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3 mai 2021 1 03 /05 /mai /2021 13:53

Francesco Geminiani (saxophone ténor), Manuel Schmiedel (piano), Rick Rosato (contrebasse), Daniel Dor (batterie)

New York, novembre 2018

Fresh Sound New Talent FSNT 614 / Socadisc

 

Deuxième disque en leader, et premier sous le label catalan Fresh Sound, pour cet enfant de Vérone passé par la Suisse et New York avant de s'installer à Paris. Après son projet 'Playwood', qui était en double quartette (groupe de jazz et quatuor à cordes), et qui a donné des concerts en Suisse et en Italie, le saxophoniste a publié en 2018 «Coloursound», enregistré en 2015. Un disque en trio, dont le bassiste était celui du quartette publié aujourd'hui. Le groupe de ce nouveau CD s'est rassemblé à New York, où se sont croisés le saxophoniste italien, le pianiste allemand, le contrebassiste canadien et le batteur israélien. La musique est très lyrique, servie par une sonorité chaude, privilégiant le registre supérieur du saxophone. Les thèmes sont forgés sur des lignes plutôt sinueuses, déployées avec une grande verve dans les improvisations. On a manifestement affaire à un orfèvre. Le déroulement des thèmes comme des improvisations s'effectue toujours avec une implication plus qu'active, créative, des trois partenaires du saxophoniste. Il en résulte un discours riche, souvent tendu, qui porte l'auditeur à une grande attention, et de sérieuses attentes pour les phrases qui vont venir. Les compositions sont signées par Francesco Geminiani, sauf une belle reprise du Chelsea Bridge de Billy Strayhorn, et une très décapante version de Marina, tube de l'accordéoniste et chanteur calabrais Rocco Granata, chanson qui date de la fin des années cinquante et fut reprise par Dean Martin.... Cette dernière reprise est jouée up tempo, comme un thème bop du meilleur aloi. Et, pour conclure, une belle ballade mélancolique, qui résume l'identité du disque, aventureux et lyrique. Mention particulière pour le pianiste, qui peut accompagner comme on le ferait d'un lead de Schubert, mais s'envole aussi dans des improvisations anguleuses aux accents vifs qui rappellent à l'amateur chenu le souvenir de Lennie Tristano. Le titre de l'album évoque un coucher de soleil sur l'Hudson River, ce que traduisent de manière allégorique les peintures de Charles Berberian. Un disque hautement recommandable. Pas de concerts annoncés pour l'instant. Comme le saxophoniste, depuis qu'il est à Paris, a été entendu aux côtés d'Arnaud Dolmen, Nicolas Moreaux, Pierre Perchaud et quelques autres d'ici, il est possible qu'il donne à entendre ce répertoire avec de nouveaux partenaires.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube 

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1 mai 2021 6 01 /05 /mai /2021 16:39

Srdjan Ivanovic (batterie, claviers), Andreas Polyzogopoulos (trompette), Federico Casagrande (guitare), Mihail Ivanov (contrebasse)

Invité : Magic Malik (flûte, voix)

Paris, 21-22 novembre 2019

Le Coolabel CL 006 - Absilone / Socadisc

 

Un univers musical singulier, tout à la fois détendu et habité d'intensité musicale et sonore. On navigue un peu du côté de l'Europe de l'Est, avec le batteur-compositeur (également présent aux claviers), venu de Bosnie-Herzégovine via Athènes (puis Amsterdam et Utrechts) ; avec aussi le trompettiste grec Andreas Polyzogopoulos ; sans oublier le contrebassiste bulgare Mihail Ivanov. Et puis Gênes, en Italie, qui a vu naître le guitariste Federico Casagrande, c'est pour nous la première étape sur la route des Balkans.... Et pourtant la musique ne peut être circonscrite à un quelconque tropisme façon 'Musique(s) du Monde'. C'est lyrique, diablement nuancé, cousu de subtilités musicales sans lourdeur aucune (on ne voit ni les coutures ni les ficelles). C'est entêtant, presque hypnotique parfois, notamment quand Magic Malik, invité sur deux titres, mêle sa voix à la multiphonie de sa flûte, dans un univers de tourneries qui nous embarquent et ne nous lâchent plus. Solistes impeccables (le guitariste, le trompettiste, le flutiste....), compositions majoritairement signées par le leader, plus une co-composée avec le trompettiste, et deux reprises d'Ennio Morricone, dont l'inoxydable Homme à l'harmonica, métamorphosé par de multiples nuances, loin des effets appuyés de l'original et du surlignage cinématographique du film de Sergio Leone. De Morricone également À l'aube du cinquième jour, tiré du film éponyme. Là encore cette mélodie familière est transcendée par le groupe, et par le solo de guitare. De plage en plage, c'est un pur régal, nimbé de mélancolie.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=t_2uG8JMwzs

