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14 janvier 2024 7 14 /01 /janvier /2024 21:57

Benoît Delbecq (piano), Étienne Renard (contrebasse), Guilhem Flouzat (batterie)

Meudon, 5 juin 2022

dStream n° 108 / l’autre distribution

Une entreprise très singulière, fondée sur le désir de viser sans cesse le point de rupture d’équilibre. Cette fièvre multiple, c’est celle qui tend à prévaloir quand les musiciens, de manière collective, tentent le pas au-delà, l’abandon, la transgression, le défi. Et s’ils naviguent à vue, c’est toujours en connivence, à l’écoute de chaque autre. Sous un abord de trio tranquille, soudain l’un ou l’autre met le grain de sable qui devient graine féconde. On navigue avec eux, dans ce paysage d’incertitude qui n’est pas de l’indécision, mais le vif désir d’aller ailleurs, plus loin, en contournant les codes, en défiant l’équilibre ou le convenu, par petites touches ou par de hardies fractures. J’ai retrouvé là le plaisir que j’avais éprouvé au concert, en janvier 2023 au Sunside, une sorte de familiarité traversée d’écarts, d’étonnements, d’évasions furtives. Subtil, foisonnant : jouissif !

Xavier Prévost

 

Le trio est en concert à Paris au Sunside le mardi 16 janvier

 

Un avant-ouïr sur Vimeo

https://vimeo.com/878286750

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12 janvier 2024 5 12 /01 /janvier /2024 16:35

Naïve 2023

Jim Tomlinson (ts, f, cl, g, perc, ky), Joshua Morrison (d), Graham Harvey, Anthony Pinciotti (d)
Art Hirahara (p), Stacey Kent (vc), Tom Hubbard (b)

Voilà un album qui dit comme le monde est beau quand il est simple. Car c’est un peu cela l’album de Stacey Kent : pourquoi faire compliqué lorsque l’on peut faire simple ? Du moment que l’on sente de la sincérité, pas besoin d’en faire des tonnes.

Voilà quelques temps que l’on attendait la chanteuse qui ne nous avait jamais vraiment convaincu dans ses précédentes productions. Et voilà que justement à l’aube de la soixantaine, Stacey Kent nous revient comme débarrassée de tout superflus, juste avec le bonheur simple de chanter. Et parce qu’elle semble s’être défait de tout artifice, elle nous touche beaucoup et nous émeut. Beaucoup.

A côté de son amour pour le jazz de son pays, la chanteuse affiche aussi celui pour la musique brésilienne (Corcovado) bien servie par son compagnon et saxophoniste Jim Tomlison plus « Stan Getzien » que jamais. Et puis il y a la France qui tient une place toute particulière dans son cœur et à laquelle elle rend un triple hommage (La Valse des Lilas, Sous les ponts de Paris ou encore Ne me quitte pas, qu’on s’attribue à la France par exagération mais bon même si c’est Belge c’est pas grave parce que c’est quand même en Français, et voilà et puis c’est tout).

Si Stacey Kent avait fait du cinéma on l’aurait bien vu dans un rôle à la Audrey Hepburn tant elle tient d’elle sa part de malice un peu enfantine. Et c’est avec cette candeur que la chanteuse ne s’aventure pas sur les terres des singer-writter mais reste dans celui de l’interprétation où elle ne copie rien ni personne mais reste fidèle à elle-même.

Totalement conquis par cet album de la chanteuse américaine qui ne bouleverse pas le genre, et c’est tant mieux. Sous le charme !

Jean-marc Gelin

 

 

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9 janvier 2024 2 09 /01 /janvier /2024 13:55

REVERSO : “Shooting star – Etoile filante”
Alternate side records
Franck Woeste (p), Vincent Courtois (cello), Ryan Keberle (tb)


 Ce nouvel album de reverso est tout en charme désuet. On se croirait dans le fumoir d’un hôtel anglais chic peuplé de gentlemen et de fauteuils club en cuir fauve. Avec un classicisme qui nous ramènerait parfois à des années 20 un peu fantasmées.

