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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 21:45

 www.myspace.com/pierredurandjazz

 

Pierre Durand au Bar Belge à Maisons Alfort (94) - 5 mars 2009

 

Le guitariste Pierre Durand était en concert au bar belge le 5 mars. En solo. Pas tout à fait seul car il partageait la scène avec trois guitares dont une dobro. Et quelques boites d'effets dont certaines lui permettent d'enregistrer des phrases jouées. Ainsi, il cumule et soustrait des séquences de développements successifs garantissant à son audience un véritable orchestre en concert.

Pierre Durand est le guitariste du X'tet de Bruno Régnier, du quintette de David Patrois, du SPOUMJ de François Jeanneau. Il a collaboré au Rocking Chair de Rifflet et Besson, musicien de l'ONJ... C'est un musicien dont on se demande pourquoi on ne le connaît pas plus tellement il est talentueux.

La tâche est difficile, pour un musicien en solo, de tenir une scène sans s'essouffler et sans creux dans la prestation. Pour chaque pièce, il trouve le talent et l'énergie créatrice nécessaire pour libérer de son for intérieur des développements mélodieux, des ambiances nostalgiques et nous faire ressentir des émotions à fleur de peau. Un véritable challenge.

Pour l'avoir entendu deux fois en concert, il y a une caractéristique que l'on retrouve chez ce guitariste: c'est l'engagement de l'instrumentiste dans l'improvisation, dans la volonté farouche de sonner et donner vie à une atmosphère.

Ce guitariste est "musique". Au delà des aspects guitaristes: sa respiration est musicale, son jeu est inspirée et vibrant, il nous sidère par son aisance dans les propos. Beaucoup d'influences jazz sont décelables dans son jeu: Scofield entre autres, Metheny probablement. Mais surtout, on découvre une esthétique neuve, qui est la sienne et qui rappelle les musiques des films de Wim Wenders.

Certaines pièces évoquent la transe, son jeu, d'intensités variables au lyrisme manifeste et personnel, flirte avec une profondeur hypnotique.

A tout moment, sa musique nous évoque quelque chose et nous touche... si on tend un peu l'oreille.

 

 

Jérôme GRANSAC

 

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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 18:56

Blue Touch 2008

Claire Michael ( ts, ss, as, fl, vc), Jean-Michel Vallet (p, fender), Patrick Chartol (b, cb), Thierry Le Gall (dm)


 

Il est absolument évident lorsque l’on écoute cet album de ce quartet qui fut durant plusieurs années le compagnon de route de Raul de Souza (avant que l’ancien tromboniste de Sonny Rollins ne retourne dans son Brésil natal), que ces musiciens là ont des choses à dire. Claire Michael injustement trop peu connue s’y affiche comme une remarquable saxophoniste au lyrisme très chaleureux. On aime sa façon très suave de s’enrouler autour des notes avec autant de franchise que d’engagement, sur les traces de Michael Brecker dont elle revendique une forme de paternité. Inégale dans ses compositions Claire Michael écrit très bien sur certains thèmes ( Latea Nu ou encore un superbe el Duende ou encore un I’m cool à la simplicité ultra efficace) mais peut aussi se laisser aller à des compositions un peu mielleuses comme ce Somewhere un peu insipide où l’ajout de la voix évanescente de la saxophoniste prend le risque de faire tomber l’album dans un jazz un peu « lounge », très mode mais peu intéressant. Mais quand ils restent dans les idiomes du jazz pur, alors ce quartet montre son visage le plus séduisant. Il n’est que d’écouter un fast and mad dans lequel la saxophoniste affiche un son que pourraient nous envier pas mal de souffleurs de la Grosse Pomme. Remarquable d’autorité et d’assurance la jeune femme sait où elle va et trace une route parfaite. Derrière la rythmique tourne très bien. Ces quatre-là jouent depuis longtemps ensemble et cela s’entend très clairement tant leur cohésion rythmique est parfaite.

