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3 octobre 2017 2 03 /10 /octobre /2017 06:48
@antonio porcar cano

 

En vingt ans de carrière, Laurent Coq aura toujours maintenu son indépendance, dans ses choix artistiques, comme dans ses prises de position parfois abruptes sur le « milieu du jazz ». Son dernier album «  Kinship », hommage aux musiciens qui forment « sa famille » ne déroge pas à la règle. Le pianiste l’a conçu, écrivant dix des onze compositions présentées (le morceau qui ouvre le disque est une improvisation collective), et produit avec ses deniers personnels. Rencontre avec un jazzman qui, refusant tout esprit de chapelle, affiche sa fidélité aux valeurs fondamentales du jazz –swing, jeu collectif.
 

NJ : Avec Kinship vous effectuez un retour au trio classique mais avec des comparses nouveaux ?
LC : Joshua Crumbly, le bassiste, c’est le saxophoniste Walter Smith III qui me l’avait présenté pour remplacer Joe Sanders sur les tournées Européenne et Américaine de « La Suite Lafayette » (album sorti en 2016). En revanche, je n’avais pas encore joué avec Johnathan Blake même si nous l’évoquions depuis plusieurs années. Quant à Joshua et Johnathan, ils n’avaient encore jamais joué ensemble jusqu’à notre première répétition. C’est donc un trio très frais qui s’est pointé en studio.

DNJ : Cet album peut-il être considéré comme une rétrospective de votre carrière ?
LC : Ce disque rend hommage à onze membres qui forment ma famille musicale (kinship) à New York comme à Paris : Sandro Zerafa, Walter Smith, Bruce Barth, Guilhem Flouzat, Mark Turner, Laurence Allison, Miguel Zenon, Ralph Lavital, Jérôme Sabbagh, Damion Reid, Guillermo Klein. Ils ont chacun eu une influence sur ma musique, mon parcours, et font désormais partie de mon ADN. À mes côtés depuis plus de vingt ans pour certains, ces dix frères et une sœur m’ont inspiré la musique que j’ai écrite et les décisions professionnelles que j’ai prises pendant toutes ces années.

 

« Un climat toujours plus hostile »

 

DNJ : Quelle est votre vision de la scène actuelle du jazz ? Toujours aussi noire ?

LC : La majorité des musiciens évoluent dans un climat toujours plus hostile, coincés entre deux pôles qui ne comptent que peu d’élus : le jazz institutionnel type ONJ qui se doit d’être forcément « radical » et le jazz TV et TSF compatible, toujours plus édulcoré. Deux mouvements contraires ont favorisé cette congestion ces dernières années : La multiplication des lieux d’enseignements et la disparition d’un nombre important de lieux de diffusion pour le jazz. Ni les lieux subventionnés, ni les festivals dans leur ensemble – heureusement, il y a des exceptions - ne relayent suffisamment le travail des jeunes musiciens, et la diversité des esthétiques. Globalement, hélas, c’est une logique soit idéologique, soit mercantile qui l’emporte.


DNJ : La mort du jazz serait-elle annoncée ?
LC : Mais non (sourires). Le jazz est bien vivant, il est même en pleine forme. C’est bien pour cela que la situation est si frustrante.

DNJ : Il prend des formes diverses, s’ouvre aux influences des autres musiques, aurait tendance à se « mondialiser ». Qu’en pensez-vous ?
LC : Pour certains en Europe, il se serait affranchi définitivement de ses racines noires américaines. Pour d’autres, il ne doit son salut qu’au métissage. Pour ma part, le jazz passé et présent que je préfère vient toujours des Etats-Unis, même si j’admire et je suis des musiciens en Europe évidemment. Je suis attaché aux fondamentaux liés à son histoire et son développement, une certaine idée de la pulsation, du swing, du phrasé sophistiqué sans emphases, une sophistication qui vaut pour les échanges aussi, l’interplay, l’expression d’un rebond collectif, quelque chose de très physique avant d’être cérébral. Ce sont des fondamentaux que l’on retrouve dans un grand nombre de styles et d’esthétiques très diverses et nous sommes nombreux en France à y rester attachés.

 


« Tout est beaucoup plus éphémère »

 

DNJ : En 2009, vous disiez : « la musique que l’on ne paye pas ne perd pas seulement de sa valeur marchande, mais de sa valeur tout court ». Votre sentiment a changé ?
LC : Non. Les huit ans qui se sont écoulés depuis n’ont fait que confirmer ce sentiment. La musique est consommée comme l’image. On papillonne, on zappe, on revient rarement sur nos pas. Tout est beaucoup plus éphémère. Les jeunes de moins de 30 ans n’ont pas eu à payer la musique qu’ils écoutent sur leurs portables. C’est une source de revenus qui s’est tarie. Aussi, il faut repenser toute l’économie liée à la production. Pourtant, comme tant d’autres musiciens de ma génération –les plus jeunes aussi et je pense à Ralph Lavital ou à Guilhem Flouzat par exemple – je reste très attaché au format du disque, à l’histoire qu’il raconte, non pas en un seul, mais dans l’assemblage de plusieurs morceaux. C’est un ouvrage fastidieux qui demande du temps et de l’argent. Dans la multitude des propositions sur internet, il est bien plus difficile de le rendre audible aujourd’hui qu’il y a 25 ans. Il semble également qu’il soit plus difficile d’obtenir l’attention nécessaire à l’écoute d’un disque en entier tellement les écrans ont envahi nos vies.

