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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 14:28

 

Jean Baptiste Berger tenor sax & glockenspiel

Sebastien Leibundguth guitar & loop

Jerôme Klein drums

www.jeanbaptisteberger.com

cadillac-palace.jpg

Une de mes découvertes  de cet été fut le groupe Cadillac Palace, un trio sans piano (saxophone, batterie, guitare), parfaitement équilatéral. Ce qui sous entend une écoute attentive, une interaction pertinente, un sens du rythme à trois.  De plus, l’objet CD est plaisant : une jolie pochette d’un jaune subtil au graphisme délicat du graphiste rémois GMTW, qui renvoie au théâtre baroque du Cadillac Palace à Chicago, idéal pour découvrir des spectacles de Broadway...

La musique ?

Les six titres explosifs autant que mélancoliques, enregistrés en analogique représentent « ce que l’on pourrait avoir sur scène et non l’inverse, un peu comme on devait enregistrer dans les années soixante » confie le saxophoniste JB Berger.   

L’ambiance très particulière qu’installe la guitare électrique nous replace dans une esthétique rock assumée et c’est très bien ainsi… Envolée (o)rageuse dans « Fighting with D ». Les influences sont clairement à voir du côté des « guitar heros »  de Van Halen à notre Marc Ducret national. Les compositions, amples et généreuses sont toutes de la plume du saxophoniste marnais Jean Baptiste Berger qui a une double  formation classique et jazz, point commun avec le batteur luxembourgeois.

La rencontre lors de la participation au projet européen Jazzplayeurope en 2012 a cristallisé la formation du trio et scellé le début d’une belle aventure commune, réunissant « la complexité du jazz à l’efficacité de la musique actuelle ».

 « Jimmy fais moi bien »  est l’un des morceaux préférés mais à dire vrai, tout est accrocheur dans cette musique, dans le bon sens du terme : une musique de sang mêlée, mélodique, énergique, précise. Une heureuse fusion, oserai-je écrire, si le terme n’était pas trop connoté pour cette heureuse alliance, cet assemblage réussi que l’on retrouve dans le bien nommé « La somme des différences», une ballade langoureuse et subtile comme on les aime où la guitare cristalline s’ajointe au phrasé délicat du saxophone. C’est le final qui s’achève dans un souffle et aussi le titre de cet album qui résume la philosophie du projet musical des trois complices.

 

Sophie Chambon

 

 

 


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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 17:25

 

 poulet-transparent

Quel plaisir ce Jazz à la Villette for kids. D'abord, le spectacle est dans la confortable salle de l’Auditorium de la Cité de la musique. Une salle bondée et un public extrêmement expressif….pas du tout dissipé ou bruyant…simplement participatif et enthousiaste…on imagine le bonheur des musiciens ! Sur scène, ils ne font pas du « gagatisme » ou dans la demi-mesure, ils offrent le meilleur de leurs créations pour accompagner les marionnettes animées de Ladislas Starewitch dont le très beau Gazouilly petit oiseau, pour swinger avec  Anatole le chat ou pour déclamer cette drôle d’histoire de Slim qui est avalé par sa baignoire. Le casting est parfait de la généreuse pianiste-percussionniste Perrine Mansuy au vibrant conteur Lamigne Diagne, de l’énergique et joyeux Abel Croze au duo déjanté de Jean Mach et Maxime Dupuis.

 gazouilly

Pour les enfants, de nombreux instruments sont convoqués pour que le voyage musical soit encore plus enchanteur et dépaysant : doudouk, pandeiro, flageolet, clochettes musicales, instruments électroniques…bref, ils entendent des sons familiers et d’autres plus originaux et ils dansent librement et ils rient à gorge déployée et ils hurlent et ils crient leur bonheur et ils applaudissent à tout rompre pour remercier de ce temps béni de communion jazzistique. C’est sûr ces enfants-là aiment le jazz…que cette musique accompagne longtemps leurs rêves !