Et si l’on regrette que cet album puisse parfois paraître bancal cherchant dans l’électro-funk un peu kitsch une onction des plus jeunes, dont il n’a assurément pas besoin, on en sort néanmoins avec le sentiment d’avoir pisté une grande saxophoniste trop peu connue aujourd’hui et un quartet qu’il conviendra de surveiller. Dignes héritiers d’un jazz qui montre sa très belle vigueur. Jean-Marc Gelin

 

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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 23:26

Hat Hut 2008

 

 Certains se souviennent certainement de ce jeune homme très « assuré » qui se trouvait aux côtés d’Antony Braxton un soir au Trabendo en 2005. Ceux qui y étaient se souviendront d’une part de cette musique improvisée répondant à des codes très précis et très écrits mais aussi de la technique assez exceptionnelle de cet improvisateur à la forte personnalité musicale et dont la collaboration avec le maître de l’AACM remonte à plus de dix ans. Son sextet, Spider Monkey Strings, avec « Other Stories (Three Suites) » a par ailleurs été couronné « album de l’année » par nos confrères de All About Jazz qui ne tarissent pas d’éloge pour ce trompettiste de la nouvelle génération dont tout le monde semble affirmer qu’il est un des grands compositeurs de demain à l’image des Braxton justement ou des Cecil Taylor. Ce n’est pas peu dire !!!

Il faut bien reconnaître que sans être totalement nouvelle, l’expérience musicale que propose Taylor Ho Bynum est assez créative pour titiller notre intellect et émoustiller notre écoute. Totalement hors formats habituels, cette musique est une musique à l’improvisation très écrite, très codifiée en dehors de tous cadres harmoniques, rythmiques ou mélodiques. Musique qui se joue des formes pour les déstructurer, hors de tous tempos et de tous points de repère. L’installation d’un thème ne dure jamais longtemps, le rythme se ralentit, tout se décale petit à petit, la guitare ne suit plus la batterie (ou l’inverse) jusqu’à ce que l’un des deux disparaisse, les solistes passent sans complexe de la phrase mélodique à l’atonalité et tout est fait pour jeter l’auditeur sur une piste et la brouiller aussitôt. Il y a alors, en apparence quelque chose de très sauvage en ce qu’il s’agit d’une expérience collective semblant incapable de se plier à quelques règles « sociétales ». En apparence puisque, on l’a dit, en réalité tout le système est largement écrit et surtout codifié. Il en est ainsi des systèmes algebraic X et Y, idiomes institués par Braxton et qui viennent «  structurer » la série en 3 parties des whYeXplicities.

Cette série fut joué la première fois sur une scène où le public était assis au milieu, les musiciens jouant en tournant autour d’eux, mettant en évidence la notion d’espace et de géométrisation de la musique chère à Braxton.

Cette musique assurément déroutante constitue une réelle expérience musicale et se doit de stimuler, de provoquer notre intelligence qui ne manquera pas dans un premier temps d’être totalement perdue. Loin des clichés de la musique contemporaine, Taylor Ho Bynum reste ancré dans le jazz, dépasse le free et offre une musique « orchestrale » à concevoir comme une suite de mouvements musicalement très riche et très conceptuels. Pari risqué, audacieux d’un musicien aux antipodes de toutes contraintes commerciales. The shape of jazz to come ?            Jean-Marc Gelin

 

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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 23:23

Plus Loin 2009


Il faut parfois se méfier de certains albums, qui dès la première écoute vous séduisent d’emblée, par un effet de surprise, provoqué par une couleur sonore inattendue et originale. Red Hail, nouvel album du génial pianiste de 21 ans, Tigran Hamasyan, est de ceux-là. Il nous propose avec brillance et éclat, une musique qui mêle les mélodies du folklore arménien, les improvisations du jazz instrumental et l’énergie plombée d’une musique rock, proche du heavy metal. Après plusieurs écoutes approfondies, l’effet de surprise s’estompe, le soufflet retombe et le discours de Red Hail nous paraît assez vain, creux et parfois indigeste. Cette grêle rouge de graines de grenadier (ça ne s’invente pas !) nous fait plutôt l’effet d’une douche tiède à faible débit. Tant de talent et tant d’énergie déployée pour arriver à un si maigre résultat, c’est vraiment dommage ! Car ces jeunes gens sont tous d’excellents musiciens, outre les furieux (et toujours mélodiques) chorus de Tigran, on apprécie la fougue du batteur Nate Wood (qui a d’ailleurs produit et mixé l’album : il n’y a rien de mieux que soit même pour mettre en avant un son de batterie !) et le lyrisme du saxophoniste Ben Wodel (surtout au soprano). On remarque aussi les trois apparitions fulgurantes du guitariste Charles Altura aux riffs tranchants comme une lame d’acier trempé. On ne reprochera certainement pas à Tigran Hamasyan de se renouveler en nous proposant un album complètement différent du précédent. On lui reprochera plutôt son manque d’inspiration et de maturité musicale pour oser s’aventurer sur un terrain où il n’a pas grand chose à dire, si ce n’est nous épater par des effets d’esbroufe, clinquants et racoleurs. Il faut bien admettre que le problème réside dans la faiblesse des compositions, noyées dans un gros son où l’on ne retrouve pas la sensibilité, le lyrisme et le talent de compositeur, qu’il déployait dans son précédent album. Nous apprécions tout de même quelques titres, comme Falling, qui met en valeur le formidable jeu de batterie de Nate Wood et surtout, nous retenons le superbe morceau qui ouvre l’album (Shohger Jan), où se mêlent jazz acoustique et folklore arménien dans une belle harmonie et une parfaite osmose, mettant remarquablement en valeur la voix d’Areni Aghabian (en partie par le fait que sur cette chanson, elle a un texte à chanter), un chant, qui sur ce titre, nous fait penser à une mystérieuse voix bulgare. On aurait aimé que Tigran développe les autres morceaux dans l’esprit de ce Shoger Jan. C’est raté pour cette fois-ci, mais nous irons tout de même voir le groupe sur scène défendre ce projet avec, on l’espère, toute l’énergie et la sincérité qu’il est capable de déployer dans le cadre d’un club.  Lionel Eskenazi