 

DNJ : Dans ce contexte, pourquoi continuer de faire des disques ?
LC : C’est une question que nous nous posons tous. Si je ne sortais pas Kinship aujourd’hui, vous ne seriez pas venu me voir. Je n’aurais pas pu monter la tournée d’octobre et obtenir les dates de festivals, et je n’aurais pas écrit cette nouvelle musique, pour ces musiciens spécifiquement. Ce travail est maintenant documenté. S’il n’intéresse pas grand monde aujourd’hui, peut-être en sera-t-il autrement dans 40 ans ? Peut-être pas. De toute façon il n’y a rien que je n’aime faire plus faire que ça. Je fais des disques et de la musique pour moi-même et ceux qui m’entourent et que j’aime. C’est une raison bien suffisante pour continuer tant qu’il m’est encore possible de le faire.

Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand
 

 
 


Kinship.

Laurent Coq avec Laurent Coq(piano, compositions), Joshua Crumbly (basse) et Johnathan Blake (batterie). Bunker Studio, New York. 31 octobre et 1er novembre  2016. Jazz & People/ Pias

 

 

 

 

 

En concert :  10 octobre, Jazz sur son 31, Toulouse ; 11 et 12 octobre : Sunside, Paris ; 14 octobre : Sunset Jazz Club, Gérone, Espagne ;16 octobre : Clamores, Madrid, 18 octobre, Jam, Marseille ; 19 octobre : Tourcoing Jazz Festival.

 .

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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 22:00

Pierrick Pédron (saxophone alto), Carl-Henri Morisset (piano), Thomas Bramerie (contrebasse), Greg Hutchinson (batterie)

Meudon, 4-6 décembre 2016

Crescendo 5772624 / Caroline

 

Après avoir circulé dans tous les jazz(s) et leurs entours, Pierrick Pédron revient au jazz de stricte obédience pour ce disque en quartette, avec un répertoire de compositions originales forgées dans la pureté du minerai originel. J'ai lu et entendu citer à son propos, ici ou là, Parker et Konitz. Quant à moi j'entends, derrière une indiscutable personnalité sonore et stylistique, le souvenir de Gigi Gryce. Fantasme d'amateur ? Probablement.... Mais la première composition, Unknøwn, me rappelle l'énergie sinueuse, un peu mélancolique, de ce Maître oublié.

Assez parlé du passé : le présent de Pierrick Pédron, c'est une indiscutable liberté, à l'égard des codes et des langages, tout en conservant l'horizon de l'idiome. Il est en cela remarquablement assisté : le jeune pianiste Carl-Henri Morisset fait montre d'une personnalité déjà très affirmée, dans une aisance pianistique et harmonique qui force l'admiration ; Thomas Bramerie à la contrebasse, de longtemps compagnon de route du saxophoniste, pose au fil des plages les jalons d'un langage maîtrisé qui ne craint pas l'aventure ; quant au batteur Greg Hutchinson, désormais résident italien, il apporte un drive manifestement issu de l'écoute passionnée des grands batteurs du jazz moderne, mais qui correspond admirablement à l'intensité de l'instant, ce miracle permanent d'un jazz sans faux-semblants. La deuxième plage, Mum's Eyes, Pierrick l'a dédiée à la mémoire de sa mère, et c'est dans la maison familiale, en Bretagne, qu'il a composé le répertoire de ce disque. Suit un thème inspiré par sa région natale, repris de son album « Omry », dans une version fort différente. De ballade mélancolique en tempo vif et escarpé, nous avons tout loisir pour parcourir le paysage intérieur de ce grand lyrique, qui caracole d'une hommage cursif au pianiste Mulgrew Miller à une segmentation presque cubiste (Trolls) en passant par un peu de langueur avec A Broken Reed. Un paysage exploré avec la (précieuse) complicité de Laurent de Wilde, réalisateur-conseiller artistique du projet. Et pour compléter ce parcours personnel, deux versions d'une même chanson du groupe Depeche Mode, Enjoy the Silence (millésime 1990), traitée comme ces standards langoureux dont de tout temps les jazzmen firent leur miel. Bref, je n'en dis pas plus : l'écoute, et les réécoutes, furent pour mois un profond plaisir et la galette recèle encore, je crois, quelques secrets. La marque d'un Grand Disque : je pèse mes mots, persiste et signe !

Xavier Prévost

 

Le quartette sera en concert le 20 octobre à Toulouse (festival 'Jazz sur son 31') et du 23 au 25 octobre à Paris, au Duc des Lombards

 

Un condensé-express (44 secondes ! ) sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=a54Lt9UJkcc

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 07:27

Cam Jazz 2017
Antonio Sanchez (dms, samples, kybds,electr, vc)


Le batteur aux multiples awards, créateur de la musique du film Birdman et surtout teneur de beat chez Pat Metheny est certainement l’un des batteurs les plus intéressant de la scène actuelle. Régulièrement, dans ces colonnes nous vous rendons compte de ses albums sous le label Cam Jazz avec, à chaque fois un enthousiasme renouvelé. Car autant le dire, nous sommes dingues d’Antonio !
Et il ne dément pas notre fan club en publiant aujourd’hui «  Bad Hombre » où tout seul, entouré de ses machines à sample, il livre l’un des albums les plus fascinant de l’année.
Si «Bad Hombre » s’ ouvre sur un air mexicain ( sa patrie d’origine) il est vite recouvert par les nappes sonores, les lignes de basse et les riffs. Voilà d’où il vient. Voilà où il va. Et ce vers quoi il nous entraîne est inédit, sauf qu’il a peut être été marqué par les expériences de Metheny et de son  orchestrion avec la même passion de créer à lui seul de multiples trames de sons qui se juxtaposent.
Antonio Sanchez s’amuse en effet à créer des univers sonores basés sur des motifs répétitifs ( Philippe Glass en tête) sur lesquels viennent se greffer des sons électroniques et surtout des riffs de batterie impressionnants qui replacent le batteur au centre du jeu. Le soliste pour une fois c’est lui. Celui qui fait chanter les peaux de manière parfois spectaculaire comme sur Fire Trail moment culminant de « Bad Hombre ».  Antonio Sanchez est animateur et soliste. Celui qui donne du souffle à ce qui pourrait sans cela s’apparenter à une musique sérielle. C’est alors comme rentrer dans le laboratoire d’un savant fou et se laisser hypnotiser par son art. Certes on pourrait s’inquiéter de cette musique déshumanisée où les trames sont toutes électroniques et sans interventions d’autres musiciens. mais ce serait passer à côté d’un grand travail créatif qui suscite la pulse et l’imaginaire.
Dans ce travail exigeant du solo qui pourrait lasser, Antonio Sanchez parvient à ne jamais lasser. A toujours nous mettre en éveil. articulant que nous sommes à l’expérience. Cobayes volontaires d’une expérimentation sonore et polyrythmique.
Remarquable.
Jean-Marc Gelin

