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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 20:43

Un portrait du jazzman Thelonious Monk

par le pianiste Laurent de Wilde

Sur ARTE dans Die Nacht/La Nuit

Mardi 26 octobre autour de minuit

 

Le pianiste de jazz français Laurent de Wilde aime et connaît bien la musique et la vie de l’un de ses maîtres : Thelonious Monk. Die Nacht / La Nuit s’est intéressé à la biographie qu’il lui a consacrée et propose un portrait croisé, où le biographe, à la lumière de celui qu’il évoque, dévoile sa propre personnalité.

 

Tout au long de l’émission, de Wilde lit des passages de sa biographie. Puis il se met au piano, et se livre à des démonstrations musicales qui nous éclairent sur la singularité et la modernité des compositions de Monk. Une leçon de musique exceptionnelle façonDie Nacht où se dessine petit à petit la figure du maître Thelonious tout autant que celle de Laurent de Wilde. Pour l’émission, Laurent de Wilde et Paul Ouazan ont décidé de s’enfermer dans un studio pendant une semaine, et de préparer ensemble ce double portrait musical. L’émission s’est d’ailleurs construite à l’image d’un morceau de Thelonious : improvisation, hasard, surprise, rencontre, et conjonction des univers artistiques…

 

DIE NACHT / LA NUIT

Monk par de Wilde, de Wilde par Monk

Une émission de Paul Ouazan

(2010, 52mn)

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 19:24

Act – 2010

IyerSolofront001.jpg 

En août 2009, lorsque j’ai interviewé Vijay Iyer pour les DNJ, je lui posais cette question : « Je crois savoir qu’après l’expérience du trio, vous allez effectuer quelques concerts en piano solo. C’est quelque chose de nouveau pour vous, pouvez-vous m’en dire un peu plus sur cette évolution dans votre carrière de pianiste et est-ce qu’il est possible qu’un disque entièrement en piano solo soit publié un jour prochain ? » et il me répondait : « Effectivement c’est un challenge pour moi de me lancer dans un répertoire pour piano acoustique solo. C’est important à ce stade de ma carrière de me lancer des défis et de continuer à évoluer. J’espère que je vais pouvoir exprimer et extérioriser plein de choses qui sont à l’intérieur de moi et pourquoi pas, si le pari est réussi, en faire un disque ! » (1). Neuf mois plus tard, à Belmont en Californie, Vijay Iyer enregistre dans les studios OTR ce premier album en piano solo et nous délivre une magnifique introspection musicale jouée avec une profonde expressivité. Il va au fil des plages rendre à la fois hommage à ses maîtres (Ellington, Monk, Steve Coleman) et continuer à approfondir sa propre musique à travers des compositions où il nous dévoile un monde intérieur foisonnant et complexe avec une grande sensibilité et un fort pouvoir émotionnel. L’admirable prise de son de Cookie Marenco est toujours au service de la musique, en prenant des options différentes suivant les titres et les climats suggérés, elle donne beaucoup d’ampleur au son du piano grâce à un système unique que Marenco a lui-même inventé intitulé e.s.e (extended sound environement). Une profondeur de son, qui additionné au jeu complexe, rythmique et harmonique de Vijay Iyer, amène  une dimension orchestrale fort intéressante à cet exercice pianistique solitaire. L’album démarre par « Human Nature » qui n’est pas seulement un hommage à Michael Jackson, mais aussi une référence à Miles Davis (qui avait repris ce thème en 1985 dans son album « You’re Under Arrest »). Vijay développe ici de très riches ornements harmoniques à partir de cette belle et simple mélodie. Pour sa relecture inspirée et profonde d’« Epistrophy » de Monk, la prise de son est plus feutrée et intérieure, les notes jouées, piquées et pointues, ne résonnent pas de la même façon et sont beaucoup moins réverbérées. Avec « Darn That Dream », on constate un jeu où l’économie de notes est au service d’un touché fin et sensible afin de rendre un bel hommage aux piano stride des années 1920-1930. La compréhension  de l’œuvre Ellingtonnienne est totalement assimilée et assumée d’un point de vue subjectif, que ce soit dans le son jungle admirablement bien restitué de « Black and Tan Fantasy » ou dans la vision sombre et lente de « Fleurettes Africaines » où la mélodie ne chante pas si facilement mais résonne en de lointains échos caverneux. La relecture de « Games » (que Steve Coleman avait composé pour le trio de Dave Holland en 1988) propose une complexité rythmique du jeu de piano complètement stupéfiante. Enfin Vijay Iyer reprend la très belle mélodie de « Desiring » qu’il avait écrit pour l’album « Blood Sutra » en 2003 et signe quatre nouvelles compositions pour cet opus solo dont on retiendra surtout le fantastique « Patterns », un morceau phare qui résume parfaitement bien le travail d’introspection inspiré, tendu et poignant, qu’il effectue sur ce magnifique album hautement recommandé.

