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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 11:16

un DVD de Claude Santiago

La Huit 2009-10-12

Abiodun Oyewole, Dahveed Nelson, Felipe Luciano, Jalal Mansur Nuridin, Umar Bin Hassan, Babatunde, Ronald Shannon Jackson, Jamaladeen Tacuma, Robert Irving III, Kenyatte Abdur-Rahman

Co-production Banlieues Bleues,

 

 

Nous vous parlons ici d’un temps que les moins de vingt ans etc…… Le temps de Black Panthers, le temps d’avant, le temps où les Noirs américains croyaient à la révolution par les armes, écrivaient des poèmes et inventaient alors un rap soluble dans le jazz et la funk. Les pères fondateurs du slam et du spoken word.

En 2008, à l’occasion de Banlieues Bleues ( la Huit décidément fonctionne en joint venture avec le fameux festival), Claude Santiago profitait de la reformation occasionnelle du groupe mythique The Last Poets pour faire se raconter et refaire l’histoire de ce groupe légendaire. Sans faux-semblants, ces papy’s révolutionnaires, malgré leur séparation et leurs querelles intestines gardent encore aujourd’hui le poing fermement levé, s’insurgent toujours et encore contre un monde à refaire, appellent aux armes avec un peu moins de véhémence mais rêvent toujours d’un lendemain qui chante. Ce n’était pourtant à l’époque qu’une histoire de gosses des rues qui sans en avoir conscience détournaient les prêches pour faire avec leurs mots, leur slang, une arme contondante. En 1960 Abiodun Oyewole ( né Charles Davis Jr) n’avait pas 19 ans et Felipe Luciano en avait tout juste 22 ans lorsque sorti la bande son de «  Right on ». « On se sentait partie prenante d’une révolution  mondiale » dit l’un.  «  à l’époque c’était du brut, du cash » dit l’autre.

Et c’est à l’occasion d’un concert donné à Banlieues Bleues et filmé le 11 avril 2008 à l’Espace Fraternité d’Aubervilliers,  ainsi que lors des séances de répétition et d’une master Class ( où l’on y voit David Murray en spectateur attentif) que Claude Santiago a laissé tourner la caméra, laissant chacun de ses membres d’exprimer et revenir sur l’histoire de ce groupe.  Mais si l’ouvrage est assez louable, plutôt bien réalisé ( sauf ces sempiternelles images filmées en taxi que la Huit ne cesse de nous resservir à tout bout de champ), privilégiant un graphisme très 70’s, il reste cependant dans une démarche très statique. Si le montage est très bien fait et apporte un réel rythme, on aurait cependant  aimé une approche un peu plus interactive avec l’interviewer. Mais surtout il est dommage que ce film n’ait pas été la base d’un vrai travail rétrospectif et documentaire sur le groupe, avec mise en perspective et images d’archives. Il est dommage aussi qu’en pleine campagne électorale et à la veille de l’élection du premier Président Noir de l’histoire des Etats-Unis ils n’aient pas été amenés à s’exprimer sur le sujet, les enfermant ainsi dans une sorte de vision autiste de l’histoire. De leur histoire.

Il n’en reste pas moins que ce travail de mémoire, cette plongée dans l’histoire des Last Poets montre que les banditos ont bien  gardé en eux cette fraîcheur juvénile intacte, cette même envie de foutre encore le feu et surtout la même énergie à faire damner la moitié des groupes de rap d’aujourd’hui. Et la rencontre renouvelée de ces pères fondateurs (à l’exception de Gylan Kain et de Suliaman E-hadi décédés) et de ces immenses musiciens que sont le batteur Ronald Shannon Jackson ou le bassiste Jamaladeen Tacuma ne trahit pas ses promesses. Au delà des textes, mis en valeur par leur sous-titrage (indispensable), la musique se revèle l’expression du climat d’une époque, d’une esthétique du black power que l’on retrouve avec délectation.

Les héros ne sont pas fatigués. Juste terriblement lucides sur l’histoire de ce monde qu’ils ont pourtant contribué à leur manière à changer un peu. Pourtant, en fin de DVD, ce constat amer et poignant de la part de ces grands pères poètes-combattants qui de guerre lasse laisse poindre leur amertume de l’après, du rap d’aujourd’hui, des gangs et des trafics des cités : «  On ne peut pas leur en vouloir puisqu’on ne leur a rien laissé ». Le cercle des poètes n’a finalement pas disparu.

