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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:06

JJ WILDMIMI ANTIGROOVE SYNDICATE: “Groove-je ?”

Label Bleu 2006

 

Boris Boublil (p, org, vc), Rémi Sciuto (as, fl, vc, bass6rhodes et Scie), Antonin Leymarie (dm, glock, harmonium)

 

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:04

JJJJTRIO BEYOND: “Saudades”

 Jack De Johnette/ Larry Golding/ Johns Scofield

 ECM 2006

A Coutances, on savait bien qu’il s’agirait d’un événement. Car ceux qui avaient déjà eu la chance d’entendre cet album présentant dans son intégralité 2h30 d’un concert donné à Londres en Novembre 2004 n’en était pas tout à fait revenu. Car ce trio créé au départ pour jouer en hommage à Tony Williams se situe bien au-delà d’une simple formation tournant autour d’un simple « tribute to ». Bien au-delà. Beyond. Le génial batteur de Miles Davis disparu en 1997 est certes bien présent dans cet album dominé par les couleurs jazz rock des années 70. Et ce n’est certainement pas un hasard si la réédition en 2003 de l’album « Emergency » de Tony Williams en trio avec John Mc Laughin (g) et l’organiste Larry Young est ici une référence incontournable. Deux titres (Spectrum et Emergency) en sont d’ailleurs repris. Mais « au-delà » de cet exercice on voit bien que les trois hommes peuvent s’emparer de n’importe quel répertoire et lui imprimer véritablement leur propre marque. Pourquoi pas alors s’aventurer du côté de Big Nick de Coltrane ou d’un énorme standard comme I fall in love too easily pour les façonner autrement, au-delà. Et c’est dans l’espace d’un long concert, totalement affranchi des contraintes de format, que ces musiciens parviennent, en temps réel à développer avec autant de science de l’improvisation, ce son et cet espace absolument uniques. Parce que les années ont passées et que ces trois musiciens géniaux ont goûté à d’autres délices, ils transcendent totalement le jazz rock des années 70 (ou fusion) tout en sachant y rester d’une grande fidélité.

 

 

Au rock moelleux de John Scofield s’associe le son lunaire d’un Golding marchant sur les traces d’un autre fameux organiste, Larry Young. Scofield survole l’exercice, balance entre improvisations totalement débridées, citations inventives (Seven Steps), chorus fous et sonorités poisseuses à vous coller aux basques comme dans Saudade qui atteint là des sommets de guitare. Golding lui, pose le jeu, déroule le tapis et lisse les inflexions de Scofield quand il ne se transforme pas lui même en deuxième guitariste comme dans ce Seven Steps to heaven   à un moment donné (tel Coltrane/Elvin Jones), Scofield s’efface pour laisser Golding et De Johnette dans un face à face à haute tension.

 

 

Pour se convaincre que cette association là est d’une complémentarité aussi évidente que riche, il n’est que d’entendre les longues introductions à l’orgue sur As One ou sur I fall in love sur lequel Golding crée une sorte d’éther musical, une torpeur languide totalement décalée en ouverture de John Scofield qui peut alors s’emparer du thème et se l’approprier.

 

 

Mais le maître absolu de cet album, l’extra terrestre, celui qui constamment imprime sa marque est l’IMMENSE Jack de Johnette. Jamais nous n’avions entendu le batteur atteindre un tel sommet. Et s’il y en avait un seul qui pouvait légitimement rendre hommage à Tony Williams, c’est bien lui. Maître absolu des cymbales (auxquelles il rajoute des petites cymbales inversées) son jeu est tout droit issu de celui du batteur de Miles. Mais «  au-delà » il incarne là une sorte de synthèse entre le jeu de Tony Williams et celui d’un Elvin Jones, les deux grands inventeurs de la batterie jazz avant Paul Motian. Jack de Johnette s’inscrit dans leur tradition et se lâche comme rarement auparavant. Porte cet album à bout de bras. Insuffle une mise en tension permanente, structure/destructure la base rythmique tout en donnant toujours le sentiment d’être constamment dedans, innove, invente, transcende le discours des musiciens. Anime et donne le tempo comme on donne la vie. Un travail de géant. De Johnette est le seul aujourd’hui qui peut à ce point et avec autant de génie, casser les riffs, casser les structures rythmiques sans jamais, jamais porter atteinte à la dynamique dont il reste le gardien. Joue avec le feu. Inventeur inouï. Son solo sur Spectrum, à la manière d’un Billy Cobham semble venir d’une autre dimension.

