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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:56

Telle une volée de moineaux en liberté vous allez donc prendre la route aux quatre coins de France ou du Monde. Nord-Sud-Est-Ouest. A coup sûr (et nous vous en remercions), vous allez emporter avec vous les quelques (douze derniers) numéros des DNJ que vous n’avez pas eu le temps de lire histoire de rester un peu connectés à l’actualité du jazz. Pour peu que le temps s’y mette ce sera pour vous hot jazz sur la plage. Mais surtout restez bien attentifs car vous ne le savez peut être pas mais là où l’on joue du jazz, il y a parfois sous la plage quelques pavés magnifiques.

Juillet 1965. Souvenez vous ce soir là ou plutôt imaginez. Côte d’Azur. Antibes. Dans la torpeur des nuits d’été lorsque le soleil a définitivement disparu mais que la chaleur reste là, étouffante, éreintante. Lorsque le climat est à l’orage, accablant malgré le léger vent frais venu de la nuit de la mer. Ce soir là dans cette nuit bleue s’élevait l’ivresse du chant de Coltrane. Un chant d’amour suprême. Un chant vers Dieu offert aux astres de la nuit azuréenne. Vers la nuit de ce bleue de Trane. Comme s’il s’agissait de mourir là, en jouant. Comme s’il était vital de dire alors ce qui apparaissait comme une vérité consubstantielle du chant et de l’amour. Le jazz n’était pas ce soir là affaire de musique mais de bien d’autres choses. Il y avait Dieu dans ce jazz là et il y avait aussi l’essence du génie qui n’en est certainement que le prolongement. Il y avait la coexistence brute et sauvage de la beauté radicale. La confusion magnifiquement suprême des astres, de l’amour, du musicien et de son chant poussé à la vie par la mort. Ce chant là était aussi divin qu’il portait en lui la marque (involontaire) d’une révolution en marche.

Et ce soir là bien sûr, même s’il ne s’agissait que d’amour, sous la plage se trouvait le pavé qu’il jetait sur la scène du jazz et qui, comme tout les pavés annonçait à sa façon une sorte de révolution et le monde ignorait alors sur l’instant que le jazz qui prendrait sa suite ne serait jamais vraiment comme avant, et deux ans plus tard l’âme de John Coltrane poursuivrait cette quête divine, d’une autre façon et John Coltrane disparaîtrait le 17 juillet 1967 il y a tout juste quarante ans, et John Coltrane laisserait à des générations de musiciens le témoignage de cette nuit qui n’aurait jamais dû finir sa marche universelle et donc éternelle parce qu’elle radicalisait alors tout ce que le jazz dit depuis toujours tant avec ses tripes qu’avec cette part viscérale de nous même qui tend vers le beau irrésistiblement attiré par une force aimantée et incontrôlable, qu’il dit un amour suprême auquel personne ce soir là ne pouvait alors résister tant il exprimait ce que chacun de nous sait de Dieu et de l’amour sans pourtant le savoir vraiment.

Cet été peut être partirez vous en vacances en chargeant A Love Suprême ou Chasin’ the Trane ou Ascension sur votre Ipod. Peut être pourriez vous aussi emporter cette réédition tant attendu du livre de Lewis Porter (John Coltrane – éditions Outre Mesure). Mais s’il vous plaît, si vous traînez quelque part dans un festival estival un soir vers le 17 juillet, écoutez bien ce qui se passe. Restez attentif à cette forme de musique que nous ne connaissons pas encore mais qui demain pourrait bien insuffler un nouveau vent venu cette fois des astres bleus. Et il se pourrait bien que ce soir là  aussi sous vos pieds se trouvent alors les pavés de demain.

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:51

Rencontre avec ENRICO RAVA

 

 

Enrico-Rava-casa-del-jazz.jpg



A l‘occasion du mini festival Rava’ s days organisé par la Casa Del Jazz à Rome, nous avons pu rencontrer Enrico Rava en l’honneur de qui étaient organisés ces trois jours. Rencontre avec l’un des trompettistes majeur de notre époque qui vient de signer après Easy Living et Tati un nouvel album pour ECM, The World and the days.

 

Comment se sont organisés ces trois journées des Rava’s days à la Casa Del Jazz de Rome ?

 

ER : L’idée c’était de refaire trois moments de mon histoire. Le premier était de faire un truc avec Abercrombie et aussi un soir avec mon quintet. Le problème c’est que le quintet jouait quelques jours plus tard dans un festival non loin de là. Quand à Abercrombie, sa venue coûtait trop cher. On a alors décidé de faire quelque chose de plus Italien. J’ai alors voulu refaire mon vieux groupe «  Électrique Five » et puis aussi faire une autre soirée avec les jeunes et enfin une soirée en hommage à Massimo Urbani. A l’époque j’avais un quartet avec Massimo, Aldo Romano et JF Jenny Clark. Mais JF et Massimo n’étant plus là on a décidé de faire quelque chose avec Rosario Bonacorso et Stefano Di Batista (qui finalement ne pu pas venir et fut remplacé par la tromboniste Gianluca Petrella)

 

Gianluca dans le rôle du saxophoniste Massimo Urbani c’est inattendu

ER : Gianlucca est un musicien incroyable qui maîtrise tout mon répertoire. Du coup ce sera moins didascalique.

 

Pour vous avoir entendu hier soir on a vraiment l’impression qu’entre vous deux il y a vraiment quelque chose qui passe ?

ER : Absolument. J’adore Gianlucca, pour moi c’est le plus grand musicien de jazz que l’Italie ait eu ces 15 dernières années. Il est vraiment génial.