https://www.youtube.com/watch?v=11w-Mis8OT8

https://www.youtube.com/watch?v=Pqur9x3V1cg

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Le Cd, initialement annoncé en février, a paru fin avril. On attendait les concerts de sortie, repoussés pour cause de pandémie. Le Blazin' Quartet donnera finalement ce concert de sortie le 15 mai à Paris au Studio de l'Ermitage, en direct sur France Musique dans le 'Jazz Club', et en vidéo sur Facebook

https://www.facebook.com/events/443346770251197/

https://www.studio-ermitage.com/index.php/agenda/date/blazin-quartet

Pour ce concert le groupe rassemblera Srdjan Ivanovic, Olivier Laisney, Manu Codjia & Yoni Zelnik ; invités : Magic Malik & Christophe Panzani 

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28 avril 2021 3 28 /04 /avril /2021 08:50

Manuel Rocheman (piano), Rick Margitza (saxophone ténor), Mathias Allamane (contrebasse), Matthieu Chazarenc (batterie, percussio.
Studios de Meudon, 13-15 mars 2020.
Bonsaï Music/Socadisc.

Manuel Rocheman est loin d’être un inconnu sur la scène du jazz. Lauréat du réputé prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz en 1998, le pianiste comptait déjà 13 albums à son nom en tant que leader. Ce 14 ème, enregistré au printemps dernier, offre toutefois une singularité, c’est la première fois qu’il invite à ses côtés un souffleur, en l’espèce le saxophoniste ténor Rick Margitza, américain de Detroit installé à Paris depuis une bonne dizaine d’années et bien connu des habitués du Baiser Salé.

 

Ecoute1

 

 

 

Ecoute2

 

L’album est dédié à Lionel Rocheman, le père de Manuel, disparu l’été passé à 92 ans, musicien, conteur (les histoires de grand-père Schlomo), animateur du spectacle Hootenanny qui donnait sa chance aux jeunes chanteurs amateurs. Certains pourront y trouver matière à explication à cette sérénité qui transparaît tout au long de ces 45 minutes. Toujours est-il que jamais peut-être l’élève de Martial Solal et Michel Sardaby n’aura semblé aussi libre de ses mouvements et de ses expressions. Comme le dit joliment François Lacharme dans un texte d’accompagnement remis à la presse, « c’est tout un art : en disant plus simplement des choses complexes, il fait descendre vers le cœur les constructions plus cérébrales de naguère ».


 
Ecoute3

 

Les dix compositions de Manuel Rocheman qui sont ici présentées laissent entendre deux artistes en harmonie qui évitent toutes les facilités que permettrait leur virtuosité. Bénéficiant du soutien d’une rythmique soudée et souple (Mathias Allamane, basse, Matthieu Chazarenc, batterie), nos duettistes nous livrent dans « Magic Lights » une partition d’une grande homogénéité pleine de sensibilité. Un album hautement conseillé qui a également le mérite de rappeler le talent d’un saxophoniste par trop discret, révélé en son temps par Miles Davis.

 


Jean-Louis Lemarchand.

 

 

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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 17:13

Irène Schweizer (piano), Hamid Drake (batterie)

Nickelsdorf (Autriche), 26 juillet 2019

Intakt CD 363 /Orkhêstra

 