 

 

On pourra certainement objecter que cet album tourne un peu en rond autour du même modèle. Qu’il présente quelques longueurs. Celles que l’on retrouve forcément en concert lorsque les musiciens ne s’imposent plus aucune limite pour « tourner autour » et créer des espaces sonores. Mais il fallait ce temps long pour nous emmener dans leur autre dimension. Nous emmener au-delà. Bien « Au-delà ».

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

(*) Billy Cobham seul batteur à pouvoir rivaliser avec Johnette sur ce terrain là, avait signé en 1973 un album qui s’appelait justement « Spectrum »

 

 

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:03

JJJJ Bernard Struber Jazztett : « Parfum de récidive »

 

Chant du Monde 2006

 

 Survivant des Orchestres régionaux, l’ancien ORJA, devenu Jazztett, créé en 1988 par Bernard Struber à partir de la classe de jazz du Conservatoire de Strasbourg, en est à son cinquième disque, un nonet  à l’instrumentation rare (trois anches, une trompette, un violon, claviers, orgue,  guitare, batterie).

 

Après Les Arômes de la mémoire, fort réussi, Bernard Struber pensait intituler son prochain album Les arômes vol. 2 mais  le titre lui paraissait trop mercantile, et il désirait "passer à une suite parfumée ». C’est que Struber n’est jamais à court d’idées. Il continue : « Le langage courant associe souvent danger et récidive, comme dans l’expression « dangereux récidiviste », alors que se mettre en danger, c’est la situation de l’artiste, de l’improvisateur en particulier. » Le personnage ne manque pas de répartie, on s’en rend compte. Struber explore depuis longtemps tous les univers avec gourmandise, refusant chapelles et sectarismes, hélas fréquents même dans les musiques actuelles : il goûte volontiers les musiques traditionnelles d’Afrique ou d’Asie, le blues et le jazz des premiers temps, Armstrong et Zappa, ce qui ne saurait (nous) déplaire.

 

 

Quant au musicien, il joue de l’orgue mais aussi du piano et de la guitare. Sa direction souple mais orientée ne laisse point de doute : il ne faut pas attendre longtemps après l’ouverture lente, élégamment songeuse, du premier thème (« Prélude à l’inattendue ») pour reconnaître un vrai son de groupe dans le titillement joyeux des anches qui s’emballent au son d’une batterie déchaînée.

 

 

 Ça joue vite, fort et bien. Les amateurs de musiques non exclusives apprécieront les ruptures de rythme entre et au sein même des morceaux, l’alternance de pièces rêveuses et très contemporaines (la clarinette et clarinette basse de Jean-Marc Foltz dans  la petite suite des «  parenthèses du silence ») avec le rock le plus ardent. Il est vrai que la rythmique est conduite de façon impériale par Eric Echampard, sans doute le batteur le plus doué pour effectuer le passage, toujours délicat, entre jazz et rock ("Fécondation in rythmo"). Difficile d’isoler des titres car l’ensemble s’écoute d’une traite, l’architecture globale ménageant des transitions au final plus subtiles qu’on aurait pu le croire. Titres toujours singuliers, inattendus, à l’image du chef et de ses hommes. Cette musique accroche immédiatement, on ne sait trop où elle nous conduit, elle ne se laisse pas faire et résiste à toute tentative d’interprétation trop rapide. Ce qui évite de s’enliser dans un ennui trop... prévisible justement.

