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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 23:33

Éditorial

 

 Ne le cachons pas ce début d'été commençait à nous inquiéter un peu. La situation devenait franchement préoccupante et il était urgent que le monde du jazz en prenne conscience. Peut être est ce dû à la chaleur de l’été ou aux échos qui nous arrivaient des tribunes allemandes, mais le fait est que la désaffection des clubs de jazz tend à se confirmer sérieusement. Songez que pour ses deux concerts à Paris, le grand saxophoniste américain Tony Malaby n’a réuni à peine qu’une dizaine de spectateurs. On pourra toujours objecter que la musique qu’il proposait ces soirs là était ardue et difficilement accessible mais l’argument est un peu fallacieux car, pour le savoir, encore fallait il y être.

Heureusement face à ce risque de voir les salles continuer à se vider et les clubs fermer les uns après les autres, une belle initiative est née du côté de la rue des Lombards. L’association Paris jazz Club créée autour de Jean Michel Proust, Alex Dutilh, Claude Carrière, Stéphane Portet et Maria Rodriguez est née de cette volonté de ramener le public dans les clubs. Cette initiative va permettre aux spectateurs, une fois toutes les six semaines de bénéficier d’un tarif unique pour naviguer entre les 4 clubs que compte la rue. Ces clubs qui contribuent tant à l'essor du spectacle vivant, à la création instantanée bref à l'essence même du jazz. C’était une idée aussi simple qu’évidente. Encore fallait il la mettre en oeuvre. Chapeau !

 Du côté de la programmation des festivals  on trouvait là encore quelques motifs d’inquiétude. Une certaine morosité nous gagnait à voir les grosses machines se mettre en route avec une programmation lourde et démago qui semblait dérouler quelques affiches sans surprises et surtout sans aucune prise de risque. L’impression aussi d’avoir à affronter des organisateurs plus enclin à faire de l’événementiel pour VIP façon Stade de France qu’à ouvrir un espace inédit à un public avide de choses riches. Un grand nombre de musiciens français, chroniqués dans ces colonnes même et qui se sont signalés cette année par de belles sorties d'album nous ont dit qu'ils n'avaient aucun engagement cet été. N'y aurait il pas quelque chose qui cloche dans le paysage ?

Mais voilà il y a quelques exceptions heureuses. Découvrir par exemple que Blandine Hermelin qui préside à la programmation du très select festival d’Enghien cherche tout au long de l'année des chanteuses inconnues du public sur le web, découvre des talents nouveaux, les écoute et prend le risque de les programmer est en soi une démarche qui nous plaît. Chapeau là aussi !

Ailleurs, à Maisons Laffitte, Nicole Bykoff pour son tout nouveau festival prend elle aussi le pari de faire découvrir une scène d’Europe. Pour cette première édition elle a programmé des artistes venus de la scène belge. Il fallait oser. Chapeau là encore !

Et ce ne sont que deux exemples parmi d’autres de ce que les vrais passionnés du jazz sont capables de faire. Ceux qui sont investis dans leur propre festival font partie de ceux là, et comme ont dit en ce moment Outre Rhin ailleurs, "ils savent mouiller le maillot".

 Et puis il y a ceux aussi qui font le pari de l’intelligence. Ceux qui misent sur l’explication de texte. La Cité de la Musique   nous offrira à la rentrée un festival somptueux avec des têtes d’affiches exceptionnelles. Mais dans le même temps et parce que c’est aussi sa vocation il saura s’ouvrir à des conférences avec des invités vedette ou encore au cinéma avec quelques belles programmations au MK2 Quai de seine. Manière de poser quelques débats sur la place du jazz aujourd’hui. Encore une fois Chapeau

 Et au travers de ces exemples on voit bien que c'est à nous tous, programmateurs, journalistes, propriétaires de clubs et musiciens de susciter l'envie, le plaisir et la curiosité du public.