Un disque pour célébrer les 80 ans (c'est bientôt) de la pianiste, et un dixième volet de ses rencontres en duo avec des batteurs pour le label Intakt : Pierre Favre (3 CD), Louis Moholo, Günter Sommer, Andrew Cyrille, Han Bennink (2 CD), Joe Baron, et cette fois Hamid Drake (avec qui elle avait déjà enregistré en trio). Ce fut d'abord un concert au festival Konfrontationen de la Jazzgalerie de Nickesldorf, haut-lieu de l'improvisation. Les amateurs de free jazz peuvent l'avoir oublié, ou simplement l'ignorer, mais Irène Schweizer a commencé vers la fin des années 50 par le Boogie et le Dixieland. Et cela ressurgit, avec les libertés qui s'imposent, par exemple dans la plage 3,The Good Life, et trois titres plus loin avec une sorte de blues-balançoire un peu à la manière de All Blues. Mais l'essentiel est ailleurs : dans la folle énergie, dans le côté aventureux, dans le dialogue permanent avec Hamid Drake. Parfois on entend que Monk lui revient en mémoire, avec son cortège de dissonances et de brisures rythmiques. Et la mélancolie se glisse aussi, stimulée par le doux fracas du batteur, lequel dans une autre plage va prendre l'initiative et entraîner la pianiste sur d'autres chemins, pas moins aventureux. On sent qu'ils jouent et qu'ils jubilent, et le disque se termine par un hommage à Johnny Dyani, dans l'esprit des tourneries obsessionnelles que goûtait fort le contrebassiste-pianiste. Un concert qui défile comme un rêve : un beau moment de complicité partagée.

Xavier Prévost

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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 16:55
Le Mans, 2003.

J’ai rencontré Horace pour la première fois à la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence pour les concerts d’Albert Ayler et de Sun Ra en 1970. J’étais tout jeune photographe (accrédité par Nord Matin) et c’est lui qui est venu me parler, nous avons sympathisé immédiatement. Il était un peu plus âgé que moi, de la génération de photographes comme son copain Philippe Gras, Jacques Bisceglia, Thierry Trombert, Guy Le Querrec… Puis je l’ai revu l’année suivante au Festival international de jazz d’avant-garde au Château des comtes de Gand où il était venu avec Philippe Carles, le jeune nouveau rédacteur en chef de Jazz Magazine. Moi, j’avais une accréditation de Jazz Hot mais, là-bas, j’ai fait une interview de Han Bennink (ma première interview) et je l’ai tout naturellement proposée à Philippe Carles qui, évidemment, était très intéressé. C’est comme ça que je suis devenu collaborateur de Jazz Magazine pendant une quarantaine d’années. J’ai fréquenté de plus en plus de festivals en tant que photographe et rédacteur, où Horace était présent, des années 70 aux années 2000.

 

Nancy 1972. Nos premières virées aux NJP.

 

Nous sommes devenus de bons camarades, tous deux amateurs de bonne chère. Je me souviens de lui aux premières éditions des Nancy Jazz Pulsations (souvenance émue d’une dégustation de « bourru » de champagne dans une brasserie de Nancy, je buvais assez peu et ce délicieux breuvage se sirotait comme du jus de fruit. Grosse migraine pour moi le lendemain !). À la Fondation Maeght, j’avais alors un appareil photo Porst (?) que m’avait offert mon père et j’étais fasciné par le Pentax Spotmatic à vis d’Horace, depuis j’ai toujours acheté des Pentax à vis, d’occasion dans des magasins, et même à Jean-Jacques Pussiau qui vendait le sien, pendant ma période de photographe « argentique ». Par la suite, nous nous sommes souvent croisés aux festivals d’Antibes, d’Angoulême, de Mulhouse…

 

Quelque part entre Antibes et Paris, à la campagne chez des amis à lui, 1975.
Mulhouse 2004. Une de ses photographies avait été choisie pour l'affiche du festival.

Horace était un râleur, un gueulard, il gueulait contre la société et le gouvernement (comme moi, il était très à gauche), contre les piges de Jazz Magazine qui n’étaient pas assez élevées, c’est lui qui a réussi à persuader Frank Ténot d’augmenter les piges photos, un peu plus tard je suis allé voir Ténot pour lui demander d’augmenter les piges écrites. Horace était très intransigeant sur le plan des droits d’auteur, à une époque où il convenait d’être plus « arrangeant »… Je savais qu’il  avait « couvert » Mai 68 à Paris et qu’il avait fondé un collectif de photographes, Boojum Consort, formé de sympathisants d’extrême-gauche.

 

Le Mans, 2003.
Mulhouse, 2001.

Mais Horace était un faux dur, je m’en suis rendu compte quand je lui ai demandé un jour, à propos d’une de ses photos de John Coltrane où le micro est juste devant le saxophoniste, pourquoi il ne s’était pas déplacé pour éviter le micro, il m’a simplement avoué qu’il n’avait pas osé. C’était un grand fumeur de Gitanes et il ne crachait pas sur la bouteille.

