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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 23:21

 

http://marcburonfosse.com/

Marc Buronfosse (cb), Jean Charles Richard ( sx), Benjamin Moussay (p, kyb), Antoine Banville (dm)

 

Buronfosse.jpg

Tiens regardez, dans le foot par exemple ! La calamiteuse équipe de France a bien démontré que tout repose sur l’énergie collective et les talents individuels mis au service des autres. Et il y a justement, en musique, des alliages qui fonctionnent si bien qu'ils semblent être des évidences. Où l'on se dit que tout devrait se jouer comme ça. Que la musique devrait toujours se concevoir avec la même exigence de l’intelligence collective et surtout avec ce même feeling partagé. Le nouvel album du contrebassiste Marc Buronfosse est de cet acabit. On connaît bien le contrebassiste habitué des scènes parisiennes. On l’a repéré dans bien des occasions, aux côtés de Bojan Z ou de Stéphane Guillaume notamment. Ici c'est un album sous son nom et autour de ses propres compositions qu'il signe avec le Sound Quartet, formation au casting formidable qui réunit autour de lui 3 jeunes et fortes personnalités musicales, Jean-Charles Richard, Benjamin Moussay et Antoine Banville. Un quartet d'où émane une véritable force vive, force qui circule entre eux, énergie fluide qui passe de l’un à l’autre comme un courant continu. Particulièrement bien agencé, cet album s’appuie sur ses quatre piliers. Jean-Charles Richard exceptionnel dans son lyrisme puissant s’y fait caméléon, adaptable à tous les univers musicaux, se jouant des sonorités du baryton ou du soprano ou jouant du Shenai ou du Bansuri indiens pour apporter de nouvelles tonalités. Benjamin Moussay totalement révélé autrement et qui pour l’occasion s’exprime moins au fender joue essentiellement du piano acoustique avec une formidable autorité, faisant preuve d’une assurance dans la ligne d’improvisation absolument remarquable (Illinx Bassline). Qu’il s’agisse de ses propres interventions ou de son rôle dans l’accompagnement il y a du Cecil Taylor chez ce garçon là. Ou du Matthew Shipp. Antoine Banville quand à lui c’est le frémissement poétique, le chercheur de la pulse légère, du drive aérien. Et enfin à tout seigneur tout honneur, un très grand Marc Buronfosse qui s’affirme ici en véritable maître de la baraque, impose son dialogue et imprime la couleur et la forme. Mais aussi et surtout superbe compositeur. Car derrière ses très fortes personnalités musicales le quartet dans son ensemble se met en branle au service d’une musique passionnante. Une musique prolixe qui puise dans moultes inspirations. A la fois dense sur des thèmes à l’expressivité très forte comme sur AOC ou embarqué sur des terres plus africaines ( The cherry tree) sur lesquelles le collectif se met progressivement en ordre de marche, ou encore sur ce merveilleux Before the secound round, moment d’accalmie génial, moment de pure nudité et d’éveil des sens. Il y a, dans tous les sens du mot, un art du chromatisme évident. Et si justement Buronfose use et abuse de ces montées chromatiques, elles révèlent chacune une couleur particulière. Il se crée alors avec le talent de ces quatre là un espace où le procédé d’écriture se confond avec l’improvisation. Où le soliste est aussi important que ceux qui l’accompagnent. Il y a une passion fusionnelle dans cet album là. C’est si rare.

Jean-Marc Gelin

 

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 18:14

threadgill.jpg



PI Recordings – 2010


Henry Threadgill (fl, as), Liberty Ellman (g), Jose Davila (tb, tuba), Stomu Takeishi (ac b), Elliot Humberto Kavee (dr)

 

 

Marginal et magistral.


On s'interrogeait dans le Jazzmag/man du mois de mai à propos de Henry Threadgill, sa musique et sa notoriété. Un bel article par ailleurs. Profitons-en pour rebondir avec This Brings to Us, sorti en 2009 aux Etats-Unis.