Après s’être beaucoup inspirés de Ravel, Fauré, Darius Milhaud ou encore Germaine Tailleferre, leur inspiration, pour leur 5ème album vient ici de Lili Boulanger, la célèbre compositrice française (1893-1918) et sœur de Nadia Boulanger

Tous les trois composent pour cet album avec ce même fil conducteur et sur la base d’un instrumentarium original alliant le piano, le trombone et le violoncelle. Sur ces fondations ce trio travaille et façonne un son qui lui est propre où tout resonne comme un échange subtil, conversation entre trois personnes distinguées et élégantes entre classicisme et orientalisme.

Si l’on sait que cet univers est propice à une rencontre piano-violoncelle, il faut en revanche toute la musicalité du tromboniste américain Ryan Keberle pour s’immiscer avec talent et transformer le dialogue en trilogue interactif, dans un interplay toujours en mouvement.

Evocateur et impressionniste, ce trio évoque des figures narratives avec la grâce d’un calligraphe qui dessine le mouvement. Et c’est d’un raffinement d’une classe folle.

Jean-Marc Gelin
 

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8 janvier 2024 1 08 /01 /janvier /2024 09:39

Pierre De Bethmann quartet : " Credo"
Alea 2024
Pierre de Bethmann (p, synthé), David El-Malek (ts), Simon Tailleu (cb), Antoine Paganotti (dms)



C'est du collectif de haut vol. De très très haut vol. Bien au-delà de la canopée. C'est du jazz avec tout ce qu'il respire en grand, en large et en loin. Avec Pierre de Bethmann c'est sûr, les sommets sont sous nos pied.
Le nouvel album du pianiste et une nouvelle fois, une pépite. Mais on n'est pas surpris. D'ailleurs que l'on nous cite un seul album du pianiste qui ne soit pas une pépite ! Même si Pierre De Bethmann est assez prolixe au rythme de presque un album par an, chacune de ses sorties est guettée de près tant il parvient à tous les coups à nous surprendre et à élever ses propres limites.
Et pour ce nouvel album c'est une formation qui tourne et qui tourne merveilleusement bien.
Pierre de Bethmann et David El Malek c'est en effet l'association idéale. Parfaite. On ne peut (moi en tous cas) s'empêcher de penser à celle qui réunit parfois Brad Meldhau et Joshua Redman, certes dans un autre registre. Car ils ont en commun de rendre leur musique à la fois savante et accessible et fluide. Et limpide.
Mais ce quartet va au delà. Un power quartet pourrait t-on dire tant la force collective qui s'en dégage est irrésistible.
Une forme d'énergie circulaire passe de l'un à l'autre avec la puissance d'un groove brillant. La quadrature du cercle.
Le groove n'est jamais facile, jamais démago mais il tourne avec puissance.
Les harmonies, c'est pareil. Jamais simples mais toujours magnifiées par une extraordinaire musicalité de ces quatre-là.
Ca respire le jazz à pleines notes.

Pour ceux qui auraient perdu la foi dans la puissance de la musique et dans la force de cette émanation collective du jazz, " Credo" va faire de vous des convertis, c'est certain.
Jean-marc Gelin

En concert
Sunside le 9 et 10 fevrier

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3 janvier 2024 3 03 /01 /janvier /2024 11:03

   Les amateurs de la « Black Music » retiendront de Les McCann, pianiste-compositeur-chanteur décédé le 29 décembre à Los Angeles, à 88 ans, sa version de Compared to What, captée en direct au festival de Montreux en 1969 en compagnie du saxophoniste Eddie Harris, de Benny Bailey (tp), Leroy Vinnegar (b) et Donald Dean(dr) ... Un cocktail de jazz, gospel, funk, soul qui envoute le public du festival suisse, devient un « Hit » planétaire, avant d’inspirer nombre de chanteurs et de faire une deuxième carrière sous forme de sampler avec Dr.Dre et tant de stars hip-hop.

 

     L’histoire de cette composition –qui condamne la guerre, l’appât du gain- remonte à la fin des années 50 quand son auteur, le chanteur Eugene McDaniels, participe au groupe formé en Californie par un pianiste autodidacte, natif de Lexington (Kentucky), Leslie Coleman McCann.

