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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 07:48




Hugo LIPPI (g), Florent GAC (cb), Mourad BENHAMMOU (dm)

Découvert dans le quartet du trompettiste Fabien Mary, le guitariste Hugo Lippi sort son premier disque en leader Who cares, avec  le même batteur Mourad Benhammou et un autre complice Florent Gac à l’orgue Hammond.

Quel que soit le contexte dans lequel ce musicien évolue, quelque chose dans son jeu, son phrasé, le son qu’il tire de sa guitare, fait dresser l’oreille, alors qu’il ne joue jamais au guitar hero avec une efficacité démonstrative. C’est au contraire  un trio bien assorti avec une rythmique qui brosse des fonds délicats sur lesquels brode avec aisance le guitariste, avec une générosité dans le partage et la répartition du jeu. La musique avec ce trio respire. De la virtuosité Hugo Lippi n’en manque pas pourtant, écoutez le dans « Limehouse blues », un air qu’affectionne particulièrement Woody Allen dans ses films, de l’imagination, il en a également dans sa façon de reprendre et de détourner des standards. Une seule composition, la dernière, est de sa plume « New Year ». S’il ne s’autorise que quelques minutes en solo sur l’avant dernier titre « Just like a butterfly that caught in the rain », c’est peut-être là qu’il faut aller directement, ou retourner, pour mieux comprendre ce qui fait le charme persistant de ce musicien : une sonorité tendre et cristalline même sur les tempos les plus vifs, un jeu d’une grande fluidité, une énonciation qui paraît simple. En plasticien des sons, il se fond dans la matière musicale, sculptant ses effets, toujours l’écoute de ses camarades, dans un stimulant échange : le dialogue s’engage merveilleusement entre la guitare et l’orgue.

 Délicat, lumineux, Hugo Lippi égrène les notes avec une fantaisie  légère, les transformant au gré de son incroyable capacité à improviser. Avec une décontraction sérieuse, imprévisible dans ses détours, il se joue de la mélodie, sachant toujours la retrouver avec finesse, démontrant ainsi un réel talent de construction.

On se laisse bien volontiers conduire par ce trio quand un tel désir de musique l’entraîne de toute évidence.

Un album plus que prometteur. A suivre attentivement.

Sophie Chambon

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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 07:45



High Note 2008

Eric Alexander (ts), David Hazeltine (p), John Webber (cb), Joe Farnsworth (dm)

   Cet été, alors que nous avions la chance de rencontrer une légende vivante du jazz, Hank Jones celui-ci nous confia à un moment de l’interview qu’il nous conseillait d’aller regarder du côté d’un saxophoniste ténor, Eric Alexander qu’il considérait comme l’un des plus grands de la génération actuelle. C’était juste après avoir joué en duo avec Joe Lovano….  Quand cette confidence émane d’un homme qui incarne l’histoire du jazz, qui a quasiment tout entendu et tout vu depuis 50 ans, forcément on se magne le popotin pour aller écouter le petit génie que, il faut l’avouer nous ne connaissions pas du tout avant. Et comme le jeune Alexander venait justement de sortir un double album (CD + DVD) il eut été franchement ballot de ne pas en faire profiter les copains. Car, force est de constater dès lors que l’on met le cd dans sa platine que le gars qui joue là, sait bigrement bien souffler dans son biniou. Papa Jones, pour sûr qu’il s’y connaît, ne nous a pas baratiné. Car Eric Alexander a tout du grand saxophoniste : le son des grands, le lyrisme, le phrasé, l’inventivité !! Mazette. ! On a l’impression d’entendre toute une école du saxophone. A certains moments j’entend le Coltrane de Blue Train  et à d’autres moments Dexter Gordon, logique filiation, mais aussi et beaucoup Joe Henderson. Et ce n’est pas tout car le garçon s’y connaît dans la maîtrise des tournures harmoniques et des changements d’accord à vous rendre dingue le pus génial des pianistes. Si ce gars là était sorti dans les années 60, je ne vous raconte pas le carton qu’il aurait fait …. En 1991 il se plaçait deuxième au concours de sax Thelonious Monk, juste derrière…. Joshua Redman. C’est dire ! Mais alors que le fils de Dewey a fait évoluer sa musique et s’est entouré de partenaires de choix, Eric Alexander reste un peu coincé dans une musique déjà si souvent entendue et qui surtout le surexpose devant une rythmique de second ordre qui ne le pousse jamais vraiment au train. Que sa musique évolue un peu et qu’il s’entoure des meilleurs et je peux vous affirmer que Eric Alexander pourrait en mettre beaucoup par terre. Et puisque je tiens cette confidence de Hank Jones, permettez moi de vous la transmettre à mon tour, Eric Alexander est un très grand saxophoniste à découvrir de toute urgence.