 

Lionel Eskenazi

 

(1) On peut lire l’intégralité de cette interview sur le lien suivant : link

 

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 12:05

Enja 2010

Florian Weber (p), Jeff Denson (cb), Ziv Ravitz (dm)

minsarah.jpg  Nous nous étions déjà emballés en 2006 pour le précédent album de ce superbe power trio constitué sous l’égide du pianiste de Cologne, Florian Weber et de ses deux acolytes américains, Jeff Denson et Ziv Ravitz. Les trois s’etaient rencontrés au cours des études américaines du pianiste. Après 4 albums dont le premier remonte à 2001, même emballement pour ce trio dont on se dit qu’il pourrait bien succéder à Svensson tant ils savent manier, sur des motifs simples, un groove irrésistible. Entre école nordique du piano et tentation Meldhienne, Minsarah affirme désormais une réelle maturité. Une façon de jouer sans détour, d’affirmer ce qu’ils savent faire sans trop tourner autour du pot. A force de jouer ensemble depuis presque une décennie, ils se trouvent aujourd’hui les yeux fermés et atteignent à une homogénéité et un son de trio cohérent et diablement efficace.


A 33 ans Florian Weber s’impose désormais comme l’un des pianistes majeurs de la scène actuelle. Pas forcément le plus bluffant sur le plan technique. Pas le meilleur improviateur. Mais assurément doué d’un sens hamrmonique et rythmique qui lui permet de créer le motif, l’alibi, le cadre. Et ce n’est pas un hasard si Lee Konitz, lorsqu’il ne joue pas avec Dan Tepfer s’en est fait un accompagnateur privilégié signant même plusieurs albums avec le pianiste. Disciple de John Taylor qui ne tari pas d’éloges sur lui et de Paul Bley, Florian Weber a gardé d’eux cette façon de faire swinguer l’intervalle, de rebondir sur la rythmique comme en témoigne ce Alone Together, l’un des deux standards de l’album qui prend des allures d’exercice de style où l’art du swing se mêle insensiblement à celui de la fugue,  ne reniant jamais complètement sa propre culture classique ( Bach et Bartok en filigrane).

Droits dans leurs bottes et à l’aise dans leur format, le trio, où chacun compose seul ou à plusieurs mains l’essentiel du matériau est toujours cadré, toujours en place. L’écriture est belle et les arrangements laissent respirer la musique avec beaucoup d’élégance et de légèreté. Ça fonctionne bigrement avec autant de fluidité que de fraîcheur. La musique évolue, insensiblement, restant toujours en parfaite cohérence, et si les chiens ne sont jamais vraiment lâchés c’est surtout que le trio a le swing élégant et subtil. Et nous, on marche dans le coup de ce trio moderne .

Jean-Marc Gelin

 

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 21:36
bineau.gifWARED 

Edouard Bineau Wared Quartet

1 Cd Derry Dol / Soca Disc

Avril 2010

 

Conquis par des mélodies tendres et ardentes à l’image de « Wandering», des thèmes chantants que l’oreille s’approprie comme ce troublant, hypnotique « My unhappy friend » tricoté magistralement par le contrebassiste Gildas Boclé, nous nous sommes laissés charmer dès l’initial « Rootless ». C’est en effet la première impression qui l’emporte, à l’écoute du quartet du pianiste Edouard Bineau, Wared (anagramme d’ Edward). Non que ces titres soient faciles mais chaque ligne instrumentale est d’une parfaite lisibilité dans un style plus vif,  rock.

