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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 20:02
Whispers

Label La Buissonne/ Harmonia mundi
Jean Christophe Cholet (p), Matthieu Michel( flh), Ramon Lopez (dms), Didier Irthusarry (acc)
www.labuissonne.com
www.jeanchristophecholet.com

Le titre est à lui seul un programme,, en totale adéquation avec la musique de cet album enregistré sur le label de La Buissonne. Sur les quarante et quelques minutes bien dosées du Cd, on reste dans la même tonalité, plongé dans un climat délicatement intense, qui s’insinuera en vous, que vous le vouliez ou non. L’instrumentation y est sans doute pour quelque chose, un dialogue piano/bugle d’une inquiétante douceur, surréel, dès l’introduction : 3 ‘ de ce « Fair » qui porte lui aussi joliment son nom, entre le pianiste, compositeur et chef d’orchestre Jean Christophe Cholet et l’un de ses vieux et fidèles complices de Diagonal, entre autre, le bugliste suisse Matthieu Michel.
Des petites pièces pas si faciles, du fait du pianiste, à l’exception de « He’s gone now » du saxophoniste flûtiste Charlie Mariano et de « Zemer » du chef d’orchestre Marc Lavry. Recherches faites, il s’agit d’une chanson du folklore israélien très prisée, connue aussi sous le nom de « Night over Mount Gilboa». Un signe de plus qui confirme l’intérêt de JC. Cholet, explorateur inlassable des musiques populaires, souvent européennes, dans son tentet.
Chuchotements sur cet album, impressionnisme des couleurs, choix respectueux et attentif des notes, silences, soupirs bienvenus pour une vision poétique, un rêve éveillé de musique qui se poursuit jusque sur la dernière plage, fantôme. Au son doux, moelleux du bugle qui ne s’interdit pas des variations subtiles, au toucher finement ourlé du piano (solo de 2’11 « Noctambule »), dès le troisième titre, ce « Rêve », tout à fait justifié, interviennent deux invités superbes, le percussionniste Ramon Lopez que l’on connaît dans des registres nettement plus énergiques et le délicieux accordéoniste, tout en retenue, Didier Irthusarry, qui s’y connait aussi en matière de « folklore» et de musiques populaires. Le groupe devient alors quartet, la palette sonore y gagne avec ce soutien rythmique et ces effets originaux du « piano à bretelles » : à écouter « Diss » ou encore ce « Junction Point », qui souligne la lumineuse et évidente simplicité de la direction artistique. Un album fluide, sensible, qu’il faudra écouter jusqu’au bout et plusieurs fois, pour en mesurer toute la fragile beauté. Une méditation tendre et bienvenue aujourd’hui.
Sophie Chambon

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 09:18
FRANCO D'ANDREA « Elecrtric Tree » Trio Music vol. I

Franco D'Andrea (piano), Andrea Assayot (saxophones alto & soprano), Dj Rocca (percussions électroniques et traitement sonore)

Rome, 27 mars 2015 (CD 1) & 7 juin 2015 (CD 2)

Parco Della Musica MPR 077 CD / www.egeamusic.com

Après 50 ans de carrière, Franco D'Andrea reste un prospectif, un aventurier, un guetteur de sensations et d'expressions nouvelles. Ce n'est sans doute pas un hasard si un autre chercheur d'horizons neufs, Martial Solal, l'avait invité, dans les années 80, à jouer en trio de pianos, avec John Taylor, au Festival de Jazz de Paris. Martial l'avait aussi convié à trois reprises au jury du concours international de piano jazz qui porte son nom. Comme lui, Franco D'Andrea porte en lui, solidement ancré, l'idiome du jazz ; et comme lui il s'ingénie à en déborder les contours. Pour cette aventure il fait appel au saxophoniste Andrea Assayot, un partenaire familier

