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2 juin 2006 5 02 /06 /juin /2006 10:04

MARTIAL SOLAL : entretien avec Xavier Prevost

 INA - Éditions Michel De Maule – 263p.

+ 1 DVD-CD Rom interactif

 

 

 

 

 

 

Ce livre d’entretien de Xavier Prévost avec le grand maître du piano jazz français qu’est Martial Solal est une oeuvre qui fera date.

 

 

 

 

 

 Outil pédagogique exceptionnel il se présente sous la double forme du livre et du DVD Rom. Ce dernier est la reprise filmée des entretiens publiés dans le livre avec une formule interactive qui permet à l’auditeur- lecteur de passer de l’un à l’autre tout en gardant la continuité du discours. Découpé en séquences et doté d’un moteur de recherche le DVD Rom permet de faire des recherches par mots clefs et d’accéder ainsi directement  à la séquence filmée où ces mots sont évoqués au cours de l’entretien. Il s’agit donc d’un outil de recherche indispensable qui devrait faire date dans ce genre d’édition.

 Sur le fond le format de ces 9 heures d’entretien (rien moins que 8’’54 pour être précis) permet une rencontre de grande tenue qui ne contente pas de mettre Solal en position de raconter sa carrière et son œuvre (ce qui est quand même le cas sur la première moitié passionnante du livre) mais aussi de la faire réagir sur des grands sujets transverses liés à la musique ( l’apprentissage, la composition, l’enseignement et la transmission, l’improvisation, le statut social de l’artiste). Ou encore de le regard Solal porte sur les grands pianistes de jazz d’hier et d’aujourd’hui.

 Ce qui frappe avant tout au cours de ces entretiens, c’est la très grande honnêteté intellectuelle avec laquelle Solal s’est livré à l’exercice. Radical refus de toute langue de bois. Homme sans concession aucune, Solal est un homme de jugements tranchés. Sévère sur bien des points. Il a par exemple des idées bien précises sur ce qui relève du jazz et ce qui n’en relève pas. Le jazz Rock ? « Ce sont des parenthèses, il faudra rejuger tout ça dans plusieurs dizaines d’années. Ces aventures là ne seront pas considérées comme des évolutions du jazz » (P.109). Le Free jazz ? « je n’étais pas favorable au côté bidon, je ne connais pas de mot plus élégant pour dire que n’importe qui pouvait faire n’importe quoi, y compris Ornette Coleman » (p.106)

Particulièrement sévère (ou exigeant) avec ses contemporains, certains en prennent pour leur grade. Et non des moindres : Keith Jarrett ? « J’aime tout ce qu’il fait lorsqu’il cesse de jouer en solo. Le solo n’est pas à la portée de toutes les bourses » (p.185). Même Portal avec qui il joue souvent a droit à une amicale vacherie «c’est extrêmement difficile à dire mais je pense que Michel aborde le jazz comme une passion, il brûle de passion pour le jazz, il est formidable pour ça mais j’ai du mal à admettre qu’il ait compris vraiment l’histoire du jazz » (p.155).

Mais sur son étagère on trouvera quand même beaucoup de monde depuis Art Tatum à Joachim Kuhn en passant par Mc Coy Tyner ou Manuel Rocheman (son ancien) élève ou Jean Michel Pilc. Parmi les personnes qui on beaucoup compté pour Solal et dont il est longuement question dans le livre on trouve aussi des personnalités immenses à la construction musicale et intellectuelle un peu similaire : son grand maître André Hodeir et dans une moindre mesure Lee Konitz avec qui il a joué souvent.

Solal ne renie aucune influence et même les revendique (« on naît forcement d’un père »). Il affirme simplement qu’aujourd’hui et depuis très peu de temps il  sait enfin jouer du piano. Son œuvre est réputée difficile et c’est sans concession qu’il juge le public qui ne le comprend pas : «  En général les gens qui vous disent – j’admire ce que vous faîtes mais cela me laisse indifférent, ça ne me touche pas-, je leur dis « mais c’est votre problème, c’est votre culture qui n’est pas suffisante, vous ne pouvez pas accéder à tel type de culture si vous n’avez pas franchi d’abord les étapes culturelles » (P.112). Jugement sévère et clairvoyant et qui a le mérite d’éviter le politiquement correct. C’est le moins que l’on puisse dire.

Solal avec son exigence absolue en matière musicale fait néanmoins un petit clin d’œil à ce  public ignorant lorsqu’on lui parle de son association avec les frères Moutin : « les frères Moutin sont merveilleux. Ils ont tout pour plaire. Je vais enfin devenir un pianiste commercial grâce à mes beaux accompagnateurs »

 Sur la place du jazz dans l’histoire de la musique, l’homme qui a créé le Dodécaband  et qui a composé des œuvres majeures comme Suite en Ré bémol pour quartette de jazz a une réflexion monumentale : « je pense que le jazz pour passer la rampe des siècles, devra posséder, de plus en plus, un répertoire d’œuvres importantes, et pas des petits thèmes prétexte à improvisation » (p.62). Puis plus loin «  le jazz pour durer devra laisser des traces qui ne sont pas des traces seulement de musique improvisée, mais de musique écrite, d’une certaine durée »