 

 

Voilà en quoi Bernard Struber a le mieux retenu la leçon de Zappa : dans l’art de pratiquer des superpositions élégantes et des collages qui désarçonnent, l’art de toujours prendre l’auditeur par surprise, tout en lui promettant pourtant de le conduire jusqu’ « Aux Portes du désir ». Pour avoir une des clés de la musique de ce superbe Jazztett, écoutons encore Struber : « D’un point d’ouïe musicale, ces musiques ont été conçues et interprétées dans l’imaginaire du rock, oxygène majeur de notre éveil à la musique ». Ce n’est pas seulement une question de génération ; c’est le plaisir des sens, le goût non pas de la provocation mais d’une saine rébellion, l’urgence de la déclaration, que fleure bon l’arôme rock  issu du corps même de la forme jazz.

Sophie Chambon

 

 

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:02

JJJ LAURENT MARODE : « I mean »

 

 

autoprod 2006 (*)

 

 

 

 

 

 

 

La découverte de cet album nous plonge directement dans une esthétique que l’on connaît bien. Un esthétique des albums Blue Note ou Contemporary. C'est-à-dire en fait dans la mouvance (néo) hard boppienne des années 60 pour un album qui aurait tout aussi bien pu être enregistré du côté de Englewood Cliffs, New Jersey. Pourtant le jeune élève de Katy Roberts qui signe là son premier album, apparaît comme un compositeur soucieux de perpétuer cette tradition du jazz mais aussi de la dépasser. Discrètement, par petites touches astucieuses, Marode sait sortir des canons du genre : décalages, ruptures de séquences, doublement des tempis, contrepoints astucieux brouillent les pistes histoire de nous faire hésiter entre Benny Golson et Andrew Hill (comme dans ce I mean faussement linéaire et faussement déstructuré aussi). Énergie ternaire et swing dominent l’album qui s’appuie par ailleurs sur de  très grands solistes. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore ils ont là une chance de découvrir le formidable saxophoniste, David Sauzay. Car ce garçon possède dans son jeu une vraie élégance. Celle d’un phrasé sûr et puissant mais avec  cette pointe de nonchalance qui nous fait penser irrésistiblement au jeu de Harold Land (La petite ourse et surtout Petit Conte Gerry). Tiens d’ailleurs, Gerry puisque l’on en cause, parlons en ! En voilà bien un qui est un génial dans son coin ! Genre renard des surfaces à se faire oublier et à vous sortir un growl de la mort qui tue. Gerry Edwards, l’américain de service, compagnon d’armes recherché sur la scène française, Gerry Edwards, la sombre légèreté du trombone. La sauvagerie civilisée, maîtrisée. Genial ! On restera un peu sur notre réserve sur Rasul Siddik aux contours parfois un peu caricaturaux mais avec cette formidable capacité à salir le son histoire de bien montrer que ce n’est pas un truc pour minots de bonne famille.

 

 

Quand à Laurent Marode, il possède son sujet. Maîtrise cette part du jazz. Laurent Marode n’est pas d’ici ni vraiment d’aujourd’hui. Il est allé chercher ce jazz que l’on aime tant du côté de la 52° rue. Il nous l’offre ici avec une parfaite maîtrise de ce qu’il a déjà entendu.  Et ce qu’il a entendu hier n’a pas pris une ride. Marode nous en fait là une bien brillante démonstration.

 

 

Jean-marc Gelin

 

 

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:01

JJJ PATRICK FAVRE: « Intense»

 AxolOtl 2006

 Avec Patrick Favre on découvre un pianiste de la profondeur. Un peu comme une plongée au milieu d’abîmes mystérieuses où les ombres semblent un peu plus étrange émergeant d’un bleu à la fois fluide et sombre. Les compositions riches de Patrick Favre y sont envoûtantes. Compositions jouant sur les atonalités et les gammes chromatiques ainsi que sur un jeu dodécaphonique qui utilise tous les intervalles, explore autour d’un même thème toutes ses déclinaisons modales.

