Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 08:41

Kind of Blue 2011

Samuel Blaser (tb), Russ Lossing (p), Thomas Morgan (cb), Paul Motian (dm)

 BlaserSamuel_ConsortInMotion_w-2.jpg

Il y a des albums dont on pourrait parler comme de véritables ouvrages.  Ou comme des études presque littéraires. De ces albums qui portent véritablement en eux un vrai propos. C'est exactement le cas de cet album fourmillant d'intelligence que le tromboniste suisse consacre pour une grande partie a la relecture de pièces de Monteverdi. A une approche jazz de la musique de la renaissance et baroque.

Samuel Blaser qui vit entre New-york et Berlin, deux haut lieux de création s'il en est livre en effet une passionnante exploration personnelle de cette musique, matériau précieux et base de digressions abstraites, de libres improvisations à partir d'un support sur la base mélodique au plus proche de l'original et qui évoque bien sur les arias de celui qui fut l'inventeur de l'Opéra.

Samuel Blaser qui s'apprête a publier tout prochainement un album en compagnie de Marc Ducret et de Gerald Cleaver, est un musicien rare. Pas seulement l'instrumentiste exceptionnel qui libère le trombone de tous ses carcans pour lui donner ici une expressivité sublimée, mais aussi un musicien qui propose, un musicien qui invente, qui crée et qui donne vie à ce qu'il crée. Un musicien en mouvement en quelque sorte.  Maitre en animation, en "renaissance" en quelque sorte, au sens littéral de redonner vie à ce qui n'est plus. Travail d'orfèvre aussi.

De cette musique-là on entend bien la respiration intérieure. Elle ouvre des espaces d'improvisations très libres autour de ce que l'on pourrait appeler des variations. L'esprit "free" (au pied de la lettre) peut s'y retrouver quant à la liberté que les musiciens s'y accordent. Liberté formidablement encadrée par les talents d'arrangeurs de Samuel Blaser. C'est bien là l'esprit de ce mouvement historique (La Renaissance) : la liberté de création encadrée dans des canons académiques et formels.

A ses côtés, Paul Motian est ici le coloriste de l'ensemble, au pinceau fin et subtil. Ses effleurements de peau donnent le frisson. Quant à l'entente avec le pianiste helvétique Russ Lossing, elle éclate ici, là où chacun propose sa propre lecture, sans que l'on sache vraiment si l'on est dans le domaine de l'improvisation ou de l'écrit.

Et il faut absolument venir et revenir sans cesse à cet album qui recèle de vraies merveilles cachées.  Découvrir le jeu fascinant de Samuel Blaser dont le discours captive et fascine. Aucun développement linéaire mais des reliefs et des sons, des sons râpeux au grain épais, des glissandos plaintifs, des growls qui arrachent des bouts de terre et de ciel,  des évocations comme des récitatifs magnifiquement incarnés. Y revenir toujours. Et découvrir ces digressions sur Frescobaldi ou encore sur cet émouvant Ritornello de Monteverdi. Il y a cette approche de la musique où celle-ci est si expressive qu'elle semble presque nous parler et discourir avec nous.

Et dans cet album aux milles contours l'émotion qui effleure toujours avec légèreté pour ceux qui y prêterons l'oreille.

Grand disque

Jean-marc Gelin 

Partager cet article
Repost0
4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 13:35

POST SCRIPTUM

Sortie le 4 juillet 2011

ECM

wolfert.jpeg

Voilà encore un album ECM, saisissant de «force tranquille», apaisant et intense. Dire qu’on reste en famille est une évidence : le leader est un pianiste hollandais -inconnu de nous jusqu’alors- dont le premier disque, Currents,déjà chez ECM, avec la  même formation, remonte à 2008. Il avait cependant participé à quelques uns des enregistrements ECM de la chanteuse suisse Suzanne Abbuehl, entre autre, le splendide April, en 2001. 

Le pianiste a trouvé un compagnon idéal pour une aventure musicale de cette teneur, en Claudio Puntin, clarinettiste suisse, qui, avec son phrasé aéré et sa manière de faire respirer la musique, apporte fraîcheur et sentiment à cet intrigant Post Scriptum. Quatorze pièces plutôt courtes s’emboîtent dans le puzzle de ce tableau musical, autant d’images sonores d’une forme souvent expérimentale.

Cérébrale et sensible dès le premier titre «Meander», que peut bien évoquer cette musique ? Une ville, une couleur, les méditations d’une journée, d’un mois, voire une saison ? On n’en saura guère plus mais les compositions coulent, ponctuées d’affirmations mesurées le plus souvent, avec cependant quelques ruptures ou emballements toujours inattendus. La jouissance du son le dispute à la pertinence du propos, constituant une invitation à la liberté d’écoute, de jeu, de sens. Une très belle circulation de timbres fondée sur une palette instrumentale douce et insistante, dans une atmoshère classique. Mais si on ne pense pas au jazz, il finit par revenir de lui même !

Cristallin et profond, le piano se joint aux coulées de la clarinette dans la confidence de ce «Silver cloud» dont les variations illustrent la pochette d’un bleu métallique. Dans l’élégiaque « Angelico », il ne parvient pas à troubler la quiétude de la ballade, les graves de la contrebasse et de l’arco de Matts Eilertsen, agissant au contraire de façon apaisante, en contrepoint de la délicate clarinette.

De concert, sans concertation apparente, puisque l’improvisé est joué avec aisance, voilà une leçon d’équilibre qui parvient à cette forme d’intensité par la maîtrise du silence, l’audace du manque.

La sobriété de chacun, les interventions subtiles et veloutées, la batterie raffinée de Samuel Rohrer, font de cet album un ensemble étrangement intemporel, qui dégage une émotion douce mais peu banale, sans sensiblerie, ni effets trop appuyés. Une musique qui ne coule pas de source mais d’évidence possède une énergie fluide. Un pari réussi, forme et fond en adéquation, jamais dans l’abrupt et les stridences.