Jean-Marc Gelin

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 08:25

CHRIS POTTER Underground : « Ultrahang » *****

ArtistShare 2009

http://www.artistshare.com/home/featured_releases.aspx

Chris Potter (ts, clb), Craig taborn (fder), Adam Rogers (g), Nate Smith (dm)



 Il y a de ces débats j’vous jure ! Se demander s’il faut autoriser la circulation du shit ou légaliser le chichon ! J’vous jure ! Y a pas à se poser de question et à tourner autour du pot’ : ce qu’il fut faire c’est mettre Chris Potter en vente libre, que ce soit remboursé par la sécu et tout ça. On devrait le trouver dans toutes les bonnes pharmacies ! Car avec cet album-là le saxophoniste qui avec Artistshare s’est affranchi des labels signe là l’un de ses meilleurs albums. Un truc avec une envie de jouer grosse comme ça ! Certes, il y a bien chez Chris Potter ce côté ultra-perfomer, « ultrahang » qui peut agacer plus d’un ronchon, mais que voulez-vous, moi au contraire j’adore ces saxophonistes qui ont enterré leurs complexes Post-Shorterien, toute la clique New-Yorkaise des timorés, sûrement trop intelligents pour moi. Ici avec Potter on se croirait plutôt à Kansas City il y a 50 ans.  Parce que Chris Potter c’est du physique, c’est du corps à corps. Parce que Chris Potter c’est une relation virile avec l’instrument dépoussiéré de toutes les évanescences très à la mode. Pas de ça avec lui. Debout avec son sax et sa bande de bandits pas manchots pour un  sou (l’association du guitariste Adam Rogers et de Nate Smith !), le quartet, cet Underground qui ne vole pas son nom et que l’on suit depuis longtemps passe aux choses sérieuses, entre sur le ring avec des manières de mauvais garçons de quartier. Ce n’est pas d’une incroyable nouveauté, mais ça « envoie » comme on dit, sans retenue. C’est crade à souhait, ça balance des riffs, un groove à perdre la tête. Chris Potter peut ainsi passer dans le même irrépressible élan, du ténor à la clarinette basse (Facing East) avec la même férocité maltraitant son instrument, le faisant rendre gorge jusqu’à aller chercher des notes dans un extrême aigu furieux. Sur un fond funky-groove furieux, Chris Potter nous rappelle un peu Maceo Parker mais en 1000 fois mieux (Rumples). Mais Chris Potter peut aussi s’emparer d’une ballade avec une superbe sensibilité jusqu’à la faire pleurer comme sur cet it ain’t be me, babe pris à la clarinette basse où Potter apporte la chaleur de son timbre à la ligne mélodique qui traîne quelques accents un peu country. Bien sûr il y a chez le saxophoniste le son projeté mais il y a aussi cet art de l’improvisation qui relève d’un flow puissant que rien n’arrête avec sa métrique intégrée et ses sinuosités qui ne se perdent jamais en chemin et savent le chemin avec une précision diabolique. Ce n’est pas un hasard si Potter joue avec le sax ténor ayant appartenu à Michael Brecker.

Pas de doutes comme dirait l’autre, le jazz bande encore. Ce jazz qui perpétue cette  autre tradition où le rock émerge toujours.

Avec Chris Potter et son Underground c’est un jazz farouchement indépendant, le jazz des hautes plaines, le jazz à l’état sauvage.

Jean-Marc Gelin

 


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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 07:35

Chant du Monde 2009

Denis colin (clb), Benjamin Moussay (fder), Julien Omé (g), Stéphane Kerecki, Arnault Cuisinier (cb), Eric Echampard, Tony Raberon (dm), Antoine Berjeault (tp, bg), Sylvaine Hélary (fl, vc), Fabrice Thueullon (bs, ss), guest Tony Malaby (ts)



La sortie du nouvel album de Denis Colin ne manquera de marquer les esprits. Tout simplement surprenant et émoustillant ! Dense et fort à la fois.