(voir la chronique d'un disque précédent sur Les DNJ), et à un pionnier des sons électroniques en Italie, Dj Rocca (Luca Roccatagliati). La partie se joue sur divers matériaux : des compositions-improvisations collectives, des compositions du pianiste (mais aussi de ses partenaires), et des standards du jazz signés Ellington, Strayhorn ou Coltrane. Cela commence par un dialogue rythmique avec ses acolytes : c'est puissant, plein d'imprévu, d'une réjouissante liberté tonale et de phrasé. Dj Rocca agit autant par percussions échantillonnées que par traitement sonore des instruments en temps réel, ou par inclusion, inattendue mais pertinente, de sons numériques prompts à faire rebondir le discours. C'est très vivant, mais la pensée ne désarme pas devant d'éventuels automatismes. Bientôt, par tuilage après un dialogue sax soprano / traitement électronique, puis une composition du pianiste en forme de blues dévoyé par des escapades hors tonalité, surgit Single Petal of a Rose, emprunté au répertoire du Duke, joué avec intensité, et parsemé de lacérations électroniques. On va ainsi d'étonnement en surprise, l'attention ne faiblit pas, jusqu'au Naima qui conclut la dernière plage du second CD, enchâssé dans une séquence où le traitement électronique s'est emparé de tous les sons instrumentaux. Le pianiste, au fil des plages, déploie toutes les ressources, considérables, de son jeu : nuances, phrases anguleuses « à la Tristano », large utilisation de la palette de l'instrument, dans l'harmonie assumée comme dans la dissonance hardie. Ce double CD vaut vraiment le détour, pour peu naturellement que l'on soit ouvert à l'aventure sonore, c'est à dire vraiment mélomane !

Xavier Prévost

Un aperçu sur Soundcloud

https://soundcloud.com/dj-rocca/franco-dandrea-electric-tree

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 21:25
Franck Tortiller /Orchestre Pasdeloup : "Rhapsodyinparis"


Label MCO www.francktortiller.com
www.labelmco.com
Compositions, arrangements, adaptations, Franck Tortiller
Gershwin sera toujours à la mode. Ou d’actualité. On pourrait se poser la question de savoir s’il est utile, possible de le reprendre aujourd’hui encore, après des versions aussi « originales » que celle de Miles Davis pour Porgy and Bess dont Mederic Collignon s’est d’ailleurs inspiré à son tour... On s’aperçoit que de nos jours certains musiciens reprennent l’esprit, si ce n’est la lettre, de musiques passées. Dans ce sens, le groupe Post K, l’une des petites formations de l’ONJ Benoît, ne reprend pas du Gershwin-il le pourrait tout à fait, mais déconstruit librement la musique américaine des années vingt. Et le duo Oliva Foltz vient galement de concocter un programme très personnel, sobrement intitulé Gershwin, hommage à l’élégance, la modernité et l’énergie du compositeur newyorkais.
Frank Tortiller qui a l’habitude des grands orchestres –il a tout de même été à la tête d’un ONJ savoureux qui n’hésitait pas à aller voir aussi du côté du rock (on se souvient de son Tribute to Led Zep) s’associe cette fois encore, avec l’orchestre Pasdeloup, premier d’une longue lignée de formation symphonique qui fête ses 150 ans, sur des projets concernant le patrimoine musical. En 2007, au Châtelet, l’orchestre Pasdeloup sous la direction de Wolfgang Doerner et l’ONJ de Tortiller s’étaient déjà frotté aux airs de music hall et d’opérette. Ils récidivent en 2016 avec le trio virtuose du vibraphoniste/marimbiste composé du fidèle batteur Patrice Héral et du non moins fidèle contrebassiste Yves Torchinsky.
Ce que l’on observe et entend ici, c’est la finesse des orchestrations et arrangements à partir de pièces très célèbres, issues pour la plupart de l’opéra Porgy and Bess. Une introduction très originale de « My Man’s Gone Now » nous fait entrer dans la danse, suivie d’un « Bess, You is My Woman Now » plus classique. On admire le groove du batteur et du contrebassiste sur « Oh Lawd « I’m On My Way Now » », et la longue suite de « I loves You Porgy» introduit un moment d’apaisement et de sérénité. Le morceau de bravoure est peut être cette version de 14 mn du Concerto en Fa, captivante, qui swingue, file en crescendo ravelien : une véritable intensité de l’orchestre avec des courts inserts, des décalages du trio, où le vibraphone installe à merveille le climat. On en vient à se demander, non sans audace, pourquoi Gershwin lui-même n’y a pas songé tant le dialogue de Franck Tortiller avec l’orchestre est vif, pertinent. Tout est intense et cohérent, avec la part d’émotion inhérente à ce concerto. Voilà donc un rhapsodyinparis (sans la « Rhapsody in blue » au demeurant ni « Un Américain à Paris ») assemblage inédit (qui nous change de la prédilection piano/clarinette gershwinienne) qui se conjugue habilement à un orchestre symphonique en apportant ses couleurs et ses timbres. La relecture, si elle ne se veut jamais provocante, tire quand même des free sons, tant elle est capable de transposer sous une forme élaborée, la subtilité, les nuances de texture et de ton de l’original.
Une grande finesse dans ce programme qui intègre tous les titres, y compris la très réussie « Valse 4 » élégiaque de Tortiller et le final, clin d’œil à l’accordéoniste Tony Murena, le roi des balloches auxquels notre Michel Portal national ne manque jamais de rendre hommage. Ce qui confirme l’accord réussi de fougue et de raffinement d’un trio jazz avec une formation symphonique qui impriment à cette musique désormais classique, un authentique sens festif, chaleureux, populaire.