 Il y a dans ce paysage de début d’été bleu pâle autant de raisons de s’inquiéter que d’autres de se réjouir. Un peu comme une coupe du Monde qui commencerait en demi teinte et qui pourrait bien finir en apothéose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 23:23

RICHARD GALLIANO : Piazzola Forever Spetet en concert

 

Dreyfus  2006

 

 

 

 

 

Ce DVD présente le concert donné par le septet de Richard Galliano au Bouffes Du Nord en juin 2005 clôturant dans ce lieu magique une tournée de trois ans consacrée à la musique de Astor Piazzola. Nous y étions ce soir là, subjugués alors par ce qui se passait sous nos yeux et transperçait nos oreilles pour nous bouleverser l’âme. Et voilà ce que nous écrivions alors « Ce soir là les ocres rouges du théâtre des Bouffes du Nord servaient de toile de fond au septet de Richard Galliano pour un hommage à la musique d’Astor Piazzola. … associant l’accordéoniste à une section de cordes et un piano. Incroyable spectacle, propice à sa théâtralisation …Un exercice de pure beauté. De magie poétique. »

Franck Cassenti était là lui aussi  ce soir là pour capter avec ses caméras ces moments rares, tournoyant lentement autour des musiciens, s’attardant sur les visages ou sur des détails,  alternant avec les plans larges où la scène semble littéralement s’enflammer dans les ors et les rouges de ce beau théâtre à l’Italienne. Un théâtre qui va si bien à la musique poignante d’Astor Piazzola. Un espace d’intimité théâtrale pour une dramatisation farouche de la musique.

Malgré la pauvreté du contenant (aucune liner note, ni le moindre mot de présentation) il s’agit néanmoins d’un témoignage indispensable pour tous ceux qui n’ont pas eu la chance d’assister à ce qui fut selon nous l’un des plus beaux spectacle musical de l’année dernière.

Jean Marc Gelin

 

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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 23:20

LL FANTOMES DU JAZZ – 22 histoires fantastiques présentées par Alain Puzzuoli

 Éditions Les Belles Lettres 2006 – France Inter

 303 p. – 21 €

  

 

Comment gagner de l’argent avec le jazz lorsque l’on a ni le talent des musiciens ni aucune idée originale à raconter et encore moins l’envie de construire quelque chose. Voilà ce que propose ce livre «concept marketing » dans lequel sont conviés 22 auteurs pour nous raconter, pêle mêle des histoires «fantastiques » autour du jazz. 

 Si la plus belle d’entre toutes est certainement la première qui nous est racontée autour de Louis Armstrong par Danny Walther en ouverture de ce livre, malheureusement tout le reste est terriblement décevant et relève d’un assemblage de clichés souvent mal écrits, collage des stéréotypes les plus conventionnels du jazz. Un alignement d’êtres à la dérive croisant sur leur chemin des fantômes du passé. Et comme il s’agit de jazz, forcément ces nouvelles sont écrites sur le mode polar black and White avec toutes les conventions du style. On voit alors passer des êtres dont le spleen, l’alcool et la dope charrient ces bons lieux communs du jazz, figé quelque part du côté de la 52° rue. Atmosphère glauque de ces fins d’êtres. Pourquoi pas mais dans le genre nous aurions préféré alors le talent d’un Marc Vuillard. Car le pompon est atteint avec l’instigateur de ce traquenard, Alain Puzzuoli qui fait apparaître le fantôme de Billie Holiday qui débarque dans les loges d’une chanteuse paumée au bord du suicide et lui dit tout de go « regarde moi bien. Tu ne me reconnais pas ? » Et l’autre forcément qui voit Lady Day avec son gardenia dans les cheveux, et qui se dit  bon sang mais c’est vrai elle me rappelle quelqu’un !

Passons sur ce pauvre Mezz Mezzrow qui ne digère pas le bop et a très mal au free, qui voudrait être noir et qui rencontre Miles et qui lui dis « Miles STP, tues moi  parce que (pour la faire courte) j’arriverai jamais à être noir».

Chet Baker forcément est dans l’histoire, forcément.

