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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 23:26

groupeoccidentale.jpgMaxiphone Collectif – Geste Distribution

 

 

 

Fred POUGET (cl,compositions), Gwen GOULENE (fl,acc, bombarde,compositions), Ronan LEGOURIEREC (sax baryton,bombarde,compositions), Maurice FARI (dr), Anthony MASSELIN (cornemuse, uillean pipes), Anne COLAS (piccolo, fl), Guillaume SCHMIDT (ss,as,ts), Fidel FOURNEYRON (tuba,tb), Claude BARRAULT (tp,bugle)

 

 

Pas moins de quatorze titre, composés majoritairement par Fred Pouget et Gwen Goulène, pour ce nouvel album de l’Occidentale de Fanfare qui relance la machine après trois ans d’absence. A l'origine, quinze musiciens œuvrait pour une musique alliant deux genres de musiques traditionnelles que sont le bagad breton et la ripataoulère gasconne. Aujourd'hui, cet orchestre s'est recentré autour de neuf musiciens avec un projet axé sur les danses. C'est la musique de la renaissance que nous propose L'Occidentale de Fanfare en Version Originale: enthousiasme, ferveur et énergie sont au rendez-vous. A la direction artistique, Fred Pougetdonne dans le côté ethnique à tout prix: musique celtique (folklores irlandais et bretons), marche militaire à l'écossaise, musette, sifflements boy scout. Donnez vous le temps d'imaginer le travail d'écriture que représente l'association des cornemuses et bombardes avec des saxophone baryton, trombone et batterie!

Globalement on distingue deux types de compositions. Le premier est basé sur des mélodies celtiques, jouées par les instrument du crû, sur une rythmique jazz funky et des rythmes binaires groovy. Le deuxième est consacré à des mélodies réussies qui prennent la forme de chansons – sans paroles – ou de valses (flute, clarinette, sax, accordéon) bien composées et qui fonctionnent très bien.

Il y a là un véritable talent d'écriture pour de méticuleuses mélodies (« One for Jules », « A la campagne »), une originalité dans les genres musicaux et des instrumentistes talentueux. Sans aucun doute... En revanche, la direction artistique nous fait tiquer. Un proverbe anglais dit: « A gentleman is a man who can play the bagpipe, but does not ». A l'instar de Rufus Harley, qui se définissait lui-même comme le Coltrane de la cornemuse (gasp!!), Fred Pouget a usé à outrance des bombardes et cornemuse engoncées dans un format jazz qui oblige les instrumentistes à la performance ... pour un résultat souvent crispant. Loin de tomber dans le grotesque2 - car ces musiciens ont du talent - il reste une écoute parfois difficile tant on appréhende le virage dangereux dans le déroulement des pièces celtiques à l'accent groovy et dense. Si, en revancje, les ballades se montrent poétiques, frémissantes d'émotion et pour le coup dansante (« Madame qui... »), Version Originale manque d'homogénéité. Visiblement, la recherche de l'originalité maximale se fait parfois au défaut de la musicalité... mais ce projet mérite l'écoute sans doute aucun.

 

Jérôme Gransac

 

Myspace du groupe

 

1« Un gentleman est quelqu'un qui sait jouer de la cornemuse, mais qui n'en joue pas »

2 pour l'exemple, on pense à nouveau à Rufus Harley qui jouait Love Supreme en s'essouflant totalement dans sa cornemuse.

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 20:37

 

benita-.jpg

Zig Zag Territoires/ Harmonia mundi

Collection Pure /Philippe Teissier Du Cros

2010

Michel BENITA,  Miyeko MIYAZAKI, Eivind AARSET, Matthieu MICHEl, Philippe GARCIA

 

Plus qu’à un folklore imaginaire, ce nouvel album du contrebassiste Michel BENITA nous invite à un voyage « alternatif », solidaire et responsable. Au regard des nationalités des membres de la formation, et de l’instrumentarium original, on pourrait penser à un « mesclun » de pop, folk, jazz et électro, pimenté du son inoubliable du koto. C’est beaucoup mieux que cela et on se trouve sous emprise, dans le flux continu de cette musique vite planante.