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 06:29


 
André Villeger est l’un de nos plus grands saxophoniste ténor. Attaché à une certaine tradition du jazz, il en a cependant épousé à peu près toutes ses formes, attentif à toutes ses évolutions à l’exception du free. Particulièrement demandé, il tourne encore aujourd’hui dans un grand nombre de formation et peut s’enorgueillir d’avoir joué avec les plus grandes légendes du jazz.
Il publie aujourd’hui un album magnifique avec Philippe Milanta et Thomas Bramerie dédié à la musique de Billy Strayhorn ( «  Strictly Strayhorn »).
André Villeger a beaucoup de choses à dire sur ce jazz qu’il aime passionnément.

Il sera au Sunside le mardi 3 octobre pour la sortie de l'album " Strictly Strahorn"


Rencontre avec un passeur d’émotions.
 


 
Vous signez un  deuxième volet autour de la musique Ellingtonienne avec un hommage à la musique de Strayhorn. Quelle est cette histoire d’amour ?
 
André Villeger : Vous savez c’est une histoire qui remonte à mon premier album en 1984 où il y avait déjà deux morceaux de Strayhorn. Depuis cette date, je me suis juré que dans tous mes albums à venir, il y aurait toujours au moins un morceau de ce magnifique compositeur. C’est un promesse que je me suis faite à moi même il y a bien longtemps. Et récemment Michel Stochitch (Camille Production) m’a proposé de faire un disque entier qui lui serait consacré. J’ai tout de suite sauté sur l’occasion. Nous discutions ensemble avec Michel Stochich de l’album et j’ai suggéré «  Strictly Strayhorn » ,il m’a répondu , je te l’avais déjà dit ? Voila, nous avons eu la même idée.
Pour moi Strayhorn est un personnage fondamental dans le jazz. C’est le premier qui a su de cette manière aussi parfaite faire la jonction entre la musique classique et le jazz.
 
 
Pour cet album vous poursuivez un travail avec le pianiste Philippe Milanta. A quand remonte votre rencontre?
 
AV : C’est le troisième album que nous faisons ensemble. Cela a commencé il y a 20 ans avec un album en duo. En fait notre complicité vient de ce que nous avons partagé la même expérience (bien qu’elle n’ait pas eu lieu en même temps), celle d’avoir tous les deux joué avec le trompettiste Harry «  Sweet «  Edison. Et pour Philippe comme pour moi cela nous a changé la tête, rythmiquement. Parmi les musiciens qui ont un tempo absolu il y a lui, Kenny Clarke, Miles, Clark Terry et pas mal d’autres. Mais jouer avec Harry « Sweets » Edison cela vous fait comprendre que jusque là vos n’aviez rien compris à ce qu’est le swing et l’élasticité du tempo.
Philippe et moi , grâce à notre expérience avec Sweets, n’avons plus besoin de nous attendre rythmiquement, ce qui nous rend très libres.
 
Pourquoi alors avoir rajouté une contrebasse ?
 
AV : C’ est Michel Stochitch qui voulait un  peu changer le son. Alors on a cherché  mais on s’est rapidement mis d’accord sur Thomas. Cela faisait plus de vingt ans que je l’avais pas vu mais à un moment je le voyais souvent lorsque je donnais des cours à Salon de Provence. Thomas cela était un peu évident pour nous.
 
 


Quelle a été la ligne directrice de votre travail d’arrangement sur cet album ?
 
AV : Tout est parti du fait qu’on avait enregistré pas mal de Strayhorn dans d’autres albums. Pour celui-ci on s’est vite retrouvés avec pas mal de ballades. Mon ambition c’était de faire autre chose. J’ai donc transformé des ballades de la façon la plus logique possible musicalement. Sur Lush Life par exemple, je l’avais déjà enregistré deux fois. Là je me suis mis au piano et j’ai cherché une ligne de basse. Pareil pour Satin Doll, je me suis dis pourquoi pas le mettre à sept temps. Mais ce n’est pas un travail intellectuel, c’est juste en le chantant comme ça que je trouvais que ça pouvait sonner. Pour Low key lightky , idem c’est une ballade donc on l’a fait en médium et on termine en ballade. Sur Lotus Blossom j’ai cherché une pédale de basse jusqu’au pont quitte à avoir des frottements un peu grinçants mais au final je sais que ça passe. Il y a deux morceaux que je n’ai pas touché : Sur My little brown book j’ai joué sur les changements de timbre, à la clarinette basse et pareil pour Blood Count, un morceau comme celui-là on ne peut pas y toucher. J’ai simplement choisi de le jouer au baryton pour lui donner une vraie couleur dramatique la plus poignante possible. IL faut remettre ce morceau dans son contexte, Blood Count c’est quand même le goutte à goutte lorsqu’il était à l’hôpital avec un cancer. Et puis sur Passion flower j’ai voulu lui donner un caractère passionné.
 
 
Ellington, c’est comme une seconde peau pour vous ?
 
