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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 10:35
Henri et Pablo CUECO  DOUBLE VUE

 

Henri et Pablo CUECO

DOUBLE VUE

VOL DANS LA NUIT/LE GANG DES PETITS VELOS

 

https://www.qupe.eu

https://www.qupe.eu/livres/double-vue/

 

Après son savoureux Pour la route qui comptait et racontait les bistrots du 3ème arrondissement, fréquentés par le musicien Zarbiste Pablo Cueco, voici que sort, toujours dans la petite mais excellente maison d’édition Qupe, ce Double vue qui change radicalement de thématique et nous emmène, pas loin d’Epinay, Villetaneuse, Deuil, Sarcelles et autres délicieuses bourgades de la banlieue nord, lors d’une soirée d’été de 2001 qui aurait pu mal finir, style Le Bûcher des Vanités.

Une présentation originale, ludique et inspirée, qui narre selon la technique du double point de vue, le vol à l’italienne ou à l’arraché survenue à la famille de Pablo Cueco, un soir d'été caniculaire, en rentrant dans leur banlieue. Il suffit de retourner le livre pour retrouver, en miroir, après celle de Pablo, Vol de nuit,  l’autre version des faits, celle de son père Henri (écrivain, militant, peintre de la figuration narrative), intitulée Le gang des petits vélos. Le père et le fils font un compte-rendu, sensiblement différent, de ce fait divers qui  se termine bien somme toute…

Puis père et fils remontent le temps ou le poursuivent, à partir de cette fin août 2001, avec les souvenirs de certains événements décisifs comme la journée du 11 septembre 2011 ou des anecdotes plutôt nostalgiques de manifs.

Tous ces fragments, a priori disparates, liés par une certaine chronologie, qui tient du journal, finissent par créer, sinon un récit, du moins des moments forts, des traces indélébiles liées à la mémoire du père. Une complicité partagée, encouragée même par le père, des souvenirs sans pathos ni déballage, sans photos, plutôt un retour sensible, émouvant, un devoir de mémoire envers des notes non publiées du père qui ne resteront pas dans un tiroir.

Pulsions de vie et émotions fortes : à la mort d’un être aimé, on s’accroche, on donne du sens à tout ce qui fait retour. L’intérêt supplémentaire de ce petit opus est de donner une relecture, une réécriture à quatre mains. De partager encore, au delà de la mort.

Ecrire dans la foulée ce que ces mêmes faits vous inspirent est une formidable idée qu' a saisie Pablo Cueco. En fracturant la narration, court le fil de la vie et ainsi s’aménage, à coeur ouvert, la continuité de la famille. Et ce n’est pas un hasard de retrouver ainsi gravés à jamais, les derniers mots de la version paternelle :

Je me soigne aux histoires. Ça fait trois fois au moins que j’écris ces conneries de la maison. C’est comme les frères. C’était sinistre, épouvantable, mais ça nous faisait rigoler. Dans les réunions de famille, quand on a bu un peu, on se les raconte encore et ça fait rire à tous les étages des générations encore en vie. Bientôt ce sera notre tour, on nous racontera et ça sera toujours ça de vie qui nous restera...

Sophie Chambon

Henri et Pablo CUECO  DOUBLE VUE

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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 11:30

Michael Alizon (saxophones ténor & soprano), Jean-Charles Richard (saxophones baryton & soprano), Benjamin Moussay (piano électrique, synthétiseur, effets), Jozef Dumoulin (piano électrique, synthétiseur, effets), Franck Vaillant (batterie)

Strasbourg, février 2020

Label Oh ! COH 0010 / Inouïe Distribution

 