Décidément les Nordiques ont une façon passionnante de faire de la musique,de concilier classique et jazz,qui résiste à toute tentation, tentative de facilité. Que ce Post scriptum soit suivi d’une longue suite, c’est ce que l’on peut souhaiter à ce groupe prometteur.

Sophie Chambon  

 

Partager cet article
Repost0
3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 11:22

www.bigfourquartet.com

2011

Julien Soro (as, ts), Stephan Caracci (vb), Fabien Debellefontaine (tuba), Rafaël Koerner (dm)

big-four-quartet.jpg

Deuxième album du très remarquable et très remarqué Big Four quartet. Remarquable assurément autant par la somme des talents qu’il agrège que par l’instrumentum très original qu’il réunit. En effet en associant un vibraphone et un tuba en lieu et place d’un couple piano-batterie, Julien Soro, pierre angulaire de ce projet contribue à la création d’une matière sonore originale.

Alors c'est mutin. C'est le lieu où l'énergie et la puissance deviennent ludiques. Dans leur musique l'influence d'un Tim Berne d’un Steve Coleman ou d’un Henri Threadgill. Celle d'une musique aux confins du jazz, du rock et de la musique contemporaine (même si ce raccourci réducteur n’aurait en soi rien de très original), se jouant des métriques et des grilles harmoniques.

Big Four tourne beaucoup autour du son de l’incroyable saxophoniste leader, Julien Soro dont la simple puissance évocatrice du jeu dynamite tout. Depuis plusieurs années déjà on a repéré Julien Soro comme l'un des plus talentueux de sa génération. Après avoir littéralement porté son groupe Gaïa sur plusieurs tremplin de jazz, puis être passé dans le quatuor des saxophones aux côtés de Chautemps, Jeanneau et Jean-Charles Richard, Julien Soro s'impose aujourd’hui avec Big Four comme l'un des saxophonistes de référence en France. La puissance et surtout la densité de son discours sonne comme un fleuve irrépressible, massif, avec cette épaisseur qui donne du poids au discours. Entendre par exemple son introduction sur Bientôt l'heure ou Svp pris d'assaut par Julien Soro alors que la rythmique rivalise de dynamisme insufflé.

Mais ce sont 4 « sons unis » et il y a des associations dans ce groupe. Le tuba ( qui remplace la basse traditionnelle) et la batterie. Le sax et les nappes souples du vibra de Stephan Caracci (vibraphoniste que l'on entend entre autre chez Raphaël Imbert) et qui imprime magnifiquement sa science de l'harmonie, son sens de l'accompagnement et des sonorités presque électriques et parfois lunaires. Et toujours cette belle empathie du groupe comme sur la Septième parole où l’on est impressionnés par le soin partagé à façonner l’ouvrage. C’est un peu comme si l’on voyait sous nos yeux une mécanique interactive se mettre en branle comme sur cet Automne a trois temps où l'on visualise presque les rouages et engrenage d'un collectif qui "tourne" ensemble. Et il y a le sens du détail et du compagnonnage. Pas étonnant que presque tous les membres de ce quartet se retrouvent tous dans le Ping Machine de Fred Maurin, autre belle et formidable mécanique.

Les compositions, toutes signées de Julien Soro et révèlent une écriture de grande qualité formelle. Sans trop forcément rechercher les espaces, Soro parvient à créer une musique exigeante qui laisse place au jeu collectif et remplace les contre-chants par des mécanismes de questions-réponses cachés derrière le soliste. Remarquablement efficaces ces compositions nous bousculent parfois et nous sortent de toute tentation d’easy listening. Cet album se découvre pour ceux qui en feront l’effort.

Mais, revers de la médaille, ces compositions manquent parfois de direction claire. Ainsi par exemple cette relance sur Nos Sons Unis alors que l’on aurait peut être souhaité une coda plus « attendue » ou encore une prise alternative de Boule de neige qui aurait pu aussi être évitée.

Reste la force de cette musique passionnante et créative en diable et la puissance de son leader qui passe et emporte, comme dans cet Automne à trois tempsoù le jeu passionné de Soro s’impose comme l’un des moments forts de cet album.

photos-2010-2011 0951Jean-Marc Gelin

 

Big Four Quartet sera en concert au Parc Floral dimanche 3 juillet

La sortie officielle de l’album est prévue pour le 8 septembre au Sunset à Paris

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 09:24

Naïve 2011

Elie Dalibert (as), Manuel Adnot (g), Arthur Narcy (dm)

 Sidony_box_Pink_Paradise.jpeg

Ce jeune groupe retenu par Jazz Migration l’an dernier et vainqueur du trophée jazz à Vienne fait à nouveau sensation pour  son (déjà) deuxième album. Ce jeune groupe qui fonctionne sur une base, on ne peut plus simple (sax, guitare, batterie) semble réinventer et moderniser l’art du trio. Composant presque tous leurs morceaux collectivement ils manient en effet l’art de la dramaturgie musicale avec brio. Avec trois instruments et des nappes électriques qui viennent souligner le trait ou étirer les sons, ils créent des atmosphères de polar, des sentiments d’angoisse, ils créent de l’espace, de l’émotion brute. Cette émotion vient du rock c’est sûr (j’ai même pensé, aller savoir pourquoi, à Jeff Buckley allant jusqu’à oublier qu’aucun ne chante ni ne vocalise). Les trois musiciens soulignent légèrement un  propos mélodique comme une sorte d’argument, de prétexte à leurs développements (au sens littéral de ce qui précède le texte). Ici joue l’alternance d’une prédominance « jazz » soulignée par le sax d’Eie Dalibert et « rock » portée par la guitare de Manuel Adnot avec dans le rôle de l’entremetteur créateur de reliefs, Arthur Narcy à la batterie. Et cette alternance et aussi une alternance de jeu dans le jeu lui-même (l’improvisation) et le non-jeu ( les étirances sonores). Car il s’agit moins ici de se lancer dans des développements lyriques que de contribuer à la création collective d’un son et d’un poétique.