 

Avec cet ETHICS bien nommé, on change de climat, et il se dessine une autre géographie par la richesse de tons, la diversité des timbres et les couleurs qui se mêlent : le koto et la voix envoûtante de Mieko Miyazaki , la trompette lunaire de Matthieu Michel qui, avec son phrasé aéré, fait respirer la musique, la guitare fine de Eivind Aarset, la batterie intense et toujours attentive de Philippe Garcia, and last but not least la contrebasse charnelle de Michel Benita ! Ils ne sont que 5 et pourtant leur musique emplit l’espace intensément, d’un son très pur, spatial (on se croirait chez ECM ).

Fantômatique et inspirée, cette musique l’est bel et bien, et sous le calme apparent, brûle une intensité maîtrisée comme dans cet « Haïkool » étrangement étiré en son début, qui dégage ensuite de plus vives aspérités. On part en exploration aux accents extrême-orientaux de cette étonnante joueuse de Koto, déjà complice de Nguyên Lê dans le dernier album du guitariste. Sa voix troublante, trait d’union de cette musique altermondialiste, entraîne une tournerie grisante électronique et hypnotique. Le son de la trompette, écho étouffé se coulant dans les effets électroniques et les samples, distille une sensualité rare dans l’espace aménagé par le tapis des cordes.

La jouissance du son le dispute à la pertinence du propos, constituant une invitation au songe, à la liberté de jeu, d’écoute, des sens.

Cette ouverture aux mondes, cet esprit nomade qui se joue des frontières de styles et de pays sont remarquablement décrits dans les notes éclairantes de Stéphane Ollivier qui évoque « l’archipélisation » actuelle, chère à l’écrivain antillais Edouard Glissant.

Ethics nous transporte du Japon millénaire à la Scandinavie sauvage, de l’Orient mystérieux aux Highlands brumeux ( le traditionnel « Oran Nan Raiders ») et on se régale des accordailles de la Koto avec les décharges saturées ou au contraire les notes perlées de la guitare. La référence prégnante à George Harrisson (« Green Power » lui est dédié) n’est pas indifférente ( reprise de « Blue Jay Way »). La musique partagée par le quintet ne cesse de raconter et l’on suit la narration sur une lisière, là où les chemins serpentent, entre cultures et territoires.

Salutaire en ces temps troublés de repli frileux sur des valeurs individualistes et trop souvent communautaristes.

 

Sophie Chambon
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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 16:06

Plus Loin Music 2010

Rudresh Mahantappa (as), Ronan Guilfoye (cb, g), Chandler Sardjoe (dm)

msg1.jpg 

Cela fait déjà quelque temps que l’on vous parle dans ces colonnes du saxophoniste américano-indien, Rudresh Mahanthappa. Nous avions fait écho à l’album Kinshen paru en avril 2009 ( **** RUDRESH MAHANTHAPPA : « KINSHEN » ) et lors de l’interview qu’il nous avait accordé, le patron du label Plus Loin Music n’était pas peu fier de nous annoncer l’entrée de ce prodige du saxophone alto sur son label dont l’ambition est définitivement de bâtir des ponts entre la France du jazz et la cité de Big Apple.

C’est donc peu dire que nous étions curieux de retrouver le saxophoniste dans ce nouvel environnement. Et de toute évidence ce passage sur le label français s’est fait sans rupture, en parfaite continuité avec le travail que l’on connaissait de Rudresh Mahanthappa.

C’est donc un album très court (49mn) censé marquer le passage au label et poser les bases. On y retrouve, dans ce pianoless, les idiomes qui sont sa marque de fabrique marquée par le swing carnatique du saxophoniste indien. 6 titres assez époustouflants qui se déroulent tel un long serpent envoûtant, dans le flot irrépressible des sinuosités, des lacis et des lacets du filet du son de Rudresh Mahanthappa. Entre Raga et musique Carnatique ( n l’a dit), Rudresh Mahanthappa se montre exactement tel qu’on le connaît, jetant entre ses racines indiennes et ses racines venues du jazz New Yorkais des liens syncrétiques qui en font un musicien aussi rare et essentiel que Steve Coleman pu l’être avant lui. Inventeur en quelque sorte d’un langage. Pour ce faire, Rudresh Mahanthappa s’appuie sur une rythmique fort solide et surtout sur un contrebassiste éclatant avec tout le talent et la présence totalement assumée de l’irlandais Ronan Guilfoye qui alterne le jeu de guitare et de contrebasse avec la même énergie et la même passion de la walking basse mélodique et parvient à émerger réellement dans le jeu torrentiel de Rudresh Manhathappa.

