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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 10:58

Black and Blue 2012

Sylvia Howard (vc), Georges Dersy (tp), Jean-Sylvain Bourgenot (vtb), Christian Bonnet (ts, arr), Antoine Chaudron (ts), Jacques Carquillat (p), Jean de Parseval (elb), + Alain Chaudron (dm), Jean-Pierre Jackson (dms)

 Sylvia-Howard.jpg

Ça fait plaisir de recevoir dans sa boîte des petites galettes comme ça ! Des trucs qui fleurent le jazz à papa. Des trucs qui se la racontent pas. Pas des machins qui prétendent toujours révolutionner le jazz mais au contraire de petits bonbons qui ne demandent juste qu’à se (et à nous) faire un plaisir en jouant de sacrés saucissons bien goûtus mis en boîte par Black and Blue, le lendaire label du jazz hexagonal.

Et dans cet album de la chanteuse Sylvia Howard mis en bouche par quelques érudits-musiciens, dont notamment Christian Bonnet qui outre son incommensurable culture du jazz  ( que les lecteurs de BD jazz connaissent bien) nous régale ici de ses talents de saxophoniste et d’arrangeur « gourmand », tout le classique y est passé en revue. Tout ce que le jazz mainstream contient de pépites inaltérables incontournables comme Take the A Train, Fine and Mellow, On the Sunny side of the street, St James infirmary etc etc….. de quoi bien faire chauffer la marmite du swing.

Et celle qui est aux fourneaux c’est Sylvia Howard, chanteuse qui s’inscrit dans la lignée de ces chanteuses noires américaines tombées dans la marmite du gospel avant d’atterrir les deux pieds dans le jazz. Pas étonnant que les influences se mêlent dans sa voix en passant par Sarah, Billie ou Dinah. Mais Sylvia Howard qui pourrait être écrasée par tant de modèles y affiche aussi une réelle personnalité et d’autorité ( ecouter son Saint James Infirmary). Son sens du swing et du blues font merveille même si elle semble parfois un peu impressionnée par la formation qui , derrière , prend des allures de big band. Il faut dire que les arrangements simples et efficaces sont mis en valeur par de forts solides soutiers . Soutiers :  matelots responsables d’alimenter la chaufferie.

A suivre et surtout à écouter prochainement en live. Parlez-en à votre thérapeute préféré !

Jean-Marc Gelin

 

 

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 21:43

 

Seventh tension records 2012

Elie Dalibert (as), Manuel Adnot (g), Arthur Narcy (dm)

 Sidony-recto-recadree.jpg

 

Nous nous étions extasié il y a plus d’un an sur ce jeune groupe qui était alors sélectionné par Jazz Migration ( 2011) et venait de remporter un tremplin à Jazz à Vienne (link)

Pour son troisième album, ce jeune groupe se présente dans la même formation de trio sax, guitare, batterie. Mais alors qu’hier nous étions séduits par cette façon de fabriquer la musique ensemble et par son expressivité, allez savoir pourquoi, ici le charme n’opère plus comme avant.

Bien sûr il y a la performance orchestrale qui impressionne toujours autant. Comment ces jeunes garçons dans une formule aussi simple que le trio peuvent-ils donner autant d’intensité à leur musique, autant d’épaisseur orchestrale et de puissance à leur jeu, là où derrière la mélodie, (ici très anecdotique) une autre forme de musique s’exprime, symbiotique entre jazz-rock et pop. Chacun des trois musiciens est ici totalement impliqué dans un rôle bien défini. Elie Dalibert s’y montre, au sax, un improvisateur exceptionnel alors que Manuel Adnot ancre la musique vers une texture électrique et très rock parfois (trop) saturée et que de son côté Arthur Narcy déploie un énorme volume de jeu et de mise en reliefs sombres.

Cet album joue à la fois sur les ostinatos rythmiques qui créent la dramaturgie ( Girafe) à la limite même du heavy métal parfois (Dark Wizard) ou au contraire sur des moments très espacés, très étirés  jusqu’à l’extrême limite du minimalisme ( Nocturnum ou ce très beau Ambre qui clôture l’album ). Un peu comme ils le faisaient dans le précédent album.

