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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 08:42

 

Out Note 2012

Stéphane Kerecki (cb), Matthieu Donarier (ts, ss), Thomas Grimmonprez (dms) + Bojan Zulfikarpasic (p, fder), Tony Malaby (ts, ss)

 kerecki-sound.jpg

Stéphane Kerecki, après une parenthèse enchantée, enregistrée en duo avec le pianiste John Taylor, reprend son trio et le format de « Houria » ( celui avec le saxophoniste Tony Malaby **** STEPHANE KERECKI TRIO featuring TONY MALABY : “Houria” ) auquel il ajoute un invité de choix, le pianiste Bojan Z.

Le trio se meut donc en quintet. Et encore une fois l'énergie, la pulse et le sens du jouer ensemble emportent tout. Mais il y a aussi autre chose. Une vraie écriture de Kerecki qui, au-delà de ses talents de rassembleur et d’orchestrateur, au-delà de ses talents de contrebassiste, éclate ici dans sa dimension de compositeur. Son écriture navigue entre les déambulations shorterienne ( le scaphandre et le papillon) portant sur les mêmes flottements et parfois aussi les mêmes dérives. Sa musique peut être sage et sauvage à la fois, tripale autant que réfléchie. Et c’est bien tout le sens de ce titre éponyme, Sound Architect qui montre bien cette démarche d’organisation de l’espace sonore, ce sens du découpage presque géométrique. La démarche n’est pas facile d’autant que Tony Malaby et Matthieu Donarier se partagent cet espace chacun jouant du ténor ou du soprano mais chacun aussi se complétant à merveille. Les thème sont magnifiques comme La source par exemple où l’énergie circulante s’empreint de gravité et d’urgence. Et il y a aussi Tony Malaby dont le son est à chaque fois qu'il s'exprime, un événement en soi. Quoiqu'il soit amené à dire, il le dit en exprimant le jazz et tout son lot des grands saxophonistes qui l'ont précédé ( il a la raucité de Rollins, la déchirure d'Ayler et le phrasé de Shorter....). Pièce maîtresse de ce dispositif, Tony Malaby déchire le rideau, grave l’espace, complice d’un Donarier qui lui, le cisèle et l’orfèvre. Petite concession à Bojan Z un Serbian Folk Song thème collectif composé par le pianiste , Kerecki et Grimmonprez et qui, placé en début d’album, n’entre pas réellement dans l’esthétique de l’album. Mais cela ne fait pas oublier l’énergie qu’apporte le pianiste et surtout les couleurs harmoniques qu’il impose.

Emerge alors la dimension d’un grand album de jazz. Un album où le collectif s'impose avec brio. Un album encore essentiel dans ce groupe majeur.

Jean-Marc Gelin

 

 

L'interview : Stéphane Kerecki, la construction de soi

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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 20:58

 

Brad Mehldau (p), Larry Grenadier (cb), Jeff Ballard ( dms)

Nonesuch 2012

mehldau-trio-where-do-you-start.jpg

Attention très grand disque. Très très grand disque. N’allez pas chercher à savoir ce qu’il y a d’exceptionnel dans ce nouvel album du pianiste. C’est juste LE trio parfait. Celui qui peut tout jouer avec la même fusion et la même empathie. Mehldau + Ballard + Grenadier atteignent tout au long de cet album à la quintessence du trio. Parce que les trois, dans le même moment parviennent tout simplement à hisser leur jeu à un niveau exceptionnel. Ils se connaissent bien, s’inscrivent dans la permanence du trio, semblent à chaque album dépasser un nouveau cap. Et peu importe au fond ce qu’ils jouent, ils pourraient rendre à la postérité n’importe quel thème qu’il fut ou non tiré du répertoire.