On peut en revanche se laisser séduire par « Nat King Cole » où, pour le coup, Robert de la Roche joue vraiment le jeu de l’histoire fantastique. Il y a dans cette histoire une vraie piste à explorer.

On peut aussi se laisser séduire par le petit texte assez court de Daniel Darc  (peut être le seul texte correctement écrit), sorte d’ode à « A Love Suprême »  mais dont on ne voit pas bien le rapport avec le fil conducteur de l’ouvrage.

Et ce qui est le plus gênant c’est que jamais les auteurs ne parviennent à créer l’osmose entre les jazzmen qu’ils évoquent et leur musique. Toujours un décalage venant d’un verbiage qui ne touche jamais à l’essentiel. A l’âme du lecteur. Trop de notes bleues tues la note blue. A vouloir faire «  genre » les auteurs ne parviennent qu’à la superficialité.

Amoureux des belles lettres si nous avons un conseil à vous donner fuyez, ce livre qui vraiment n’est pas pour vous. Un livre ectoplasmique et filandreux dont il ne vous restera assurément pas grand-chose une fois la dernière page tournée. Car dans ce livre on entre somme toute de la même manière que l’on en sort,  rapidement.

Jean marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 23:18

JJJJRené Urtreger : « Tentatives »

1Cd Jazz 2006 Minium /Discograph

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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 23:10

JJJ HADOUK tRIO : « Utopies »

 

 

Naïve 2006

 

 

 

 

 

Qu’il résonne du son du hautbois arménien, du doudouk ou de tout un tas d’instruments « exotiques », Didier Malherbe et ses camarades polyintrumentistes nous invite en toute intimité dans leur univers au groove délicat. Un  groove susurré où les sonorités boisées de Malherbe s’allient au jeu de balais de Steve Shehan dont les frottements sur la caisse claire murmurent le swing. Curieusement si l’on peut parler de jazz-world à propos de cet album cela ne vient pas de l’usage d’instruments liés à d’autres cultures mais bien plus du métissage des compositions. Côté jazz, le swing charmant de « toupie valse » fait écho à un « suave corridor » ou « Clefs des brumes »  où Didier Malherbe montre une grande sensibilité dans un jeu qu’il parvient à détacher des clichés de l’instrument faisant entendre au hautbois de subtils glissandos. Avec un sens évident de la mélodie les trois hommes nous entraînent aussi dans d’autres univers, plus ethniques cette fois. Au gré des compositions liées à d’autres folklores, Hadouk trio installe un univers plus « Roots ». C’est à juste titre que les liners notes parlent de « tourneries nomades » faites de petites danses tropicales d’inspiration parfois shamaniques que l’on pourraient croire tirées de quelques forêts tropicales. Malgré un sens évident de la mélodie chantante, c'est lorsque les couleurs deviennent moins subtiles et le trait un peu forcé que le trio peine à convaincre. C'est notamment le cas lorsque Didier Malherbe s'empare de la flûte. La superbe inspiration subtile s'efface alors. "Baldamore" aux accents gaéliques prend des airs de fez noz ; " Idalie" peine à séduire et malgré l'introduction d'un steel pan sur "Centaura" on est en plein générique de TV du genre à  voir apparaître Mabrouk ( vous savez le chien de 50 millions d'amis !). Heureusement le trio s'égare peu sur ces chemins lourdauds. A la fin de l'album, sur les trois  derniers titres il invite le trompettiste John Hassel qui avec une sonorité profonde contribue à apporter dans cet univers world-jazz dont on ne connaît pas les frontières exactes, un surcroît d'inspiration. Et ajoute sa part de mystère à cet album au swing multicolore et enchanteur.