Souvenir d'avoir écouté (et même présenté sur scène) Michael Alizon, au sein de l'orchestre de Bernard Struber, et d'avoir été frappé par sa personnalité musicale. Le retrouver avec son quintette, en excellentissime compagnie, m'est un vrai bonheur. La trame (concept ? inspiration ?), c'est l'univers en expansion. Vaste sujet, qui excède largement les limites de la musique, encore que la création musicale, quand on y réfléchit, est en perpétuelle expansion, et l'on peine à lui dessiner quelque limite.... Les vertiges de la cosmologie nous entraînent très loin de la cosmogonie d'Hésiode, et des chimères pré-socratiques. Mais finalement, ce sont ces chimères qui nourrissent notre imaginaire, le télescope Hubble, et la cosmologie contemporaine, et prospective, repoussent si c'était encore possible l'horizon de notre imaginaire. Mais c'est la musique qui nous requiert. Au début, d'un unisson mystérieux va surgir un peu de ce monde que nous allons découvrir, improvisations (ténor, claviers) ponctuées de fractures et de riffs entêtants. Plus loin le baryton paraît mener la danse en sortant de sa tessiture de confort. Constamment la finesse des harmonisations s'insère dans le lancinement des rythmes et de l'ostinato. Mais cette marche ordonnée jamais n'entame l'expression, ni ce sentiment de liberté produit par une musique qui suit son chemin en fédérant les initiatives individuelles. Puis vient une débauche de rythmes et de riffs qui vont assurer la transition du mystère à l'effervescence. C'est construit, pensé comme un ensemble compositionnel, et pourtant l'on devine que chacun se sent libre dans cette totalité en mouvement. La conclusion est plutôt douce, comme une fenêtre ouverte vers la limite sans cesse repoussée d'un mode toujours à imaginer. Il reste maintenant à explorer musicalement le multivers, cette entité cosmique où de multiples univers se développeraient. Anaximandre versus Hésiode, en quelque sorte. Pour peu que, là aussi, l'expansion soit de mise, les arts qui s'inspirent de ce thème ont de beaux siècles d'avenir.... En attendant ce futur aléatoire, écoutez ce très très bon disque

Xavier Prévost

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On aurait dû les écouter cette année au festival Jazzdor mais le confinement en a décidé autrement. Voici, au festival Jazzdor 2019, une préfiguration de la musique que l'on retrouve sur le disque 

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17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 09:31
KATHRINE WINDFELD ORCHESTRA  ORCA

KATHRINE WINDFELD ORCHESTRA

ORCA

Label Stunt Records

 

www.windfeldmusic.dk

 

 

Une histoire d’eaux, de mers et d’océans, de peuples sous marins … Nous sommes en Scandinavie avec le très grand orchestre à la tête duquel règne la sirène Kathrine Windfeld.

Celle qui est née dans l’archipel danois de South Funen, dans la ville portuaire de Svendborg, est fascinée par l'effet aquatique. Avec ce troisième album, la jeune compositrice, pianiste et révélation danoise, a conçu toute une histoire autour de l’orque marine, ce “charmant” animal, pourtant redoutable prédateur des baleines, (ne la surnomme t-on pas d’ailleurs “killer whale” en anglais ?).

8 compositions plutôt longues dont la plupart évoquent la forme de l’eau, l’eau dans tous ses états et l’univers mystérieux des fonds sous marins. Celles qui ne sont pas inspirées par l’élément marin, renvoient tout de même à la nature “Harvest”, notable par une belle intervention de la pianiste.

Une symphonie écologique qui adopte l’idiome jazz dans lequel les Scandinaves sont à l’aise, tant ils sont ancrés dans l’histoire de cette musique.

Une formation cuivrée et musclée de 16 instrumentistes majoritairement suédois et danois, avec l’exception notable d’un Hongrois, le saxophoniste ténor Gabor Bolla : place aux vents (quatre trompettes, 4 trombones, 6 saxophones dont un baryton et 3 ténor) et une section rythmique puissante dotée d’une guitare. Les compositions permettent aux instrumentistes de magnifier les échanges, de jouer des unissons, variant et multipliant les effets de timbres et de couleurs sans oublier de se livrer à des solos remarqués. Une structure impeccable, équilibrée dans l’écriture, qui raconte ces histoires quotidiennes comme ce “ Ferry” qui rythme les traversées incessantes qui marquent la vie nordique, énergique et rude au bord d’une mer qui n’a rien à voir avec la mare nostrum.

Bref, un opus symphonique, exotique, c’est à dire dépaysant par le thème déroulé avec une belle continuité qui en fait un vrai concept album, la maestria avec laquelle cette musicienne dirige son groupe, les grands formats étant rares de nos jours.  Soulignons enfin le talent des interprètes au style vif, dans un courant mainstream qui parvient à installer des reflets et climats impressionnistes.

