avec des tarifs bas (10£). Enfin, il semble profiter de l'aide de bénévoles ou apparentés et afficionados pour fonctionner dans l'interactif et convivial. Ce qui différencie le cafe OTO est que la salle est plus grande que celle des Instants et la bière au bar bien moins variée!

Ceci étant dit, le concert que je suis allé voir ce 7 mai a attiré beaucoup de monde. En France, on ne s'en étonnerait pas. En revanche, à Londres ville de choix pour la musique progressive, Drake et Parker sont assez mal connus - disons, moins bien qu'à Paris - mais suffisemment pour faire salle comble.

La paire Drake/Parker était accompagnée par le jeune saxophoniste américain John DIKEMAN qui réside à Amsterdam. Autant le dire tout de suite, j'ai trouvé ce soufflant au style rudimentaire et brut assez peu convaincant: fort criard, dans la veine du vénéré Ayler mais sans étincelle à mon goût mis à part un tremolo émouvant sur le dernier morceau du deuxième set. Mais il est assez compréhensible que le jeune homme est peiné à trouver les clés pour entrer dans la tête de la paire rythmique tellement Drake et Parker se côtoient msur scène depuis des décennies. Rendons grâce.

En revanche, la paire Drake/Parker a une fois de plus fait vibrer la salle déjà bien achalandée en fans ou amateurs avertis. Dikeman est plus accompagnateur que leader dans le trio. Pris dans son mouvement d'énergie, il passe à côté du dialogue de Drake et Parker. 

Côté amusant dans ce contexte, la paire Drake/Parker a usé de "trucs" pour accrocher et "plaire" à un public anglais qui ne les connait pas forcément: petite discussion rythmique à deux, groove lancé par Parker largement bonnifié par Drake... histoirede faire danser la tête plutôt que les jambes. Deux sets et trois morceaux: le premier dans la veine free improvisé sur le premier set d'une durée de 50 mn. Le deuxième set commence par un duo Drake (frame drum) / Parker (flute exotique) accompagné par Dikeman qui a su ranger son énergie et délicatement accompagné le duo. Pour le coup, ses interventions étaient de bonne augure. Le dernier morceau est, semble-t-il, "Ghosts" d'Ayler: Dikeman a pris son pied, nous aussi.

Le prochain concert au cafe OTO est Louis Moholo Moholo, le batteur sud-africain qui réside en Angleterre. Maybe, we wil catch him there.

See you

JG

 

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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 08:30

Denis Colin (clb, cl,vc, arrgts), Ornette (vc, clv), Diane Sorel (choeurs), Antoine Berjeaut (tp, flgh), Julien Omé (g, choeurs),
Théo Girard (cb), François Merville (dms)


 


 


 


Le clarinettiste Denis Colin avait déjà présenté sur scène cet hommage à Nino Agostino Arthuro Maria Ferrari ( Nino Ferrer). Pour
ceux qui n'avaient pas eu la chance de le voir sur scène on attendait avec impatience cette version studio qui nous arrive aujourd'hui.


 


Le pari de cet hommage rendu par un jazzman à un chanteur des années yé-yé est totalement emballant ! convaincant !
enthousiasmant !


 


Denis Colin ne se prend pas la tête à aller chercher un matériau-prétexte pour composer écrire ou arranger. Pas du tout. Car ici
c'est un vrai hommage, une vraie déclaration d'amour au chanteur des années 60 qui habite Denis Colin depuis longtemps ( le père de Denis Colin et cleui de Nino Ferrer étaient copains ! ). Au
contraire, le clarinettiste aime la chanson et n'a de cesse que de la mettre en valeur en restant au plus près des mélodies d'origine et en chantant lui-même (quelle voix !) ou en invitant
Ornette non, pas Coleman ( faut pas charier quand même) mais une magnifique chanteuse que l'on découvre ici avec ravissement ( euh, son vrai nom c'est Betinna Kee et moi je peux vous dire je suis
totalement tombé sous son charme).