 Son jeu qui utilise plutôt la partie gauche et médium du clavier possède cette sombre clarté que l’on retrouve chez quelques pianistes de ses contemporains. On pense à Svensson mais surtout à la gravité d’un Brad Meldhau au discours qui sans être pesant est cependant dénué de toute légèreté. Discours orienté vers la profondeur des harmonies, les ruptures rythmiques et une sorte de résonance pastel. Mais  aussi discours rigoureux bâtit sur une belle assise rythmique à l’encadrement presque géométrique. Le contrebassiste nîmois, Guillaume Séguron déjà entendu aux côtés de François Raulin et Marc Mazzillo excellent à la batterie, contribuent tous deux à la mise en tension de ces compositions denses comme dans ce Thalie où elle possède à la fois la rigueur de ceux qui délimitent un territoire et l’anarchie retenue de ceux qui font un peu bouger les frontières, permet au pianiste d’explorer avec une grande délicatesse un univers fascinant. Intense, en milieu d’album donne une autre respiration, une sorte de balancement ternaire. Cette construction intelligente de l’album présente en revanche un caractère parfois répétitif où la déclinaison d’un motif central en différentes couleurs tonales tourne en rond autour de la même structure harmonique. On en arrive presque à guetter la perte de contrôle, l’atonalité non voulue. Le petit grain de folie. Mais on se laisse séduire par ce pianiste rare, remarquable compositeur dont la densité du jeu possède une vraie personnalité. Un charme troublant.

 

 

Jean Marc Gelin 

 

 

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:00

JJJ TRIO RESISTANCE: « Etat d’Urgence»

 Cristal 2006

 Ça commence comme une longue plainte lancinante, grinçante suivie d’une mélopée, sorte de chant d’espoir qui se perdrait lentement dans quelques profondeurs. Patria de multitudes chant révolutionnaire des plateaux andins autrefois repris par les Quilapyun ouvre l’album. Il laisse place ensuite à la rage et la fureur d’un sax ténor dont les raucités font irrésistiblement penser à Sonny Rollins et ouvre un dialogue avec la batterie comme pour faire parler la foudre (Abacus de Paul Motian). Car Trio Résistances pour son troisième album reste résolument ancré dans une musique de combat. Alors que l’on se souvient du travail de Mirabassi sur « Avanti », le trio ici associe à quelques grands thèmes de la lutte, comme ce Pueblo Unido sublimement reconstruit et revisité, leurs propres compositions. Le saxophoniste Lionel Martin signe ainsi des pièces remarquables comme ce Blues for Steve ou ce splendide Lune Rouge, où  après une introduction mariant le soprano et l’archet, il déploie un sens rare de l’espace et conclut par une sorte de chant que l’on croirait venue de la lande Sud africaine. Avec un vrai sens de  la profondeur mélodique. Car cet album concilie toujours la liberté de l’improvisation parfois rageuse, parfois violente et le chant porteur d’espoir. Et musicalement ce trio là montre de fort belles choses dans des formats à géométrie variables entre trio et duo, apaisement et rage. Lionel Martin surprend par la sonorité très douce qu’il déploie au saxophone baryton et par la plénitude du son qu’il offre parfois (pas toujours) au saxophone soprano (Blue for Steve). A ses côté à la contrebasse, Benoît Keller est une révélation dont on aime les rondeurs, son agilité de chat capable de se dédoubler rythmiquement (Army of Her) et enfin la très grande présence mélodique (Pueblo Unido). Ses dialogues avec Bruno Tocanne où ce dernier  apparaît comme un véritable catalyseur dans des moments de jazz libre, déploient autant d’énergie que de finesse (L’issue).

 

 

 

 

 

Avec un sens admirable de la construction cet album se termine comme il a commencé. Étrange  et poétique conclusion en effet où la création de grands espaces laisse entrevoir tous les possibles. Progressivement les musiciens disparaissent, la musique s’éteint et ne reste plus alors qu’un riff seul à la caisse claire qui lentement se perd. Mais la musique ne peut pas se terminer. Elle se poursuit ailleurs. Dans l’imaginaire de l’auditeur. Et dépasse largement le cadre de cet album prenant.

