Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 23:39

JJJ FRANCK CARLBERG: « The State of the Union  »

 

 

 

Fresh Sound New talent 2007-02-05

 

 

 

Frank Carlberg (p), Chris Cheek (ts), Christine Correa (vc), John Hebert (cb), Michael Sarin (dm), gests : Andrew Rathburn (as), George Garzone et Paul Lichter (spoken word)

 

 

 

 la musique du pianiste Frank Carlberg est irrésistiblement ancrée dans la littérature. Voici plusieurs années en effet que ce pianiste finlandais fait les beaux jours de la scène New Yorkaise et  travaille avec sa femme et chanteuse Christine Correa autour des grands textes de la poésie sur une musique au format assez original. Sorte de jazz and poetry. Leurs sources d’inspiration sont multiples. Dans cet album par exemple une partie de son travail (The Presidential suite) prend pour base le texte des déclarations de Bill Clinton lors de l’instruction de l’affaire Monica Lewinsky. Le propos politique y est alors repris de façon ironique et l’on suit avec amusement les deux sax dialoguer comme s’il s’agissait finalement de quelque chose de pas très sérieux .

Dans un autre moment des extraits du « Bill of right » lus par un acteur sont mélangés avec des bribes de textes de Allan Ginsberg et sonnent comme une sarcastique dénonciation de la guerre. Plus loin le propos politique s’éloigne (s’éloigne t-il ?) pour aborder les rivages d’une poésie pleine de sous entendus. Ginsberg  est, avec d’autres écrivains de la beat generation (Kerouac) une source d’inspiration constante qui revient souvent dans un esprit flirtant moins avec le psychédélisme qu’avec un sens du surréalisme Lewis carrollien que l’on pense retrouver dans la déstructuration des morceaux et dans l’atonalité de la forme. Avec Frank Carlberg c’est un peu comme si on poussait les portes d’un café littéraire de San Francisco dans les années 70. D’où une théâtralité dans cette musique jamais improvisée mais ressentie parfois comme une sorte de happening. Un propos dans lequel on verrait le prolongement d’un travail engagé comme on pu le développer en leur temps Max Roach et Abbey Lincoln. Un travail post monkien  (Red piano) dans lequel l’ironie n’est jamais très loin. Avec Carlberg, les textes prennent une autre dimension, une sorte de relief où le surréalisme se confond dans une musique très écrite, jamais improvisée mais toujours très libre finalement. Ce qui exige de la part de ses camarades musiciens et chanteurs une très grande musicalité pour s’adapter à l’ensemble de contraintes fixées par Carlberg. La manière avec laquelle Chris Cheek  se coule dans ce jeu expressionniste est étonnant ( Disembloweled babies ou State of Union ou encore Sight is Just dust). A ses côtés le batteur Michael Sarin soutient et souligne toujours le propos. Christine Correa est quand à elle de ces chanteuses dans la ligné des Abbey Lincoln ou des Jeanne Lee. Son exercice quasi hypnotique de répétition des thèmes dans sa forme presque théâtrale invite à une toujours à une seconde lecture (écouter A very valentine plus poignant qu’il n’y paraît de prime abord)

 Si toutes le compositions n’emportent pas la même adhésion, il n’en reste pas moins que dans le paysage du jazz actuel qui souffre d’un formatage aseptisé, ce travail est d’une très grande originalité. Il invite à l’intelligence de l’auditeur. Ce qui en soit est absolument remarquable.

 

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

 

Repost 0
Published by Jean marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 23:36

JJJ RABIH ABOU-KHALIL: “Songs for sad women”

 

 

"Songs for sad Women" est le fruit de la précieuse rencontre entre Rabih Abou-Khalil, le virtuose libanais du oud (luth arabe) et le musicien arménien Gevorg Dabagian, maître du duduk en son pays. Les sonorités de ce hautbois fait de bois d’abricotier associées au oud, au serpent (un cor ancien) et à la batterie, nous envoûtent et nous plongent dans une douce rêverie. Toutes les compositions sont de Rabih Abou-Khalil et s’entendent comme une longue mélopée entêtante et méditative d’une extrême modernité aux confins de l’Orient et de l’Occident, du jazz et de la tradition musicale arabe, du présent et du passé. La recherche d’un dire universel. C’est bien de cela dont il s’agit dans cet album comme dans les précédents albums d’Abou-Khalil, qui s’appuie ici sur la recherche rythmique et sur l’exploration des sonorités modales, par delà les cultures et les traditions, par delà les conflits. Car cet album se veut aussi message de paix et hommage à la terre natale en guerre. Rabih Abou-Khalil a grandi dans le Beyrouth cosmopolite des années soixante et soixante-dix où il a appris le oud auprès de Georges Farah. En 1978, année de la guerre civile, il quitte le Liban pour Munich, où il étudiera la flûte à l’Académie de musique de la ville. Il a multiplié depuis les rencontres et les échanges avec des musiciens de tous horizons. Son « Voyage au centre d’un œuf » en compagnie du pianiste de jazz Joachim Kuhn était fascinante. Rabih Abou-Khalil est un passeur diront certains, il est avant tout un poète humaniste