 
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Comment expliquez vous cette éclosion de musiciens italiens que l’on voit un peu partout. Nous à Paris on est sans cesse étonné par l’influence des italiens sur la scène française ?

 ER : Je ne sais pas trop ce qui s’est passé. A mon époque quand j’étais jeune c’était vraiment le désert. Mais dans les années 70 jouer du jazz en Italie est devenu quelque chose avec laquelle il devenait possible de vivre. Avant il n’y avait que deux musiciens qui ne faisaient que cela, c’était moi et Franco D’Andrea. On était  regardés comme des fous furieux car on gagnait très peu et on était obligé de faire beaucoup d’autres choses à côté. Mais dans les années 70, un peu dans la mouvance du journal communiste italien, l’Unita les concerts de jazz on commencé à se multiplier et le jazz a commencé à devenir rentable. Alors beaucoup, qui faisaient de la musique commerciale on commencé à faire du jazz. Par exemple, Bollani ! Quand il avait 20/22 ans il travaillait avec les chanteurs de variété. Finalement je l’ai convaincu en lui disant «  écoutes Bollani, tu peux t’amuser beaucoup plus à faire de la musique que tu aimes, de la musique magnifique et gagner mieux qu’en faisant le pianiste d’appoint ». Et finalement il a totalement éclaté.

 

Ces jeunes talents sont ils passés par des écoles de jazz ?

ER : Oui il y a aussi cela effectivement. Les écoles se sont multipliées même s’ils vont surtout aux USA, à Berkelee ou à Boston. Mais surtout il y a derrière cela beaucoup de travail de tout le monde, pas seulement des musiciens.

 

Quand on voit la Casa Del Jazz, effectivement, cela nous fait rêver à Paris !

ER : Oui mais c’est une chose unique à Rome. On a la chance que le maire de Rome aime le jazz et la culture. Il a fait la Maison du jazz, La Maison de l’Architecture et la Maison du Cinéma tout en donnant beaucoup de moyens. Mais à côté de la Casa Del Jazz il y a aussi à Rome un magnifique auditorium où il y a du jazz toute l’année. Mais il y a quelques inquiétudes parce que l’on dit que le maire de Rome va prendre la tête du nouveau parti Démocratique et qu’il sera peut être amené à lâcher la mairie. Alors on ne sait pas, peut être que le nouveau maire sera fan de tennis !  (NDLR : en réalité le Maire de Rome n’abandonnera as son mandat avant 2010). C’est un peu cela l’Italie ! En France les choses sont institutionnalisées et ne dépendent pas comme cela de la volonté d’un seul élu. Mais à côté cela provoque aussi une grande volonté de faire les choses avec les Maires, les conseillers etc… Et du coup dans les petits villages on voit beaucoup d’énergie déployées autour de ce genre d’activités culturelles. En Allemagne par exemple il n’y a plus rien, plus de culture. C’est vraiment en France et en Italie qu’il se passe des choses dans le jazz, c’est tout. Sauf peut être aussi la Suisse mais bon, il n’y a que 5 millions d’habitant.

 

Durant ces trois jours de festival, les Rava’ days on a entendu de jeunes prodiges à vos côtés comme Mauro Negri ou Gianluca Petrella. Ils ont tous un grand talent, montrent beaucoup d’énergie et jouent beaucoup. Ce qui frappe quand on vous entend à leur côté c’est que malgré le fait que votre jeu s’est totalement épuré, vous parvenez en jouant beaucoup moins de note à conserver cette énergie intacte.

 

Dans les étapes de votre carrière vous n’avez pas mis le free jazz, pourquoi ?

ER : C’est parce que c’est quelque chose qui ne m’intéresse plus aujourd’hui. Naturellement je me suis transformé en autre chose. Mais dans les concerts il peut y avoir des moments totalement free. Mais en soi, comme esthétique je n’y crois plus. Cela a eu un sens  dans un moment historique particulier mais aujourd’hui cela n’a plus de sens. Il y a des choses intéressantes qui viennent de ça  comme l’avant garde que représente John Zorn mais ce n’est pas du free.

 

Vos références restent très classiques

ER : Comme fan de jazz j’écoute tout le temps les classiques. Dans ma voiture par exemple il y a Louis Armstrong, Bix Beiderbecke, Charlie Parker, Miles ( années 50), Billie Holiday. Moi j’ai commencé à découvrir le jazz en écoutant Bix. Quand j’avais 15 ans j’étais fou du Gerry Mulligan quartet. En fait je crois que je suis un expert du jazz. Je me souviens il y a quelques années avoir fait un blindfold teste avec Philippe Carles ( NDLR : alors rédacteur en chef de Jazz Magazine). Et bien j’avais tout trouvé y compris ce trompettiste, Louis Smith qui avait réalisé si peu de disques dans sa vie.

 

Votre dernier disque «  The World and the days » paru chez ECM s’inscrit dans la lignée de vos derniers albums (Easy Living ou Tati) signés chez ECM. Vous semblez privilégier la ligne épurée.  Un sens de l’essentiel .Cela vous vient d’où ?