    A 24 ans, Les McCann anime un trio avec le batteur Ron Jefferson et le bassiste Leroy Vinnegar qui obtient son premier succès discographique avec « The Truth » sorti en 1960 et décroche une tournée en France en 1961 (« Il fut sans conteste la révélation du festival d’Antibes Juan les Pins », écrit alors Jean Tronchot).
 


    La gloire viendra donc avec l’album enregistré au festival de Montreux en 1969. Affaibli par une attaque en janvier 1995 lors d’un concert en Allemagne qui paralysa son côté droit, Les McCann revint vite sur scène et guida les premiers pas d’artistes tels que Roberta Flack, Monty Alexander, Lou Rawls.

     En 2001, le pianiste avait fait une tournée européenne pour présenter un album « Pump It Up » (Cream Records) où il avait invité entre autres Marcus Miller, Maceo Parker, Billy Preston, Dianne Reeves. Un disque survitaminé, gorgé de soul, qui reprenait quatre décennies plus tard le premier « tube » de Leslie Coleman McCann, « The Truth ».


Jean-Louis Lemarchand.

 

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27 décembre 2023 3 27 /12 /décembre /2023 17:23

THOMAS BELIN : « Poney express »

Thomas belin (cb, compos), Stéphan Moutot (ts), Sébastien Joulie (g), Charles « chuck » Clayette (dms)

Jinrikisha 2023

Qu'il est agaçant de voir se quereller, comme on le voit en ce moment sur les réseaux sociaux les partisans du jazz classique et modernes !
Lorsque l'on entend des jeunes musiciens comme ceux de cet album jouer comme ça, il ne nous viendrait pas à l'idée une seule seconde de leur faire l'insulte de leur demander s'ils jouent du jazz classique ou du jazz moderne. Ils vous répondraient certainement qu’ils jouent du jazz tout simplement. Point barre.

 

La formation de Thomas Belin est de ce type-là : de ceux qui respirent le jazz par tous leurs instruments et puisent aux racines du jazz pour en faire leur propre matériau. Qui finalement réinventent avec talent ce qui a déjà été inventé mais à leur propre sauce.

Et cette dernière est onctueuse à souhait.

Depuis le temps que les membres de ce quartet pianoless se connaissent, depuis le temps qu'ils parcourent ensemble les scènes de l'hexagone, depuis le temps qu’ils partagent la même conception du jazz, il y a quelque chose de l'ordre de la symbiose entre eux. Une forme de télépathie totale qui réagit avec osmose aux belles compositions de Thomas Belin.
Ce club des quatre se balade au gré de thèmes fluides et alertes avec une sorte d'énergie souple. Un quintet félin en quelque sorte. Tout en agilité et en grâce.
Au sax tenor ( ah, cette belle fidélité au ténor !), Stephan Moutot apporte un lyrisme à la Stan Getz auquel vient répondre les harmonies en chapelet d'un Sébastien Joulie qui a la guitare d'une Grant Green. Les deux se complètent dans un chassé-croisé sensuel. La rythmique composée de Thomas Belin à la contrebasse et de Charles «  Chick » Clayette c’est un peu tic et tac. Compères et parfaite complémentarité. Quand Thomas Belin pose le groove et assoie la pulse, Charles Clayette lui, joue les dentellières avec finesse.

 

Au final , totale réussite et charme absolue de cette musique écrite et jouée avec une suprême élégance.

Jean-Marc Gelin



NB : Dommage que le son soit parfois mal pris (son du sax lointain sur Ioaded)

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27 décembre 2023 3 27 /12 /décembre /2023 15:09
Csaba PALOTAÏ Steve ARGÜELLES Simon DRAPPIER    SUNAKO

CSABA PALOTAÏ STEVE ARGÜELLES SIMON DRAPPIER   

Sunako

 

Label BMC www.bmcrecords.hu

 

 

BMC Live | Csaba Palotaï | Simon Drappier | Steve Argüelles: THE TRAIL (youtube.com)

 

Après le poétique Cabane Perchée en 2021, le guitariste hongrois Csaba Palotaï et le batteur britannique Steve Argüelles continuent en trio cette fois, avec le Français Simon Drappier autre guitariste qui joue un modèle baryton, polyinstrumentiste qui pratique aussi l’arpeggione (guitare violoncelle) et la contrebasse.