Tout y est ! Tout de ce qui fait l'univers de Nino Ferrer est là  mais différemment. Il n'est bien sûr pas
question d'imiter la voix de Nino avec sa gouaille et sa veine nerveuse. Mais, n'empêche tout y est. C'est drôle, c'est décalé, c'est émouvant, ça vous réveille les textes de Nino et sa poésie
admirable ( la Désabusion). Les arrangements sont terribles à l'image de The Gardenou de Metronomie. La voix douce d'Ornette donne une version totalement contrastée par rapport
à l'original. Mais il faut bien avouer qu'une imitation n'aurait été qu'une pale copie. Ici l'univers de Denis Colin est foisonnant et prend beaucoup de formes différentes : rock (sublime
Moby dick), Jazz ou blues ou encore même, et pourquoi pas un tantinet yé-yé comme sur ces Cornichons qui sonne comme un orchestre de l'époque. Ca joue à très haut niveau à l'instar d'un remarquable Antoine Berjeault ( on en a parlé à l'occasion de la sortie
de son album, Wasteland). Ou encore Denis Colin, maître de la clarinette basse qu'il marie à tous les climats musicaux dont l'association avec un Julien Omé sombre et rock à la guitare fait
merveille.


 


J'ai refermé cet album et j'ai ri, j'ai dansé, j'ai pleuré sur cette superbe version de la Rua
Madureira.


J'ai aussi eu une furieuse envie de redécouvrir l'Univers Nino.


Avec les magnifiques flottements capiteux de la clarinette de Denis Colin en tête.


 


A découvrir absolument !


 


Jean-Marc Gelin


 


 





 


 


 


en concert


le 3 juin à Paris - Studio de l'Ermitage


le 22 juillet à Rosporden (29) - Festival Global art


le 24 juillet aux Sables d'Olonne ( 85)


le 13 novembre à Epernay - Le Salmanzanar
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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 21:22

 

Fresh Sound New talent 2014

Antoine Berjeaut (tp, flgh, fx), Mike Ladd (vc), Jozef Dumoulin (kybd, fx, p), Stephane Kerecki (cb), Fabrice Moreau (dms), Julien Lourau (ts)

 

 antoine-berjeaut-wasteland.jpg

 

Le jeune trompettiste Antoine Berjeaut qui signe son album chez Fresh Sound New talent a réussi son pari : créer une véritable atmosphère originale, charnelle, faite de groove et de textes poétiques et rudes signés de Mike Ladd.

Wasteland est un album sans concession, qui coupe dans le vif et porte avec profondeur des textes et des musiques à la modernité "urbaine". On suit avec attention les longs méandres du trompettiste, tout à l'honneur dans cet album où il fait office de point central d'attention, de véritable pivot. Il y a chez Berjeaut une façon de jouer de manière très apaisée, de tapisser l'espace musical. Totalement dédié à sa musique et sans le moindre souci de mise en valeur égocentrique, Antoine Berjeaut nous projette dans des climats multiples qu'il crée en jouant sur une gamme extrêmement large et variée de son instrument, s'appuyant ici sur des tramages sonores électriques et brumeux, là sur le son de Julien Lourau au ténor, ailleurs sur des volutes du clavier de Dumoulin ou enfin sur les textes de Mike Ladd qui, en parlé chanté nous ouvre sur un monde dur, violent et tourmenté. Les arrangements et l'écriture de cet ensemble sont intéressants, expressifs et presque cinématographiques.

La pulse est toujours présente, sous-jacente, prégnante comme une sorte de cœur battant (Balcony). Et l'ensemble fonctionne bien et accompagne une sorte d'imagerie subconsciente faite de projections imaginaires.

Il est facile de se perdre dans cet univers à la sensualité brumeuse et de faire l’experience de cette plongée en Wasteland. 

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 


Ps : nous aurons très bientôt l’occasion de vous parler d’Antoine Berjeaut à l’occasion de la sortie du merveilleux disque de Denis Colin consacré à la musique de Nino Ferer.

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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 22:16

Jean Claverie

Folio Cadet - Gallimard Jeunesse

64 p

little-lou.jpg

 

 

Retour de Little Lou, petit enfant noir du Mississipi dans les années 20, surdoué du piano né sous la plume et l'imagination de Jean Claverie et dont les jeunes avaient pu suivre la première partie de l'histoire parue en 1994 chez Gallimard Jeunesse.