 

ER : Tout simplement du fait que je commence à devenir vieux et qu’il faut bien éviter de faire des notes inutiles et s’économiser pour jouer. Tu vois pour moi les trois musiciens qui sont pour moi les plus grands sont Miles, Chet et Joao Gilberto. Joao était un ami avec qui j’étais toujours lorsque j’étais à New York. C’est lui qui m’a apprit à éliminer ce qui n’est pas essentiel. Moi je ne crois pas y être arrivé mais lui il avait ce talent incroyable d’éliminer tout ce qui n’est pas nécessaire. Quand j’allais chez Joao à New York j’amenais parfois la trompette et je jouais un peu avec lui. Et il me disait souvent cela : «  mais pourquoi tu joues toutes les notes ? Joue les notes nécessaires ! »

 

Dans ce désir d’aller à l’essentiel, vous en avez même quasiment éliminé totalement le bugle pour vous consacrer à la trompette.

 

ER : Initialement  j’ai abandonné le bugle pour des raisons pratiques. C’est qu’en fait j’avais deux mallettes pour les deux et que lorsque je voyage cela devient vraiment pénible de se promener avec tout ça.  Maintenant les rares fois que j’amène la mallette du bugle c’est juste quand je voyage en avion, comme ….valise. Pour transporter mes affaires personnelles. Mais ensuite il y a quelque chose de plus fondamental. Depuis que j’ai changé mon embouchure, je parviens maintenant  avoir le son que je veux à la trompette. Un son qui d’ailleurs se rapproche beaucoup du bugle. C’est l’embouchure qu’utilisait Miles, une Heim. Et depuis que j’ai cette embouchure j’ai presque toujours le son que je veux.

 

C’est cela qui vous donne ce son si ample que l’on entend dans vos disques ?

ER : Oui mais aussi le fait qu’avec ECM on enregistre dans un studio exceptionnel que j’ai découvert en Italie, à Udine il y a 7 ou 8 ans. D’habitude en studio je suis un casse pied monstrueux, cela peut prendre des heures pour faire les réglages, je ne suis en général jamais content. Mais là à Udine j’ai eu affaire à un jeune amateur qui avait fait l’effort de beaucoup écouter mon travail et de discuter avec des gens qui me connaissent. Et là il ne m’a fallu qu’une seule note pour me rendre compte que c’était bon. Quand j’ai recommencé à travailler  avec ECM, Manfred voulait que l’on aille enregistrer à Oslo. Mais j’ai réussi à le convaincre.

 

Aujourd’hui vous n’enregistrez plus que pour ECM ?

ER : Oui même si parfois je fais des guests avec d’autres. Par exemple nous avons un album qui vient de sortir chez Blue Note avec le chanteur Italien Gino Paoli (Milestones). C’est un chanteur de plus de 75 ans qui est l’auteur de plus belles chansons italiennes d’après guerre. Senza Fine que tu connais peut être, c’est lui. C’était la musique de mes premières histoires avec les femmes. Mais en réalité je ne fais presque plus de guest. Quand j’avais quitté ECM c’était parce que Manfreid voulait que je me limite à un seul album tous les deux ans. Moi je ne voulais pas me limiter. Mais maintenant avec le recul je me rends compte qu’il avait raison car durant cette période j’ai fait beaucoup trop de disques inutiles.

 

Quel est votre regard aujourd’hui sur le jazz, sur la nouvelle scène et sur son évolution

ER : Le jazz se doit d’évoluer bien sûr. Notamment en intégrant de nouvelles musiques venues d’ailleurs. En Italie, terre d’immigration, on voit bien que nous sommes au carrefour de beaucoup de musiques du monde. Mais aujourd’hui on voit bien aussi que personne n’est parvenu à remplir le vide laissé par Duke, Armstrong, Parker, Miles, Coltrane, Monk…..Aucun chanteur ne peut remplir le vide laissé par Billie et aucun trompettiste ne peut remplir celui laissé par Dizzy. Il n’y a pas. Cela ne veut rien dire, c’est normal. On a eu 20/25 ans de créativité incroyable. Si tu regardes le Dictionnaire du Jazz tu trouveras pas mal de nom de gens qui sont totalement inconnus mais qui sont néanmoins de vrais génies. Parce que au même moment la dynamique a permit de laisser éclater énormément de talents superbes. Regarde l’évolution entre la musique des années 20 et celle des années 50 ou 60. Une telle évolution si rapide est proprement incroyable. L’histoire ne pouvait plus pas aller aussi vite. Que le jazz se calme aujourd’hui est quelque chose de tout à fait normal. Mais non, le jazz n’est pas mort. Laissons aux jeunes le temps de réinventer. Moi je crois que aujourd’hui l’Amérique d’hier, c’est l’Europe d’aujourd’hui. C’est notre vieux continent qui se trouve au point de jonction d’un très grand nombre de cultures. Il en sortira forcément quelque chose. Écoutes les influences venues de l’Afrique, du Maghreb, de la musique de l’Est, Gypsy ou Kleezmer…. Don Cherry avait déjà ce regard d’intégration. Il va forcément en sortir quelque chose.

 

Vous n’êtes donc pas nostalgique mais farouchement optimiste

ER : Je réécoute Potato Hot Blues de Louis Armstrong. Je l’écoute au moins une fois par semaine. Ce n’est pas nostalgie, c’est beauté. Tout simplement comme j’écouterai Bach. C’est vrai que durant ces trois jours j’ai rejoué avec mon groupe Electric Five avec lequel j’avais eu tant de plaisir à jouer, avec qui nous nous entendions si bien. Mais bon, je me rends compte que l’on ne peut pas refaire les choses. On n’avait pas joué pendant 6 ans et durant ce temps tout le monde a changé. Seulement voilà hier soir, la magie ne s’est pas produite et je ne me suis pas du tout amusé. J’étais très déprimé après parce que j’étais tellement content de les retrouver…. Tout le monde se souvenait bien du répertoire mais j’ai très mal joué. Je n’avais aucune inspiration. En fait j’aurais dû savoir que c’était impossible…. Mais j’avais eu tant de beaux jours avec eux. C’est comme essayer de recommencer avec une ancienne fiancée.

