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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 18:52

 

Jean Sylvain Cabot et Philippe Robert

Le mot et le reste

2009

 hard-n-heavy.jpg

Hard ou Heavy rock ? Vous donnez votre langue au chat? Il n’y a pas que AC/DC, Metallica, Iron Maiden, Mega Death, Deep Purple, Led Zep, Scorpions…

Vous saurez tout justement sur ce sujet en lisant le livre de deux passionnés, éminents spécialistes

qui rendent intelligible cette musique pleine « de bruit et de fureur » dans le contexte

d’une époque  fantastiquement énergique qui avait une « soif (inextinguible) de décibels ». (1)

La «décade prodigieuse» (1966 à 1978) est l’objet d’étude de ce premier tome, intitulé « Sonic attack». Pendant ces années culte qui précédèrent l’arrivée du Punk, fleurirent d’innombrables groupes de rock qu’on eut vite fait de diviser en des « ramifications tribalo-claniques », une jungle de genres et de sous-genres où l’amateur, même un peu «éclairé», perd son latin. D’autant que les fans et journalistes de la presse spécialisée n’ont pas toujours contribué à défricher ces sentiers touffus et  très fréquentés. Les éclaircissements de la préface (parfaite), comme souvent les introductions des bouquins des éditions LE MOT ET LE RESTE, remettent les idées en place : on découvre avec stupeur que certains de nos groupes chéris font partie du « heavy metal ». A moins que ce ne soit du « hard rock » ?  Comment s’y retrouver ? (1) Car les fondateurs du hard rock ne se résument pas aux seuls Led Zep et Deep Purple que tout un chacun  connaît à présent, avec les (souvent) dérisoires tentatives de reformation récentes –avec ce qu’il reste des musiciens « originaux ». Aujourd’hui les jeunes générations adoptent  un grand ancien en général, pas plus, loin de la relation fusionnelle de l’époque, où chaque groupe restait proche de son public.

Avec une présentation toujours aussi claire, simple et néanmoins précise, les auteurs ont constitué une anthologie en 101 albums de Hard‘N’Heavy music, justifiant leurs choix par leurs commentaires affûtés. En feuilletant cette bible, on  retrouve des noms familiers (tant mieux), des univers inoubliables avec des albums emblématiques comme le « métallique » Jeff Beck Ola-Beck avec la pochette inspirée de Magritte, l’intense live The Who at Leeds, le grand-guignolesque Killer d’Alice Cooper, l’éruptif Disraeli Gears des Cream. Quel régal,on plonge dans un bain nostalgique en lisant

la chronique de chaque album. Mais même si vous avez quelques bases, car vous avez aimé The Who, Cream, Aerosmith, Jeff Beck, Alice Cooper, Lynyrd Skynyrd, Iron Butterfly (le In-a-gadda-da-vida de toute une génération ), Iggy Pop and the Stooges, Johnny Winter, Ten years after, Hot Tuna, Robin Trower (parti du suave Procol Harum), vous n’avez pas toujours idée de la production pharaonique et de l’inventivité débridée de cette décennie.

Si Led Zeppelin est un monument ayant rapidement conquis ses lettres de noblesse, dès le volume II du « brown bomber », en 1969, existaient d’autres formations plus éphémères mais tout aussi excitantes : plus pop, psychédéliques, brassant les influences les plus diverses et des univers allant des « marvels » à la S.F comme  Hawkwind, Pink fairies, Budgies, Thin Lizzy ou Captain Beyond.

 

Le rock a sa place à présent dans le panthéon des musiques reconnues « sérieuses », il s’est institutionnalisé, a gagné en respectabilité sauf pour les extrêmes, considérés avec dédain par les «ayatollahs» encore trop nombreux dans cette musique. Certes, les avant-gardes actuelles  aident à ouvrir des voies, à se frayer un passage sur un chemin pourtant balisé d’ornières : un Mike Patton avec son Mr Bungle, le très recherché John Zorn -il se produit à Marciac, c’estdire- Sonic Youth se revendiquent de cette mouvance ou du moins y vont puiser des sources d’inspiration.. 