 

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

 

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 22:58

JJJJ HELENE BRESCHAND: « Le goût du sel »

 D’autres Cordes 2006

 Avec cet album de harpe solo d’Hélène Breschand, on est très loin du romantisme habituel de l’instrument. Ici c’est la face tranchante et âpre de la harpe qui est explorée avec  une large palette sonore. La harpiste se livre éperdument dans un corps à corde fusionnel avec son instrument, une relation très intime, extrêmement personnelle et intense. Elle râpe, cogne, pince, gratte, frotte, racle, effleure, les cordes de sa harpe acoustique ou électrique. Son instrument vibre, résonne et respire merveilleusement. Il est multiforme et sous ses doigts tout semble possible : clavier, orgue, guitare électrique, percussions, harpe africaine, arbre de pluie ou sanza, l’instrument des griots africains. Hélène Breschand s’intéresse à la matière sonore, qu’elle utilise comme de la glaise. Des sons triturés, saturés, amplifiés, déformés, métalliques, profonds, électriques, grinçants,  qui créent un univers fantomatique, violent, intemporel. A l’image de cette usine-cathédrale désaffectée que l’on croit distinguer sur la pochette de l’album, sublime et abandonnée. Mais il y a aussi de la chair et du sang dans la musique de Breschand. « De chair, de sueur et de sang, la vie palpite et s’agite, comme des cristaux de sel croquant sous la langue… ». De la chair sensuelle comme celle de Salomé, cette princesse juive qui d’après l’Evangile danse devant son oncle Hérodote Antipas, pour obtenir la tête de Saint Jean-Baptiste ; de la chair passionnée comme celle de Penthésilée (Le festin de Penthésilée), reine des Amazones, amoureuse des guerres cruelles et tueuse sans le vouloir de sa sœur Hippolyté, qui sera tuée par Achille pendant la guerre de Troie. Celui-ci tombera amoureux de sa victime après lui avoir ôté la vie et son armure. Toujours la violence. Même les mots chuchotés sont cinglants et sans concession (L’enfant gâtée). Hélène Breschand est une conteuse inventive et virtuose. Elle nous guide dans cet univers onirique.  Tous nos sens sont en éveil. Cet album est une superbe découverte.

 Régine Coqueran

 

 

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2 septembre 2006 6 02 /09 /septembre /2006 23:09

On y était. Pas vous ?

 

 

 

Il y avait comme tous les étés de la musique partout. La capitale s’était mise en quatre pour nous offrir quelques bons moments de jazz entre deux matchs de l’équipe de France.

 

Le théâtre du Châtelet ouvrait le bal au tout début de l’été avec une affiche de rêve. Nonobstant l’équipe de France qui faisait chavirer d’autres têtes et empêcha certains d’aller voir John Zorn avec Masada (on a des noms !) nous eûmes néanmoins droit à un concert très beau de Bill Frisell venu le 6 juillet présenter sa toute nouvelle formation avec Greg Tardy au sax, Ron Miles à la trompette, Tony Scherr à la contrebasse et Kenny Wollesen à la batterie. Il faut dire que Bill Frisell a le chic pour mettre du bleu sur ses mélodies sudistes avec ses accents de folksongs matinées de jazz. Jamais il n’abuse de la réverb mais utilise juste sa pedal street guitar chère aux joueurs de Country avec un grand sens du dosage subtil. On entendrait presque des sonorités simples à la Oscar Moore. En revanche la formation avec laquelle il évolue n’est pas la meilleure qui soit et l’on a pu assister après un premier quart d’heure brillant du trompettiste Ron Miles à l’éclipse totale de ce dernier au cours de ce bien agréable concert. Agréable mais par moments toutefois inégal.