Quels sont les points communs entre le Ornette Coleman et Henry Threadgill? Tous deux sont saxophonistes et compositeurs contemporains. L'un est reconnu mondialement, l'autre ne le sera probablement jamais. Pourtant, Threadgill est un extraordinaire concepteur de la composition. De Steve Reich, il n'a rien à envier, mise à part la notoriété. Ornette a inventé l'harmolodie et Henry cultive un système musical, appelé "compositional improv", véritable méthodologie de la composition basé sur l'improvisation.

Henry Threadgill et Frank Zappa. Voyez vous le lien? Pas vraiment? Pourtant il y en a: la déstructuration musicale – qui fascinait tant Zappa chez Edgar Varèse – est aussi un sujet d'étude pour Threadgill, l'étude et la pratique du contrepoint (Zappa vouait une passion au grand maitre du genre, Moondog).

Threadgill est peut-être le compositeur et concepteur musicale le plus reconnu par ses pairs. A New-York, il fait office de figure de proue de la scène improvisée locale. Les musiciens du crû sont généralement fascinés par ce styliste hors-pair, ce génial mercenaire de la composition et de l'improvisation, ce talentueux directeur d'orchestre qui dirige avec autorité des musiciens blancs, hispaniques, asiatiques et noirs (on l'a vu à Banlieues Bleues édition 2008, régulièrement au Jazz Gallery et Roulette à Manhattan), qu'ils soient en devenir (Dana Leong) ou connus (Liberty Ellman).

This Brings Us To est le premier album de Threadgill depuis huit ans et fait suite à Up Popped the Two Lips, premier cd de son groupe Zooid, paru chez Pi Recordings. Depuis 2001, le groupe a évolué: Dana Leong (violoncelle, tb) - accompagné d'un deuxième violoncelliste du nom de Rubin Kodheli – a disparu d'un groupe qui se transforme en quintet à l'allure classique.

Up Popped the Two Lips élabore les prémisses de la méthodologie "compositional improv" de Threadgill. This Brings to Us approfondit le sujet et la met en œuvre avec intensité.

Pour comprendre l'idée générale de la méthodologie inventée par Threadgill et explorée ici, partons du nom du groupe. En biologie, le suffixe -"zoïde" (En anglais, "zooid" est une cellule qui se caractérise par le comportement sus-décrit) , quand il est associé à une cellule, désigne la capacité de la cellule à se déplacer indépendamment de l'organisme à laquelle elle appartient (ex: un spermatozoïde). Et c'est sur ce principe que Threadgill a développé sa méthodologie pour Zooid: les compositions sont organisées le long d'une série de blocs d'intervalle de trois notes, dont chacune est assignée à un musicien, qui est libre de se déplacer dans ces intervalles, improvisant des mélodies et créant un contrepoint d'un intervalle à l'autre.

Le système fournit ainsi le canevas nécessaire pour un dialogue ouvert dans le groupe en encourageant les musiciens à chercher de nouvelles façons d'improviser. Des musiciens qui se challengent et qui prennent l'initiative de tirer la musique dans une direction, d'aller vers des consonances et des dissonances; un système qui favorise l'exploration personnelle aussi. Ainsi, Threadgill définit un nouveau modèle de "free" jazz, au sens de la musique libre et créative.


Essayons d'être exhaustif alors que cette musique fourmille de particularités.

En Occident, la mélodie est considéré comme un élément fondamental d'une musique "réussie" et qui plait. C'est même l'élément sur lequel on se focalise en premier lieu. Pour la musique universelle, la mélodie est un élément parmi d'autres. Alors que Threadgill est un orfèvre de la mélodie - le genre de mélodie évidente, mais pas trop, celle qui vous titille et dont on veut entendre le paroxysme car on le devine explosif - il décide ici de la camoufler sans totalement l'ignorer au bénéfice de la "compositional improv". Signe distinctif de Threadgill, sa musique est régie par des rythmes complexes en tension extrême. Malgré cet ensemble de choix radicaux nécessaire à ce concept musical hautement intellectuel, la musique est balancée par un funk énigmatique, impalpable, omniprésent, en impulsion permanente, autre signe distinctif du compositeur.

Zooid utilise des instruments aux tessitures différentes comme le tuba frémissant de Jose Davila, qui accompagne Threadgill depuis une dizaine d'années, la guitare magique de Liberty Ellman, qui produit cet album, et le son aigre ou rugueux, d'un sax alto souvent brusque et le souffle velouté de la flûte de Threadgill.