Jean-Marc Gelin

 

 

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 08:12

JJJJJacques Schwarz-Bart : « ABYSS »
Universal Jazz 2008


 Le fils d'écrivains célèbres a-t-il choisi un art sans paroles, la musique, pour éviter le risque d'entrer en concurrence avec ses parents? Est-ce bien l'écoute de John Coltrane, comme il l'avance, qui lui a fait abandonner le confort d'une carrière toute tracée dans l'administration? Le stade de dénuement et de solitude à New-York traversé à la suite de cette décision l'a-t-il confronté à ses propres profondeurs? Beaucoup d'interrogations trouvent sans doute réponses dans le style volcanique de "Brother Jacques", devenu en quelques années la coqueluche des clubs de Manhattan. Le saxophone ténor crache la lave dans le second CD "ABYSS", une immersion bienfaisante dans son bouillonnement intime. Coltrane apparaît dans chaque jaillissement, Dexter Gordon dans le phrasé, et dans les charges émotionnelles répétées, fait irruption (volcanique) le GWO-KA antillais. Bouleversé cette année par la mort de son père, le Guadeloupéen tire encore davantage les tiges de ses racines et ses cris strient le ciel rouge de ses volutes. Il adresse à son père une prière des morts, un kaddish poignant,dans la tradition juive, tandis que le Gwo-Ka bat le tocsin de ses lancinantes invocations. Des
étincelles aveuglantes enveloppent le bûcher funéraire. Deux morceaux sont consacrés à ses parents, "André", et "Simone". L'auteur débute cette dernière pièce en lisant un poème en créole et enregistre un contre-chant. Pour que la musique reste en suspension, pas de batterie dans le disque. En revanche, le battement des percussions d'Olivier Juste et de  Sonny Troupé
règlent les airs à l'heure du coeur. Deux basses aussi vrombissent. Celle de Reggie Workman, avec qui il a joué chez Roy Hargrove. Celle de l'Antillais Thierry Fanfan, sur trois morceaux. En maître de cérémonie, Guy Conquet, le maître incontesté, scande de sa voix hallucinée le jeu incessant de va-et-vient typiques du Gwo-Ka; sur "An Ba Mongo La", on chavire.
Schwarz-Bart entre en osmose avec ses parents au point que son style au ténor rejoigne le leur dans l'écriture : posé et flamboyant comme celui de sa mère. Spatial et rigoureux comme celui de son père. John Scofield apparaît sur le morceau "Abyss". Sa guitare éparpille les cendres dans l'espace devenu sacré.

Bruno Pfeiffer

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 08:11

de James Gavin

 Denoël ; Joseph Losfeld 2008, 473 p., 29 euros

 

 

La « Longue nuit de Chet Baker »  tel est le titre de cette biographie entreprise par le journaliste américain James Gavin. En cette année où nous célébrons le vingtième anniversaire de la mort du trompettiste de l’Oklahoma, il fallait s’attendre à ce que tous les documents sur sa vie et son oeuvre fassent florès.