 

Quelqu’un comme vous qui avez un jour travaillé avec Carla Bley ( Escalator over the hill) ne semblez pas vous intéresser aux Big Band. Pourquoi ?

ER : Je n’aime pas ça. Chaque fois que je joue avec un big band je m’ennuie. En fait j’ai besoin d’espace. De cet espace qui me permet de jouer beaucoup ou peu. J’ai besoin de maîtriser mon espace. Dans les grandes formations il y a pour moi quelque chose de très militaire. Quand à écrire pour de telles formations ? Je le fais parfois mais en fait assez rarement. En fait je ne crois pas avoir la technique pour le faire bien. Par contre ce que j’adore c’est d’entendre le résultat de ce que j’ai pu écrire. Cela m’émeut beaucoup. Comme je n’ai pas la technique, je n’arrive pas à entendre ce que cela peut donner. Mais quand j’entend le résultat c’est formidable. Ça c’est la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est que cela me prend un temps fou et me vole ce temps que je préfère à passer à jouer. Pour moi mon amusement avant tout c’est de jouer et jouer toujours. Les voyages m’emmerdent énormément mais à chaque fois ils représentent pour moi une nouvelle occasion de jouer.

 

 

Aujourd’hui on vous voit avec un grand nombre de jeunes musiciens. Qu’aimeriez vous leur transmettre que les anciens vous ont appris ?

ER : La chose que j’espère avoir appris en jouant avec des grands comme Joe Henderson ou Dizzy c’est, et je m’excuse d’avance parce que c’est une banalité, de jouer comme si c’était la dernière fois. Chet m’a beaucoup appris cela. Jouer comme si c’était la dernière fois. Jouer doit être le moment le plus important de ta vie. J’ai vu Chet dans des conditions incroyables où tu te disais qu’il allait mourir dans la minute. Mais dès qu’il prenait la trompette, dès qu’il jouait une seule note, le monde n’existait plus. Tout est là dedans. Avec Ornette Coleman c’est pareil. Arriver à cela ne peut jamais être artificiel. Mais lorsque tu y arrives alors le son juste est là. Pas le beau son de l’instrument mais le son de l’âme. Quand tu analyses les grands, le beau son c’est autre chose, c’est un son vrai.

 

 

Quel est aujourd’hui votre rêve de musicien ?

ER : C’est une question difficile. Je ne sais pas. Si, jouer mieux.

 

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Propos recueillis le 23/07 par Jean- marc Gelin à la Casa Del Jazz - Rome

 

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:49

JJJJ Airelle Besson et Sylvain Rifflet quintet : « Rocking Chair »

Chief Inspector 2007


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Si on aime les labels indépendants, on ne peut que suivre, de très près, le travail de  Chief Inspector, né en 2003 de la détermination de Nicolas Netter et Olivier Pelerin. Les musiciens qui participent à l’aventure sont tous jeunes et bien ancrés dans leur époque, on ne sera donc pas du tout surpris de voir la tribu s’agrandir,  d’un nouveau groupe mené par le « couple » Airelle Besson et Sylvain Rifflet que l’on découvrit pour notre part au Tremplin Jazz d’Avignon en 2004.

Un quintette acoustique soutenu, renforcé par le travail sur le son de Gilles Olivesi  qui suit les musiciens en concert, sculptant, prolongeant par des effets dont il a le secret, les textures et  couleurs de chaque instrumentiste.

 Un son spatial,  mais pas nécessairement rock dans  ce tendre « Duo », ou « Eternité ». Du jazz ? Assurément mais pas seulement, croisé d’autres influences (percussif et exotique dans le « Fly away » qui emmène ailleurs ou dans ce « Désert » un peu mélancolique.)

Une douceur quelque peu lunaire, une fluidité qui s’enroule, se déroule, s’étire et pourtant ce  Rocking chair n’incite pas à la paresse pour autant. Ce serait sans compter la belle énergie rock du contrebassiste Eric Jacot et du batteur Nicolas Larmignat  qui interviennent souvent de façon progressive comme sur le final déferlant de  « Tsunami » évidemment.

  Des contrastes forts entre les timbres, des associations  superposées, des strates empilées comme dans ce  « Boo Boo » inaugural, des ruptures de rythme, des échappées fulgurantes. Et pourtant l’album a une réelle cohésion, impulsée peut-être par les soufflants qui maintiennent le cap de leurs compositions.

  Airelle Besson a un phrasé souple et délié à la trompette, délicatement effusif (« Mai-ion »), doucement lyrique dans ses solos ; Sylvain Rifflet, aux saxophones,  l’équilibre, complétmentaire, plus offensif et tranchant (« Wee Wee »). Pourtant, à la clarinette, il a composé un petit thème que l’on repère tout de suite, qui s’insinue et persiste dans la mémoire auditive, contrairement au titre malicieux « Forget it ». Dans l’une et l’autre de ces compositions, le guitariste Pierre Durand accompagne, prolonge, relance l’échange avec grâce.

Une esthétique nouvelle ? Peut être, un climat insolite qui s’installe en tous les cas,  cette musique rassemble- c’est déjà beaucoup-  flirtant entre jazz et rock, électronique et acoustique, évitant le piège des classifications hâtives. Plus complexe qu’il n’y paraît à la première écoute. Et c’est cela que l’on retient… A suivre assurément.