AV : En fait je ne l‘ai pas aimé tout de suite. J’ai commencé le jazz par le New Orleans et j’ai ensuite tâté de pratiquement toutes les formes de jazz, à l’exception du Free. Au départ ma relation au jazz Nouvelle Orléans s’est faite un peu par accident. Barbara avec qui je parlais beaucoup à une époque, appelait cela «  de faux hasards ». C’est juste que mon copain qui partait à l’armée et qui jouait de la clarinette ne trouvait personne pour le remplacer. J’avais 18 ans et tout est parti de ce « faux hasard »
 
 

Mais vous aviez déjà touché un instrument ?
 
AV : Jamais.
 
 
Et comment fait t-on ?
 
AV : Et bien on s’y met et on se fait mal au pouce, aux lèvres, on cherche les doigtés. J’ai pris des leçons bien après. Je commençais à jouer dans les clubs, au Slow Club notamment et Claude Luter m’a conseillé de voir son prof de clarinette qui était dans le sextuor de la Garde républicaine. Claude, je lui doit ça ainsi que le bec de soprano qu’il m’a donné il y a 45 ans !
 
 
A l’époque cela n’était pas un peu ringard d’intégrer un orchestre de New Orleans ?
 
AV : le passeur me concernant c’était mon premier beau frère qui m’a fait découvrir beaucoup de choses en jazz. Il avait à l’époque pas mal de 33 tours dont un de la guilde du Jazz avec Sidney Bechet avec les Feetwarlmers qui jouaient Jerry Roll Blues (https://www.youtube.com/watch?v=uMlNfMy0eVc). Le solo de clarinette estsomptueux . Mais surtout ce beau frère avait de tout, du Dizzy, du Monk etc….
 
 
Vous aviez quel âge ?
 
AV : 8 ans quand il m’a fait découvrir tout ces trésors. A 20 ans c’est lui qui devant tous les membres de la famille m’a offert ma première clarinette.  C’est vrai qu’à l’époque j’étais un peu bizarre parce que tous mes copains jouaient plutôt de la guitare. D’ailleurs je me suis retrouvé un jour dans un groupe de copains où j’étais tout seul à la clarinette, entouré de…. 5 guitares…..! C’est comme si je m’étais retrouvé au milieu d’un troupeau de bisons…..
 
Mais en 67 quand on a 18 ans on écoute plutôt Jimmy Hendrix, non ?
 
AV : Ah mais rassurez vous j’écoutais beaucoup de rock. J’écoutais Les Chats Sauvage, les Apaches. Et j’écoutais le Rock’n roll français , les disques dans lesquels il y avait Guy Lafitte !
Et puis il y avait aussi des gars comme Georges Arvanitas, qui jouait dans les clubs le soir et sur des trucs de rock dans la journée. C’était un grand pianiste be bop qui travaillait énormément. C’était un musicien incroyable qui arrivait même à faire swinguer le piano pourri de la Huchette. C’est dire !
 
 
 
Qui étaient vos maîtres à l’époque ?
 
AV : Très vite et sans aucun doute, BECHET ! mais aussi simultanément Django, Grappelli, Hubert Rostaing. J’ai eu très vite cet équilibre entre la culture du jazz américain et européen ce qui m’a permis, je pense, ne pas avoir été sectaire.
 
Mais le free, jamais ?
 
AV : Gérard Terronès à l’époque tenait un club rue Sainte Croix de la Bretonnerie. Il m’avait engagé avec mon orchestre de New Orleans qui s’appelait les « Crazy Five Stompers » , groupe un peu foutraque dans lequel il y avait un peu de tout, un psy, un hôtelier, un archi enfin que des gens «normaux». Un soir il y a un gars qui vient me voir et qui me dit, je commence le sax, accepteriez vous de me montrer quelques doigtés. Je lui ai bien volontiers montré quelques trucs et visiblement il était totalement débutant. On étaient en 1967. En 68 je rentre dans l’orchestre de Raymond Fonsèque et l’année d’après, en 69 il y a eu un festival de jazz à Coulommiers qui était patronné par radio France. André Françis juste après notre passage présente un  orchestre de free jazz, et qui je retrouve sur scène comme chef d’orchestre? Mon saxophoniste débutant ! Ca a été répulsif pour moi !
 
Mais entre la jazz classique et le free, il y a un monde quand même ?
 
AV : oui mais par exemple j’ai aussi joué dans des formations plus électrique comme avec « Chute libre » où il y avait  entre autre Umberto Paganini, Olivier Hutman, Patrick Artero ou encore Mino Cinelu  (https://www.youtube.com/watch?v=dc5tr98QRes), ou bien Djoa un orchestre d’ethno Jazz post Coltranien.
 
 
 
Parmi les saxophonistes de votre génération, vous êtes plutôt pas mal demandé…..
 
AV: Il est vrai que je joue pas mal. De ce coté-là je ne me plains pas. Et puis j’ai eu la chance de jouer avec pas mal de grands big band comme celui de Claude Bolling par exemple, qui m’a poussé à  apprendre à lire la musique.
 
Vous ne saviez pas lire la musique avant ?
 
AV: Non, j’ai commencé avec l’orchestre de Claude. Vous savez dans un orchestre de Nouvelle Orléans, la lecture ne vous sert pas à grand chose. Mais un jour, j’avais autour de 30 ans et Bolling cherchait un soprano. Claude Luter était en vacances et a proposé mon nom. Le plan c’était de jouer la musique d’un film hautement mémorable « Deux filles dans un  pyjama » de Jean Girault ! Il a fallu que je m’y mette. Il y avait des pointures, des premiers prix de conservatoire à tous les pupitres comme Badini, Chautemps ou Jacques Nourredine. Du coup il fallait que j’apprenne tout par coeur.
 
Parmi les big band qui comptent, il y a aussi celui de Patrice Caratini
 
AV : Oui d’ailleurs nous allons fêter les 20 ans de l’orchestre le 30 septembre sur France Musique. On a commencé ensemble avec Patrice dans un groupe de Nouvelle Orléans. C’est un belle machine avec des jeunes de très haute volée : Matthieu Donarier, Remi Sciutto etc….
 