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 16:36
IVO PERELMAN « Corpo »

Ivo Perelman (saxophone ténor), Matthew Shipp (piano)

Brooklyn, février 2106

Leo Records CDLR 755 / Orkhêstra

Bientôt quarante CD du saxophoniste Brésilien de New York sous le label de Leo Feigin, dont cinq publiés en ce début d'année 2016 ; et celui-ci est le quatrième en duo avec le pianiste Matthew Shipp. Manifestement ces deux improvisateurs ont un contact privilégié, qui s'exprime dans ce CD dont le titre évoque un corps singulier, une entité organique constituée par deux musiciens agissant d'une inspiration et d'une volonté communes. Le dialogue se noue dans une grande liberté tonale, les rythmes et les accents délimitent un espace fécond où chacun paraît totalement libre, et pourtant absolument à l'écoute. On les suit aisément au fil de 12 parties, qui sont autant de descentes dans le tréfonds d'âmes humaines en interaction médiumnique. On est manifestement dans l'une de ces séances idéales d'improvisation, quand le contact s'établit dès l'abord, et que le fil reste tendu, d'urgence et d'imprévu, jusqu'au terme de la rencontre. La même sensation survient à l'écoute d'un autre volume publié simultanément, « The Hitchhiker » (Leo CDLR 754), enregistré en juillet 2015, dans lequel Perelman donne la réplique à Karl Berger (ici au vibraphone : dans un précédent CD, « Reverie », il était au piano). Dans ce duo vibraphone-sax ténor, le dialogue est moins tendu qu'entre le piano de Matthew Shipp et le saxophoniste ; c'est plus « atmosphérique », et peut-être plus sphérique, plus rond : les angles ont été un peu érodés. Mais c'est aussi d'une grande beauté, inspirée parfois par les traditions musicales de l'Afrique et de ses diasporas. Il serait injuste de ne pas citer les trois autres disques de cette livraison printanière : «Soul», en quartette avec Matthew Shipp, Michael Bisio et Whit Dickey ; «Breaking Point», avec Mat Maneri, Joe Morris et Gerald Cleaver ; et « Blue », en duo avec Joe Morris. Chacun assurément mériterait une chronique spécifique. Mais soyez curieux, allez sur le site du saxophoniste, et découvrez ces pépites !