Quelle impression laisse This Brings to Us?

Celle d'une musique en permanence au fil du rasoir, pourvue d'une densité aigüe. Celle aussi d'une musique "topographique" (en particulier "To Undertake My Corners Open"). Grâce au concept de "compositionnal improv", un mouvement chamboulé se fait sentir quelque part en nous. La musique ne fait pas qu'évoquer une vision plane, elle répercute l'écho du relief d'un terrain. Comme si on ajoutait une troisième dimension d'un espace que l'on perçoit à deux dimensions. Marginal et magistral.


Mon-avatarJérôme Gransac

 

Petit extrait vidéo:

 

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 18:11

Buscando-La-Luz---marguet.jpg

 

 

1 CD Le Chant du Monde/Harmonia Mundi - 2010

 

Christophe Marguet (dr), Bruno Angelini (p), Sébastien texier (saxs), Mauro Gargano (cb)


 

Deux ans après la sortie du très inspiré « Itrane », Christophe Marguet prolonge l’aventure du quartette « Résistance Poétique » autour de nouvelles compositions écrites spécialement pour cette formation. Un groupe qui lui tient particulièrement à cœur car il semble avec ce quartette avoir trouvé la formule idéale, tant sur le plan musical que sur le plan humain. Le souffle écorché, fluide et sensible de Sébastien Texier allié au frénétique jeu de piano de Bruno Angelini, assurent le côté aérien, tandis que la sonorité ronde et solide de la contrebasse de Mauro Gargano, associée au fougueux et subtil jeu de batterie de Marguet, explorent les racines terrestres. Il faut mentionner aussi l’efficacité et l’apport essentiel de la direction artistique de Régis Huby ainsi que la minutieuse clarté de la prise de son de Philippe Tessier du Cros. Un groupe soudé, attentif, cohérent et en parfaite osmose, qui évolue et se bonifie avec le temps, en proposant une musique mélodique et poétique, en quête de sons et de lumière, les oreilles tournées vers l’immensité du ciel. Une place plus importante a été laissée au travail introspectif de chaque musicien, qui à travers leur propre univers participe à la cohésion sonore du collectif. Des huit nouvelles compositions de Marguet, on retiendra tout particulièrement la portée lyrique de « Two Hands For Eternity » (où clarinette alto et contrebasse assurent une belle continuité flamboyante), la fabuleuse énergie communicative de « Enfin » (avec en apothéose le solo de batterie du maître Marguet), le climat introspectif des « Paroles d’I » (porté par un délirant chorus de piano) et les changements de tons et d’humeur dans « What A Glorious Day » où Sébastien Texier propulse son sax alto dans la cour des plus grands. Un disque lumineux, incandescent et spirituel, idéal pour l’été.

 

 

En concert, le 24 juillet prochain aux Arène du Jazz à Paris.

 

Lionel Eskenazi

 

Site

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 18:08

cover-The-Link.jpg

FairJazz - 2010

 

Jean-Christophe Béney (ts, as), John Roney (p), Fraser Hollins (cb), Martin Auguste (dr).

 

 

 

 

 

Mystifiant!

Voilà un album qui fait tout notre plaisir. Et on ne va pas le bouder, croyez-moi. Après la très belle impression que nous avait laissé Pop Up, qui ravit encore nos oreilles, Jean-Christophe Béney, basé à Montréal, nous revient avec The Link, son cinquième album, qui confirme la stature grandissante du saxophoniste ténor français.
Elevé à l'école américaine du jazz et entouré du pianiste canadien John Roney, musicien épatant, de Fraser Hollins à la contrebasse et Martin Auguste à la batterie, le quartet de Béney dispose d'un line-up plutôt méconnu en France.

Le casting des pièces est aussi original: un des premiers traits de caractère de The Link est sa suite en cinq parties agrémentées de quatre transitions. Un deuxième serait cette très belle couverture qui nous montre deux mains nues qui se saisissent: celle du saxophoniste et d'un enfant (Maïly).