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 23:04

JJJJ (J) BILL CARROTHERS / MARC COPLAND: « No choice »

 

 

 

 

Minium 2006

 

 

 

 

Bill Carrothers ( p, left side), Marc Copeland (right side)

 Au départ il s’agit d’une belle idée de Minium (anciennement Sketch) : proposer à une dizaine d’artistes qui avaient formé l’ancien label de travailler sur un répertoire de standards, de les revisiter et d’en faire une véritable projet. On y trouvera des personnalités aussi différentes que Utreger, Stéphane Oliva avec Susanne Abbuehl, Linda Sharrock, Jean Marc Folz, Claude Tchamitchian, Joey Baron ou Giovanni Mirabassi (qui, lui explorera le répertoire de la chanson française).Seul point commun de tous les albums à sortir entre mai et octobre 2006, le «  Lonely woman » de Ornette Coleman.

 Pour inaugurer cette série Philippe Ghielmetti a fait appel à deux pianistes qui se connaissent bien, Bill Carrothers et Marc Copeland qu’il a réuni deux jours au Studio la Buissonne. A l’exception d’un thème composé par les deux pianistes, sur les 9 autres titres les deux hommes jouent le jeu et explorent le répertoire. Deux versions de Lonely woman dont l’une ouvrent l’album et l’autre le clôt, un Take the A train, 2 versions de Blue in Green de Miles, un Masqualero de Wayne Shorter, Bemsha swing de Monk et hors du jazz, un thème de Neil Young.

 Si l’exercice des duos de piano est souvent l’occasion d’une confrontation de style, souvent affaire de dialogue fructueux, ici c’est tout autre chose. Car bien au-delà d’une aimable rencontre c’est une véritable lecture commune, un intelligence partagée des thèmes qui amène les deux hommes à construire ensemble une véritable nouvelle œuvre en partant du thème connu. En principe Carrothers est restitué sur la gauche de votre chaîne et Copland sur la droite. Mais il est néanmoins assez difficile de pister l’un ou l’autre. Car tout se passe comme si les deux hommes s’étaient partagés les claviers avec la partie basse pour l’un et la partie haute pour l’autre pour donner cette impression de piano à 4 mains où la coïncidence des intentions touche à la perfection. Même inspiration, même compréhension des thèmes et surtout une rare intelligence dans la lecture des morceaux comme ce sublime Lonely Woman lourd de profondeur pour raconter l’histoire d’une femme solitaire. A la manière de la respiration circulaire chère à certain saxophonistes comme Sonny Rollins, il y a ici une circulation de l’énergie entre les deux hommes comme dans ce Take the A train ou dans You and the Night and the music où d’évidence l’un se nourrit de l’autre. A d’autres moments c’est la même conception du silence et, plus rare dans ce genre d’exercice, le même souci de mise en espace qui contribue à la dramaturgie des œuvres. La mise en tension de Masqualero revisite les idées de Wayne Shorter comme on l’avait rarement entendu et la reprise du thème de Niel Young (The Needle and the dammage done, qui figure sur le célèbre Harvest) semble inscrire au répertoire du jazz ce thème tiré de la folk song américain.

 De cet album on retient  tout décidemment comme un moment d’intelligence fulgurante dans l’approche du répertoire. Entre énergie et émotion les deux hommes touchent en plein cœur. Un pur chef d’œuvre.

 Jean marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 23:00

JJJJ BOJAN z : «  Xenophonia »

 

 

Bojan Z(ulfikarpasic) (p,fd, xénophone), Remi Vinolo (b), Ari Hoenig (dm), Ben Perowsky (dm), Krassen Lutzakanov (kaval)