Denis Colin que l’on avait laissé avec la chanteuse Gwen Matthews revient ici avec ses fameux Arpenteurs, un nonet survitaminé galvanisé par la présence d’une double rythmique ( 2 contrebasses et 2 batteries). Avec eux, Denis Colin s’engage à fond dans une musique protéiforme où la présence exceptionnelle de Tony Malaby en invité surprise ne fait qu’ajouter à la délectation immédiate. Intégralement composée par le clarinettiste, sa musique offre une forme malléable, qui passe naturellement du trio au nonet sans rupture de « son », ce son épais et dense qui envoie de bout en bout un groove terrible et n’hésite pas à se délester de toutes bonnes manières pour venir se vautrer dans un son parfois un peu sale. Se jouant des structures polyrythmiques Denis Colin balance ce swing entre funk, rythmes africains et rock-jazz avec un sens compact de l’engagement collectif. Sans compter, sans se ménager, ces gars-là « mouillent le maillot » comme on dit ailleurs. Antoine Berjault éclatant, Benjamin Moussay décisif, Colin au plus près de son texte, étonnant dans la palette d’émotions qu’il charrie, et enfin Tony Malaby qui porte cette musique à haute incandescence avec des talents exceptionnels de caméléon. Rythmiquement, le cœur du sujet ici, qu’il s’agisse de transcender les tourneries ou d’installer parfois un climat plus sombre, plus lunaire, la double section tient la baraque à haute température, avec brio.

Il est alors question dans cet album de parler à cette zone qui se situe quelque part du côté de notre cerveau, quelque part au niveau de nos orteils et quelque part au plus profond des tripes, quelque part  où résonne l’évocation des rythmes primaires et sauvages. Cette musique explose et s’expose sans pudeur, parle à nos propres instincts, ceux de la danse et du rythme qui effleure les peaux. Cette vérité qui s’exprime par la musique nous transforme tous en pygmées Aka. La musique de Denis Colin explore avec force cette part indicible de nous-même et sans arrière-pensée et nous renvoie à nos propres origines.

Jean-Marc Gelin

 


 

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 20:10

Emarcy 2009

Personnel détaillé sur la pochette. Groovin’ High Music 2009.

 

 

 

Il y a chez Roy Hargrove une gourmandise réjouissante des rythmes du jazz qui l’aimante sans cesse, lui que l’on découvrit à l’âge de 17 ans, au Théâtre de Boulogne-Billancourt, comme l’un des prometteurs successeurs des plus mélodieux boppers, vers de nouveaux territoires. Louons-le donc d’avoir pu fédérer ce big band, qui avait émergé depuis le milieu des années 90 et de lui avoir enfin donné une vitrine équilibrée tout autant que chatoyante. L’entreprise est à ce point périlleuse, et les directions traduisant la curiosité musicale du leader si nombreuses, qu’il ne fallait pas s’attendre à voir affirmer une identité esthétique forte. Latin bop, vocaux mettant en valeur l’incontournable Roberta Gambarini, standards mais aussi originaux de belle facture, la palette est large, sans doute un peu trop ; elle n’éclipse toutefois pas un travail convaincant et réellement abouti dans des registres diversifiés qui disent assez le potentiel de cette formation, tels « Velera », le lumineux thème d’ouverture, l’audacieux réarrangement de « My Funny Valentine », truffé de sonorités tremblées gilevansiennes et de dissonances subtilement acidulées, la belle et longue plage modale « Requiem » ou enfin le très chantant et élégamment accrocheur « Roy Allan », un hit en puissance. Regrettons toutefois, ce qui reste incompréhensible, la pesanteur et l’anonymat du drumming avant de souhaiter longue vie à ce gang, vrai rêve de gosse d’un musicien qui porte le vrai talent cross-over en bandoulière.

Stéphane Carini

 


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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 00:00

 


Daniel Beja(g, voc), Raphael Illes (sax), Nathanael Malnoury (cb) sauf 2 et 7: Flavio Perrella, Yohan Rochetta(v), Martin Vanlemberghe (dr)
Invités : Yom (Klezmer King) (Cl), Sylvia Auclair (voc)

 

Le Site

 

Créé en 2005, après de très nombreux concerts en France et en Europe, Palinka présente son deuxième cd, autoproduit celui-ci, enregistré en avril dernier au studio «  La Fonderie ».