La musique est construite sur des émergences, comme celle d’un ostinoto rock (Tatooine), sur l’apparition de sons saturés ( Wilson) ou au contraire dépouillé à l’extrême ( comme sur ce Léman qui étire la note sur près de 10 mn, créant des résonances poignantes comme à la vue d’une toile minimaliste. Des montées paroxystiques mais jamais chaotiques laissent place à des descentes planantes comme sur ce titre éponyme, Pink Paradise où la musique dit plus que la musique elle même.

Tout est fait pour raviver l’intérêt de l’auditeur en faisant ainsi se succéder des moments forts, des moments de vie à la fois denses et palpitants.

Au final Ultimate Pop song vient clôturer de manière encore une fois bouleversante cet album qui ne peut laisser indifférent. Sidony Box s’impose alors définitivement comme l’un des groupes les plus intéressants du moment sur la trace de ses grands frères au titre desquels on rangerait volontiers Limousine.

En explosant les frontières musicales avec une cohérence remarquable, en suscitant un imaginaire artistique, Sidony Box intègre et assimile avec une modernité captivante l’art universel du trio.

Jean-Marc Gelin

 photos-2010-2011 0951

Sidony Box fait partie d’un colelctif d’artiste passionant 1Name4Acrew : voir le site http://www.1name4acrew.com/site/

Partager cet article
Repost0
1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 06:58

 

À l’occasion de la sortie de l’album que le contrebassiste a enregistré en duo avec le pianiste John  Taylor, les DNJ donnent la parole à Stéphane Kerecki pour revenir sur ses choix artistiques et sur le parcours de celui qui est en passe de devenir une des références intournables de la contrebasse en France.  

Passer du sideman au rôle de leader est une trajectoire parfaitement assumée dont il nous livre ici les grandes lignes : du lied au lead.

 

 kerecki1

 ©yves dorison

 



Sur tes deux derniers albums, il s’agit de rencontres, « Houria » avec Tony Malaby et « Patience » avec John Taylor. Est ce un choix systématique d’axer tes projets autour de rencontres et surtout est ce que ce sont les rencontres qui ont suscité les projets ou le contraire ?

 

 

SK : C’est plutôt le projet que j’avais en tête qui, à chaque fois m’a amené aux rencontres. J’avais déjà fait deux disques en trio et du coup pour le 3ème je cherchais autre chose. Je voulais évoluer de manière différente. D’où Tony qui m’avait beaucoup influencé dans mon travail et ce, bien avant que Daniel Humair ne nous mette en contact. J’avais beaucoup écouté le trio de Mark Helias avec Tony et Tom Rainey qui m’avait beaucoup intéressé. Le déclencheur a été Daniel Humair et on a tout de suite eu l’idée de faire un disque en l’intégrant dans le trio. Pour moi c’était logique. Je trouve qu’aujourd’hui on est un peu confrontés à l’obligation de se renouveler. Pour moi, dans ma conception de la musique, il faut que je garde le même noyau, c’est fondamental, mais en ajoutant chaque fois (ou pas) un élément nouveau. Là il y avait Tony et dans le prochain ce sera très certainement avec Tony et Bojan Z. Mais on aura toujours ce même tronc commun. Cela me permet de construire sur la durée, ce qui est important pour moi dans le jazz. Coltrane par exemple avait toujours des invités. Aujourd’hui quelqu’un  comme Texier fonctionne aussi comme ça en faisant légèrement modifier le casting. Et je trouve cela malin car cela permet d’envisager avec le même groupe des choses à long terme tout en se remettant en cause.

 

Mais quand tu joues en duo avec John Taylor, pour le coup, cela n’a plus rien à voir ?

 

SK : L’album avec John Taylor est conçu comme une parenthèse. J’avais fait deux disques en trio plus celui qui est avec Tony et l’idée avait été de faire quelque chose de totalement différent avant de revenir à la formule du trio + invités.

 

Comment s’est passée la rencontre avec John Taylor ? C’est toi qui es allé le chercher ?

 

SK : Cela faisait longtemps que je voulais faire un duo. À un moment il était question de faire un duo avec Nelson Veras et cela n’a pas été possible à cause de problèmes qui nous étaient extérieurs. John c’était quelqu’un qui était venu, il y a 15 ans au conservatoire de Paris et j’avais adoré ce qu’il nous avait enseigné. Je me souviens que nous avions alors joué ensemble en duo, lui bien sûr ne s’en souviens pas du tout. Moi j’avais eu alors l’impression de plonger littéralement dans son piano. Et j’ai gardé longtemps ce projet dans un coin de ma tête.

 

Là aussi, une rencontre de cordes

 

SK : Il y a ce côté très percussif dans le jeu de John qui renforce cela. John est quelqu’un que j’ai beaucoup écouté et qui est pour moi l’un des plus grands aujourd’hui et l’une des principales influences de nombreux pianistes en Europe. C’est pour moi quelqu’un qui synthétise beaucoup. Techniquement c’est magnifique et rythmiquement c’est quelqu’un d’hyper solide. Il a surtout développé un langage harmonique très riche. Toute la musique qu’ils ont créée avec Kenny Wheeler montre combien ils ont fait avancer certaines conceptions harmoniques. Dans les pianistes français quelqu’un comme Edouard Ferlet me fait penser à lui ou Bruno Angelini ou Guillaume de Chassy. John Taylor fait partie des piliers d’ECM avec Bobo Stenson et Jarrett évidemment. J’ai entendu dire que pour Manfred Eicher il était à certains égards l’égal de Jarrett. Quand il joue en solo, c’est l’un des pianistes qui aujourd’hui me touche le plus.