 

Voilà le livre qui aidera à se constituer une discothèque idéale quand on est un brin collectionneur et que l’on ne se veut pas sectaire. C’est toujours une mission impossible que de sélectionner des albums: il faut en enlever de sa liste, pécher par omission, ce que l’on finira par vous reprocher forcément. Cet ouvrage est plus que nécessaire pour comprendre autrement  ces mouvements musicaux souvent dédaignés, reconstituer certains liens, faire que les marges rejoignent aussi leur centre.

Ajoutons que la bibliographie est soignée, et que la liste d’addenda à écouter, en plus des albums retenus, mérite d’être examinée. Le MOT ET LE RESTE constitue aujourd’hui une référence des plus sérieuses avec un catalogue passionnant pour amateurs de musiques libres et décomplexées.

 

 

(1 ) Certains font démarrer le hard rock avec Led Zep et le heavy metal avec Black Sabbath , deux courants prallèles nés du blues rock  

(2 ) Les Who se voulaient le groupe le plus assourdissant de l‘époque, rivalisèrent avec Jimi Hendrix et ses murs d’ampli Marshall à Monterey

 

Sophie Chambon

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 21:56

flyer D+M

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 11:06

Trois Couleurs – Hors Série

 

Doors-couv.jpg 

Certes c’est un peu éloigné du jazz. C’est pourtant un coup de coeur pour ce numéro spécial édité par le journal Trois Couleurs (du groupe MK2) autour des Doors, à l’occasion du film que Tom Dicillo  ( When you’re strange) que nous voulions vous faire partager.

 

Une très belle opération promotionnelle et surtout un vrai regard décalé sur le groupe de Los Angeles. Des angles d’attaques originaux par les lieux, les thématiques transversales, une vraie recherche artistique et une mise en contexte bien faite, sans oublier les influences et les traces actuelles des Doors  voilà les ingrédients d’un numéro qui propose une approche assez rare dans le domaine de la presse musicale.


Il y a bien sûr les interviews des héros rescapés comme celle, de Ray Manzarek (le clavier céleste du groupe) et de John Densmore ( le batteur),  comme celle de Henry Diltz ( le photographe de « Morrisson Hotel ») et bien sûr celle du réalisateur ou encore de Jim Jarmusch.

L’iconographie du magazine est superbe, illustrée par les magnifiques clichés de Diltz, par les affiches sublimes, hallucinées et psychédéliques (notamment celles de Victor Moscoso, figure emblématique du pop art).

Les articles sont signés par des plumes importantes de la sphère culturo-musciale : François Bégaudeau (auteur d’Entre les murs), Christophe Conte (Les Inrockuptibles), Étienne Greib (Magic !), Wilfried Paris (Chronic’art, Standard), Ève Beauvallet (Mouvement), Jérôme Momcilovic (Chronic’art), Clémentine Gallot (Les Inrockuptibles), etc

Des éclairages inédits sur les influences des Doors (Bertolt Brecht, Antonin Artaud, Frank Sinatra, Arthur Rimbaud, Aldous Huxley, etc.), leurs principaux rivaux (Love, The Rolling Stones), leurs héritiers (Nico, The Stooges, Joy Division, etc.).


Une plongée remarquable qui ne manque ni de documentation ni de poésie dans l’univers des Doors. Une approche qui évite le piège de la chronologie et permet de surpasser  la traditionnelle figure mythique de Jim Morrisson.


Ce collector disponible en kiosque constitue pour tous ceux qui iront voir le film de Tom Dicillo, une préface jubilatoire.

Du beau travail à écouter avec Break on Through dans les oreilles.


Jean-Marc Gelin

 

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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 08:57

 

Le Jazz

Exposition du 30/9 au 23/10
Peintures, photographies

 

L’Espace Carpeaux de Courbevoie reste fidèle à sa tradition musicale, et du Cabaret, et présente une exposition sur le thème du Jazz : photographies des plus grandes légendes, peinture, diversité des techniques…Trois artistes plasticiens célèbrent à leur manière les plus grands jazzmen. Venez les découvrir à l’Espace Carpeaux du 30 septembre au 23 octobre inclus.