 

Le lendemain nous nous faisons une fête d’aller entendre pour la clôture du festival l’immense Ran Blake. A 75 ans Blake n’a rien perdu de la magie de son discours. Incroyable profondeur des phrases monkiennes. Monk qu’il transcende. Monk qu’il ramène à Ellington. Pas l’Ellington chef d’orchestre mais Ellington le pianiste dont chaque attaque de note est un point de suspension. Mais Blake est vieux et suet à toutes les angoisses. Au bout de 20mn, parce qu’il était allé tout au bout de lui-même et qu’il ne pouvait plus rien rajouter, Blake se leva et quitta la scène très intime (des chaises avaient été placées sur la grande scène, autour du piano) devant un  public néanmoins conquis et compréhensif qui ne manqua pas de lui faire une véritable ovation. Beau moment de compréhension par le public de l’artiste en souffrance.

 

Au New Morning durant ce torride mois de juillet Carla Bley venait sur scène avec son éternel côté potache. Son Big Band venait là pour s’amuser. Mais avec l’âge Carla se rangeait moins du côté de Mingus que d’ Ellington (là encore) avec un trompettiste qui nous faisait penser à Ray Nance et un Gary Valente, tromboniste génial dans une forme éblouissante alors qu’à l’orgue la fille de Carla Bley, Karen Mantler (dans le rôle du parfait sosie) restait dans une posture sage. Carla Bley possède cette faculté d’écrire des choses complexes et de les rendre simples par son sens du swing. Elle assume carrément un clin d’œil appuyé Glenn Miller. Fait circuler d’une main toujours assurée une énergie bouillonnante à laquelle n’est pas étrangère la rythmique menée par Steve Swallow dont les yeux ne quittent pas d’un seul instant Carla. Sa reprise du morceau de Ray Noble (‘til you) fut un des grands moments de ce beau concert. Son Big Band se situe toujours quelque part dans les sommets du jazz. On comprend qu’il soit encore et toujours une référence prégnante pour grand nombre d’orchestre. Il nous donne furieusement envie de revenir rapidement l’entendre à la Villette

 

 

Dans un autre registre la venue du groupe Take 6 au New Morning nous donnait l’occasion de voir autant de spectacle sur scène (plutôt de show) que dans ce public afro américano antillais de Paris venu de toutes les églises adventistes de la capitale communier avec hystérie avec ce groupe aux allures de prêcheurs du temple. Sensations assurées. On se serait cru du coté de la Glide Church de San Francisco. D’ailleurs ce n’est pas un  hasard si le seul à avoir reçu l’autorisation de photographier et d’interviewer était le représentant de la Fédération Française de Gospel (que nous saluons ici pour nous avoir si gentiment permit d’utiliser ses clichés). Sur scène derrière 6 chanteurs d’exception, un manager cerbère façon Don King de 300 kgs en culottes courtes s’assurait qu’aucun voleur d’image ou de son n’était dans la salle. Parce que ces 6 performers du jazz vocal qui nous assène à longueur de temps que « God’s with you. Oh my Lord yeah !» n’oublient pas de vous inciter à acheter leur dernier album «  to help us to make money ». Eh oui on y est pas habitué ici mais il faut s’y faire, la bible se marie fort bien aux dollars de l’autre côté de l’Atlantique. Mais revenons à l’essentiel : la musique. Reste un véritable show bouillonnant. 6 chanteurs exceptionnels bourrés de vitamines. Derrière la façade à paillettes, des chanteurs immenses, des musiciens et arrangeurs de génie et une volonté de revenir un  peu plus au jazz. On buvait du petit lait malgré un son un peu saturé au premier set. Dans la fournaise du paradis ( !) les 6 nous ont littéralement scotchés avec une mention particulière pour le bassiste du groupe capable de  et faire trembler les murs de Jéricho avec un seule note et de danser à la manière d’un  pack entier de joueurs néo-zélandais façon Haka. Et des harmonies à tomber par terre qu’on vous raconte même pas. Un son unique qu’ils sont les seuls, depuis que Manhattan Transfer ne cesse de décliner, à maîtriser de la sorte. Une école en somme !