 

 

Régine Coqueran

 

 

Repost 0
Published by Regine coqueran - dans Chroniques CD
commenter cet article
5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 06:58

JJ ALAIN GERBER : « Paul Desmond ou le côté féminin du monde »

 Fayard 2007

 

 

 Avec Alain Gerber cela revient régulièrement. L’animateur de l’émission « Le jazz est un roman » revient avec un nouveau livre de fausse autobiographie romancée. Après Chet (Baker), après Louie (Arsmtrong) et après Billie (Holiday), Alain Gerber nous propose le même exercice sur Paul Desmond avec ce titre magnifique : «  Paul Desmond ou le côté féminin du monde ».

 Rendre hommage à celui qui fut certainement l’un des plus grands saxophonistes alto de tous les temps, au plus gracieux (gracile) de tous est en soi une  magnifique idée. Mais Dieu que c’est long ! Même si une fois n’est pas coutume Alain Gerber réduit son format et passe sous le seuil des 400 pages sa narration n’en finit pas de digresser autour des mêmes idées. Alternant les chapitres où Alain Gerber parle de Desmond et ceux où il fait parler Desmond lui même, il s’allonge toujours sur le divan de l’analyste. Insatiable mangeur et dévoreur de mots Alain Gerber écrit bien et même magnifiquement bien mais tourne trop en rond autour de son sujet.  Les rapports entre Desmond et Brubeck ( logique), ceux entre le saxophoniste et Joe Morello ou avec Chet Baker donnent lieu à des pages superbes mais trop digressives.

Soit on prend cet ouvrage pour un roman mais alors il lui manque une véritable construction romanesque. Soit on le prend comme un ouvrage sur le saxophoniste mais alors on lui préfèrera largement la belle somme qui lui a été consacrée par le journaliste Doug Ramsey auteur d’un ouvrage remarquable sur Paul Desmond (Take five, the public and private lives of Paul Desmond – Ed° Parkside Seattle).

On le lira en tous cas en écoutant en même temps la belle réédition de sessions Victor (1961-1965) récemment publiée.

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

Repost 0
Published by Jean marc Gelin - dans Livres - BD
commenter cet article
5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 06:54

JJJ  ZEPHYR QUARTET + 3 - "Au gré du Vent"

 

 

Poésie subversive aux odeurs bretonnes, ce conte musical appelé à juste titre « Au gré du vent » est le fruit d´un énorme travail du Zéphyr quartet. Sur ce disque sont présents 3 solistes aux énormes coeurs, capable de joutes magistrales. La beauté des arrangements séduit dès les premières secondes, malgré un accordage imparfait des instruments. S´enchaîne sur ce disque les visites de plusieurs atmosphères différentes, par delà les montagnes et les ruisseaux. La guitare Jean-Pierre Le Guen est quasi-omniprésente, passant du coté électrique au coté acoustique en gardant parfois un effet de reverb trop affirmé. La danse se met quand même en place par le groove des rythmiciens du Zéphyr, Yoram Rosilio et Jean-Luc Carminati. On y trouve un d´ailleurs le coté électrique de Miles. Les choix d´accompagnements du guitariste sont parfois étonnants de fébrilité. Il y a là une trop grosse place au hasard, la dramaturgie du contexte ne mérites pas tant d´à peu près. Il aurait peut être fallu un équilibre entre les rôles. Le silence est parfois plus difficile à réaliser que la Musique. Il est  impossible de passer inaperçu à coté du discours haut en couleurs du trompettiste Olivier Laisney, un musicien de grande valeur. Sans pour autant négliger la « cool-issante » attitude d´un trombone aussi gai qu´agile. Le reste demeure grossièrement des esquisses instantanées d´idées parfois confuses. Nous sommes manifestement confronté à un disque de compositions, arrangés de façon concrète et innovatrice, malgré un mauvais équilibre sonore. L´apparition de la guitare acoustique, en introduction de plusieurs titres, accentue la valeur du projet, par la profondeur et la majesté de son timbre. Certaines couleurs, manifestement africaines, sont assez souvent organisées de façon alternative, entre joies et interrogations. Ce jeu modal nous transporte par effets de glissements entre plusieurs thèmes du même morceau. Il y a manifestement un esprit de suite à plusieurs chapitres, comme si le voyage était jonché d´étapes. A noter aussi l´apparition de deux
solistes intéressants, Stéphane Thomas et John Knight, respectivement flûtiste et tromboniste. Leur assortiment est dû à une attention toute particulière aux combinaisons d´instruments, chaque fois différente
suivant les mélodies ou les improvisations collectives. Hélas, il manque peut être une certaine lucidité du coté de l´accompagnement harmonique des solistes. La Nature à parfois des caprices incompris, que la Musique
retranscris de façon aléatoire. Et si nous maîtrisions tout ?