Xavier Prévost

http://www.ivoperelman.com/listen/

Le duo au Michiko's, studio et petite salle de concert de New York

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 10:00
FLASH PIG invite Pierre de Bethmann, Émile Parisien et Manu Codjia

FLASH PIG : Maxime Sanchez (piano), Adrien Sanchez (saxophone ténor), Florent Nisse (contrebasse), Gautier Garrigue (batterie)

Invités : Pierre de Bethmann (piano électrique), Émile Parisien (saxophone soprano), Manu Codjia (guitare)

Meudon, 5-6 décembre 2015

NOME 005 / L'Autre Distribution

Après un premier disque enregistré en 2013 (« Remain Still », Plus Loin Music), le quartette des frères Sanchez, créé voici près de huit ans, poursuit sa route sans dévier de sa trajectoire initiale, faite de créativité, d'exigence artistique et de liberté, avec une pointe d'humour. Grand prix en 2015 du concours européen de jazz organisé par l'Union Européenne de Radio-Télévision (UER/EBU) et le Northsea Jazz Festival de Rotterdam, le groupe confirme son excellence par ce nouvel opus ; il y accueille trois invités, présents au fil des plages, mais choisit de commencer pour lui même, en quartette, avec un thème mélancolique, For B. , d'un lyrisme poignant, et d'une organisation subtile dans son apparente simplicité. Dans les quatre autres plages sans invité, le lyrisme continue de prévaloir, toujours nourri de délicates interactions entre les membres du groupe. On pense parfois aux mélodies intenses et recueillies de Charlie Haden, sans esbroufe, en totale immersion dans la musique. Les thèmes sont signés par le pianiste, sauf deux : Junior , composé par son frère saxophoniste, et The Veil d'Ornette Coleman, où le débat s'anime avec vigueur. Viennent ensuite les invités, que le groupe avait accueillis séparément en 2014 dans le cadre d'une résidence mensuelle proposée par le club parisien « Les Disquaires » : dans 6444, Manu Codjia apporte son lot de fougue et de tension, et dans la plage suivante cet invité guitariste va jouer au contraire la carte d'une sérénité très atmosphérique ; Pierre de Bethmann, fan déclaré de ce groupe dès son émergence, apporte sur Octobre ses lignes cursives, en fuyant les clichés et en usant ingénieusement du timbre si particulier du piano Wurlitzer, précurseur inspiré du Fender Rhodes qui, hélas, le fit disparaître.... ; et sur Spasme , le bien nommé, Émile Parisien vient exprimer son goût des exposés segmentés avant un envol comme toujours vertigineux. Et pour la pénultième, les trois invités rejoignent le groupe sur une espèce de reggae détendu où chacun va s'exprimer, dans un sorte de joie collective.... et communicative. Vient ensuite le terme du CD, en quartette, entre lyrisme alangui et dialogue télépathique : belle conclusion, en somme, pour une voyage au cœur d'une aventure intime et très collective.

Xavier Prévost

Flash Pig jouera le 8 juin à Paris au studio de l’Ermitage, puis le 16 Juillet à St-Omer et le 24 juillet à Amiens. Et en septembre on le retrouvera pour les festivals de La Villette et de Colmar

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4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 17:35
RÉMI GAUDILLAT – BRUNO TOCANNE « Canto de Multitudes » édition vinyle

Rémi Gaudillat (trompette, bugle, composition), Bruno Tocanne (batterie), Élodie Pasquier (clarinette & clarinette basse), Lucia Recio (voix), Bernard Santacruz (contrebasse)