 

Sophie Chambon

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16 novembre 2020 1 16 /11 /novembre /2020 13:59

Sylvaine Hélary (flûtes traversières, voix, compositions), Antonin Rayon (orgue Hammond, synthétiseur, piano, clavinet), Benjamin Glibert (guitare, guitare basse), Christophe Lavergne (batterie)

Moulins-sur-Ouanne, juin 2020

Ayler Records CD-164 / http://www.ayler.com/glowing-life.html

 

Absolue singularité de ce nouveau disque de la flûtiste, si l'on se réfère à ce que l'on croyait connaître d'elle. Pour évoquer le scintillement de la vie, des sonorités électriques, un climat qui oscille entre le rock, le rock progressif, la musique expérimentale et la pop (très) sophistiquée ; et aussi densité de la musique et des textes, mystère des télescopages entre climats et instrumentations, recours aux paroles, parlées ou chantées (sources : la plume de Sylvaine Hélary, mais aussi de P.J. Harvey & Éric Vuillard). C'est comme un puzzle aussi mystérieux que labyrinthique dans lequel on peut se perdre avec délices, et même avec quelque effroi, quant à nos facultés d'intellection, devant cet objet dont nous cherchons à cerner le contour sans le saisir. Il faut y revenir. Du rythme littéralement déconstruit de la première plage va surgir une ballade mélancolique, relayée à l'étape suivante par un texte dit sur un martèlement lancinant, et tout se résout dans une improvisation de l'orgue, suivi d'une coda qui convoque à nouveau le texte dans un dernier envol. Dans la plage suivante Sylvaine Hélary revient en flûtiste, timbre expressif et circonvolutions sur un accompagnement anguleux d'où surgira un dialogue avec les claviers. Puis nous rentrons dans l'espace où paraît se dévoiler le projet, entre expérimentation et expression. Depuis le début la musique, tantôt suave, tantôt brûlante, et toujours aux aguets, nous a conduits à la longue plage conclusive, explosive autant que lyrique, et qui remue chez le vieil amateur que je suis la nostalgie du rock progressif. C'est plein de méandres, de fausses pistes, et donc intensément jouissif.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Vimeo, en octobre 2019 au festival Atlantique Jazz 

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15 novembre 2020 7 15 /11 /novembre /2020 15:37

Sylvain Rifflet (saxophone ténor), Jon Irabagon (saxophones mezzo-soprano & sopranino), Sébastien Boisseau (contrebasse), Jim Black (batterie)

Budapest, 22-24 janvier 2020

BMC Records BMC CD 296 / Socadisc

 

J'écris ces lignes au moment même où, à Quimper au Théâtre de Cornouaille, on aurait dû écouter ce groupe. Le confinement en a décidé autrement mais je conserve, très vif, le souvenir du concert du 3 avril 2019 au festival Banlieues Bleues. Ce disque, enregistré quelques mois plus tard, fait revivre ce projet un peu fou : dire, en musique et avec la musique, les combats, la rébellion de ceux et celles qui s'insurgent contre la tyrannie, l'injustice, l'inégalité, le préjugé, la violence (qu'elle soit faite aux humains ou au climat). On commence avec l'hyper lyrique discours de Malraux pour accueillir l'arrivée des cendres de Jean Moulin au Panthéon. Un extrait seulement du discours, dans lequel la musique s'insinue, épousant parfois le phrasé de l'orateur, rappelant que musique et prosodie sont liées par une sorte de complicité originelle. Puis c'est un traditionnel irlandais, Factory Girl, musique de lutte arrangée par Sébastien Boisseau, avant une marche forcée de la rythmique et des sax sur une intervention de Greta Thunberg à la COP24, en 2018 à Katowice. Ensuite c'est encore une musique de combat sur un texte d'Emma Gonzales, militante pour le contrôle des armes à feu aux USA. Et l'on bifurque vers un texte féministe d'Olympe de Gouges dit par Jeanne Added, dont l'électronique traite la voix, tandis que la musique emporte ce discours de libération avec une tranquille assurance. Sur la voix de Paul Robeson, chanteur de gospel mais aussi militant communiste, et l'un des héros du combat contre la ségrégation raciale, la musique à nouveau épouse les contours de la parole avant de s'émanciper avec audace, et de revenir au commentaire, très libre, du texte. Et la conclusion, strictement musicale, sur une composition commune des deux saxophonistes, sera comme une ultime expression de la liberté combative. Belle réussite que cette aventure musicale et militante que n'étouffe pas le propos, car la musique parle, constamment.