 

 

Tristan Loriaut

 

 

Repost 0
Published by Tristan Loriaut - dans Chroniques CD
commenter cet article
4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 21:19

Notre coup de coeur ce mois-ci ne nous est pas venu d’un Cd qui aurait fait l’actualité. Il y aurait pourtant matière à se réjouir tant les livraisons reçues sont abondantes et pourraient témoigner d’une incroyable vigueur de l’industrie phonographique si l’on avait en tête les chiffres alarmants venus du Midem. Curieux paradoxe tout de même : alors que la vente de disque connaît une crise sans précédent on a jamais eu autant de production de nouveaux albums. Forcément quelque part quelque chose doit coincer. Sans compter certains gourous sortis de nulle part et qui nous promettent que dans un futur proche la musique sera carrément gratuite. Faut voir.

 

Non, notre coup de cœur ce mois-ci est venu d’ailleurs. Il nous est venu de la photographie avec cette sublime réedition chez l’éditeur d’art Taschen de ce formidable travail réalisé par William Claxton et Joachim E. Berendt sur la Nouvelle-Orléans dans l’amérique des années 60. Intelligent travail de réédition qui un an après l’Ouragan Katrina restitue ce territoire dans son époque mais aussi dans la permanence de ses douleurs. Mais surtout elle aboutit à la prise de conscience du travail de ce photographe légendaire qui pense ses photos au-delà de la simple recherche d’une esthétique (souvent figée dans le jazz) pour aboutir à une vraie contextualisation sociale.

 

Le photographe comme témoin d’un phénomène social plus que comme portraitiste. D’où la prise de conscience du caractère essentiel de ce travail dans notre univers du jazz, témoin non seulement d’un événement donné (un concert, un festival) mais aussi du moment de son occurrence. Au-delà de la photo de jazz, le témoignage de ce que cette musique porte en elle.

 

Ce travail est aujourd’hui indispensable et reste en grande partie à faire si l’on veut décristalliser la musique que nous aimons et lui rendre sa force sociale au delà de son seul impact culturel. C’est ce qu’on su faire les acteurs de la musique hip hop. A force non seulement de musique mais aussi de témoignages culturels et presque ethnographiques, de reportages télé et d’images qui allaient chercher au delà des simples salles concert ( au risque d’ailleurs de tomber dans d’autres caricatures), cette existence aboutit aujourd’hui à la création d’une maison du Hip Hop à Paris quand la maison du jazz est elle contrainte de fermer ses portes.

 

Dans la musique que nous aimons il y a autre chose que des simples clichés ( au double sens du terme) couchés noir et blanc dans les volutes des fumées. Certains ont su voir cela  comme Claxton ou comme le Querrec. Mais on n’en mesure pas moins tout le chemin qui reste à parcourir. Inventer un autre regard. Formidable défi pour cette profession.

 

Si seulement un grand lieu d’exposition ouvrait ses portes à une retrospective de l’œuvre de William Claxton, la profession dans son ensemble y trouverait là le signe d’un formidable encouragement. Qu’il nous soit permis d’y rêver un peu.