 

Régine Coqueran-Gelin

 

 

A voir :

Le chacha des souris – musiciens Jean Mach et Maxime Dupuis : http://www.youtube.com/watch?v=HOSd1k6jAEs 

 

 

Gazouilly Petit Oiseau – musiciens : Abel Croze et Emmanuel Reymond http://www.dailymotion.com/video/xq0x7o_abel-cine-concert-gazouilly-petit-oiseau_music

 

 

 

Nanan – Quintet jazz avec des chansons originales de la batteuse Lydie Dupuy arrangées par le pianiste Rémi Ploton

http://www.youtube.com/watch?v=Y49Un_3WKlo

 

 

 

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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 17:03

Okeh 2014

Ethan Iverson (p), Reid Anderson (cb), David King (dms)

 bad-plus.jpg

Revoilà Bad Plus plus en forme que jamais. Comme aux premiers jours. Après leur fabuleuse lecture du sacre du printemps ( cf. les DNJ "The rite of spring") , le trio de revient sur ses terres natales pourrait on dire. Alors qu'il s'était un peu égaré ces dernières années flattant son public dans le sens du poil, il semble retrouver depuis quelques temps  l'inspiration de ses débuts il ya près de 15 ans et revenir à ses propres sources.

Lorsqu'on les a vus cette semaine à la Villettebplus.JPG où ils constituaient la rythmique d'un incroyable et stratospherique Joshua Redman, ils nous avaient semblé perdre un peu leur âme, un peu affadis dans le rôle d'un sage trio de jazz. Ils ne semblaient pas être là où ils aiment être. Bad Plus dfinitivement enbourgeoisés?

©jmgelin

 

Il suffit de se mettre cet Inevitable Western dans les esgourdes pour se rendre compte que Bad Plus c’est toujours ce groupe d’empêcheurs de tourner en rond qui ne laissent de nous surprendre par l’intelligence de leur provocation musicale.

Ces gars-là prennent le contre-pied de tout et surtout de tout ce qui est formaté. Et ces formatages sont nombreux : stylistiques (classique, rock, jazz), rythmiques ou harmoniques.

Avec The Bad Plus tout ce qui est déstructuré prend une autre forme intelligente. L'auditeur n'est jamais dans une situation de confort de ce qui semble acquis. Jamais en terrain connu car le sol se déroule souvent sous ses pieds pour l'emmener vers un paysage musical qu'il ne connaît pas.

Déjà dans la forme du trio. Car avec Bad Plus il n'y a pas un leader, mais deux (Piano/batterie) voire trois. Le rôle dévolu à Dave King est en effet primordial. Là où l'équilibre piano-basse-batterie nécessite un gros travail d'abnégation de la part du batteur, chez Bad Plus le rôle de ce dernier est carrément affirmé comme pièce centrale du dispositif. Non pas comme élément structurant mais au contraire déstructurant passant du binaire au ternaire, du tonal à l'atonal dans un meme mouvement.

La musique de Bad Plus est alors fascinante. Avec Bad Plus chaque morceau installant un climat différent du précédent donnant ainsi cette impression un peu baroque du foisonnement d'idées. Il y a du classique Stravinskien dans les brisures rythmiques, mais il y a aussi du rock un peu garage, ou encore du Monk dans sa façon de casser les mélodies comme dans ce western monkien  qui ouvre l'album( le titre éponyme). Evan Etherson que l’on trouvait pourtant bien transparent avec Redman, fait de plus en plus figure de pianiste particulièrement inspiré et brillant. Dans Adopted Highway, le groupe joue sur les nuances, passant dans le même mouvement du tumulte à une épure debussienne avec une admirable coda où le traitement sonore fait dans la nuance. A l'inverse Dave King, batteur fou et génial fait parfois office de bucheron canadien  (Epistolary echoes) avec un sens du binaire largement revendiqué et assumé au premier plan. Le trio laisse aussi des mélodies pop s'installer  ( Do it again) comme des chansons revisitées que n'aurait pas renié EST en son temps.

 

 Bad Plus est un vrai phénomène de génération. De ceux qui par leur syncrétisme, ont contribué à ouvrir le jazz à un public de jeunes pétris de pop et de rock. Ils sont alors de la dimension des vrais createurs. On veut dire par là ceux pour qui l'anticonformisme est un des fondement de l'art. A condition que le talent soit là. Celui de Bad Plus y est. Immense. Aussi jouissif que communicatif. Plus is more !

Jean-Marc GELIN

 

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 21:39

 

Together Together!

