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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:27

JJJJ BeETWEEN A SMILE AND A TEAR

 

Un film de Niels Lan Doky

 

Parkfilm 2006

 

  

C’est en regardant très tardivement le film « Buena Vista Social Club » que le pianiste de jazz Niels Lan Doky prit conscience qu’il avait côtoyé dans sa carrière des figures tout aussi légendaires du jazz que peuvent l’être des Compay Segundo dans le domaine de la Salsa. Il réalisa aussi que certains de ces vétérans du jazz, figures emblématiques autant que charismatiques risquait de partir un jour sans que personne n’ait recueilli leur témoignage. Ces figures, ce jeune pianiste qui à 16 ans tenait déjà le piano du côté de Thad Jones, il les avait côtoyé durant quelques années au célébrissime club de jazz le Café Montmartre aujourd’hui fermé et tristement transformé en école de coiffure.

Il fallait donc faire un film autour de ces personnages et les réalisateurs pressentis étant indisponibles pendant la période d’été ( seule période où les locaux de l’école de coiffure pouvaient être disponibles) Niels Lan Doky décida qu’il s’y collerait lui-même et s’improviserait réalisateur en herbe.

Partant du principe de réunir les anciennes et les jeunes générations, Niels eu l’idée de réunir quelques uns de ces musiciens emblématiques à l’occasion d’un concert unique donné au Café Montmartre, ressuscité pour l’occasion un soir d’été. Se retrouvèrent alors à Copenhague l’harmoniciste belge Toots Thielemans (84 ans), le saxophoniste Jonhy Griffin  aussi surnommé Little Giant (79 ans), le batteur Al « Tootie » Heath (72 ans) et pour les générations suivantes : le violoniste français Didier Lockwood, le contrebassiste danois Mads Vinding, la jeune chanteuse Lisa Nilsson et enfin le pianiste Niels Lan Doky lui-même.

Le résultat est un film qui non seulement est extrêmement bien réalisé à la manière de ce qu’aurait pu faire un très bon professionnel avec une une photo remarquable et une construction particulièrement claire dans les enchaînements des plan- séquences, mais surtout ce film possède une réelle grâce et une force émotionnelle particulièrement touchante. Parce qu’il est lui-même musicien et qu’il fait parte de cette grande famille, NLD a pu malgré la présence des caméras, capter au plus près des échanges à la fois sincères et tendres. Avec beaucoup de pudeur et de retenue ces vieux musiciens parlent d’eux, évoquent des souvenirs, parlent de la musique avec les plus jeunes, s’amusent de manière mutine et se transportent ailleurs chaque fois qu’ils jouent de leur instrument. Ainsi Toots lorsqu’il explique le passage de majeur à mineur dans un moment d’où le film tire son titre, pourrait nous tirer des larmes. Johnny Griffin et Al Heath tout à la joie de leurs retrouvailles gouailleuses et mutines nous amusent tendrement. Ces musiciens légendaires apparaissent avec leurs faiblesses, aussi. Les problèmes de santé de Griffin ne sont pas gommés comme dans cette scène où la maladie l’oblige à interrompre les répétitions. Il a fallu beaucoup de persuasion de la part de NLD auprès de la femme de Little Giant pour la convaincre de laisser cette scène qui, selon lui montrait combien Griffin parvenait à trouver la force d’abattre des montagnes le jour du concert venu. Et cette visite sur la tombe de Ben Webster que lui rendent Griffin et Heath à l’âge où la mort devient pour eux, une réalité tangible est finalement un  moment d’extrême distance et de pudeur sensible. Dignement.

Ce film a été pour l’heure présenté en avant première au cinéma l’Archipel. Quelques copies seront prochainement disponibles dans plusieurs salles à Paris et en province. Une version DVD sera distribuée très prochainement.

