Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 juillet 2021 7 04 /07 /juillet /2021 15:09

Jérémie TERNOY (piano, compositions, direction)
Kristof HIRIART (voix, compositions, direction)

Maryline Pruvost (voix, flûtes), Didier Ithursarry (accordéon), Christophe Hache (contrebasse), Chris Martineau (alto), Julie Läderach (violonselle), Alexis Thérain (guitare), Christian Pruvost (trompette), Sakina Abdou (saxophones, flûte à bec), Vianney Desplantes (euphonium), Yoann Scheidt (percussions)

Abbaye de Noirlac, Bruère-Allichamps (Cher), janvier 2020

LagunArte productions LP 08 / www.lagunarte.org

 

Totalement singulier et déjà, pour cette seule raison, excitant. Après un premier disque, «Beraz», paru voici plus de 5 ans avec la même équipe, le tandem Kristof Hiriart - Jérémy Ternoy récidive. Un basque et un nordiste qui n'en sont pas à leur première collaboration (voir en effet le duo «Hermeto»), et qui reviennent avec cet orchestre totalement hors-norme, et un nouveau programme. L'orchestre recèle semble-t-il plus de Nordistes que de Basques, mais l'osmose est totale, autour d'une musique qui mêlerait toutes les sources, du jazz et du rock progressif aux musiques de tous les mondes, et les splendeurs du chant choral ; car les instrumentistes font également chœur. C'est construit, pensé, la forme d'ensemble se dénoue devant nous, et pourtant tout respire la liberté, dans l'écriture comme dans l'improvisation. Côté textes, avantage au Pays Basque avec Beñat Sarasola, Alejandro Bilbao Larrazabal alias Erramun Mazuri, et Manex Erdozaintzi-Etxart. Avec aussi un beau détour par William Blake. Côté musique, chromatisme, mais aussi élans mélodiques comme en conçoivent les musiques popuaires d'ici et d'ailleurs. Cela respire la vitalité de bout en bout, avec des surprises, et des détours, le temps suspendu d'une beauté fulgurante, et le surgissement des voix (du chant au cri) comme autant d'échappées belles (très belles). Bref c'est une œuvre unique en son genre, d'une originalité folle, à découvrir absolument !

Xavier Prévost

.

Un avant-ouïr sur Youtube 

 

Partager cet article
Repost0
29 juin 2021 2 29 /06 /juin /2021 11:08


Paul Lay, piano. Studio Meudon, 3-4 novembre 2020.

Gazebo/L’autre distribution.
Sortie le 25 juin 2021.

Voilà un pianiste qui n’a pas fini de nous surprendre. Impossible à cataloguer (et c’est tant mieux), tel est Paul Lay. Lauréat du Prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz en 2015, il s’est manifesté depuis par un retour aux racines dans un duo avec le trompettiste Eric Le Lann (‘’Thanks a Million’’. Gazebo) et une ouverture sur le contemporain aux côtés de la fulgurante saxophoniste Géraldine Laurent (‘’At Work’’ et ‘’Cooking’’, tous deux chez Gazebo). Le béarnais d’Orthez approche la quarantaine -il fêtera ses 37 ans en juillet- avec sérénité et confiance, assuré d’une vingtaine de « dates » sur scène cet été.

 

 

« Fasciné » par Jelly Roll Morton et Earl Hines, Paul Lay s’attaque aujourd’hui à un autre géant du piano s’il en est, Ludwig van Beethoven. Une commande de René Martin, le patron des Folles Journées de Nantes pour les 250 ans de la naissance du compositeur allemand en 2020. « Ce qui m’a frappé, c’est la puissance des formes, analyse le pianiste dans le livret de « Full solo » (Gazebo). Chaque pièce se « tient » magistralement ».Devant de tels monuments, Paul Lay a souhaité préserver un équilibre entre « la perfection » des morceaux et la volonté de l’improvisation.

Avec élégance, légèreté et rythme, Paul Lay visite l’univers de Beethoven, donnant à entendre quelques-unes de ses plages les plus illustres (''La sonate au clair de lune'', la ''Lettre à Elise'', l’'Hymne à la joie'' …) auxquelles il a joint des compositions personnelles inspirées notamment par un séjour dans la cité où le Maître rendit son dernier soupir (Vienne. 1827).  