Après avoir vu « Let’s get Lost » le film de Bruce Weber dans sa version finale nous étions ressortis avec cette impression bizarre d’une grande manipulation autour de l’image du trompettiste. Manipulés par Chet lui-même, manipulés par ceux qui utilisent son image, manipulés par ses proches. La lecture de cette biographie  ne dissipe pas ce sentiment. Car ce qui se voudrait être l’ouvrage de référence, nous laisse peu ou prou la même impression. La « Longue Nuit de Chet Baker » dont il est ici question est avant et surtout une très longue et étouffante plongée dans l’univers du trompettiste. Une longue et pénible descente aux enfers aux côté d’un junkie dont la vie, si ce n’était Chet Baker serait somme toute bien peu intéressante. Car dans une vision à l’américaine de l’histoire, James Gavin nous propose durant 500 pages une vision très événementielle de sa vie suivant pas à pas et selon un ordre désespérément (mais aussi précieusement) chronologique, les journée d’un junkie obsédé  par la seule idée de nourrir le singe, se procurer sa nouvelle dose de drogue. L’ensemble est basé sur les récits et les témoignages des proches de Chet Baker, essentiellement ceux que l’on a pu voir dans le film. Chet Baker y est donc totalement démythifié. C’est l’image d’un sale type, manipulateur, violent, menteur et quasiment démoniaque qui apparaît ici. Rien ne nous est épargné jusqu’aux détails les plus sordides de sa vie et aux descriptions physiques insoutenables. Qu’on se le dise, Chet Baker est présenté comme l’un des plus grand fils de pute qui soit. Comme s’il voulait se livrer à une opération « vérité », James Gavin s’acharne sur son sujet ne lui trouvant que peu de mérite. Ses talents de musiciens sont réduits au simple « hasard » d’un talent venu du ciel. Et encore lorsque l’auteur lui en accorde un peu. Car pour ce qui est de l’analyse musicale, l’auteur passe totalement à côté de son sujet dont on voit qu’il est peu au fait de ce que représente le jazz. La vie de Chet Baker telle qu’elle nous est présentée ici, et l’ensemble de ses enregistrements , de ses concerts, de ses rencontres semblent résulter d’un gigantesque « non choix », dicté par la drogue et par l’urgence. Jusqu’à par exemple céder un jour l’ensemble de ses royalties à un producteur véreux qui laissera jusqu’à la fin de ses jours le trompettiste vivre dans des conditions miséreuses, dans u état de quasi esclavage musical dont il ne se sortira jamais vraiment.

Détruit par la drogue, ses relations aux autres, et ce nonobstant l’amour qui régnait autour de lui, devenaient rapidement exécrables. Les versions que James Gavin expose des rapports qu’entretenait Chet Baker avec certains musiciens dont Stan Getz et Gerry Mulligan sont à ce titre édifiantes.

Mais après 473 pages étouffantes de cette longue nuit, Chet Baker aura beau nous être présenté comme l’un des plus immondes salopard ,le mystère de sa musique reste entier et pas le moins du monde élucidé. Et en cela le pouvoir de fascination de Chet Baker n’en sort finalement que renforcé et l’image du musicien déchiré, éternelle victime de lui-même n’est pas égratignée malgré l’acharnement du journaliste.

James Gavin en effet, ne se laisse pas enfermer dans le dilemme « cliché » : « mi ange – mi démon » et choisi clairement son camp. Celui dont il prend le parti nous parle de la face la plus sombre de Chet Baker.

Jean-Marc Gelin

 

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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 05:57

 

Charli Persip est un musicien étonnant : témoin et acteur de l’histoire du jazz américain[1], reconnu par ses pairs, il construit à 79 ans ses projets avec le dynamisme d’un jeune homme de 20 ans.

Batteur de l’école ancienne et dévoué à la cause de la musique, c’est aussi un homme touchant et humble qui nous raconte, en roue libre, qui il a été, son actualité professionnelle et un peu de sa vie personnelle.