Sophie Chambon

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:47

JJJJ MICHAEL BRECKER : « Pilgrimage »

Emarcy 2007


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Bien sûr on ne manquera pas de penser que cette ultime réunion entre amis autour de Michael Brecker avec Metheny, Hancock, Meldhau, Pattituci et de Jack de Johnette a un côté tragique et poignant lorsque l’on sait que cette session enregistrée en août 2006 fut la dernière pour le saxophoniste qui se savait déjà condamné et qui disparut 5 mois plus tard. Laissant au passage la scène américaine orpheline de l’un des plus grands jazzman que compte la scène américaine. On pourrait alors se laisser aller à aborder cet album par sa face mélancolique. Mais pourtant une fois passé l’émotion que l’on peut ressentir en regardant les photos de cet enregistrement c’est une toute autre forme d’émotion qui s’installe face à un album de très haut niveau dans lequel le maître mot est paradoxalement l’énergie ! Car malgré l’état d’immense fatigue qui était le sien lorsque cette session fut enregistrée, dès les premières notes Michael Brecker nous entraîne irrésistiblement dans son univers, dans cet espace fusionnel incandescent entre jazz et rock. Cet espace qu’il a su forger et qu’il a contribué tout au long de ces 20 dernières années à porter haut. Car dans cet album à facettes multiples on retrouve parfois le même esprit que celui qui présidait grandes heures de Steps Ahead. Un morceau comme Anagram ou Tumbleweed dans lequel Brecker avec l’aide du re-re passe du ténor à l’EWI semble ressurgir d’une époque où Mike Stern tenait le manche à la place de Metheny. Mais on entend aussi que Brecker est resté à l’écoute des discours jazzistiques post funk si prisé par toute une génération de saxophonistes New Yorkais actuel et qu’il a certainement influencé pour de longues années encore. Car Brecker avec un art compositionnel  incroyable a toujours constitué une forme de synthèse. Mêlant la complexité de la forme à la fluidité du discours, sa musique s’est toujours inscrite à la croisée de bien des chemins. Alors avec une fougue, pas si assagie que cela Michael Brecker joue avec ce son presque déchiré, acide amer, avec cette  façon de jouer du ténor comme d’autres jouent de l’alto, dans un registre très « affûté». Énergie bouillonnante d’un discours ciselé, découpé fin, au millimètre. Outil de précision d’une grande finesse. Atour de ses compositions de très grands musiciens sont venus lui donner la réplique. Si Metheny reste là dans une réserve qui ne lui est pourtant pas naturelle, en revanche Hancock et Meldhau se partagent la piano rivalisant avec discrétion d’inventions subtiles qui apportent un éclairage remarquable à a musique de Brecker. Et puis enfin il y a l’association de Pattituci et de Jack De Johnette qui sonne comme une vraie révélation. De celles que l’on entendra certainement dans d’autres contextes. Une dernière fois Michael Brecker nous transporte ou nous porte, on ne sait pas trop. Élève en tous cas notre sentiment « tripal » pour cette musique à la fois légère et si forte. Michael Brecker s’y affiche là d’une remarquable actualité. Une actualité que l’on sait éternelle.
Jean-Marc Gelin

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:45

JJJ OLIVIER CALMEL: “EMPREINTES”

Musica Guild 2007

 


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Lorsque nous avons reçu cet album on avait encore en tête le précédent et premier album d’Olivier Calmel (Mafate) qui nous avait alors totalement conquis par sa capacité à nous faire voyager. Qu’est ce qui fait que ce deuxième opus se révèle à la fois incroyablement plus riche mais en même temps un peu moins emballant.

Olivier Calmel a fait visiblement un gros travail d’écriture sur cet album où il semble privilégier les frottements harmoniques et les ruptures dans un ensemble de petites pièces plus ou moins courtes où la ligne mélodique se révèle moins. Et malgré tout, tout se passe comme si l’écriture prenait le pas sur l’improvisation et le cadre formel sur l’improvisation (même si une écoute attentive montre que ce n’est pas le cas). Une maîtrise qui ne cède pas au lâcher prise.

Et pourtant cet album diablement intéressant est surtout particulièrement riche et se situe dan une sorte d’entre deux. En effet alors que Frederic Eymard ( jeune violoniste alto soutenu par Didier Lockwood) semble tirer vers le classique, Olivier Calmel lui, tire de son côté vers le jazz dans une exercice qui relève parfois de la rencontre et parfois de l’opposition frontale. D’Humeur changeante ou Epistrophe sont deux morceaux qui à ce titre illustrent bien ce sens des contrastes. On retrouve bien sûr avec Olivier Calmel les inspirations liées au voyage. Travelling Mafate poursuit le travail engagé précédemment du côté de la musique flamenco et  Le Hongrois Déraille s’embarque vers l’Europe de l’Est. Mais il y a là d’autres inspirations beaucoup plus cinématographique ou littéraires où à la manière d’un Darius Milhaud, Olivier Calmel nous conte quelques histoires (Trois messes basses, Préludes des cinq Rameaux). Ces histoires sont parfois trop brèves pour ne pas générer quelques frustrations comme ce Au Lever que l’on aurait tant aimé entendre se poursuivre.