Enregistré sur le très actif label de Budapest BMC, sans casque, ensemble, en condition de totale improvisation. Lâcher prise? On laisse tourner les bandes et comme le suggère Wladimir Anselme dans des notes de pochette plutôt inspirées, ici point d’ego, ni de power trio. Ce n’est pas le Crossroads de Cream pour vous donner une (contre)idée, mais techniquement c’est aussi très fort et plutôt cohérent en dépit d'influences diverses.

 

Dix compositions aux titres mystérieux forment donc Sunako. Kesako? Du japonais, un prénom féminin qui signifie “l’enfant des sables” , on partirait alors sur une musique des espaces désertiques, nomadiques du Niger, du Sahara avec “Aïr”. Sans être nécessairement aride ces mélopées induisent une transe douce, accentuée par des boucles et autres effets électroniques (synthé omnichord, vocoder sur le dernier titre chanté “Ricerca”). Le périple ne fait que commencer, la boussole s’affole pour une errance guidée par ces thèmes répétitifs en diable que sont “Buckboard”, “Arsenal”. On s’agite avec le tempo rapide de “Phosphore II” avant de replonger dans les brumes électr(oni)ques d’Henriette” qui peuvent faire songer en plus continu et langui à certains effets et effluves de Neil Young dans Dead Man. “Dark side” peut d’ailleurs être une autre traduction de Sunako. “Dalva” marmonné par Steve Argüelles est-il conçu en souvenir de Jim Harrison, des musiques tribales de l’ouest américain, des galops au ralenti dans la prairie perdue? Après le chariot (buckboard), la piste “Trail” qui sera peut être la dernière. Les guitares recréent certaines images du genre ou plutôt les contournent en restant dans une même perspective, horizontale cette fois. Le trio au maintien hiératique nous fait voyager immobile dans la musique d’un film rêvé inspiré par ce Sahara quelque peu revisité et ces western blues qui peuvent charmer ou lasser. A moins que l’on ne se laisse envelopper par ces guitares psychédéliques qui n’ont pas la furia de certains groupes rock et rock prog des années 70 mais ramènent pourtant irrésistiblement en arrière.

Finalement le courant passe, suffit d’être en phase.

 

Sophie Chambon

Csaba PALOTAÏ Steve ARGÜELLES Simon DRAPPIER    SUNAKO
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23 décembre 2023 6 23 /12 /décembre /2023 17:46

     Le monde du jazz pleure un documentariste d’exception avec la disparition le 23 décembre de Frank CASSENTI à La Ciotat (Bouches du Rhône).

     Réalisateur né au Maroc, Frank Cassenti obtient son premier succès avec l’AFFICHE ROUGE, prix Jean Vigo 1976, dédiée aux résistants de la région parisienne fusillés par les occupants allemands le 21 février 1944 au Mont Valérien. L’un de ses chefs, Missak Manouchian, né en Arménie, fera d’ailleurs l’objet d’un hommage national en février 2024 avec le transfert de ses cendres au Panthéon, décision du président Emmanuel Macron.
     

     Mais c’est avec le jazz que Frank Cassenti gagne une renommée internationale, bien au-delà de la sphère des jazzophiles. En 1982, il tourne dans des conditions spartiates un documentaire sur Michel Petrucciani. De courte durée (36 minutes), le film présente le jeune pianiste de 20 ans en studio à Paris et à Roissy où accompagné par sa mère, Anna, et son producteur Jean-Jacques Pussiau, il va s’envoler, en solo, pour la Californie. Projetée au festival de Cannes en mai 1983, « Lettre à Michel Petrucciani » sera diffusée la même année par TF1 (c’était avant la privatisation de la chaîne).