Jean Marc Gelin

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:24

JJJJ Nina Simone Live in Montreux 1976

 

Eagle Vision

 

 

 Qu’on aime Nina Simone ou qu’on ne l’aime pas, il faut bien reconnaître que chacune de ses apparitions sur scène étaient pour les spectateurs qui avaient la chance d’être dans la salle un immense moment de spectacle. Et pas que…. Car lorsque Nina montait sur scène  et qu’elle se livrait à un véritable numéro avec le public, avec son chant et surtout avec elle-même l’instant devenait un peu plus magique ou terrifiant c’est selon.

Ce DVD proposé par Eagle Vision nous montre la diva à Montreux en 1976 (+ quelques bonus filmés en 1987 et 1990). Cette prestation de 1976 est passionnante à plusieurs titres. Il est vrai que la chanteuse y chante ici mal et terriblement faux. Mais voilà, toute la magie de la scène se trouve là dans ce paradoxe d’une chanteuse qui n’est (vocalement) que l’ombre d’elle même mais qui parce qu’il s’agit d’une véritable bête de scène parvient avec ces énormes failles à vous retourner les tripes sur des versions poignantes dans lesquelles elle donne toute son âme, se jettant corps et âme dans son interprétation. Se laisse emporter par sa propre transe et danse sur scène dans un moment de lâcher prise d’une grande sensualité sauvage. Combien les chanteuses palichonnes qui se bousculent sur la scène aujourd’hui et chantent tête baissée se regardant inlassablement le nombril pourraient en prendre de la graine. Si elles le pouvaient.

 

Nina Simone ce soir là comme bien d’autres en faisait des tonnes. Diva cabotine dont les facéties et les extravagances semble aussi trahir parfois un certain mépris condescendant pour le public. Son entrée en scène et ces longues minutes de silence semblent des heures durant lesquelles elle toise le public d’un regard noir, absolument saisissantes. Sa façon de rabrouer une spectatrice en lui intimant l’ordre de se rasseoir a quelque chose d’absolument terrifiant dans son expression. Nina Simone parle autant qu’elle ne chante, se moque, n’essaie pas d’enjôler le public mais dans un état second, se montre intarrissable véritablement avide de communiquer avec lui. Heureuse d’être sur scène, dans une attitude excessivement maternelle elle lui délivre des messages de paix et d’amour. Ses colères sont justes. Elle se lève rageusement de son piano une fois la dernière note jouée. Parle très longuement avec le public mais prend congé de lui avec brutalité.

Artiste paradoxale Nina Simone était capable ce soir là de donner au public un moment de scène d’une force incroyable. Artiste magnétique à la limite du pouvoir hypnotique.

Jean Marc Gelin

 

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:22

JJJJ JEAN-CHARLES RICHARD: “ Faces”

HERRADE 2006

 

 

Jean Charles Richard (ss, bs), Dave Liebman (dm)

 

 