A l’occasion de la sortie en 2008 de son cd "Intrinsic Evolution", de son passage en septembre et sa venue, encore hypothétique, en octobre à Paris pour le projet « Spirit of Mingus » de Ted Curson[2], nous avons eu envie de vous faire partager une rencontre avec lui au Smoke à NYC où il jouait avec son trio (James Gordon Williams (p), Saadi Zaid (b))  en mai 2006. Moment simple et mémoires.

 

 

Je suis connu pour mon travail auprès de Dizzy Gillespie (ndlr : sous le nom de Charles Lawrence ou Charlie Persip, ndlr2 : de 1953 à 1958). Nous avons eu des bonnes périodes mais difficiles. Ensuite après Dizzy, j’ai joué beaucoup avec Gil Evans; j’apparais comme batteur sur « Out of  the Cool ». Puis j’ai été le batteur personnel de Billy Eckstine; il n’était pas fond dans le jazz mais, au Village à cette époque, il était véritablement populaire. Et il jouait partout. J’ai travaillé pour lui pendant une longue période (ndlr : de 1960 à 1973).

Enfin j’ai travaillé avec Archie Shepp pendant un moment (ndlr : à la fin des années 70), nous avons enregistré un album (ndlr : « Ballads for Trane ») et joué en France. Sinon, j’ai joué avec Sam Rivers en France au Nancy Jazz festival (ndlr : NJP).

Voilà pour les plus connus, mais j’ai joué avec tout le monde ici [Rires]…

Aujourd’hui, je me concentre sur ma propre musique et je conduis mon big bang « Super Sound ». Et maintenant, nous avons ce trio : son nom est « Sip + Two » ; Sip fait référence à la dernière syllabe de mon nom. C’est la première fois que nous allons jouer ensemble en public, mais nous nous connaissons puisque c’est la section rythmique du big band. Et c’est très excitant car James est un grand pianiste. Je suis heureux de l’avoir dans le groupe.

 

 

Vous vivez à NYC?

Oui, je vis à NYC (ndlr : 7ième avenue à Manhattan) mais je n’y joue pas souvent parce que c’est très mal payé. Avec mon big band, j’ai dû jouer à Birdland cinq fois les deux dernières années. Le big band a joué au Dizzy Gillespie Auditorium, du Bahaï Center de NYC deux ou trois fois dans l’année. Tu connais la religion Bahaï? Dizzy était un pratiquant de cette religion, cette foi. Mike Longo était le producteur de ces prestations et il a aussi été le pianiste de Dizzy pendant longtemps. J’ai joué aussi au Village Vanguard, au Sweet Rhythm et au Lenox Lounge mais pas comme leader.

Autrement  à Philadelphie, à Washington DC pour la chaine de télévision BET, dans les festivals de Los Angeles et à Toronto au Canada avec le groupe de Frank Foster.

En fait, je ne joue plus qu’en tant que leader ou invité (Clark Terry, Frank Weiss). Je ne fais plus le sideman, même si j’ai beaucoup aimé ça par le passé.

 

Vous enseignez la batterie?

Plus vraiment en tant que professeur privé, je n’ai plus la patience. J’ai toujours quelques élèves à vrai dire, mais ce sont des professionnels. Mais pas de débutants ou d’amateurs.

Je préfère enseigner à l’université de NYC (ndlr: New School for Jazz and Contemporary Music à Manhattan et pour l’association JazzMobile depuis 1974) pour les ensembles et les groupes. Je donne aussi des cours d’histoire du jazz. Enfin, j’ai écrit un livre qui s’appelle “How not to play drums? “ paru chez Second Floor Music.

 

Quel âge avez vous maintenant?

Je suis sans âge! Disons que j’ai 27 ans + + .[Rires]

Je ne parle pas de mon âge parce que je suis toujours actif, en bonne santé et fier de l’être. Je ne veux pas être considéré comme un vieil homme, car ici les gens considère alors que vous n’avez plus votre place dans le milieu du jazz !

 

Pour terminer, vous avez un message spécial?

Non, pas vraiment. Je suis heureux de jouer, c’est mon témoignage.