 

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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 07:24

Cristal Records 2008

« Oborigins » est un audacieux projet musical sur le thème du voyage, réunissant autour de l’hautboïste et poly-instrumentiste Jean Luc Fillon, son compagnon de route, le pianiste João Paulo, le percussionniste américain Jarrod Cagwin et en invité spécial, le contrebassiste Michel Benita. Basé sur la forme du trio « Oboa » de Jean Luc Fillon, cet alliage unique entre hautbois, piano et percussions ouvre une porte vers une géométrie instrumentale tout à fait inédite en son genre, déjà par l’absence d’une batterie, pas si indispensable finalement. Ce disque de compositions du leader débute par une œuvre inattendue (« Miss Shanghai »), en hommage, comme nous raconte Jean Luc Fillon dans ses liner-notes, à cette nouvelle Byzance du XXIe siècle qu’est la ville de Shanghai. Une composition étrange par les chromatismes de sa mélodie. Dès les premières mesures se décline une atmosphère relativement coltranienne, emprunt de sagesse harmonique européenne mêlée à de subtiles évocations modales orientales. S’en suit un langoureux arrangement de « Bemsha swing » (intitulé simplement « Bemsha » sur le disque), le célèbre thème de Thelonious Monk. La maîtrise instrumentale est totale, surtout dans cette intro magistrale de la danse intitulée « Miss Trall » (petit clin d’œil au vent qui décoiffe les gens du sud). La poésie y atteint son comble. Cette fresque imaginaire est l’œuvre de quatre créateurs au service d’une incontestable alchimie sonore. Une autre danse, cette fois sous le nom de « Poseïdos », nous emmène avec panache sur les routes de l’explorateur Marco Polo et de tous les aventuriers du monde. Mais alors que le calme se réinstalle de tout son poids, c’est avec méditation qu’il nous enchante (« Pagode »). Cette apaisante improvisation laisse place ensuite à la revisite d’un pavé de la Musique contemporaine, « Eternal Child », à l’origine une composition de Chick Corea pour son Elektric Band en 1988. Après tant d’audace, il fallait revenir à la chair, aux plaisirs humains de la séduction d’un Boléro empli de saveurs exquises (« Bolero for João »). A noter l’extrême sensualité du pianiste João Paulo qui met au service du groupe toute la subtilité d’un improvisateur parfaitement conscient de la dynamique de son instrument. Il faut aussi souligner la remarquable assise rythmique du percussionniste Jarrod Cagwin qui ajoute par son talent des couleurs orientales à ces magnifiques compositions qui nous sont offertes. Dans les fonctions attribuées à chaque instrument, il ne fait pas de doute que le rôle du hautbois laisse entrevoir une certaine ressemblance au rôle aérien d’un saxophone à sein d’un tel projet musical, sans pour autant dénigrer le défi que relève, haut la main, notre protagoniste. Aussi, la présence d’anches doubles sur cet instrument originaire de Mésopotamie y est un atout supplémentaire dans le franchissement des frontières. Pour clôturer cet album de Jazz aux influences méditerranéennes, les musiciens terminent par un morceau au tempo relevé, intitulé « Druidos », révélant une dernière fois notre allégresse à l’écoute d’un tel disque. Tristan Loriaut