 Ceux qui ne savent pas que JC Richard est un grand saxophoniste doivent impérativement écouter cet album. Car à l’égal des grands Jean Charles Richard, que ce soit au soprano ou au baryton impose un son unique à la fois net et puissant. On ne peut s’empêcher de penser ici à Antony Braxton, celui des « Saxophones improvisations Série F ».  Ici, malgré la réticence à se jeter sur un album de sax en solo dont l’austérité du principe (largement démentie dans les faits) pourrait décourager certains, il n’est jamais question d’ennui. JCR ne lasse jamais. Multiplie les couleurs au gré des titres. Un remarquable travail de mixage permet de juxtaposer et coller des pièces au soprano et au baryton donnant ainsi l’impression d’avoir deux musiciens en studio. Après une ouverture à la lame aiguisée (First sound), Jean Charles Richard impose au baryton des sonorités brutes et primales (Rainouart au Tinel). Avec la superbe pièce de Margoni (Réflexion sur le langage d’Olivier Messiaen) et avec celle qui précède (Off Birds) l’album explore aussi les voies de la musique contemporaine. Plus loin sur Boreal, JC Richard tient une note et lui donne une dimension étrange et mystérieuse. Plus loin encore son hommage à Steve Lacy sur Bone, fait tourner les têtes. Son mentor, Dave Liebman chez qui cet album a été enregistré était en studio à Saylorsburg. Il a supervisé la totalité de l’enregistrement. Il passe de l’autre côté de la vitre à deux reprises pour tenir la batterie dans la série de thème qu’il a composé en hommage à Elvin Jones. Mais dans cet album d’une grande générosité l’inspiration de JC Richard se trouve avant tout dans l’héritage de Steve Lacy. Son langage musical véhicule un  discours sans académisme et sans concession qui puise autant au classique qu’au jazz et à la musique contemporaine pour s’approcher de sa propre forme. Et alors que d’autres attendent des années avant de se lancer dans l’exercice du solo, c’est avec courage qu’il choisit cette formule sans concession. Celle qui correspond le mieux à sa conception esthétique et intellectuelle de la musique. Elle ne se partage pas. Sans jamais perdre en énergie et en puissance, il impose son jeu dans tous les formats et tous les tempos, fidèle à ses propres sonorités. Un travail de sculpteur. Parce qu’il vient surtout du classique et moins du jazz, on a le sentiment que tout y est techniquement sous contrôle. Dire qu’il manque alors cette part de lâcher prise, cette part un peu folle de l’improvisation serait mal le comprendre. Car Jean Charles Richard revendique lui-même cette exigence de perfection, ce travail de labeur quasi monacal.  C’est un travail ascétique qui mène à l’extrême pureté. C’est un des chemins qui mène au beau.

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:19

JJJ Diana KRALL: « From this moment on »

 

Verve 2006

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:16

JJJJ Bill Frisell, Ron Carter, Paul Motian

 

 

Nonesuch 2006

 

 

  Passé le premier round d’observation (les deux premiers titres nous laissent en effet un peu dubitatifs) on entre vite dans ce qui devient un petit chef d’œuvre. Une sorte de mécanique se met en branle avec trois musiciens exceptionnels qui semblent avoir toujours joué ensemble. L’association est évidente. Une atmosphère se crée. Une alchimie devrait on dire. Car autour d’une musique assez simple et de motifs répétitifs, quasi hypnotique, le trio joue avec une infinité de nuances subtiles.

 

 

Bill Frisell renoue ici avec une sorte de country jazz qui trouve ses racines dans son Amérique profonde avec un style inimitable et qui ne l’a d‘ailleurs jamais vraiment quitté. Sur des thèmes comme ce magnifique thème traditionnel arrangé par Frisell Pretty Polly et qui semble tout droit sorti du folklore de son Colorado natal, il fait tourner le motif mélodique en lui imprimant avec sa pedal steel guitar des effets réverbérés au moelleux métallique. Il ne s’agit pas de longs étirements de la musique mais simplement d’une exploration juste du thème exposé. D’une déclinaisons des nuances et du son. Ron Carter et Paul Motian créent alors des formules irrésistibles, motifs à géométrie variables de profondeur et légèreté mêlées à l’image de la rondeur d’un Ron Carter qui à 70 ans fait ici un numéro époustouflant. Sa façon de décliner ses walkin bass simples mais incomparables dans leur sonorité et leur feeling crée une assisse dans laquelle Paul Motian n’a plus qu’à prendre place, déroulant alors son jeu de fin coloriste aux balais frissonnants. Montrant qu’ils sont avant tout des joueurs de jazz, les trois hommes s’attaquent aussi et avec autant de bonheur à des standards réinventés comme le Misterioso de Monk ou ce standard un peu moins joué On the street Where you live où l’occasion leur est donnée de montrer combien ils maîtrisent aussi le swing. Jamais ils ne s’y font démonstratifs. Alors Bill Frissell avec son sens inné du blues nous embarque dans une sorte de road movie où défilent ces images d’Amérique et toutes ses déclinaisons de couleurs qui vont avec. Défilent alors de grands espaces sauvages. Espaces imaginaires comme dans cet Introduction ou encore ce Misterioso joué d’une manière un peu poisseuse. Avec I’m so lonesome, I could Cry la guitare country de Bill Frisell affirme ses racines avec elegance. Pour une sorte de lazy jazz, qui traîne sa semelle dans l’Ouest américain et nous embarque avec lui.