 

Comment cela se passe lorsque l’on enregistre avec quelqu’un comme lui. On laisse plus d’espaces d’improvisation ?

 kerecki2

SK : Non c’est quelqu’un qui a moins l’esprit libertaire que Tony Malaby. Tony recherche l’impro dans la forme, constamment. John est pour sa part un orfèvre qui cisèle et remodèle un morceau prise après prise. Du coup nous avons justement fait beaucoup de prises pour cet album. Beaucoup de choses se sont construites en studio. On a beaucoup travaillé ensemble. Mais il parle très peu et lorsqu’il le fait, il faut vite saisir toutes les informations. J’ai essayé quant à moi de l’emmener vers des espaces plus free, plus improvisés mais ce ne sont pas des espaces qu’il aime spontanément franchir.

 

Cela doit être difficile pour un jeune musicien d’imposer ses propres idées en studio lorsque l’on joue avec quelqu’un de cette carrure ?

 

SK : Il essayait de comprendre ce que je voulais et c’est incroyable la conscience qu’il a de l’interprétation. Il avait un vrai regard artistique sur tout ce qu’il fait. Ce n’est pas le musicien qui vient en studio, qui fait son truc et qui attend de pouvoir repartir. Il y a au contraire un vrai échange artistique.

 


 

© yves dorison

 

Le fait de développer tes propres projets change t-il ta conception du sideman ? Abandonnes-tu ce rôle de sideman ?

 

SK : En fait non. J’ai redécouvert le rôle de sideman en ayant été moi-même leader. Cela m’a aidé à comprendre ce que voulait le leader. Par ailleurs le fait d’avoir mes propres projets fait que les gens savent ce que je fais, quelle est ma musique. Et du coup les musiciens m’appellent pour « ça » plus que comme un sideman classique. Cela peut être des concepts très ouverts ou très straight, j’arrive maintenant avec ma propre personnalité et je n’ai aucun complexe à la laisser s’exprimer même au service de quelqu’un d’autre, que ce soit en concert avec Jacky Terrasson ou avec Yaron Herman.

 

 

Quelle est ta conception du bassiste ? Le bassiste qui se met sur le devant de la scène, comme Avishai Cohen n’est pas vraiment ton style et en même temps tu sais affirmer ta présence.

 

SK : Ce qui me gêne avec Avishai Cohen n’est pas vraiment sa musique, en plus c’est un contrebassiste énorme.  Mais c’est surtout son sens du show. Je sais qu’aujourd’hui c’est ce que veulent les programmateurs mais je ne suis pas d’accord avec ça. C’est justement la position du bassiste dans son ensemble qui me gêne. Pendant le solo de piano, on voit bien que la caméra reste sur lui et qu’il fait le show en éclipsant les autres. C’est bien d’avoir une présence scénique et de ne pas regarder ses chaussettes durant le concert mais il y a une limite que, moi, je ne veux pas dépasser et qui me gêne vraiment. Par contre musicalement, le rôle que je donne à la contrebasse dépend du contexte. Lorsque je joue avec Jacky, par définition, je suis plus en retrait. Mais je sais qu’avec lui lorsqu’il te donne la parole, il te la donne vraiment et tu peux vraiment t’exprimer. Idem avec Yaron. Maintenant le bassiste qui est là pour assurer la pulse, je ne fais presque plus ça. Il me faut un minimum espace de liberté.

 


 

Tes bassistes de référence ?

 

SK : Il y en a 4 : Scott La Faro, Dave Holland, Charlie Haden et Gary Peacock. Ce sont 4 contrebassistes très différents mais pour qui j’ai une réelle admiration et dont je rêverais de faire la synthèse.

 

Tout en restant attaché résolument à la contrebasse. Pas d’électrique ?

 

SK : Le seul que j’apprécie à ce niveau-là c’est Steve Swallow. Il y a un disque qui vient de sortir, en trio avec Kenny Wheeler, c’est étonnant le son qu’il a !

 

Pas Jaco ?

 

SK : Jaco Pastorius est un bassiste incroyable, mais ce n’est pas quelqu’un que l’on peut avoir comme influence en tant que contrebassiste. C’est quelqu’un dont j’essaie de ne pas trop m‘imprégner. Il n’empêche que pour ma part je ne joue absolument pas de l’électrique, ni en concert ni chez moi pour m’amuser. Peut-être un jour lorsque j’aurais trop mal au dos et que je serai plus vieux ! Non, pour le moment j’aime revenir surtout à la guitare, qui était mon instrument de départ. J’essaie d’en jouer avec un petit groupe de rock.

 

 

Revenons à ta propre technique, tu parlais du son de Swallow, comment fais tu pour travailler « ton » propre son ?

 

SK : C’est sûr que c’est quelque chose de difficile et pour certains incroyable. Quand tu prends quelqu’un comme Charlie Haden, il a le même son quelle que soit la basse. Mais la base c’est souvent l’instrument lui-même. Moi j’ai eu la chance d’avoir d’emblée trouvé l’instrument qui me convenait. Je joue sur une « Pillement Père », c’est une basse qui date de 1820 avec laquelle j’enregistre toujours en studio. En revanche en concert, j’utilise souvent un autre instrument. Cela dit maintenant on voyage de plus en plus sans contrebasse parce que c’est devenu trop compliqué. En revanche je prends mes cordes, mon micro, tout ça pour essayer de faire sonner comme je veux. Un ensemble de grigris….

 

 

Tu es venu assez tard à jouer de l’archet

SK : Oui, c’est JF qui m’a poussé à le travailler, et Tony Malaby qui m’y a incité à l’utiliser sur scène en me disant que si je n’y mettais pas maintenant je le regretterai plus tard. En fait je m’en sers surtout pour créer des climats, moins pour accentuer la mélodie. J’aime bien prendre l’archet dans un concert parce que cela crée quelque chose à la fois quand tu le joues et à la fois quand tu le lâches pour passer à autre chose. J’ai aussi pas mal écrit pour trois voix (2 sax et archet)

 

Tu restes assez classique dans ta relation à la contrebasse finalement

SK : Oui c’est vrai que je ne renverse pas la basse à l’envers, que je ne maltraite pas le bois que j’essaie pas d’en faire des tonnes de trucs extravagants. Je reste assez classique dans mon approche et quand je répète je ne me lasse pas de jouer du Bach par exemple. Cela me plait de travailler des heures comme ça. Je suis aujourd’hui plus dans une phase où j’élimine le superflus et me contentant de choses simples qui me donnent, au niveau sonore, pleinement satisfaction. Et cela se travaille beaucoup par la composition et par le rôle de leader. Mais bon peut être plus tard j’essaierai des trucs. Par exemple aujourd’hui j’utilise une mailloche de plus en plus. Cela me permet d’ouvrir des choses nouvelles.