Les thèmes s’enchaînent alors dans un courant continu. L’énergie ne faiblit jamais. Seule l’émotion peine juste à éclore de ce fleuve en mouvement. Cette force de la nature incarnée aussi majestueuses que magistrale.

Jean-Marc Gelin

 

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 16:28

Beuzer.jpgAutoproduction

Concert de sortie de disques au Sunset le 26 octobre prochain.

Laurian Daire – p, Fender Rhodes, Hammond ; Sandro Zerafa – g ; Oliver Degabriele – cb ; David Georgelet – dr ; Christophe Beuzer – as, ss, ts, Ruben - voc, Marion Linares – voc, Paul Bouclier – perc.

 

Site de Christophe Beuzer

 

Le saxophoniste Christophe Beuzer est assez méconnu dans le milieu jazz mais tient à se faire connaitre avec son premier cd 3/4/5. Il a réunit les valeurs montantes du jazz parisien pour jouer avec lui, sommes-nous tentés de dire. C'est en particulier le son de cet album, son esprit et sa fraicheur que l'on identifie aussi dans des groupes parisiens influencés par le jazz new-yorkais. Beuzer distille de manière organique des colorations orientales, latines et groovy tout le long de ce délicat album. 3/4/5 est aussi bien une référence au trio/quartet et quintet qu'aux métriques employées dans cet album. Et si Christophe Beuzer a tenu à les mettre en exergue, c'est avant tout pour signaler la diversité. Car 3/4/5 est la musique d'un musicien équilibré et cultivé, qui a pris plaisir à enregistrer sa musique, avec simplicité. L'auditeur le sent et Beuzer touche sensiblement. Premier prix de composition au Concours de la Défense 2007 avec son tentet, Beuzer semble avoir une facilité à l'écriture qui permet une belle aisance dans la jouerie du groupe. Preuve de la bonne qualité des dix compositions originales.

Beuzer est une vraie éponge: il a parfaitement digéré de nombreuses influences saxophonistiques. Voyez plutôt! Le son de Beuzer à l'alto est marqué par celui de Kenny Garrett; au ténor par Joshua Redman et Chris Potter - on entend même des plans empruntés à ces musiciens. Sur « Pop Bop », on découvre chez le jeune saxophoniste une facette Parker tout à fait croustillante. « Le Côté obscur » nous rappelle l'album Gratitude de Potter. « La parenthèse enchantée » est une ballade agréablement surannée où Laurian Daire, qui a la part belle sur plus d'un titre, nous émeut par un jeu souple et sensible (on a envie de faire le rapprochement avec Pieranunzi). « Chez Pape Diallo » est un morceau « afro-brésilien » à la mode new-yorkaise où les vocalises de Marion Linares et Ruben nous rappellent celles de Luciana de Souza avec Donny McCaslin. Enfin, « La fabuleuse histoire de Mister Swann » avec Daire à l'orgue Hammond rappellent le groove de Larry Young.

Cette ouverture aux atmosphères variées se passe idéalement; on entend par là que la musique est tout à fait homogène, grâce à de belles compositions, l'état d'esprit cohésif et imaginatif, de l'espace dans la jouerie, de la place pour les musiciens et une bonne entente musicale dans le groupe.

Christophe Beuzer est une belle surprise pour les oreilles: il adopte un jeu mélodieux et délicat  et affiche une étonnante maturité pour un premier album; on sent que le compositeur-arrangeur a su prendre de la hauteur en plaçant face à face ses envies et sa musique. Facile au son, ce saxophoniste est en dehors de toute esbroufe et groove en permanence, de manière subtile. A l'instar d'autres musiciens qu'on entend peu, comme Fabian Daurat et Sébastien Lovato, le discret Christophe Beuzer nous montre qu'il a bien du talent!