 
 
Quelles sont vos grandes influences ?
 
AV :  Guy Laffitte disait «  j’aime pas écouter les autres saxophonistes. Soit ils jouent mal et ça m’emmerde, soit ils jouent bien et ça m’emmerde aussi « .
 
 
 
Vous avez un son qui est assez classique et qui en tous cas n’a pas été emporté par la vague coltranienne
 
AV : C’est vrai je n’ai pas été influencé par Coltrane même si j’ai été fasciné par son jeu. Je l’admirais mais je ne l’ai pas aimé comme j’ai aimé Dexter, Lester, Rollins ou d’autres. Chez Coltrane j’aime les ballades et le début de la musique modale. Et puis il y a Don Byas qui était aussi le dieu de Johnny Griffin. On en a parlé ensemble lorsque l’on a fait le disque avec Hervé Sellin. Griffin estimait à juste raison que jouer vite à l’alto c’était facile mais qu’au ténor cela est très difficile et que Don Byas était un  maître en la matière.
J’ai toujours été attiré par les grands du ténors qui vont très bas dans les graves. Coltrane n’était pas dans ce registre et c’est normal puisqu’au départ c’est un altiste. Dans Kind of Blue il phrase comme Cannon Ball à l’alto mais au ténor. Benny Golson raconte que Coltrane jouait dans un petit orchestre de Philadelphie et il y avait deux altistes dont Coltrane et Eddie Cleanhead Vinson et il y avait un tenor qui s’appelait Louis Georges et à la pause un jour lui et Coltrane s’engueulent. A la reprise du set, le ténor ne revient pas et lorsqu’arrive le moment de son solo, le trompettiste qui menait cet orchestre demande à Coltrane de le prendre à sa place. Et à partir de là, le jeu de Coltrane qui s’inspirait beaucoup de Johny Hodges n’a plus rien eu à voir avec. Quand il venait chez Benny Golson, pour jouer ensemble, la maman de Benny Golson lui disait «  joues moi On the sunny side of the street mais à la façon de Johny Hodges » et c’est seulement après s’être éxécutés qu’ils avaient le droit de faire ce qu’ils voulaient.
 
 
 
Et Getz vous l’avez aimé ?
 

AV : Maintenant oui et avant non. Pour moi à l’époque c’était trop parfait et trop blanc. On entend beaucoup de musique européennes dans ses phrases et moi j’étais plus attiré par le blues. Mon père était un amateur de musique classique fou et obsessionnel et j’en ai tellement été gavé que j’ai mis 60 ans à m’en remettre. Il n’aimait pas que je fasse du jazz. Pour lui tout ce qui n’était pas du classique n’avait pas grâce à ses yeux. Il était un peu violoniste. Pendant la guerre de 14 on l’avait envoyé derrière les lignes allemandes pour faire du sabotage. il y a attrapé un staphylocoque doré qui ne lui a plus permis de jouer, sauf un peu le dimanche à la maison.
 
 
Comment faites vous pour travailler ainsi votre son ?
 

AV : Comme je dis à mes élèves, on passe à peu près la moitié de son existence à savoir qui on est et l’autre à essayer de le rester. Pour le son c’est pareil. Au début on se pose tout un tas de questions. Moi je voulais essayer de descendre dans les graves. Pour tout saxophoniste il y a toujours la nécessité  dans les dix premières notes de descendre au siB grave, pour voir si ça bouche. C’est une obsession chez nous et cela à oblige à travailler la colonne d’air. Et puisque l’on parle de la construction du solo, j’ai été interpellé, jeune,en écoutant le solo de Lester (Young) sur le solo de Lady Be Good en 1936. Ca vient d’ailleurs ! Après pour moi tout s’enchaîne, il y a eu Gonsalves et tous les autres. Mais en fait cela ne sert à rien d’essayer d’imiter ces gens-là, même si au début on essaie, ce qui est parfaitement normal. Ces légendes sont inimitables.
 
 
Vous travaillez beaucoup votre instrument ?
 

A.V : Un peu moins aujourd’hui mais oui, sinon c’est pas possible. Encore ce matin en me levant j’ai pris la clarinette que la famille m’avait offert pour mes 20 ans et je me suis exercé aux doigtés. Pour un musicien c’est un travail sans fin, même si avec la vie, les enfants, les petits-enfants, on a un peu moins de temps. Mais je garde à côté de mon lit cette clarinette et lorsque je me lève le matin le premier truc que je fais c’est de jouer.
 
 
 
Vous enseignez ?
 

AV : Oui. J’essaie avec mes élève de faire de la maïeutique. c’est à dire d’essayer de les faire accoucher d’eux-mêmes. J’ai un copain qui est un ancien élève de Chautemps et qui a passé beaucoup de temps à faire des relevés. Au final cela ne lui a pas servi à grand chose. En cuisine, passer son  temps à regarder la recette pour doser les ingrédients, cela n’aide pas à devenir créatif et à prendre confiance. Les jeunes musiciens c’est pareil il faut les aider et parfois il ne faut pas les aider. Mais c’est assez difficile de théoriser cela. Il faut sentir les choses. Il faut aimer les gens pour savoir à quel moment on peut leur demander l’impossible. Je qualifierai mon enseignement d’ostéopathie musicale. J’essaie de voir où cela coince. Parfois il y a des contractures à un endroit précis, mais cela vient d’ailleurs. Cela me rappelle une histoire que m’avait raconté Raymond Fol. A l’époque j’étais dans son groupe, avec Sam Woodyard notamment. Un jour Fol va voir Dexter jouer. Deux jours après on le revoit et il nous raconte : «  le concert était formidable. La première demi-heure il a fait à peu près tout ce qu’il savait faire. Ensuite, il a joué ». Et c’est exactement comme cela que ça devrait toujours se passer. Mais le truc avec les jeunes musiciens c’est qu’ils sont impatients. J’aimerais les entendre jouer, eux. Le problème c’est qu’ils n’ont pas le temps, ni la chance comme nous nous l’avions de jouer plusieurs soirs d’affilée  dans le même club. Alors on leur demande tout de suite de savoir faire des sauts périlleux arrière. Vous savez dans le temps on donnait aux enfants des feuilles avec des chiffres marqués dessus et il fallait relier les chiffres dans l’ordre et à la fin cela faisait un dessin. Et bien ce n’est pas comme cela que l’on apprend à dessiner. Pour les relevés, c’est pareil.
 