Mais le problème c’est qu’entre ces deux procédés musicaux, le matériau compositionnel semble bien plus faible qu’il ne l’était dans « Pink Paradise ». L’alternative entre en mettre trop ou n’en mettre pas assez peine à émerger. Et ce n’est pas d’ailleurs le très pop Electric Lovequi parvient totalement à réconcilier ces extrêmes. Balaçant sur deux pieds, l'ossature de l'album se révèle à la longue sans grande surprise.

Mais il n’en reste pas moins qu’avec un groupe comme Sidony Box, les jeunes explorateurs du jazz visitent de nouvelles contrées avec un sens du son et de la musique qui peur surprendre et étonner ceux qui ne les connaissaient pas avant. Ceux-là se laisserons à tous les coups embarquer dans l'affaire.

Ce qui est en soi très remarquable.

Jean-Marc Gelin

 

Nous n’avons malheureusement pas reçu le DVD qui est censé accompagner le disque. Gageons qu’un lecteur avisé nous en fera amples commentaires.

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 08:08

50.000 visiteurs a l'expo Django a Paris

Django-cite_2012.jpg
L'exposition Django swing de Paris aura attiré 50.000 visiteurs a la Cité de la musique à Paris entre le 6 octobre et le 23 janvier.
Il est vivement recommandé de retrouver les grands documents de l'expo mise en place par Vincent Bessières dans le catalogue édité aux éditions Textuel.

Quant à la musique un coffret publié par le Chant du Monde avec 5 cd permet de retrouver le doigté magique du guitariste gitan.
Jean-Louis Lemarchand

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 22:58

Gaya Music Production 2013

Samy Thiébault ( ts), Julien Alour (tp,fgh), Méta (vc ,perc),  Sylvain Romano (cb), Philippe Soirat (dm), Adrien Chicot (p), Alexandre Freiman (g)

samythiebault.jpg

Attention les oreilles ! Le disque que l'on pressentait, la galette que l'on attendait du jeune saxophoniste prodige Samy Thiebault arrive enfin dans vos bacs. Et n'allez pas dire que l'on ne vous aura pas prévenu !

Disons le tout net : cet album est une vraie tuerie et va faire grand bruit. Pour tous ceux en tous cas qui goûtent au mythe coltranien et qui ne se sont jamais remis de l'un des plus grand quartet de l'histoire du jazz ( Coltrane, Mc Coy Tyner, JimmyGarrisson, Elvin Jones). Car c'est bien sur cette veine que le saxophoniste s'inscrit, après "Gaya Scienza" en 2007 et "Unpanishad Experiences" en 2010 dans une esthétique coltranienne évidente qu'il parvient à détourner tout en lui restant fidèle.

Au titre du judicieux détournement d'abord :  cette idée géniale de faire intervenir un chanteur, Méta,  assez exceptionnel pour faire ressortir au delà d'un ancrage modal fort, des inspirations world ( brésiliennes ou orientales) qui se conjuguent merveilleusement avec cette approche, chantant dans les quarts de tons ou flirtant avec des mélismes poétiques. Mais dans l'amour que le saxophoniste porte à Coltrane il y a aussi le versant plus hard (bop) auquel il se réfère volontiers en s'appuyant alors sur un Julien Alour particulièrement flamboyant et sur une rythmique qui n'a rien à envier aux belles mécaniques du label Blue Note façon 60's ( Some other song) propulsée par un grand Philippe Soirat à la batterie toujours prompt à relever tous les propos. Quelques moments de grâce émergent comme ce " les yeux de N " totalement envoûtant dans une atmosphère flottante déambulée par la voix gracieuse de Méta comme une danse lascive aux arabesques découpées par Samy Thiebault. Et puis il y a la force de l'expression toujours présente, cette force du dire et cette urgence de la poésie brute, terrienne, épicurienne, dionysiaque ( pour reprendre le titre d'un des morceaux). Qu'il y ait là une sorte d'hommage à Baudelaire n'est donc pas surprenant. Cet album est charnel.

Mais à tout seigneur tout honneur, le maître de cérémonie c'est bien le saxophoniste lui même qui prend avec cet album-là une tout autre dimension. Une incroyable épaisseur. Car ce que l'on pressentait sur « Gaya Scienza », ce que l'on guettait comme potentiel chez lui explose ici au point de le hisser au niveau des grands  ténors. De ceux qui affichent dans leur jeu autant de virilité que de sensualité. Avec puissance et velours du timbre. Et sortir un album de cet acabit, avec ce qu'il a de remarquable au niveau de la direction artistique, de la composition, des arrangements et de la conception globale tout en parvenant à hisser son jeu à un tel niveau est quelque chose de rare, qui n'est donné qu'aux plus grands.