 

Repost 0
Published by Jean marc Gelin - dans Editorial
commenter cet article
4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 10:58

Repost 0
Published by Anne Marie Petit - dans les dessins d'Anne Marie
commenter cet article
4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 10:57
Repost 0
Published by Anne Marie Petit - dans les dessins d'Anne Marie
commenter cet article
4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 07:47

JJJJJ   WILLIAM CLAXTON – JOACHIM E. BERENDT

 

NEW ORLEANS 1960

 

Editions Taschen

 

  

En 1960, le musicologue allemand,  Joachim E. Berendt proposa au photographe William Claxton de voyager avec lui à bord de sa Chevrolet Impala, à la rencontre du  jazz des États-unis. Claxton était jeune alors et n’avait encore acquis sa notoriété de photographe de jazz. Au cours de ce long périple l’une des étapes les emmena naturellement à la Nouvelle Orléans. Là dans ce travail qui s’apparente plus une véritable recherche ethnomusicologique, c’est un véritable choc pour le photographe alors que Berendt y voit autant de sujet de fascination qu’un formidable matériau pour le chercheur qu’il est. Car en pénétrant en Nouvelle Orléans, les deux hommes pénètrent au cœur d’un territoire à part entière dont les codes, le mode de fonctionnement et les mœurs ont tout pour stimuler l’intelligence et exciter le regard. Ils entrent dans ce territoire comme on entre dans un pays inconnu, en l’occurrence celui du Bayou. Et c’est alors l’occasion pour le photographe de saisir en pleine ère Kennedy et sur le vif ces clichés sublimes.

Territoire spécifique, autonome dans ses codes sociaux, ancré à la fois dans sa créolité que dans les réalités de l’Amérique raciste, ce pays presque autonome dans ses us et coutumes a pour lien social  la musique. Le jazz et le blues. Pays pauvre et misérable où la peine des jours rudes est transcendée dans de grands éclats de rires et de danse, magnifiée dans sa créolité joyeuse. C’est la Nouvelle Orléans des enfants traînant dans les rues une guitare ou un harmonica à la main, dansants pour d’invisibles badauds, pour le bonheur aussi gratuit que l’air que l’on respire, pour la frénésie du jeu libérateur du fardeau. Plus que nulle part ailleurs on y voit la musique alors exalter cette force de vie. Libérer l’homme. Dans cette Amérique créole de vieilles mamas habillées comme au sortir de la messe poussent encore le blues dans de vieux rades et jouent du piano bastringue le sac à main posé sur les genoux. Lien social invisible qui rapproche. Des enfants jouent de la trompette devant la maison de Louis Armstrong. Des figures légendaires, encore en vie lorsque les deux auteurs ont réalisé ce livre, hantent encore les rues de la Nouvelle Orléans. On y croise le vieux George Lewis, on y croise Kid Thomas, on y croise la chanteuse Lizzie Miles qui pose dans son salon, Jim Robinson et Slow Drag Pavageau errent encore dans les rues de Dumaine Street et l’on y croise aussi tout ceux qui n’ont pas de nom mais qui écoutent avec des flammes aux fond des yeux. Et puis bien sûr les fanfares et les enterrements auxquels la foule se mêle indistinctement puisque tous savent bien qu’une fois le mort mis en terre, cette fanfare déchaînera la liesse dans toutes les rues du quartier, que les gens descendront, qu’ils se mêleront les uns aux autres et qu’ils danseront derrière ces fanfares mythiques comme le George Williams Brass band, le Tuxedo ou le Eureka Brass band.

Pour un peu on regarderait ces images avec nos oreilles. Pour un peu on serait dans la peau du jeune Louis sur le perron de sa maison et l’on entendrait presque Buddy Bolden passer au loin avec son cornet.

Mais les auteurs, dans leur travail de recherche savent que cette Nouvelle Orléans est aussi le produit étonnant de sa créolité et d’un environnement profondément marqué par la ségrégation. Cette Nouvelle Orléans où quelques clubs de strip tease ont remplacé les clubs de jazz dans les rues du Vieux Carré reste profondément marquée par la violence raciste. L’auteur remarque avec le candide du chercheur cette fontaine d’eau où il y a deux robinets et sur le mur écrit à la main «  For White only / Coloured » et de s’étonner qu’il s’agisse pourtant de la même eau qui coule. Les deux reporteurs- chercheurs trouvent encore quelques illuminés comme le trompettiste blanc Nick La Rocca qui, quand il pose pour le photographe trouve encore le moyen d’affirmer que le jazz est une affaire de blanc « qu’il a crée avec l’Original Dixieland jazz Band » (NDR : premier groupe de jazz à avoir enregistré un disque). Peu importe puisque l’on voit bien en regardant ces clichés sublimes que le jazz est inventé tous les jours dans ces rues, qu’il est affaire collective et que de sombres imbéciles ne peuvent pas se l’approprier.