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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 07:20

In Circum Girum 2008

 Habitués aux productions discographiques inattendues chez le label indépendant « In Circum Girum », grande est la confusion qui nous emporte lorsque l’on sait qu’écrire quelque chose sur un tel projet musical révèlera forcément d’un manque de sagesse de notre part. Dans « Ecritures du désastre », il s’agit avant tout d’improvisations autour de textes de l’auteur récemment disparu Maurice Blanchot (auteur d’un livre du même titre publié chez Gallimard en 1980), mais aussi Friedrich Nietzsche, Roland Barthes, Sénèque… Sur ce disque, le morceau « Contorsion » fait d’ailleurs l’objet d’un texte improvisé par le comédien Nicolas Senty. Interprété avec une maîtrise exceptionnelle d’un certain impressionnisme avant-gardiste, le background sonore de ces textes est créé par le guitariste Olivier Aude et le technicien des machines Wilfried Wendling. Comme l’indique le sous-titre de cet album, ces « aphorismes philosophiques et improvisations » sont disposés en recueil d’exaltations phoniques, d’escapades alambiquées, de ruptures apocalyptiques. Il n’y aura pas d’analyses de textes dans cette chronique. Il n’y aura pas non plus de simples mots pour décrire la profusion des sentiments qui nous emportent en écoutant ces textes choisis avec autant d’élégance, avec le souci d’interpeller l’auditeur sur des sujets qui touchent l’humanité et sa singularité. La linéarité du ton, au fil des textes, provoque d’ailleurs un effet de transe presque inévitable, ajoutant un poids supplémentaire aux distorsions obsessionnelles mêlées de dissonances toujours plus agressives. Les morceaux ne font qu’en moyenne deux à trois minutes chacun, comme pour mieux coller aux textes, comme pour aller à l’essentiel du message, sans apparats. Et puis impossible de passer à côté de ce travail sur le silence, de ce goût démesuré pour l’abstraite résonnance d’un écho presque omniprésent, ce qui est en quelque sorte le verbe unique de toutes ces conjugaisons de l’esprit. Dans ce disque, il y a du rêve, de la violence, de la magie, du sommeil, de l’envie… Et bien d’autres choses encore, toutes aussi indéfinissables que surprenantes, étant des tranches de vies découpées par la lame aiguisée d’une vision humaniste. Et après tout, ne pas penser. Ecouter. Et vivre. Tristan Loriaut 
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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 07:57

Mack Avenue 2008

 Il faudra bien que quelqu’un, un jour aille voir Kenny Garrett entre deux ses deux sets à l’Iridium de New York où il a, depuis belle lurette élu domicile pour y  satisfaire des charters de touristes venus là écouter pour 40 $ une minuscule petite heure de set. Il faudra bien que quelqu’un parmi ces touristes là aille le voir et lui rappelle qu’il fut jadis l’un des plus brillants et des plus prometteurs saxophonistes de sa génération. Et il faudra bien qu’on lui dise qu’à force de subir le dictat de ces clubs de la grosse pomme qui ne lui demandent qu’à jouer une musique sans inspiration mais qui, paraît il, plaît beaucoup ; qu’à force de se complaire dans cette musique là, et bien oui Kenny Garrett n’est pas loin d’avoir définitivement perdu son âme. Et ce concert capté en live que nous propose cet album n’est rien d’autre que l’un de ces xième concerts qu’il donne tous les mois à l’Iridium, attraction obligée de New York City. Il y a deux ans nous étions à l’Iridium, Kenny Garrett jouait (forcément) et nous entendions exactement la même chose, its was the same old shit guy ! Et ce n’est pas ici la présence de Pharoah Sanders qui y change quelque chose. A l’exception du premier titre (the ring) où cela joue et groove terrible, premier morceau où pour un peu on y croirait, premier morceau où l’on se dit que l’on a retrouvé le génie du saxophone alto, rapidement s’installe une sorte de bouillie musicale sans grand intérêt. Passe encore pour un bon gros blues qui tâche comme cet Intro to Africa. Mais plus on avance dans ce concert et plus la musique semble tourner sur elle-même, plus Kenny Garrett joue une musique électrique et plus son manque d’inspiration devient évident, plombé en cela par une rythmique qui (c’est bien normal à force de répéter soirs après soirs le même concert) joue avec des semelles de plomb. L’hommage de Garrett dans Sketches of MD essaie de s’installer dans une atmosphère à la Zawinul qui sied mal à nos deux saxophonistes. Puis tout se gâte avec les deux derniers titres, sorte de mélasse « lounge » pour un No Jazz très mou (Wayne’s gang). Et pire encore sur cette clôture qui n’en finit pas de finir où Garrett se croit obligé de reprendre son tube « interplanétaire » ( Happy people) dans une sorte de bouillie musicale dégoulinante. Lorsque sort un album de Kenny Garrett on y croit encore un peu, on espère retrouver le génie d’hier. Mais celui-ci semble vivre sur ses acquis. Alors, à force d’attendre cette renaissance qui ne vient décidément pas, on finit, c’est normal par se lasser. Et depuis lorsque nous allons à New York nous ne nous arrêtons plus à l’Iridium. Parce que le jazz inventif qu’il nous plaît à entendre jouer est définitivement ailleurs. Jean-Marc Gelin