 Réalisés dans sa maison à Chatou par Xavier Prévost (Producteur et journaliste sur France Musique et grand connaisseur de l’œuvre Solalienne), ces entretiens permettent au Maître de prendre son temps et d’entrer en profondeur (mais pas toujours) dans les sujets abordés.  Si l’on peut être parfois dérangés par certaines redites (forcément en 9 heures on se répète fatalement) ou par le côté name dropping que lui impose Xavier Prévost à certains moments ( les continuels « et untel vous en pensez quoi ? » finissent par lasser), on est en revanche passionnés par le discours que l’intervieweur suscite chez Solal dès lors qu’il est question de choses comme la composition, l’improvisation, l’apprentissage de la musique, l’exigence par rapport à soi même, ou la maîtrise technique ( « la technique a pour avantage de vous laisse jouer ce que vous voulez, au moment où vous le voulez, sans brider votre imagination. La technique devient un gage de liberté, à condition d’être une liberté surveillée » p.200). Et c’est avec une infinie patience et un art consommé de la pédagogie, que Solal revient toujours à l’explication didactique. Avec la façon extrêmement posée de celui qui a acquis la certitude de l’expérience, il nous donne avec des mots très simples de lumineuses leçons de musique.

 Rares sont les ouvrages consacrés à des musiciens vivants qui permette une telle profondeur de champ, une telle place laissée au temps, une telle dynamique dans la conduite de l’entretien qui permet un tel éventail des thématiques et des sujets abordés. Cet ouvrage passionnant à plus d’un titre possède une admirable construction, un plan précis et une très grande cohérence d’ensemble.

 Et rares sont les artistes qui acceptent avec autant d’honnêteté intellectuelle de répondre ainsi sans aucun détour aux questions qui pourraient sembler anodines en apparence. Martial Solal n’enseigne plus. Ne donne plus de master class. Mais accepte gracieusement de recevoir chez lui quelques disciples pour leur prodiguer les conseils d’un sage. Car il fallait de la part de Solal une grande clairvoyance sur son propre statut pour se permettre une telle liberté de penser. La conscience pleinement assumée du vieux sage. De celui qui sait bien que ce statut est celui d’une véritable légende vivante du jazz.

 Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 juin 2006 4 01 /06 /juin /2006 08:21

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25 mai 2006 4 25 /05 /mai /2006 08:20

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17 mai 2006 3 17 /05 /mai /2006 07:41

 

Ces petits airs de printemps qui flottent dans l’air, ces terrasses de café qui commencent à se remplissent, ce soleil qui devient un peu plus chaud tout cela nous fait penser que le jazz va reprendre quelques couleurs. C’est la saison des festivals qui commence un peu partout depuis Saint Germain des Prés jusqu’au pommiers de Normandie en passant par les rives de Tanger jusqu’aux abords de Constantine. Et pourtant si l’on en croit la table ronde organisée par L’Afijma il y aurait tout lieu de s’inquiéter. Certes les festivals de jazz sont passés d’une 30 aine en 1984 à plus de 500 aujourd’hui.  Pourtant la part des fonds publics destinés à ces festivals est en constante diminution. Les DRAC n’octroient plus d’aide et il n’y a même plus de dossiers de subventions. Seules subsistent les aides à résidence. Alors, que L’AFIJMA organise une table ronde sur le thème : « Quelle  politique nationale pour le jazz », voilà qui est salutaire. Même s’il y aurait quand même beaucoup à dire sur le discours de fond et sur le choix des participants.

Mais finalement même s’il faut rester vigilant ce que nous constatons de notre côté c’est l’extraordinaire vitalité de la musique que nous défendons. Beaucoup de signes pour lesquels les pouvoirs publics n’y sont pas pour grand-chose, se multiplient de façon encourageante. Cristal qui fête ses dix ans vient d’ouvrir une première boutique récemment, les albums pleuvent et l’on se délecte d’entendre Gérard Badini qui sort aujourd’hui l’un de ses meilleurs albums, Philippe Ghiemetti que l’on croyait exsangue depuis la vente de Sketch nous revient pour de nouvelles aventures avec Minium et des talents nouveaux apparaissent comme Géraldine Laurent à qui nous donnons la parole dans ces colonnes.

Alors, ne boudons pas notre plaisir en ces premiers jours de mai. Le printemps du jazz s’annonce en effet plus fleuri que jamais.

 

 

 

 

 

 

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11 mai 2006 4 11 /05 /mai /2006 07:29

 

Géraldine Laurent , celle que l’on attendait

 

Il y n’y a pas si longtemps que cela, à peine un mois dirais je, personne ou presque n’avait entendu parler de Géraldine Laurent. Presque personne en effet sauf les oreilles avisées de Claude Carrière (Jazz Club) qui traînent toujours au bon endroit et qui avaient bien repéré la jeune femme. Un Jazz Club enregistré à la Fontaine fut le véritable déclencheur de ce qui allait devenir en quelques jours le phénomène  Géraldine Laurent. Telle une traînée de poudre, il ne fut plus question que de la jeune femme. Jean Louis Chautemps, auditeur passionné de cette retransmission prit aussitôt sa plus belle plume pour adresser une magnifique déclaration d’amour à Jazzman, se battant la coulpe de ne pas avoir su reconnaître le génie (ce sont ses termes) lors de son passage au conservatoire  de Niort. Un autre m’en parla dans un club un soir. Puis Jean Michel Proust, des trémolos dans la voix déclara que illico presto il allait lui donner la scène du Duc un Lundi par mois.  Bien décidé à savoir de quoi il retournait nous allâmes donc l’entendre  rue des Lombards. Et là mes amis, ô vous qui pensiez que le sax en jazz en était trop souvent aujourd’hui réduit à gens qui jouent vite des gammes montantes et descendantes et terminent par des hurlements furieux, vous auriez eu si vous aviez été là le même choc que moi. Dolphy était là. Ornette Coleman soufflait dans le même sax que Paul Desmond et Jackie Mc  Lean se tenait là juste derrière et Rollins venait de troquer son ténor pour un alto.