Je suis en bonne santé, j’ai une femme formidable qui me soutient depuis très longtemps. Je l’ai connu lorsque je jouais avec Dizzy.

J’ai eu deux filles qui sont jumelles, mais une est décédée il y a quelques années. Mon autre fille a mis au monde deux enfants. Elle est parent unique alors j’ai été amené et eu la chance de l’aider à élever son garçon. Je le considère comme mon fils et nous avons une relation formidable. Il a 17 ans maintenant, je lui ai enseigné la musique mais il veut devenir ingénieur. Il aime la musique ! Mais il ne ressent pas ce désir de devenir musicien. Ma petite fille a 12 ans et elle veut devenir danseuse comme ma femme !

 

Je vous ai vu jouer à Paris dernièrement au Sunset avec Henry Grimes. Vous avez fait un chorus de cymbales particulièrement remarqué par le public ; moi je l’ai qualifié « d’anthologie ».

C’est vrai ? Oh, c’est très gentil. C’est pour ça que je continue à jouer de la musique. Merci.

 

Après toute l’histoire jazz à laquelle vous avez participé, comment restez vous aussi humble?

Je ne suis pas une star, la musique est l’étoile. Je suis juste un messager, c’est comme ça que je vois les choses.

 

http://www.myspace.com/charlipersip  

 

Propos recueillis par Jérôme Gransac

 

 

 

 



[1] Il a enregistré avec Freddie Hubbard, Lee Morgan, Dinah Washington, Melba Liston, Kenny Dorham, Zoot Sims, Red Garland, Gil Evans, Don Ellis, Gene Ammons et joué avec Dizzy Gillespie. De ces enregistrements principaux, on se souvient de sa participation à « Sonny Side Up » de Sonny Rollins, « Out Of the Cool » dans le Gil Evans Orchetsra, « Where ? » de Ron Carter avec Eric Dolphy, « We Free Kings » de Roland Kirk, « Ballads for Trane » d’Archie Shepp

[2] 8 sept. 2008 - 20h30 - Paris / Mairie du 13e ... Sonny Simmons / Ted Curson / Richard Davis / Charli Persip ...

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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 05:55

 DAVE DOUGAS & KEYSTONE : « Moonshine »

Greenleaf 2008

Dave Douglas (tp), Marcus Strickland (ts), Adam Benjamin (fender), Brad Jones, Gene Lake (dm), DJ Olive (tntbles)

  Le cinéma de Buster Keaton est une source d’inspiration  inépuisable pour bon nombre d’improvisateurs en général et de jazzmen en particuliers. On a tous en tête les ciné concerts de Bruno Regnier qui avec son Xtet donne vie à quelques chefs d’œuvre du cinéma de Keaton (Steamboat, Sherlock Holmes notamment). Bill Frisell aussi a trouvé chez le maître du cinéma muet matière à créer une œuvre mémorable et plus loin il est même jusqu’au plus Ellingtoniens des jazzmen français, Claude Bolling à s’être inspiré du cinéma de Buster Keaton ( Steamboat).

Ici à l’occasion d’un travail présenté par Dave Douglas et Keystone en mai 2007 au Mermaids Arts Center lors du Bray Jazz festival en Irlande, c’est Dave Douglas qui s’empare de Moonshine ( « La mission de Fatty ») , un fragment d’oeuvre inachevé de Buster Keaton et Roscoe Arbucke créée en mai 1918. C’est alors une approche totalement différente que nous offre le trompettiste. Une autre poésie mariant avec un groove omniprésent les harmonies et les couleurs étranges. On pense parfois au quintet électrique de Miles, celui de Bitches Brew notamment même si dans le fond le jeu de Douglas et son inspiration lui sont propres. Ici l’electro est toujours intelligemment utilisée et le fender de Adam Benjamin y assure un le liant par lequel se crée toute la trame sonore. Douglas ne s’inspire pas des images, ne vise pas l’expressivité mais s’empare juste de la poésie de Keaton. Une poésie un peu fantomatique à l’instar du visage angélique de l’acteur et de sa démarche qui semble planer au dessus du sol et dévaler l’espace tel un trublion survolté. Alors derrière la trompette nerveuse et tendre à la fois de Douglas ou les envolées superbes de Marcus Strickland (ici étincelant), apparaissent parfois des voix fantomatiques toujours furtives et comme révélatrices de ce monde de fiction derrière ces images en noir et blanc. Un mode totalement irréel se dévoile à nous. C’est la dimension surréaliste de Keaton qui nous est révélée par Dave Douglas. Car derrière l’énergie du geste il y a cette poésie inexplicable, presque en lévitation que rend parfaitement cette formation de rêve. Avec un rare talent Dave Douglas parvient à marier les deux et nous fait pénétrer dans son univers onirique grisant et fascinant. !                       Jean-Marc Gelin