Le trio aguerri, depuis 2004, composé de Gildas Boclé et Arnaud Lechantre (on se souvient du joli titre et de la musique forte de L’obsessionniste, dédié au singulier Facteur Cheval) accueille en son sein un formidable partenaire qui renouvelle son énergie et change quelque peu la donne mélodique, le saxophoniste allemand Daniel Erdmann. Sur tous les fronts en ce moment, dans des formations très différentes, il joue avec une vigueur extrême et un appétit qui paraît insatiable.

C’est comme un récital du saxophoniste qui s’entend ici, de prime abord : Daniel Erdmann peut tout exprimer avec son saxophone, développer des volutes sinueuses, longues et gracieuses, et l’instant d’après, lâcher prise, sauvage et rauque, changer brutalement le tempo, redevenir sensuel sur le bien trouvé « Charmeur de pierre », se livrer à des improvisations courtes mais frémissantes, énervées dans « Un tabouret pour deux » avec Edouard Bineau ou délivrer un choc à trois sur« Un fauteuil pour trois »avec l’altiste Sébastien Texier, l’autre saxophoniste (guest sur 3 titres). 

Quant au pianiste, il dose parfaitement ses interventions égrenant de façon sensible notes perlées et cristallines, alternant douce violence et lyrisme discret. Formidablement attentif, il pose les bases du discours dans ce groupe à la paire rythmique forte (on retiendra le solo du contrebassiste sur «Wared »). Chacun se donne le temps de construire dans l’échange, le façonnage musical est accompli.

Au fil de ses compositions, Edouard Bineau force l’attention, ce qui est la marque des grands, comme dans son solo époustouflant et inattendu de « Big foot » ou le touchant « Maman Rose » . 

Pour cette formation terriblement cohérente et enthousiasmante sur scène, à n’en point douter, Edouard Bineau a en effet composé une succession de titres, aux climats changeants jusqu’au « Red blues » final, qui, s’il n’est pas vraiment incandescent, n’en est pas moins admirablement construit. Même la reprise de Brassens « Je me suis fait tout petit », assez surprenante dans ce répertoire, est détournée de belle façon, tout à fait assumée et …réussie.

Ce nouvel ensemble est une formation qui devrait s’imposer rapidement. Le disque est déjà un régal mais je conseillerai absolument d’aller voir ce quartet en live :alliant mélancolie douce, groove persistant, frémissement passionné, cette musique, à la couleur particulière de lune, touche immédiatement …l’âme.

 

Sophie Chambon

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 23:59

ECM 2010

Charles LLyod (ts, ss), Jason Moran (p), Reuben Rogers (cb),

 charles-llyod.jpg

C'est avec une certaine nostalgie que Charles Lloyd revient aux fondamentaux des  standards, dans une forme dépouillée et épurée à l'extrême. On l’avait laissé avec Zakir Hussain pour une longue parenthèse un peu world. Mais aujourd’hui, un peu à la manière de ce que faisaient récemment Charlie Haden et Keith Jarrett pour le même label (Jasmine -2009) le saxophoniste revient aux standards et aux ballades avec dans le cas précis de Charles LLoyd, une vraie nostalgie coltranienne qui ne l’a jamais réellement quitté.

Toujours dans l’émotion à fleur de peau, le saxophoniste a 72 ans ne cesse de nous toucher par son évidente fragilité. Certains s’étonneront de son manque de justesse, toujours à l’extrême limite. Et l’on peut aussi s’étonner que les studios d’ECM aient choisi de laisser intact cette fêlure. Et l’on imagine aussi qu’il ne s’agit pas d’un parti pris esthétique mais plutôt le choix de l’authenticité d’un moment d’émotion rare.