Quel est votre rêve de musicien ?
 

AV :  Vous savez, j’ai eu la chance de faire beaucoup de rencontres dans ma carrière. Alors là comme ça je ne sais pas. J’ai adoré Sonny Rollins mais aujourd’hui ce n’est plus ce que cela a été.
 
 
Des gens comme Barney Wilen ?
 

AV : Ah oui des gars comme lui ou comme Hubert Fol. Barney était un gars totalement déshinibé. Il s’en donnait les moyens. Mais bon il prenait pas mal de choses.
 
Pas vous ?
 

AV : Non, mais je reconnais que cela a été difficile de résister notamment lorsque je rencontrais des musiciens américains. Pierre Boussaguet m’a raconté une histoire sur un grand saxophoniste français. Il était en tournée avec Albert Nicholas. Tous les copains lui proposaient des pétards mais il refusait toujours. Mais une fois il accepte et il fume un joint entier en se haussant du col et en disant « ça ne me fait rien votre truc ». Ensuite il monte sur scène et il commence à jouer et il raconte qu’il se sentait si bien qu’il sent qu’il prend un chorus puis un 2ème, un 3ème jusqu’à 15 chorus d’affilés. A la fin du morceau il va voir Albert pour lui demander comment c’était et Albert Nicholas lui dit «  Oui, c’était bien mais pourquoi, n’as tu pris qu’un seul chorus ? ».
 
 
Comment vous sentez vous dans le monde du jazz aujourd’hui ?
 

AV : vous savez ce qui m’intéresse moi, ce sont ls gens avant tout. Eddy Louiss avec qui je discutait un jour me disait : je me rend compte que j’ai arrêté de faire du jazz le jour où Kenny Clarke est mort. Ensuite j’ai fait autre chose avec Paco Sery
On joue avec des êtres humains pas des machines ou des esclaves.
 
 
Propos recueillis par Jean-Marc GELIN

 

- André Villeger sera avec Philippe Milanta et Thomas bramerie au Sunside le 3 octobre pour la sortie de " Strictly Strayhorn"

- et le 30 septembre au Studio 104 de Radio France avec le Caratni Jazz Ensemble pour y fêter les 20 ans de l'orchestre.

- Le 10 Octobre à Eaubonne avec Ramona Horvath.

- Le 13 Octobre à la Souterraine en Quartet.
- Le 21 à Radio France avec Herve Sellin pour Le Tentet de T. Monk.
- Le 8 Novembre a Sceaux avec P Caratini.
- Le 24 Novembre a Bar sur Aube avec Louis Caratini pour les trois vœux
- Et Le 9 Décembre à Reims avec Louis Caratini pour Les trois vœux.

 

 

ANDRE VILLEGER, POUR L’AMOUR DE BILLY
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Published by Jean-Marc Gelin - dans Interviews
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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 18:10

Roberto Negro (p), Emile Parisien (ss), Michèle Rabbia (dms)

Label Bleu 2017


Jeudi 5 octobre : Maison de la Culture d’Amiens
Mardi 21 Novembre : Studio de l’Ermitage


« Dadada » pour évoquer une sorte de vision dadaïste de la musique mais aussi le sens du rebondissement qu’il soit dramatique ou rythmique. Ces trois musiciens qui se connaissent depuis quatre ans ont un sens de la musique en trio suffisamment mutine pour livrer ici un objet assez protéiforme. L’album de Roberto Negro est comme l’évocation de personnages sommés de faire jouer notre imaginaire d’auditeur qui se promène dans un ouvrage subtil où se noue une sorte de partie de cache cache entre les musiciens. Il s’en dégage une force poétique rare dont tous les éléments éveillent l’attention au conte. Tout semble tapi dans l’ombre prêt à surgir derrière les jolies mélodies. De petites incises sonores remettent tout en cause, comme des sortes d’elfes qui  peupleraient de douces rêveries ( Gloria e la poetessa). Mais ne vous fiez pas trop longtemps à la ritournelle ou à la jolie mélodie, elles peuvent être interrompues à tout moment par l’irruption d’un bruit incongru. Les musiciens semblent à certains moments sur une rampe jusqu’à ce qu’à la manière d’un disque rayé, un ostinato bizarre arrête le mouvement ( Bagatelle). Et ces délicates interventions font un peu office de trublions musicaux (Poucet). Le pianiste apporte toujours la couleur, le trouble et le mystère comme sur Ceci est un merengue joué en clair obscur avec un sens poétique touchant.
Et puis parfois cela part à la manière d’un combo un peu fou. Il y a même parfois des accents Nouvelle orléans, ou même à la façon d'Ornette dans cette façon parfois facétieuse de jouer. Il n’est que d’entendre Emile Parisien sur Brimborion qui pour le coup n’a rien d’une babiole. Bechet, sort de ce corps ! Epoustouflant Emile qui apporte dans cette poésie un souffle de vie d’une force exceptionnelle !
Et comme un  trait d’union vibrant, Michèle Rabbia qui fait passer le frisson des peaux effleurées.