C’est qu’avec Empreintes, Olivier Calmel poursuit un travail commencé il y a déjà quelques années. Soucieux de gagner ses galons bien mérités de compositeur, le pianiste pourtant épaulé d’une admirable rythmique (dont le très grand Jannuska !) semble constamment se brider. Pourtant cela ne fait aucun doute, le salut vient de cette lumière qui semble jaillir au bout de ses doigts de pianiste et qu’il réfrène, à notre sens un peu trop souvent. Lorsque en fin d’album, Olivier Calmel parvient à se lâcher totalement (au risque, dans l’emballement de paraphraser lourdement la référence à My favorite Thing), on sent qu’il y  là une ouverture, une sorte de respiration salutaire. Une voie dans laquelle il hésite pourtant encore à s’engouffrer mais que avec impatience nous attendons pour le prochain album de ce jeune pianiste si talentueux.

Jean-Marc Gelin

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:43

JJJJ(J) BILL CHARLAP : « live at the Village Vanguard »

Blue Note 2007

charlap.jpgIl y a dans le jeu du pianiste américain Bill Charlap quelque chose qui tient d’une immense délicatesse. Enregistré en live à l’occasion des 70 ans du Village Vanguard, le pianiste y revisite le territoire des standards de jazz de Autumn in New York à It’s only a paper moon en passant par The Lady is a tramp  ou Rocker de Mulligan et même pour le plus récent un All across the City de Jim Hall. En trio classique, accompagné des frères Washington ( Peter et Kenny) à la basse- batterie, Bill Charlap ne s’éloigne jamais vraiment des terrains bien balisés d’une interprétation classique des thèmes classiques. Mais sous les doigts de Bill Charlap, ces interprétations n’en deviennent pas moins de vrais modèles. Et l’on comprend vite en l’écoutant ce qui fait la différence, ce qui crée un monde entier entre deux pianistes dont l’un est un tout grand. Car il y a là une vraie leçon de chose, une approche d’une incroyable finesse. Celle d’un piano qui se révèle caressant avec cette légèreté qu’ont les amants dans l’art des préliminaires sensuels. Une façon de susurrer, de murmurer, de faire frissonner, de faire courir un souffle léger sur l’épiderme avec autant de sous entendus que de passion retenue. Alors dans ce discours amoureux et avec un sens inouï de la respiration (rythmique) Bill Charlap développe son jeu, dit, retient, ne dit pas, dit quand même, s’enflamme avec tact et élégance. Jamais grossier Bill mais toujours gourmand comme en témoigne ce Lady is a Tramp joué ni devant, ni derrière, juste dans le tempo avec  ce qu’il faut de discrète coquinerie. Alors que le coup d’avant dans Autumn in New York il nous avait promené (réellement je vous assure) quelque part entre Central Park et Soho. Non seulement la rythmique de cet album est irréprochable mais elle est incroyablement en phase avec le discours du pianiste. Magie d’un trio où les frissonnements du jeu de balai de Kenny Washington semblent répondre aux murmures de Charlap. Du grand art ! Ecoutez cette version toute en retenue (monumentale) de It’s Only a paper moon ou cette interprétation grandissime et émouvante de All across the city à tomber par terre et une conclusion en extase sur Last Night when we were young standard sublime et trop rarement joué.  En tous points cet album est une vraie mer veille. Il m’est arrivé parfois de penser à Hampton Hawes dans cet album, puis ensuite à Oscar Peterson ou à Phineas Newborn. Mais en réalité on s’en fiche un peu. Car  ce que l’on entend là c’est une histoire du piano jazz qui vient de très loin. Quand le jazz parle à l’âme et s’installe sous la peau. Body and soul.

Jean-Marc Gelin

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:41

JJJJJ JACQUES COURSIL : « Clameurs »

Universal 2007

 

coursil.jpgEn 1969, il y a 38 ans, Jacques Coursil, alors trompettiste virtuose de la scène free-jazz, compagnon de Sunny Murray, d’Antony Braxton, d’Albert Ayler, de Frank Wright, se retire discrètement de la scène après l’enregistrement de son deuxième album, The way ahead, pour se consacrer à la linguistique, qu’il enseignera à Caen et aux Antilles avant de partir à l’université Cornell aux États-unis. En 2005, à la demande d’un de ses anciens élèves de Cornell, un certain John Zorn, qui l’accueille sur son label Tzadik, il rejoue enfin de la trompette en public et enregistre son troisième album, Minimal Brass. Il a passé dit-il ses trente dernières années à démanteler la trompette, à supprimer de son jeu toutes les affèteries, à travailler inlassablement son instrument, pour ne conserver que le souffle continu. Less is more…ne peut-on que se dire à l’écoute de ce sublime album. Avec Clameurs, Jacques Coursil appelle avec les mots du poète martiniquais Franz Fanon au refus du « «meurtre de ce qui a de plus humain dans l’humain, la liberté ! […] Je demande que l’on me considère à partir de mon désir […] Exister absolument ! » Né en 1939 à Paris, Jacques Coursil ne découvre sa terre d’origine martiniquaise qu’à 40 ans. C’est une terre de brassage culturel, de passage, de lumière, de chaos, de labeur, de blessures, de révoltes mais surtout de cris étouffés. « Le cri de l’esclave, de l’opprimé, s’étouffe dans sa gorge. S’il crie, on le bat, il est mort –le cri à pleine voix est le privilège de l’homme libre. Dans la langue des poètes, le cri noué se mue en écrit », explique Jacques Coursil dans le livret qui accompagne son nouvel album. Son projet ici est à la fois politique, musical et linguistique et se décline en « 4 oratorios pour trompettes et voix ». Coursil rend hommage dans leur langue (français, créole, arabe),  à quatre poètes du cri : Franz Fanon, le révolutionnaire martiniquais mort en Algérie en pleine révolution, Monchoachi et Edouard Glissant, poètes martiniquais contemporains et Antar, poète pré-islamique réduit à la servitude, fils d’une esclave éthiopienne et d’un arabe (« Ignorants, ils blâment le noir de ma peau. Or sans noir, l’aube ne parait [pas] dans la nuit »). Ni violence ni provocation dans leurs cris toutefois, simplement la parole mise à nu pour dire les déchirures de l’histoire et proclamer, envers et contre tous,  la liberté de l’homme, le refus de tout asservissement. «Le malheur du nègre est d’avoir été esclave. Mais je ne suis pas esclave de l’esclavage qui déshumanisa mes pères. Je suis homme et c’est tout le passé du monde que j’ai à reprendre –la guerre du Péloponnèse est aussi mienne que la découverte de la boussole…Ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge ! ». Grâce au re-recording ce n’est pas une trompette mais un chœur de trompettes, toutes jouées par Coursil qui répondent à cette ode de l’homme debout. Les trompettes s’entremêlent, s’entrechoquent, entrent en conversation dans des combinaisons circulaires, concentriques et répétitives. Le son de Coursil est d’une pureté exceptionnelle. Son jeu est à la fois intense et dépouillé et l’alchimie avec Alex Bernard à la contrebasse et Mino Cinelu est parfaite.   « Je demande que l’on me considère à partir de mon désir », c’est ainsi que Coursil conclut cet album-ovni !