  

Rencontre avec la saxophoniste que l’on attendait…..

 

D’où viens tu  Géraldine Laurent ?

 GL : Je viens de Niort. Cela fait 6 ans que je suis sur Paris mais je travaille beaucoup en province ce qui fait que souvent les gens pensent que je n’habite pas Paris. C’est à Niort que j’ai débuté mon parcours. Au conservatoire j’ai commencé par le piano classique. Mes parents écoutaient beaucoup de classique. Il faut dire que mon père est musicien et enseignant en musique. Il est spécialisé en pédagogie musicale pour les enfants (NDLR : son père, Jean Laurent est l’auteur d’un ouvrage intitulé «  La Tradition orale enfantine et l'éducation musicale à l'école »). Donc la musique a toujours été présente dans ma vie. Mais bon le piano j’en ai fait deux mois au conservatoire et j’ai ensuite pris des cours particuliers. Puis j’ai arrêté et je ne me suis mise au saxophone que vers 12/13 ans. J’ai vu l’orchestre du conservatoire de Niort, le big band et là ça m’a fait bizarre, je ne sais pas ce qu’il s’est passé mais cela a sonné comme un appel au jazz. Je crois avoir hésité un instant entre le sax, la trompette ou le trombone. Et du coup j’ai commencé l’année d’après au conservatoire à une époque charnière où il y avait les premières classes de jazz qui s’ouvraient. Et il se trouve que mon prof venait du jazz. Du coup j’ai commencé à écouter mes premiers disques de jazz à cette époque.

 Lesquels ?

 GL : J’en ai pris deux à la médiathèque mais c’était du genre à ce que je me dise «  si c’est ça le jazz ! ». En fait j’avais commencé par un disque de Dolphy et un double album live de Coltrane. Et là j’avais le sentiment d’avoir à me forcer un peu. Pas du tout le déclic. Mes oreilles n’étaient pas encore préparées à ça. Mais avec mon prof on a continué et il nous a rapidement mis en situation de jouer. Pas des trucs de fin d’année. Non de vrais concerts avec des vrais pros. Du coup je suis rentré dans un groupe avec Sylvain Cathala et d’autres saxophonistes plus âgés que moi qui n’avais que 16 ans. Et puis après avoir passé mes examens de fin d’année j’ai alors arrêté le sax. Je faisais 2mn par semaine à tout casser. Et j’ai arrêté pendant 4 ans.

Tu connais les raisons pour lesquelles tu as rejeté l’instrument ?

GL : Je ne sais pas trop. Je sais par contre que je me suis fait mal sur l’instrument. C’est un apprentissage physiquement douloureux. Comme tous les instruments à vents. Heureusement maintenant je n’ai plus ce rapport là avec le sax. C’est devenu un plaisir total. Bon j’ai quand même passé mon DEM et j’ai essayé de jouer à gauche  droite dans les groupes que je trouvais.

 A Ce moment là tu n’as pas eue envie de te consacrer à l’enseignement toi aussi ?

 GL : Justement à cette période là j’ai effectivement un peu enseigné pendant 2 ans mais j’ai arrêté parce que ce sont des responsabilités énormes et il fallait que je choisisse entre l’enseignement ou la pratique. Je sais bien que ce n’est pas incompatible. En plus, nous les musiciens on en a besoin financièrement. En plus moi l’enseignement musical ce n’est pas quelque chose qui ne me vient que de mon père. C’est de génération en génération que la famille compte des enseignants en musique. Mais simplement moi, je ne m’en sens touts simplement pas capable. L’enseignement demande une exigence à laquelle je ne suis pas certaine de pouvoir répondre. Enseigner c’est une responsabilité énorme.

 A quel moment as-tu décidé de quitter Niort ?

 GL : En fait je tournais un peu dans la région (surtout à la Rochelle ) mais je n’avais pas beaucoup de travail. Et pour être dans la réalité du jazz il fallait que je monte. Pourtant j’ai appris plein de choses en province. Mais comme il y a moins de monde en province il y a une cohésion bien plus forte entre les gens avec qui tu joues. Mais dans le même temps tu tournes un peu toujours avec les mêmes.

 Comment cela se passe quand on arrive à Paris, pour tourner, trouver des gigs, se mettre dans la connection des jazzmen parisiens ?

 GL : Déjà trouver des gigs ce n’est pas mon truc. Je ne sais pas trop faire. Mais bon j’avais des copains déjà installés comme Yoni (Zelnik) ou David (Georgelet). Et j’avais monté mon quartet avec eux.

 

 

 Avec qui joues tu actuellement ?

 GL : Je tourne notamment avec le Time Out Trio qui est composé de moi-même, de Yoni Zelnik à la contrebasse et de Laurent bataille à la batterie. Mais là c’est une réunion, ce n’est pas sous mon nom. Mais j’ai un autre trio sous mon nom avec Hélène Labarrière à la contrebasse et Eric Groleau à la batterie.