 

Mulhouse, 2002.
Mulhouse, 2007.

Sur le tard, venu s’installer de Paris dans un bourg dans le Morvan (il était voisin de Daunik Lazro) où il s’était construit un site internet un peu « vieux style », il était fauché et était devenu plus taciturne, semblant avoir perdu confiance en lui sur le plan de sa photographie, d’autant plus qu’il était atteint d’un double glaucome…

 

Mulhouse, 2001.
Mulhouse, 2008.

 

Trop isolé dans le Morvan, épaulé par son amie Manon il émigra à Decazeville dans l’Aveyron il y a trois ou quatre ans. Je ne l’ai plus jamais revu, il m’a appelé un jour au téléphone à ma grande surprise, agréable conversation de septuagénaires… Le 16 avril, dans une salle d’attente de l’hôpital de Montauban, il a fait une chute et heurté le chambranle d’une porte, provoquant un traumatisme crânien au niveau de la tempe et un coma sans issue. La perte d’un vieux camarade est toujours source d’une grande tristesse. Chienne de vie.

 

Gérard Rouy (Texte et photos)

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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 09:18
SLEEPER TRAIN   CHESNEL/CHIFFOLEAU/LOUSTALOT/PASQUA

SLEEPER TRAIN

François CHESNEL (p)/ Frédéric CHIFFOLEAU(cb)/ Yoann Loustalot (tp, bugle)/Fred PASQUA(dms)

BRUIT CHIC 2020 /Inouïe

www.sleepertrain.fr


L’argument de cet album Sleeper train est séduisant : qui a passé du temps, voire beaucoup de temps en train, imagine aisément les heures d’attente, souvent interminables pour parcourir ces trajets de plusieurs centaines de kilomètres d’une étape à l’autre. Sleeper train est une réflexion sur le temps « élastique », déclenchée par un avion manqué lors d’une tournée du groupe en Russie, et d’un voyage en train couchette de seize heures pour se rendre au concert suivant . D’où une certaine empathie avec les musiciens en regardant la photographie de couverture. « Le temps est élastique. Avec un peu d’adresse on peut avoir l’air d’être dans un endroit et être toujours dans un autre. » Merveilleux Jean Cocteau qui a toujours le bon mot.

Sur le site du groupe, un quartet né en 2018 avec un premier album Old and New Songs, on peut se faire une idée des concerts de cette tournée à Nijni Novgorod, Kazan, Samara. Des noms qui font rêver, qui débutent le parcours du Transibérien entre Moscou et Pékin. D’où un traditionnel mongol "Ekh ornii magtaal" car on comprend que s’égrène ainsi un parcours musical qui s’ajuste à toute une géographie des transports, pas vraiment amoureux, plutôt affective, qui va de la Russie au Japon, saute d’un continent à l’autre jusqu’en Amérique, Nord et Sud, via La Réunion avec l’hypnotique “Mangé pour le coeur”.La vieille Europe n’est pas oubliée,“Tam Lin” n’est pas oriental, c’est  le titre du guitariste anglais d’Ozma, Tam de Villiers, “Child 39” qui nous emmène aux confins de l’Angleterre sur les Scottish borders.

Cet album constituerait une bande son parfaitement adaptée à un trip dans la Russie profonde, désespérément vaste. Ou n’importe où : c’est la musique d’un film rêvé que le groupe parvient à réaliser. Tous les thèmes (aucune composition du groupe) sont arrangés, revus, si ce n’est corrigés par la pâte spécifique de cette formation sensible, qui recrée une musique qui n’appartient qu’à eux. Le quartet arrive à recréer les images de ce “rail movie”, ou plutôt les contournent tout en restant dans la même perspective horizontale. Que trouve-t-on dans leur Sleeper Train ? 9 titres qui s’étirent sur un peu moins d’une heure, installant un climat crépusculaire, une musique de la prairie, ou de la steppe. Au fil des étapes, le voyage acquiert de la consistance : la trompette et le bugle de Yoann Loustalot savent à merveille envelopper de brume la force du souvenir. Comme dans le deuxième titre, la composition la plus longue étirée, aux accents davisiens “le chemin vers Izumo”. Curieuse composition par ailleurs aux nombreuses ruptures de rythme qui, dans un couchant crépusculaire évoque ensuite davantage un western, concédons Les sept samouraïs plus que les Sept mercenaires. Mais on se sent davantage au pays du Soleil levant avec l’avant-dernier titre “Koruda bushi”, une splendide ukiyo. On est désorienté, perdu et pourtant  protégé dans un temps floconneux et une cartographie floue de destinations qui se substituent les unes aux autres. Ainsi, la ballade "Sanza triste" du Camerounais Francis Bebey renvoie-t-elle à la "Samba triste" du guitariste brésilien Baden Powell? Ou à la saudade avec la clôture de l’album, la chanson “Gente Umilde” de Vinicius de Moraes et Chico Buarque. 