Xavier Prévost

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14 novembre 2020 6 14 /11 /novembre /2020 14:37

*Barney WILEN Quartet feat. Tete MONTOLIU, Grenoble ’88 ‘BARNEY AND TETE’, avec Barney Wilen, (saxophones ténor et soprano), Tete Montoliu (piano), Riccardo Del Fra (contrebasse) et Aaron Scott (batterie).
Elemental Music – 5990438 / DISTRIJAZZ.
Sortie le 4 décembre.

 

Le fait est qu’on ne peut qu’envier et jalouser les veinards qui ont pu assister à ce concert (Martine Palmé en premier lieu) : la seule, unique et éphémère occurrence de l’existence de ce quartet, de la rencontre musicale entre Barney Wilen et Tete Montoliu, deux monstres du jazz du vieux continent, façonnés au creuset du bop dans les années 50 ; Barney très influencé par Lester Young, adoubé par Miles Davis et Art Blakey, Tete dans la mouvance d’Art Tatum et reconnu par Lionel Hampton et Don Byas.

 

A l’époque de ce concert, Barney tournait habituellement en quartet, avec Alain Jean-Marie (piano), Riccardo Del Fra (contrebasse) et Sangoma Everett (batterie).
Tete, quant à lui, rompu à l’accompagnement des plus grands solistes américains de passage en Europe (de Ben Webster à Anthony Braxton ...) dirigeait son propre trio de part et d’autre de l’Atlantique, associant N.H.O.Pedersen, Herb Lewis ou Georges Mraz (contrebasse) à Albert ‘Tootie’ Heath, Lewis Nash, Al Foster ou Billie Higgins (batterie).

On ne sait qui, de Jacques Panisset, qui programma ce concert et aimait favoriser les rencontres musicales inhabituelles, ou de Robert Latxague, alors directeur de l’information de la radio régionale, rebaptisée depuis ‘France Bleue Isère’, eut l’idée de ce quartet de circonstance, associant Aaron Scott (à l’époque batteur régulier de l’Orchestre National de Jazz dirigé par François Jeanneau) et Tete Montoliu, qu’ils admiraient tous deux, à Barney et Riccardo. Le saxophoniste y fut d’ailleurs dans un premier temps opposé, préférant promouvoir son dernier album avec son quartet habituel, avant de finalement adhérer au projet.

Martine Palmé, alors agent de Barney, rapporte qu’il n’y eut pas de répétition avant ce concert, juste une courte discussion entre les musiciens, pour choisir le répertoire à jouer, les enchainements, les tonalités ... bref, la petite cuisine habituelle, que tous les musiciens classiques envient aux jazzmen.

 

Au menu : des standards bien sûr, sur lesquels chacun de ces sorciers excelle à se réinventer en surfant sur l’écoute de l’autre, mais aussi quelques mélodies françaises (Barney avait enregistré son album ‘French Ballads’ en 1987). La suite est magique, de l’Âme des Poètes’ de Charles Trenet, subtilement réharmonisée et introduite en duo soprano-contrebasse, à un joyeux ‘Someday My Prince Will Come’, donné en deuxième rappel sur un rythme de valse.
C’est à un panorama de l’histoire du jazz et de la musique du XXème siècle que l’on assiste, du swing au bop, de la pop à la comédie musicale, de ‘Billie’s Bounce’ (Ch. Parker) à ‘La Valse des Lilas’ (M.Legrand, E.Marnay, E.Barclay), de ‘Round Midnight’ (T.Monk), magnifiquement exposé au soprano, à ‘All The Things You Are’ (J.Kern, O.Hammerstein), ou encore de ‘Summertime’ (G.&I. Gershwin) aux ‘Feuilles Mortes’ (J.Prévert, V.Kosma, J.Mercer) et ‘Sous le Ciel de Paris’ (J.Drejac, H.Giraud).

 

Ces deux CDs reflètent et témoignent de l’intensité et de la réussite d’une rencontre que Barney et Tete devaient pressentir qu’elle serait unique (et elle le fut), et donc qu’elle se devait d’être parfaite.
Tous deux nous ont quitté depuis, trop tôt, Barney le 25 mai 1996, Tete le 24 août 1997.

Leur musique vous tend les bras !

Indispensable.

 

Francis Capeau.

 

©photo X. (D.R.)