 Récemment tu as été invitée aux Lundi de Caratini. Tu le connais depuis longtemps ?

 GL : Pas du tout. En fait il avait écouté ce fameux concert sur France Musique et il a eu envie de m’inviter. Et j’étais ravie parce que c’est quelqu’un dont  j’ai toujours admiré son travail.

 Cela devait être particulièrement stressant

 GL : En fait je stresse pour tellement de choses ! Même par exemple lorsque je joue à la Huchette où je fais danser les gens. J’adore ça. Je joue dans un autre style bien entendu, un peu plus New Orléans (pas complètement quand même, on ne se refait pas !) et j’y prend un grand plaisir mais en stressant quand même.

 Quelles sont tes influences

 GL : Sur ma platine il y a forcement Eric Dolphy mais surtout Sonny Rollins. Parker et Coltrane évidemment dont je repiquais les chorus. Ou alors Paul Desmond aussi. Ou bien encore des chorus de Bill Evans que je reprenais pour le sax. Et en ce moment je suis totalement passionnée par Dolphy.

 Tu écoutes quoi en ce moment ?

 GL : En fait je n’écoute pas grand-chose. Mais j’entends des trucs épatants lorsque je sors. Même si je sors rarement. Parmi ceux là je suis vraiment émue par le batteur Dré Pallemaert. J’adore son jeu. Mais en ce moment j’écoute peu car je me consacre beaucoup à mon travail.

 Tu composes beaucoup. Dans quel esprit écris tu ?

 GL : Je ne sais pas trop, faut écouter. Il y a une certaine forme de construction des morceaux. Par tableaux. Je construis des morceaux comme des standards mais avec des reprises et des ostinatos. Ça reste ternaire mais quand même un peu free. Mais bon pour les gens qui aiment le free, c’est bop et pour les gens qui aiment le bop c’est trop free. Et à côté de cela j’adore jouer les standards pour avoir le plaisir de les structurer. J’adore les quartets de Miles avec Shorter ou encore l’esprit qu’il y a chez Mingus avec Dolphy.

 Tu composes comment ?

 GL : Juste un peu sur ordinateur mais juste pour m’amuser. Sinon je travaille au piano. Il m’arrive de travailler à la table sans rien. Mais en ce moment je n’ y arrive pas trop. C’est la page banche et je n’arrive pas à me forcer.

 Si un label venait te voir pour enregistrer tu préférerais y mettre quoi : tes compos ou des standards ?

 GL : Les deux absolument. Mais je ne ressens pas la nécessité d’enregistrer même si je sais que c’est la quadrature du cercle : jouer pour enregistrer et enregistrer pour jouer. C’est la loi du genre e je sais que je dois en tenir compte. Dans l’idéal j’aimerai surtout faire un album en public. J’aime cette idée de prise de risque.

 Aujourd’hui tu as trouvé ta formation idéale ou est ce que tu as des idées d’autres formats ?

  GL : Le format actuel me va bien. J’aimerai quand même un peu revenir un peu au quartet. Ramener u instrument harmonique. Et puis j’adore le piano !

 Des projets d’enregistrement ?

 GL : Non pas encore mais je sais bien qu’il va falloir que je m’y mette un jour. Pour l’instant mon seul album c’est celui auquel je participe avec Christophe Joneau. Mais c’est quelque chose de très stressant là aussi. Le retour du son c’est un truc terrible.

 

Tu arrives à accepter l’idée de te consacrer exclusivement au jazz, au détriment d’autres musiques comme le classique par exemple?

 GL : Si je le faisais j’irais dans un conservatoire car je trouve cela très difficile. En plus en sax il n’y a guère que le répertoire contemporain et je trouve cela très dur. Je le fais au piano parce qu’il y a le texte qui m’aide pour cela. Mais au sax s’il fallait que je m’enferme dans une partition je serais totalement perdue. En fait tout mon apprentissage vient essentiellement du travail d’oreille.

 Tu joues exclusivement de l’alto ?

 GL : Eh oui ! D’abord parce que je n’ai pas de soprano et le ténor cela me fait trop mal au dos. Et pourtant mon influence c’est plutôt les joueurs de ténors comme Rollins. Et puis peut être aussi par pragmatisme financier. C’est David Georgelet, l'ex- batteur de Yun Sun Nah qui m’avait revendu son sax et depuis je l’ai toujours. Mais maintenant que j’arrive à me sentir libre avec l’alto, pas question d’en changer. Même s’il m’arrive de l’oublier souvent (bel acte manqué, non !)

 Comment tu perçois cette arrivée soudaine sur le devant de la scène ?

 GL : En fait tout est parti du festival de Calvi où Claude Carrière m’a entendu un jour. Moi je ne les connaissais pas mais j‘ai fait le beuf comme on me l’avait demandé. C’est parti de là. Sinon il faut leur demander à eux. Mais je suis très touchée par le retour et l’écoute qu’ils ont de mon travail. Mais je vivais aussi avant ce fameux Jazz Club.

 Tu signes pour une série au Duc des Lombards ?

 GL : Oui effectivement, Jean Michel Proust me laisse un Lundi par mois.