L’ouvrage se conclut sur la rencontre de nos deux auteurs avec un célèbre jouer de blues enfermé à la prison d’Angola. Rencontre poignante. Saisissante. Textes magnifiques qui disent la détresse. Photos incroyables de ces hommes qui chantent ou écoutent comme pour trouver refuge. Là encore on est au bord d’une émotion saisissante.

Les photos de Claxton sont prises en noir et blanc ou en couleur, comme pour montrer l’ancrage profond de la Nouvelle Orléans dans cette tradition que la modernité bouscule. Elles montrent des visages ou des foules. Ces photos sont belles car elles ne trichent jamais.

A l’appui de ces clichés, les éditions Taschen ont eues la lumineuse idée de joindre les textes de Berendt particulièrement éclairants dans leur dimension ethnomusicologique.

Un an après l’ouragan Katrina la publication de ce livre magnifique est salutaire. Cette (re)découverte de la Nouvelle Orléans nous bouleverse. Car nous savons aussi que la dimension sociale de cet ouvrage nous projette moins dans le passé que dans cette cruelle actualité. Celle que les caméras cette fois nous ont transmises. Celle qui montre que lorsque tout change, rien finalement au fond  ne change vraiment.

Jean-Marc Gelin

 

Repost 0
Published by Jean marc Gelin - dans Livres - BD
commenter cet article
3 février 2007 6 03 /02 /février /2007 21:31

  Cela fait déjà quelques années que ce jeune guitariste ne cesse de nous surprendre. Qu’il navigue entre le rock furieux à la Sonic Youth ou les évanescences  d’un Ry Cooder, on commence à reconnaître sa griffe. Maxime Delpierre est un des artistes majeurs du label Chief Inspector que l’on peut entendre avec Collectif Slang ou encore avec l’album Limousine qui aura surpris beaucoup de monde l’an dernier. Insaisissable ce garçon ne pouvait que se trouver des affinités avec Louis Sclavis aux côtés de qui il joue dans l’album du clarinettiste qui vient de paraître chez ECM ( L’imparfait des Langues). A venir un prochain album qui sortira en avril avec Jim Black.       Rencontre avec ce guitariste qui  à 31 ans affiche et revendique son air d’éternel ado.

  

DNJ : Comment a été accueillie la sortie du nouvel album de Collectif Slang

 MD : Bien mais sans plus. En fait plusieurs choses sont venues se télescoper. D’abord la sortie du très médiatisé Jus de Bosce de Méderic Collignon et celle du quartet de Vincent Courtois.  Mais on a eu un bon écho de Thierry Lepin dans Jazzman et de Frederic Goaty dans Jazzmag. Et puis c’est vrai que dans le monde du jazz on a du mal à affirmer notre identité. Si tu rajoutes à cela le fait qu’il n’y a plus Méderic dans le groupe et que la sortie de l’album s’est faite sans lui, tout ceci explique peut être qu’il y ait eu peu de retentissement.

 

 

 DNJ : Le départ de Collignon, c’est la fin d’une histoire ?

 MD : Non certainement pas. Mais tu sais Collectif Slang existe depuis 8 ans. Méderic avait envie de faire autre chose, de se consacrer notamment au projet qui lui tient à cœur. C’est vrai que nous faisons tous partie de groupes très collectifs où chacun apporte son truc et je crois que Médo a envie à ce stade de sa carrière de se concentrer un peu plus sur ses propres projets musicaux. Mais je te rassure il y avait une vie avant et il y aura une vie après Méderic. Même sil ne s’agit pas de remplacer Méderic mais juste de faire autre chose. Du coup lorsque l’on joue, on joue à 4 et on invite Mike Ladd ou Bruce Sherfields à se joindre à nous quand ils sont disponibles.

 

 

 

DNJ : Quelles sont vos influences dans le Collectif ?

 MD : Par définition dans un collectif, nos influences sont assez différentes mais on se retrouve sur pas mal de points communs. Mike Patton et John Zorn sont des sources qui nous réunissent. Mais on va chercher aussi toutes les influences de rock un peu méchant du genre Sonic Youth par exemple.

 

DNJ : Il y a un titre qui s’appelle «  le kid de Minneapolis », c’est un clin d’œil  à Prince ?