 

 

Tu es venu à l’instrument assez tard ?

SK : Oui carrément ! En fait c’était durant ma première année de fac où j’ai rencontré des copains qui m’ont fait découvrir le jazz qu’ils écoutaient. Les deux premiers disques  jazz qu’ils m’ont passé c’était « Kind of Blue » et « Sunday at the Village Vanguard ». A l’époque je n’écoutais pas de jazz, surtout du rock. Le jazz était encore bien éloigné de mon univers. J’écoutais un peu Weather report mais cela n’allait pas beaucoup plus loin. J’ai quand même en mémoire un concert de Sixun en 89 donné aux Tuileries à l’occasion du Bicentenaire qui m’avait laissé par terre.

Jeune j’avais fait un peu de conservatoire mais surtout j’ai fait du chant d’assez haut niveau. J’ai fait de la basse électrique, du rock et c’est après avoir rencontré ces copains et avoir écouté ces deux disques monumentaux que j’ai loué une contrebasse. 3 mois après, j’en ai acheté une en décidant de m’y consacrer. 6 mois après je suis allé au conservatoire de mon quartier et tout a vraiment commencé dans ce conservatoire du 5ème.  J’ai alors commencé à acheter tous les disques Blue Note que je trouvais et à me plonger carrément dans le hard bop, dans la période Miles chez Prestige, les premiers Coltrane etc…

Mais il faut te dire qu’en parallèle de tout cela il me tenait à cœur de finir mes études d’économie et d’aller jusqu’à mon DEA. Mais je reconnais qu’à la fin, on ne me voyait pas beaucoup parce que je passais plus de temps au conservatoire qu’à la fac. Le truc c’est que sans toujours tout comprendre, j’apprenais en revanche très vite des tonnes de cours photocopiés. Au moins cela aura fait travailler ma mémoire.

 

 

Le CNSM ?

SK : J’ai eu une chance folle car je suis arrivé dans les derniers mois de la vie de Jean-François Jenny-Clark en 1998. C’était quelqu’un d’exceptionnel. Jusqu’au bout, alors qu’il avait une grave maladie, il est resté impliqué auprès de ses élèves. Il revenait exprès de ses traitements, alors qu’il était épuisé, pour nous enseigner, tous les mercredis. Nous étions juste deux ou trois bassistes, et il était là pour nous. Durant cette dernière année de sa vie, il a tout donné aux autres. J’ai passé 6 mois extraordinaires avec lui. Et pour moi qui venais tout juste de découvrir cette période du hard bop à laquelle il avait beaucoup participé il représentait une vraie référence et une partie de cette histoire. Mais il avait ensuite participé au free avec Don cherry, et Lacy, et côtoyé la crème de la musique contemporaine comme Boulez. Il a été un passeur génial pour ouvrir vers d’autres musiques.

 

Tu enseignes toi-même ?

 

SK : Oui, à Orsay. C’est fondamental. On apprend beaucoup en apprenant. Ça aide à structurer ses idées. Mais ce que j’adore par-dessus tout c’est d’animer des master-class. On en a fait une en Allemagne avec Yaron Herman et là on se trouve face à des musiciens qui sont en demande et qui ont plein de choses à recevoir.

 

 

Tu as beaucoup joué avec Daniel Humair. Que représente t-il pour toi ?

 

SK : C’est une figure emblématique du jazz en France. J’ai beaucoup de chance de le côtoyer et de jouer avec lui. Il a été un des profs du conservatoire mais, au-delà de ça il fait partie des 2 ou 3 qui ont fondé le jazz européen avec le trio Humair-Jeanneau-texier ou avec Kuhn-Humair-Jenny-Clark. Mathieu a beaucoup joué avec lui. C’est un des grands batteurs aujourd’hui dans le monde. On sourit parfois avec Thomas (Grimmonprez) entre nous parce que l’on se rend compte que l’on ressort des trucs qu’il nous a appris et qui restent.

 

Dans le nirvana de tes batteurs ?

 

SK : De Johnette, Motian, Erskine (pas tout mais certaines choses), Humair. Et dans les jeunes, Nasheet Waits, Gerald Cleaver, Fabrice Moreau.

 

 

Il y a des jeunes que tu as repéré sur la scène, voire des jeunes avec qui tu aimerais bien jouer.

 

SK : Par exemple Anne Paceo et son quintet. Elle a beaucoup de talent et dans son groupe il y a Pierre Perchaud, Antonin Tri-Hoang et Leonardo Montana qui sont tous des jeunes talents très prometteurs. Et en ce moment je travaille aussi avec Yaron et Emile Parisien.

 

Qu’est ce que tu écoutes en boucle sur ton Ipod en ce moment

 

SK : Ecoutes, tu vas pas me croire mais c’est justement « Sunday at The Village Vanguard ». Et c’est fou parce que La Faro joue un des solos les plus extraordinaires de l’histoire du jazz que ce soit sur My Romance ou sur Gloria’s Steps  et personne n’applaudit.

 

 

Si tu devais jouer avec un trio de rêve

 

SK : Prendre la place de Peacock dans le trio de Jarrett !!! Si tu écoutes Standard vol 1 et 2, l’intro de Jarrett sur All the things you are est quelque chose d’inouï. J’adore me lever le matin en écoutant ça.

Mais dans l’ordre du réalisable, jouer avec John Taylor et Paul Motian : un rêve !