 

 

 Propos recueillis par Jean Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 mai 2006 2 09 /05 /mai /2006 07:27

JJJJ THOMAS SAVY: « Archipel »

 

 

 

Nocturne 2006

 

 

 

Beaucoup pensent ne pas connaître Thomas Savy qui signe là son premier album. Et beaucoup se trompent. Car Thomas est pour beaucoup de jazzmen l’un des sideman les plus recherché. On le retrouve chez Vincent Artaud, Pierrick Pedron ou Christophe Dal Sasso sans compter le nombre incalculable de prestations en sideman dans les clubs. Et chaque fois cette même constante qui en fait un partenaire particulièrement recherché : le « son » Thomas Savy à la clarinette basse, instrument qu’il s’est approprié au point d’incarner aujourd’hui l’instrument sur la scène française du jazz. Cet élève doué qui a quitté ses études classiques pour rejoindre les bataillons de Jeanneau et Théberge au CNSM a quasiment abandonné tous les autres anches pour ne se consacrer qu’à cet instrument. Au point que l’on croit y entendre à la fois le clarinettiste Jimmy Giuffre dans l’oreille droite et dans les aigus et le sax baryton Pepper Adam dans l’oreille gauche lorsqu’il descend dans les graves. Car Thomas Savy possède cette sorte de respiration profonde et chantante qui le porte à mettre en valeur les structures mélodiques et rythmiques les plus évidentes. Un discours épuré, simple et beau. Le capiteux de la clarinette basse. Le son délicat du bruit des clés. Un art de la mesure en toute chose. Jamais dans la surexpressivité. Un murmure caressant. Les clarinettistes ont parfois de ces pudeurs !

 

 

 

Et pourtant dans « Archipel » Thomas Savy avec Vincent Artaud à la direction artistique se révèle d’une grande audace. Car il est audacieux  de passer, tout en restant cohérent, du rock furieux « ma non troppo » (Rock on où Thomas Savy transcende son instrument) à un classique et très Ravelien Pour Pierre, à un jazz modal pour jus (single track road ) voire plus free (comme le bien nommé Solo) ou encore comme au très Strayhornien 19/08/03 dans lequel Thomas Savy, dans les graves parvient à faire trembler les murs. Le titre éponyme, Archipel, est un des points culminant de l’album, un morceau dans lequel chaque membre de la formation ajoute sa patte pour, en surimpression les uns par rapport aux autres  construire un thème aux arrangements magnifiquement poétiques. Une Exploration Debussienne. L’audace aussi d’insérer dans un disque de jazz une très jolie comptine enfantine à la ligne mélodique simple, aux contrepoints enchevêtrés mais bouleversante d’émotion simple.

 

 

 

La cohésion de cette formation ne contribue pas qu’un peu à la cohérence de cet album mosaïque. Synthèse audacieuse des univers chers au clarinettiste qui signe là toutes les compositions. Audace vagabonde que Thomas Savy peut se permettre dans la mesure où il possède dans le son de sa clarinette basse toute l’histoire de l’instrument dont il porte l’héritage. Ce son magnifique, c’est sa propre cohérence. Jamais dénaturé. Jamais caricaturé. Sorte de fil directeur, d’âme conductrice de cet album merveilleux.

 

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

 

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6 mai 2006 6 06 /05 /mai /2006 07:26

Alors que Stéphane Oliva et François Raulin sortent un «Echoes of Spring» en hommage aux pianistes de stride, revenir sur Ellington s’impose régulièrement comme un passage obligé bien que risqué. Avec "Echoes of Ellington", le hautboïste Jean Luc Fillon, musicien au parcours original, qui a toujours souhaité faire se croiser les chemins de la musique, est allé braconner sur les terres voisines de l'improvisation. Après un remarqué Oboa, où il tentait déjà le passage, il sort résolument du répertoire de son instrument et s‘attaque à un des géants du jazz classique. Reprendre Duke Ellington n’est jamais facile, car dans l’œuvre démesurée du Duke ne retrouve-t-on pas le jazz dans son intégralité ? L’instrumentation mérite une mention particulière : le cor anglais -encore plus rare en jazz que le hautbois, est un instrument étrange encore plus qu’étranger : ni cor ni anglais, il fait partie des vents, anche double qui sonne aussi une quinte au-dessous du hautbois. Le hautbois n’a pas en général les faveurs du grand public (le son parfois décrié comme aigrelet et nasillard, se rapproche tout de même du soprano) : instrument noble -il donne le "la" à l’orchestre- fragile et complexe, il lui faut s’adapter aux paysages du jazz avant de prétendre à une légitimité qu’il peut acquérir avec l’adaptation des classiques du grand orchestre de Duke. Claude Carrière, le génial producteur sur France musique, de la série des « Tout Duke », ne s’y est pas trompé : dans des notes de pochette impeccables, il présente le travail précis, original et néanmoins fidèle à l’esprit de ces thèmes éternels qui retraversent une bonne partie de l’histoire du jazz : de l’inoxydable « The mooche » (1928) à « Wig wise » de 1962 qui marque la rencontre "moderne" de Duke avec Mingus et Roach, excusez du peu. Comme le chef savait écrire pour « ses » hommes, les Cootie Williams, Johnny Hodges, Lawrence Brown, Ray Nance et braquer les projecteurs sur eux, ces partitions redonnent la part belle à des « solistes » brillants. Le trombone velouté, enjôleur de Glenn Ferris assure l’alliage-alliance rutilant autant qu'indispensable, tout en virevoltes et caresses. Il peut aussi reprendre avec vigueur et jubilation « Caravan » et « Perdido » , les chevaux de bataille de Juan Tizol avec une rythmique entraînée à jouer ces compositions rendues "simples" par un swing imparable (l’impeccable contrebassiste Jean Jacques Avenel et le percutant Tony Rabeson entretiennent une belle tension ). Le pianiste coloriste, fidèle complice de JL Fillon, le portugais Joao Paulo prend de belles échappées en duo sur « I got it bad » ou dans le final « Warm valley ».
 Jean Luc Fillon montre qu’il sait s’emparer d’une forme musicale en plasticien stylé, user de la paraphrase et de la variation, s’inspirer tout en détournant de façon pertinente, revivifier de façon astucieuse la tradition sans que l’on puisse un seul instant oublier l’original (« I'm beginning to see the light »). Car si rejouer serait contraire à l’esprit du jazz, phagocyter les thèmes ellingtoniens est impossible. Cette relecture de toute une époque dans une perspective moderne, qui n’oublie pas la lisibilité, est le coup de chapeau d‘un arrangeur qui sait aussi s’effacer devant son héros.
La caravane continuera de passer longtemps.