Autant dire tout de suite le coup de cœur absolu que nous avons pour ce nouvel album de Bojan Z. Le jazz y est ici réinventé ici avec autant d’énergie à revendre que de trouvailles éclectique voire même avec une bonne dose d’humour. Car Bojan ose tout.  Et à ceux qui lui reprochent parfois d’en faire trop dans son jeu, il montre à l’entame de cet album qu’il pourrait s’il le voulait, jouer à la manière d’un Ahmad Jamal. Il est vrai que le premier morceau (Ulaz qui veut dire « entrée »)  n’était en fait qu’un morceau réalisé pour la balance son mais finalement conservé.  Ambidextre Bojan joue des deux claviers, acoustique et électrique pour un album très border line à la frontière de tout.  Ballade dans des univers très légèrement empruntés à ses racines du côté de Belgrade qu’il prend soin de largement dissoudre dans une grande rase de jazz ou de rock. Son fendher se transforme à l’envie en guitare héros allant même avec un son un peu «  sale » à reprendre note pour note sur son clavier électrique le chorus de guitare d’une légende du rock serbe (Wheels) . Les morceaux complexes alternent avec des structures très simple.  Sur Pendant ce temps chez le Général (l’enregistrement a eut lieu dans un studio boulevard du Général Davout, d’où le titre), Bojan s’appuie sur une rythmique fusionnelle pour aborder un morceau par une face plus improvisée voire un peu plus destructrée. Sur Cd-rom (en hommage  aux vendeurs de CD à la sauvette), Bojan part du folklore (un joueur de kaval s’invite ici) pour découdre avec swing un morceau que ne renierait pas Jason Moran. Par ce titre étrange Xenophonia, Bojan entend signifier non seulement qu’il est un peu étranger et chez lui partout mais surtout que ses univers sont sans frontières. A la manière des chanteurs du Delta, Bojan s’offre même la liberté de chanter un blues sauvage ou de reprendre un titre de David Bowie (Ashes to Ashes). Son patrimoine est éclectique et c’est presque avec boulimie qu’il nous montre ce qui a nourrit sa culture musicale. Si Bojan Zufikaprasic est avant tout un immense pianiste de jazz  (En 2002 Bojan est nommé Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres par le Ministère de la Culture. Il a aussi reçu le Prix Django Reinhardt Musicien de l’année de l’Académie du Jazz) il n’oublie pas que ses attaches se situent autant du côté de Clare Fisher que de Jimi Hendricks ou de Franck Zappa dont il revendique une forme d’héritage. Lorsque le jazz se réinvente avec tant de pépites révélées, autant d’énergie jubilatoire, lorsqu’il ne s’enferme pas dans des schémas cloisonnant, lorsque le jazz ne se regarde pas le nombril mais qu’il s’ouvre à tant d’univers et se livre avec autant d’humour, lorsque le talent prend le pouvoir et communique autant de plaisir, on sait que forcément on a affaire à un grand disque et surtout à un immense artiste. Le jazz a décidemment de beaux jours à vivre.                  Jean Marc Gelin

 

 

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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 20:55

  

 

 

C’est magie de voir une ville de 10000 habitants se transformer pendant deux semaines en capitale internationale du jazz. Toute la ville est en fête :pas un café, pas un jardin, pas une vitrine qui ne swingue ! La programmation du festival est exigeante, riche, variée et toujours attentive à faire découvrir au très large public les nouveaux talents voire à accueillir des créations. Yves Robert a ainsi présenté cette année à Coutances l’Argent, un spectacle collage patchwork, réflexion philosophico-sociologique sur notre société matérialiste avec témoignages de spécialistes de la finance, voix entremêlées, chocs, violences. Yves Robert et ses musiciens (dont la talentueuse Elise Caron) nous invitent à nous interroger sur notre rapport à l’argent : expérience nécessairement d’utilité publique. 

Mais ce festival populaire qui draine son public bien au-delà des frontières de la Basse-Normandie est avant tout l’occasion de célébrer le bouillonnement artistique du jazz contemporain. Le saxophoniste ténor  Olivier Temime  avec ses « volunteered slaves » (en hommage à une composition de Roland Kirk datant de 1969) en est un des exemples les plus excitants avec une musique qui explore de multiples influences du be bop au funk en passant par l’afro, le tout sur des rythmes endiablés et fougueusement. La chanteuse coréenne Youn Sun Nah, plus élégante, plus précieuse, plus atypique que jamais, se nourrit elle aussi aux sources multiples : jazz, pop (la pureté de sa voix n’est pas sans évoquer celle de Björk), musique orientale Elle est d’une virtuosité extrême tant dans la maîtrise de sa voix, que dans la précision rythmique avec à certains moments une liberté et un lâcher-prise totaux. Tout cela sans aucune ostentation et avec la plus grande humilité. Elle est entourée de musiciens de talent, Benjamin Moussay au piano, David Nierman au vibraphone, Yoni Zelnik à la basse. La magie opère, nous sommes sous le charme, comme en apesanteur.