Et pourtant ils brassent large. Les terres en friche de Meldhau sont vastes et si le pianiste ne compose guère qu’un seul titre de l’album, il va le chercher un paysage musical varié. Adepte, on le sait, de régénérescence de la pop music Brad Mehldau ouvre sur un titre du guitariste rock Jerry Cantrell ( Got me wrong), va chercher chez Nick Drake un superbe  Time has told me tiré du superbe album "Five leaves left" et ici totalement réinventé ou encore va puiser du côté de Jimi Hendricks et de Hey Joeoù Brad Mehldau vire au blues un peu sale.

 

 

 

Mais le pianiste, va aussi chercher dans le répertoire hard bop avec Rollins ( Airegin) ou Clifford Brown ( Brownie speaks) où le pinaiste ne cherche pas la modernité mais au contraire s’inscrit dans la pure lignée des grands pianistes bop. Et il ne serait pour s’en convaincre que d’écouter ses talents d’improvisateur bop sur Airegin où il montre tout ce qu’il doit au jazz et aux maîtres (Oscar Peterson dans le jeu de Meldhau !) et combien il en prolonge l’âme.

Il y a de l’intensité dans ce trio. Quelque chose où le légereté du jeu de Meldhau s’acoquine à la gravité de Larry Grenadier ( au passage exceptionnel) et au drive d’une finesse de dentellière et méga énergique de Jeff Ballard. A l’image de cet Aquelas Coisas Todas, thème du compositeur guitariste Brésilien Toninho Horta auquel d’ailleurs un autre pianiste, Manuel Rocheman rend ces jours-ci un bel hommage.

Brad meldhau est un amoureux des chansons et des belles mélodies. Son job et celui de ses compagnons de jeu n’est pas d’en tirer prétexte mais d’en faire un sujet en soi. De les magnifier. De les exprimer. Littérairement. Magistralement.

Jean-Marc Gelin

 

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 19:34

Les Disque de Lily 2012

pierre-durand.jpg 

Il faut être sacrement audacieux et avoir un producteur totalement inconscient pour partir comme ça tout seul enregistrer en studio à la Nouvelle Orléans un album de guitare solo. Qui plus est lorsque cet album résonne comme un voyage existentiel au plus proche de ce que sont ses propres racines musicales, album introspectif s’il en est. Mais attention chez Pierre Durand introspectif ne veut pas dire roboratif et maniaco-dépressif. C’est tout le contraire. On est ici dans le domaine de la quête personnelle. Une mystique en quelque sorte. Et il n'y a rien d'étonnant à ce que l’album s'ouvre sur un thème dont le titre est "Coltrane", certes le moins orléanais des musiciens de jazz mais en qui Pierre Durand semble se trouver comme en fraternité, comme avec tout ces musiciens en quête de leur propre substrat musical.

 

Pierre Durand est un guitariste incroyable. Une sorte d’homme fait guitare. Artiste totalement investi dans son art comme on peut le voir, physiquement sur scène où la musique semble lui traverser le corps. Il traîne sa bosse dans le gotha du jazz depuis des années. Fidèle serviteur d'une musique qui n'est pas la sienne il s’est ainsi mis au service de formations prestigieuses comme celles de François Jeanneau ou encore de Daniel Yvinec. On l’a vu aussi  récemment dans le superbe album de David Patrois ou encore dans le staff d’Archie Shepp autour de Atica Blues revisited.

 

Il était temps de rentrer désormais dans l’univers propre du guitariste, dans sa propre intimité musicale. Et quoi de mieux pour cela que cette mise a nu totalement impudique, que cet l'exercice solitaire et néanmoins équivoque du solo.