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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 07:52

Bee jazz 2009

Guillaume de Chassy (p), Daniel Yvinec (cb), Mark Murphy (vc), Paul Motian (dm)

 

 On sait combien Guillaume de Chassy et Daniel Yvinec sont attachés aux beaux thèmes qui parsèment l’histoire du jazz. Ces belles chansons et ces mélodies qui ont traversé le siècle dernier et dont ils exaltent les formes belles. Ils l’avaient fait avec André Minvielle dans « Chansons sous les bombes » puis dans « Wonderful World ». Et c’est sur ce terrain là qu’ils poursuivent leur projet, sauf qu’ici les chansons du siècle dernier vont de Paul Simon à Neil Young qui côtoient Sammy Cahn ou Prince, en passant par Paul Misraki. Leo Chauliac flirte avec Gershwin et Paul Mc Cartney, tous élevés au rang de standard de jazz.

Et c’est tout compte fait, avec une certaine évidence que pour réaliser cet album, ils ont fait appel à deux invités de marque, tous deux amoureux de la mélodie, tous deux portés à exalter le chant, chacun à leur manière : Mark Murphy et Paul Motian. Deux invités de rêve dont la présence illumine cet album.

Pas besoin d’en faire des tonnes. « Less is more » semble être le fil conducteur de cet album. Et pourtant, c’est justement en en faisant que très peu que chacune des 4 interventions de Mark Murphy porte véritablement la marque des géants du jazz. Peu d’espace, peu de temps lui suffisent pour s’emparer d’une chanson et l’emmener bien au-delà des grands crooners, dans une maîtrise qui nous laisse chaque fois anéanti. La marque d’un grand pro. De ces chanteurs pas si fréquents qui, quoi qu’ils fassent déplacent la lumière avec eux. Peu de moments de grâce peuvent ainsi égaler un Then I’ll be tired of you et lorsque Murphy se laisse un peu plus aller comme dans ce I Wish you love remarquablement arrangé, on est prêt à tout lui pardonner et l’on marche à fond dans ces petites facéties, petites coquetteries de star qui montre là toute l’étendue de son art. Mark Murphy pourrait faire fondre quiquonque en chantant le bottin.

Avec beaucoup d’élégance et de classe Chassy et Yvinec savent eux aussi à leur manière établir les bases d’un discours amoureux sans tomber dans la paralysie de l’enjeu. Car si l’esprit de Bill Evans et de Scott La Faro règne bien sur cette session, De Chassy et Yvinec savent pour autant éviter le piège qui aurait consisté à en faire un album à la Bill Evans. D’abord par le choix des thèmes mais aussi par la façon de jouer et de retenir le jeu tout à la fois, évitant de se plonger dans un jazz où les idiomes chers au pianiste de l’Illinois auraient été stéréotypés. C’est qu’il y a quelque chose de très personnel en effet dans le couple que forme Chassy et Yvinec . Avec des arrangements très soignés et un travail artistique remarquable, ils parviennent à rendre cet album exaltant tout en retenue élégante. Le groove n’y est jamais lourd et le swing toujours est toujours délicat et pudique.