 

 

 

Sophie Chambon

 

 

 

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3 mai 2006 3 03 /05 /mai /2006 07:35

Interview du pianiste Nico Morelli

 

 

 

 

Quel est ce parcours avant que tu arrives en France en 1999 ?

 

J’ai commencé à jouer vers l’âge de 7 ans. Mes parents n’étaient pas musiciens, mais un jour ils m’ont donné un petit accordéon en jouet et à partir de ce jour là je me suis enfermé dan ma chambre pour jouer et jouer encore. Et quand ils ont vu que j’avais ce rapport à la musique, très jeune ils m’ont offert un piano. A 15 ans j’ai commencé à jouer dans des groupes de rock. En fait j’étais très déçu par les études classiques car j’étais déçu par l’enseignement qu’on y professait.

 

A cette époque j’étais fan de Pino Daniele. C’est un joueur de blues napolitain qui chante en dialecte. Dans ses disques, il invitait parfois des gens du jazz comme Wayne Shorter, Pat Metheny ou Chick Corea. Moi, à l’époque, je reproduisais à l’oreille les chorus de ces gens là qui me fascinaient. Et j’avais du mal à comprendre leur construction harmonique. Du coup, je me suis plongé dans le jazz rock de l’époque (Weather Report ou Steps Ahead). J’étais surtout branché sur le jazz électrique. Mais de fil en aiguille, j’ai atterri du côté de l’acoustique au point de tomber sur un album de Oscar Peterson qui est tombé comme une révélation. Je n’arrivais pas à croire qu’un être humain puisse jouer comme cela.

 

A 18 ans, j’ai vraiment décidé que je voulais devenir musicien (pas de jazz à l’époque). Et du coup comme j’étais, en Italie, trop âgé pour entrer dans un conservatoire j’ai fait mes études à l’extérieur mais tout en m’inscrivant chaque année aux épreuves des examens du conservatoire. J’étais assez motivé pour faire en 5 ans le cursus classique qui en principe en demande 10.

 

 

Cet apprentissage du piano a-t-il aussi été douloureux ?

 

Je l’ai pris comme une discipline très stricte et pendant 5 ans j’ai perdu tous mes amis, toutes mes relations et je travaillais de 8h du matin jusqu’à 11h le soir. Mes voisins étaient fous…. Mais c’était le seul but de ma vie même si pour moi à 18 ans, commencer du classique c’était déjà bien trop tard si l’on en juge par les gamins de 15 ou 16 ans qui deviennent très tôt des petits génies. Quand au jazz, il n’y avait pas vraiment d’écoles pour cela. Après mes années d’étude, j’ai fait quelques concerts de classique mais je continuais surtout à faire des masters class. Après mes études, en 1990 j’ai fait une audition pour un  cours de formation au jazz  qui durait deux ans dans une ville à côté de l’endroit où j’habitais (dans les Pouilles). Et parmi les invités du big band de la formation il y a eu des gens comme Steve Lacy, Glenn Ferris ou Paolo Fresu. A ce moment là, je ne jouais que dans les Pouilles. Dans ma région. En 1993/1994, j’avais déjà écrit quelques compositions et j’ai rencontré un saxophoniste italien avec qui on a eu la chance de faire un premier disque en 1993. C’était un groupe drumless. C’est ce premier groupe qui m’a fait mettre un peu le nez dehors et jouer un peu dans des festivals dans d’autres régions. J’ai commencé alors à véritablement côtoyer le milieu du jazz (musiciens, journalistes, éditeurs etc.…). J’ai alors pu jouer avec d’autres musiciens qui étaient bien plus avancés que moi dans leur carrière.

 

Puis en 1998 on m’a proposé un disque avec le très grand Marc Johnson à la contrebasse et Roberto Gatto à la batterie.

 

 

Ça doit être émouvant de jouer avec le dernier contrebassiste de Bill Evans On doit se sentir tout petit ?

 

En fait oui, mais il fallait que je dépasse la dimension du personnage parce que c’était mon projet, mes compositions, mon groupe. Il fallait que je me transcende. Mais jamais Marc Johnson ne m’a fait sentir le poids de sa notoriété. Extrêmement humble,  il m’a énormément encouragé. Le jour du premier concert il y a eu un retard de son avion qui venait de New York et on a presque annulé le concert. Il est arrivé à Rome juste une heure avant le concert. Pas le temps de répéter. J’imaginais alors qu’il n’y avait rien d’autre à faire qu’une sorte de jam session avec simplement des standards. Il est arrivé juste sur scène le temps de mettre le jack et tout a marché comme sur des roulettes tout simplement parce qu’il avait travaillé de son côté toutes mes compositions. Et il les connaissait par cœur. Et tout a été parfait !