Jean-Marc Gelin

 

 

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 07:06

  Chris Cheek (ts), Pierre Perchaud (g), Nicolas Moreaux (cb) + Sergio Krakowski, André Charlier

Gemini Records 2012

 pierre-perchaud-waterfalls.jpg

C'est avec beaucoup de courtoisie et de discrétion que Pierre Perchaud réalise son deuxième album. Loin d'une mise en valeur de lui-même c'est avant tout un écrin qu'il a décidé d'offrir au saxophoniste Chris Cheek. Sur des compositions de toute beauté signées du guitariste, écrites entre deux tournées avec l'ONJ ou au hasard des longs voyages entre deux concerts, Pierre Perchaud avoue avoir écrit spécifiquement en fonction du superbe saxophoniste ténor avec qui, depuis longtemps il rêvait d’enregistrer. Et le moins que l’on puisse dire c’est que celui-ci s’est totalement approprié la musique de Perchaud pour trouver dans les belles mélodies du guitariste matière à improviser avec des accents et un phrasé à la Stan Getz ( Le vieux piano et la lampe). Chris Cheek, saxophoniste incontournable du paysage New-Yorkais contemporain a un sens incroyable de la musicalité, le sens du soyeux, du velours qui enveloppe ces belles compositions Presque comme un chanteur de charme. Une façon de prendre son temps et de laisser s'écouler l'improvisation dans le prolongement naturel de la mélodie. C'est à la fois fort joli et très intimiste. Perchaud quant à lui passe de la guitare électrique à l'acoustique avec des inspirations parfois très folk (voire le très beau Montréal). Il a ce type d'élégance des guitaristes qui le rapproche de quelques uns de ses modèles comme notamment Jim Hall dont on le sens proche sur un standard comme No moon at all ( où l'on pense aussi à ce guitariste oublié, Oscar Moore qui joua notamment avec Nat King Cole).L’ensemble de l’album se déroule ainsi sur un mode soft d’une grande douceur où les trois membres du trio sont véritablement dans l’écoute d’une musique au charme irrésistible. Et c'est lorsque cette musique atteint ce degré de non –prétention, qu'elle se livre avec cette émouvante simplicité elle déploie alors tout son charme.

Pierre Perchaud sera au Duc des Lombards vendredi 25. Il serait vraiment dommage de manquer ce très bel instant de grâce

Jean-Marc Gelin

 

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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 19:44

Bonsaï Janvier 2012

Paolo Fresu (tp,flgh,multi effects), Bebo Ferra (g), Paolino Dalla Porta (cb), Stefano Bagnoli (dms) 

 paolo-fresu-desertico-20130107074635.jpg

 

Avec “Desertico”, Paolo Fresu propose une musique d’une grande beauté qui s’inscrit dans la continuité de son oeuvre. Disposant d’une sonorité feutrée à la trompette ou au bugle évoquant plus la clarté lumineuse de la Méditerranée que la noirceur sombre des ténèbres, Paolo Fresu développe, loin de toute esbroufe et avec le naturel que lui permet une technique accomplie, un discours d’une grande musicalité qui concourt au charme placide distillé par la majorité des morceaux de cet album (Ambre). Toutefois, cette succession de climats uniformes engendre à la longue une impression de monotonie que vient fort heureusement rompre le groove solide de (I Can’t Get No) Satisfaction. Étroitement associés à la réussite de l’entreprise, Bebo Ferra (g), Paolino Dalla Porta (b) et Stefano Bagnoli (dms) du Devil Quartet - un clin d’oeil ironique à l’Angel Quartet, le groupe précédent du trompettiste - font preuve d’un savoir-faire accompli et d’une grande cohésion. Une musique de bonne facture et sans accrocs, dans laquelle il serait vain de chercher le cri qui fait le jazz.