The Link est un cd à plaisirs multiples: on se délecte du son saisissant de Béney: un "son de chêne", pour reprendre les propos de Michel Contat. On y retrouve aussi des compositions puissantes avec des mélodies chantantes qui ont toutes leur légitimité. Surtout, The Link nous fait penser à bien des égards à "Love Supreme" de JC: la puissance du quartet, l'humeur transcendée des musiciens, la tournerie impeccable, le sens de la narration, le caractère sacré de ce qui unit ces quatre musiciens. Et il en faut du talent et de la maturité pour garder toute sa personnalité musicale en faisant de l'œil à une certaine coltranité; celle de l'engagement, et du lyrisme. Nous vous invitons à lire le "petit parcours descriptif de la suite" en bas de cet article.

Béney et Roney sont magistraux, leur dualité est réelle et le lien qui les unit est évocateur. Mais il faut souligner le travail du batteur Martin Auguste, vif et tranchant, à la patte américaine et du contrebassiste Fraser Hollins à la sonorité ronde et rebondissante; une rythmique béton. Bref ce quartet est bien vivant, dans la mouvance new-yorkaise, avec la marque de fabrique d'un saxophoniste qui sait composer des mélodies qu'on imprime.
Avec
The Link, son cinquième album, Béney vient de grimper d'un coup quelques marches de l'échelle pentue des très grands.

Site de JC Béney

Un petit parcours descriptif de la suite:


Sur "Part 1", Béney, capable de belles variations de thèmes, commence au ténor par une pièce enlevée, très dense et enivrante qui s'éteint avec "Transition 1" où Béney laisse la place au piano. John Roney ouvre "Part 2" lentement, en partant de rien et Béney laisse parler son soprano à la sonorité rugueuse, un brin rocailleuse, sur un rythme sud-américain. Sur ce morceau, le collectif est lié par une mélodie forte et une dynamique élastique dans une formule modale. Sur "Part 3", John Roney jaillit avec quelques interventions malicieuses et inspirées dans les interstices qu'ouvre Béney. L'accompagnement du pianiste est en permanence sur le qui-vive et ses chorus, brefs, sur la brèche. Sur "Transition 3", Béney en solo épuise la mélodie, comme un fumeur invétéré fume sa dernière cigarette, et ouvre sur celle de "Part 4" à nouveau engageante. "Part 4" est une alternative aux autres pièces avec un lyrisme reposant et une respiration nécessaire à la suite. A nouveau dans la veine coltranienne, "Part 5" est une ballade-complainte déchirante et envoutante où Béney joue magnifiquement avec contraste et une sensibilité à fleur de peau. Sur chaque pièce, le thème est exploité de fond en comble par l'ensemble du quartet. Ce lien partagé se convertit en une quasi-transe stupéfiante.


 

 Jérôme Gransac

 

 

 

 

 

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 11:54

Insensiblement.jpg

 

INSENSIBLEMENT  (Django)

Alain Gerber

Editions Fayard, 322p  - 19 euros

django-gallimard.jpg 

 

DJANGO

Editions Gallimard Jeunesse Musique

Collection Découverte des Musiciens

1 livre + 1 Cd, 16 euros

 

 

 

Cette année ( l’année Django) les livres consacrés au guitariste de Samois, se succèdent. On aurait bien sûr aimé que la vraie référence en la matière, l’ouvrage que Charles Delaunay lui a consacré soit enfin réédité avec tout le matériau discographique. Certes on se ruera pour les plus passionnés ( et fortunés) sur les intégrales Django.  Mais à défaut d’accéder au Saint Graal on se contentera des quelques publications qui émergent ça et là. Certaines de qualité d’autres moins.


Au rayon didactique, les Editions Gallimard Jeunesse Musique poursuivent le travail consacré à l’histoire des grands musiciens de jazz raconté pour les enfants.  L’association de Remi Courgeon ( pour l’illustration), de Stephane Olivier ( pour les textes) et de Lemmy Constantine ( en narrateur du CD) a déjà fait ses preuves dans l’ouvrage consacré à Armstrong. Ici c’est un très bon travail pédagogique qui, en 12 pages à peine permet à nos chères têtes bondes de connaître Django. L’histoire racontée est très simple et les questions posée aux enfants  joue sur l’intercativité candide ( attention c’est à l’usage de 6-10 ans). L’ensemble est bien illustré par le dessin efficace de Courgeon et par une bonne iconographie d’archive. Enfin les 13 titres « incontournables » balaient 1937-1953. Une excellente façon en somme de faire entendre (et comprendre) autrement le jazz aux enfants.