Abalone productions

www.abaloneproductions.com 

 erdman.jpg

Voila un duo saxophone/batterie réduit à l’essentiel, une formation plutôt rare qui donna lieu dans le passé à de magnifiques associations que le saxophoniste Daniel Erdmann et le batteur Christophe Marguet prolongent à leur manière aujourd’hui. Car ces magnifiques musiciens ne perdent jamais leurs repères.
Une surprise malgré tout de découvrir ce jeu tendu, d’une extrême nervosité, dégraissé à l’extrême, dès le premier titre qui annonce la couleur : «One Rythm, One Melody». On suit la porosité de ce dialogue qui favorise une inversion très complémentaire de leurs fonctions respectives. Ce sont les règles classiques de l’ «interplay» magnifiées dans l’intelligence de leur jeu.

Plus que de l’aridité, c’est la « simple » exposition de l’harmonie qui sous-tend le discours du saxophoniste. Et même là, sans velouté, Daniel Erdmann s’en sort avec grâce, avec des qualités expressives, de la puissance, conservant sa séduction.[1] Caresse des balais sur les peaux, roulement des baguettes de tambour, souple rebond, moins de vigueur et de rage cette fois dans le jeu de Christophe Marguet. Mais cela fonctionne mieux avec les volutes sèches envoyées par le ténor comme dans ce titre «Hommage(s)» où le final vous saisit à la gorge. Chacun apporte son énergie et sa vision singulière, mais leurs deux univers s’accordent à merveille, arrivent à se fondre dans de belles et courtes improvisations  «Together,Together !», «I Siguia ».

 On peut être comme moi sensible à l’ émotion, au retour des anciens, à qui les musiciens actuels doivent tant. Quand ils reprennent « Fleur africaine » et «Lush life», compositions de ces formidables écrivains de musique que furent Duke Ellington et son alter ego Billy Strayhorn, ils ne sauraient mieux choisir pour signifier leur attachement à cette musique, à l’Afrique, terre matricielle du jazz. Ces versions ne sont pas simples reprises « arrangées » : en gardant la perfection mélodique du thème, elles tracent des chemins autres, autrement vifs qui inscrivent leur empreinte dans une mémoire musicale collective, sans se refuser le plaisir d’allers-retours, croisements et divagations raisonnées.

Un album vivement recommandé, vous l’aurez compris !

Sophie Chambon


[1]On ne peut s’empêcher de songer aussi à l’improvisation libre, au formidable « Picasso » de Coleman Hawkins de 1948 quand on entend Daniel Erdmann …

 

 

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 21:35

 

www.circum-disc.com 

www.muzzix.info

Label Circum/ Distribution Les Allumés du Jazz

orins

 

C’est l’une des formations les plus anciennes (1996) du collectif lillois Muzzix que nous suivons depuis une dizaine d’années : le trio composé des deux frères Orins (piano pour Stefan, batterie pour Peter) officie dans le Grand Circum Orchestra, de même que le contrebassiste Christophe Hache.

Liv est leur troisième album après Stöt en 2010, Bonheur Temporaire en 2006 et Natt Resa[i] en 2004, tous publiés sur le label Circum. Il est important de souligner que ce travail patient s’inscrit dans la durée, car « plus les racines sont profondes, plus luxuriantes sont les branches», maxime bouddhique, sorte de fil rouge du trio.

Un jeu ample, fluide emplit l’espace avec une douceur mélancolique comme dans  l’inaugural « Initiales VV », l’hypnotique Liv (vie) poursuivant cette impression. Le trio est européen dans cette maîtrise d’un jazz actuel aux formes libres généreusement  déployées, et on comprend sans peine qu’il puisse tourner souvent jusqu’en République tchèque, Lettonie, Pologne et Suède (origine des frères Orins) d’où certains titres dans cette langue.

Il y a quelque chose d’apaisé et même serein dans cette formule égalitaire, où chacun s’entend, s’apprécie et laisse respirer l’autre. Sans tomber dans des irisations trop tendres, le trio sait puiser l’étincelle de vie contenue dans chaque chose - Liv est le titre du disque- avec une sensibilité toute nordique. Plus abstrait dans « Henri Grouès » (le nom de l’abbé Pierre), avec quelques intonations mélancoliques et obsédantes, le final retrouve vigueur dans ce voyage de la Belgique à la Pologne : toujours animé d’une sensibilité « tonique », le piano évite l’attendrissement romantique, ne s’épanche pas en longues coulées, entraîné dans la progression tournoyante d’une rythmique énergique. C’est le travail collectif qui s’impose plus que l’expression purement individuelle, un flux continu, tendu avec des climats coloristes, de riches textures qui se fondent dans la dynamique d’ensemble.