A la lecture du communiqué de presse, on apprend que Palinka « s'affirme comme un groupe novateur de la scène Jazz manouche et s'approche de la cour des grands ». Fort de son succès, le manouche (dites « man-nouche » à la manière du programmateur du Duc des Lombards de Paris, Jean-Michel Proust, lorqu'il présente les frères Rosenberg) dispose effectivement d'une « scène » qui est déjà devenue fourre-tout. Et puis, le manouche, c'est toujours un peu la même chose: la pompe, des virtuoses techniques de la guitare rythmique et les immanquables reprises des titres de Django... bref, on se surprend à penser: encore un groupe manouche, autant écouter le maître lui-même.

Entrons alors dans le vif du sujet. D'ors et déjà, à l'écoute de « Catastrophe », on trouve cette étiquette réductrice. La musique de Palinka est festive et décalée et elle ne s'embarrasse pas de quelconque carcan de styles: c'est d'abord de la musique jazz tsigane et une concoction de clins d'œil au blues, à la chanson française de San Severino (« Aie, aie, aie », « Bye Bye Novisad », au jazz (« Jasmin »), aux musiques balkaniques en général mêlés à des élans rock électriques déchainés, où « la puissance est en toi » (« Petit Samourai »). Vive comme la joie, effrontée, naïve comme un enfant dans un monde d'adulte et à l'image de l'eau de vie hongroise, elle est à l'opposée d'une musique intello. Il ressort de cette musique une vérité sincère que l'on devine sortie des liens fondamentaux qui unissent les membres du groupe: de l'amitié, une bonne compréhension des envies des autres, un grand besoin d'énergie, la nécessité de partager leur plaisir avec le public. Il en ressort une densité telle qu'on ne fait plus attention à la qualité instrumentale appréciable des musiciens (on pense particulièrement  Daniel Beja). D'autres moments plus calmes (« Bye bye Novisad ») nous montrent que Palinka a d'autres cordes à son arc que le jazz manouche et qu'il ne leur faudrait qu'un pas pour s'épanouir dans la chanson qui émeut.

Voilà une catastrophe de très bon goût qu'on demande à découvrir sur scène.

Jérôme Gransac

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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 06:41

Une passionnante exposition en hommage à Miles Davis (1926-1991)


Jusqu’au 17 janvier 2010 se tient au Musée de la musique de la Villette « We want Miles – Miles Davis, le jazz face à sa légende», une exposition exceptionnelle où le jazz se donne à comprendre, à voir et à entendre. Une déambulation à travers la vie et l’œuvre de Miles Davis, magnifiquement imaginée par Vincent Bessières, le commissaire de l’exposition.  Curieux, amateurs éclairés ou spécialistes érudits de Miles Davis s’y retrouveront avec bonheur car toute l’exposition est organisée de manière intelligente et pédagogique avec de très nombreux passionnants documents et dans un bain de musique permanent. Le parcours propose de suivre la chronologie de l’artiste de son enfance bourgeoise à Saint-Louis au concert de La Villette en 1991, en passant par les rencontres marquantes et les collaborations fructueuses avec Charlie Parker, Dizzie Gillepsie, Gil Evans, Wayne Shorter, Teo Macero ou Marcus Miller, ainsi que ses dialogues avec le blues, le bebop, le rock, l’afro-funk ou le hip hop.

L’atout principal de cette exposition est le temps laissé à l’auditeur-visiteur pour s’immerger dans la musique. L’exposition se déroule dans un bain sonore permanent grâce à différents îlots circulaires, appelés « sourdines », qui offrent à un public d’une dizaine de personnes une écoute de grande qualité de quelques œuvres majeures du trompettiste.

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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 07:50

John abercrombie quartet : «  Wait till you see her » ***

ECM 2009

Johh Abercrombie (g), Mark Feldman (vl), Thomas Morgan (cb), Joey Baron (dm)

 

Dans sa filiation naturelle, John Scofield revendique souvent les influences de John Abercrombie dans son jeu alors que ce dernier, de son côté n’a jamais cessé de revendiquer sa gratitude à Jim Hall. Le point commun entre ces trois-là étant une même approche de l’instrument, tout en résonance bleutée on a là le triumvirat de rêve de la guitare jazz qui porte haut les couleurs harmoniques d’un jeu aux modalités évanescentes.