 MD : Ce n’est pas un morceau de lui mais oui c’est clairement un truc qui s’en inspire. En fait Médo et David Aknin sont de vrais fans de Prince.

 

 

 DNJ : Zorn c’est votre lien avec le jazz

 MD : En fait c’est moins Zorn que tout ce que Zorn met dans sa musique. L’idée de parvenir  à intégrer toutes les références et toutes les expérimentations musicales. Mais dans notre album  on est parti de ce que l’on savait jouer sans se lancer dans des défis insensés. En essayant de faire tourner des idées. Qu’est ce qu’on peut faire de Sonic, de Prince, de Mike Patton….

 

 

 DNJ : Tu donnes l’impression d’exprimer clairement ton côté Dr Jeckyll et Mr Hyde. On t’entend manier la guitare furieuse avec Slang et en même temps être d’une extrême douceur avec Limousine ave des couleurs très empruntées à Ry Cooder.

 MD : Le côté Ry Cooder vient du fait que j’adore les musiques méditatives. Et il y a un peu de cela chez Cooder. Mais j’adore par ailleurs les musiques indiennes ou les musiques de Sakuhachi (NDR : la flûte japonaise). Par rapport à Ry Cooder en fait c’est dans notre album de Limousine que l’on retrouve l’influence et ce qui nous a inspiré c’est très clairement Paris-Texas de Wim Wenders. Mais quand on a fabriqué Limousine au départ ce n’était pas du Ry Cooder que l’on voulait mais plutôt du Neil Young.

 

 

 DNJ : Justement, comment est né Limousine

 MD : C’est clairement venu, paradoxalement d’un problème de volume sonore. L’univers dans lequel moi et mes copains musiciens nous exprimions était un univers de violence musicale. Avec Mathieu Jérôme et Philippe Glaize, ce que l’on fait c’est de la violence pure. On est dans une approche presque animale. Avant que Chief Inspector ne prenne Collectif Slang sous son aile on a eu la vie dure. On n’était pas des gars du conservatoire. Plutôt des musiciens de cave qui avaient pas mal de difficulté à se faire entendre. C’est vrai que notre musique donne carrément dans le free rock. Mais on avait toujours l’impression qu’on ne nous laissait pas faire ce que nous voulions. Il y avait toujours un  patron de club pour nous dire : « eh les gars jouez comme vous voulez mais juste pas trop fort ». Du coup on avait les retombées plutôt bonnes de ce que l’on faisait en festival mais pas vraiment de lieux ailleurs pour nous exprimer. C’était toujours très difficile d’arriver comme ça dans des programmations et d’envoyer le boulet ! Du coup Limousine est venu par réaction à ça. Au fait par exemple de ne pas pouvoir jouer fort. Limousine a été un super contrepoint à cette idée de puissance dans la musique. A un moment où l’on commençait à être reconnus par rapport à cette puissance, et qu’en même temps on avait beaucoup de problème pour trouver des lieux. Du coup on s’est dit, voilà un format où l’on va pouvoir jouer partout, où personne ne pourra l’ouvrir pendant le concert, où on entendra pas un seul tintement de verre. Impossible de se lever pour aller pisser pendant un concert de Limousine sinon tout le monde va le capter !

 

 

 DNJ : Du coup c’est une musique contre nature pour vous ?

 MD : Il a juste fallu que l’on se fixe un certain nombre de contraintes. On s’est imposé de jouer assis (c’est une contrainte énorme pour nous t’imagines pas !). On s’est aussi imposé un look, une façon de s’habiller, de travailler notre image.

 

 

 DNJ : Le problème que tu évoques avec Collectif ne vient il pas de l’ambiguïté du public auquel vous vous adressez. Tu ne peux pas me faire croire que vous ne pouvez pas jouer sur des scènes de rock, même avec votre puissance sonore.

 MD : Notre public n’est pas forcément un public rock. En fait l’accueil le plus ouvert que l’on a jusqu’à présent vient du jazz. Le rock c’est souvent un marché, des riffs de guitare et des pieds de grosse caisse à longueur de journée. Moi j’adore personnellement ce côté garage. Mais voilà, dans Collectif il y a une vraie dimension de recherche musicale qui ne s’inscrit pas dans ce que l’on demande aux musiciens de rock.