 

Né en 1946 en Bourgogne, l'auteur Jean Claverie a deux passions : les livres pour enfants et le blues qu'il découvrit un jour par le biais de Memphis Slim.

 

Little Lou revient donc dans la collection Folio cadet ( 1ères lectures) pour une nouvelle aventure où il est question de road story, de voyage dans le Sud à la recherche de son oncle Sonny, guitariste mourant avec qui le gamin rêve de pouvoir jouer une dernière fois.

 

Jean Claverie dessine et raconte avec une simplicité émouvante l'histoire de ce petit gosse prêt à braver un cyclone et le KKK pour aller retrouver son oncle, comme si sa propre vie en dépendait.

 

 

Cette histoire de blues, cette histoire de moiteur du sud, cette histoire du racisme du Sud, cette histoire de transmission des secrets de cette musique entre Little Lou et son oncle est une plongée très simple et très poétique à la fois dans le monde noir du Delta.

 

Le récit est très attachant et très sensible et peut se lire à tout âge.

 

De préférence avec un bon blues de Mister Slim pour initier aussi les jeunes au blues.


 

 

 


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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 19:22

Label 10H10 by Cristal records/ Distributeur Sony

 

Sortie  le 5 mai 2014

www.jmbernard.net 

Illustrations by Michel Gondry et Charlotte Arene 

 

jazz-for-dogs.jpg


C’est en écoutant le 27 mars dernier Cinémasong de Thierry Jousse sur le festival international du film d’Aubagne et la musique de Jean Michel Bernard que surgit l’envie d’en savoir plus sur Jazz for Dogs, album au titre étrange, qui n’est pas seulement du jazz ni de la musique de film, malgré des allusions très fortes à ces deux univers.

 http://www.aubagne-filmfest.fr/fifa2014/fr/evenement-fr/concerts/jazz-for-dog)

Voilà  en effet, un objet sonore des plus insolites, une œuvre discographique pour les chiens.  Le disque est  vraiment conçu du point de vue de l’animal, « concept saugrenu et un peu barré » comme l’écrit Stéphane Lerouge dans ses excellentes notes de pochette très complètes sur la genèse de l’album et du projet.

Fanny Ardent prête sa voix en introduction, en récitant son propre texte sur du duduk, une flûte arménienne particulièrement expressive : ainsi avec «Lettre à ma maîtresse» démarre une incursion dans un nouveau monde, une quatrième dimension : du jazz cinématographique pour les maîtres et leurs chiens. Jazz for dogs est un album de chansons originales concernant les chiens,  leur quotidien et leur besoin d’écouter une musique avec des textes adaptés à leurs demandes  lorsque leurs maîtres s’absentent. 

Animateur de la masterclass du festival, toujours prêt pour de nouvelles aventures musicales, Jean Michel Bernard est le maître d’œuvre de cet album, et il nous fait partager son univers plein de fantaisie, dans une sorte de bricolage onirique. La genèse du projet remonte à quelques années et à un projet cinématographique non abouti, un travail pour le film de Thomas Gilou, Michou d’Auber. JM Bernard avait gardé dans ses tiroirs, des  chansons depuis 5 ans, thèmes que sa femme Kimiko Ono a ressorti et adapté : le programme de l’album s’est étoffé et l’histoire de Jazz for Dogs a pu commencer, avec l’aide active et enthousiaste d’un troisième personnage, le saxophoniste baryton québecois Charles Papasoff.

 19 chansons ont été rassemblées et orchestrées comme une musique de film avec « un combo de haut vol », enregistré en direct, sans recording et trucage, au studio Alhambra de Rochefort. Le disque paraît donc sur le label Cristal dans la collection 10h 10.