Montpellier, octobre 2014

Petit Label PLV 001

(nouvelle édition en 33 tours vinyle)

http://www.petitlabel.com

C'est le premier vinyle publié par Le Petit Label de Caen, tiré à 100 exemplaires, sous pochette de l'atelier de sérigraphie coopératif de l'Encrage : déjà une pièce de collection. Et un manifeste aussi : manifeste pour une production phonographique indépendante ; manifeste politique également, puisqu'il puise ses textes dans le Canto General du poète chilien Pablo Neruda. Le réseau imuZZic, de la région lyonnaise, qui a son propre label (Instant Musics Records : IMR), était allé en 2015 publier ce disque en CD chez le collectif normand. Et c'est désormais en vinyle que l'on retrouve ce bel ouvrage. On ne peut pas ne pas penser au « Liberation Music Orchestra » historique, celui de 1969, où Charlie Haden faisait retentir les musiques de la Guerre d'Espagne dans des arrangements de Carla Bley. C'est plus qu'un hasard si trois des cinq membres du groupe étaient partie (très) prenante dans « Over the Hills », inspiré par Escalator Over the Hill de Carla Bley. Ici la chanteuse Lucia Recio donne les textes de Neruda, tantôt en français, tantôt dans la langue d'origine de sa famille, l'espagnol. Les textes sont dits, souvent ; chantés, parfois ; parfois aussi la voix s'envole dans un chant improvisé d'expression radicale. Ici se lisent à la fois la résistance et l'espoir. Les thèmes, composés par Rémi Gaudillat, ont cette solennité lyrique qui va droit au but de l'émoi. De ce grand poème épique de libération, Mikis Theodorakis avait fait naguère un oratorio. Cette réalisation-ci, dans sa modestie affichée, n'en est que plus forte : Pour Le peuple victorieux, l'improvisation vocale, proche du cri, se substitue au poème : « Mon cœur se tient dans cette lutte. Mon peuple vaincra. Tous les peuples vaincront l'un après l'autre ». Ailleurs la voix parlée donne une prosodie du texte qui, plutôt que d'épouser la musique, entre en tension avec elle. Les instrumentistes sont d'une pertinence admirable, dans l'expression collective comme dans les solos. On est capté, emporté par ce chant de lutte à l'horizon d'espoir.

Xavier Prévost

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 21:59
DAVE LIEBMAN & RICHIE BEIRACH « Balladscapes »

Dave Liebman (saxophones ténor & soprano, flûte traditionnelle), Richie Beirach (piano)

Zerkall (Allemagne), avril 2015

Intuition INT 3444 2 / Socadisc

Ils se connaissent depuis les années 60, ils ont enregistré ensemble pour la première fois en 1970 (Dave Liebman & Carmel Six « Night Scapes »), et leur premier duo sur disque date de 1975 (« Forgotten Fantasies »), aventures conjointes prolongées par le légendaire quartette Quest. Autant dire que leur connivence est du plus haut degré. Pour ce disque, enregistré en Allemagne du Nord où réside désormais le pianiste, ils ont fait le choix de jouer des ballades, envisagées comme autant de paysages offerts à leur lyrisme, et à notre contemplation. Il commencent avec la Sicilienne de Bach (Sonate BWV 1031), très prisée des jazzmen (Bill Evans, et plus récemment Kenny Werner....). Le recueillement est intense, le lyrisme favorise la liberté à l'égard du thème : on commence, déjà, en beauté. Et le disque entier effeuille un catalogue imaginaire de ballades souvent magnifiées par le jazz : For All We Know , Zingaro (autrement appelé fréquemment Portrait in Black and White , et originellement Retrato em branco e preto ), Moonlight in Vermont, Day Dream (de Billy Strayhorn-Duke Ellington). L'émotion est palpable, et l'on est assurément dans le cœur du sujet musical. Sweet Pea de Wayne Shorter devient une complainte déchirante ; This Is New , de Kurt Weill, sur un tempo médium, résonne comme un éloge de la mélancolie. Le lyrisme de Coltrane est convoqué (Welcome / Expression), et le tout se complète de compositions des deux compères (Quest, Kurtland, DL ....). A savourer longuement, lentement, souvent : le bonheur musical est à l'horizon de chaque plage. Et l'on profite de l'occasion pour évoquer un autre disque de Dave Liebman, paru l'an dernier en Autriche, non distribué en France, et qui pourtant mérite le détour : « Sketches of Aranjuez »

DAVE LIEBMAN & RICHIE BEIRACH « Balladscapes »