Dans cette scénographie passionnante il y a l’art du trio. Vous savez ce moment où les trois semblent marcher à l’intérieur d’un cercle dans un moment ininterrompu où il se suivent et se croisent. C’est qu’il y a quelque chose de la mise en espace. De l’installation contemporaine d’un art dadaïste.
Les personnages que l’on croise dans cette histoire sont fascinants, émouvants, inattendus et facétieux. Et l’ensemble est d’une réjouissante déstructuration.
Jean-Marc Gelin
 

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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 05:57

A quelques jours du centième anniversaire de la naissance de Thelonious Monk, le 10 octobre 1917, la collection Folio (éditions Gallimard) ressort, avec une nouvelle couverture, une photo du pianiste par Herb Snitzer, un classique des biographies du grand-prêtre du Bop, Monk, du à la plume de Laurent de Wilde.

 


Sorti en 1996, l’ouvrage s’est vendu à ce jour à plus de 100.000 exemplaires, avec des versions en anglais, japonais, espagnol, italien.
« La musique de Monk est inclassable, inassimilable. Non parce qu’elle est révolutionnaire, ce qui n’est pas une raison en soi mais parce qu’elle est un pavé dans la mare qui, une fois jeté, coule à pic et disparaît. On le regarde sombrer et on ne sait s’il faut suivre des yeux cette masse qui s’enfonce, ou contempler l’onde égale de ses remous » (Monk. Laurent de Wilde. P144).
Passionné de Monk, Laurent de Wilde, pianiste lauréat du Prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz en 1993  lui consacre un album, enregistré en trio (Jérôme Regard, basse, Donald Kontomanou, batterie), New Monk Trio (Gazebo-L’autre distribution), qui sera disponible dans les bacs le 20 octobre.
Jean-Louis Lemarchand

 


Concerts de Laurent de Wilde. Le 30 septembre à Dole, le 7 octobre à Vincennes (théâtre Sorano), le 26 octobre au Bal Blomet (75015) et du 4 au 6 décembre au Duc des Lombards (75001).

 

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 20:59

Mélodies en Noir & Blanc
Aldo Romano (compositions, batterie, chant), Dino Rubino, piano, Michel Benita, contrebasse. Le Triton du 15 au 24 mai 2017.
Le Triton/L’Autre Distribution. Sortie le 22 septembre.


Avant-gardiste dans son précédent album « Liberi Sumus », Aldo Romano s’affiche nostalgique dans « Mélodies en Noir & Blanc ». Un titre qui traduit bien cette époque du Paris des années 50 que découvrit le jeune Aldo tout juste arrivé de son Italie natale. Fidèle à ses racines, Aldo Romano, qui a conservé sa nationalité d’origine, se plaît à reprendre quelques-unes des compositions qui ont assuré sa réputation de mélodiste, parmi ses collègues de la planète jazz  mais aussi dans le milieu de la chanson (il composa pour Claude Nougaro entre autres). Il a toujours chevillé au corps cet amour de la chanson et des mélodies qui vous restent dans l’oreille bien longtemps après que le CD ait retrouvé sa place dans la discothèque. On se laisse bercer par ces neuf courtes pièces, la plus longue Dreams and Waters atteignant seulement 5 min 31. Pour ce voyage dans son passé, Aldo Romano a invité un vieux complice du groupe Palatino, le contrebassiste Michel Benita : leur entente s’entend, il serait inutile d’épiloguer. En revanche, la surprise vient du troisième larron, le pianiste Dino Rubino. »Son toucher est magnifique, son lyrisme sans emphase nous bouleverse », s’émerveille Aldo qui ne cesse de découvrir et soutenir la carrière de ses frères transalpins. Natif de Biancavilla, commune sicilienne proche de Catane, Dino Rubino a déjà enregistré plusieurs albums et se produit notamment en duo avec le trompettiste sarde Paolo Fresu, un autre membre de la « communauté musicale » d’Aldo. Album recommandé « Mélodies en Noir & Blanc » offre en bonus une des plus belles chansons des 50 dernières années, « Il voyage en solitaire » de Gérard Manset. Aldo Romano n’a pas pu résister au plaisir de donner sa version vocale de ce titre de 1975. « J’ai toujours admiré, nous confiait-il en 2006, les chanteurs qui savent avec une seule chanson nous faire entrer dans leur monde ». Nul n’obligera Aldo à se taire.
Jean-Louis Lemarchand

 

 

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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 23:02

Motema 2017
Jason Rigby (sax), Fabian Almazan (p), Chris Morrissey (cb), Mark Guiliana (dms)

Le nouveau petit génie de la batterie est un garçon très demandé sur la scène du jazz ! On l’avait entendu dans un formidable duo bourré de créativité aux côtés de Brad Mehldau dans le superbe album « Meliana ». D’autres, moins portés sur le jazz ont découvert son travail d’orfèvre dans l’album testamentaire de David Bowie, le chef d’oeuvre « Blackstar », travail que Guiliana poursuit aujourd’hui aux côtés du saxophoniste Donny Mc Caslin que certains ont pu découvrir cette année au Cabaret Sauvage avec le batteur dans une atmosphère où ils s’amusentà exploser les genres et à réinventer la musique avec des airs de sales gosses.