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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 09:32
THE MUSIC OF BILL EVANS :  INTERPLAY     DIEGO IMBERT/ALAIN-JEAN MARIE

 

THE MUSIC OF BILL EVANS : INTERPLAY 

DIEGO IMBERT/ ALAIN-JEAN MARIE

produit par TREBIM music / L’autre Distribution

SORTIE DU CD le 13 Novembre

CONCERT DE LANCEMENT AU BAL BLOMET, le 3 décembre 2020 dans le cadre des Jeudis de Jazz Magazine

https://www.fip.fr/jazz/diego-imbert-et-alain-jean-marie-celebrent-bill-evans-18444

 

Commencer par le titre “Interplay” qui magnifie le jouage, l’échange, la circulation de la musique quand il s’agit de rendre hommage à Bill Evans est de bon augure. Même si c’est le seul titre conservé du CD éponyme de 1962. C’est que dans l’immense répertoire de Bill Evans, il a fallu faire un choix, “cornélien”, on s’en doute.

On peut faire confiance à Alain Jean-Marie et Diego Imbert, deux musiciens humbles mais tellement talentueux. S’attaquer à l’icône absolue pour un pianiste, évoquer les grands de l’instrument qui ont accompagné Bill Evans en renouvelant l’art du trio, Scott La Faro, Marc Johnson et surtout Eddie Gomez que rencontra le jeune Diego Imbert, lors de célèbres stages de Capbreton au début des années 2000. C’est d’ailleurs à l’initiative de Diego Imbert que nous devons ce projet avec le pianiste guadeloupéen, connu pour sa maestria be bop et ses “Beguine Reflections”.

Un duo piano-contrebasse, quoi de plus simple, même si Bill Evans renouvela la forme du trio ( piano/basse/batterie). Ajoutons qu’Eddie Gomez et Bill Evans vécurent un compagnonnage musical de plus de dix ans et osèrent cette expérimentation dont témoignent deux albums en 1974 Intuition et Montreux III en 1975.

15 petites pièces dont 4 ne sont pas du maître, composent donc ce bouquet offrande, effluves d’un jazz aimé, un brin nostalgique mais audacieux dans son agencement, sans aucune volonté démonstrative ni recherche de virtuosité : le résultat d’une juste durée, nécessaire mais suffisante nous fait atteindre la planète EVANS! La chanson du tandem Burt Baccarach/Hal David “Alfie” pour le film éponyme de 1966 de Lewis Gilbert, qui fit de Michael Caine une icône absolue des sixties, avec une B.O entièrement jazz de Sonny Rollins, n’est pas choisie au hasard, car cette composition dont s’empara Bill Evans, pour la mettre à son répertoire, donna lieu à de multiples interprétations comme par exemple celle, avec Eddie Gomez et Marty Morell en 1968, au Village Gate.

La mélodie existe déjà avec les compositions de Bill Evans, il ne faut pas la démolir ni la déstructurer de trop, mais la jouer comme on le ressent. Reste à s'arranger avec l’harmonie qui structure le corps du morceau. Le timide ou réservé pianiste imprime une vigueur peu commune, une ardente fièvre à des compositions aussi connues.  Intime et lyrique dans son déroulé, solaire oui, et ce n’est pas faire de contresens puisque la musique de Bill Evans peut aussi vous chavirer de bonheur, car elle touche body and soul ! Ce ne sera donc pas tout à fait un remède à la nostalgie mais à la mélancolie. 

Des reprises particulièrement réussies, brillantes, prétextes à invention et à une jouissive communication! Si ce “Turn out the stars” des plus énergiques swingue réellement, ça danse sur “Very early” avec un piano clair, dégagé, heureux. Et sur le merveilleux “Waltz for Debby”, pianiste et contrebassiste dansent véritablement, l’un contre l’autre, épousent vraiment les contours de cette mélodie avec chaleur. On attend les passages obligés mais dans l’oeuvre immense du pianiste compositeur, tout ne l'est-il pas? “Nardis”, “Blue in Green” et “Waltz for Debby”, sans compter le déchirant “We will meet again” que le solo de Diego Imbert renouvelle totalement.

Quand on aime passionnément Bill Evans, on ne peut qu’être touché par cet Interplay sobrement intitulé, ce véritable “labour of love” qui, quarante ans après la disparition d'un musicien génial, constitue une forme renouvelée de tombeau avec tout le respect et le talent de Diego Imbert et Alain Jean-Marie. Merci à eux!