 

Avec Full solo, l’ancien élève du CNSM signe une œuvre de haute volée apte à séduire tous les amoureux de la bonne musique sans œillères ni préjugés.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

En concert cet été pour Full solo notamment au festival de la Vézère (Corrèze) le 19 juillet, Parc Floral à Paris le 14 août, Bal Blomet (Paris) le 29 septembre. Et également au sein du quartet de Géraldine Laurent le 1er juillet à Niort, le 11 à Porquerolles, le 31 juillet à Andernos et le 3 août à Marciac. Et avec son trio le 12 juillet à Chaumont, le 24 au Parc floral de Paris, le 7 août à Sisteron.

 

Partager cet article
Repost0
27 juin 2021 7 27 /06 /juin /2021 21:30

Vincent Lê Quang (saxophones soprano & ténor), Bruno Ruder (piano), Joe Quitzke (batterie), Guido Zorn (contrebasse)

Pernes-les-Fontaines, décembre 2019

La Buissonne RJAL 397038 / PIAS

 

Dès les premières notes de piano (un arpège de do où la tierce, absente, est bien sous-entendue comme mineure), le sortilège est là. Les tambours sollicités par des mailloches qui font entendre ce que seraient des graves de piano étouffés avec la main confirment cette magie noire. La basse rôde et le soprano fait son entrée de velours. En moins d'une minute on sait que l'on entre dans une intensité musicale au sommet. Éternelle comme le suggère le titre ? Pourquoi pas. Une entrée dans un univers de très grande musique. Libre, émancipée des codes et langages, tout entière contenue dans l'évidence de la forme et la sensualité du son. Tout semble ici reposer sur la connivence tissée par ces musiciens depuis 12 ans, ce tétralogue de chaque instant d'où surgissent sans cesse, pour nous qui écoutons, surprise ou étonnement. Pourtant habitué à guetter dans chaque mesure, ou chaque groupe de mesures, ce qui pourrait advenir au-delà, je renonce assez vite : l'échec de mon anticipation abolirait le plaisir de l'écoute. Alors je fais allégeance à cette loi du plaisir immédiat, assuré que d'autres écoutes ouvriront de nouveaux horizons. Advient l'instant du ténor, à la troisième plage : force d'expression intacte, et interaction toujours avec les autres musiciens, comme s'ils avaient décidé une fois pour toute de faire langue commune, sans préjuger du langage qui se forge et se transforme au fil des barres de mesure. C'est à la fois une navigation à vue et une imparable vision du but à atteindre : c'en est fascinant. Le saxophoniste signe 9 titres mais laisse à chacun de ses partenaires la plume pour une plage, occasion de confirmer leur adhésion à cette musique qui est décidément collective. Après une espèce d'interlude pour piano seul (mais sur une composition du saxophoniste ?) accroît encore l'intensité du mystère, jusqu'à ce que la plage suivante marque le retour du soprano, en majesté, timbrant parfois sensuellement dans le grave. Un hommage appuyé à Wayne Shorter dans une plage, et dans toutes une déclaration d'amour au son et à la musique : magistral !

Xavier Prévost

.

Un avant-ouïr sur Youtube 

 

Partager cet article
Repost0
26 juin 2021 6 26 /06 /juin /2021 17:11

Ludovic Ernault (saxophone alto, composition), Enzo Carniel (piano), Florent Nisse (contrebasse), Simon Bernier (batterie)

Vincennes, 21 février 2019 & Le Perreux-sur-Marne, janvier 2020

Fresh Sound New Talent FSNT 619 / Socadisc

 