Le quartet de Mark Guiliana n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il a signé plusieurs albums en quartet dont le dernier « Family first » en 2015 où Shai Maestro prenait alors le piano. Pour le reste la formation est identique et si Fabian Almazan a prit la place au piano, Jason Rigby et Chris Morrissey en restent les chevilles ouvrières. Et c’est ainsi une formation qui tourne toute seule, qui tourne parfaitement avec deux piliers essentiels. D’un côté, à tout seigneur tout honneur Mark Guiliana en véritable orfèvre, polytrythmicien virevoltant et âme vibrante de cette partie à quatre dont il semble être le moteur essentiel. Ecoutez-le sur le titre éppnyme. Sa virtuosité est juste halluciante ( voir le vidéo ci-dessous). De l’autre, le lyrisme acéré et flamboyant de Jason Rigby qui dévore l’espace avec un sens de la phrase gourmande et libère de biens belles envolées mélodiques.
Rythmiquement c’est de la haute voltige grave aussi à l’entente fusionnelle de Guiliana et de Chris Morrissey. Car, le batteur, qui s’aventurait jusqu’à présent dans des univers plus électroniques, retourne ici à l’acoustique avec un certain classicisme.
Comme s’il était un peu moins à l’aise dans l’exercice, Mark Guiliana signe des compositions certes efficaces mais jamais vraiment transcendantes. Un peu en deçà de ce que ce quarte mérite. A l’exception peut être d’un magnifique morceau our lady sur lequel il déploie une énergie rythmique saisissante, ou encore ce Where are we now tiré de l’album de David Bowie «  The next way ».
Ce groupe qui a enregistré dans la foulée d’une tournée de deux semaines en Europe fonctionne en empathie totale et coule de source. Mark Guiliana en est le grand ordonnateur et le rouage premier.
A suivre
Jean-Marc Gelin

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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 20:28

 

Vous avez adoré « Les Fous du Son » (Grasset.2016) sous la plume de Laurent de Wilde (lauréat de l’Académie du Jazz), vous serez bluffé par « La Fabrique du Son » (Editions Textuel), histoire visuelle de l’enregistrement sonore signée Terry Burrows. Une somme (352 pages et 800 documents visuels) qui retrace les inventions de 1857 –le phonautographe, du à Edouard-Léon Scott de Martainville- à nos jours-les plateformes de streaming). « Un siècle d’inventions frénétiques poursuivant toutes le même but, écrit en préface Laurent de Wilde : attraper ce fragile papillon qui volète autour de nos oreilles, le mettre dans une boîte et le faire miraculeusement renaître à la demande. Célébrant ainsi, éternellement, la grande magie du son ». Un voyage illustré richement qui nous fait parcourir les quatre étapes de l’évolution du son enregistré, acoustique, électrique, magnétique, numérique. Une histoire dont les héros se nomment Charles Cros, Thomas Alva Edison (autodidacte et auteur de 1093 brevets), Les Paul, Phil Spector ou encore Karlheinz Brandenburg (le pionnier du MP3)  
La Fabrique du Son. Terry Burrows. 352 pages. 49 €. ISBN 978-é-84597-584-2 editionstextuel.com

 

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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 20:38

un événement inédit le 22 et le 23 septembre au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, Scène Nationale (78)

avec 3 CONCERTS EN GRANDE FORMATION et des rencontres avec les chefs d’orchestres et les musiciens de la fédération !

Loïc LANTOINE & Le very Big Experimental Toubifri  ORCHESTRA

Fred PALLEM & LE SACRE DU TYMPAN – Print  & Friends 

Sylvain CATHALA


Ajoutons
Plus de 30 concerts du 21 septembre au 31 octobre dans toute la France pour découvrir la musique en grande formation !
http://www.grandsformats.com/wp-content/uploads/GRANDS-FORMATS-02-WEB.pdf

http://www.grandsformats.com/


Association GRANDS FORMATS :  la musique en formation XXL

l’Association "Grands Formats" c’est quoi ?    

Grands Formats est une fédération d’artistes qui réunit 48 grands ensembles représentatifs de l’extraordinaire diversité artistique du jazz, des musiques improvisées et d’autres esthétiques se réclamant de ces musiques. Ils sont au total près de 1 000 musiciens et chefs d’orchestre, portés par un irrésistible désir musical et une bonne dose d’inconscience, réunis depuis 14 ans pour défendre l’existence et la pérennité de la musique en grande formation et permettre à tous de vivre une expérience musicale hors-norme !

Du 21 Septembre au 31 Octobre des concerts "Grands formats" partout en France

Pour sa Rentrée 2017, Grands Formats met un coup de projecteur sur toute une série de concerts entre le 21 septembre et le 31 octobre un peu partout en France ! Pour lancer cet évènement, la fédération organise un week-end en partenariat avec le Théâtre de St Quentin-en-Yvelines, Scène Nationale le vendredi 22 et le samedi 23 septembre. L’occasion de découvrir l’univers de trois grands ensembles à travers des concerts d’une puissance sans égale : Fred Pallem & Le Sacre du Tympan, Loïc Lantoine et le Very Big Experimental Toubifri Orchestra ainsi que Print and Friends de Sylvain Cathala. Sont également prévus des moments de rencontres pour échanger avec ces artistes singuliers et découvrir ces projets musicaux sans limite pour lesquels une créativité extrême et un grain de folie sont de rigueur !

Vendredi 22 et samedi 23 septembre   En partenariat avec le Théâtre de St-Quentin-en-Yvelines, Scène Nationale

La Rentrée Grands Formats 2017  :  Week-end de lancement  

 Puis ,  plus de 30 concerts du 21 septembre au 31 octobre pour découvrir la musique en grande formation !  Tous les concerts sur : www.grandsformats.com


Programme :
Théâtre de Saint-Quentin-en Yvelines, Scène Nationale 3 place Georges Pompidou – 78180 Montigny-le-Bretonneux Infos et résas : 01 30 96 99 00 - accueil@tsqy.org www.theatresqy.org

Vendredi 22 septembre • 20h30 / CONCERT  Loïc LANTOINE & LE VERY BIG EXPERIMENTAL TOUBIFRI ORCHESTRA
Samedi 23 septembre :
• 16h30 / RENCONTRE AVEC LES ARTISTES
Fred PALLEM, Sylvain CATHALA et les autres chefs d’orchestre de la fédération vous font découvrir le pari fou et osé de la musique en grande formation.
• 18h / CONCERT FAMILIAL
Fred PALLEM & LE SACRE DU TYMPAN
• 20h30 / CONCERT
PRINT & FRIENDS / Sylvain CATHALA

 

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