 

Jérôme Gransac

 

 Site de Christophe Beuzer

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 07:06

 

C'etait vendredi 1er octobre. L'altiste Dimitri Beavsky jouait en compagnie de Yves Brouqui (g), Philippe Soirat (dm) et Matthias Allamane (cb).

Un moment de pur jazz. Le Sunside devenait le Smalls. Paris était à New York et nous succombions au charme de ce nouveau talent du sax.

 

 

 

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 22:26

Spacetime records 2010

 MulgrewMiller.jpg

 Les grands pianistes ne meurent jamais. Une phrase un peu con, j’avoue. Une phrase un peu passe-partout. Et pourtant comment exprimer autrement combien les pianistes de la classe de Mulgrew Miller portent en eux cette part d’éternité, ce jeu aussi intemporel qu’universel, cette phrase du jazz qu’ils prolongent au delà de tout et depuis des temps jamais révolus. Les grands pianistes ont, ancrés en eux cette histoire éternelle. Mulgrew Miller est de ce monde-là. De leur monde. Ce monde qui a vu s’éteindre récemment Hank Jones et dont on imagine que Miller est en quelque sorte un légataire, dépositaire d’un secret entre eux transmis. Mulgrew Miller est du monde des compagnons. De la confrérie d’Errol Garner et de Tatum.

Alerte toujours, véloce et agile, Mulgrew Miller se ballade sur son clavier, le survole de haut en bas avec une sensualité gracile. Sans chercher à réinventer le jazz, Miller dans cet exercice n’est jamais bien loin de Peterson. A 55 ans le pianiste qui signe ici son premier album en solo a le clavier heureux comme d’autres ont le vin gai. Il se ballade sur des standards du bop que d’autres ont déjà largement exploré avant lui. Un Jordu à faire pâlir un Phineas Newborn, un YardBird Suite trop rarement joué par les pianistes et porté hors champ du bebop, ou encore, hors de l’esprit Coltranien, un Giant Steps au swing réinventé et qui signe sa révérence à Mc Coy Tyner, qu’il prend bien soin pourtant de ne jamais plagier. Sa version de Con Alma quand d’autres pianistes la jouent souvent en clair obscur est ici lumineuse. Et lorsque , délaissant les standards le pianiste entreprend une de ses compositions, Carrousel, il y met une part d’intime plus grande mais cette intimité-là parle d’un cœur léger, et presque enfantin lorsqu’au détour d’une phrase musicale il s’écarte de son sujet pour évoquer quelque cour d’école. Entre la comptine et le standard de jazz, Mulgrew Miller jette ainsi des ponts avec la candeur des faux naïfs. Rien ne résiste alors à cette tendresse qu’il déploie pour son piano faisant pour son clavier assaut de gentillesse et d’effleurement câlins.

On sort alors de cette écoute avec le sourire béat aux lèvres, les oreilles prêtes à en reprendre encore. Et les amoureux du jazz qui seront à Paris le 20 et le 21 octobre (au Théâtre du Chatelet puis au Sunside) ne pourront assurément pas manquer le passage de l’un de ces grands géants du piano. De ceux qui perpétuent si bien cette histoire qui, malgré la disparition récente de Hank Jones, se poursuit avec et bien au delà de ces pianistes-là.

Jean-Marc Gelin

A retrouver l’interview donnée par Mulgrew Miller à Bruno Pfeiffer sur le blog de libé. :

 

http://jazz.blogs.liberation.fr/pfeiffer/2010/08/mulgrew-miller-la-s%C3%A8ve-du-piano-jazz.html

 

 

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 21:34

Gemini records 2010

SORTIE LE 18 OCTOBRE 2010

Benoît Sourisse ( p, hammond B3,orgue), André Charlier (dm), Alex Spiagin (tp, fch), Pierre perchaud (g), Jean-Michel Charbonnel ( cb), Fabrice Alleman (cl), Stéphane Guillaume (ts, fl)

charlier-sourisse-copie-1.jpg

Disque improbable ? Inclassable surtout aurions-nous tendance à dire . Sinon le classer où ? Dans quelle case ? S’il en fallait une, alors choisissons ensemble celle des optimistes de la musique. Choisissons de celle qui fait (visiblement et audiblement) plaisir à jouer autant qu’à entendre.