Le piano de François Chesnel, découvert il y a longtemps avec le normand Petit label, à la couverture cartonnée et à la ligne graphique spécifiques, est le partenaire idéal, lyrique sans trop d’effusion, contrepoint à la tristesse du soufflant. Le drive de Fred Pasqua est soutenu, énergique, jamais spectaculaire mais tellement efficace et porteur; la contrebasse de Frédéric Chiffoleau, est active en sous main assise à l’envol du soufflant reconnaissable dans cette tonalité jamais éclatante comme d’autres trompettistes qui se poussent vers le ciel, entretenant des volutes parfois compliquées, interminables. Alors que Yoann Loustalot joue avec le silence qu’il maîtrise, maniant suspension et retrait, chuchotement, effacement harmonisant ses propres déséquilibres à la recherche d’élans lumineux et d’horizons éclatés.

Un album que l’on aime car il nous fait voyager dans l’imaginaire du groupe, et il n’est plus tellement question de tourisme. Rien ne ressemble vraiment à l’idée musicale que l’on se fait des airs de folklore et traditionnels tant ils sont plongés ici dans une lumière noire, riche en nuances….

Sophie Chambon

 


 


 

 


 


 


 

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23 avril 2021 5 23 /04 /avril /2021 10:30

Vijay Iyer (piano), Linda May Han Oh (contrebasse), Tyshawn Sorey (batterie)

Mount Vernon (New York) décembre 2019

ECM 2692 / Universal

 

Un nouveau trio du pianiste, et un disque surprenant : presque classique, entendez le classicisme du trio de jazz moderne (équilatéral, interactif, fondé sur l'écoute mutuelle), et pourtant pétri des libertés musicales qui ont accompagné le parcours de Vijay Iyer depuis ses débuts phonographiques au côté de Steve Coleman, voici plus de 25 ans. Le disque est porté, tout à la fois, par une grande ambition esthétique et par un désir de rester en phase avec le monde tel qu'il est, en l'occurrence la dure réalité états-unienne, avec ses démons immémoriaux qui briment les minorités. La première plage, Children of Flint, est à cet égard, très révélatrice : le pianiste évoque les enfants de cette ville, non loin de Detroit, où les problèmes sanitaires et sociaux mettent à mal la jeunesse afro-américaine, son intégrité et son avenir. Rien qu'une évocation, mélange de mélancolie et d'énergie. Pas un manifeste, juste une création musicale mue par le sens, un sens qu'elle n'expose pas, mais dont elle suggère la teneur, entre tensions et mouvement. Le thème suivant, Combat Breathing, avait été composé pour accompagner une intervention au moment de la première vague du mouvement Black Lives Matter, en 2014. Les thèmes du pianiste sont le fruit de vingt années de composition, ici rassemblés en une œuvre originale qui accueille aussi une version hardie et très renouvelée de Night and Day de Cole Porter, et Drummer's Song, un thème de Geri Allen qui fut pour Vijay Iyer tout à la fois un mentor et une collègue bienveillante. Toutes les compositions mettent en jeu l'énergie, et la recherche d'une densité rythmique qui porte et emporte les lignes mélodiques comme les choix harmoniques. Ce trio est d'un vigueur et d'une pertinence musicales impressionnantes. Augury, plage méditative en solo qui sollicite toutes les ressources de l'instrument, complète ce formidable ensemble.

Xavier Prévost

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22 avril 2021 4 22 /04 /avril /2021 18:27

Yaniv Taubenhouse (piano), Rick Rosato (contrebasse), Jerad Lippi (batterie).

Sear Sound Studios, New-York. 14 janvier 2020. Fresh Sound.