 

     Dès lors, Frank Cassenti va réaliser des documentaires sur des légendes (Billie Holiday, Sun Ra…) et filmer en direct quelques figures notables du jazz, Wynton Marsalis, Henri Texier, Richard Galliano et Archie Shepp auquel il consacra deux documentaires ( Je suis jazz… c’est ma vie, 1984, et Changer le monde, 2020). Avec le saxophoniste, héraut du free jazz, Frank Cassenti collaborera également au sein du festival de jazz de Porquerolles (Var) qu’il crée en 2002 et dont les deux parrains sont Archie Shepp et Aldo Romano. Amitié toujours car Aldo Romano fut avec Jean-Jacques Pussiau à l’origine de la carrière de Michel Petrucciani.

 

"Ma façon de filmer repose sur l’improvisation", confiait Frank Cassenti (cité dans 'Michel Petrucciani, le pianiste pressé'. Franck Médioni. Editions l’Archipel. A paraitre le 4 janvier 2024.) "Je filme avant tout avec le cœur. Le jazz m’a appris cette façon d’être : mettre le hasard en état de grâce et laisser transparaître l’invisible".


Jean Louis Lemarchand.

 

©photo X. (D.R.)

 

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22 décembre 2023 5 22 /12 /décembre /2023 15:28

REWOUND ECHOES 2023

Tom Olivier-Beuf. (Compos, piano), Milena Casado (bugle), Tyrone Allen II (cb), Caloé Chrétien (vc), Marion Chrétien (vc)

 

Outre le fait d’être un pianiste extrêmement subtil que l’on avait découvert en sideman dans d’autres contextes, Tom Olivier Beuf dont c’est ici le premier album s’avère aussi être un compositeur remarquable. De ceux qui compose pour lui-même bien sûr mais aussi et avant tout pour l’ensemble sa formation qu’il embarque dans un poème imaginaire aux couleurs pastels.

Et dans cette formation glanée au cours de ses séjours américains (entre Boston, New-York et LA) on découvre, outre le pianiste lui-même, la trompettiste-nuancière Milena Casado, trompettiste espagnole qui vit à New-york et qui apparaît comme une véritable coloriste dans cet album. Exactement la tonalité qu’il fallait dans ce premier disque empreint d’une douce poésie. Mieux vaudrait dire d’ailleurs « douce rêverie » s’agissant de ce voyage intérieur où règne la sérénité des compositions portées par de belles lignes harmoniques.

Tom Olivier Beuf se refuse à toute forme de facilité ou de simplicité et pourtant, l’album coule de lui-même comme une source tranquille. Il est rare lorsque des musiciens sortent leur premier album de les voir accepter si tôt de se dépouiller du superflu. Et pourtant c’est bien une leçon que semble déjà avoir acquise Tom Olivier Beuf : less is more.

Révélation

Jean-Marc Gelin

 

 

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22 décembre 2023 5 22 /12 /décembre /2023 11:14

SYLVIE COURVOISIER : « Chimaera »

Intakt 2023

Sylvie Courvoisier (piano), Wadada Leo Smith (trompette), Nate Wooley (trompette), Christian Fennesz (guitare, électronique), Drew Gress (contrebasse), Kenny Wollesen (batterie, vibraphone)

Si cet album a été réalisée par la pianiste suisse en hommage au peintre Odilon Redon ( chaque thème se rapporte à un tableau du symboliste bordelais), c’est surtout la sculpture qu’évoque pour nous « Chimaera ». Il y a en effet dans cet album une façon de dessiner certes, mais aussi de sculpter le son.

La pianiste s’inspire des tableaux du peintre (l’incroyable  « joubarbe araigneuse », « le sabot de venus » ou encore « le pavot rouge » qui lui inspire un long développement de 20mn etc….) pour digresser librement autour des œuvres. Et c’est toute une gamme d’émotions qu’elle convoque allant de la rêverie poétique à la frénésie free en passant par l’atmosphère parfois étrange qui surgit lorsque l’on pénètre au cœur de l’œuvre d’Odilon Redon.

Dans une formation inédite où la pianiste convoque deux trompettistes, ces derniers semblent graver dans le marbre les contours et les traits de l’album. Wadada Leo Smith façonne le son comme un maître du burin en mode subtil et ciseleur.

On se laisse embarquer dans ce voyage artistique dont la dimension onirique est omniprésente, au pays des chimères de Sylvie Courvoisier.

Jean-Marc Gelin

 

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