DAVEC LIEBMAN & SAUDADES ORCHESTRA  « Sketches of Aranjuez »

Dave Liebman (saxophones ténor & soprano, flûte traditionnelle), Peter Massin, Jürgen Haider, Klemens Pliem (flûtes), Karin Gram (hautbois), Wolfgang Heiler (basson), Hermann Girlinger, Gottlieb Resch, Akiko Nishimara (cors), Klaus Ganglmayyr, Barney Birlinger, Mario Rom, Sebastian Höglauer (trompettes), Alois Eberl (trombone), Hermann Mayr (trombone basse), Ali Angerer (tuba), Heidi Rich (harpe), Guido Jeszenszky (guitare), Wolfram Derschmidt (contrebasse), Wolfgang Reisinger (batterie), Christoph Schachen, Ewald Zach (percussions), Jean-Charles Richard (direction)

Linz (Autriche), 12 avril 2011

PAO Records PAO11220 / www.pao.at

 

Depuis environ une décennie, Dave Liebman a joué une dizaine de fois cette relecture de « Sketches of Spain » de Gil Evans / Miles Davis, avec des orchestres différents, dans des instrumentations différentes, s'écartant généralement un peu de l'instrumentation originelle. Ce fut notamment le cas en 2007 au festival de Marciac avec un orchestre issu du Conservatoire de Toulouse, dirigé par Jean Charles Richard (voir plus bas les liens vidéo pour deux extraits) ; et en 2008 à Paris, Cité de la musique, puis à la Manhattan School of Music de New York, sous la direction de Justin DiCioccio (édité en 2009 sous le label Jazzheads) ; enfin en 2011, à nouveau sous la direction de Jean Charles Richard, à Linz en Autriche, où ce concert a été enregistré à l'initiative du très dynamique Herbert Uhlir, producteur de la radio publique autrichienne (ORF). Le disque reprend les cinq thèmes de l'œuvre originale, en modifiant parfois la durée et la structure des pièces. Le parti pris est celui de la très grande expressivité, dans l'écriture d'ensemble comme dans la partie soliste. Le souci, comme chez Gil Evans, est de faire retentir l'intensité émotionnelle de l'Espagne, avec les mêmes emprunts à Joaquim Rodrigo et Manuel De Falla  (Concierto de Aranjuez et El Amor Brujo); et Dave Liebman fait ressentir aussi très profondément l'atmosphère des pièces de Gil Evans inspirées par la tradition ibérique (Saeta , Solea , The Pan Piper ). Lyrique et profondément engagé dans la musique, Dave Liebman est une fois encore pour nous une indispensable source d'émotion(s).

Xavier Prévost

 

Deux extraits de Marciac 2007 sur Youtube :

https://www.youtube.com/watch?v=RwzYGUC5IXM

 

https://www.youtube.com/watch?v=b34NXsJranI

 

Extraits du CD

http://www.allmusic.com/album/sketches-of-aranjuez-mw0002815547

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 21:48
TOUS DEHORS / Laurent Dehors / Marc Ducret / Matthew Bourne « Les Sons de la Vie »

Laurent Dehors (composition, saxophones, clarinettes, harmonica), Catherine Delaunay (clarinettes, accordéon diatonique, cor de basset), Denis Chancerel (guitare électrique sept cordes, banjo), Gabriel Gosse (guitare électrique sept cordes, tres), Jean-Marc Quillet (marimba basse, vibraphone, xylophone, timbales, accordéon chromatique), Bastien Stil (piano, piano électrique, tuba, trombone), Gérald Chevillon (saxophones basse & soprano, flûte à bec), Damien Sabatier (saxophones alto, baryton et sopranino), Franck Vaillant (batterie, batterie électronique, percussions), Marc Ducret (guitares), Matthew Bourne (piano)