 

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin (juin 2011)  

Crédit Photos : Yves Dorison (Site de Yves Dorison)

 

 

STEPHANE KERECKI/ JOHN TAYLOR : "PATIENCE"

Zig-Zag 2011

Kerecki-Taylor--Patience.JPG

 

  STEPHANE KERECKI TRIO featuring TONY MALABY : “Houria”

Zig-Zag 2009

stephanekerecki_houria_cm.jpg


STEPHANE KERECKI : « Focus danse »

Zi-Zag 2007

 kerecki-focus.jpg


 


Partager cet article
Repost0
25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 20:56

 

Bobby Mc Ferrin sera à Nimes le 27 et à Orléans le 29 dans le cadre de la présentation d’un projet inédit avec le batteur Manu Katché. Ses concerts qui sont toujours d’incroyables moments de communion avec le public qu’il aime à faire participer sont en effet souvent marqués par les échanges et les rencontres avec les autres musiciens et autres artistes. Signe que chez lui, au delà de simples happenings tout est question de transmission et d’inspiration.

 

L’occasion pour nous d’attraper au vol le chanteur de New York. Celui qui a révolutionné l’art du chant, du jazz vocal et de l’improvisation a accepté de répondre brièvement à quelques courtes questions.

 Bobby-McFerrin.jpg

 

 

Manu Katché et vous, c’est une rencontre inattendue. C’est un peu la rencontre de deux drummers jouant ensemble.Comment vous êtes vous rencontrés et avez vous déjà travaillé avec un autre batteur ?

 

BMcF : J’aime utiliser des sons percussifs et je pense que j’ai commencé à explorer cela bien avant les autres chanteurs. Ce qui ne veut pas dire que je n’aime pas la mélodie. En sautant de ma voix de tête à ma voix de poitrine je peux tracer l’harmonie. Donc je ne me considère pas en premier lieu comme un chanteur-batteur. Je pense que je peux utiliser beaucoup d’options. Manu et moi pouvons faire soit un duo percussif ou bien être dans un schéma ou je chante sur ses idées rythmiques ou encore s’inscrire dans une forme ou je ferai à la fois la mélodie, l’harmonie et le rythme. Peut-être même que nous chanterons tous les deux ! Tout peut arriver quand deux musiciens inspirés se rencontrent.

J’ai travaillé avec quelques grands batteurs dont notamment l’incroyable jack De Johnette. Et je pense que l’on peut considérer que Savion Glover ( le danseur de claquettes) est aussi un percussionniste.

 

Quels sont les musiciens qui vous ont le plus inspiré durant ces dernières années ?

 

BMcF : Il y a des musiciens qui sont pour moi une grande source d’inspiration. J’ai souvent raconté mon expérience à l’écoute de Miles et de Herbie Hancock et Keith Jarrett a changé à tout jamais ma conception de la musique. Et puis il y a aussi les musiciens avec lesquels je joue. Mais ces dernières années je pense de plus en plus à mon père Robert Mc Ferrin qui était un grand Baryton. Il fut le premier Africain-américain à être signé au Metropolitan Opéra. Il a chanté Rigoletto à l’opéra de New York. C’est la voix que vous entendez  quand vous regardez le Porgy and Bess de Sydney Poitier . La façon dont il écoutait  la musique, la façon dont il chantait, la responsabilité qu’il se sentait dans son travail est pour moi ma plus grande source d’inspiration.

 


Quels sont parmi les autre arts ceux qui vous inspirent le plus ?

 

BMcF : Je trouve mon inspiration dans toutes les formes artistiques quelles qu’elles soient.

 

 

Est ce que l’enseignement représente quelque chose d’important pour vous ?

 

BMcF : C’est la façon de le faire qui est important. Je voudrais que les gens sortent de mes concerts en se sentant un peu différents que lorsqu’ils sont entrés. Je voudrais qu’ils se sentent plus enclins à véritablement entrer dans le chant dans leur vie de tous les jours, plus espiègles plus créatifs, plus en paix. Je pense à cela  chaque fois que je chante. Je crois que l’improvisation nous apprend toutes ces choses. C’est le sens de mon enseignement. Beaucoup de gens viennent me voir pour que je leur enseigne mes techniques de chant. Je préfère les voir apprendre et développer leurs propres techniques et leur propre « son ». Ce que je préfère c’est quand les musiciens sonnent comme eux-mêmes.

 

Quel est votre livre préféré

 

BMcF : La Bible. Je la lis et la relis toujours.

 

 

Ecoutez vous les jeunes musiciens et quels sont les grands talents que vous avez récemment découvert ?

 

BMcF :  En ce moment j’écoute Chick Corea ( avec qui je vais recommencer à partir en tournée à partir de l’année prochaine). Et j’écoute Mozart. Je n’en ai pas encore fait le tour. Peut-être si vous me reposez la même question l’année prochaine je vous parlerai d’un nouveau grand musicien qui m’a inspiré mais pour le moment j’écoute mes vieux amis et je trouve chez eux beaucoup d’idées nouvelles.

Partager cet article
Repost0
18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 08:57

Label Cristal records/ Harmonia mundi

 Nice-Jazz-Orchestra-Festival.jpg

Voilà un disque éminemment réjouissant qu’il convient de déguster simplement : un jazz classique, lisible, et bien vivant  dès la pochette où les cuivres s’offrent à nous, resplendissant en un bouquet final … à Nice, reine de la Côte d’Azur, l’une des capitales historiques du jazz . Ainsi se présente le NJO (Nice Jazz Orchestra), orchestre rutilant créé en 2008 par des enfants du pays, à l’initiative du saxophoniste Pierre Bertrand, du contrebassiste Christian Pachiaudi et du batteur Alain Asplanato, avec les meilleurs solistes de la région.

Dans cet album sorti sur le label Cristal, le Nice Jazz Orchestra, composé de 17 musiciens, fait son festival justement. A sa tête, l’un des spécialistes de la direction d’orchestre, un as de l’arrangement, un maître de la composition, Pierre Bertrand. Ce sudiste n’en est pas à son coup d‘essai puisqu’il a créé avec son compère, le Toulonnais d’adoption Nicolas Folmer, cet autre grand format, le Paris Jazz Big Band. Il invite d’ailleurs ce dernier ainsi que le clarinettiste mentonnais Stéphane Chausse, l’accordéoniste Frédéric Viale, les chanteurs du Sashird Lao ..