Après le remarqué «Dreamland», enregistré en 2016 (Fresh Sound FSNT 580), le grand saut dans le vertige de l'enregistrement 'Sur le Vif', à l'Espace Sorano de Vincennes. Ce qui frappe dès l'abord, c'est cette très forte sensation de GROUPE. Certes le saxophoniste est le leader, et il signe le répertoire, mais tout semble conçu pour être goûté dans la texture collective. On n'est pas dans la logique du soliste accompagné, plutôt dans l'élaboration d'une très savante dramaturgie, où le grand talent de chacun des partenaires peut s'exprimer dans cette logique musicale qui serait une sorte d'idéal de la forme collective. Le saxophone évolue avec une apparente liberté (en fait c'est une expression inspirée autant que nuancée, dans une cadre formel d'une grande mobilité). Un seul titre, Reina, a été enregistré sans public, presque un an après le concert qui forme l'essentiel de ce disque, mais l'esprit demeure le même, celui d'un instant collectif, temps suspendu qui va revivre pour chaque auditeur. On a parlé à propos de ce saxophoniste de l'influence de Lee Konitz et Mark Turner, ce qui est est vérifiable, notamment dans cette sorte de savante liberté qui chemine hors des sentiers battus sans jamais abdiquer la notion de cohérence musicale. On a évoqué aussi Tristano (perceptible justement dans un sens de la forme bien réel, mais sans être prisonnier des codes). Monk aussi, notamment par une certaine liberté dans le choix des intervalles, et dans la façon de subvertir une structure canonique par des tensions harmoniques très acérées. Bref c'est un belle réussite, et qui (c'est le propre des très bonnes musiques) ne livre pas tous ses secrets à la première écoute....

Xavier Prévost

.

Le groupe est en concert le 29 juin à Paris au Sunside, avec en invité le vibraphoniste Simon Moullier

Partager cet article
Repost0
22 juin 2021 2 22 /06 /juin /2021 12:25

Régis Huby (violon, violon ténor, électronique), Bruno Chevillon (contrebasse, électronique), Michele Rabbia (batterie, percussions, électronique)

Pernes-les-Fontaines, 21-22 octobre 2020

Abalone AB 033 / l'autre distribution

 

Créé voici tout juste 4 ans (chronique du CD «Reminiscence» en suivant ce lien ), ce groupe pourrait s'écouter sur le mode de la singularité partagée. Oxymore ? Peut-être, mais aussi clé d'écoute pour ce trio d'improvisation, une impro revendiquée dans un geste sans coupes ni calculs, un mouvement collectif de parfaite osmose d'où surgissent pépites, surprises, emportements, digressions.... Le violoniste et le percussionniste se sont croisés dans un quartette avec Marc Ducret et Bruno Angelini ; et aussi dans une version élargie du trio de cordes IXI qui accueillait, notamment, Michele Rabbia. Pour l'autre binôme fondateur je garde un souvenir ému d'un concert-impromptu en duo de Régis Huby et Bruno Chevillon (il existe des extraits vidéos sous le titre 'Jazz at Home'), où la connivence atteignait des sommets inouïs. Sans parler du sextette 'Simple Sound', où le violoniste emmenait une aventure musicale et sonore d'une absolue singularité. Bref ils sont armés de leur passé autant que de leur goût du risque, et leur exceptionnelle musicalité fait surgir au fil des plages tout un monde lointain que l'on rêverait d'inventer. Une musique captée dans un lieu exceptionnel, le studio de La Buissonne, par un sorcier du son qui est aussi un maïeuticien de l'objet musical : Gérard de Haro. On aurait aimé être là, pour vivre ce moment occultiste, où les esprits surgissent des limbes pour nous saisir non d'effroi mais de félicité. Parfois la pulsation s'invite, entêtante, obsédante, avant de se dissoudre dans des assemblages inattendus. Un beau texte de Stéphane Ollivier accompagne le CD, et il nous aide à nous plonger plus encore dans les profondeurs de cette musique de sortilèges : «….la musique de Codex, à la fois lyrique et romanesque, ouatée, méditative et violemment pulsionnelle, sonne au final comme une sorte d'ambient dont la temporalité serait définitivement moins statique que savamment 'ralentie' par cette mise à distance réflexive».

Xavier Prévost

.

Un avant-ouïr sur Soundcloud

 

 

Partager cet article
Repost0
20 juin 2021 7 20 /06 /juin /2021 15:21

Sophia Domancich (piano, piano électrique)

Malakoff, 31 janvier & 15 mars 2020

PeeWee! PW 1001 / https://peeweelabel.com/fr/albums/2

 