Au cœur du Delta, Pierre Durand dans les studios mythiques de Piety Street s'aventure ainsi sur les terres du jazz, jette des ponts entre l'africanité et le blues du Croissant ( When i grow too old) ou s'offre un hommage à la musique de John Scofield-ce-heros objet d'une digression toute personnelle ( Who damn is john scofield). Porteur de couleurs et surtout travailleur acharné du son (sonorité et résonance) et architecte des espaces sonores (où les silences joue d'ailleurs un jeu essentiel) Pierre Durand sait tout faire avec sa guitare au point de donner parfois l’impression d’être plusieurd, de sembler dialoguer avec lui-même. Les cordes claquent, tranchantes parfois, moelleuses souvent, le son est glissando et Pierre Durand n'hésite pas a se salir parfois, a rendre le son un peu crade quand il le faut (il faut absolument qu’il aille le faire écouter a Scofield !). Mais il y a surtout de la profondeur dans cet album là. Et tout à son histoire égocentrée Pierre Durand s'offre même le luxe de faire venir dans le studio Nicholas Payton sans lui faire jouer la moindre note à la trompette mais juste pour la voix qu'il pose, aux côtés de John Boutè, sur un thème un peu décalé, beau presque religieux mais pas franchement réussi (et qui perso m'évoque plutôt une after avec I muvrini !).

Tout au long de cet album-ovni qui ne ressemble à rien, tout au long de cet espace méditatif, on est frappé par le gros travail d'écriture remarquable et par celui des explorations harmoniques hallucinantes (comme sur les amants). Et l’on reste impressionnés par la dimension de Pierre Durand, improvisateur assez dement !

Il resterait simplement à tous les programmateurs de franchir le pas. Il le mérite amplement. A condition que l’audace soit aussi partagée.

Jean-Marc Gelin

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 18:33

Le saxophoniste et compositeur américain David S. Ware nous a quitté le 18 octobre 2012  des suites d'une longue maladie des reins.

Il était connu pour avoir été le saxophoniste de Cecil Taylor et avoir mené un quartet inoubliable en compagnie du noyau dur "William Parker et Matthew Shipp" pendant 20 ans. Il était reconnu  grand maitre du saxophone.

Après une transplantation d'un rein - dont un fan lui avait le don , il réapparait usé sur scène et signe quelques disques chez AUM Fidelity. Il était agé de 62 ans.

david_S_ware_ok.jpg

 

J'avais eu la chance de l'interviewer à Paris alors qu'il était en résidence pour son projet "Strings". C'était un moment bouleversant que de rencontrer cet artiste mystique, sincère et dévoué à son art.

 

Le jeune contrebassiste et batteur Géraud Portal avait eu la chance de passer six mois à ses côtés alors qu'il était adolescent. Il nous a appris la triste nouvelle: "David S. Ware nous a quitté cette nuit. Pensées d'amour".

 

Pensées émues, David. Que les Deva t'accompagnent et veillent sur toi dans ce nouveau voyage.

JG

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 07:33


campanie-des-muiques-a-ouir---l-ouie-neuf.jpg
Sortie nationale 8 octobre 2012
Concert de sortie le 30 octobre à Mont St Aignan (76)