Voilà une histoire d’amitié et de musique et la voix si caractéristique de Kimikoi fait souvent songer à la fragile et enfantine  Blossom Dearie. Des invités de marque se joignent au trio de tête, le temps d’une chanson : Laurent Korcia est  au violon, Francis Lai à l’accordéon sur la valse « Garlic dog », Bruno Coulais est également présent sur«The Hills Beyond The Fence», et  le cinéaste Michel Gondry, complice génial, l’ami qui « apprend à désapprendre » est de la partie, il vient faire un  tour à la batterie. C’est que JM Bernard a composé les musiques de ses précédents films  de Human nature à Be Kind Rewind, sans oublier La science des rêves. 

Ces histoires de bêtes, sous une apparente légèreté, déploient tout l’éventail de sentiments, évoquant le bonheur  comme le chagrin de la perte et de la maladie comme dans l’émouvant «Losing a puppy is like losing an arm». Chaque composition a sa couleur particulière car le terme de jazz de toute façon « ratisse large », de l’aveu même de JM Bernard qui ne se prive pas d’un éclectisme brillant. On entend une musique qui évolue du funk  à la pop. Les sifflets du percussionniste Marc Chantereau nous font souvenir de la brillante Micheline Dax qui vient de disparaître, mais il y aussi un bon vieux blues, et le pot-pourri inimitable d’ «Uncontrollable Urges » regroupe « disco, Bach,funk et George Martin ».

Vous l’aurez compris,  il ne faut pas se priver d’écouter cette musique constamment surprenante... Quand une vraie fraternité musicale produit  autant d’invention, soyons curieux et à l’écoute...

 

Sophie Chambon

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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 10:07

 

Bande originale du film d’Eric Barbier/ Musique originale de Renaud Barbier

Sortie le 28 AVRIL 2014.

LABEL B Original par Cristal Records

www.cristalrecords.com

Distribution Sony Music

Lien vers la B.O : www.bit.ly/1pG3FwO

 dernier-diamant.jpg

« Un thriller romantique aux multiples facettes ». Le Dernier Diamant est ce que l’on appelle un film de genre et, à ce titre, il prolonge l’esthétique du film de «casse» rendu très populaire en France dans les années  60 et 70 avec les films d’Henri  Verneuil. On se souvient de la musique sublime de Michel Magne pour Mélodie en sous sol  (1963) ou de celles d’Ennio Morricone pour Le Casse (1971)  justement, et de la ritournelle entêtante dans Le Clan des Siciliens.

 En France on brûle souvent ce que l’on a aimé et les films de genre ne sont plus tellement à la mode,  pourtant nous sommes capables de rivaliser avec les Américains sur ces  thèmes. Le réalisateur Eric Barbier avouait qu’il souhaitait revenir à  un cinéma d’histoire, un peu disparu aujourd’hui,  et en l’occurrence, créer une problématique de casse, c'est-à-dire élaborer un plan méticuleux  pour inventer un braquage. Quatrième long métrage d’Eric Barbieret  seconde collaboration avec Yvan Attal, voilà un thriller bien ficelé autour d un duo d’acteurs convaincus et convaincants, Yvan Attal et Bérénice Béjo,  un couple qui fonctionne.
Sur une trame très codifiée - c’est la loi du genre- le cinéaste a demandé à son frère Renaud Barbier
, tout comme pour son film précédent  Le Serpent, d’en écrire la musique.

Le travail a commencé en amont ce qui permet à la musique non seulement de jouer la fonction classique d’accompagnement mais de structurer le récit  à la façon d’ un puzzle. Et l’originalité, voire l’intérêt  de cette B.O est  de croiser et  lier deux styles musicaux élégamment, du jazz pour illustrer le monde dans lequel évolue les  casseurs, un  univers sec, nerveux, haletant, l’autre plus romantique et baroque, celui des diamantaires ( le thème de Julia par exemple avec l’aide de l’orchestre et  des cordes du Philarmonique de Bruxelles, et la soliste harpiste Karen Peeters.)

Les notes de pochette nous renseignent  fort bien sur « la fabrique du film» et de sa musique : on apprend  ainsi que le montage fut effectué directement sur les musiques originales. Dix huit musiciens, 70 minutes de création originale avec des  solistes épatants (Renaud Barbier au piano, Bijan Chemiraniaux percussions et saz, Lilian Bencini à la contrebasse et basse électrique et Gilles Grivolla aux saxophones soprano et baryton)  qui assurent  les  transitions entre les différents personnages, explorent  l’évolution des sentiments (« le doute »).