Saint Étienne du Rouvray, octobre 2015

Abalone AB 023 / L'Autre distribution

Le point de départ, c'est une commande de l'Opéra de Rouen Normandie : une œuvre pour un orchestre symphonique et le big band Tous Dehors, avec pour projet d'illustrer les différentes étapes de la vie, de la conception jusqu'à l'ultime souffle. Passé le stade de la création, il n'a pas été possible de rejouer la partition sur scène ni de faire un enregistrement avec l'effectif originel (une cinquantaine de musiciens). Laurent Dehors s'est donc remis à la tâche pour une version en effectif réduit : neuf musiciens, plus les deux solistes invités (Marc Ducret et Matthew Bourne) qui dialoguent avec l'orchestre. Le résultat est plus que convaincant de vitalité, de vivacité et de pertinence. Les rythmes nous emportent, que l'on soit dans le groove ou dans des segmentations obsédantes, à la façon de Stravinski (Laurent Dehors en connaît un fameux rayon de ce côté-là, car il avait déjà à sa manière arrangé/dérangé L'histoire du soldat ). Et l'on entend parfois le souvenir du Sacre du printemps dans des accords larges où intervalles majeurs et mineurs se superposent). La forme est virtuose, mais sans affectation : la surprise, l'humour et la fantaisie prévalent. Les alliages de timbres sont parfois saisissants, les embardées des solistes inattendues : on jubile souvent. La rythmique est d'une impeccable solidité, sans lourdeur, avec au contraire souplesse et agilité. Chacun semble jouer et se jouer, en toute espièglerie. Le fait qu'il s'agisse d'une musique « à programme », sensée illustrer les étapes de la vie, devient très vite secondaire : ce qui importe ce n'est pas le programme, mais la vie même. La gestation, le cadre enfantin, les émois adolescents, la vie d'adulte, les deuils et le naufrage de la vieillesse : toutes ces étapes se fondent dans une forme qui a sa logique propre et efface l'éventuelle pesanteur de l'argument. C'est assurément une vraie réussite.

Xavier Prévost

Tous Dehors se produira avec ce programme, et les deux invités du disque, le 1er octobre prochain à la Maison de la Radio dans le cadre des concerts « Jazz sur le vif » programmés et produits par Arnaud Merlin.


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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 19:00
DOMINIQUE PIFARÉLY QUARTET « Tracé Provisoire »

DOMINIQUE PIFARÉLY QUARTET « Tracé Provisoire »

Dominique Pifarély (violon), Antonin Rayon (piano), Bruno Chevillon (contrebasse), François Merville (batterie, percussions)

Pernes -les-Fontaines, 22-24 juillet 2015

ECM 478 1796 / Universal

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Le CD paraîtra le 10 juin 2016

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Autant l'avouer tout net : j'ai pour ce groupe, ces musiciens et cette musique un attachement sentimental. C'est avec eux en effet que s'est achevée, le samedi 26 juillet 2014, ma carrière de radioteur professionnel, après 32 ans de (très) loyaux services à France Musique. J'avais été informé quelques semaines plus tôt que l'on mettait fin (prématurément à mon goût, et à celui d'un grand nombre de mes amis, musiciens notamment) à ma collaboration avec ma radio préférée. J'ai présenté le groupe ce soir-là, sur la scène de l'amphithéâtre du Domaine d'O, dans le cadre du festival de Radio France et Montpellier, où j'œuvrais pour la 29ème année consécutive. Et, franchement, je ne voyais pas de meilleure manière, puisqu'il fallait quitter l'estrade, que de le faire en compagnie de musiciens que j'admire, et dont de surcroît j'apprécie infiniment les qualités humaines. Ma chronique, vous l'aurez compris, sera hyper-subjective !