 

FlyerCarpeaux

 

 

Frédéric Khan :

Ses œuvres figurent déjà dans plusieurs collections d’art contemporain. Il rend hommage au Jazz à travers une alchimie subtile des couleurs, gestuelle spontanée, fouetté virtuose du pinceau, flouté de l’aérographe, richesses des matières et des idées, diversité des techniques. Son œuvre éveille en nous une résonance entre souvenir et avenir, passé, présent et futur, d’une moderne actualité.

 

Nicolas Hérault:

« Les gris de Glenn »

Fondation Taylor

Prix Eddy Rugale Michaïlov 2009

La beauté de la matière triturée, presque pétrie séduit tout d’abord et puis il y a la palette aux accords nés dans l’harmonie éclairée d’une lumière stimulante ou exultante entre ombre et clarté, pour un clin d’œil à la musique de Glenn Gould.

 

Patrick Audoux(L'Oeil des DNJ)

Pour tous les amoureux du jazz... Il tourne son objectif vers les musiciens et artistes le plus souvent durant les concerts. Ses photos sont visibles sur le site du collectif vues sur scènes, dont il est membre fondateur, et régulièrement publiées sur le website citizenjazz.com et bien d’autres supports papiers.

 

Du 30/9 au 23/10/10 - Entrée libre du mardi au samedi de 14h à 19h.

 Espace Carpeaux 15 Bd Aristide Briand 92400 Courbevoie

 

Patrick Audoux : photographies,

Frédéric Kahn et Nicolas Hér ault : peintures

 

jazz.jpg

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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 14:30

 

Aux Dernières Nouvelles du Jazz, nous souhaitions rendre hommage à cette grande chanteuse de jazz qu'était Abbey Lincoln. Pour cela, nous vous proposons de la retrouver, chanteuse vivante, lors d'un magnifique concert impromptu enregistré en 1967 à la Maison de la Radio, avec un quintet de circonstances composé de Max Roach, Johnny Griffin, Maurice Vander et Gilbert Rovère.

 

 

 

 

 

 

Le NY Times lui a consacré un bel article.

 

 

lincoln3-popup.jpgAbbey Lincoln, 1991. (Jack Vartoogian/FrontRowPhotos)


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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 07:01

ma pomme-copie-2

Jean-Marc

Gelin

 

 tabledecouteimageTABLES D’ECOUTE

a picorer

fusion 

THE JAZZ FUSION YEARS

To dance on the beach

 Mon-avatar

Jérome

Gransac


frix

FRIX: « The Show Was Not Good »

Original et distrayant

 

peirani

Vincent PEIRANI : « Gunung Sebatu »

Voyage extraordinaire

 Mariage RJM 06 09 148

Sophie

CHambon

 

etrangersfamiliers

Les étrangers familiers : Un salut à Brassens

Nostalgique et talentueux

brazier

Christian Brazier Quartet

Rafraîchissant et tonique !

 Pascal rozat

Pascal

Rozat

 

motianPAUL MOTIAN : « Lost in a dream »

A savourer au calme

 zorn vol 12

JOHN ZORN : « Mycale –

Book of Angels Volume 13 »

ou la délicieuse légèreté de l'être

 LIonel

Lionel

Eskenazi

marguetCHRISTOPHE MARGUET: « Buscando la luz »

L'illumination

motian 

PAUL MOTIAN : « Lost in a dream » 

Le rêve

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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 22:03

  Le langage du blues du jazz et du rap »