Continuez ainsi, les amis, on vous suit !

Sophie Chambon

 

 



[i] Je me souviens de la pochette aux belles photos de cieux orageux, contrastés et profonds....

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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 20:26

 

Motema 2014

 

Elio Villafranca – piano; Vincent Herring – alto saxophone; Lewis Nash – drums; Anthony Carrillo – conga, barril; Terell Stafford – trumpet; Greg Tardy – tenor saxophone; Nelson Gonzalez – barril; Willie Jones III – drums; Sean Jones – trumpet; Carlos Henriques – bass; Gregg August – bass; Jonathan Troncoso – bongos; Camilo Molina-Gatan – barril; Juango Gutierrez – barril

elio-villafranca-jass-syncopators-caribbean-tinge.jpg

 

Elio Villafranca est certainement un pianiste inconnu de ce côté-ci de l'Atlantique. Mais il ne fait pas l'ombre d'un doute que la notoriété de ce pianiste cubain installé à New-York ne tardera pas à franchir les frontières. Il faut dire qu'il commence à s'y tailler là-bas une solide réputation.

Par le hasard du calendrier et du flair aiguisé de Jana Herzen ( la patronne du label Motema), Elio Villafranca sort ce premier album enregistré en live au Dizzy Club de New-York au moment même où il se voit récompensé comme "Rising star" à la cérémonie des Millenium Swing Awards en juin de cette année.

N'allez pas voir dans ce jeune pianiste, un prodige capable de dévaler le clavier de manière aussi percussive qu'impressionnante. Villafranca se situerait plutôt dans la lignée des pianistes meneurs d'hommes dont le talent réside surtout dans son écriture et dans sa façon de faire émerger de merveilleux solistes. Côté écriture, Villafranca s'inscrit dans une double tradition : celles des rythmes latins à l'instar des  Bebo Valdes et des Gonzalo Rubbalcaba, auxquels il mêle des idiomes venus d'un be-bop pur jus dont il s'inspire largement.

Côté solistes, Villafranca est bien servi puisqu'il aligne ici la fine fleur du jazz New-Yorkais qui éblouissent chacun à leur tour chacune de leurs interventions. Côté sax, un Greg Tardy aligné aux côtés d'un Vincent Herring toujours dans une forme éblouissante , cela fait forcément des merveilles et des étincelles. Côté cuivres, la trompette de Sean Jones et surtout celle de Terrell Stafford déchirent le ciel azuré de Manhattan que l'on voit du haut du Dizzy's Club. Mais c'est aussi un album résolument percussif que Villafranca a voulu avec la crème des percussionnistes caribéens. Quand au pianiste lui même, qui ne se met pas particulièrement en valeur, chacun de ses interventions est une lecture admirablement intelligente et moderne d'un jazz syncrétique qui entend bien dépasser la simple tradition. C'est pour l'avoir entendu que Chick Corea dit de lui " La musique d'Elio est passionnée. Un complet renouvellement du genre".

Ce qui est un peu excessif mais pas totalement faux.

On a envie de découvrir ce groupe sur un scène française où assurément ils mettrons le feu du swing. Mais cet album donne aussi envie de découvrir un pianiste un peu moins altruiste, un peu plus mis en valeur qu'au cours de ce concert fort heureusement enregistré mais au cours duquel il met surtout en évidence ses musiciens.

Un album que nous découvrons avec enthousiasme. De quoi vous faire là, une rentrée des classes juste un peu moins morose.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 21:46

 

villette.png

poulet-transparent

 

 

Ambrose Akinmusire Quartet

Ambrose Akinmusire - trompette , Sam Harris - piano , Harish Raghavan

contrebasse ,Justin Brown - batterie

 

ambrose.jpg

AVISHAI COHEN + KURT ROSENWINKEL

Avishai Cohen - contrebasse , chant , Kurt Rosenwinkel - guitare , Nitai Hershkovits - piano ,Daniel Dor - batterie

avishai.jpg

 

La grande Halle est remplie. La qualité de l'affiche ( 1ère partie : Ambrose Akinmusire et Avishai Cohen ensuite) fait que je ne sais pas trop qui vient pour quoi. J'interroge mon voisin : " moi je suis là pour Avishai Cohen, mais j'ai plein de copains jazzeux qui m'ont parlé du trompettiste de la 1ere partie en me disant qu'a côté de lui les autres trompettistes professionnels ressemblaient a des élèves de conservatoire"

Et de fait la plupart du public attend la venue du charismatique contrebassiste.