Le grand jour, c'est celui de la renaissance du label PeeWee !, le 28 mai 2021, dont c'est la toute première référence dans ce retour du phénix. C'est aussi la lumière toute nouvelle qui illumine le magnifique Django, composé par John Lewis quelque temps après la mort du guitariste manouche. Sophia en donne un éclairage inattendu, contournant la continuité mélodique pour mieux atteindre au cœur du sujet. Un éclairage en forme de clair-obscur, une sorte de postérité positive à ce grand trésor de mélancolie. Et au fil des plages les idées fusent, mélange de spontanéité et de réflexion sur la forme en mouvement. Sophia, qui a tracé sa route dans la musique sans jamais transiger sur son absolue singularité nous livre une fois encore une œuvre de musique qui traverse des mondes que l'on croirait étanches les uns aux autres et qui, par un sortilège qui lui est propre, se répondent ou fusionnent, selon les instants. Pensée musicale en mouvement, sensualité du son : pas à pas, on est embarqué pour de bon. La formidable maîtrise de l'instrument et des langages auxquels elle donne accès n'est jamais une entrave à cette quête d'inouï ; c'est comme un supplément d'âme, un moyen de repousser encore l'horizon à mesure que l'on croirait s'en approcher. Une expérience musicale qui tiendrait à la fois d'un contact intime avec la matérialité du son et de la méditation métaphysique. Paradoxal, captivant, MAGNIFIQUE !

Xavier Prévost

.

Un avant-ouïr sur Youtube 

À venir très prochainement sur ce site, la verbatim de l'entretien accordé par la pianiste à Jean-Marc Gélin dans l'émission Jazzbox sur Radio Aligre FM

Partager cet article
Repost0
17 juin 2021 4 17 /06 /juin /2021 14:40

Thomas Julienne (contrebasse, compositions, texte), François Vaiana (textes), Ellinoa (voix), Boris Lamerand (violon & alto), Antonin Fresson (guitare), Tom Peyron (batterie )

Invités :

Les Enfants d'Icare : Boris Lamerand & Antoine Delprat (violons), Olive Perruson (alto), Octavio Angarita (violoncelle)

Loïs Le Van (voix), Laurent Derache (accordéon), Sébastien Llado (trombone), Anissa Nehari (percussions)

La Briche (Indre-et-Loire), janvier 2021

Déluge DLG 008 / Socadisc


 

Nouvel opus de ce groupe singulier qui cultive l'exigence musicale, le lyrisme et la pluralité des inspirations. La musique est toujours signée par le contrebassiste Thomas Julienne, leader du groupe, qui signe aussi l'un des textes, les autres étant dévolus à François Vaiana, musicien-chanteur mais ici seulement auteur. Certains rythmes fleurent bon le Proche Orient ou l'Europe Centrale. Voix impeccablement inspirée d'Ellinoa, à qui Loïs Le Van donne une belle réplique sur un titre. Mélodies sinueuses, harmonies riches et tendues, inflexions musicales très poétiques, et arrangements extrêmement aboutis : c'est vraiment de 'la belle ouvrage', du travail d'artisans-artistes qui connaissent l'importance du sentiment esthétique et le prix de l'effort. Vivifiante incursion du trombone de Sébastien Llado dans un thème au titre de combat (Tomorrow Riots) dont la bouillonnante énergie tranche sur la relative retenue de l'ensemble. Comme pour le disque enregistré en 2018, je ne résiste pas au plaisir de redire que certains thèmes, par leurs volutes lyriques, et d'une grande liberté harmonique, ravivent en moi le souvenir ému du disque «Cinq Hops» de Jacques Thollot (1978). Les vieux amateurs sont d'incorrigibles nostalgiques....

Xavier Prévost

Partager cet article
Repost0
15 juin 2021 2 15 /06 /juin /2021 23:25

Adrien Moignard (guitare électrique), Diego Imbert (contrebasse), André Ceccarelli (batterie)

Label Ouest 3560530405326 / Socadisc

 

Je dois bien l'avouer : je suis fan de ce guitariste depuis plus de dix ans. C'est l'Ami Franck Bergerot qui me l'avait fait découvrir, et le 23 janvier 2010, centenaire de Django Reinhardt, je l'avais invité au Studio Charles Trenet de Radio France pour un concert 'Jazz sur le Vif' qui célébrait Django. La veille, Adrien avait joué à Copenhague avec le Danish Radio Big Band pour la même commémoration : mes anciens collègues de la radio danoise avaient oublié d'être sourds....