Alain Tomas

 

 

 

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 18:40

 

Mosaic records

mingus-mosaic.jpg

ll y en a des qui devraient être béatifiés. Des qui ont leur place directe au paradis. Tenez pas plus tard que mardi soir, l'Académie du jazz décernait à juste titre ses décorations à Jordi Pujol , patron de Fresh Sound pour le formidable travail de réédition qu'il effectue depuis 30 ans. Et bien moi je dis que Michael Cuscuna, chief editor de Mosaic devrait bien lui aussi se trouver sa place dans le jardin d'Eden des jazzmen. Car voilà des années que cet inlassable chercheur d'or et de raretés nous offre, et de la meilleure des façons qui soit, de sublimes rééditions agrémentées d'inédits épatants. On se souvient notamment du récent coffret Ahmad Jamal paru en 2010.  Aujourd'hui c'est avec Charles Mingus et ses Workshop de 1964-1965 qu'il nous régale encore. Avec un matériau incroyable de 7 Cd’s (dont les deux derniers totalement inédits) et autant d’heures d'écoute de 5 concerts enregistrés entre avril 64 et mai 65. Certaines pièces sont connues mais d'autres jamais éditées ont été exhumées par Sue Mingus la veuve hypra-active et gardienne du temple de son génie de défunt mari.

Le résultat est absolument remarquable.

En 1964, Mingus est au sommet de sa gloire.Toujours en effervescence, toujours prompt à faire émerger les meilleurs combos de la scène américaine, le contrebassiste-compositeur a déjà gravé des chefs d'oeuvre comme Pithécanthropus Erectus, Blue Roots, Mingus Ah Um, The Black Saint and the sinner lady, Mingus ! etc…… En 1964 Charles Mingus poursuit son travail avec des petites formations allant du quintet au sextet et travaille et répète inlassablement, remettant sans cesse l’œuvre sur l’ouvrage. C’est de cette période que date la série de concerts qui sont ici réédités. Les deux premiers cd’s reprennent les enregistrements live à Town Hall ( 4 avril 1964). 5 des 12 morceaux présentés étaient jusque là inédits. Suit le concert de Concertgebouw à Amsterdam 6 jours plus tard. La formation ce des concerts y était mythique. Elle regroupait Johny Coles, Eric Dolphy, Clifford Jordan, Jackie Byard et l’éternel Dannie Richmond. Avec le concert de Town Hall qui ouvre cette série, on atteint déjà des sommets. Il suffirait pour s’en convaincre d’écouter cette pièce magistrale de 27mn (Praying with Eric) qui donne l’occasion à Eric Dolphy d’écrire l’un de ses plus magnifiques chorus.

 

 

 

 

Avec la mort du saxophiniste-clarinettiste deux mois plus tard c’est une autre formation qui se produit à Monterrey le 18 et le 20 septembre 1964 puis Minneapolis le 13 mai 1965. En Californie Lonnie Hillyer prend la trompette, Charles Mc Pherson l’alto et John Handy le ténor. Jacki Byard et Dannie Richmond restant fidèles au poste. Là encore , cette réédition nous donne l’occasion d’entendre plusieurs rareté dont un «  Copa City Titty », jusque là jamais entendu.

 

Les hommages de Mingus «  à sa façon » se multiplient : à Ellington ( Sophiticated lady,  Duke Ellington Meddley), au ragtime et aux grands pianistes ( ATFW pour Art Tatum et Fats Waller) ou encore à Bird ( Parkeriana). Mingus puise bien sûr dans le blues, source d’inspiration première mais aussi dans le jazz New-Orleans qu’il ne rejette pas ( When the Saints go marching in) ou même au mainstream qu’il joue avec bien sûr un clin d’œil un poil ironique ( Cocktails for two). Et ces célèbres ateliers de Mingus aboutissent à un véritable feu d’artifice d’inventivité rageuse, de solistes héroïques, de musique engagée et de créativité qu’il nous est donné d’entendre. Et surtout la concrétisation du génie compositionnel du contrebassiste. Pour preuve de cette créativité collective, ce célèbre Fable of Faubus qui à Town Hall faisait 11’’06 alors que 6 jours plus tard le même thème fait l’objet d’une véritable suite de + de 30mn.

Pour aboutir à réunir ces inédits il a fallu un véritable travail de fourmi qui a été effectué en collaboration avec la veuve de Mingus, avec une partie du matériau trouvé à la Librairie du Congrès ou encore avec d’autres pièces dénichées  dans l’obscure collection du festival de Monterey et conservées par le label de Clint Eastwood. Le livret qui accompagne la musique est lui aussi remarquable tant pour ses liners notes signées Sue Mingus et Brian Priestly que par les photos magnifiques qui les accompagnent.