Une formation de jazz orchestral  décrit crescendo l’histoire du gang, décortique l’action, véritable mécanique de précision jusqu’à la scène du casse, la composition 12, point d’orgue du film . On sent la tension  monter... et même sans avoir vu le film, la musique est éloquente. Comme le suggérait Godard,  il semble que l‘on peut entendre les images et voir la musique. Les timbres graves de la section de cuivres  et la prise de son sur 24 bandes analogiques donnent un son particulier, un effet brut, saturé avec du grain, le son des années soixante-dix, selon l’aveu même de Renaud Barbier, prestidigitateur du clavier, qui fait  surgir des paysages, entre dans  l’univers mental des personnages : leitmotiv de l’horlogerie, du cliquetis fatal du temps qui passe, inéluctable, de l’action et de certains drames ou situations irréversibles.

La musique a été enregistrée au studio Alhambra-Colbert à Rochefort,  ancien cinéma désaffecté, fief du label Cristal qui coproduit le disque avec Mandoline Musique Production, tandis que Cristal Publishing  en assure la supervision musicale et l’édition.

Ardente et sévère,  la B.O du dernier diamant est réussie , car  il y a assez de présence musicale  pour qu’on puisse se passer des visages. Mais ce sera tout de même un vrai plaisir de réécouter la musique après avoir vu le film.

 

Sophie CHAMBON

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 15:52

Blue Note 2014

Jon Cowherd (p), Myron Walden (as, clb), Melvin Butler (ss, ts), Marvin Sewell & Jeff Parker (g), Chris Thomas (cb), Brian Blade (dms)

 

 brian blade landmarks

 

Dans la production surabondante d’albums qui nous parviennent quotidiennement, il y a parfois des petites pépites, surprises heureuses dans cette inégale profusion. « Landmarks », le dernier album du batteur Brian Blade fait ici exception.

A 44 ans, à l’instar d’un autre grand batteur, le regretté Paul Motian, Brian Blade , par ailleurs batteur incontournable du quartet de Wayne Shorter, apparaît aujourd’hui comme un compositeur remarquablement inspiré, capable d’insuffler une réelle âme à sa musique et à ceux qui la serve. Acteur et auteur immense de ce nouveau jazz américain, sa musique s’inscrit dans la lignée de celle d’un David Binney où les espaces mélodiques s’étirent, aériens et flottant dans une sorte de clair-obscur mélancolique et rêveur. Quelque chose de l’ordre du travelling, où la linéarité de la route dessinée entraîne vers un horizon très haut perché.

Des morceaux sublimes aux ostinatos très prenants ( Ark.La.Tex) ou à forte densité pop-jazz ( he died fighting) voire aux accents d’un blues gras  ( Farewell bluebird) sous la houlette de Marvin Sewell (le guitariste de Cassandra Wilson) embarquent leur monde dans ce voyage captivant.

Mais il y a aussi chez Brian Blade quelque chose d’Ellingtonien dans ce soin tout particulier réservé dans son écriture à la mise en valeur de ses solistes. Myron Walden, jeune saxophoniste bourré de talent pour lequel All About jazz (1) n’hésita pas il y a quelque temps  parler de l’une des étoiles les plus brillantes de sa génération, explose ici avec ce son torturé et acide.

Mais c’est avant tout une véritable œuvre collective que signe là son Fellowship Band avec lequel il tourne depuis près de 5 ans. Jon Cowherd et Marvin Sewell signent aussi 3 compositions et montrent qu’il y a là une grande implication partagée qui se ressent tout au long de cet album à fleur de peaux où l’émotion et la sensibilité effleurent avec élégance et légèreté.