 Voir un extrait du fil : http://www.greenleafmusic.com/store/productdetail.php?p=25

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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 05:51

Elabeth




Voilà avec cet album du trompettiste Fabien Mary en octet, formidable extension de son quartet, l’occasion d’exprimer (avec retard) l’un de nos coups de cœur de cette saison et assurément  notre plus belle découverte.

 Voilà une formation difficile à assumer aujourd’hui en club ou en festival mais le jeune trompettiste s’est payé le luxe d’écrire pour un ensemble plus étoffé, avec des solistes de talent comme  Pierrick Pedron à l’alto,  David Sauzay au ténor, Thomas Savy à la clarinette basse et au baryton, Jerry Edwards au trombone.

Ecrivant dans l’esprit des arrangeurs des années 55- 65 qu’il admire profondément comme Gigi Gryce ou Jimmy Heath, la musique de Mary fait resurgir ce que l’on n’attendait  (et n’entendait) plus . Le trompettiste écrit en référence à une époque révolue, sur le versant du hard bop, et du jazz West coast : au plus près de sa source, Fabien Mary aime  Kenny Dorham et nous donne envie de réécouter le trompettiste de Blue Note, pour lequel nous avons aussi un faible. Mais il n’y a pas que Dorham que Mary maîtrise sur le bout des doigts : il connaît aussi le formidable Conte Candoli et le plus qu’estimable  Jack Sheldon (il nous revient en effet des parfums du Giuffre des sessions des « Four brothers »).

Plus qu’un travail d’hommage, un énième nouveau ‘tribute’, ses arrangements traduisent un véritable amour, une connaissance précise de cette musique. Entouré d’une rythmique impeccable (Mourad Benhammou et Fabien Marcoz),  une place généreuse  est faite au guitariste Hugo Lippi,  le compagnon absolument indispensable, aux interventions lumineuses. Quant aux soufflants, ils donnent à l’ensemble une  belle carrure, entre soli musclés et unissons complices, avec un réjouissant swing basien.

Fabien Mary, jamais dans la brillance aiguë et la seule virtuosité, entre discrètement sur certains thèmes,  avec une sonorité légèrement voilée. Il prend un envol  d’autant plus surprenant  dans  «  From this moment on » de Cole Porter,  ou certaines de ses  compositions  très enlevées, « Hide and seek », ou « B.G » :  de longues  phrases  que l’on écouterait presque pour le seul plaisir de se perdre dans les détours de ce discours parfaitement articulé.

Sans s’occuper des modes, à contre courant même, cette formation sérieuse et sensible suit un chemin bien solitaire aujourd’hui, plutôt courageux. En tous les cas, la leçon a été vue,  apprise et reprise, et  prolongée.

Nous aimons  décidément beaucoup cet album,  avec le cœur et la raison.