Autant dire que ce travail de réédition exceptionnel devrait valoir à Michael Cuscuna au minimum sa place au Paradis.  

Quant à Mingus ne vous inquiétez pas pour lui, il l’y attend depuis belle lurette.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 18:35

 

Jazz impressions

Editions  Alter ego 

Ce livre vient de recevoir le prix de l’ Académie du Jazz dans sa catégorie !

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« La gloire est le soleil des morts » peut on lire dans Illusions perdues.

Après la période de fête où les livres, albums, CDs, DVDs se sont vendus dans une extrême urgence selon des thématiques porteuses, peu de chance de revendre sur ebay, ce petit bijou concocté une fois encore par le romancier du jazz, le feuilletoniste de cette musique dont nous pouvions suivre les émissions sur France Musique.

Alain Gerber est  un expert de cette musique  qu’il connaît intimement depuis des décennies. Il s’enest fait plus encore que l’historien et la mémoire vivante, le romancier, et on ne sait jamais quelle est la part exacte de fiction dans ses livres.
Cette fois, il explore une thématique passionnante sur les oubliés du jazz, ces mal aimés,  les « seconds couteaux » qui s’illustrèrent comme les acteurs du cinéma américain des séries B, voire Z ( je pense à l’impeccable Robert Ryan, le « good bad boy » qui n’eut jamais  la notoriété des stars les plus révérées, les Cooper, Stewart, Gable, Grant ).

L’approche chronologique étant trop académique, Alain Gerber s’intéresse à ces malheureux, ces méconnus qu’il classe ingénieusement  par instrument, sans oublier la voix ( 4 seulement  dont Eddie Jefferson, Jelly Roll Morton, Frank  Rosolino et la seule femme de la liste Lorez  Alexandria ). Il propose en quelque sorte une autre histoire, alternative du jazz. Comment ces musiciens faisaient-ils pour ne pas (trop) attirer l’attention sur eux ? Pour arriver à exprimer ce qu’ils voulaient dire en gardant dans l’esthétique des majors, une position marginale, en faisant figure d’ indépendant. Comment est on passé à côté de ceux qui se sont laissés détruire par leur passion et leur rage, impuissants à affronter leur démons intérieurs et la part neuve de leur musique ? Ainsi sont évoqués Jimmy Rowles, Connie Kay, Israel Crosby, Michel Warlop, Sonny Stitt, Lucky Thompson, Charlie Ventura, Teddy Edwards, Illinois Jacquet. Plus curieusement, mais le choix est pertinent, le pianiste Martial Solal  fait partie de la liste, « cas d’école ... immense artiste... un créateur dont l’apport inestimable reste trop largement méconnu. »

Ce dictionnaire suit l’itinéraire personnel d’Alain Gerber qui réécrit l’histoire du jazz en portraits délicats et souvent mélancoliques, retrace la chronique amère de ces années jazz,  décrit ces parcours sinon flamboyants, du moins terriblement difficiles de ces musiciens, soulignant et vengeant leur solitude : il a rêvé la parole singulière de tous ceux qui pouvaient déclarer ne rien avoir à dire, « je préfère ne pas ».

Un lyrisme fiévreux, une éloquence parfois emphatique mais avec ce goût réel des mots et des phrases qui sonnent, avec ce sens imparable du tempo. N’oublions pas que ces papiers ne paraissaient pas dans les feuilles de choux, même spécialisées, mais étaient lus à la radio par leur auteur lui même, de sa voix calme, un peu blanche –rien à voir avec les commentaires studieux de Patrick Brion au Cinéma de minuit. En poursuivant l’analogie  entre jazz et cinéma,  on peut  trouver des points communs : l’époque, la suprématie américaine des majors (ici des studios), la domination des Américains dans des formes artistiques qui leur sont propres avec quelques artistes « contrebandiers » qui usent du système insidieusement plutôt que d’essayer de le combattre, qui en seraient ouvertement  les iconoclastes[1]. Mais la plupart ont payé le prix fort de leur indépendance et de leur talent. Ils n’arrivaient pas toujours “in the right time and in the right place”. Too bad!  

Sophie Chambon



[1] Lire à ce propos l’article Voyage avec Martin Scorsese à travers  le cinéma américain (Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma) ou voir le documentaire  A personal  journey through American movie.