 

Après cette expérience j’ai remonté mon propre trio avec des musiciens peut être moins célèbres mais avec qui je pouvais tourner plus souvent. On a alors beaucoup tourné et même gagné un concours international en 1998. On s’est à cette occasion trouvé sur scène avec Herbie Hancock, Dee Dee Bridgewater, Tom Harrell et là on a gagné le premier prix ! Du coup on est passé à la Télé et tu n’imagines pas ce qui m’est tombé dessus. Moi qui venais de mon village des Pouilles, on me reconnaissait dans la rue !

 

En octobre 1998, je n’avais pas beaucoup d’engagements en Italie et Flavio Boltro m’a proposé de venir en France. J’ai saisi l’occasion de venir faire un tour pour les vacances tout en profitant de cette occasion pour jouer un peu. Mais je n’avais pas l’intention de rester. Et de fil en aiguilles, j’ai rencontré pas mal de musiciens français et j’ai vite eu des engagements dans des clubs. Mais mon arrivée à Paris a été en fait mon premier contact avec une grande ville. C’était la première fois que j’habitais dans une mégapole. Et pour l’activité de musicien il y a une telle activité dans les clubs à Paris que tout s’est enchaîné. Et là j’ai d’un seul coup été confronté avec plein de musiciens qui ne me connaissaient pas forcément et qui m’invitaient de partout. Et surtout j’étais confronté avec des musiciens de tous les niveaux. Avec des bons et des mauvais musiciens. Je me rends compte que l’on progresse autant avec les premiers qu’avec les seconds.

 

 

En venant en France, tu es venu avec ton bagage universel, celui de la musique du jazz qui te permet de communiquer avec tout le monde. Est ce que cela a été aussi l’occasion de te confronter avec d’autres cultures musicales que tu ignorais ?

 

Ce qui est sûr c’est que j’ai retrouvé en France d’autres façons d’aborder la musique. A Paris il y a une multi ethnie bien plus importante qu’en Italie. J’ai donc pu confronter mes idées avec des musiciens Africains, Argentins, avec plein de musiciens qui ne sont pas forcément de jazz mais qui m’ont appris de nouveaux langages et qui m’ont donné de nouvelles ouvertures propices à ma propre musique

 

 

Dans ton gotha en matière de piano, quel et celui ou ceux qui t’influencent le plus ?

 

C’est un parcours. J’ai commencé avec Chick Corea, Herbie Hancock, Oscar Peterson pour arriver finalement à Art Tatum. Même si quelqu’un qui a dit que Art Tatum n’était pas un musicien de jazz sous prétexte qu’il faisait des variations et n’était pas réellement un improvisateur. C’est un musicien fondamental pour moi.

 

 

Cette référence n’est pas étonnante. Dans ton dernier album il y a c’est vrai dans ta façon de jouer celle d’un mort de faim, une sorte d’expression vitale et une énergie désespérée que l’on retrouve un peu aussi chez Tatum.

 

C’est vrai que lorsque j’ai enregistré mon dernier disque c’était l’un des moment les plus beaux de ma vie. Il est différent des disques précédents. Dans ce disque c’est un rêve de musicien ? Quelqu’un est venu me voir et m’a demandé d’enregistrer pour lui. Ce disque était une énergie plus qu’un projet. Et puis j’ai eu la chance d’avoir pour cet album Marc Burronfosse et Stéphane Kérécki, Aldo Romano et Stefano di Battista.

 

 

Tu aimes visiblement composer. As-tu beaucoup de demandes ?

 

Composer c’est aussi un défi, mais il ne faut pas le mettre à côté et ne jouer que des standards. Je regrette par exemple que quelqu’un comme Jarrett ne compose plus. C’est pour moi une expression intime essentielle de l’artiste.

 

 

 

 

Quelle est ton actualité ?

 

Je travaille sur ce film qui me prend pas mal de temps. Depuis mai 2004, un réalisateur m’a appelé pour me proposer de faire un film sur ma vie. J’ai raccroché en pensant que c’était une blague ; mais en fait il a rappelé ensuite et m’a donné rendez vous dans un  café. Il m’a exposé son idée. Ce sera un documentaire- fiction. Dans la partie fiction il y aura des acteurs. Par exemple Il y aura un enfant qui fera moi quand j’avais 3 ans, ou un acteur qui jouera mon rôle à l’âge de 15 ans et puis il y aura aussi de faux parents. Ça c’est pour la partie fiction. Pour la partie documentaire il y aura des invités, des musiciens avec qui j’ai collaboré, des interviews etc…. En fait l’équipe de réalisation me suit partout, filme mes concerts. Le film sortira avec le prochain disque que j’enregistrerai chez Cristal. Il sera aussi diffusé sur les chaînes de télé, Arte, Mezzo, la Raï.

 

 

Il y a donc un nouvel album en préparation

 

Je ne suis pas encore rentré en studio. Je rentrerai début 2006 pour une sortie en octobre 2006. Mais tant que cela n’est pas fait je ne veux pas trop en parler. Ce sera avec un groupe de jazz qui s’intègrera à d’autres éléments.

 

 

Dans tes rêves de musicien, avec qui rêverais-tu de jouer ?