Car ici, ça joue devant, ça joue derrière, ça pulse le groove et propulse les solistes, ça joue jazz, ça swingue (forcément avec ces deux-là !), ça balance, ça Nouvelles Orléans un peu ou afro beat certainement, c’est pêchu aux éclats. Avec leur formation, ils se permettent de faire sonner les harmonies comme 25 ! Casting parfait. Arrangements superbes.Réunir dans cet album autant de talent et donner le sentiment qu’ils ont toujours joué ensemble, c’est certainement la magie de la cohésion de cette paire Charlier/Sourisse qui, depuis maintenant plusieurs années et 4 disques, s’inscrit comme l’évidence de ce que Roux est à Combalusier. Et devant la musique que ces deux-là sont capables de créer, on se sent comme émerveillés, de vrais gamins au pied du sapin de noël devant les jouets magnifiquement enveloppés, encore plus merveilleux encore après leur découverte.

Et quelle orchestration du feu de dieu qui n’oublie pas de mettre en valeur Charlier et Sourisse eux même dans leur numéro préféré, celui de leur indissociable complémentarité. Et s’ils vont chercher dans des univers plus poétiques, c’est en partageant le même imaginaire, la même poésie douce et aérienne à l’image de  cette Chanson idéale du facteur cheval où Benoît Sourisse effleure le swing dans la soie. Et les vibrations de Charlier dans tout ça ! De la dentelle j’vous dis. Du vent sous ces dentelles qui froissent, s’envolent, vibrent d’un vent frais. Certains intermèdes nous plongent dans le pays des merveilles, tel Lewis Carroll ici tombé dans un afrobeat improbable, dans une jungle imaginaire et déjantée, sympathique digression galvanisante.

Tous les solistes sont merveilleusement inspirés par cette musique et contribuent à lui donner supplément de vie et autre lumière. Plaisir de jouer partagé. Irrésistible. Ça s’écoute et ça se réécoute. C’est jubilatoire d’un bout à l’autre au point ( ah les vaches !) d’en être carrément frustrés à la fin de l’album ( ah bon, c’est déjà fini ?).

On a l’habitude de dire souvent que les grands groupes sont reconnaissables à leur « son ». Nous dirions plutôt ici que Charlier/Sourisse sont reconnaissables par le festival de sons qu’ils nous offrent. De leur association émerge le miracle divin, celui de la multiplication des sons. Déjà rien qu’à eux deux, ils forment un orchestre à eux tout seul.

Champagne !

Jean-marc Gelin

 

 

Ps : Saluer aussi le superbe travail graphique du phtographe Marc Ribes pour la pochette de cet album (voir aussi sur son site la superbe photo de Stéphane Guillaume  http://www.marcribes-artworker.com/?page=book1#)

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 08:04

Laborie jazz 2010

Benjamin Moussay (p, fder, synth), Arnault Cuisinier(db), Eric Echampard (dm)

 moussay.jpg

Benjamin Moussay est un romantique. Un vrai romantique mais...moderne. N'entendez pas par là le romantisme du pianiste amoureux atteint du syndrome de la nostalgie chopinienne. Non Benjamin Moussay est un romantique moderne au sens académique du terme, celui  des " mouvements artistiques qui au XIXème firent prévaloir la sensibilité individuelle sur la représentation classique de la nature humaine". Sauf que la sensibilité de Benjamin Moussay est une sensibilité curieuse de son époque, exaltée , fougueuse à l'extérieur et riche d'une rare intériorité. Un pianiste part du label Laborie ( Yaron Herman parti chez ACT, cf. Chronique de Jérôme Gransac), un autre arrive. Tous deux ancrés dans cette modernité justement,  dans cette mouvance qui va de leur intime connaissance des grands pianistes de jazz, mais qui englobe aussi et surtout l'empreinte que les grands mouvements de la pop moderne ont laissé chez eux. Lorsque l'un reprend des thèmes de Radiohead ou Nirvana, l'autre s'en inspire très largement pour s'en approprier les idiomes dans un vrai syncrétisme original. Deux pianistes modernes disions nous mais, dans le cas présent de Benjamin Moussay, débarrassé de tout complexe filial envers Jarrett, de tout mimétisme grand fraternel avec Brad Meldau et de toute tentation amicale Svensonnienne (le pianiste de feu EST).