Distribution anticraft




S’il n’oublie pas l’historique Campagnie des Musiques à Ouïr (avec Christophe Monniot, puis Laurent Dehors et David Chevalier),  le batteur Denis Charolles a essayé de l’étoffer, il est passé à une autre dimension, avec d’autres formations, ouvertes à des instrumentistes mais aussi des chanteurs aussi extraordinaires que Loïc Lantoine et Eric Lareine. Ainsi Les Etrangers Familiers ont rendu un Salut respectueux et sincère à Georges Brassens, projet célébré aux DNJ.
 Après la création Duke et TheloniusL’Ouïe neuf est le neuvième album des Musiques à Ouïr, avec une Campagnie augmentée, nébuleuse issue de  Mélosolex, Journal Intime  (le saxophoniste Frédéric Gastard, le tromboniste Matthias Malher et le trompettiste Sylvain Bardiau),  Super Hibou  (Antonin Rayon). Cette Grande Campagnie des Musiques à Ouïr est  protéiforme, donnant la parole dans un discours collectif à des musiciens complices, constamment époustouflants qui doivent absolument être vus sur scène, dans la recréation  de cette musique.
La Campagnie se charge en cuivres sur ce  nouvel album, rayonnant, qui accroche dès les premières notes : il ne s’agit pas d’envoûtement fluide, d’une douce transe, imperceptible, au contraire, on est au cœur du chaudron des Musiques à Ouïr. Ça pulse, ça vibre et résonne, ça danse enfin, retrouvant cette aspiration au mouvement, trop souvent oubliée aujourd’hui de certains musiciens qui cérébralisent inutilement leur musique. La musique taille dans la chair, à vif, bénéficiant de la formidable synergie des huit, d’une complicité potache qui semble indéfectible. Que l’on espère ainsi, du moins. Energie tendue, rock cuivré, quelque chose d’assez primal qui sort de ce désordre savamment (dé)réglé,  exutoire rythmé et mélodique, libérateur, nerveusement rageur et joyeux à la fois, comme dans cette composition  insolite, superbe  « Le petit et le grand gazon ».
Voilà une efficace mise en jeu du corps et du mental, un  engagement des musiciens dans cette course piquante, plaisante mais effrénée  avec des collages à la Zappa, de brusques changements de rythme comme dans cette « M.C suite » déglinguée, en hommage à …Mariah Carey ! Pas étonnant d’ailleurs qu’un des morceaux soit dédié à Captain Beefheart disparu récemment.
On prend la mesure de ce groupe loufoque, génialement touche-à-tout, qui remet certaines musiques à l’ordre du jour avec cette merveilleuse suite, longue de plus de dix minutes qui  vous tiennent sous le charme, ce  «From Duke to D »… morceau de bravoure réunissant tradition et modernité.
Cette musique est une création prolifique qui part dans toutes les directions, suivant la piste de Kurt Weil dans le premier morceau, emboîtant le pas des « marching bands » dans « Bob et John », du New Orleans qui lorgnerait du côté de l’Art Ensemble,  des impros collectives  à la douce euphorie qu’entraînent une trompette éclatante,des clarinettes étonnées dans « Beau gosse », sans oublier  une reprise de « Shimmy Shimmy Ya » d’ Old Dirty Bastard  (ODB), du rappeur chanteur du Wu Tan Clan. Il y en a  absolument pour tous les goûts (ah, ce délicieux petit intermède « Java » qui vous fait trotter rondement ) et les titres sont adaptés à ces morceaux baroques,  un rien surréalistes comme l’inquiétant « Joker » issu du spectacle « Au lustre de la peur » écrit par l’étonnant Eric Lareine.
Voilà une musique populaire, au sens le plus noble du mot, diversifiant  timbres et couleurs, métissage de styles, jouant au plus fin avec l’instrumentation originale (3 clarinettes dont Jacques Di Donato que l’on est heureux de trouver en si bonne campagnie, une flûte, des saxes, du soprano au basse, un trombone,  un tuba, une trompette,  une batterie infernale, des percussions diversement fantaisistes).
 Vous l’aurez compris, Denis Charolles est un leader compositeur hautement éclectique qui a l’art de bien s’entourer. Avec Frédéric Gastard, arrangeur brillant, ils sont les artisans hautement éclairés, bâtisseurs de cette architecture hybride, délirante et sérieuse. Mais tous les musiciens sont absolument formidables, animés de ce (gros) grain de folie, nécessaire pour régler et dérégler à volonté l’ensemble. Ainsi, la musique de la Grande Campagnie arrive à développer simultanément la voix de chaque interprète tout en renforçant les élans collectifs. Irrésistible et intemporel, donc vivement recommandé  !