  

Autrement ambitieuse est l’entreprise d’Alain Gerber, au rayon « Biopic ». Alain Gerber que l’on ne présente plus s’attache à peu près tous les ans à raconter toutes les grandes figures du jazz sous l’angle « le jazz est un roman ». Cette année, Django ne pouvait bien sûr pas faire exception.

« Insensiblement » est le titre d’un morceau interprété par Paul Misraki. C’est aussi un manière pour Alain Gerber de montrer le cheminement subtil qui conduisit Django entre le jazz du Hot Club de France et celui du Bebop naissant puis fleurissant dans les caves du Club Saint Germain où Django donna ses derniers concerts. En romançant à l’extrême son sujet ( au point comme souvent avec Gerber de ne plus savoir démêler le vrai du faux et en faisant parler son sujet intérieurement), l’auteur prend un angle d’attaque original et très noir où le guitariste est ramené à son état d’âme cornélien qui lui viendrait de sa fascination pour le jazz américain. Ce qui nous vaut un long détour par quelques clichés sur l’histoire du jazz, déjà racontés par Alain Gerber dans ses autres romans (détours par Coleman ou par Lester). C'est vrai qu'il y a cette rencontre avec Coleman Hawkins

et cette portion congrue à laquelle le guitariste eut droit dans l’enregistrement mythique du Honeysuckle Rose du 28 Avril 1937. Et certainement il y a le désir qui dû tirailler le guitariste entre sa soif de reconnaissance de la part de ses héros du jazz et son désir d’homme libre. Abordé sous cet angle, la désillusion du voyage Ellingtonien, fondement du livre, prend une certaine saveur romanesque. Et puisqu’il s’agit d’un naufrage, et qu’il s’agit d’un manouche qui a toujours affiché sa liberté sauvage, Gerber saute sur le sujet pour broder autour de son personnage une trame biographico-littéraire qui lui tendait les bras. Au point de s’y vautrer parfois en y faisant intervenir une Lorna supposée être la fille aux Yeux Noirs. Personnage fantomatique qui apparaît au fil des chapitres et donne lieu à de très mauvais passages,  d’une lourdeur littéraire à laquelle Gerber ne nous a jamais accoutumé.

Il n’en reste pas moins que Gerber connaît parfaitement son sujet et se pose en sondeur admirable de l'âme humaine. D'acocrd avec Franck Bergerot pour affirmer qu'en rompant aevc cette image d'épinal  du guitaritse Gypsy, Alain Gerber casse le cliché commode et donne un nouvel éclairage à la personnalité et à l'oeuvre du guitariste. Sous un autre jour, Gerber aurait pu aborder le guitariste au coin du feu, compositeur de symphonies, passionné par Charlie Christian, ouvert aux autres musiques avec une passion dévorante et enfin auteur des plus belles compositions de l’histoire du jazz. Il aurait alors pu  titrer alors son ouvrage …. «  Sensiblement ».

Jean-Marc Gelin

 

 

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 22:30

 

Fresh Sound New talent 2010

Ramon Fossati (tb, conques), Olivier Brandily (as,fl, clb), Laurent Bronner (p), Nicolas Rageau (cb), Luc Isenmann (dm), + Marti Serra (ts), Giulia Valle (cb)

 