Il y aurait donc, aujourd'hui une nouvelle voie possible dans le piano jazz ( dont le terme est ici un peu dilué). C'est bien ce qu'affirme Benjamin Moussay dont le seule et simple prétention n'est certainement pas celle-là , pas dans l'émergence d'un courant , mais dans la simple affirmation d'une musique qu'on lui sait consubstantielle et dont il a composé l'intégralité des morceaux. Musique qu'il porte haut grâce à une technique exceptionnelle. Rappelons nous ce que

disais de lui Martial Solal ( "j ‘ai réalisé que nous avions en France un pianiste de grand talent, avec un gôut très sûr, une culture et une technique du plus haut niveau" 1) certainement pas peu fier de voir le jeune pianiste accompagner, entre autre sa fille Claudia.

Pourtant, autant l'avouer franchement, à l'entame de l'album on craignait le pire. Cette ouverture (Momentum) à la manière un peu "rentre dedans" met certes en valeur un formidable trio avec Cuisinier et Echampard. Mais l'écoute du 2ème titre( Domino effect) qui poursuit le 1er nous fait craindre, mais à tort, un climat un peu tapageur. Pourtant la découverte de l'univers de Benjamin Moussay tourne au "choc au plexus" tant le pianiste parvient à dépasser ce stade pour donner à sa musique

une réelle densité, forte, palpable, épaisse au sentiment, forte dans son essence. Ce n'est pas de l'esbroufe, c'est juste de l'incandescence comme en témoigne ce thème simple au fender (On Air) revelant un véritable power trio sur des nappes électroniques et une réponse de basse simplement bouleversant.  On peut y voir là encore de la pop music. On pense à King Crimson dans l'évocation des nappes harmoniques. Résolument pop aussi dans ces intros sur fond de bidouillage électronique ou comme ce Don’t wake me up où l'électronique et l'acoustique se marient naturellement par la qualité des arrangements. Pas de césure. Pas d'école : acoustique, électro, fender et piano mélangés.Là où les incises bidouillées sous l'aune du logiciel d'Olivier Sens laissent parfois place à des moments d'émotion pure comme dans ce morceau extrêmement dépouillé, joué en solo (Milo).

Il y a chez Moussay une exaltation revendiquée des structure mélodiques très simples comme dans  (Strawberry ripple) que Cuisinier met en valeur par un très beau jeu d'archet ( ou sur ce très classique et presque ravelien Mood ). Echampard que l'on connaît toujours aussi inventif que prompt à réinventer les contours et les couleurs rythmiques est un véritable poumon du trio. Son association avec Cuisinier est marquante et n'est pas sans rappeler celle de Larry Grenadier et Jorge Rossy

chez ....Brad Meldhau justement.

Les plus grands musiciens, a t-on coutume de dire, sont ceux qui sont parvenus, non pas à oublier, mais à dépasser leur technique. Celle de Moussay est incroyable. Il n'est que d'écouter la précision rythmique et la puissance de sa main gauche et le lyrisme de sa main droite. Ou encore l'utilisation ample du clavier, la variété des nuances de son jeu du plus forte au plus moderato. Mais Moussay s'affranchit facilement de ce carcan "technique" pour insuffler autre chose qui efface les lignes et bouscule les écoles.

Il y a en musique certains transports de l'âme. Ephémère expérience censée s'arrêter avec la fin de la musique elle même. Il y a dans celle de Benjamin Moussay quelque chose de plus profond qui ne s'arrête pas. Ou alors pas tout de suite.

Ce qu'il dit, rock, jazz ou pop, poursuit son cours bien après, avec le silence qui suit la dernière note.

 

 

(1)in Xavier Prevost : entretien avec Martial Solal- Edition Michel Maule – INA p.192

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 23:07

coverfollowthewhiterabbit.jpg

ACT – 2010

Yaron Herman (p), Chris Tordini (cb), Tommy Crane

 

 

 

 

Voilà Yaron Herman qui continue sa course vers l'apogée: après deux albums chez Laborie, il signe Follow the White Rabbit chez ACT, le label allemand élu label de l'année 2010.