 

 

Et puis, pour finir en beauté, on a choisi  Ornette Coleman ! Ornette venu inaugurer le festival « Black rebels » à la Villette. Ornette , le free de la passion ! Ornette la légende. Concert magique comme souvent avec lui. Le maître du son c’est lui. Habité toujours par sa musique. Le maître du blues, à 76 ans c’est toujours lui. Même s’il semblait un peu fatigué, un peu moins capable de tenir de très longs chorus, un peu moins dans l’énergie du souffle, Ornette montrait un autre visage ce soir là ? Montrait qu’il reste une légende du jazz. Pas seulement par son jeu d’ailleurs mais toujours par ses compositions si intelligemment agencées. Décalages rythmiques, retour de thèmes, libres improvisation, digression puis à nouveau ensemble et coda abruptes et tout cela avec l’incroyable sentiment de facilité. De fluidité. Ornette qui vient de sortir un nouvel album en live « the grammar of the sound » était accompagné de son fils Denardo à la batterie (très mal sonorisé) et d’une géniale rythmique de choix, celle de Tony Falanga à la contrebasse (une découverte celui là) et de Al Mc Dowell à la basse électrique. Association géniale aussi que ce jeu d’archet de Falanga au son de Ornette Coleman où il est question d’un poésie un peu folle que seul Coleman est capable de dire. Sorte de complicité de saltimbanque. Un song X un  peu désorientant par le jeu binaire ternaire de Denardo et puis au final pour seul rappel, un Lonely woman simplement joué avec une sublime profondeur.

 

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28 août 2006 1 28 /08 /août /2006 23:27

KEITH JARRETT : TOKYO SOLO

 Enregistrement live du concert du Metroplitan festival Hall de Tokyo – oct.2002

 ECM 2006

 Ceux qui ont entendu Radiance n’ont rien vu ! Car, c’est une tautologie, il y a dans l’exercice  du piano solo, la mise en scène de l’insondable solitude du pianiste. Évidemment.

 Pour marquer son retour à la scène en solo, ECM a fait appel à une équipe de réalisation japonaise. Celle là même qui est habituée  à suivre le pianiste. Celle là même qui signe une réalisation incroyable de sobriété pour ce premier DVD réalisé pour le label et qui nous montre le pianiste seul sur cette immense scène dont l’espace est habité (dans les deux sens du terme) par le face à face du musicien avec son piano. Car finalement parce qu’il vit et respire avec son piano et dans cette mesure là justement, le pianiste en fin de compte est tout sauf seul.

 4 ou 5 caméras fixes saisissent Keith Jarrett. Certains plans hauts le survolent de dos pris au centre d’un cercle de lumière dessiné sur le parquet de cette belle salle. Moment de parfaite zénitude.

 Et dans ces plans de  « mouvement immobile » des caméras, parce que le réalisateur parvient à capter à l’image la part de plaisir/souffrance, à capturer l’extase qui passe sur le visage de Jarrett on pense immanquablement à un acte d’amour charnel, un corps à corps du pianiste avec son instrument qu’il maltraite ou caresse. Un acte sexuel explicite. De sa présence à cet instant, le public s’excuserait presque. On l’entend parfois ne pas applaudir à la fin du morceau. Juste son silencieux recueillement inhabituel à nos oreilles de public expansif.

 La magie de l’improvisation. Elle est  là palpable, visible à l’image. Le mystère du commencement ou de la fin d’un morceau  comme lorsque l’on voit le pianiste retenir ses mains au dessus du clavier parce que lui seul sait qu’il n’y a plus rien à ajouter. Que tout a été dit. Comme si le clavier devenait brûlant. Qu’une note supplémentaire serait superflue. Et toute la beauté de ce DVD est de nous permettre d’approcher au plus près sans nous le révéler pour autant la part de mystère non révélé de la création instantanée. Saisissant

 Jean Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 août 2006 5 04 /08 /août /2006 17:40