Après avoir parcouru tous les territoires du jazz, et en partie aussi ceux de la contemporaine (la musique dite telle), le violoniste s'est lancé dans une nouvelle aventure, à la fois formelle et humaine. Beaucoup d'amateurs se rappellent, à l'orée des années 90, l'Acoustic Quartet, qui associait Dominique Pifarély à Louis Sclavis, avec la complicité superlative de Marc Ducret et Bruno Chevillon. Nous revoici un peu dans une configuration comparable : excellence des instrumentistes, considérables talents d'improvisateurs, fermeté de la pensée alliée au goût du risque et du franchissement des frontières esthétiques. L'écriture est très présente, et cependant elle paraît n'être là que pour ouvrir grand les portes de l'improvisation, de l'invention, de l'expression. Les premiers sons semblent surgis du chaos originel, notes éparses et timbres riches (un violon qui offre la rondeur troublante d'une flûte japonaise!). Puis le discours s'organise. Nous sommes embarqués. Rythme et tempo convoquent ensuite le jazz, dans une liberté tonale qui sera de mise tout au long du disque. Le violon se fait tour à tour puissamment lyrique, acide, incisif ou d'une exquise rondeur. Le dialogue avec les autres instruments est permanent, comme si la voie, malgré l'incertitude de l'improvisation, était déjà tracée en connivence. Le tracé provisoire, c'est une composition, qui ouvre l'espace de l'improvisation. Chacun se fait soliste au moment opportun, et pourtant la musique ne cesse jamais d'être une et indivisible. Il y là du mystère, de la pensée et des pulsions, et l'on se dit que la pensée et la pulsion peuvent être indissociables. Venant à la suite du magnifique solo publié en 2015 (lire ici la chronique dans Les DNJ), cette nouvelle œuvre, collective et pourtant marquée du sceau de la création individuelle, est assurément l'une des pièces maîtresses de l'univers du violoniste. Indispensable donc, et à partager sans modération avec les mélomanes de toutes obédiences (et surtout avec ceux qui ne revendiquent aucune chapelle) !

Xavier Prévost

Le groupe jouera le mercredi 1er juin à Berlin dans la cadre de Jazzdor-Berlin programmé par le festival Jazzdor de Strasbourg

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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 06:14
 Sarah Vaughan, Live at Rosy’s


Sarah Vaughan, Live at Rosy’s
2CD- Resonance/Socadisc. Sarah Vaughan (voc), Carl Schroeder (piano), Walter Booker (basse), Jimmy Cobb (batterie). New Orleans, 31 mai 1978.

Elle restera pour les fans « la divine ». C’est d’ailleurs le qualificatif employé par Helen Merrill dans le livret qui accompagne ce concert enregistré en club par Sarah Vaughan en 1978 et désormais disponible grâce à ce dénicheur de trésors nommé Zev Feldman (on lui doit des inédits de Sonny Rollins, Horace Silver, Duke Ellington, Art Blakey, Bill Evans).
A 54 ans, Sarah domine son art. La perfection tout simplement : rien ne lui est impossible. Le répertoire est aussi large que son registre vocal : les grands classiques (les Gershwin, Rodgers & Hart, Burke & Van Heusen, Styne & Cahn) et des contemporains de tous horizons (Legrand- Watch What Happens, adaptation par Gimbel de Récit de Cassard dans les Parapluies de Cherbourg- une bossa nova de Gil & Valle-If You Went Away- Preciso Aprender A Ser So en version originale). « La divine » va même jusqu’à donner, à la requête du public et sans s’en offusquer (qui visiblement fait quelque confusion avec une autre diva) « A ticket a tasket », le premier succès d’Ella Fitzgerald à la fin des années 30.
Le Rosy’s de la Nouvelle Orléans a fermé ses portes en 1979, les frais fixes de cet ancien hangar rénové luxueusement par une jeune héritière fan de jazz, Rosalie « Rosy » Wilson, ayant toujours excédé les recettes d’un club qui accueillit Ray Charles, Bob Dylan, Count Basie ou encore Ella Fitzgerald. Sarah s’en est allée douze ans plus tard, victime d’un cancer du poumon.
Quel meilleur souvenir que ce « direct » en club. On ne se lasse pas de ces 90 minutes de bonheur. Sérénité, facilité, grâce, humour, charme. Tout Sassy était ce soir-là au Rosy’s.
Jean-Louis Lemarchand

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