Une fois encore Herman joue en trio piano/contrebasse/batterie. D'abord il y eut le trio avec Tommy Crane et Stéphane Kerecki, puis celui avec Matt Brewer et Gerald Cleaver pour ses deux albums avec Laborie, et le voici aujourd'hui avec Tommy Crane et Chris Tordini. Pour l'album Muse, certains lui avaient un peu reproché de n'avoir « pas assez joué » avec le trio. Avec Follow the White Rabbit, impossible de lui faire cette remontrance. Le trio joue finement et à plein tube, il est toujours dedans avec un vrai son cohésif et les compositions de Herman se sont affinées1. Trio de haut niveau avec des musiciens très solides.

L'invitation à le suivre dans son monde - clin d'œil au lapin blanc d' « Alice au pays des merveilles », son « Wonderland » - est claire: « écoutez la musique, je m'occupe du reste ». Et ça fonctionne parfaitement: l'émotion est à fleur de peau2, jamais ringarde ni feinte et la densité produite par le trio est dure comme le titane3. Yaron Herman fait tournoyer ses mains et nous surprend par des variations qu'on n'attend pas. Enfin, on ne sait comment, il créé un espace sonore au piano qui s'étend sur une surface qui semble infinie. Grande classe que ce pianiste!

Seulement cet album ressemble à s'y méprendre aux précédents. La formule employée est la même: des morceaux denses et énergiques, des standards revisités4 et des reprises de musiques pop. On se souvient de sa version très appréciée de « Toxic », chantée par Britney Spears. Ici, Yaron Herman reprend un morceau de Kurt Cobain5 et un autre de Radiohead6. Certes, ses versions sont réussies7 et leur intégration dans l'idiome jazz est évidente et organique pour le coup, – on n'a pas l'impression de la pièce rapportée.

Sur Facebook, j'ai partagé – maladroitement probablement, quoique – mon enthousiamse pour cet album de Herman en tapant que Follow the White Rabbit est une « tuerie, même si c'est du déjà-entendu »8. S'en suit alors un certain nombre de remarques plus ou moins réfléchies dont une, plus construite que les autres, du camarade Laurent Poiget, qui officie chez Citizen Jazz: « Même si une œuvre utilise un cadre formel préexistant, elle peut faire entendre une voix singulière, refléter une personnalité originale. Mais il est vrai que les formes anciennes sont en majorité visitées par l'interminable cohorte des suiveurs et il est tout aussi vrai que les artistes qui suivent des chemins jamais empruntés ont en général une voix singulière et une personnalité originale. ». Il est évident que je partage cette saine opinion.

Yaron Herman est une voix singulière dans le jazz actuel. Et c'est pour cette bonne raison qu'on en attend plus de Ycet artiste. Alors j'insiste, Follow the White Rabbit a un arrière-goût de déjà-entendu dans la discographie de Yaron Herman, comme nous l'avons évoqué ici. On peut comprendre aussi qu'il veuille approfondir, fouiller et trifouiller dans tous les sens « son » art du trio. A condition qu'il continue à nous surprendre et ce, en cultivant sa singularité.

 

 

Jérôme Gransac

 

Site de Yaron Herman

Myspace de Yaron Herman

 

 

1 formidable « Saturn Returns »

2 « Ein Gedi », « Baby Mine »

3 « The Mountain in G minor »

4 traditionnels juifs, jazz, Walt Disney

5 « Heart Shaped Box »

6 « No Surprises »

7 On préfère largement « Heart Shaped Box » à « Toxic »

8 Ca y est, je me rappelle pourquoi je n'utilise qu'à de rares occasions cet « outil »: sa superficialité et l'isolement qu'il implique.

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 22:58

Aum Fidelity 2010

Lewis Barnes (t), Sabir Mateen (as, ts, fl), Darryl Foster (ts, ss), Dave Burrell (p), William Parker (cb), Hamid Drake (dms), Leena Conquest (vc), Amiri Baraka (vc), Lafayette Gilchrist (p), Guillermo E. Brown (dms ); New Life Tabernacle Generation of Praise (choir)

 

williamparkeriplantostayabeliever-copie-1.jpg  Ceux qui étaient au festival de la Villette en 2007 se souviennent certainement du concert mémorable que donna le contrebassiste William Parker autour de son projet dédié au chanteur Curtis Mayfield. Concert qui fut donné quelque temps plus tard à Rome et dont l’enregistrement « live » fait l’objet du double CD présenté ici.