 

Pour fêter ses 75 ans le légendaire label Blue Note renoue avec ce jazz de très haut niveau qu’il avait un peu délaissé ces dernières années. Avec Brian Blade, il inscrit de nouvelles pages essentielles du jazz. Avec alléresse on s’en réjouit. On s’en délecte.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

(1) "one of the true bright stars of his generation" who "has a very distinctive sharp tone with a rounded nasaly-inflection" and "has shown the ability to develop solos with both an incisive logic and an organic level of invention."[4] Describing his performance on tenor sax, writer John Kelman said that Walden was "as thoughtful yet fiery a player on the bigger horn as he is on alto" 

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 21:38

esselieres

 

Connaissez-vous l’Espace Congrès des Esselières à Villejuif ? Si non, c’est bien dommage… Ce lieu sympathique propose chaque mois un concert de Jazz sous l’efficace patronage de l’association « Jazz aux Esselières »[2] et le jeudi 17 avril cette heureuse scène accueillait l’Anachronic Jazz Band. Belle brochette de virtuoses en l’occurrence qui frôlent une moyenne d’âge proche de celle des Rolling Stones. Ici s’arrête la comparaison même si pour certains amateurs on pouvait trouver un côté mythique à l’Anachronic. Le mythe renaît pour une série de concerts pas piqués des mites et ce grâce à Patrick Artero (Trompette) qui a eu la bonne idée de réunir de malicieux complices pour renouer avec la transposition du Be Bop vers le style musical des années 20 et 30.

On retrouve quelques uns des fondateurs de 1976 : Philippe Baudoin (Piano), Daniel Huck (Sax Alto, chant), Marc Richard (Clarinette, Sax Alto), André Villeger (Clarinette, Sax Ténor, Sax Soprano), Gérard Gervois (Tuba), auxquels se regroupent avec bonheur Jean-François Bonnet (Clarinette, C-Melody Sax), Pierre Guicquéro (Trombone), François Fournet (Banjo), Sylvain Clégarec (Batterie).

Comment dire… Les caves de Jazz ont-elles le même effet que celles des crus de Bourgogne ? Il faut croire que oui. Les trente huit ans qui séparent la formation du début de celle d’aujourd’hui n’ont en rien altéré l’enthousiasme des musiciens, la qualité des arrangements, l’originalité des chorus et le plaisir des auditeurs. Les trios de clarinettes, les quatre quatre au cordeau, les envolées des solistes nous plongent dans la joie au-delà même des thèmes originaux totalement réarrangés pour mériter une admission dans ce répertoire anachronique. A l’occasion vous revisiterez : Yarbird Suite, Armando’s Rumba, Blue Monk, Salt Peanuts et le passage savoureux du Take Five de Dave Brubeck au Take Four de Philippe Baudoin dont les accents arabisants sont néanmoins New Orléanesques en diable.

Si vous avez le bonheur de les voir en direct vous retiendrez quelques vannes à deux balles dignes de collégiens (on ne se refait pas…), quelques sourires des uns et des autres à l’audition de leurs chorus respectifs. Vous apprécierez également leur grande culture musicale inspiratrice du choix des thèmes. Vous profiterez enfin d’un énorme moment de complicité non coupable entre musiciens qui se connaissent bien et sont tout au plaisir de s’être retrouvés pour faire un bout de chemin sur une portée commune. Vous vous devez également d’acheter leur dernier disque « Anachronic Jazz Band : Back in Town » et celui réédité en 2009 « Anthropology ». 

Le deuxième, je l’ai déjà… En vinyle…

Bonne écoute.

 

 

 

 

 

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 22:37

 

Paul Bley “ Play Blue”

ECM 2014

Paul Bley (p)

 PaulBley.jpg

En 2008 le pianiste canadien donnait un concert à Oslo. Il s'agissait d'un concert solo (1er anagrame) au cours duquel Paul Bley livrait toute sa science de l'improvisation dans un de ces moments rares où le pianiste semble faire corps avec son instrument. On hésitera pas bien longtemps avant de jeter des ponts entre PaulBley et Keith Jarrett car à entendre cette sublime prestation on sait bien qu’il est évident que le maître du clavier Pennsylvanie s'est souvent inspiré de son aîné canadien. Dans cet exercice de 2008, Paul Bley a oublié le free. Il joue avec les harmonies, ouvre des tiroirs, manie les renversements d'accords avec brio et laisse toujours l'émotion s'installer. La mélodie est sous-jacente, non jouée mais toujours omniprésente. Cet album, jamais introspectif, élève l’art du piano solo à des niveaux  exceptionnels. Pas comme ces longs exercice solitaires où l’attention de l’auditeur tend parfois à digresser. Non, ici Paul Bley semble réinventer à chaque instant, à suprendre de phrase en phrase au point que celui qui écoute ne peut absoluement pas lâcher un seul instant le développement de la pensée du pianiste qui, sous ses doigts devient ici d’une limpide évidence.