Mais dans l'immédiat c'est le quartet d'Ambrose Akinmusire qui investi la scène. Quartet ? Effectivement car Walter Smith le ténor qui accompagne Ambrose depuis longtemps n'est pas là contrairement à ce qu’annonce le programme.

Ambrose entame son concert par une stupéfiante, lente et progressive montée aux cieux dans un solo de trompette quasi mystique. Des sommets dont il ne redescendra qu'une fois la dernière note du concert jouée. Avec son quartet ils entrent dans une musique soulful, inspirée et lente, dans des flottements presque shorteriens ou Braxtoniens. Magnifique et inspiré même si parfois il donne le sentiment de tourner en rond. Un duo avec Sam Harris renverse le public. On y entend le trompettiste pleurer, crier, chanter dans son embouchure et c'est absolument poignant.

Un vrai moment de communion pure si ce n'était le son vraiment très moyen du piano et surtout d'une contrebasse inaudible.

Lorsque Avishai Cohen entre sur la scène c'est un peu l'antithèse. A coté de la timide réserve du trompettiste, Avishai envahit l'espace comme un Bruce Springsteen du jazz. IL entre sur scène comme sur un ring. Tout en force et en énergie. Danseur avec son instrument. Fougeux aussi sur des thèmes gorgés de soleil et de groove. Rapidement il est rejoint par son invité, le guitariste Kurt Rosenwinkel avec qui il avait l'habitude dans ses jeunes années de jouer dans les rades de New York. Depuis le temps est passé, Cohen a joué avec Corea et poursuivi une médiatique carrière alors que Rosenwinkel est parti vivre à Berlin. Et c'était la curiosité du moment : comment les deux hommes aux univers musicaux si distincts allaient-ils se retrouver. La réponse est : plutôt pas mal et assez efficace même si les deux hommes ne parviennent pas a élever la musique au delà du joli. Pas du beau. Du joli. Et plutôt très bien joué. Pas de quoi bouder son plaisir. Et si Avishai Cohen est un musicien aussi impressionnant que brillant , Rosenwinkel tout en retenue affiche un jeu d'une douceur saisissante. Mais la révélation pour moi aura été les deux membres du trio de Cohen : un pianiste (Nitai Hershkovits) subtil et élégant ainsi qu'un batteur foisonnant et riche ( Daniel Dor).

Avishai Cohen vient pour un rappel chanter un morceau cubain seul à la cntrebasse avec des accents à la Cachao Lopez. ET pour finir le guitariste revient sur scène pour un Besame Muchoqui tombait un peu là comme un cheveu sur la soupe pour un Rosenwinkel a des années lumières de cela.

 

Une ouverture du festival en demi-teinte donc mais qui faisait souffler ce soir là un vent de générosité loin de tout vil calcul. C’est déjà beaucoup.

Jean-Marc Gelin  

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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 11:36

 

Jerry Leonide (p), Gino Chantoiseau (cb), Jhonny Joseph (dms), Sylvain Gontard (t), Vincent Lê Quang (ss), Woz Kaly (vc), Benjamin Petit (as), Linley Marthe (b), Fred Grenade (b), Christophe Chretien (perc), Fannie Klein (bkgd vc)

ACT 2014

 leonide.jpg

Si ce jeune pianiste mauricien est encore inconnu sous nos hexagonales contrées, rassurez vous, cela ne va pas durer. En tous cas il ne l’est pas de l'autre côté des Alpes où il a commencé à se tailler une solide réputation en arrivant 3ème au concours international de piano solo à Montreux en 2011 puis en remportant ce même concours en 2013. Sans compter la ribambelle de trophées accumulés ces derniers temps.