Dictionnaire anthologique & encyclopédique

« Des mots pour aimer la musique » annonçait Alain Rey dans la préface d’un précédent ouvrage des éditions Outre Mesure (1). Des mots pour la comprendre également. La musique s’écoute mais pour que nous la percevions mieux, à défaut de la « saisir » un jour dans toute son essence, pour qu’elle parle, il faut en connaître sa langue . Or, la compréhension de langue anglaise, essentielle dans toutes ces musiques (blues, jazz, rap), s’avère souvent délicate, voire impossible, pour tout lecteur-auditeur français. 
Ce Dictionnaire anthologique et encyclopédique est un formidable outil pédagogique qui passionnera les linguistes confirmés, les anglicistes convaincus, car combien de

spécialistes se sont penchés sur l’opulent lexique du blues, du jazz, du rap, du riff au rap? Il est pourtant indispensable de connaître ce copieux vocabulaire de mots et d’expressions anglais que les Noirs se sont appropriés depuis la fin du XIXème siècle, d’autant que leur parole était condamnée à la clandestinité.

Avec son appareil éditorial impeccable (qui manque souvent cruellement à la plupart des publications actuelles sur le jazz ), les Editions Outre mesure ont encore frappé juste et fort. Claude Fabre continue inlassablement à  diffuser une culture, pas vraiment «mainstream», s’entourant d’auteurs érudits,compétents, passionnés et exigeants qui ne laissent rien au hasard. Inutile donc de chercher l’erreur dans le  travail de Jean Pierre Levet, cette nouvelle édition revue, augmentée de Talkin’ that talk.
Voilà une somme de références, à plus forte raison dans le «mundillo» du jazz, un livre qui méritait le prix Charles Delaunay de l’Académie du jazz

lors de sa première édition.

Souvent on ne perçoit dans les textes de chansons que des bribes, des mots justement qui perdent sens et saveur si on ne peut les replacer dans leur contexte historique, linguistique, politique, socio-économique, sans compter les savoureuses allusions, si fréquentes, au sexe. (2) Au fil de l’alphabet, le lecteur se balade dans ces pages, découvrant ainsi des horizons insoupçonnés. Comme dans tout dictionnaire, le lecteur s’amuse à rebondir dans ce labyrinthe de possibles, sans en épuiser jamais tout à fait le (s) sens : c’est un lieu d’ouvertures, de passages, d’euphories, d’admirations où allusions et grilles peuvent enfin être décodées.

Ainsi, toutes les approches sont permises : ce dictionnaire qui n’est ni étymologique, ni argotique, peut se consulter studieusement, ou se lire, page après page, comme une histoire dont on suit avidement l’intrigue. C’est le viatique parfait pour défricher les terres encore insoupçonnées du jazz, du blues et du rap. Absolument nécessaire !

Sophie Chambon

(1) Le Dictionnaire des Mots de la musique, Jacques Siron

(2)  On se plaît d’ailleurs à rêver à de telles études en français sur le vocabulaire argotique,

si imagé et connoté, des chansons de Frank Zappa.

PS : La préface d’Alain GERBER est impeccable. Avec son talent d’analyse, il a su trouver les mots

qui  donnent envie de découvrir cet ouvrage.

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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 07:40

 

 

059.JPG

                                           En marge du festival Jazz, les spectateurs de Marciac sont invités à découvrir l’installation «  Les Territoires du jazz » réalisée dans les murs de l’Office de Tourisme.

Petite exposition en 12 salles censées retracer l’histoire du jazz de ses origines à la période  contemporaine : Les origines Africaines du jazz / Negro Spirituals ( écouter au casque la voix de Paul Robeson chantant «  Nobody Knows ») / Gospel / Blues ( salle de carton pâte façon bayou de Louisiane 058.JPG / New Orleans & Dixieland / Ragtime / Swing & Middle Jazz / Des Etats Unis à l’Europe / Bebop / Hard Bop / Cool & West Coast / Jazz Contemporain ( avec Cannonball Adderley ( !) ), et enfin une salle retransmettant sur un écran télé le Marciac Sweet de Franck Cassenti sur l’histoire de Jazz in Marciac en 26 épisodes.