 Avec Limousine c’est très drôle car notre public est hyper diversifié. C’est bizarre de voir que cela peut toucher des gens qui viennent de cultures si différentes. Limousine est un groupe qui ne suppose pas de prise de tête. Du coup à la fin des concerts on voit des gens qui nous achètent des disques, qui nous demandent des autographes. Des trucs que l’on ne verrait pas dans un club de jazz. Et pourtant ce n’est pas vrai que l’écriture est plus simple. Avec Limousine on voit vite qu’un morceau ne pourra pas marcher alors qu’avec Slang il y a plein de micros idées qui peuvent fonctionner.

 

DNJ : Dans Slang pourtant derrière le chaos, votre musique semble au contraire très écrite et surtout très exigeante quand à sa cohérence et sa sonorité.

 MD : La sonorité est clairement un parti prit. Le jeu guitare/basse/ batterie est à la base très dense. Ensuite pour ce qui est de la place des solistes (trompette ou sax) nous avons clairement voulu repositionner les rôles voire les inverser. Mingus concevait les choses comme ça. Quand on écoute un disque de Coltrane on se prend bien sûr un solo de sax fabuleux avec la rythmique qui tourne derrière mais quand on voit une vidéo du quartet de Coltrane, curieusement on entend surtout un quartet qui joue ensemble. Le solo est un son de groupe. Le seul qui se positionne comme ça, comme leader chanteur c’est Zorn à mon avis. Il se positionne en leader tout en libérant les espaces et en organisant le son à partir de lui. Les saxophonistes avec qui je travaille comme Laurent Bardaine ou Laurent Geniez se prennent la tête depuis des années pour savoir comment exister sans prendre des solos de trois plombes. Notre façon de travailler est une partie de la réponse. Elle leur redonne une place essentielle qui n’est pas limitée au fait de prendre des chorus en solo.

 

 

 DNJ : Avez vous le sentiment de faire bouger les choses dans cette musique

 MD : Je crois surtout que nous avons eu la chance de rencontrer sur notre chemin quelqu’un qui est véritablement animé d’une vision sur l’évolution du jazz. C’est franchement grâce à Nicolas Netter et à son label « Chief Inspector » que beaucoup de choses ont été possibles. Je me demande parfois ce qui se passerait dans cette musique, dans notre propre musique et où nous en serions s’il n’avait pas fait ce label.

  

DNJ : Y a t-il des connections fortes entre les différents artistes du label ?

 MD : Le label est un peu moins collectif aujourd’hui. Au début il ( NDR : Nicolas Netter) a récupéré une somme de disques destinés à aller nulle part de mecs qu’il connaissait vraiment bien . Depuis il a fait son chemin en tant que jeune producteur et il signe des trucs en fonction de ce qui l’intéresse. Le label s’enrichit incroyablement aujourd’hui de personnalités et de générations assez différentes. Tu y trouves Yves Robert (avec le projet  « l’Argent »), il va y avoir D’Kabbal qui va faire un album avec Marc Ducret. En septembre on a enregistré un album avec Jim Black avec Collignon, Roulin et moi. Ça va sortir en avril. Un jour cela ne m’étonnerait pas que l’on voit Sclavis sortir sur le label (Je viens de participer à son dernier album L’imparfait des langues qui vient de sortir chez ECM). Donc tu vois non seulement les connections existent mais en plus elles s’élargissent.

 

 

 DNJ : Quel est ton parcours ?

 MD : Clairement moi je viens du rock au départ. Tendance ado, guitare héro. Quand j’ai voulu commencer à prendre de vrais cours je me suis adressé à un guitariste de jazz, Philippe Eveno. Mais sinon je suis plutôt autodidacte. Je suis juste passé par l’école ARPEJ. Le jazz au départ c’était plutôt pour moi le moyen d’accéder à des formes un  peu plus compliquées. J’écoutais Pat Metheny et je trouvais ça génial alors forcément je voulais faire pareil. Donc pendant des années j’ai essayé. Et puis je crois que lorsque j’ai commencé la guitare c’était un instrument qui devenait un peu « has been ». Le chorus que personne n’écoutait. La question du son est un peu venue de cela pour moi : comment me faire entendre après trois chorus de sax dans un jam d’un demi heure.  Ensuite ce qui s’est passé dans le jazz à partir des années 90 a commencé a nettement moins m’intéresser. Il ne se passait plus rien dans le jazz. Et j’ai donc commencé à aller chercher. En allant voir vers les musiques improvisées j’ai pu rencontrer des gens qui venaient de plein d’univers différents. Avec Slang c’est un groupe où on a fait que de l’improvisation pendant 7 ans (avant que nous ne commencions à entrer en studio). Et là on a pu expérimenter plein de choses à partir de l’improvisation. Les fans de slang doivent avoir quelques enregistrements pris au MD ou à la sortie de table du Batofar, de la Malterie ou aux Falaises de concerts comme ça, entièrement improvisés. J’ai perdu ces enregistrements et je lance donc officiellement un appel  tous ceux qui ont ces bandes des Falaises ou de la Malterie  : je suis demandeur !