Mais surtout quel son ! Jamais le saxophoniste que l’on sait depuis toujours émule de Trane n'a paru s’approcher si près de ce son. Ce son d'une incroyable densité capable de renverser les montagnes dans des mélodies aussi souvent jouées que ces standards qu’il revisite cependant comme au premier jour. Qu'il joue ces standards ( I fall in love too easily) ou qu'il joue des negro-spirituals ( Un get down Moses bouleversant) ou des thèmes de Monk (Monk’s Mood, Ruby my dear) Charles Llyod tient ici une sorte d’album référence à la dimension de « Ballads » l'album éponyme de Coltrane. La même anche, le même phrasé, la même sinuosité du grave à l'aigu, la même intensité de la note. Saisissant mimétisme on l’a dit. Clin d’œil affectueux aussi comme dans ce The Water is Wide où LLyod fait une discrète citation de Bye Bye Blackbird. Jusqu’à clôturer l’album par un texte, Tagi lu par Charles LLyod. Mimétisme encore qui ne laisse d’évoquer le saxophoniste de Philadelphie et son poème dans A Love Suprême.

Comme a l’accoutumé, Charles Lloyd s’accompagne de ses fidèles camarades de jeu : Eric Harland et Reuben Rogers, contrebassiste immense dans cet album à l’image de cette intro de Water Is Wide où il trouve des accents à la Charlie Haden justement.

Dans ce Mirror, sans être tout à fait un testament, Charles LLyod livre un part précieuse de lui-même, le reflet d’une part de l’intime. On pourra peut-être reprocher à Manfreid Eicher d’avoir « sur-marketé » cet album. Mais l’on ne doute pas de la sincérité de Llyod qui, avec tendresse mais sans la moindre tristesse, parvient ici à transmettre comme rarement il l’a fait auparavant, une sérénité intérieure, dans l’art de l’épure et dans la plénitude du son. Un vrai album de paix.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 10:05

Paolo Parisi

Editions Sarbacane

125pages, 17,50 euros

coltranecouv-copie-1.jpg Paolo Parisi est un dessinateur italien amoureux de musique et de jazz en particulier. La lecture de l‘ouvrage de Lewis Porter, ouvrage de référence s’il en est, consacré à la vie et à l’œuvre de John Coltrane fut, selon ses propres notes de fin d’album, une révélation. Choc au point de vouloir l’exprimer comme il sait le faire, en BD.

125 pages qui retracent donc la vie du saxophoniste, 125 pages découpées en 4 chapitres dont les titres sont tirés de « A love Supreme » : part 1 Ackowledgement / part 2 Resolution / part 3 Pursuance / part 4 Psalm.

Très fidèle à la biographie de Porter, Paolo Parisi parvient avec candeur et parfois avec une réelle émotion à éviter toute lourdeur, à esquisser les grands traits de l’œuvre et de la vie du musicien, en restant au plus près d’une atmosphère qui respire la musique. Tout en gardant une trame chronologique, tout en respectant les dialogues et réflexions tirées fidèlement  du livre de Porter, le dessinateur italien parvient en quelques dessins à saisir l’essence du mythe Coltranien et reste au plus près de la musique qui exhale de chaque planche.

On n’évitera pas, bien sûr , quelques poncifs sur la mystique Coltranienne et quelques réflexions philosophico-musicales ( «  Au début était le son…. »).

coltraneimage2.jpg

Mais avec une certaine forme d’élégance, Paolo Parisi, visiblement lui-même très attaché à son sujet, transmet là son amour du saxophoniste et offre aux néophytes une première approche intéressante.

Seul regret : dans une approche didactique, cet album aurait tout aussi bien pu s’accompagner d’une sélection discographique. Reste au lecteur à agrémenter sa lecture d’une discographie qu’il se constituera finalement lui-même.