John Abercrombie figue majeure et prolifique du label ECM signe un nouvel album avec son quartet dans lequel il associe aux côtés de Joey baron et de Thomas Morgan, le violoniste Mark Feldman. Voilà déjà plus de dix ans que le guitariste a testé ce format. Un format que l‘on devrait plutôt qualifier de quatuor plutôt que de quartet dans lequel les trois instruments à cordes (Guitare, violon et basse) se complètent merveilleusement avec un Joey Baron en assembleur-coloriste. Car ce dont il est question ici c’est d’une musique de chambre clairement revendiquée. Une musique classique du jazz dans laquelle il faut l’avouer, on pourrait s’ennuyer parfois au gré d’une certaine langueur monotone où les compositions complexes du guitariste crée des espaces d’improvisations savantes mais manquant parfois de nervure. Et l’on s’ennuierait si l’on perdait de vue que les 7 compositions du guitariste sur les 8 de l’album, révèlent de petits bijoux, signées de la patte d’un très grand compositeur. En témoignent des thèmes comme Anniversary Waltz que l’on rêverait entendre jouer par le quartet de  Wayne Shorter ou encore un Chic of Araby légèrement orientalisé et sur lequel Feldman peut retrouver quelques (légers) accents zorniens. Chaque thème est un magnifique espace d’improvisation dans lequel le guitariste semble flotter avec grâce, improvisant sur un jeu aussi délié que profond. Si l’association des réverbérations du guitariste et des lignes tranchantes du violoniste créent un espace musical fluide et si tous deux possèdent à leur façon cette chaleur du timbre, on regarde néanmoins cet album autant qu’on l’écoute, avec une pointe d’ennui élégant.

Jean-Marc Gelin

 


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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 06:52

Il y a des jours comme ça où, malgré la fatigue, le froid et les jambes qui se traînent un peu en début de semaine, on ne regrette pas de s'être un peu forcé pour aller traîner en club du côté de la rue des Lombards.
Il faut dire qu'hier soir, se donnait le dernier des deux concerts du saxophoniste Walter Smith III venu pour l'occasion avec sa clique New-Yorkaise, un groupe de jeunes furieusement doués : Ambrose Akinmusire à la trompette, Gerald Clayton au piano, Harish Raghavan à la contrebasse et Justin Brown, un jeune batteur à découvrir absolument.

On eut droit à un concert de très très haute tenue avec son cortège de solistes héroîïques, un Ambrose Akinmusire poignant dans sa façon de tourner autour des thèmes, un Walter Smith au lyrisme impressionnant et surtout un batteur venu tout droit de l'espace, spectacle à lui tout seul, incarnation même de la batterie aussi sauvage que naturellement inventive. Carrément démoniaque comme le disait Stéphane Portet.



Il ne fallait pas en rester là, car un autre saxophoniste tapi dans l'ombre du Sunside venait en pur visiteur laisser traîner une oreille attentive. Forcément Walter Smith demanda alors à Steve Coleman de les rejoindre sur scène pour interpréter quelques titres ensembles. Et l'on eut droit alors à un Steve Coleman totalement libéré qui avait abandonné son traité de mathématique pour se jetter corps et âme dans la bataille, interprétant aec ses camarades un Stablemates de légende. Le son Coleman !




Baptiste Trotignon et Laurent Coq, dans la salle ne boudaient pas leur plaisir.

Une belle claque pour la semaine......