Sophie Chambon

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 07:53


LEO-FERRE-FACING-300-DPI3-250x226.jpgMarcel Kanche et I.Overdrive trio interprètent Léo Ferré « Et vint un mec d’outre saison » (Cristal Records)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Je chante à côté. » Marcel Kanche assume totalement sa marginalité. Compositeur pour Bashung et M., Kanche fait sien le principe de Deleuze « Créer, c’est résister ». Guère étonnant donc de le retrouver aujourd’hui, l’ex-guitariste punk des années 70, dans le répertoire de Léo Ferré. Le jazz n’a jamais été loin de l’univers de Marcel Kanche : considérant que le jazz est « la seule musique libre à ce jour », ainsi qu’il nous le confiait en 2006, le chanteur invite un trio, I.Overdrive, qui s’était distingué par un hommage à Syd Barrett, un des membres fondateurs des Pink Floyd.  Un point commun avec Léo le libertaire qui ne cachait pas son admiration du groupe rock.

 

Marcel-Klanche-I-O-T---mk.jpg

CRÉDIT PHOTO -  Olivier Longuet

Qu’on ne se méprenne pas, le quartet constitué pour cet album dédié à Ferré –cet anarchiste décédé un 14 juillet (1993)-ne fait pas dans l’hommage respectueux.  « C’est une relecture. Nous avons trituré la musique de Ferré », précise aujourd’hui Marcel Kanche.  Et il le revendique : « Ferré est devenu un copain, ce n’est pas mon maître ». Le projet peut d’ailleurs compter sur l’aval de Marie, la veuve du poète, et de Matthieu, son fils. « Sans leur accord, cet album n’aurait pas vu le jour ».  Preuve de leur confiance, ils ont confié au chanteur un inédit « Le chemin d’enfer ».
Ces quatre-là – Marcel (voix, orgue, harmonium), Philippe Gordiani (guitares), Rémi Gaudillat (trompette, bugle), Bruno Tocanne (batterie) donnent à entendre toute la force décapante des textes de Ferré, dont les classiques « La solitude », « Tu penses à quoi ? », « C’est extra », « A mon enterrement », « La The Nana », « Ni Dieu Ni Maître ».  On retrouve la voix différente et authentique de l’auteur de « Vertiges des lenteurs », « Dog Songs » et « Vigiles de l’aube », trois albums traitant des errances de la vie, des tourments de l’amour, du poids des ans.  Le trio instrumental  lyonnais apporte une sonorité « énervée », aux accents parfois psychédéliques, avec un guitariste généreux dans les effets, un batteur ferme et un trompettiste qui évoque Lester Bowie.

Marcel-Klanche-Alhambra-HD.jpg

CRÉDIT PHOTO -  Olivier Longuet

Marcel Kanche ne voulait pas reprendre, en solo, au piano, le répertoire de Ferré : « j’avais l’impression de m’enfoncer dans une ornière boueuse ». Avec ses trois comparses, il nous emmène bien haut dans les sphères. Toute la poésie de Léo Ferré est là. Et l’esprit du jazz, indépendant, aussi. Ce n’est pas un hasard chez un fan de Carla Bley et compagnon de scène à New York d’un certain Don Cherry.  Pour citer Léo Ferré, dans « C’est extra » : » Ce jazz qui jazze dans le soir, c’est extra ».


 Jean-Louis Lemarchand

En concerts à La Source (38) le 25 octobre, Valence (84) le 22 novembre et Lyon (69) les 23 et 24 novembre.

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 23:39

 

 E.Kontomanou3--Philippe-Levy-Stab.jpg© Philippe Levy Stab

 

C’est avec une chanteuse de caractère-Elisabeth Kontomanou- accompagnée simplement au piano et à la voix par son fils Gustav Karlström, que s’ouvre ce 13 octobre la saison jazz de l’Espace Daniel-Sorano à Vincennes. Un choix qui témoigne de l’esprit jazz exigeant adopté par la scène culturelle de la cité val-de-marnaise si proche de Paris (au bout de la ligne 1 du métro).