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 22:44

 

 

 

Avec « Petit dictionnaire incomplet des incompris » (Editions Alter ego), ouvrage dédié aux héros de l’ombre de l’histoire du jazz (de Lorez Alexandria à Attila Zoller), Alain Gerber a obtenu le Prix du livre de jazz 2012 décerné par l’Académie du Jazz. Le prix vient ainsi récompenser pour la deuxième année consécutive l’éditeur Joël Mettay lauréat en 2011 avec « Ko-Ko » d’Alain Pailler. Absent de la cérémonie de remise des trophées le 15 janvier au Théâtre du Chatelet, le journaliste-romancier avait adressé un message-qui fut lu par le comédien Smaïn-en forme d’hommage à Jean-Louis Ginibre, rédacteur en chef de Jazz Magazine de 1962 à 1971, décédé le 9 décembre dernier à Los Angeles.

Voici dans son intégralité le texte de ce message :

 

 

« C’est un paradoxe si l’on prend en compte la valeur des mots, mais le fait est qu’il est encore plus gratifiant de donner un peu que de beaucoup recevoir. C’est pourquoi, ayant reçu de cette académie (Jacques Aboucaya et Pierre de Chocqueuse, entre autres, le savent bien) plus que je n’aurais osé en espérer, je vais décupler mon plaisir en décernant un prix à mon tour. À titre tout à fait personnel, mais aussi, par malheur, à titre posthume pour ce qui regarde l’heureux lauréat : Jean-Louis Ginibre.

Il y a près d’un demi-siècle, je vivais tranquille dans ma province, à la tête d’environ trois cents disques (je passais là-bas pour un entasseur à demi fou), de la poignée d’ouvrages sur le jazz alors publiés dans la seule langue que je pouvais lire, et de collections encore minces de Jazz Hot et de Jazz Magazine. J’imaginais — j’imaginais vraiment — les critiques de jazz comme un aréopage de vieux messieurs omniscients, extrêmement barbus, extrêmement dignes, extrêmement décorés, parangons de l’exigence intellectuelle et de la rectitude morale. Ginibre, un beau jour, à la suite d’une initiative que j’avais eue et que je regrettais déjà, m’a déclaré tout à trac que je serais l’un d’eux. Aux avantages du privilégié s’associait ainsi la sombre jouissance de l’usurpateur. J’ai sauté dans le train de Paris, afin de rencontrer cet homme étrange. Au terme de notre entretien, il m’annonça qu’il allait me présenter quelques-uns de mes futurs confrères. Et quelle fut la première de ces graves sommités qui passa la porte de son bureau ? Philippe Carles, alors âgé de vingt-trois ans (ndlr : rédacteur en chef de Jazz Magazine de 1971 à 2006, auteur avec André Clergeat et Jean-Louis Comolli du Dictionnaire du Jazz chez Robert Laffont). En ce temps-là, les hommes portaient encore la cravate. Sans cela, je crois que ma déconvenue eût été sans borne.

C’est une question que je me suis souvent posée et que je me pose encore : par quel excès d’abnégation, Jean-Louis, toi, né rédacteur en chef, as-tu pu t’accommoder de mon ignorance en tant qu’amateur, de mon incompétence en tant que journaliste, de mes prétentions tout à fait déplacées en tant qu’homme de plume, et de toutes ces certitudes, aussi farouches qu’irraisonnées, dont, moi-même, je ne suis pas encore parvenu à me débarrasser aujourd’hui ? Cependant, les illusions que tu avais librement décidé de te faire sur mon compte auront accouché d’une réalité irréfutable : le mélomane professionnel que je suis, l’homme de radio que je fus, nombre des livres que j’ai publiés, les distinctions qu’ils ont reçues plus souvent qu’à leur tour. Dans cette mesure, j’espère de tout cœur que ceux qui, une fois de plus, m’ont fait ce cadeau, dont ils ne mesurent sans doute pas à quel point il me touche, me pardonneront si je leur avoue que toutes les récompenses du monde ne sauraient me bouleverser davantage qu’une simple phrase de Carles. Ayant lu ce Petit dictionnaire, il m’a écrit que notre ancien patron l’aurait apprécié.

Voilà, c’est après quoi j’aurai couru toute ma vie : soumettre enfin à Jean-Louis Ginibre un texte qui ne l’oblige pas à faire preuve d’indulgence. Même à titre posthume, je vous jure que ça vaut le coup. »

J.-L.L.

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 08:25
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