Projet cohérent s’il en est, dans la démarche du contrebassiste que l’on sait attaché à la grande musique populaire Noire Américaine et plus précisément à la musique engagée dont le chanteur Curtis Mayfield fut l’une des icônes contestataires mythiques.  Curtis Mayfield qui incarnait dans les années 70 ce tournant de la soul music au-delà de la Motown ( Mayfield signa chez le label Curtom records) fut l’un des tous premiers à mettre sur ces musiques sirupeuses des paroles politiquement et socialement engagées remettant en cause les contours de la société américaine, bien au delà des revendications du mouvement noir. ET C’est cette sorte d’inscription génétique dans le génome de William Parker que l’on sait attaché autant à Duke Ellington quà ce patrimoine de la musique populaire américaine qui trouve ici son terrain d’expression festif.

Car la force du projet de William Parker est de parvenir sur ce terrain-là, à en faire une véritable agape aussi joyeuse qu’explosive dont la subversion vient autant de son message politique que de son ancrage populaire. Et William Parker qui, associé à ses camarades de jeu, fait exploser la joie comprend tout ce que contient chez Curtis Mayfield l’association de la musique et de la force rageuse ou ironique de ces paroles alliées à des chansons  aux mélodies douces et diablement efficaces. Là exactement où la musique populaire devient le support d’un engagement combatif. Et il était donc tout à fait logique de retrouver pour ce projet la chanteuse Leena Conquest (pour les mélodies) et Amiri Baraka (Leroi Jones, autre figure légendaire de la pensée noire Américaine) pour la force des textes ravageurs.

En restant au plus près de l’original, William Parker offre une musique de tous les diables qui groove, qui danse, qui chante la soul qui vire au funk et qui tourne au jazz. Tous les acteurs sont ici ultra galvanisés en commencant par Lewis Barnes intenable à la trompette, Sabir Mateen qui porte l’alto à son paroxysme ou encore Darryl Foster, autre compagnon de toujours de la bande Parkerienne, totalement déchaîné. Les morceaux de près de 20 mn chacun font durer la transe à l’énergie bouillonnante ou, comme toujours quand ils sont associés depuis si longtemps, William Parker et Hamid Drake (certainement l’un des plus grands batteurs de son époque) jouent en totale osmose télépathique. La soul part en free jazz dans une figure pas très nouvelle mais toujours aussi forte. Et il faut entendre le travail des deux saxs sur Freddie’s Dead pour approcher le feu qui couve entre colère et joie du cri. Leena Conquest quant à elle est toujours superbe rendant vie autrement au chanteur disparu au crepuscule de l’an 2000 sur I plan to stay a believer. Il faut entendre cette dynamique galvanisée sur I’m so Proud ou sur If there’s a hell.

Certes les acteurs emportés dans le geste oublient parfois leur justesse comme sur ces intros sur It’s Allright ou sur Move on up. Ce dont on se fiche royalement puisqu’ils ne sont pas là pour sonner juste mais pour tout autre chose. Ils sont là pour faire chanter et danser et puis rire et faire la révolution. De la soul au jazz, les acteurs parviennent toujours à créer des ponts évidents dans une énergie qu’ils prolonge de l’un à l’autre. Le public exulte et William Parker s’offre aussi la participation d’un chœur pour entreprendre un New World orderà la sauce reggea qui tourne définitivement au festif, à la joie de vivre, à l’explosion populaire et bon enfant. Et sur Pepole get ready cette tournure de bacchanale rend la musique à la rue et c’est totalement passionnant et c’est la vie en marche et c’est le moment exalté et c’est l’explosion de joie et de rires , la colère contre un monde injuste qui s’exprime dans un immense tourbillon de gaîté de vivre. La musique et le texte ne prenennt pas une ride et leur force provient aussi de leur acuité. Le jazz est là. Il est bel et fort bien là. Avec nous. Avec les gens. Et le jazz n’a jamais été aussi vivant.

Jean-Marc Gelin


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