Mais n'allez pas croire que ce musicien soit un épigone servile du Grand Manouche : loin s'en faut ! Et il le prouve une fois de plus avec ce disque, où il est excellemment entouré par deux Maîtres de leurs instruments respectifs. Ces deux partenaires lui fournissent un terrain de jeu idéal, un cadre souple, mais d'une assurance absolue, qui lui permet de donner libre cours à sa volubilité. On est loin de Django quand dès la première plage, et encore ensuite, il nous entraîne du côté de Wes Montgomery. Et puis il reprend un thème de Jaco Pastorius, mêle compositions personnelles et standards (y compris des standards italiens devenus français : Maman la plus belle du monde, ou encore Quoi, paroles de Gainsbourg pour Birkin). Et pour finir il nous offre un Django des dernières années, VampMais quels que soient le style adopté pour tel ou tel morceau, le langage convié, le niveau de risque dans l'improvisation ou la référence musicale (explicite ou implicite), la souplesse des phrases (tout comme leur propension à faire chanter l'instrument) est toujours exceptionnelle. Oui, décidément, Adrien Moignard est un GRAND musicien !

Xavier Prévost

.

Un avant-ouïr sur Youtube 

Le trio est en concert à Paris au Sunset le 17 juin 2021

Partager cet article
Repost0
15 juin 2021 2 15 /06 /juin /2021 17:28
STEVEN JEZO-VANNIER  ELLA FITZGERALD  Il était une voix en Amérique

STEVEN JEZO-VANNIER

ELLA FITZGERALD

Il était une voix en Amérique

 

LE MOT ET LE RESTE

Musiques (lemotetlereste.com)

 

Steven Jezo-Vannier, spécialiste rock et contre-culture (wixsite.com)

 

C'est l'une des premières biographies en français de la chanteuse Ella Fitzgerald, à coup sûr un événement, même si Alain Lacombe lui avait consacré un livre aux éditions du Limon, en 1988. On va enfin en savoir plus sur cette extraordinaire chanteuse, la Voix du Swing, la Première Dame du Jazz, celle qui parvint “au jazz total” selon Duke Ellington qui lui écrivit un portrait en quatre mouvements dont l’insurpassable “Beyond Category”.

C’est le premier intérêt du nouveau livre de Steve Jezo-Vannier pour  Le Mot et le Reste, l’excellente maison d’édition marseillaise qui a publié tous les écrits de ce passionné de musiques, de rock, de contreculture. Mais pas seulement, puisqu’après une biographie définitive de Frank Sinatra, soulignant la force du mythe, l'auteur s’intéresse à Ella Fitzgerald, l’autre  grande star vocale qui réussit à fabriquer son image, à incarner la musique américaine du XXème siècle.

Frank Sinatra et Ella Fitzgerald ont contribué tous deux à changer le statut des chanteurs de Big Band : arrivés au bon moment, ils ont profité de l’évolution du paysage sonore, de l’arrivée des micros qui créèrent une relation plus intime entre le chanteur et son public.

Steven Jezo-Vannier nous livre une nouvelle biographie précise, extrêmement documentée qui suit la chronologie des enregistrements comme des concerts. Comme la chanteuse s’est produite pendant près de soixante ans, dédiant sa vie à la scène, au rythme de 50 semaines par an, avec un peu plus de 200 albums dont 70 vendus à plusieurs millions d’exemplaires, cela représente une matière considérable à exploiter, un travail d’historien que réussit l’auteur en écrivant un récit passionnant, structuré en deux parties consistantes, la première de 1917 à 1955 et la seconde de 1955 à 1995, après un avant-goût impeccable, En coulisses. On suit Ella  dès ses débuts difficiles : jeune orpheline, elle connut la maison de redressement, fit des fugues, vécut dans la rue avant de connaître ses premiers succès (elle remporte un concours amateur de chant à l’Apollo Theater en 1934). La rencontre qui va changer sa vie est celle du batteur chef d’orchestre Chick Webb, “le petit géant” qui eut l’intelligence de la recruter. S’ensuivit une  ascension et une longévité inégalées dans le monde du jazz! La date charnière dans la vie d’Ella est 1955 : le génial producteur Norman Granz ( l’organisateur dès 1946 des mémorables tournées de Jazz at The Philharmonic ) prit en main sa carrière, créa le label Verve Records pour  enregistrer le Great American Song Book, donnant ainsi une dimension patrimoniale au jazz. En manager avisé, il lui fit enregistrer  le double album consacré à Cole Porter (admiratif de la diction de la chanteuse) et encouragea la collaboration fructueuse avec Louis Armstrong dans Ella & Louis avec Oscar Peterson au piano, puis le célèbre Porgy and Bess d’après Gershwin.