 

 

Enrico Pieranunzi : « Plays Morricone 1 et 2 »

Cam Jazz  rééd. (Cam Jazz CAM504425)

Enrico Pieranunzi (p), Marc Johnson (cb), Joey Baron (dms)

 enrico_pieranunzi_marc_johnson__joey_baron__play_morricone_.jpg

 

Cette réédition complète des albums enregistrés en 2001 et 2002 est une véritable démonstration de grande, de très grande classe. Avec ce trio mythique qu’il a formé en 2004 le pianiste reste dans son sillon, celui d'un jazz très classique. Ce jazz dont il porte aux nues son maître absolu : Bill Evans, référence de tout son travail depuis plus de 30 ans. Ici le pianiste romain a choisi comme angle d'attaque les musiques de films signés Ennio Morricone pour s'en inspirer librement et en faire une lecture totalement prétextuelle. Finalement le rapport avec la musique originale importe peu si ce n'est dans l'esprit des films qu'ils relatent. Car ce qui est à l'oeuvre c'est un trio d'exception. il faut écouter un thème comme Nuevo Cinema Paradiso qui atteint des sommets de piano jazz, avec une belle âme lyrique et des harmonies de fous comme les aimaient Bill Evans. Et surtout cet équilibre totalement parfait du trio auquel l’ex bassite de Bill Evans n’est pas totalement étranger. La musique est belle et avec intelligence amène Morrricone au jazz qu'il n'avait certainement pas envisagé au départ.

Leur sens du swing est renversant. C’est celui qui fait bouger les pieds, celui qui ne résiste pas au dodelinement, celui qui vous prend aux tripes et vous emporte.

 

 

KARTET : "Grand Laps"

Songline recordings 2014

Guillaume Orti, saxophones - Benoît Delbecq, piano - Hubert Dupont, basse - Stéphane Galland, batterie

 kartet.jpg

C'est un peu l'album où il ne se dit rien, où il ne se passe rien mais qui est en fait riche d'une multitude de microscopiques évènements. Éloge de l'indicible, de la lecture de l'entre-deux lignes pour pénétrer dans un monde à la fois mystérieux et délicat. Ça joue dans l'atonalité, dans les rythmiques impaires, dans les ostinato décalés, tout cela entre errance et groove pulsé par un Hubert Dupont hyper solide (X).

L'expression de Guillaume Orti semble hors du temps. Hors de toute mode.

pas forcément à la recherche du "son" mais simplement d'une émotion juste. Il faut écouter avec quelle économie de moyen sur I.E.S, il parvient à toucher. En même temps, avec une sorte d'infinie patience dans le traitement de la note il aborde un langage presque mathématique, très Steve Colemanien.

Il y a du télépathique dans ce groupe où la musique se conçoit comme une sorte de construction intellectuelle qui aide à la divagation des esprits mais aussi parfois à l'ancrage du groove. Entre ciel et terre pourrait-on dire.

 

 

 

Laurent Robin : «  Movie’zz »

Dixiefrog 2014

Laurent Robin ( compos, dms), Benjamin Moussay (p, kybds, machines), Vincent Laffont (p, kybds, machines), Camille Lebrequier (tp sur un titre)

robin.jpg

Si les daft punk faisaient du jazz il feraient peut être du Laurent Robin !

La musique électrique du batteur s'y fait en effet interstellaire, lunaire entre comics et B.O d'un James bond futuriste. Movie’zz : tout est dans le titre. Il n'y a qu'a regarder cet pochette d'acier aux couleurs de thriller. Le jazz prend avec Laurent Robin des allures d'anticipation dans un monde limite angoissant parce que terriblement froid.