La qualité du festival de Coutances est aussi dans sa capacité à prendre des risques. C’est ce que l’on s’est dit en découvrant en première partie de Dee Dee Bridgwater la pianiste Magali Souriau. Sa rencontre avec Alex Dutilh racontée avec émotion dans les colonnes de Jazzman nous avait certes déjà mis en appétit. Mais sa musique, ce n’est pas grand chose : des souvenirs d’enfance, des émois de petite fille, beaucoup de sentimentalisme teinté de nostalgie. Cela commence avec au « Clair de la Lune » et cela finit tous en chœur sur « Au feu les pompiers ». Entre temps, on est passé par Randy Weston, Monk et son Epistrophy, Bach parce que comme tout le monde sait « Bach ça swingue d’enfer ». Du presque rien accompagné par l’immense saxophoniste Chris Cheek et joué avec une infinie fraîcheur. Une jolie écriture inspirée du quotidien (la promenade, la belle dame avec son grand chapeau)…des petits riens qui font la vie. Elle chantonne en jouant et c’est charmant. Elle a un toucher subtil, elle effleure à peine le piano et nous transporte au pays de l’enfance. Nous ne savons pas bien l’expliquer mais cet instant passé en sa compagnie est précieux et rare.

L’événement annoncé de cette vingt-cinquième édition de Coutances était sans aucun doute la venue du Trio Beyond, créé par Jack DeJohnette en hommage à Tony Williams avec à la guitare John Scofield et à l’orgue Larry Goldings. Sur la scène de la très grande halle aux grains de Coutances, le batteur anime le groupe en déstructurant les rythmes, en passant du binaire au ternaire, jeu arachnéen, généreux et énergique, toujours en délicatesse, il fait sonner sa batterie comme personne… il est simplement immense. Scofield de son côté avec un son saturé et plein de réverbérations, invente en permanence, reprend en boucle des motifs pré-enregistrés...Oui mais leur grande technicité laisse peu de place à la rêverie et le jeu très mécanique de Scofield étouffe quelque peu l’ensemble. La version en studio qui sortira dans peu de temps sur le label ECM est dit-on plus réussie. Le festival de Coutances c’est aussi le dépaysement et Jean-Marie Machado présent cette année en sextet ( à noter l’indispensable Andy Sheppard au saxophone et l’excellent Gueorgui Kornazov au trombone) nous a transporté en Espagne. Ses arrangements de Falla, Granada ou Albeniz évoquent toutes les couleurs de son Maroc natal et de l’Andalousie. L’ocre et le rouge. Nos sens en éveil...

 Jazz sous les pommiers c’est surtout le dialogue permanent entre le public et les artistes ; un dialogue institutionnalisé par les organisateurs à travers le soutien d’un programme d’artistes en résidence dans la région.  Le but de ce projet est d’accompagner des artistes dans leur travail de création et de favoriser tout au long de l’année des rencontres avec la scène de Basse-Normandie. Après Bojan Z, c’est  le guitariste Louis Winsberg qui est depuis 2 ans en résidence à Coutances, « moment privilégié de création, de rencontres, de partages avec la scène régionale, d’expérimentations, de composition.“  Vous l’aurez compris JSLP, c’est de la Jubilation sur tous les Plans ! A tout bientôt à Coutances.