Il faut dire que Jerry Leonide est certainement un surdoué. Et ce premier album suffit en lui-même à le démontrer très largement.  Mais pas un surdoué du genre à en faire des tonnes. Tout au contraire.

Dans cet album Jerry Léonide mêle plusieurs influences entre Caraïbes, Afrique, Océan indien. De chaloupements en biguines joyeuses et charmantes (Mauritius) où le

pianiste se fait gracile et alerte, il effleure le clavier avec force de swing. On en serait presque à se lever et à y danser dessus. Jerry Leonide c'est un son assez chaleureux et fondamental. Même fondu dans le son du groupe, Leonide s'impose. On ne l'entend pas, on l'écoute. Assez impressionnant dans son aisance à l'improvisation sur un thème comme Dodo baba il affirme toujours une forte présence. On retrouve chez lui la patte de l'école cubaine, de celle des grands pianistes qui déroulent la clavier avec grâce et avec une formidable aisance rythmique.

Mais Jerry Leonide signe aussi une belle cohésion de groupe qui sonne terrible. Sylvain Gontard à la trompette y apparaît en très très grande forme ( Independance day part 2, morceau presque en live sans véritable coda qui tourne entre le trompettiste et le saxophoniste Vincent Lë Quang visiblement hyper impliqué dans ce premier album du pianiste).

Jerry Leonide est un chat agile, remarquablement à l'aise dans les changements de tempo pour aller vers un pure swing jazz bop sur Paul et Virgine où là encore il affiche toute son autorité de maître du trio.

Mais pour un pianiste qui s'est fait connaître pour son travail en solo il affirme ici surtout un sens du collectif et un vrai son de groupe ample, riche et accessoirement superbement enregistré par Julien Basseres au Studio de Meudon. Il faut entendre le groupe dans son ensemble sur un des morceaux les plus puissant de l'album, Strong relationship qui monte en puissance porté à la fois par cette rythmique mais aussi par deux magnifiques solistes dans un moment de fusion très "soulful". Sublime.

Hésitant parfois entre les mélodies charmantes et les progressions harmoniques puissantes, Jerry Leonide affirme dans ce premier album une réelle identité. De pianiste mais aussi de leader d'un groupe puissant dont émerge à la fois les trois solistes et une rythmique impressionnante.

A découvrir absolument sur scène.

Jean-Marc GELIN

 

 

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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 11:04

  Circum Grand Orchestra- 12

Produit par Circum-Disc et Muzzix

www.circum-disc.com

circum.jpg

Dès les premières mesures de «Tan Son Nhat », on sait que le Circum Grand Orchestra continue fièrement sur sa lancée : alors que le guitariste compositeur Olivier Benoît est parti diriger le nouvel ONJ dans un projet européen, le dodécatet lillois, emmené à présent par le bassiste Christophe Hache s’élance, superbe vaisseau amiral de la flotte Circum.
Et cela continue de sonner merveilleusement rock par l’énergie fiévreuse et fougueuse de l’ensemble et de sa rythmique impressionnante, les jets acides des deux guitares électrisantes, et jazz contemporain avec les prises de bec des cinq ou six soufflants impériaux, que ce soit la trompette de Christian Pruvost, les bugles (ils sont deux, eux aussi,  Aymeric Avice et Christophe Motury), les saxophones de Julien Favreuille et Jean Baptiste Perez, la clarinette basse de Christophe Rocher.