 Bis repetita placent… L’Espace Daniel-Sorano a choisi de poursuivre l’aventure engagée l’an passé, eu égard au bon accueil réservé aux concerts programmés par le pianiste Laurent de Wilde. « La fréquentation aura été supérieure de 20 % à nos prévisions, se félicite la directrice de l’Espace Daniel-Sorano, Patricia Monceaux. Pour une jauge de 190 places, nous avons  enregistré en moyenne 165 entrées ». Et ce qui est appréciable pour les responsables de la municipalité, plus de 60 % des auditeurs étaient des Vincennois.

La greffe du jazz a porté. Les raisons de ce succès culturel –l’objectif n’étant pas de « rentabiliser » l’opération qui représente un investissement de 50.000 euros- tiennent évidemment au plateau artistique proposé (Pierre de Bethmann, Olivier Ker Ourio, Géraldine Laurent, Guillaume Perret….) mais aussi aux conditions pratiques (tarifs soignés avec un ticket moyen à 20 euros, début du concert à 20 h, débat avec les musiciens à l’issue du concert, bar …).

Connaisseuse de jazz, ayant participé dans les années 80-90 à l’organisation du Festival de Jazz de Paris (malheureusement disparu), Patricia Monceaux a confié cette année la direction artistique de la saison à Vincent Bessières, également sous les feux de l’actualité en tant que commissaire de l’exposition Django Reinhardt à la Cité de la Musique.  Parmi les huit concerts proposés d’ici la fin mai, toujours un samedi, on relèvera particulièrement trois artistes qui font l’évènement discographique cet automne: les pianistes Tony Texier (Dream Poursuit) et Laurent de Wilde (New Trio) et le saxophoniste alto Pierrick Pedron (Kubic’s Monk).

 

Jean-Louis Lemarchand

13 octobre, Elisabeth Kontomanou

- 24 novembre Tony Tixier Quartet "Dream Pursuit" avec Logan Richardson

- 15 décembre Laurent de Wilde Trio "Over the Clouds"

- 12 janvier 2013 Pierrick Pedron Trio

- 9 février Bojan Z "Soul Shelter" piano solo

- 23 mars Duo Stéphane Belmondo/Kirk Lightsey

-20 avril Miguel Zenon/Laurent Coq "Rayuela"

- 25 mai Christophe Dal Sasso Big Band "Prétextes".

Espace Daniel-Sorano, 16 rue Charles Pathé 94300 Vincennes
M° Château de Vincennes Rer Vincennes. info@espacesorano.com 0143747374

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La programmation 2012-2013 

  

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 23:23

exposition-django-reinhardt-le-swing-de-paris-cite-copie-1.jpg

Django, reconnu par son seul prénom, comme Miles ou Ella, valait bien un hommage de Paris, la ville qui l’a inspiré tout au long de sa (trop brève) carrière : à peine deux décennies séparent le premier concert du quintette du Hot Club de France en décembre 1934 du dernier enregistrement en studio avec un certain Martial Solal au piano, au printemps 1953.

La Cité de la Musique remplit parfaitement sa mission avec «  Django Reinhardt, Swing de Paris », exposition richement documentée, regorgeant d’inédits, sur la vie du guitariste manouche (1910-1953).

Commissaire de l’exposition, Vincent Bessières, auquel on devait l’exposition « We Want Miles » en ce même lieu, a fait le choix d’illustrer « un trajet social ». Jean Cocteau en 1947 avait salué cette évolution dans une lettre à Django : « Toute la merveilleuse poésie des voleurs d’enfants, des tireuses de cartes et du cheval blanc qui rêve attaché au bord de la route, vous escortait à votre départ. Transformer une roulotte en voiture grand sport n‘est pas le moindre de vos tours ».