Les éditions BD jazz ont demandé à Jacques Ferrandez d’illustrer le dernier né de la collection consacré à Miles Davis. Et Jacques Ferrandez, c’était l’homme qu’il fallait pour s’attaquer à Miles. En effet Ferrandez grand amateur de jazz et de be bop devant l’éternel aurait tout aussi bien pu devenir musicien professionnel, contrebassiste en l’occurrence si sa passion du dessin n’en avait pas décidé autrement. A 50 ans Ferrandez est devenu un grand nom de la BD bien connu pour ses histoires algériennes (son pays natal) et surtout pour quelques titres phares de la BD comme l’Outremangeur chez Casterman (2000) ou La boîte Noire paru chez Gallimard tous deux en collaboration avec Tonino Benacquista. La série des carnets d’orient débutés en 1987 a marqué les esprits et il ne serait pas étonnant qu’elle soit à l’origine d’autres voyages orientaux rencontrés chez d’autres dessinateurs.

 Dans le Miles Davis qu’il nous livre aujourd’hui, Ferrandez s’attache à la quête parkérienne de Miles , c'est-à-dire cette période qui le conduit dans les années 44-45 dans les clubs de la 52ème rue à la recherche de Bird, sorte de but suprême pour celui qui fut un jour embauché dans l’orchestre de Billy Eckstine. Ayant quitté sa vie bourgeoise auprès de son père dentiste à Saint Louis et destiné à se retrouver à la Julliard School , Miles rejette alors l’enseignement blanc qui lui est proposé et se trouve bien plus attiré, aimanté pourrait on dire vers les musiciens de cette nouvelle musique que représentait le be bop, certain qu’il se passait des choses historiques autour de Parker et désirant farouchement en être.

 Rencontre avec Parker, d’un Miles que Ferrandez représente comme farouchement déterminé à forcer son destin mais dans le même temps un peu halluciné par sa belle aventure. Comme s’il assistait autant en acteur qu’en spectateur de sa destinée. Le Bird en revanche n’est pas trop crédible représenté là en sale type superstar particulièrement vulgaire et grossier acceptant sans aucun état d’âme le départ de Dizzy, plus occupé alors à lever les poules de luxe et à se procurer de l’argent pour sa dope. Un portrait sans doute un  peu caricatural mais inévitable compte tenu du format très court de la BD ( 20 pages à peine). Cette BD qui commence quasiment avec l’arrivée de Miles à New York se termine dans un face à face émouvant avec son père, à Saint Louis à qui Miles avoue qu’il veut quitter la Julliard School pour se consacrer à la musique et recueillant alors contre toute attente l’encouragement du paternel qui loin de le décourager lui intime simplement cet injonction «  Quoique tu fasse, fais le jusqu’au bout et surtout trouve ton son. Trouve le son de Miles Davis ».

Le dessin de Ferrandez est vif, précis soucieux d’un réalisme presque documentaire. L’utilisation très maîtrisée des jeux de lumières, notamment sur les couleurs sombres dans les scènes nocturnes urbaines ( le noir lumineux des carrosseries de voitures, les visages des jazzmen, avec quelques traits de crayon disséminés pour accentuer les contrastes) parvient à nous mettre dans l’ambiance de Big Apple et des clubs de l’époque.

Pour la partie musicale les deux CD qui sont présentés représentent une sélection discographique de grande qualité montrant entre 1949 (l’époque de Birth of the Cool) et 1955 (« Milt and Miles ») un Miles en lente progression vers sa pleine maturité. On s’étonnera juste du choix de l’éditeur d’avoir volontairement écarté les enregistrements où Miles, d’ailleurs trompettiste très moyen à l’époque, joue avec Charlie Parker. Et ce sera notre seul regret dans l’histoire que de voir oubliées ces sessions de 1945 ou de 1947 comme ce Milestones par exemple qui ne pouvaient on ne peut mieux illustrer le propos du dessinateur et la progression de Miles Davis. Choix surprenant mais qui a sa propre logique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Xavier D’Almeida - Jean Marc Gelin

 

 

 

 

 

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Published by Jean marc Gelin et xavier d'Almeida - dans Livres - BD
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