NB: Notons enfin les nécessaires notes de pochette de l’ami Pascal Anquetil, toujours aussi pertinentes

Sophie Chambon

 

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12 novembre 2020 4 12 /11 /novembre /2020 21:56

Malika Tirolien (voix), Jacques Schwarz-Bart (saxophones et effets), Grégory Privat (piano, piano électrique), Reggie Washington (contrebasse & guitare basse), Arnaud Dolmen (batterie), Sonny Troupé (tambour Ka)

Villetaneuse, janvier 2020

Enja 9777 / l'autre distribution

 

Retour du plus guadeloupéen des jazzmen établis aux États-Unis vers la fusion qu'il avait amorcée, voici plus de dix ans, entre le jazz afro-américain, qu'il enseigne au Berklee College de Boston après s'y être immergé, et la musique des tambours Ka de la Guadeloupe, qu'il cultive comme un trésor identitaire. Musique d'une énergie folle, d'une précision diabolique, et pourtant d'une liberté confondante. Entouré d'orfèvres des deux rives (la caribéenne et l'américaine), il propulse vers nos oreilles bouleversées des flots de vie et de beauté ciselée. La voix de Malika Tirolien, utilisée comme on le faisait dans la fusion des années 70, électrise littéralement l'atmosphère. L'alliance entre toutes les nuances de la voix, la large palette du saxophone et de son traitement électronique, les claviers tantôt en déboulés vertigineux, tantôt en accords plein jazz, et les deux facettes rythmiques (batterie et tambour ka) qui se répondent et s'épousent, est une totale réussite. Et dans la dernière plage la voix de la romancière et dramaturge Simone Schwarz-Bart, dans un poème créole de sa plume, apporte à ce disque une touche conclusive qui bouleverse. Le disque est accompagné par une sorte de poème d'amour écrit par ses soins, et qui associe son défunt mari, le romancier André Schwarz-Bart, et leur fils. Grand moment de musique, mais aussi de poésie.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube 

https://www.youtube.com/watch?v=Ob3uJTAuBKQ

https://www.youtube.com/watch?v=ZkUq5mj305o

 

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 17:37

Aldo Romano (batterie), Jasper Van't Hof (piano, claviers), Darryl Hall (contrebasse), Enrico Rava (trompette), Baptiste Trotignon (piano), Michel Benita (contrebasse), Glenn Ferris (trombone), Yoann Loustalot (trompette), Géraldine Laurent (saxophone alto), Mauro Negri (clarinette), Henri Texier (contrebasse)

Les Lilas, 44,11, 17 & 25 mai 2019

Le Triton TRI-20556 / l'autre distribution

 

Pour renaître, Aldo Romano a convié quelques-uns des partenaires privilégiés des années proches ou lointaines pour une série de concerts au Triton, et ce disque est le fruit de ces retrouvailles. Au programme, des compositions du batteur, qu'il avait jouées naguère avec les un(e)s ou les autres en concert, ou sur disque : «Carnet de routes», «Corners», «Just Jazz», «Inner Smile», «Because of Bechet», sans oublier les CD du quartette Palatino, dont une composition de Glenn Ferris, et aussi un thème de Frank Zappa enregistré avec ce groupe (se rappeler que Glenn Ferris a joué en tournée avec Zappa, période «The Grand Wazoo»). Et aussi deux standards où s'épanouit le lyrisme d'Enrico Rava. Lyrisme semble d'ailleurs être le maître-mot de cette promenade mélancolique voulue par le batteur dans son parcours personnel. D'une certaine manière, ce disque est une célébration du talent de mélodiste d'Aldo Romano, et aussi de sa faculté de rassembler des artistes avec lesquels il se sent 'en phase'. Il célèbre aussi, dans un certain nombre de plages, ce goût affirmé de la pulsation sans quoi le jazz ne serait pas totalement lui-même. Annobón, ressuscité de l'époque du trio avec Sclavis et Texier, prend de nouvelles couleurs avec clarinette de Mauro Negri, discrètement soutenue par le sax de Géraldine Laurent. Puis c'est un thème de l'époque Palatino, composé par Glenn Ferris, où Yoann Loustalot, nouveau venu, ne démérite pas, et brille même de tous ses feux. Mauro Negri retrouve Petionville, où cette fois Géraldine trouve de l'espace. Et les plages s'enchaînent, d'un thème de Zappa jusqu'à l'ultime standard, en passant par l'immarcescible Il Piacere, remis aux couleurs du temps par Jasper Van't Hof. Positano laisse entendre un solo de Rava peut-être plus impliqué que dans l'album «Inner Smile». Au total un beau parcours dans la mémoire du batteur, revitalisée par cette série de concerts dont le disque livre la quintessence. Dans les années 70, Aldo Romano et Jasper Van't Hof étaient membre du groupe Pork Pie, avec Jean-François Jenny-Clark, Philip Catherine et Charlie Mariano. Sur la jaquette du CD de Didier Lockwood, Gordon Beck, Allan Holdsworth, Aldo Romano, Jean-François Jenny-Clark «The Unique Concert», enregistré en 1980 au Festival de Jazz de Paris (JMS/Pias), qui vient de paraître, Aldo Romano évoque ses amis de ce groupe survolté «Gordon, Allan, JF, Didier, nous nous aimions et je vous aime encore, très fort. J'ai eu la chance de vous survivre, mais vivre sans vous, est-ce vraiment une chance ?» Oui Aldo, une chance pour nous d'assister à cette renaissance, avec cet opus qui n'est pas que mélancolique....