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:13

JJJJ FRANCK AVITABILE: “Short Stories”

 

 

 

Dreyfus Jazz 2006

 

 

 

 Que la chose soit posée dès le départ : il n’est pas très important de savoir si l’on trouve avec cet album de Franck Avitabile aux confins de la musique classique ou du jazz. Cela importe peu à la perception que l’on a de ce magnifique album. Car il s’agit avant tout de musique et que forcément chacun est libre d’y entendre ce qu’il veut.

 

 

 

Il y a un an à peine Avitabile nous avait séduit avec son Just Play sorti en 2005 chez Dreyfus. Il revient aujourd’hui avec ces Short Stories, ensemble de 18 morceaux très courts qui ne sont pas sans rappeler les petites pièces de Debussy. D’ailleurs ce n’est pas un hasard si le premier morceau se nomme Arabesque (Debussy ayant lui-même composé plusieurs Arabesques) et le deuxième Childhood memory. Et s’il faut convoquer des références, appelons à la table de Franck Avitabile Ravel, Satie ou même Darius Milhaud qui excellait dans l’exposé de pièces très brèves. Et ces influences auxquelles se mêlent aussi Art Tatum parfois, Keith Jarrett et dans une moindre mesure Bill Evans  se mêlent dans l’expression très personnelle de Franck Avitabile dans une sorte de syncrétisme musical enchanteur autant que raffiné. Irrésistible. Car toujours Avitabile joue avec une sensibilité qui le porte à faire chanter son piano avec un romantisme toujours délicatement retenu. Délicatesse, c’est le mot qui s’accorde à son jeu. Survolant de manière aérienne le clavier, Avitabile donne le sentiment de se dédoubler tant son jeu de main gauche donne parfois l’impression d’un piano à quatre mains capable de dérouler des arabesques mélodiques tout en explorant quelques profondeurs harmoniques (Inside Out). Son Meddley est moment fort et bouleversant de romantisme et de swing mêlé. Une sorte d’expression émouvante de l’artiste mariée avec une extrême pudeur. Seulement deux titres sont issus de standards : un There is no greater Love que n’auraient reniés ni Art Tatum ni Bud Powell (excusez du peu) et un Over The Rainbow qui vient avec beaucoup de finesse clôturer ce remarquable album.

 

 

 

Avec une passion toute en retenue Franck Avitabile nous raconte ici de brèves histoires, sorties d’une sorte de songe éveillé résonnant comme des réminiscences pianistique de ce qui fonde son jeu. Ces histoires ne disent rien d’autres qu’un amour, son amour de la musique et du piano. Un amour que Franck Avitabile parvient à nous transmettre ici avec une sensibilité rare.

 

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:12

JJJ PATRICK ARTERO: “ Artero - Brel”

Nocturne 2006

 

 

 Un disque déconcertant à la première écoute qui mêle passages classiques, rythmes binaires du tcha tcha et de la samba et sur lesquels le jazz vient poser sa patte. Le tout au service de l’immense Brel. Cette affaire n’est évidemment pas simple et l’on se demande comment seront traduites les atmosphères du chanteur, si familières à beaucoup. Chaque morceau nous livre une ambiance différente et c’est une nouvelle chanson qui se ravive dans nos souvenirs.

 

 

Les musiciens embarqués dans l’aventure tirent tous leur épingle du jeu avec toutefois une mention spéciale pour Giovanni Mirabassi dont le toucher aérien au clavier, la précision et l’originalité des chorus sont un réel bonheur. Les arrangements particulièrement soignés réservent une bonne place aux solistes «  La Mort  » notamment permet d’apprécier Gildas Boclé à l’archer sur sa contrebasse, Dominique Cravic à la guitare et Daniel Garcia Bruno à la batterie. Percussions et musiciens classiques complètent le quintette de jazz mené par Patrick Artero qui réussit là une performance comme instrumentiste, soliste et arrangeur. Il nous livre un disque aux ambiances à la fois nostalgiques et romantiques, festives et enjouées qui reprennent ainsi les thèmes majeurs des inspirations de Jacques Brel.