Sophie Chambon

 

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20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 08:15

Ronnie Lynn Patterson (p), Stéphane Kerecki (b), Louis Moutin (dms).   HHHH

Zig Zag 2008



A ma droite, la mélodie, la musique classique européenne et la main droite du pianiste. A ma gauche, le rythme, le jazz afro-américain et la main gauche du pianiste. Au centre, Ronnie Lynn Patterson, pianiste afro-américain installé à Paris, passionné de musique classique et de jazz ! Un toucher de piano fin, délicat, élégant et sensible, rarement entendu depuis Bill Evans (Freedom Fighters en version adagio ou allegro). Un travail passionnant sur le rythme, un sens du swing évident (Santa Fe) et une certaine ferveur accentuée par des racines blues et gospel (Faith). Un bel hommage à la période free de Keith Jarrett (Mandala) et aux conceptions harmolodiques d’Ornette Coleman dans les délirants développements de For Ornette Coleman. Une vieille chanson traditionnelle My Wild Irish Rose (que Jarrett avait reprise dans Melody at Night with you), jouée dans une version totalement épurée, où les silences crées par les notes détachées du piano font partie intégrante de la mélodie. Un clin d’œil subtil à Rachmaninov à l’intérieur du très lyrique Leslevret. Vous l’aurez compris il s’agit d’un disque sublime d’un pianiste mature, au sommet de sa créativité artistique. Un pianiste remarquablement bien entouré par deux musiciens que l’on connait bien en France : le contrebassiste Stéphane Kerecki et le batteur Louis Moutin. A eux trois, ils forment un trio très organique et magique où l’alchimie musicale n’a d’équivalent que dans les célèbres trios de Bill Evans ou de Keith Jarrett.

Lionel Eskenazi

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20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 08:11

ACT 2008

Esbjörn Svensson (p), Dan Berglund (cb), Magnus Öström (dm)

 Cela commence par quelques notes amenées de la  plus douce des manières. Un débit acoustique qui pourrait laisser croire à un album de jazz très honnête et très propre sur lui. Ce serait ignorer la conception artisitique très poussée de ce trio. Car très vite l’on s’aperçoit qu’il y a quelque chose derrière les choses. Quelque chose de caché là, un drame immanent, une tension qui pointe. Tension sourde mais toujours palpable.

Paradoxalement cet album là, le dernier enregistré avant la mort cet été de Esbjörn Svensson lors d’un accident de plongée est à notre sens le meilleur du trio. Peut être le plus abouti artistiquement. Paradoxalement en effet puisque que cet enregistrement réalisé en Australie est le résultat d’une longue scéance d’improvisation. Rien d’écrit. Tout au feeling dans le studio. Il faut arriver à un point extrême de fusion et d’intimité télépathique pour parvenir à vibrer à la même intention spontanéee comme ils le font ici. On appelle cela l’osmose. Dépassant les canons classiques du jazz, ces trois là  vont puiser à d’autres sources leur inspiration. Elle vient de la pop pour beaucoup et de Radiohead certainement mais ne renie pas les apports de grands trio de jazz comme celui de Meldhau, référence reciproque jamais cachée. Dès le deuxième titre, c’est du E.S.T reconnaissable entre mille. Svensson prend son temps, utilise l’espace et s’affranchit de toute contrainte formelle tandis que la rythmique crée une mise en tension permanente. La musique exerce alors son pouvoir de fascination totale, suggère moins qu’elle ne dit nous laissant captivés, captés dans la toile qu’ils tissent autour de nous. Il y a un effet très visuel dans cette musique là qui évoque de longs travellings. Dan Berglund dans le rôle du bassiste-guitariste laissé libre à lui même porte littélaralement tout l’album inspirant autant de respiration régulière que de sauvagerie folle. Magnus Östrom utilise sa caisse claire comme les balles d’une mitraillette faisant succéder à ce no man’s land désert, des images de guerre et de chaos. Et aussi ce sublime morceau de 9’’, Still où derrière cet espace patiemment construit  se dessine une mélodie comme une ligne d’horizon qui lentement se détache du paysage, se rapproche à pas comptés et s’installe enfin, nettement, dans un moment d’émotion rarement atteint chez E.S.T. Beau à pleurer.