 

063.JPGMalheureusement très pauvre sur le plan documentaire et un peu ridicule sur le plan didactique, cette exposition réalisée avec la participation de Colombe Laffitte, André Francis, Michel Laverdure , Jacques Aboucaya et Claude Rachou n’a finalement pas d’autres prétention que de prolonger un peu en ville, l’esprit du jazz qui anime la cité gersoise. C’est déjà beaucoup.

067.JPG

 

On no tera aussi aur Rez de chaussé une exposition photo dédiée au jazz à Nantes de 1918 à nos jours. Où l’on découvre que Jazz Sur Erdre avait des précurseurs pour cette ville très américanophile où le jazz a toujours eu une réelle importance.

 

 

 

 

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 14:18

 

 

 

                               Deuxième soirée à Marciac pour une affiche encore une fois prometteuse et américaine  dans une sorte de conflit générationnel entre la jeune révélation de la contrebasse, Esperanza Spalding, et celui qui ce soir là faisait office de vétéran, Chick Corea. Rien que cette deuxième partie justifiait sur la papier que la salle de concert du stade de Marciac affiche le sold out des grands soirs.

Ambiance festive d’un après-midi d’été où nous avons pu assister à une course de vaches landaises dans les arènes du village. Festif aussi cet apéritif dynamité sur la place de la mairie en écoutant l’un des trois concerts de Olivier Temime sous le chapiteau de la place du village. Avec sa nouvelle formation composée de Michael Felberbaum (g), Vincent Artaud (cb), Vincent Laffont (p, fder), et Gilles Charlier (dm), le chouchou de Marciac parvenait une nouvelle fois à électriser le village tout entier, balacant des echos de feu sur la soirée gersoise sur des nappes furieuses écrites par Vincent Artaud.  Une tuerie !

esperanza.jpg

                   Photo : Pierre Vignaux

 

 

Direction ensuite le grand stade avec en première partie la jeune bassiste et contrebassiste Esparanza Spaulding , 25 ans au compteur qui, avant d’arriver sur scène avait su galvaniser ses troupes pour leur dernier concert européen par une sorte de cri de guerre que seuls ceux qui étaient dans le bungalow des backstages  ont pu apprécier. Ceux qui étaient à l’exterieur ont juste vu les parois trembler.

Alors que ses dernières prestations s’étaient montrées plutôt décevantes, le moins que l’on puisse dire c’est que, sous sa belle crinière afro-porto-américaine, Esperanza n’avait pas simplement l’air de ressembler à Angela Davis. Elle en avait aussi la passionaria, la grâce et la légèreté en plus. Après une ouverture en impro voix/contrebasse seule sur scène, elle faisait venir sa formation ou plutôt sa bande de copains pour un concert superbement réussi tant par la qualité de sa musique post-fusion,  de ses compositions que par le jeu des musiciens et l’énergie qu’ils dégageaient. On comprenait mieux le sens qu’il y avait à la faire jouer en première partie de Corea tant ses inspirations viennent du jazz rock, de Weather Report, de Return to Forvever et de Wayne SHorter. Passant allègrement au cours d’un même morceau de la contrebasse à la basse électrique, elle parvenait à faire monter la sauce sans chercher le moins du monde à jouer l’économie. Mâitresse absolue du groove, les contrechants mélodiques s’échappaient de sa contrebasse ou faisait tourner en boucle des ostinatos dans l’ultra grave de sa basse. Aux claviers Léonardo Genovese au look de Zappa faisait chauffer un clavier lunaire. On craignait un peu les rondeurs molles entre basse, guitare et fender. C’était sans compter sur la formidable énergie qui émanait d’un quartet à la cohésion magnifique. La belle voix  de Esperanza s’offrait  un pur moment de grâce « argentin », une parenthèse dans un duo avec son pianiste sur La Chacarena composée par Genovese,  petit cadeau à Marciac en  avant goût de son prochain album. Entièrement libérée, sa crinière partait à l’assaut de toute les difficultés harmoniques pour en extraire un jus fort. Avec des airs de petite fille heureuse on sentait la musique lui traverser le corps et sa contrebasse semblait si légère qu ’on la voyait un peu s’envoler au dessus de nous.  Bête de scène , la jeune fille tentait de faire scatter le public qui, bon enfant se laissait prendre au jeu avec délice. Il en redemandait encore. La belle avait fait le show et même bien au-delà, émoustillée qu’elle était de jouer en première partie de son maître.