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

Note pour le maquettiste du label Le Triton, qui écorche le prénom du bassiste Darryl Hall  (qui devient Daryll): il ne faut pas le confondre avec le chanteur d'un célèbre duo de rock, Hall & Oates, dont le prénom s'écrit.... Daryl !

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7 novembre 2020 6 07 /11 /novembre /2020 09:42
 M. MICHEL/J.C CHOLET/D. ITHURSARRY      STUDIO KONZERT

 

 

TRIO M. MICHEL/J.C CHOLET/D. ITHURSARRY

SORTIE DU VINYLE STUDIO KONZERT

NEUKLANG/HARMONIA MUNDI

 

Concert enregistré aux studios BAUER à Ludwigsburg, en décembre 2019, cette musique en trio venait d’être écrite, répétée, et donc jamais jouée en public. Une première qui faisait entendre les cinq compositions de Jean Christophe Cholet et Didier Ithursarry dans une ambiance particulière. Gageons que le trio a dû apprécier, puisque selon JC Cholet, ils sont toujours sur le fil, en invention permanente! Construire et déconstruire, souffler et apaiser, cette musique se révèle impressionnante à l’écoute, faussement fragile, sans doute surprenante pour les musiciens eux mêmes qui devaient, selon la loi de l’improvisation, faire surgir ce qui advient.

La direction qu’a toujours suivie le pianiste JC Cholet avec ses diverses diverses formations, grand format (Diagonal), divers trios CKP ou Initiative est d’aller selon des voies obliques, à travers les paysages musicaux, du traditionnel au contemporain, puisant dans le répertoire, le patrimoine européen.

Dans la continuité de projets transversaux, après avoir traduit des impressions de voyages en suites, alpestres, slavonnes, le programme commandé par le festival “Glatt und Verkehrt” s’inspire de traditionnels de l’Atlantique, de la Bretagne au pays de Loire.

S’ensuit une succession de climats sereins ou plus nuageux, sans jamais atteindre le plein soleil. L’entente entre le pianiste JC Cholet et le bugliste Matthieu Michel est évidente et cordiale puisqu’ils se connaissent depuis près de 25 ans: si l’on se souvient de leur Whispers (2016), puis Extended Whispers (2018) où ils invitaient déjà l’accordéoniste Didier Ithursarry, il était presque naturel d’essayer la formule du trio avec le basque. Le résultat est formidable,  dépeignant la poésie du temps qui passe. Avec un son délicat, un phrasé d’une limpidité saisissante dont on se plaît à suivre les méandres, à la fois sensible et technique, Matthieu Michel enchante .

Cela commence avec un “Bird” qui s’élève avec une certaine intensité, le traditionnel “Aureska” égrène sa mélancolique chanson douce, rêverie souvent caressante, jouant à merveille des timbres du bugle et de l’accordéon, soutenus par un piano intimiste. Avec le formidable titre, si étrange, “Half Moon in a blue sky", on entend que le trio ne manque pas de vigueur quand il le faut. Reconnaissons le rôle décisif de l’accordéoniste, Didier Ithursarry, toujours bondissant, qui a le pouvoir de nous entraîner tous dans une ronde effrénée, follement envoûtante. Quelle frénésie dans ce final! On en redemande...

Sophie Chambon

 

 

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