Au début de Leucocyte, pièce conçue en 4 parties ( Ab initio ; Ad interim ; Ad Mortem, Ad Infinitum), c’est un univers de chaos et de fureur qui s’installe. Vient ensuite une plage entière de silence total, Ad Interim comme une césure obligée après avoir touché à une expression paroxystique irrésistible. Ad infinitum clôture de manière envoutante cet album sur une sorte de carillon d’église fantomatique dans une mise en scène angoissante que ne renierait pas un dramaturge comme Castelluci. Car c’est bien de cela dont il s’est agi durant tout cet album. D’un drame à l’antique où le paradis le plus pur côtoie l’enfer de Dante. Les dernières notes nous laissent, avec cette intérogation manichéenne où les frontières du paradis et de l’enfer semblent mêlées. Et ces dernières notes parce qu’il s’agit précisément des ultimes notes enregistrées par Svensson, sont poignantes. Et le silence qui suit est alors totalement assourdissant.

Jean-Marc Gelin

 

 

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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 22:18

MARJOLAINE REYMOnd :  « Chronos in USA »

Cristal 2008





Quelle radicalité dans le travail de la chanteuse et compositrice Marjolaine Reymond ! Assumant complètement sa formation initiale de  chanteuse lyrique, loin de toutes les modes et conventions, brassant  avec énergie et intelligence les influences classiques, contemporaines, rock et jazz, elle nous offre un album de musique  improvisée explosif. Aucune tiédeur ou tabou dans cet opéra en trois actes avec offertoire et épilogue tragique en forme de lamentation.  Marjolaine Reymond ne cherche

pas à séduire ou à  plaire. Son projet est à  la fois plus intime et plus profond et donc incroyablement universel. Elle signe toutes les compositions à  partir de magnifiques textes d’Emily Dickinson, de Robert Browing, Alfred Lord Tennyson et Thomas Lodge, à l’exception de Bitches Brew (Miles Davis) et entraîne dans une audacieuse chevauchée poétique d’excellents compagnons de jeu (Yvan Robillard au piano, Hubert Dupont à  la contrebasse et Nicolas Larmignat à la batterie). L’entame de l’album (« Contrapunto sin Dino ») est très mélodique et mélancolique, avec un accompagnement tout en douceur de son trio de musiciens. Après cette introduction policée, l’Acte 1 avec le déjanté Metal Oxen, se grippe, sa voix se faisant menaçante, incantatoire, grinçante. Kurt Weill et Lotte Lenya ne sont pas bien loin. Mêlant voix parlée, voix naturelle, ports de voix et vocalises, la virtuose soprano se transforme en sorcière. Elle semble capable de maîtriser tous les éléments en faisant monter des profondeurs une incantation hors du temps (« Le balcon céleste »). L’utilisation de l’électronique lui permet de démultiplier à l’infini sa voix et de créer une atmosphère fantasmagorique («  La fin des Poseidons»). La conclusion de l’Acte 1 avec Bitches Brew est inquiétante. Un petit interlude à la flûte introduit l’Acte 2 plus énigmatique. Son « royaume des anges» n’a rien de paradisiaque et ressemble à  un temple expressionniste allemand. Elle ouvre en permanence des brèches rythmiques, en réorganisant les hiérarchies entre instrumentistes et vocaliste, et elle utilise toutes les dimensions de l’harmonie pour ainsi enrichir la matière sonore, à  la manière d’un John Cage. La musique de Marjolaine Reymond a ceci de passionnant qu’elle est dans l’expérimentation permanente, déstructurant les sons, triturant sa voix, crachant les mots. Alors que l’ensemble de l’opéra semble se dérouler dans une autre dimension temporelle, presque hors champ et hors limites, on croit entendre dans l’épilogue des sonorités familières qui nous ramènent en douceur vers une mélodie apaisée célébrant l’amour renaissant. Un album d’une originalité et d’une richesse incroyables. Attention OVNI (Objet vocal ne laissant pas indifférent) à écouter de toute urgence                       .Régine Coqueran

 

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