De quoi créer une multicolor feeling fanfare qui tire le big band vers un marching band sur des thèmes chantants comme la « Grande parade boogaloo », hommage au premier festival de jazz de Nice.

L’album s’ouvre par un délicat « My funny Valentine » en hommage au regretté François Chassagnite, trompettiste du NJO (ce fut son dernier solo), mort le 8 avril dernier. Le répertoire est composé de standards comme ce « Caravan » où s’illustre au soprano un Jean Marc Baccarini survolté. Personne dans la formation ne rechigne à jouer des standards, les musiciens du NJO, « guests » inclus. Ces standards sont peut-être à dépoussiérer (encore que…) mais surtout à reconquérir, selon la formule de Jean Pierre Como. En liberté, comme ce «Night in Tunisia» qui méritait, cette année plus que jamais,  un vibrant hommage de l’autre rive de la Méditerranée. 

Ces thèmes, au cœur de la musique jazz, d’où partent tant d’autres directions actuelles, sont en perpétuel devenir. Certains ont été rendus célèbres par Nougaro que Pierre Bertrand accompagna en concerts, arrangeant en 2000 pour le Palais des Congrès « Work Song » de Nat Adderley et « The Cat » du pianiste Lalo Schiffrin.

Mais on retrouve aussi des compositions plus personnelles de Pierre Bertrand ou des pianistes Jean Pierre Como (l’un des fondateurs de Sixun), du délicieux Zool Fleischer (« Air comme René »), ou encore de Lalo Zanelli ( musicien argentin de Gotan project). « Paris chaviré » est un thème de Julien Lourau, période Groove gang, qui est transformé en rap slammé aux accents du percussionniste Minino Garay et de Sashird Lao. Difficile ici de citer tous les instrumentistes qui jouent vraiment collectif, servant d’écrin aux envolées toujours appréciées des solistes Stéphane Chausse, Frédéric d’Oelnitz au piano, Fred Luzignant au trombone, Amaury Filliard à la guitare. Quant à Pierre Bertrand, sur deux de ses compositions inspirées de folklores du monde, il prend un solo de flûte aux accents flamenco sur «Haut de Cagnes» et joue à la klezmer, au soprano, en hommage à Jochen Kreuzer sur « For JK ».

 

Tout un festival de couleurs et de timbres rendus par cette formation méditerranéenne, lyrique et tendre, puissante et effervescente qui se présente dans tout son éclat.

Un album roboratif à conseiller en ouverture de l’été qui sera « caliente » !

Sophie Chambon
Partager cet article
Repost0
16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 06:45

aeroplanes.jpg

BEE 046

Sortie le 16 juin

 

BEEJAZZ/ ABEILLE Musique Distribution

 

 

Si « la valeur n’attend pas le nombre des années », dans le cas d’Antonin Tri Hoang, la formule semble se vérifier une fois encore.

Après des études de clarinette au conservatoire, le jeune homme découvre le jazz en écoutant Hubert Rostaing, Benny Goodman. Ce qui est en soi, déjà formidable. Il se met à l’alto, quand il découvre le bop et Charlie Parker. Entrant au CNSM, il est repéré à 20 ans par Daniel Yvinek, authentique « talent scout », directeur artistique d’un ONJ nouvelle formule, qui a choisi parmi la jeune scène française des musiciens pluri-instrumentistes, de cultures différentes.

Antonin a intégré l’histoire du jazz, en connaît ses pères et repères mais il a écouté autant Monk que Ligeti ou Sonic Youth.

La suite, on la connaît… Antonin est vite remarqué au sein de l’orchestre et comme il a envie de de voler de ses propres ailes, il se lancera dans une nouvelle aventure, galvanisé par l’audacieux Mohamed Gastli, directeur artistique de Bee jazz, toujours à l’affût de nouvelles aventures musicales.

Composant son premier album, Antonin souhaitait jouer en duo avec un pianiste … Ce sera Benoît Delbecq qu’il admire depuis la nébuleuse Hask, Kartet et évidemment le duo Ambitronix.

Ecoutons le saxophoniste exposer son projet, nul ne saurait mieux en évoquer les lignes directrices :

«  Fabriquer des aéroplanes en papier c’est un peu ce que j’ai essayé de faire : composer des structures plus ou moins complètes auxquelles il manquait un angle et une impulsion pour voler. C’est en les jouant avec Benoît Delbecq qu’elles ont trouvé leur trajectoire, leur itinéraire.

Le résultat est un disque étonnant, épuré, de onze pièces, prétextes à une démonstration de sobriété et de finesse, pensées chacune comme une étude d’atmosphère précise, nettoyées de toute scorie. Une parfaite justesse de ton fait de chaque morceau un concentré d’univers musical.

Les deux complices mettent en avant la souplesse de ce jazz de chambre qui n’est jamais mieux servi que quand il est joué avec douceur. Donc une entrée sans fracas, prélude à l’envol qui suit, d’autant plus étonnant qu’on demeure ainsi, longtemps, en apesanteur, porté par de faux rebonds, des suspens harmoniques et rythmiques.

Quelle est la teneur de cette musique ? Délicate et fragile, sans effet virtuose apparent. Benoît Delbecq prépare toujours son piano, accompagne en filigrane, s’impose subtilement en arrière-plan, alors qu’Antonin Tri -Hoang fait entendre son fredon doucement, alternant avec bonheur saxophone alto et clarinette basse. Leur langage privilégie le discontinu, la césure, quand ce n’est pas le retrait, avec cependant des phrases peaufinées, comme polies, qui brillent d’un éclat renouvelé, à chaque intervention d’Antonin. Du coup, Benoit Delbecq se livre avec bonheur au jeu d’un texte ouvert.