 

freaks.jpg

Ça,  on aime bien ! Disons le tout net. Car voilà des petits jeunes qui, si vous les écoutez, ne manqueront pas de vous donner une sacrée pêche du genre à sortir de chez vous et à aller dans la rue avec l'envie d'embrasser la bignole ou la première pervenche venue quand bien même celle-ci serait en train de vous aligner un PV méchant.  Car moi je vous l'dit, s'agissant d'un disque produit par un label Catalan, ces espagnols sont bels et bien irrésistibles ! C'est bien simple, ils gagnent tout ! Car Fresh Sound New talent le label que l'on avait un peu tendance ces dernières années à cataloguer dans un jazz new-yorkais saxophonistique un peu formaté nous prend ici à contre-pied dans une formule franco-espagnole que l'on n’attendait pas. Ce groupe qui puise allègrement ses influences clairement assumées et appuyées du côté de Ellington, de Mingus et de Carla Bley a tout compris de ce jazz inventif, pétillant et même audacieux. Bigrement bien écrit et sacrément bien joué (on pense notamment à ce diable de Ramon Fossati au trombone, sorte de Gianluca Petrella à la mode ibérique) ce jazz là vous donne envie d’en réécouter et d’en rrécouter encore.

Freaks ou Chicken sont deux pièces assez clairement "Mingusiennes", dans lesquels le collectif et les solistes font corps dans une approche presque jungle. Les musiciens semblent s'amuser dans l'interprétation de ces morceaux très exigeants où rien n’est stable et surtout pas linéaire. Le pianiste Laurent Bronner joue les subtils décalages et la musique évite les lignes straight pour déraper avec un grain de folie soutenu par un Ramon Fossati qui entraîne ses partenaires sur un terrain joyeusement instable. Avec Naked Snake on est dans un univers à la Quincy Jones ou à la Oliver Nelson avec cet art subtil, et sensuel de faire sonner cette danse du serpent comme un big band très 60's avec ces cuivres au swing lascif.  45ème angleest une sorte de comédie à l'italienne, facétie musicale alerte et mutine. Et toujours , tout au long de l’album le soin extrême porté au travail sur l'écriture, la masse orchestrale et les arrangements dans un bazar bien organisé et jamais trop sage. Où chaque morceau fait l'objet de développements travaillés, de tiroirs qui s'emboîtent sans jamais perdre en cohérence. Sur K l'univers est plus sombre mais toujours avec ce décalage où le swing joue les contretemps. Enfin l'album se termine par un Line 475 signé de Fossati qui évoque plus la Nouvelle Orléans et les fanfare bop -funky. Et pour tout dire tout au long de ces 9 plages, le temps s’est écoulé avec une admirable fluidité.

De quoi sortir de cet album avec en tête une musique à la légèreté fondamentalement ancrée dans les fondamentaux du jazz. c'est à la fois exigeant et terriblement enthousiasmant. Ca n'oublie jamais que le jazz parle autant à la tête qu'aux pieds et, combe du luxe, ça parvient à ne jamais se prendre trop au sérieux. Une totale réussite. Et viva espagna !

 

ma pommeJean-marc Gelin

 

 

 

 

 

 

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 12:43

Mariage RJM 06 09 148
la-grande-forge.jpgLabel Forge
Mai 2009
Site


Article paru le 20/06/2010

 

Voilà donc le dernier opus de « La Grande Forge », collectif grenoblois de huit « compositeurs improvisateurs réunis » pour notre plus grand plaisir : ces instrumentistes chevronnés, à la belle ardeur s’entendent à merveille pour conduire leur équipage dans un voyage sonore aventureux.
La musique partagée ne cesse de raconter une histoire, comme une petite suite entre le morceau inaugural  "Looking glass #2" et la reprise finale "Through the looking glass #2"  : on se laisse couler et emporter dans le creuset, comme le métal brûlant qui arrive à fusion. Mais une fusion nouvelle qui briderait ses passions.  Un groupe moderne, post moderne peut-être ?
Cette musique techniquement parfaite déploie  une énergie constamment canalisée, entrecoupée de surprises vocales (la violoniste Takumi Fukushima  aux déclarations plus ou moins brutales (Vie russe ), d’échanges permanents sans clichés entre un clarinettiste allumé Michel Mandel, un saxophoniste pluriel Yves Gerbelot, Fred Escoffier aux claviers électriques bien dosés, un trompettiste Patrice Bailly qui strie l’espace d’aigus affûtés, alors que Pascal Berne, à la contrebasse et Emmanuel Scarpa, à la batterie assurent une rythmique complexe, élégante et néanmoins puissante.
Une partition musicale effervescente mais cohérente avec des solis menés à vive allure sur des compositions partagées entre tous, même si l’on reconnaît le sens des arrangements du pianiste François Raulin ( Pollock Jackson )  et un certain talent à Emmanuel Scarpa ( cofondateur avec Fred Escoffier du trio « Umlaut ») : on passe facilement de l’hypnotique "Témoin indésirable"  au valsant  "Des Kinder" au repas,  sans oublier les hoquets et chuchotements d’" Epure", tant ces voix s’élèvent avec bonheur et complicité, équitablement : décidément on aime à s’approcher du feu attisé par le soufflet de La Grande Forge, qui, sans trop marteler, fabrique de précieux alliages et des textures sonores toujours surprenantes.