Jean-Marc Gelin

parisi-1.jpg

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 23:26

groupeoccidentale.jpgMaxiphone Collectif – Geste Distribution

 

 

 

Fred POUGET (cl,compositions), Gwen GOULENE (fl,acc, bombarde,compositions), Ronan LEGOURIEREC (sax baryton,bombarde,compositions), Maurice FARI (dr), Anthony MASSELIN (cornemuse, uillean pipes), Anne COLAS (piccolo, fl), Guillaume SCHMIDT (ss,as,ts), Fidel FOURNEYRON (tuba,tb), Claude BARRAULT (tp,bugle)

 

 

Pas moins de quatorze titre, composés majoritairement par Fred Pouget et Gwen Goulène, pour ce nouvel album de l’Occidentale de Fanfare qui relance la machine après trois ans d’absence. A l'origine, quinze musiciens œuvrait pour une musique alliant deux genres de musiques traditionnelles que sont le bagad breton et la ripataoulère gasconne. Aujourd'hui, cet orchestre s'est recentré autour de neuf musiciens avec un projet axé sur les danses. C'est la musique de la renaissance que nous propose L'Occidentale de Fanfare en Version Originale: enthousiasme, ferveur et énergie sont au rendez-vous. A la direction artistique, Fred Pougetdonne dans le côté ethnique à tout prix: musique celtique (folklores irlandais et bretons), marche militaire à l'écossaise, musette, sifflements boy scout. Donnez vous le temps d'imaginer le travail d'écriture que représente l'association des cornemuses et bombardes avec des saxophone baryton, trombone et batterie!

Globalement on distingue deux types de compositions. Le premier est basé sur des mélodies celtiques, jouées par les instrument du crû, sur une rythmique jazz funky et des rythmes binaires groovy. Le deuxième est consacré à des mélodies réussies qui prennent la forme de chansons – sans paroles – ou de valses (flute, clarinette, sax, accordéon) bien composées et qui fonctionnent très bien.

Il y a là un véritable talent d'écriture pour de méticuleuses mélodies (« One for Jules », « A la campagne »), une originalité dans les genres musicaux et des instrumentistes talentueux. Sans aucun doute... En revanche, la direction artistique nous fait tiquer. Un proverbe anglais dit: « A gentleman is a man who can play the bagpipe, but does not ». A l'instar de Rufus Harley, qui se définissait lui-même comme le Coltrane de la cornemuse (gasp!!), Fred Pouget a usé à outrance des bombardes et cornemuse engoncées dans un format jazz qui oblige les instrumentistes à la performance ... pour un résultat souvent crispant. Loin de tomber dans le grotesque2 - car ces musiciens ont du talent - il reste une écoute parfois difficile tant on appréhende le virage dangereux dans le déroulement des pièces celtiques à l'accent groovy et dense. Si, en revancje, les ballades se montrent poétiques, frémissantes d'émotion et pour le coup dansante (« Madame qui... »), Version Originale manque d'homogénéité. Visiblement, la recherche de l'originalité maximale se fait parfois au défaut de la musicalité... mais ce projet mérite l'écoute sans doute aucun.

 

Jérôme Gransac

 

Myspace du groupe

 

1« Un gentleman est quelqu'un qui sait jouer de la cornemuse, mais qui n'en joue pas »

2 pour l'exemple, on pense à nouveau à Rufus Harley qui jouait Love Supreme en s'essouflant totalement dans sa cornemuse.

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 20:37

 

benita-.jpg

Zig Zag Territoires/ Harmonia mundi

Collection Pure /Philippe Teissier Du Cros

2010

Michel BENITA,  Miyeko MIYAZAKI, Eivind AARSET, Matthieu MICHEl, Philippe GARCIA

 

Plus qu’à un folklore imaginaire, ce nouvel album du contrebassiste Michel BENITA nous invite à un voyage « alternatif », solidaire et responsable. Au regard des nationalités des membres de la formation, et de l’instrumentarium original, on pourrait penser à un « mesclun » de pop, folk, jazz et électro, pimenté du son inoubliable du koto. C’est beaucoup mieux que cela et on se trouve sous emprise, dans le flux continu de cette musique vite planante.