C’est qu’à l’encontre du discours actuel, l’émotion seule n’envahit plus le champ musical, dans ce duo qui favorise la circulation du sens poétique : autant de signes qui ne répondent à aucune nostalgie malgré l’apparence du souvenir et une discrète mélancolie qui parcourt l’album.

Soulignons enfin tout l’intérêt de la maquette, des plus originales, dont le graphisme suivant les plis et replis de l’aéroplane fait penser au travail des origamistes. Des citations de Proust, de Gainsbourg (Marilou) et d‘Elena Andreiev, illustrant le titre « Aéroplanes », sont comme autant de prédelles précisant l’exposé narratif d’un tableau -dont on aperçoit d’ailleurs une reproduction de paysage flamand du seizième, masqué par un cache peint à l’aérosol ou à l’acrylique. De quoi emporter définitivement notre adhésion envers ce projet cohérent, esthétiquement réussi, éclectiquement de bon ton.

Hautement recommandé en ce début d’été pour survoler les plages.

 

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 07:25

PJU Records 2011

Sandro Zerafa (g), Laurent Coq (p), Yoni Zelnik (cb), Karl Jannuska (dm)

URBAN-POETICS-SLEEVE.jpg On a encore en tête le premier album du guitariste qu’il signait avec son White Russian Quintet et que nous avions chroniqué ici même il y a trois ans ( http://www.lesdnj.com/article-24668956.html). Nous avions alors remarqué la très grande qualité d’écriture du guitariste maltais. Et c’est sans surprise que, dans ce nouvel album en quartet l’on se laisse prendre par ses belles compositions où la finesse de l’écriture le dispute à l’élégance de jeu du guitariste.

Evitant avec autant de tact que de « savoir-jouer », tout effet virtuose, Sandro Zerafa est un  gentleman du jazz. Rien d’étonnant d’ailleurs à ce que son camarade de jeu soit Laurent Coq. Tous les deux se répondent à merveille. Les eux se sont évidemment trouvés. Et rien d’étonnant non plus qu’il s’inscrive dans cet écrin de velours que constitue la rythmique Zelnik/Jannuska. Et l’on s’attardera d’ailleurs sur le drive du batteur canadien qui donne ici relief et frémissement à cette musique. Jannuska qui se situe un peu entre le point de croix et l’orfèvrerie, tout en ornements et en petites fioritures, dans cet art de pousser la pulse avec discrétion. On se délecte donc de ce jouage des 4.

Pourtant cette musique souple et raffinée donne parfois le sentiment de l’être un peu trop. A tourner autour des mélodies avec quelques manières, les musiciens donnent parfois le sentiment de jouer un peu entre eux. Et la subtilité de leurs échanges ne se livre qu’à la condition de l’écouter et de l’entendre.

Ceux qui auront cette écoute-là entendrons chez Sandro Zerafa cette façon de jouer avec grâce qui nous rappelle un peu Tal Farlow. Ce sens du jeu qui semble si facile. Comme coulant de source.

Car cette poésie urbaine, c’est bien de cela dont il s’agit : une sorte de source régénérante.

Jean-marc Gelin

Partager cet article
Repost0
14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 07:11

Music by Olivier Benoit

http://www.circum-disc.com/olivier-benoit-serendipity/

www.muzzix.info

 olivier-benoit-copie-1.jpg

Premier album solo d’Olivier Benoît, Serendipity est sorti dans la collection HELIX du label nordiste Circum, que nous suivons avec attention, depuis ses débuts.

Expérimentateur dans les recherches électro acoustiques, ce guitariste se livre ici à une exploration des plus personnelles, ayant tout conçu de ce projet, de la musique à la photographie.

Etrange OVNI sonore qui commence par une longue plage d’un quasi silence ponctué de grésillements et autres effets techniques. Inutile de lancer un départ fracassant puisque la première partie dure 21 minutes. A la septième minute de cette même plage sans nom, un son persistant et saturé s’élève, qui vrille les oreilles sans que cela ne soit insupportable. C’est ce ressassement qui permet de donner du sens à la structure, à la texture affranchie que le musicien tisse et trame continûment, nous conduisant à l’égarement ou à un équilibre instable. Moment de méditation et de rêve éveillé, entre réflexion et transe, dans une tension constante qui jamais ne va jusqu’à l’explosion et la cassure.

Oser le dire est parfois dérisoire mais Olivier Benoît est un adepte de l’extrême en musique, il se laisse conduire et construire par une errance calculée, créative. Il arrive à manipuler sa machine, à en faire absolument ce qu’il veut. On se situe ici dans les marges, le domaine de l’expérimentation sonore, l’expérience des limites.

Comme le joli mot de Serendipity  renvoie au « don de faire par hasard des découvertes heureuses », le guitariste s’abandonne au hasard, à la « music of chance » comme diraient les Anglosaxons, avec une détermination têtue et une patience à toute épreuve. Comme quand il dirige avec une concentration folle l’immense ensemble de La Pieuvre. 

Plus qu’un Vulcain ahanant au cœur de la forge brûlante, en martelant ses enclumes, Olivier Benoît nous immerge dans un son irréel, industriel, intercalé de « dreams » non moins étranges, dans un voyage immobile, en partance pour un ailleurs indécis, floconneux. Ces sonorités travaillées, ces effets inquiétants d’étrangeté installent un climat d’éternité, musique d’accompagnement d’un cinéma virtuel à la « Eraser head ». Les sons saturés, infrabasses, cadences suggestives plongent dans une douce hypnose, fantasmagorie où le temps étiré à l’extrême  finit par se rappeller brutalement à nous, en dernière plage, par un gong inéluctable.

Qu’importe les bricolages et autres imprévus de cette musique dérangeante, l‘album conserve une unité, une dimension originale et poétique. En dépit d’un matériau sans intérêt apparent, s’écoule un magma  très personnel. Étonnant !

 

Sophie Chambon

 

Partager cet article
Repost0