Sophie Chambon

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 12:13

Wayoflife.jpg

 

Act - 2010

Article paru le 20/06/2010

 

EVENEMENT!

 

Céline Bonacina (bs, as, ss, voc), Nicolas Garnier(elb), Hary Ratsimbazafy(dr, perc, voc), Nguyên Lê (elg sur 3, 7, 11, 12)

 

Site

 

Le trio de Céline Bonacina, connu aussi sous le nom de Alefa!, avait marqué les esprits avec son premier album « Vue d’en haut ». Aujourd’hui, « Way Of Life » sonne la naissance d’un nouveau trio avec l’arrivée de l'excellent Nicolas Garnier à la basse électrique. Le batteur malgache Hary Ratsimbazafy est fidèle au poste et se présente comme un batteur polymorphe et très efficace. Céline Bonacina montre à nouveau qu'elle est probablement la plus grande saxophoniste baryton de la scène française. Voilà, le décor est planté et semble bien avoir pris depuis un an. En effet, le trio est lauréat du concours Jazz à Vienne 2009 et "Way of Life" parait chez Act - le label allemand de Siegfried Loch - avec qui Céline Bonacina signe un contrat d'artiste. Cas devenu très rare de nos jours. Enfin, le guitariste Nguyên Lê, d'abord venu pour jouer sur quatre titres, est galvanisé par la musique du trio. Il participe alors de manière prégnante à la production artistique du cd et à sa finalisation.

Devant l'enthousiasme que suscite le trio, sa musique a bien sûr évolué. "Vue d'en haut" nous avait marqué par sa fraicheur et ses compositions ciselées. Avec « Way Of Life », la musique est moins alambiquée et moins mystérieuse. Car Céline Bonacina est comme desinhibée, joue « straight » et va à l'essentiel en faisant fi des fioritures ego-narcissiques et de la performance. Sa musique est astucieuse et évidente par sa clarté, totalement jubilatoire et vibrante. L’accent est mis sur le métissage des genres afro (La Réunion, Afrique, jazz, fusion) et le sax baryton, à la fois instrument soliste et rythmique, tient la place centrale du disque (on rend hommage à l'excellente prise de son). Nguyen Lê apporte la coloration fusion/jazz-rock de l'album et Hary Ratsimbazafy déploie de très solides rythmiques (« Ekena », « Entre deux rêves » rappelle les ambiances Mahavishnu), colonne vertébrale de cette musique. Les quelques nappes musicales ajoutées en post-production et les vocalises densifient la texture des pièces et agrémentent les mélodies. Bonacina œuvre à la résonance de son instrument et lui confère un groove transcendé. Le côté tribal de la musique explose dans son instrument : souffles, respirations, ronronnement, growl font partie intégrante du groove Alefa!. « Way Of Life » fait vibrer et procure un bien fou. On le dévore sans interruption. Elle fait quoi en ce moment Bonacina? Elle avance...

 

Jérôme Gransac

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 11:39

rock-progressif.jpg

 

 

 

 

 

 

 


Editions LE MOT ET LE RESTE
Avril 2010, 452 pages.
www.atheles.org/lemotetlereste