Régine Coqueran

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:40

JJJJ KURT ELLING : « Nightmoves »

Concord Jazz 2007

 

elling-nightmoveslg.jpg C’est le premier album de Kurt Elling sous le label Concord Jazz. Tous les autres avaient été signés sous celui de Blue Note et on se souvient encore de quelques galettes magnifiques comme Man in the Air (2003) ou This time it’s love (1998). Celle-ci ne l’est pas moins et disons le tout net, Kurt Elling grave là l’un de ses plus beaux enregistrements. Certes Kurt Elling ne compose pas, n’écrit pas, n’arrange pas c’est juste un chanteur de jazz. Mais quel chanteur ! Alors que d’autres s’amusent comme des gamins à jouer (certes avec  talent) les nouveaux crooners prompts à surajouter dans les effets vocaux, Kurt Elling montre au contraire une immense classe dans sa façon de chanter simplement, avec cet art du swing qui lui semble collé à la peau. C’est bien simple même dans les tempos très lents il swingue. Et même lorsqu’il s’arrête de chanter, il swingue encore ! C’est si naturel chez Elling. Entre Sinatra en moins crooner et parfois Jon Hendricks en plus calme ! Car Kurt Elling est le prolongement de cette catégorie de chanteurs qui va de Mark Murphy ( référence évidente) à Harry Connick. Avec cette voix de baryton posée dans le médium, il sidère par ses « graves » venus sans ténèbre de lointaines profondeurs. Écoutez  le dans Change Partners où l’on entend mêlés Irving Berlin et Carlos Jobim. Ici Kurt Elling s’aventure, à sa façon sur le terrain du Brésil. Mais toujours avec ce phrasé, ce balancement capable de tenir la note tout en la laissant retomber. Sur Where are you my love, il intègre un quatuor à cordes et s’inspire d’un chorus de Dexter Gordon (celui de l’album « Go »). Et dans ces incursions il y a toujours chez Elling une sorte de travail sur le son. Sur And We Will fly il cherche à travailler un registre un peu pus haut mais y perd cependant en intensité. Ce n’est pas vraiment sa tessiture. Et pourtant, juste après dans un duo avec le contrebassiste Rob Amster, tout en restant plus haut perché il continue à séduire. C’est qu’il y a dans cette expression de Kurt Elling des thèmes récurrents, une sorte d’exaltation poétique de la vie, de l’amour et de l’espoir du jour naissant. Au-delà de la perpétuation des leçons de ses maîtres, Kurt Elling semble engagé dans une véritable recherche esthétique qui au-delà du chant visite les textes (un beau poème de Théodore Roethke) et les détours mélodiques difficiles. Écoutez ce Leaving again couplé à In the Wee small hours, vous n’en sortirez pas tout à fait intact. Car Elling s’y montre romantique sans effusion juste avec l’art d’un chant simple mais terriblement efficace. Comme toujours less is more. Cet album créé une émotion de bout en bout depuis le swing qui s’empare de tout votre corps jusqu’à la chanson plus romantique. Kurt Elling peut alors vous mener au gré des morceaux de la joie du groove aux larmes effleurées. Et puis, accompagné de remarquables musiciens comme le saxophoniste Bob Mintzer, le contrebassiste Christian Mc bride et surtout son pianiste attitré Laurence Hobgood, Kurt Elling ne cesse de nous réserver des surprises. En fin d’album il revisite totalement Body and Soul rebaptisé pour l’occasion New Body and soul dans une ambiance très jazz club. On pourra certes faire le reproche de terminer sur un morceau qui n’évite pas les pièges de la production américaine un peu kitsh. Kurt Elling est un chanteur rare et d’une classe incroyable. Qu’il garde cette âme intacte et surtout qu’il évite d’abuser de cette classe et de l’émotion qu’elle suscite sans quoi il pourrait se perdre dans les méandres d’un mauvais gôut que aujourd’hui avec génie il parvient toujours à éviter.