 

 

Un disque inclassable si l’on tient absolument à ranger la musique en général et le jazz en particulier dans des boîtes hermétiques mais, sans aucun doute, un disque intéressant qui conquiert l’auditeur au fil des écoutes successives. A recommander.

 

 

Jean Pierre Foubert

 

 

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:09

JJJJ FRANCOIS COUTURIER: “Nostalghia – Songs for Tarkovski”

 

 

 

ECM 2005

 

 

 

 François Couturier signe sous son nom un vibrant hommage aux sources d’inspiration et à la dimension spirituelle de son cinéaste préféré, Andreï Tarkovski (1932 – 1986), réalisateur de sept longs métrages (dont Andreï Roublev (1969), Solaris (1972), Stalker (1979), Nostalghia (1983) et Le sacrifice (1986)). Comme beaucoup, il écrit avoir eu une révélation à la découverte de son film, Andreï Roublev, cette grande épopée qui raconte la vie du célèbre moine - peintre russe d'icônes qui vécut au XVe siècle et qui évoque de manière douloureuse le rôle de l’art et de l’artiste. « Nostalghia – Song for  Tarkovski » est un disque – passion dans le lequel chaque morceau rend hommage aux territoires des films du cinéaste, à ses acteurs (Erland Josephson et Anatoli Solonitsyne qui a été découvert par Tarkovski et qui joue le rôle d’Andreï Roublev), à ses compositeurs de prédilection (Le Sacrifice et l’Éternel retour sont inspirés de " La Passion selon St Mathieu" de Jean-Sébastien Bach et Toliu du Stabat Mater de Pergolèse), à ses collaborateurs (son cameraman Sven Nykvist dans Crépusculaire, son scénariste Tonino Guerra dans Nostalghia, l’un de ses compositeurs favoris Eduard Artemiev dans Stalker). Un hommage  - réminiscence qui plonge dans l’univers du cinéaste où le rêve, la vision, les sensations, l’essence des choses l’emportent sur la vraisemblance et le matériel. La musique composée par François Couturier est merveilleusement inspirée et mélancolique. Le temps et la lenteur y jouent un rôle central. Chaque plage du disque est une ode radicale et poignante. Cette musique est religieuse au sens étymologique car elle relie le spirituel et le temporel, déserts et vie, sons et visages, jazz et cinéma, et surtout elle transcende, elle emporte au-delà, de même que les films de Tarkovski transcendent le cinéma. Ni classique, ni contemporaine, ni jazz, cette musique est ailleurs. Hypnotique, envoûtante, poétique, cette musique joue de l’espace et du temps, de l’ombre et des lumières. Elle dit la beauté, l’austérité, la solitude, la perte, la maladie, l’éloignement, l’espoir. Elle se confond avec le chant de la nature et n’est parfois plus que respiration. Elle est à la fois très écrite et très spontanée (difficile en effet de distinguer les parties improvisées). Les instruments (accordéon, saxophone soprano, violoncelle et piano) s’associent avec grâce et une absolue évidence. Très colorée, cette musique émeut profondément, elle atteint en nous des territoires rarement visités. Elle ne nous parle que de l’essentiel. « L’art doit être là pour rappeler à l’homme qu’il est un être spirituel, qu’il fait partie d’un esprit infiniment grand, auquel en fin de compte il retourne. » Tarkovski.