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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 08:26
Pur moment de grace hier soir au Théâtre du Châtelet.
La harpiste Isabelle Olivier venait présenter son nouvel et superbe album, " My Foolish Harp" paru en septembre chez ENJA.
Présents sur l'album l'accordéoniste David Venitucci et le batteur Peter Erskine étaient bien là alors que Louis Sclavis et Youn Sun Nah etaient pour l'occasion remplacés au pied levé par le contrebassiste Michel Benita et le chanteur David Linx.
Et ce fut pour une grande partie du concert, un moment de charme absolu. Un moment de partage musical et d'écoute attentive. Les duos, trios puis quartet se succèdèrent avec la même perception de l'intime, de la conversation murmurée, de l'épure et du relâchement. Des duos comme ceux que la harpiste nous offraient avec Venitucci ou avec Erskine se révélaient comme des espaces d'une rare sensibilité où il aurait été difficile pour chacun des musiciens de jouer moins fort. L'espace s'emplit d'une musique au flottement terriblement émouvant.
Isabelle Olivier montrait là toute l'étendue du possible de la harpe dans sa dimension rythmique, harmonique ou mélodique, passant naurellement d'un rôle à l'autre.
Avec l'arrivée du chanteur, impressionant de musicalité et de présence, ce fut un autre concert où le quartet se mettaient plus à sa disposition. Isabelle Olivier disparaissait un peu dans le son. Jusqu'au moment où David Linx se rassit, dans une ecoute plus attentive, prit lui-même dans cette musique où il n'était question que de partage.
Superbe.

Jean-Marc Gelin

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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 06:55

AJMI Series 2009


 

Ayant lu une chronique particulièrement enthousiaste de Thierry Quenum au printemps dernier dans Jazzmagazine, notre curiosité fut récompensée et notre écoute  bienvenue, puisque nous ne connaissions pas  le pianiste Philippe Le Baraillec et au rythme auquel il se produit, il y a peu de chance pour que nous l’entendions désormais dans nos parages marseillais. Nous n’étions pas au rendez vous cet été à Junas et à La Seyne. Mauvais hasard puisqu’il nous est souvent arrivé de fréquenter ces deux festivals sudistes. L’effet de cette musique est immédiat : il en est chez les artistes comme dans les familles, il y a des lignées de pianistes et l’on sent vite à laquelle Philippe Le Baraillec appartient. En tous les cas, il fait partie des musiciens à qui l’on donne son adhésion. Un écho à Bill Evans, jusqu’au dernier titre « Nardis », joué sobrement en un court solo : plus qu’une reprise refondue, un fredon, un tendre chuchotement . On n’est guère surpris de retrouver aussi une adresse à Bruno Angelini, le trait d’union étant sans doute le contrebassiste italien Mauro Gargano complice des deux pianistes. Grâce à la perspicacité de Jean Paul Ricard qui a toujours eu un septième sens pour dénicher les talents, le trio de Philippe Le Baraillec, Mauro Gargano, Ichiro Onoe est désormais gravé dans la classieuse collection de l’Ajmiseries dont on aime les beaux objets disques, identifiables immédiatement aux pochettes fines, cartonnées, chics. Les compositions sont quasiment toutes de la plume de Philippe Le Baraillec et autorisent une entente cordiale, une fluidité réelle : voilà bien  un art du trio renouvellé de belle façon, un swing réel dans « The empty chair», un hommage réussi au batteur Lilian Bencini « Song for Lilian (du Laure Donnat Quintet « Straight ahead ») qui évoque aussi pour les plus nostalgiques « Moon River». L’écriture claire du pianiste sait mettre en valeur les autres voix complices. Les idées ne sont là que comme des occasions pour rebondir avec d’autres. Sans doute faut-il savoir s’entourer et Mauro Gargano avec Ichiro Onoe apportent profondeur généreuse, justesse, émotion, sens de la gradation . Le fond intimiste et même mélancolique des compositions  y  trouve  des couleurs, et même des élans inattendus. Chaque thème est une histoire, avec un sens inné du rythme, une intériorité qui trouve sa voix, se fond en une alchimie qui repose sur un équilibre aussi vigoureux et solide que les roulements énergiques du batteur. Lyrique et tendu comme il se doit.  Une imagination fertile liée à un sens de l’harmonie, une vraie capacité à swinguer sans relâche, enfin une souveraine aisance dans les climats les plus divers même si la tendance reste au vif, au jazz vif. C’est une musique qui contient du corps, qui fait sens. Du vécu et une certaine humanité, qui a su traverser des pans entiers d’histoire et de musique.  Au sortir d’un long silence, la sensibilité voire la fragilité du pianiste peuvent se percevoir dans cet « Invisible wound », comme une fêlure. « Toute vie est un processus de démolition » écrivait  Francis Scott Fitzgerald qui savait de quoi il en retournait.

Sophie Chambon

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