Jean-Marc Gelin

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:38

JJJJ Jean Marc Foltz, Stephan Oliva, Bruno Chevillon

« Soffio di Scelsi »

Harmonia mundi  2007

 

Philippe Ghielmetti (Illusionsmusic)  et le studio La Buissonne  peuvent se vanter d’être de formidables « porteurs de projet » : ils sortent en cette fin de mois de juin un album étrange, qui a tout d’un specimen, futur « collector » peut-être ! C’est qu’ils ont encouragé l’enregistrement d’un projet étonnant, déconcertant même pour qui n’est pas familier avec le  travail du compositeur italien, Giacinto Scelsi, mort en 1988.

Les puristes  ne seront pas satisfaits : ce n’est pas à proprement parler du contemporain (le trio ne JOUE pas du Scelsi) et encore moins du jazz, au sens de swing et cha-ba-da. Mais la question ne devrait même plus se poser, puisque ce Soffio di Scelsi qui porte admirablement son titre, flirte avec les marges, soulignant le rapport plus qu’étroit entre musiques improvisées et contemporaines.

 Scelsi touche en plein centre le musicien qui improvise ; c’est à l’intérieur du son que naît sa musique’, avoue Jean Marc Foltz, qui, encore clarinettiste au sein de l’Intercontemporain,

a découvert puis joué dès 1992, la musique du compositeur italien. Jusqu’à son dernier souffle,  Scelsi a cherché à transposer dans une démarche visionnaire, l’univers en sons, qu’il

voyait même colorés en jaune et rose.

Le trio, constitué de Stephan Oliva  au piano, Bruno Chevillon à la contrebasse et Jean-Marc Foltz aux clarinettes, est idéal pour interpréter librement et poétiquement une suite de quatorze petites pièces, incluant, dans le Sogno XIII, des citations originales, dites par Bruno Chevillon,  pour éclairer cette vision « cosmologique » ? de « rythmes profonds surgissant du dynamisme vital ».

L’écoute de cet ensemble si peu académique, suppose donc un engagement complice :  le souvenir de la création au théâtre de la Minoterie, en mai 2005, à Marseille, puis une seconde version , toujours la même année,  au Bordeaux Jazz festival cette fois, confirme tout l’intérêt de cette réinterprétation par un trio de musiciens chevronnés.

La prise de son est essentielle dans un tel projet : le « quatrième homme », Gérard de Haro, le maître de la Buissonne, était tout indiqué pour capter cette aventure, car non seulement il connaît ces musiciens, mais il sait aussi anticiper leurs désirs, et les guider de sa parfaite connaissance du son.

Cet album se découvre lentement au fil d’une traversée initiatique, d’une plongée au cœur du son et de la musique des sphères. Une musique de rêve éveillé, où résonnent des accords mystérieux et troublants, des sonorités étrangères à nos perceptions ordinaires. De climats nettement percussifs  en moments de plus intense méditation, on se laisse guider par une musique sans nostalgie, ouverte au monde.  Un album à recommander fortement.

Sophie Chambon

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:34

JJJ JULIEN LOURAU VS RUMBABIERTA

Label Bleu 2007

lourau.jpg Pour ceux qui n’avaient pas eu l’occasion d’entendre Julien Lourau en concert ces derniers temps, la parution de cet album va faire l’objet d’une grande surprise. Car ceux qui en étaient resté à « Fire » and « Forget » où régnait une atmosphère plutôt funky, l’étonnement sera grand de voir notre saxophoniste s’entourer d’un groupe de chanteurs et percussionnistes cubains pour un album finalement dédié à la Rumba. Et l’on précise bien la rumba et non la salsa qui fut à la mode dans les milieux du jazz dans les années 60 lorsque Dizzy Gillespie faisait le boeuf avec l’Afro-Cuban. Non ici on n’est pas dans le domaine des cuivres mais dans celui du chant porteur d’une autre tradition plus créole qu’africaine. Et si la rencontre avec notre saxophoniste est inattendue, elle n’en est pas moins une totale réussite. Mélange de polyrythmie cubaines, de percussions sur lequel se greffe le discours presque coltranien de Julien Lourau ( Nigeria). Couleur tout à fait nouvelle dans notre paysage jazzistique où il est moins question de collage que de fusion, où les incises rauques du saxophoniste parviennent à prendre leur place. Son entente avec la section des percus est remarquable comme dans cet Instrumental Loco où dans un entendement commun ils se jouent ensemble des rythmes impairs, des décalages, des accélérations lorsque les percussionnistes s’amusent avec les décalages rythmiques comme d’autres parviennent à l’atonalité dans l’harmonie. Rien n’ets facile mais tout y est toujours évident. Et lorsque ces percus viennent au rock (Batacash) cela coule de source de la même façon. Et puis il y a les chanteurs qui semblent venir d’un vieux cuba largement moins visité que celui des Calle 54. On est pas dans la mode Buena Vista mais dans une musique portée par le chant des vieux sages qui, dit sa part de créolité, et montre qu’il peut se fondre sans se perdre dans d’autres musiques, dans d’autres sons. Un thème traditionnel chanté comme Oduddua se poursuit dans une intervention d’une guitare « rock » en toute continuité, sans rupture. Mais dans cet exercice l’équilibre est difficile et l’un doit passer devant l’autre. Julien Lourau qui place la rumba au centre d’un recherche comme pouvaient l’être en leur temps les recherches menées par d’autres jazzmen sur les musiques africaines réussit pourtant le tour de passe passe de ne jamais  disparaître tout à fait et, toujours à l’affût et sans y perdre son âme, fusionne à merveille. On est alors totalement séduits par cette belle rencontre sans être forcément convaincu qu’elle ouvre à de nouvelles voies jazzistiques.

Jean-Marc Gelin

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