Ella Fitzgerald fut l’une des premières à se produire en Europe : à Berlin, elle donna en 1960 une version d’anthologie de “Mack The Knife” d’après l’Opéra de Quat’ Sous. Avec son producteur, ils réussirent enfin, et ce n’est pas la moindre de leurs contributions, à porter le jazz dans des lieux où il n’avait pas sa place, oeuvrant pour de meilleures conditions en tournées, des cachets plus importants et des contrats exigeant un public mixte.

Ella vivait la musique comme un sacerdoce : très secrète, elle a sacrifié sa vie amoureuse et sa seule famille fut son public. Celle que Pascal Anquetil, dans ses Portraits légendaires du jazz, nomme "l’éternelle jeune fille du swing" n’en resta pas là, sut évoluer constamment avec la musique: du swing, elle passa au bop sous l’influence de Dizzy Gillespie et continua sa vie durant à incarner le jazz, dans toute sa diversité. Elle qui était née en 1917 avec le jazz, a grandi et s‘est épanouie avec lui, en même temps que lui.

Dotée d’une voix exceptionnelle ( trois octaves) qu’elle garda jusqu’au bout, même quand son corps lâchait, elle créa aussi  un art vocal qui épousait la mélodie tout en se libérant du sens des mots, le scat. Elle ne faisait rien qui ne soit très musical, avec une exceptionnelle plasticité, alors qu’elle ne savait pas lire la musique. Toujours avec détermination et joie de vivre. Une “belle personne” solaire et pourtant humble, doutant d’elle même, dévorée par le trac avant les concerts “ J’espère qu’ils vont m’aimer”, répétait-elle.

On peut lire ce livre dans l’ordre, l’histoire d’une vie dédiée à la musique ou revenir sur un chapitre particulier au titre de chanson ( l’une des marques de fabrique de la maison d’édition) qui renvoie à un album précis, un enregistrement, ou un concert d’anthologie.

Saluons une nouvelle réussite pour cet auteur fasciné par son formidable sujet.

 

Sophie Chambon

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
11 juin 2021 5 11 /06 /juin /2021 21:15

Mikko Innanen (saxophones alto, baryton & sopranino), Cedric Piromalli (orgue), Stefan Pasborg (batterie)

Copenhague, 26-27 février 2020

Clean Feed CF566CD / Orkhêstra

 

Un saxophoniste finlandais, un batteur danois, un pianiste français.... et un label portugais : un cocktail comme en concocte la vie européenne du jazz, avec les rencontres au gré des scènes et des orchestres. Mes activités passées, qui m'on fait bourlinguer dans le jazz du vieux continent, m'ont valu de croiser Mikko Innanen en diverses occasions, notamment son passage dans le European Jazz Youth Orchestra, institution européenne pilotée par le Danemark, et qui fusionnera ensuite avec l'orchestre de jazz de l'Union Européenne de Radiotélévision. J'avais écouté Stefan Pasborg dans des groupes auxquels participait Marc Ducret. Et je me suis maintes fois régalé à l'écoute de Cédric Piromalli pianiste, finaliste en 2002 du Concours International de Piano Jazz Martial Solal ; et encore au sein du groupe Triade, avec Sébastien Boisseau et Nicolas Larmignat, puis en l'invitant plus tard pour un concert solo à Montpellier, et aussi en l'écoutant voici un peu plus de 5 ans en trio avec Daniel Humair et Jérôme Regard. Et j'apprécie vivement l'organiste, entendu avec le trio West Lines ou le quartette Plumes. Autant dire que l'arrivée de ce CD dans mon escarcelle ne pouvait me laisser indifférent.... Le disque commence par un classicisme du meilleur aloi, en rapport avec l'histoire de cette instrumentation. Mais dès la deuxième plage un vent de liberté, voire d'audace, va planer sur le trio. Un lyrisme palpable va se résoudre en échappées multiples de chacun. Une espèce de calypso sera l'occasion de revenir vers le festif, mais le traitement du rythme et de l'improvisation est ici de haut vol. Ces constants va-et-vient entre lyrisme et effervescence se font en toute musicalité, et le disque est plus que recommandable : assez jouissif.

Xavier Prévost

.

Courte vidéo d'aguichage sur Youtube 

Partager cet article
Repost0