 

Je crois que j’adorerais jouer avec Lee Konitz car c’est un musicien pur. J’adore cette école tristaniene. Dans le phrasé de Konitz il invente toujours des choses. Il ne retombe jamais sur les phrases qu’il a déjà joué.  Quand à Tristano c’est une musique sans compromis. Il est quasiment dans les mathématiques dans sa construction. La signification est purement dans les notes. Je pense que Tristano a inventé le free dans le sens où ils ont inventé des structures libres. Il y a un disque de Tristano qui s’appelle «  Descent into the maelstrom » c’est un disque qu’il a fait en superposant des bandes de piano. C’est encore plus avancé que le free. C’est incroyablement moderne pour l’époque. C’est ce que l’on fait aujourd’hui en électro mais à l’époque il le faisait en acoustique. Il était extrêmement moderne.

 

 

Tu écoutes quoi en ce moment ?

 

Ce matin j’écoutais « New Conception » de Bill Evans. J’adore sa notion du trio.

 

 

Justement, alors que Bill Evans semblait toujours mal à l’aise avec la place de la batterie, toi tu sembles t’appuyer beaucoup sur le drumming

 

Moi j’adore les batteurs qui donnent de l’énergie. J’adore cet échange d’énergie entre le batteur et le piano. Les bassistes tiennent la barque mais l’échange de l’énergie c’est pour moi entre le piano et la batterie. Il doit y avoir beaucoup d’intelligence de la part des batteurs pour comprendre et soutenir l’esprit d’un morceau. J’adore les batteurs comme Roy Haynes ou Tony Williams.

 

 

Sur ton île déserte tu emporterais quoi ?

 

Pour la musique c’est Keith Jarrett en live avec De Johnette et Peacock «  Still live » (ECM 1986). Sinon j’emmènerais un livre de James Redfield : «  la prophétie des Andes ». Et puis sinon un bateau.

 

Propos recueillis par jean marc Gelin

 

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3 mai 2006 3 03 /05 /mai /2006 07:31

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2 mai 2006 2 02 /05 /mai /2006 08:01

Miracle céleste ! Accomplissement divin ! L’autre jour un des reporters des DNJ qui a ses entrées un peu partout et notamment au paradis des musiciens surprit du côté de chez Saint Pierre cette conversation entre Ellington et Basie : « t’as entendu ce Badini et sa sacrée machine à swinguer ! Quand tu penses que c’est moi qui lui ait tout appris ! ». « Mais non pas du tout répondit le Duke, c’est moi. D’ailleurs t’as qu’à voir, dès que j’ai eu le dos tourné il s’est empressé de me piquer Sam Woodyard, mon batteur ». «  Il n’empêche, interrompit Basie, ce gars là à fait trop de bonnes choses pour le swing, je crois qu’il mérite qu’on lui fasse un petit cadeau ». Et les deux hommes de sa taper dans la paluche et de se renvoyer mutuellement leur clin d’œil.

 

 

Sur ces entre faits, alors que le gars Badini dormait bien profondément chez lui du côté de Deauville, il se réveilla en pleine nuit pour aller pisser mais ne parvint plus à retrouver le sommeil. Un nom lui revenait en tête, Scriabine, Scriabine, Scriabine ! C’est curieux parce que ce compositeur est un contemporain de Debussy sur qui Badini avait déjà travaillé et que dans les projets de Gérard il y avait plutôt Ravel. Mais non, ce Scriabine lui revenait tout le temps en tête. Alors il se plongea la tête la première dans l’œuvre du compositeur et y découvrit de pure merveilles. Au petit matin, alors qu’il n’avait toujours pas remarqué l’auréole qui flottait au dessus de sa tête il se précipita sur le téléphone et appela son copain Stan (Lafferière) et lui demanda de rappliquer illico en prenant au passage notre Paul Gonsalves national, André Villeger, parce que là il y avait du boulot, du génie à moudre.

 

 

Et le résultat vous l’avez là devant vous. Un cadeau du ciel. Un bijou. Un pur chef d’œuvre !

 

 

Gérard Badini et sa super swing machine se lancent âmes et flammes sur les traces du compositeur russe. Avec un délicieux souci de lisibilité et pour bien nous faire saisir leur travail chaque morceau est précédé de la version « originale » interprétée par le jeune prodige russe Igor Tchetuev. Chaque fois avec l’aide de Stan Lafferière sont mis en places des phrases interludes qui poursuivent le fil classique et préparent leur entrée au répertoire jazz. La reprise de ces opus mis en regard nous montrent de manière limpide tout le travail de Badini. Quel travail d’arrangement ! Quel swing ! Quels solistes nom d’un petit bonhomme. Il faudrait citer Villeger bien sûr mais aussi Michel Pastre, Sylvain Gontard, le génial Jerry Edwards, Pierre Christophe sans oublier le jeune Olivier Zanot et tous les autres.

 

 

Le big band de Badini c’est l’intelligence de Ellington et le son de Basie.

 

 

Rarement nous avons été conquis à ce point. Jubilant d’un instant à l’autre de ce chef d’œuvre. Et Badini ne nous fait pas que swinguer du feu de Dieu, il nous donne en plus et aussi l’envie de nous plonger aussi dans l’oeuvre de Scriabine.

 

 

Alors si nous devions alors prononcer le mot de la fin nous ne dirions que deux mots : «  Victoires, victoires ! »

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

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