  

DNJ : près ces dernières années au service du Collectif, tu as la tentation de l’enregistrement d’un projet sous ton nom ?

 MD : C’est clair même si je sais déjà que cela ne portera pas mon nom. En tous cas ce sera mon projet. J’y pense depuis pas mal de temp. L’Atelier du Plateau m’a laissé une carte blanche depuis près de deux ans et c’est l’occasion pour moi d’y faire des rencontres et de nourrir mes propres réflexions sur ce que je pourrai faire et avec qui. Je me remets aussi à écrire de la musique. J’ai ressorti des trucs que j’avais écris il y a longtemps et donc je commence à avoir un peu de matière. Je crois que je n’ai plus envie de faire comme avant, de la musique totalement improvisée.

 

 

 

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Jean marc Gelin - dans Interviews
commenter cet article
3 février 2007 6 03 /02 /février /2007 21:07

JJJJ COLLECTIF SLANG: “Addict”

 

 

Chief Inspector 2006

 

 

Maxime Delpierre (g), Mederic Collignon (t, vc), Larent Geniez (ts), Olivier Lété (b), Olivier Sens (electro), David Aknin (dm), Mike Ladd (vc), Bruce Sherfield (vc)

 

 

 Attention à vous auditeurs car voilà un objet non identifié qui risque de vous secouer. Un truc totalement inclassable de gamins turbulents qui sont autant des enfants du rock ( Sonic Youth en tête) que des émules à coup sûr de John Zorn, le maître du désordre New Yorkais. Ne vous fiez pas aux moelleux effets à la Ry Cooder de la guitare de Maxime Delpierre ou aux effets vocaux de Collignon qui vocalise comme on instrumentise. Car dans leur univers Baroque (bas-rock ?) Collectif Slang jette son délire en une esthétique psychédélique hésitante entre rêve et cauchemar. Sorte de monde sonore impalpable que l’on situerait entre l’hallucination violente d’un univers à la Kubrick et les bizarreries d’un Terry Gillian dans un monde aussi fou qu’inquiétant. Ici tout est fait pour brouiller les pistes. Les références abondent. Le King de Minnéapolis est un clin d’oeil évident à Prince alors que Tasty Cake est un petit délire néo punk. Pas de véritables solistes mais une juxtaposition maligne de sons, d’effets, d’électronique admirablement dosée par la touche de Olivier Sens et enfin de musiques parfois saturées où la violence du propos parfois suggérée explose en quelques moments paroxysmiques. Jamais sous contrôle l’univers ici ouvre des portes nouvelles. Derrière cet embrouillamini d’où émerge une pâte sonore, les solistes se déchaînent et sont tous remarquables  mais situés en arrière plan. Nouvelle conception du rôle du leader dans cette musique qui flirte carrément avec le free rock. Comme toujours l’apport de Méderic Collignon y est géniale qu’il se fasse chanteur déjanté, amuseur décalé ou carrément animal dans des moments d’absolue liberté vocale. Véritable travail collectif où chacun sans exception a apporté ses propres compositions, Addict ne laisse personne indifférent.  La conclusion de l’album, après les moments forts de Guy de Boogie,  résonne comme une reprise du travail de Mike Patton / John Zorn avec une incroyable animalité sauvage (Burn). Expression extrême d’une nouvelle forme de radicalité musicale basée sur l’hypra  violence, elle peut choquer, nous laisser abasourdis et les tympans explosés, mais elle révèlent en tous cas un travail artistique passionnant.

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

Repost 0
Published by Jean marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article

  • : les dernières nouvelles du jazz
  • les dernières nouvelles du jazz
  • : actualité du jazz, chroniques des sorties du mois, interviews, portraits, livres, dvds, cds... L'essentiel du jazz actuel est sur les DNJ.
  • Contact

Les Dernières Nouvelles du Jazz

Chercher Dans Les Dnj

Recevoir les dnj