 Régine Coqueran

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 07:41

LE JAZZ A PARIS – Sandrine Fillipetti

Parigramme 2006, 107p. - 6€

 

 

Deuxième édition de ce guide parisien du jazz dont la précédente datait de 2002. On y trouve tout ce qui fait le jazz à Paris en passant par les clubs, les disquaires, les écoles, les radios et même la presse (nationale). Le fouineur y découvrira des lieux de culture jazz comme les bibliothèques, librairies ou autres lieux de recherche comme la médiathèque ou l’Irma. Les auteurs ont même pensé aux internautes frénétiques pour leurs proposer une sélection de sites allant des sites d’information sur les concerts à des sites plus généralistes.

On découvrira avec un peu de tristesse qu’entre les deux éditions certains lieux de jazz ont disparu (Le petit Op, le Dreher, le Montana, La Villa). Le Studio des Islettes y figure toujours mais c’est une erreur. En revanche on voit apparaître des lieux alternatifs comme La Fontaine ou l’Olympic Café. Certains découvriront qu’il se joue du jazz excellent au Paris Prague Jazz Club, au Centre Tchèque. On rectifiera sur l’ONJ (qui n’est plus dirigé par Barthélemy mais par Tortiller), on ajoutera dans la liste des festivals parisiens, l’ Enghien Jazz festival ou le tout nouveau Jazz à Maisons Laffitte. On pleurera sur la disparition de la Maison Du Jazz (qui figure encore dans cette édition) et à celle des ateliers amateurs de l’Ariam.

Mais on y trouvera en tous cas, en format poche ultra light et pour 6€ une mine d’informations très complète sur ce qui fait le jazz à Paris. Indispensable

Jean Marc Gelin

 

 

Collec. Paris est à nous

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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 07:39

LE DERNIER SOUFFLE DE CHET BAKER – Olivier Chaumelle

é/dite. 2006, 89p. 12€

 

Cette collection est l’adaptation de documentaires diffusé sur France Culture (le Vif du sujet) où comme son nom ne l’indique pas il s’agit en « 100 pages, de fragments épars de l’évocation d’une tragique disparition ». Après Jean Seberg, Albert Ayler, Jim Morrison, Boris Vian, les éditeurs ont choisi de raconter ici la disparition de Chet Baker au travers de témoignages et de courts récits.

Dans la nuit du vendredi 13 mai 1988 alors qu’il devait jouer près d’Amsterdam, Chet est retrouvé mort au pied de son hôtel, défenestré.  Suicide, accident, meurtre d’un dealer. Nul ne le saura jamais. Mort légendaire assurément. Baker disparu, sa part de mystère et de poésie reste intacte.

Ce petit ouvrage donne alors la parole à quelques témoins privilégiés de la vie de Chet comme Riccardo Del Fra, Jean Louis Chautemps, Micheline Pelzer (la femme de Michel Grailler), Daniel Humair, Bertrand Fève ou Alain Gerber pour de très courtes évocations. Quelques souvenirs du moment où ils apprirent la mort de Chet, si évidemment annoncée par la vie même du trompettiste, fantôme de sa propre histoire. Du coup ces témoignages ont un côté à la fois un peu glauque et poétique en même temps. Inutile aussi, certainement puisque tout ces témoignages concordent sur la mort annoncé de Chet arrivé au bout d’un processus d’autodestruction. Sauf Alain Gerber qui à la fin de cet ouvrage remet un peu d’intérêt à tout cela estimant que c’est justement dans ces derniers moments de sa vie que Chet atteignit enfin ce qu’il ne cessait de vouloir dire. Et de nous inviter à nous plonger dans son dernier grand enregistrement live le fameux last great concert en Allemagne enregistré 15 jours avant sa mort.

Des témoins indirects de sa mort sont aussi conviés comme ce commissaire de police ayant été appelé pour constater le décès de Chet et ce procès verbal qui déclare simplement :

« Nos fonctionnaires ne peuvent que constater le décès de cet homme âgé d’approximativement 30 ans (!!). Il a sur lui le passeport d’un citoyen américain nommé Chesney Henry Baker, né le 23 décembre 1929 à Yale, Oklahoma ».

Jean marc Gelin

 

 

Collec. Voyage au bout d’une vie. Vol.6

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