Jeune talent promu par le label Fresh Sound depuis 2014 ('Here from There'), le pianiste Yaniv Taubenhouse nous propose le troisième volet d’une série baptisée Moments in trio. Dans ce format des plus classiques, le groupe constitué avec Rick Rosato (contrebasse) et Jerad Lippi (batterie) déploie une aisance séduisante et swingante  qui n’interdit pas, loin de là, une expression poétique.

Le trio nous emmène sur des chemins (pour reprendre le titre de l’album) propices à la flânerie et à la rêverie. Le leader évoque dans ses compositions (7 sur les 10 titres présentés) des moments particuliers de la vie (les bouchons de la circulation, la prière, la forêt…). Sa reprise de standards tels que ‘You’d Be So Nice To Come Home To’ (Cole Porter) et ‘Boo Boo’s Birthday’ (Thelonious Monk) permettra aux spécialistes de jauger (et juger) ce pianiste israélien diplômé à Tel Aviv et installé depuis une décennie aux Etats-Unis.

 

Un album à déguster.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

©photo Dan Balilty.

 

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21 avril 2021 3 21 /04 /avril /2021 14:18

Wes Montgomery (guitare), Hans Koller (saxophone alto), Johnny Griffin & Ronnie Scott (saxophones ténors), Ronnie Ross (saxophone baryton), Martial Solal (piano), Michel Gaudry (contrebasse), Ronnie Stephenson (batterie)

Jazzline Classics D 77078 / Socadisc  (CD + DVD Blu-Ray)

Hambourg, NDR

studio 12, 28 avril 1965 (répétition, DVD Blu-Ray 5 titres)

studio 10, 30 avril 1965 (concert, CD)

 

Pas vraiment inédit si l'on considère que 8 des 10 titres du CD avaient déjà été publiés en CD voici un peu moins de 30 ans sous les labels Philology et Musica Jazz. Mais d'une part cette édition, officielle, est techniquement plus soignée, et d'autre part on y trouve une composition très brillante de Martial Solal, Opening, et en dernière plage une reprise en rappel du concert de West Coast Blues , thème qui se trouve aussi au début du CD. En outre le DVD de la répétition, deux jours plus tôt, est bien inédit, sauf peut-être le dernier titre, apparemment déjà publié en vidéo (Green Line VID Jazz 39), mais je n'ai pas eu l'occasion de le vérifier.... Et il semblerait (si j'en crois le site de Noal Cohen), qu'il subsiste encore du concert huit titres inédits, dont On Green Dolphin Street (thème fétiche de Solal), dont il y a une époustouflante version, également en trio, dans le DVD de répétition.

La répétition comme le concert sont à géométrie variable, du trio à l'octet. Fin mars 1965 Wes Montgomery était à Paris, au Théâtre des Champs-Élysées, en quartette avec une autre rythmique, plus Griffin en invité sur quatre titres. Il existe une trace de ce concert en plusieurs éditions. La répétition filmée le 28 avril de la même année est donc le tour de chauffe du nouveau groupe. Wes Montgomery a fait une série de concerts au Ronnie Scott's à Londres courant avril, dont il existe des traces phonograhiques en quartette, et le batteur de ces enregistrements, Ronnie Stephenson, est le seul à figurer au rendez-vous de Hambourg. La répétition, filmée pour la série 'Jazz-Workshop' de la Norddeutscher Rundfunk, fait entendre un groupe déjà en pleine osmose. Et le concert, sur le CD, a le bon goût de ne pas nous resservir les mêmes improvisations. Bref c'est du très bon jazz, vivant et collectif. La qualité de l'édition et le niveau de la musique rendent ce CD-DVD plus que précieux.

Xavier Prévost

 

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21 avril 2021 3 21 /04 /avril /2021 13:34
 MY CAT IS AN ALIEN/ PHILIPPE ROBERT     FREE JAZZ MANIFESTO

 

 

MY CAT IS AN ALIEN/ PHILIPPE ROBERT

FREE JAZZ MANIFESTO

 

Editions Lenka Lente Home / Editions Lenka lente

 

Free Jazz Manifesto de My Cat Is An Alien & Philippe Robert / Editions Lenka lente

 

En couverture de ce tout petit livre qui se glissera partout, SUN RA est une figure idéale pour évoquer une liste de 169 disques de free jazz, établie à trois voix, en anglais et français, par des connaisseurs de ces musiques libres, engagées, expérimentales. Le Français Philippe Robert (Agitation frites chez Lenka lente), animateur entre autre du blog Merzbo-Derek, a déjà publié des anthologies essentielles sur la Great Black Music. Derrière le mystérieux My Cat Is An Alien, se cache un tandem italien, Maurizio et Roberto Opalo, deux frères musiciens, artistes visuels et expérimentateurs de “Spiritual Noise” Même si nos trois complices font reposer leur choix, forcément subjectifs, sur la sensibilité, leur expertise n’est pas à mettre en doute.