 

Avec cet ETHICS bien nommé, on change de climat, et il se dessine une autre géographie par la richesse de tons, la diversité des timbres et les couleurs qui se mêlent : le koto et la voix envoûtante de Mieko Miyazaki , la trompette lunaire de Matthieu Michel qui, avec son phrasé aéré, fait respirer la musique, la guitare fine de Eivind Aarset, la batterie intense et toujours attentive de Philippe Garcia, and last but not least la contrebasse charnelle de Michel Benita ! Ils ne sont que 5 et pourtant leur musique emplit l’espace intensément, d’un son très pur, spatial (on se croirait chez ECM ).

Fantômatique et inspirée, cette musique l’est bel et bien, et sous le calme apparent, brûle une intensité maîtrisée comme dans cet « Haïkool » étrangement étiré en son début, qui dégage ensuite de plus vives aspérités. On part en exploration aux accents extrême-orientaux de cette étonnante joueuse de Koto, déjà complice de Nguyên Lê dans le dernier album du guitariste. Sa voix troublante, trait d’union de cette musique altermondialiste, entraîne une tournerie grisante électronique et hypnotique. Le son de la trompette, écho étouffé se coulant dans les effets électroniques et les samples, distille une sensualité rare dans l’espace aménagé par le tapis des cordes.

La jouissance du son le dispute à la pertinence du propos, constituant une invitation au songe, à la liberté de jeu, d’écoute, des sens.

Cette ouverture aux mondes, cet esprit nomade qui se joue des frontières de styles et de pays sont remarquablement décrits dans les notes éclairantes de Stéphane Ollivier qui évoque « l’archipélisation » actuelle, chère à l’écrivain antillais Edouard Glissant.

Ethics nous transporte du Japon millénaire à la Scandinavie sauvage, de l’Orient mystérieux aux Highlands brumeux ( le traditionnel « Oran Nan Raiders ») et on se régale des accordailles de la Koto avec les décharges saturées ou au contraire les notes perlées de la guitare. La référence prégnante à George Harrisson (« Green Power » lui est dédié) n’est pas indifférente ( reprise de « Blue Jay Way »). La musique partagée par le quintet ne cesse de raconter et l’on suit la narration sur une lisière, là où les chemins serpentent, entre cultures et territoires.

Salutaire en ces temps troublés de repli frileux sur des valeurs individualistes et trop souvent communautaristes.

 

Sophie Chambon
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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 16:06

Plus Loin Music 2010

Rudresh Mahantappa (as), Ronan Guilfoye (cb, g), Chandler Sardjoe (dm)

msg1.jpg 

Cela fait déjà quelque temps que l’on vous parle dans ces colonnes du saxophoniste américano-indien, Rudresh Mahanthappa. Nous avions fait écho à l’album Kinshen paru en avril 2009 ( **** RUDRESH MAHANTHAPPA : « KINSHEN » ) et lors de l’interview qu’il nous avait accordé, le patron du label Plus Loin Music n’était pas peu fier de nous annoncer l’entrée de ce prodige du saxophone alto sur son label dont l’ambition est définitivement de bâtir des ponts entre la France du jazz et la cité de Big Apple.

C’est donc peu dire que nous étions curieux de retrouver le saxophoniste dans ce nouvel environnement. Et de toute évidence ce passage sur le label français s’est fait sans rupture, en parfaite continuité avec le travail que l’on connaissait de Rudresh Mahanthappa.

C’est donc un album très court (49mn) censé marquer le passage au label et poser les bases. On y retrouve, dans ce pianoless, les idiomes qui sont sa marque de fabrique marquée par le swing carnatique du saxophoniste indien. 6 titres assez époustouflants qui se déroulent tel un long serpent envoûtant, dans le flot irrépressible des sinuosités, des lacis et des lacets du filet du son de Rudresh Mahanthappa. Entre Raga et musique Carnatique ( n l’a dit), Rudresh Mahanthappa se montre exactement tel qu’on le connaît, jetant entre ses racines indiennes et ses racines venues du jazz New Yorkais des liens syncrétiques qui en font un musicien aussi rare et essentiel que Steve Coleman pu l’être avant lui. Inventeur en quelque sorte d’un langage. Pour ce faire, Rudresh Mahanthappa s’appuie sur une rythmique fort solide et surtout sur un contrebassiste éclatant avec tout le talent et la présence totalement assumée de l’irlandais Ronan Guilfoye qui alterne le jeu de guitare et de contrebasse avec la même énergie et la même passion de la walking basse mélodique et parvient à émerger réellement dans le jeu torrentiel de Rudresh Manhathappa.