corea.jpg

 

 

 

 

 

 

De quoi créer l’ambiance pour Chick Corea qui terminait là, lui aussi sa tournée avec Kenny Garrett (as), Christian Mc Bride (cb) et Roy Haynes (dm). Etonnamment c’était plutôt « return to yesterday » avec une formation acoustique tournant plus vers le bop . Tout se passe comme si

                                                                                                 photo Pierre Vignaux

 

Corea semblait avoir conçu le programme pour Roy Haynes. Deux thèmes de ou dédiés à Bud Powel ( Bud Powell et Dusk in Sandi), un Monk ( Monk’s dream) ou un standard ( We’ll be stogether again) materiau de base pour cet all-stars et pour le légendaire batteur que le  pianiste couvait des yeux avec un regard visiblement toujours aussi attendri pour cette légende vivante. Kenny Garrett s’y montrait comme toujours d’un lyrisme absolument torrentiel, égal à lui-même dans son regsitre coltranien mais plus subtil parfois sur des standards comme sur ce We’ll be together again joué de la plus simple des façons sur des lamentos sensuels à emballer toutes les gersoises des environs. Tout cela un peu semblait ronronner, très pro et  les intro de Corea, d’une finesse à tomber par terre nous renversait sur ce Psalm divinement préparé. Sept titres qui tournent avec efficacité. Sans plus. Sauf au dernier morceau, en signe d’ultime hommage, où la coda était laissée à Roy Haynes, qui à 85 ans ( !!)  dégageait un chorus à couper le souffle, faisait tomber le déluge sur Marciac, ses compagnons s’effacant en fond de scène et la batteur à qui l’on aurait donné aisément 20, que dis je, 30 ans de moins. Roy Haynes  faisait sonner la poudre et public et lmusiciens etaient aux anges au bord d’un gigantesque éclat de rire. Le public de Marciac n’y tenait plus, se levait en plein chorus, standing ovation. Le feu prenait sous le chapiteau. Il ya des concerts qui devraient pour sûr, commencer par la fin.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 12:17

 

Ce n’est pas la pluie et le temps maussade qui allaient altérer l’humeur badine des gersoises et des gersois qui nous accueillaient à Marciac pour la 3ème journée du festival. On aime cette escale d’été lorsque le village à cette période se transforme en méli-mélo cosmopolite où les stands vignerons côtoient les vendeurs du temple en dreadlocks rasta lorsque les effluves de nang shampa se mêlent à celles du magret grillé sur la place centrale du village baignée de musique de jazz à ses 4 coins. Et comme toujours, on adore.

Et, as usual,  l’affiche de ce 33ème festival s’annonce  maousse costaud dans le genre rencontre de poids lourds. Plus lourds que ça, dans le genre all stars (américaines forcément) y a pas. Ou en tous cas pas beaucoup.

 

Cela avait d’abord commencé avec Diana Krall et Yaron Herman. Puis poursuivi le lendemain avec un Marcus Miller qui paraît-il avait  enflammé le festival dans une « revisitation » de Tutu, l’album de Miles dont le bassiste avait composé le matériau. Mais pas Miles version 86, nous disait Alex Dutilh, qui retransmettait le concert pour France Musique  ( en ligne sur France Musique.com page concert du dimanche 1er 20h).

 

L’affiche d’hier soir était quant à elle alléchante sur le papier puisque, outre la formation de Wynton Marsalis annualisé en parrain tutélaire du festival, la soirée débutait avec le plus africain des pianistes américains Randy Weston qui, à 84 ans affiche toujours l’allure d’un immortel géant. Deux projets pour deux musiciens très marqués par ce rôle de passeurs de l’histoire du jazz.