 django-1.jpg

A la Cité de la Musique, le visiteur est ainsi invité à suivre ce parcours de Jean (pour l’état-civil) dénommé Django ( je réveille en langue manouche) fils de Jean-Baptiste Reinhardt (musicien) et de Laurence (une acrobate mais l’extrait de naissance donne comme profession ménagère) né dans une roulotte en Belgique le 23 janvier 1910.  Son enfance sur la route et dans « la zone »- terrains au-delà des fortifications de Paris, ses débuts dans des orchestres de bal musette, l’incendie en 28 de sa roulotte qui conduit à la perte de deux doigts de la main gauche, la découverte du jazz sur la Côte d’Azur (grâce au peintre Emile Savitry, qui signe également les deux photos ci-contre, de 1933), la rencontre fortuite et décisive de Stéphane Grappelli, la création du quintette du Hot Club de France, le succès énorme sous l’Occupation (Nuages), l’aventure (inachevée) aux Etats-Unis avec Duke Ellington, le rebond de Saint-Germain-des-Prés aux accents du Be-Bop, pour finir avec les parties de pêche et de peinture à Samois-sur-Seine où il expire le 16 mai 1953.

 

django-2.jpg

Toutes les grandes étapes de la vie  de Django sont abondamment traitées avec moult documents provenant de collections privées et aussi du fonds Charles Delaunay (disponible à la BNF) présentées dans des vitrines : des photos (on entame l’expo avec Django et sa famille en 1920 et on l’achève avec le guitariste en tournée en 1952 avec Line Renaud), des lettres (une maison de disque jugeant « astronomiques » les prétentions financières du quintette du Hot-Club), des contrats, des affiches, des programmes de concerts, des disques, des articles de presse (Paris-Match de 1950 qui titre « Ce gitan infirme est un des rois du jazz ») et même le registre d’admission de l’hôpital Lariboisière le 22 novembre 1928 pour « brûlures »…

L’attention se porte plus spécialement sur les lettres et cartes postales manuscrites de Django qui avait appris à écrire avec Stéphane Grappelli, et sur ses tableaux, œuvres colorées et naïves. Tout au long de ce parcours, le visiteur peut à loisir écouter la musique de Django dès ses premiers enregistrements de 1928 (sous le nom de Jiango Renard !) avec des casques ou dans des cabines sonorisées. Il peut également visionner les rares documents filmés avec Django dont un extrait de « La Route du bonheur »(1952) qui reprend tous les clichés sur les manouches mais offre quelques gros plans sur les mains du génial guitariste.

« Django Reinhardt, Swing de Paris » présente le grand intérêt de ne pas se limiter à la seule carrière stricto sensu du jazzman français le plus célèbre à ce jour et d’ouvrir le champ d’investigation à l’environnement sociétal et culturel : la culture manouche, les bals musette, la vie de la scène parisienne du jazz  dès les années 30, évoquant notamment l’activité des jazzmen sous l’Occupation allemande …

Jean-Louis Lemarchand

 

Django Reinhardt, Swing de Paris, du 6 octobre au 23 janvier 2013. Cité de la Musique. 75019 . www.cidelamusique.fr/django. Catalogue de l’exposition. Michel Dregni et Vincent Bessières. 224 pages. 250 documents. Editions Textuel.39 euros. Musique : le CD de l’expo et le coffret collector 5 CD chez Le Chant du Monde/Harmonia Mundi.

 

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 06:46

LES-FILS-DU-VENT.jpg

 

Tout commence sur la route avec une vue du ciel et des nuages, et naturellement, la musique de Django interprétant son plus grand tube, Nuages.  Le ton est donné. Dans « Les fils du vent », documentaire sur les écrans le 10 octobre, le génial guitariste s’invite en permanence dans l’esprit des spectateurs. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Django n’est pas la vedette du film de Bruno Le Jean. La véritable star de ce film, c’est la Gitanie.