Les thèmes s’enchaînent alors dans un courant continu. L’énergie ne faiblit jamais. Seule l’émotion peine juste à éclore de ce fleuve en mouvement. Cette force de la nature incarnée aussi majestueuses que magistrale.

Jean-Marc Gelin

 

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 16:28

Beuzer.jpgAutoproduction

Concert de sortie de disques au Sunset le 26 octobre prochain.

Laurian Daire – p, Fender Rhodes, Hammond ; Sandro Zerafa – g ; Oliver Degabriele – cb ; David Georgelet – dr ; Christophe Beuzer – as, ss, ts, Ruben - voc, Marion Linares – voc, Paul Bouclier – perc.

 

Site de Christophe Beuzer

 

Le saxophoniste Christophe Beuzer est assez méconnu dans le milieu jazz mais tient à se faire connaitre avec son premier cd 3/4/5. Il a réunit les valeurs montantes du jazz parisien pour jouer avec lui, sommes-nous tentés de dire. C'est en particulier le son de cet album, son esprit et sa fraicheur que l'on identifie aussi dans des groupes parisiens influencés par le jazz new-yorkais. Beuzer distille de manière organique des colorations orientales, latines et groovy tout le long de ce délicat album. 3/4/5 est aussi bien une référence au trio/quartet et quintet qu'aux métriques employées dans cet album. Et si Christophe Beuzer a tenu à les mettre en exergue, c'est avant tout pour signaler la diversité. Car 3/4/5 est la musique d'un musicien équilibré et cultivé, qui a pris plaisir à enregistrer sa musique, avec simplicité. L'auditeur le sent et Beuzer touche sensiblement. Premier prix de composition au Concours de la Défense 2007 avec son tentet, Beuzer semble avoir une facilité à l'écriture qui permet une belle aisance dans la jouerie du groupe. Preuve de la bonne qualité des dix compositions originales.

Beuzer est une vraie éponge: il a parfaitement digéré de nombreuses influences saxophonistiques. Voyez plutôt! Le son de Beuzer à l'alto est marqué par celui de Kenny Garrett; au ténor par Joshua Redman et Chris Potter - on entend même des plans empruntés à ces musiciens. Sur « Pop Bop », on découvre chez le jeune saxophoniste une facette Parker tout à fait croustillante. « Le Côté obscur » nous rappelle l'album Gratitude de Potter. « La parenthèse enchantée » est une ballade agréablement surannée où Laurian Daire, qui a la part belle sur plus d'un titre, nous émeut par un jeu souple et sensible (on a envie de faire le rapprochement avec Pieranunzi). « Chez Pape Diallo » est un morceau « afro-brésilien » à la mode new-yorkaise où les vocalises de Marion Linares et Ruben nous rappellent celles de Luciana de Souza avec Donny McCaslin. Enfin, « La fabuleuse histoire de Mister Swann » avec Daire à l'orgue Hammond rappellent le groove de Larry Young.

Cette ouverture aux atmosphères variées se passe idéalement; on entend par là que la musique est tout à fait homogène, grâce à de belles compositions, l'état d'esprit cohésif et imaginatif, de l'espace dans la jouerie, de la place pour les musiciens et une bonne entente musicale dans le groupe.

Christophe Beuzer est une belle surprise pour les oreilles: il adopte un jeu mélodieux et délicat  et affiche une étonnante maturité pour un premier album; on sent que le compositeur-arrangeur a su prendre de la hauteur en plaçant face à face ses envies et sa musique. Facile au son, ce saxophoniste est en dehors de toute esbroufe et groove en permanence, de manière subtile. A l'instar d'autres musiciens qu'on entend peu, comme Fabian Daurat et Sébastien Lovato, le discret Christophe Beuzer nous montre qu'il a bien du talent!

 

Jérôme Gransac

 

 Site de Christophe Beuzer

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