Rendons hommage à l’entreprise titanesque d’Aymeric Leroy qui a réussi, après de nombreuses années consacrées aux musiques progressives, un travail d’analyse critique exhaustif, à partir de recherches historiques fouillées.
A la lecture de cette somme, véritable « labour of love », vous saurez tout sur ce mouvement complexe qui a commencé en 1969 : plus de quarante années d’activité pour plus de soixante groupes dans le monde, en Europe essentiellement et surtout en Angleterre, depuis l’acte fondateur de KING CRIMSON (KC pour les intimes) avec l’extravagant Robert Fripp aux commandes du sensationnel « 21st Century Schizoïd man » ( Chapitre « A king is born »).
Le parti pris est chronologique et non thématique pour mieux couvrir et cerner une réalité complexe : de la parfaite adéquation entre artistique et commercial des premières années, à l’apogée (Effervescence 1970/ Masterworks 1972), au déclin, (1978 Annus horribilis) et autres soubresauts des années 80 (Survival), jusqu’à l’actualité de la dernière décennie du XXème siècle (Revival).

 

Lire la suite

 

SOPHIE CHAMBON

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 10:29

 

 

CANDID 2010

Pete Judge ( tp, fchn), Jake McMurchie (sax), Jim Barr (g,b), Clive Deamer (dm)

get-the-blessing.jpg

 

Lorsque deux membres du groupe Portishead s'accoquinent au jazz, cela peut donner, on s’en doute quelques surprenants résultats. Ce premier album de Get The Blessing produit par le bassiste du groupe de pop anglais, porte ainsi la marque d'une musique qui marche constamment sur ses deux jambes, le jazz et l’improvisation ternaire d’un côté et la pop anglaise avec sa rythmique lourde et noisy de l’autre.

Car ce groupe britannique venu de Bristol (comme Portishead) entend bien donner un coup de pied dans la fourmilière et faire exploser les lignes. Si jazz il devait y avoir, c’était au départ plutôt du côté d’Ornette Coleman dont le groupe s’inspirait lorsque dans les années 2000, il jouait dans les clubs de Bristol. Mais c’est aujourd’hui totalement vers un autre univers qu’ils se tournent, un autre son qu’on chercherait plutôt entre leurs racines trip-hop, acid jazz (Bugs in amber) et les résonances africaines des Ethiopiques (The word for moonlight is moonlight). Mais ce qui marque l’originalité de ce groupe c’est avant tout et surtout l’apport très fort de Jim Barr et de Clive Deamer respectivement bassiste et surtout batteur du mythique groupe pop qui viennent là insuffler une toute autre histoire.

Après une entame d'album pas terrible qui joue un peu à l'esbroufe sur sirène de police dans le genre " poussez vous on arrive ", on a l'impression que le choc annoncé fait un peu, pshiittt. Il faut attendre le 3ème morceau (Unnameable) pour que le couple basse/batterie reprenne les choses en mains et installe un groove un peu sale que l'on retrouve sur plusieurs titres comme notamment sur The Speed of Dark, moment clé de l'album s'ouvrant sur un rythme tribal et que l’on suit tel un explorateur à la dérive. Il y a aussi quelques tensions extrêmes dans cet album, des passages de punk un peu noisy. Parfois le pari est pris d'assumer le côté plus jazz Ornetto-Colemanien comme dans So it goes. Avec cette alliance des cuivres très jazz et de la rythmique très pop on balance alors toujours entre ternaire et binaire comme dans ce Bugs in amber entre funk et rock lourd. Ce qui amène parfois à une écriture un peu artificielle faite de ruptures sèches.

Dans tous les cas ça s'investit à fond, ça mouille la chemise, ça déchire le sax (Yes I said yes I will Yes). De l’énergie, c’est sûr ces garçons là en ont autant à revendre que des groupes comme Bad Plus ou plus près de nous, No Jazz.

Remarqué par la presse britannique comme the Independant ou encore encensé par la BBC ( Album of the year award), Get the Blessing surfe toujours sur la même veine un peu cogneuse avec la ferme intention de réinventer le genre.

La conclusion de l'album avec ses bruits de  fonds et ses craquements renforce l'impression d'un album un peu garage, fabriqué avec les moyens du bord. Ce work in progress, dont on espère qu’il ne tombera pas dans les pièges d’un marketing un peu forcé ( voir le site du groupe et les clips qui vont avec….) devrait rapidement nous montrer qu’au fond des caves anglaises la musique se réinvente toujours.

A découvrir en concert. Avis aux programmateurs

  ma pomme

 

 

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