 « 12 », le deuxième titre,  souligne la force de ce « grand format » cuivré et musclé. Il nous semble cependant que, bien plus que dans les précédents albums, les douze ne se privent plus pour poser de superbes chorus dans des compositions qui prennent le temps d’installer un propos musical dense, réfléchi, construit. Comme le souligne Christophe Hache, «  je veux mette en avant chaque instrumentiste comme interprète et improvisateur... L’écriture est basée sur les différentes possibilités de timbres et de densité orchestrale que propose la formation...Une place particulière est réservée à l’écriture contrapuntique, sans pour autant négliger les possibilités harmoniques offertes par un tel effectif ». On ne saurait mieux écrire. La musique ne trahit pas le dessein de ce nouvel orchestre. Avec le même personnel au potentiel formidable, le résultat sonne vraiment différent, les douze prennent de la distance, s’affranchissent tout en restant unis, solidaires et collectifs. Car « Graphic » nous ravit  toujours par cette tournerie flamboyante, cette progression spectaculaire, ce sens des unissons et du jeu collectif qui a fait aussi la force et l’intérêt de Circum Grand Orchestra.  Avec cette obsession du plein, non de la saturation, comme dans cet humoristique «Hectos d’Ectot»qui ne tend pas à la cacophonie mais à une liberté très surveillée. Ecoutez comme le morceau se développe avec l’intervention des guitares.
Ce n’est pas seulement pour créer de nouvelles atmosphères en utilisant couleurs et timbres autrement, mais pour se démultiplier, construire et déconstruire, souffler et apaiser. Ainsi ressent-on ce nouvel orchestre virevoltant dans la rigueur, tiraillé entre diverses polarités. On écoute sidéré cette musique et si ce n’est plus dans le ravissement, on frémit car on la sent ardente dans ses commencements, nerveuse, entraînant au-delà de la violence et de l’excitation de certaines interprétations actuelles...

 Et en écho au nouvel ONJ de Benoît, souhaitons aussi une belle poursuite à l’ensemble dans cette nouvelle direction !

Sophie Chambon

 

 


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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 21:59

 

http://www.ericharland.com/album/vipassana/

Eric Harland (dms), Walter Smith III: (ts), Taylor Eigsti (p), Julian Lage,

Nir Felder (g), Harish Raghavan (cb), Chris Turner (vc).

 vipassana_600x600.jpg

 

Le  batteur  Eric  Harland,  teneur de baguettes incontournable de la scène New-Yorkaise  et  que  l’on  peut entendre dans de nombreux groupes (Stefon Harris,  Kenny  Garrett,  Geri  Allen,  Jason  Moran, John Patitucci, Chris Potter,  Aaron  Parks, Aaron Goldberg, Kurt Rosenwinkel, Baptiste Trotignon etc…)  participe  activement  à  la  redéfinition  d'un jazz moderne qui va puiser aux sources de multiples influences contemporaines qu’il s’agisse de soft  hip  hop,  d’urban  jungle ou bien sûr de ce jazz classieux qui manie l’épure  et le travail sur le son de groupe plus que la performance en tant que  telle.  Avec  un  souci  de  l'arrangement  très  efficace  mais aussi sophistiqué  Eric  Harland  marie plusieurs sonorités au combo classique en utilisant  les  voix  et  les  chœurs   (Greene,  Passana) et les textes et parfois de façon très très discrète, les cordes.

La  musique s’y fait subtile et classieuse. A la limite de l’ambient music. Vipassana  (*) titre  de l’album évoque une méthode de méditation basée sur l’observation du mouvement de la respiration.

Mais  dans  le  même  temps  Eric Harland invente des formes polyrythmiques impressionantes  ( Eminence) voire des rythmiques impaires spectaculaires (Singularis).  L'équipe  qui l’accompagne et dont deux ( Walter Smith III et Harish  Raghavan) sont des transfuges de la formation d' Ambrose Akinmusire sont  l'expression  même  de  ce  jazz new-yorkais que l'on aime. Mais Eric Harland   s'entourre  aussi  de  deux  sublimes  guitaristes,  Julian  Lage (véritable prodige surdoué entendu un temps aux côtés de Dan Tepfer) et Nir Felder  (  auteur d'un très bel album solo cet année). La voix androgyne de Chris  Turner  ne délaisse pas la chanson pour intérpreter même une chanson très  folk song. Walter Smith y est, comme à son habitude  éblouissant dans

cette  maîtrise  et  cette  agilité des saxophonistes ténors actuels ( l’on pense  à  Mark  Turner)  à  l'image  de ce Capacity tout en puissance et en agilité du groove; souple comme un chat sur orbite.

Un  Dhyana  très  funky-soul  apporte  une nouvelle couleur à l'album, plus punchy  et  prend  aussi  un  détour  surprenant  pour venir le clôturer en beauté.

Sorte  de  doux  kaleidoscope à plusieurs facettes, cet album y apporte une belle démonstration des talents de compositeur et de leader d’Eric Harland. Pas  non  plus inoubliable mais en tout cas assez agréable et apaisant pour vous  conseiller de prolonger en douceur les dernières caresses d’un soleil furtif.

Jean-Marc Gelin

 

 

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