Sélectionner autant de titres était une mission acceptée, tout à fait possible pour nos auteurs, dont l’angle d’attaque dresse une fresque originale en empruntant des chemins de traverse, des voies plus marginales, plus “underground”. Une autre histoire, moins glorieuse et surtout moins récupérée par le business des labels.

L’intérêt de cette liste alphabétique et non chronologique est de définir en quelques phrases l’essence de la musique du groupe choisi. Exercice périlleux mais impeccablement réalisé, le texte en français étant complété par la version anglaise!

C’est que les “grands” disques ont souvent une histoire, quand la musique était au centre d’une aventure intense, souvent personnelle et surtout rebelle. Certaines décennies comptent plus que d’autres : sur les cent soixante neuf références, les années soixante et soixante-dix surtout sont prédominantes, «parenthèse enchantée» sur le plan artistique, époque brûlante, très dure socialement et politiquement. L’un des plaisirs de ce livre est donc de réveiller une nostalgie latente. La réalité et les préoccupations de l’époque envahissent le décor : lutte pour les droits civiques, sexe, drogues mais par dessus tout, créativité intense.

Les auteurs replacent les pièces souvent manquantes, voire oubliées, explorant le spectre de la musique Free. Un parcours atypique pour une musique qui ne l’est pas moins. Une fois ce postulat de départ admis, on se laisse conduire, même si on est loin de connaître tous les musiciens cités. Se détachent des "bizarres" qui firent  parler d’eux depuis les lisières où ils s’étaient réfugiés. Des pistes nouvelles sont ainsi ouvertes à notre curiosité : Hartmut Geerken Amanita,  William Hooker Sextet, Stephen Horenstein, Griot Galaxy, G.L. Unit du free jazz suédois, Orangutang, Kaoru Abe Trio.

Il n’y a tout de même pas que des inconnus, puisque l'on retrouve  l'Art Ensemble, Albert Ayler (Holy Ghost ), Amiri Baraka, Gato Barbieri/Dollar Brand, Anthony Braxton,, Willem Breuker, Han Bennink, Marion Brown, Dave Burrell…Il y a même des évidences comme Carla Bley/Paul Haines ( le pharaonique Escalator over the Hill, évidemment, 1971) et des attendus, mais pas forcément avec le disque le plus connu : Coltrane figure avec Interstellar Space, ABC Impulse, enregistré cinq mois avant sa mort en 1967. Pour Sonny Rollins, c’est le Complete live at the Village Gate, de 1962, réédité en 2015, essentiel pour marquer la naissance du free jazz. Un jeune Joe Mc Phee autoproduit Trinity en 1972, alors qu’un autre de ses disques a été refusé par Blue Note! D’Ornette Coleman, nos amis retiennent Body Meta, en 1978, invention du free funk. Pour Archie Shepp/Philly Jo Jones, ils choisissent America, 1970, avec ce commentaire très juste “Aussi free soit-il, Archie Shepp n’oublie jamais blues et spiritual, seule manière d’honorer, entier, le chant originel afro-américain”. Michel Portal n’est pas oublié, pas pour le Châteauvallon 1972,  mais pour Our Meanings and Our Feelings, Pathé, 1969.

Quelques femmes tout de même sont dans la liste : Annette Peacock, Linda Sharrock (avec son mari!), Alice Coltrane with strings et la seule Française, Colette Magny (Répression au Chant du Monde, 1972) . Deux curiosités, les disques de François Tusques Alors Nosferatu combina un plan ingénieux et Occupé de Michel Potage, enregistrés respectivement en 1969 et en 1977, referont surface (tout arrive) en 2019 et 2011!

Ce petit guide éclaire ainsi assez précisément l’un des formidables mouvements musicaux du XXème siècle. Et les marges finissent par rejoindre leur centre, puisque dans cette musique free, on finira par relier  paritairement les électrons libres aux groupes plus connus qui ont marqué l’histoire de cette musique.

 

Sophie Chambon

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