Et c’est dans cet écrin de velours que lui font Chassy et Yvinec que Paul Motian, fidèle à lui même s’impose comme un géant absolu, pour nous le véritable héros de cette session. Car avec Motian, la mélodie prend sous son drive, sous les froissements de sa batterie, une sensualité, une féminité aux atours délicats. Il faut écouter toute la science de Motian sur un You fascinate me où sa présence résout tout. On savait que le problème de Bill Evans c’était son rapport à la batterie…. Jusqu’à Paul Motian. Car son drive n’a que peu d’égal, ce roulement aérien, cette façon de jouer à fleur de peau. Coloriste sorcier qui possède le secret de donner aux mélodies un relief inégalé.

Qu’on ne parle pas ici de concepts révolutionnaires, de prise de risque, de lâcher prise car là n’est pas le propos. Ce que l’on entend ici c’est le plaisir de jouer et de chanter ces thèmes qui prennent dans cette intimité-là, leur part d’universalité. La musique du siècle dernier recelait de purs joyaux. Rendons grâce à ces quatre-là d’avoir su si bien les exalter.

Jean-Marc Gelin

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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 10:07

Label Ouïe 2008

« Melosolex »,      alias « The Pocket Symphonique Orchestra », ce nouveau trio français où nous retrouvons le batteur-multi-instrumentiste Denis Charolles et le saxophoniste Frédéric Gastard, tous deux issus de la fameuse Compagnie des Musiques à Ouïr. A leur côté vient s’ajouter l’indéniable polyvalence du talent de l’accordéoniste Vincent Peirani. Entre Jazz ou Rock parisien et folklore balkanique, ces trois rois évoluent en « Melosoline », un royaume imaginaire où se rencontrent Chostakovitch et Deep Purple, Edith Piaf et Groucho Marx, Musique africaine et indienne ainsi que Flamenco et « Free Musette ». Dans cette curiosité récréative, tout y passe. Ce disque s’assimile à un énorme sac de voyageur d’où l’on peut en sortir un peu tout et n’importe quoi. De l’accordéon au saxophone basse, ténor ou soprano. Des percussions aux graviers, cloches, cornets, trombones, guitare à quatre cordes, en passant par un synthé MS 10, jusqu’aux peaux torturées d’une batterie améliorée, malmenée avec amour. Excepté « Highway Star » du groupe Deep Purple et l’Allegretto du Quatuor n°8 en Ut mineur de Dimitri Chostakovitch, tous les morceaux de cet album sont composés avec audace par leurs trois interprètes. Mais quelle folie d’entreprendre une démarche musicale telle que celle que nous propose ces petits garnements, notamment dans « Systol », qui fait l’objet d’un enregistrement en concert à « La Dynamo », dans le cadre du Festival des « Banlieues Bleues », en Février 2007. Ces enfants (légitimes ?) de Michel Portal, ces frères de Laurent Dehors nous donnent leur vision contemporaine pleine d’humour et dénudée d’enrobage superficiel ou commercial. C’est à l’état brut et spontané que nous recevons cette tentative poétique sous forme de Musique improvisée, finalement sans frontières. L’alchimie ludique, l’interaction festive et la cohésion solide de ces trois compagnons de route ne cache pas toutes les qualités individuelles dont ils font preuve. A noter, l’énorme créativité dont Denis Charolles nous a désormais habitués à entendre dans chaque édifice de sa production discographique. Mais aussi l’agilité avec laquelle le jeu des saxophones de Frédéric Gastard attire notre attention. Sans omettre l’incroyable perspicacité de l’accordéon endiablé de Vincent Peirani. Un projet hors norme, comme on aime les redécouvrir sans cesse. Tristan Loriaut

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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 07:53

Le Studio SFR ouvre un nouvel espace dédié au jazz. 
Sous la houlette de Frederic Charbot (à qui vient d'être confié d'ailleurs la programmation des Lundis du Boeuf sur le Toit), le Studio SFR au 9 de la rue Tronchet à Paris, ouvre un espace dédié au jazz. Un fois par mois, un musicien de jazz (ou de blues) viendra en effet en show case présenter son actualité pour un public très "évenementiel" choisi par le groupe. 




Hier soir, c'était Yaron Herman qui venait présenter son nouvel album (Muse) à sortir en mars chez Laborie.
Pour l'occasion une rythmique un peu improvisée donnait le change au pianiste. De quoi nous mettre de l'eau à la bouche avant la présentation officielle de l'album au Théâtre des Champs Elysées.



Prochain concert, dans un mois, China Moses, la fille de Dee dee Bridgewtaer, à l'occasion de la sortie de son nouvel album chez Blue Note
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