LFDV1Bruno Le Jean nous emmène dans les camps, les caravanes où vivent les héritiers de Django, ceux-là qui perpétuent la tradition du jazz manouche. Cinq ans durant, le réalisateur a promené sa caméra dans l’intimité de quatre guitaristes, interprètes talentueux et hommes de cœur, Angelo Debarre, Ninine Garcia, Moreno, Tchavolo Schmitt. Nous découvrons ainsi le quotidien de ces « Fils du vent », leur vie professionnelle de musiciens, mais surtout leur existence au cœur de leur communauté, celle des manouches : leur attachement au voyage, à la vie ensemble sur les routes, les difficultés administratives rencontrées comme ces documents de circulation (1) qui doivent être visés régulièrement à la police et tiennent lieu de carte d’identité.

C’est un bien bel hymne au nomadisme, au droit à la différence, au respect de la culture manouche que propose Bruno Le Jean. Un réalisateur qui a su gagner la confiance de ces quatre « Fils du vent » qui apportent chacun dans un registre différent-Moreno, charmeur, Ninine, un cœur d’enfant, Tchavolo, tranquille, Angelo, le plus politique- un témoignage fort et sans langue de bois sur leur métier, leur mode de vie.

Un documentaire de 96 minutes à conseiller fortement et pas seulement aux fans de jazz manouche. Un document citoyen plein de rythme et de poésie.

 

Jean-Louis Lemarchand

 

 

 

Le Conseil constitutionnel a abrogé le 5 octobre les articles 2 à 11 de la loi de 1969 imposant aux gens du voyage de plus de seize ans un «carnet de circulation» à faire viser tous les trois mois au commissariat de police ou de gendarmerie, les jugeant discriminatoires. En revanche, le «livret» de circulation, qui doit être visé tous les ans, est maintenu, le Conseil ayant jugé qu'il n'était pas «contraire au principe d'égalité et à la liberté d'aller et de venir».

 

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 08:01

Antonin Tri Hoang ( as, clb), Pierre Perchaud (g), Leonardo Montana (p), Stephane Kerecki (cb), Anne Paceo (dm, vc)

 Laborie Jazz 2012

 anne-paceo.jpg

 Il est vraiment sympa ce nouvel album d'Anne Paceo dont elle a signé toutes les compositions. Dès les premières notes et avant qu'on ne lise toutes liners note, on a l'impression d'un voyage en Afrique. D'entendre certaines références aux polyrythmies pygmées. Mais lorsque l'on lit les mots d'Anne Paceo on comprend que c'est d'une autre voyage dont il s'agit, d'un autre exotisme, quelque part entre Rangoon et Bangkok d'où la batteur a ramené plusieurs souvenirs de voyage fortement imprimés dans ses souvenirs intimes. C'est dire combien il y a quelque chose de primal et d'universel dans la démarche d'Anne Paceo, de retour aux racines du rythme, au fleuve de la pulsation vitale.

 

 

 

Dans le premier temps de l'album il est alors question de couleurs et surtout de danses. Pierre Perchaud, à la guitare, jette des ponts entre l'occident et l'orient. Les mélodies se font tournoyantes ( Toutes les fées étaient là). La force d'Anne Paceo, de son écriture, de son jeu et de la belle complicité avec Stephane Kerecki est de nous entraîner dans le mouvement. Il y a  aussi beaucoup de sentiments dans ce qu'elle dit, beaucoup d'âme. Une âme parfois débordante, le coeur au bord des lèvres, comme la trace musicale de l'émotion itinérante d'Anne Paceo, comme un beau carnet de voyage. L'âme au bord des lèvres comme l'exprime si bien Pierre Perchaud sur When the sun rise. Autre trace de cette émotion ce morceau qu'elle chante, un Smile où la voix gracile de Paceo fait mouche.

Il y a ensuite comme un deuxième temps dans l'album, un avant Luléâ et un après  comme si le voyage se refermait peu à peu laissant place aux souvenirs en clair-obscur et disparaissant enfin avec une pointe de nostalgie.

Anne Paceo signe ainsi un album qu'elle a écrit comme une story-teller nous offrant ainsi un voyage pas immobile, mais au contraire un voyage virevoltant, flamboyant et au final très émouvant.

Jean-Marc Gelin

 

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