 

RANDY-WESTON-AFRICAN5.JPG

Le pianiste venait à Marciac avec un nouveau projet consacré à James Reese Europe, célèbre chef d’orchestre du légendaire 369ème régiment, bataillon héroïque de noirs américains envoyés au front durant la première guerre mondiale. James Reese Europe, dont on sait qu’il marqua l’histoire du jazz, fut peut être la première influence de Duke Ellington.

 

Il y avait donc matière à création. Le concert d’ailleurs s’ouvrait avec la projection d’un film documentaire avec images d’archives sur le 369ème régiment. Un vétéran, le major Nathanael James, accompagnait d’ailleurs le pianiste pour venir dire quelques mots d’avant concert. Il ne restait plus qu’aux musiciens à rentrer sur scène et à lever le voile sur l’oeuvre que nous découvrions alors avec…… une grande déception. Car ce projet dans lequel le pianiste s’est très peu investi, laissant la direction artistique à son saxophoniste  T.K Blue était totalement dénué d’inspiration.

 

On aurait pu croire à l'ouverture en forme de fanfare dans les rues de Harlem qui faisait presque danser l’immense Randy Weston si la suite n’avait été d’une rare platitude. Un ensemble de vieux musiciens tristes (à l’exception du contrebassiste Alex Blake qui faisait ce qu’il pouvait pour donner l’illusion), un alignement de chorus sur des thèmes à peine arrangés, dans l’ensemble bâclés, une formation qui joue assez mal ensemble nous laissaientt au bar deviser avec d’autres soiffards sur la misère du monde. On avait certes entendu la magie Westonienne.  Celle du maître qui, dès qu’il touche le clavier transforme le plus insipide en révélation. Mais dans la mesure où ce n’était pas réellement son projet, le pianiste s’effacait et disparaissait trop souvent pour laisser place à son groupe. On avait alors le sentiment d’être en plein concert de gala pour une œuvre caritative menée par l’orchestre de soldats vétérans en plein cœur du Missouri. Ce qui, certes, n’etait pas si éloigné du propos mais sans réel intérêt musical.

 

 Wynton-Marsalis2.JPG Avec d'autres soiffards à la buvette,on se disait qu'avec Wynton au moins à défaut de modernité, on serait sûr d’avoir du show bouillant sur ce projet autour du répertoire du Hot Club de France. Après Piaf et Billie il y a deux ans (en compagnie de Galliano) , Marsalis arrange ici un répertoire en hommage à Django Reinhardt. Place donc à l’homme de la Nouvelle Orléans qui à 49 ans, avec ses jeunes-vieux briscards où l’on retrouve avec plaisir et  comme toujours Walter Blanding au ténor ou encore  Ali Jackson aux baguettes, fers de lance du septet, s’éclate toujours autant dans son jardin Gersois.

 

La formation, visiblement heureuse d’être sur scène (pas comme les Westoniens qui tiraient la tête), pouvait alors enchainer Minor Swing, Sweet Georgia Brown, Oriental Shuf, I’ve Found a new baby avec autant d’enthousiasme que d’esprit mutin. Les arrangements de Marsalis revélaient de petites pépites, alternait les géométries du solo au duo jusqu’au septet au grand complet dans un esprit qui tirait plus vers la cité du Croissant que vers les caves de Montmartre.

 

Les duos entre Frank Vignola à la guitare et Mark O’Connor au violon n’avaient rien de plagiaire et les deux s’amusaient dans des 4x4 sous l’œil complice de ce diablotin de Marsalis qui sortait de sa boîte pour quelques mémorables solos bouffant tout Armstrong sur son passage. Le groupe, lui aussi sous le charme s’arrêtait de

jouer et le laissait seul enchaîner les barres.

Pour un peu il aurait continué jusqu’au bout de la nuit. Et nous aussi.

 

Wynton-Marsalis4.JPG

 

 

 

 

 

Photos : Pierre Vignaux

 

 

 

 

 

 

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