 

 

 

Régine Coqueran

 

 

 

 

 

 

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:08

JJ nicolas FOLMER: “Fluides

 Cristal 2006

 Ce deuxième album de Nicolas Folmer, après I comme Icare nous donne assurément l’occasion d’entendre un artiste au sommet de son art. Car techniquement c’est certain, Folmer est un très grand trompettiste et il faut se faire à cette idée. A l’aise sur tous les tempos, il maîtrise un son sans vibrato avec une précision rythmique à toute épreuve. Vraiment impressionnant dans sa capacité à créer des minuscules ruptures dans son phrasé avec une  maîtrise surnaturelle du tempo. Une vraie sonorité très intéressante et chaude au cuivre latin capable d’une grande amplitude et pouvant monte très haut sans jamais donner le sentiment de coincer dans les suraigus. Un grand nombre d’influences se bousculent et on convoquerait bien des noms comme Miles bien sûr mais aussi Tom Harrell (pour le son) ou encore Kenny Wheeler parfois extrêmement présent surtout dans les tempi lents. Parfois aussi on pense à un autre Kenny, Dorham cette fois. On peut rêver pire comme références.

 Le trompettiste du Paris Jazz Big Band poursuit donc sa route somme toute très classique et l’on retrouvera ici les mêmes couleurs que celle qui prédominent dans la formation qu’il co-dirige avec Pierre Bertrand. Des compositions qui pourraient presque se concevoir pour grande formation. Portant c’est ici en quartet qu’évolue Nicolas Folmer avec des partenaires de choix. Le jeu subtil mais très présent de Pierre Alain Goualch au piano en fait un compagnon idéal, un sideman rêvé au lyrisme contenu. Idem pour Stéphane Huchard à la batterie. On est en revanche moins convaincus par l’apport des deux contrebassistes particulièrement absents de l’album.

Exercice de style particulièrement élégant et raffiné qui, par son très grand classicisme ne bouleversera certes pas le genre des trompettistes de jazz. On n’est pas dans l’underground New Yorkais mais une scène pbien plus léchée. On croit parfois entendre certains albums du catalogue Criss Cross des années 90. Pas révolutionnaire, rien qui fâche, rien d’incorrect donc mais avec un goût suffisamment délicieux pour nous donner envie d’y revenir beaucoup.

Jean Marc Gelin

 

 

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:06

JJJJ Domanchich, Avenel, Goubert : “ Dag”

 Cristal 2006

Sophia Domancich revient avec une belle actualité discographique. Et c'est peu dire qu'elle nous fait plaisir, car pour son retour, Dag est un coup réussi.La pianiste fait advenir avec ce nouveau groupe ce qui semblait oublié : un "classique" du piano-basse-batterie, qui reprend un chemin balisé en y découvrant des paysages originaux et des climats déroutants. Ce piano sensible, aventureux s'autorise une mélodie souterraine, obsédante par sa pulsion même ( « Pour vous ») , des répétitions qui débouchent sur une transe qui prend forme et sens. Sans doute faut-il savoir s’entourer. Dag, ce nom tranchant correspond à la rencontre de Sophia Domancich et Simon Goubert avec Jean-Jacques Avenel. Trois musiciens que l'on ne présente plus, qui ont travaillé ensemble aux Sept Lézards, avec le flûtiste Michel Edelin et le saxophoniste Steve Potts. La famille du jazz s'agrandit d'un trio qui devrait faire date.

 Une triangulaire, mais gagnante cette fois, un équilibre parfait qui se repère dès  la pochette, puisque chacun des musiciens a apporté trois compositions au groupe. Sans révolutionner l'art du trio, ils créent ce qu'on n'a pas souvent l'occasion d'entendre. Cet album se déguste délicatement, le piano de Sophia fait retour à Monk parfois ( « Pourquoi pas? » , « Soliloques » ), grande figure solitaire qui sut  se trouver de merveilleux partenaires. L'intériorité mélancolique de la musique de Sophia Domancich demeure mais elle a trouvé des couleurs et même des élans nouveaux ( « Rêve de singe ») avec le drumming fort et subtil de Simon Goubert ( «Somewhere we were »), et le boisé ferme de Jean-Jacques Avenel, qui nous prévient déjà, par un solo, d'une «Eclaircie» avant ce «Canoë»,  final de l'album, surprenant,  plus léger, comme si le complice de Steve Lacy révélait une sérénité inconnue.

  Sophie Chambon

 

 

 

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