Les boucles rythmiques tournent, les nappes sonores se tuilent et se superposent.

Et décapent les oreilles les plus averties.

 

 

Bad Plus : «  The rite of Spring »

Okeh 2014

Ethan Iverson (p), Reid Anderson (cb), David King (dms)

 the_bad_plus_the_rite_of_spring_1.jpg

Une interprétation fidèle de l’oeuvre de Stravinsky du Sacre du Printemps mais emmené sur le terrain d’un heavy jazz ? Pari carrément audacieux que se lance le trio de Minnéapolis. Et pari qui s’avère d’une rare complexité dès lors que ces trois-là veulent rester au plus près de l’original. Et d’autant plus périlleux qu’au milieu de ce trio décoiffant se trouve un batteur plutôt rentre-dedans, David « Boum-Boum »-King. Si dans l’oeuvre originale les cuivres ont leur importance, David King parvient en efet à les remettre au centre de leur dispositif donnant ainsi un éclairage fascinant à l'oeuvre que l'on avait rarement entendue comme cela avec à la fois une telle liberté mais aussi un vrai respect pour l'oeuvre originale. Car elle pourrait tout aussi bien être présentée devant un public classique que devant un public rompu à la musique contemporaine. The Bad Plus gardent à l'esprit la dimension de la suite orchestrale et surtout du développement, du ballet qui vit ici autrement. A trois ils parviennent à donner une véritable ampleur orchestrale assez exceptionnelle. Il ne s'agit pas de révolutionner mais d'introduire des développements différents, des instrumentations en incises, des inspirations rock parfois lourdes mais qui font sonner ce printemps comme un appel à quelques forces telluriques, à des forces vives, scandées et rituelles, au plus profond de la terre qui s’éveille avec violence et liberté.

 

 

Jean-Marc Gelin

 

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 15:49

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Il se fait rare Jean-Louis Chautemps. Raison de plus pour ne pas manquer son prochain concert parisien, en petite formation. Un quartet avec Eric Le Lann (trompette), délicat interprète auquel on doit un récent hommage à Chet Baker, et une rythmique formée de Donald Kontomanou (batterie) et Sylvain Romano (basse). C’est la particularité de la programmation de ce nouveau lieu parisien dédié au jazz, la péniche La Nouvelle Seine, théâtre « flottant » de 120 sièges : des petits groupes et (contrainte due au lieu, la cale du bateau) sans piano. On peut faire confiance à Jean-Louis Chautemps pour tirer le meilleur parti de cette donne.  Musicien aux talents multiples, qui sait passer du free au cool et vice-versa avec toujours cette distanciation élégante, il s’exprime au saxophone ténor, fort d’une connaissance encyclopédique de l’instrument. Par les hasards du calendrier, Frémeaux & Associés sort un double album dédié à la période cool en Europe dans les années 50 (« European Cool Jazz. 1951-1959) qui s’ouvre sur le All Stars d’Henri Renaud (le « grand genre » au piano, selon Claude Carrière) enregistré le 10 avril 1953  où l’on retrouve Jean-Louis Chautemps au saxophone baryton sur « Paris, je t’aime », l’un des tubes de Maurice Chevalier. Sur scène le 28 avril, Chautemps « le sage » aux 80 printemps devrait démontrer une fois encore combien il est capable d’un grain de folie.

 

 

 

Jean-Louis Lemarchand

 

Jean-Louis Chautemps quartet, avec Eric Le Lann (trompette), Sylvain Romano (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie). Lundi 28 avril ; Péniche La Nouvelle Seine. 3, quai de Montebello. 75005. Concert à 20h30. Réservations 0143540808.  Après Didier Lockwood le 30 mars et Daniel Humair, le 14 avril, les Niu Night, programmées deux lundis chaque mois sous la houlette de Jean-Jacques Pussiau (Owl, Night Bird, OutNote Records) proposeront d’ici la fin du mois de juin, le groupe After in Paris, Emile Parisien-Vincent Peirani, Leila Martial, Jean-Paul Celea trio.

 

 

 

 

 

 

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