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10 avril 2007 2 10 /04 /avril /2007 20:30
Nous nous sommes tant aimés ! Agnès Jaoui nous vous avons aimé. Nous avons aimé cette façon que vous aviez de montrer que l’intelligence n’était pas l’apanage des intellectuels, que la pensée n’était pas sinistre et que le rire même le plus cynique était aussi porteur de sens. Nous avons tant aimé votre façon de porter sur le monde un regard aussi féroce qu’il est tendre, aussi cruel qu’il est justement exigeant sur la nature humaine. Et puis, puisque notre terrain de prédilection ici, c’est la musique, nous avons totalement craqué pour le disque que vous avez publié l’an dernier (Canta) où vous seule sembliez alors en mesure d’exprimer avec autant de force profonde et de chaleur suave cette saudade qui semble si bien vous aller.

 

Et maintenant que vous voilà adoubée et invitée à un festival de jazz (ce dont personnellement je me réjouis) vous déclarez dans un journal suisse  tout de go (allez comme disait Audiard, « il faut oser ») : «  Le jazz quand j’étais adolescente c’était les garçons qui lisaient Hesse et écoutais Wagner (sic !) Et ils ne voulaient pas parler aux filles, donc ils m’énervaient. Et je vais dire un truc énorme – je ne sais pas si je devrais – mais pour moi le jazz c’est l’expression de l’hystérie masculine ».

 

 

Mais oui Agnès vous pouvez tout dire, tout oser puisque vous bénéficiez de cette magistrature d’influence qui entoure les acteurs et leur permet de dire dans n’importe quelle tribune tout ce qui leur passe par la tête. Et puis  surtout ici, au sein d’un festival de jazz on peut tout dire. Le jazz après tout c’est bien ce pays de liberté où l’on peut jouer avec les non sens atonaux, les contresens et les contrepoints, la pensée de l’expression libre et l’improvisation absurde du verbe. Le jazz permettrait alors de dire n’importe quoi, de flirter avec les couacs, et vous en êtes la preuve.

 

 

Mais, Chère Agnès il faut qu’on cause tous les deux. Car je crois que si pour vous le jazz est représenté par les gens qui écoutent Wagner, permettez moi de me demander si depuis toutes ces années vous ne faîtes pas là un terrible contresens. Car, Chère Agnès je dois vous faire part d’une terrible vérité et j’ai peur en utilisant les mauvais mots de vous heurter violemment mais je dois vous révéler une chose terrible : ceux qui vous fait croire toutes ces années que Wagner était un joueur de jazz vous ont menti ! Oui je sais cela doit être dur à entendre mais maintenant que vous vous lancez dans la musique il est des choses que vous ne pouvez plus ignorer. Que vous devez savoir. Et il faut que vous sachiez enfin que le swing est à Wagner ce que Ella Fitzgerald est à Pavarotti. Il en va de votre éducation musicale, de celle de vos enfants et des enfants de vos enfants.

 

 

Quand à l’hystérie masculine dont vous parlez, elle n’a rien à voir avec les envolées légères de Paul Desmond (tiens justement lisez le livre d’Alain Gerber «  Paul Desmond et le côté féminin du monde »). Écoutez les frémissements délicats dans le dernier disque de Paul Motian avec la grâce toute féminine de Joe Lovano. Et surtout accordez nous un peu de votre temps précieux. On vous fera découvrir le jazz que l’on aime et que visiblement vous ne connaissez pas.

 

 

 

 

 

 

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3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 23:08

JJJJ Pierre de Bethmann : « Oui »

 

Nocturne 2007

  

Pierre de Bethmann nous propose un opus à la structure d’interprétation intéressante, complexe voire intellectuelle. En fait, ce n’est pas si surprenant que cela quand on connait l’art du musicien.

Cet opus est consacré à un septet homogène et très cohésif qui joue des compositions elles aussi très homogènes. A l’instar du saxophoniste Donny McCaslin avec son très bel album « Soar » (SunnySide Records 2006) avec la chanteuse Luciana Souza, Pierre de Bethmann utilise la voix de Jeanne Added comme instrument à part entière. Selon un système de superpositions de couches instrumentales et sonores d’expressions différentes, mécanisme que l’on rencontre aussi chez McCaslin, Pierre de Bethmann construit son mille-feuille en y intégrant abondance de notes, goût du risque, diversités harmonique et rythmique aux métriques les plus équilibristes. Peut-on parler d’album concept ?

C’est possible. En tout cas, De Bethmann, très à l’aise dans cet/son univers, est la plaque tournante du groupe : il lance des assauts sonores de son fender qui prennent la forme d’atmosphères chargées de discours et de nappes montantes et descendantes qui sont attribués par musicien ou par petit groupe de musiciens.

Pour continuer à décrire ce groupe à la structure mouvante, on peut dire que le rôle de chacun évolue au fur et à mesure des pièces. Comme dans un réseau de Petri, De Bethmann passe un jeton que l’on se distribue ou que l’on partage par jeu d’associations pour créer des alliances déroutantes et orgasmiques au niveau technique mais plus rarement musicalement.

Les vocalises de Jeanne Added, au timbre de voix carillonnant, soulignent les thèmes à teinte dissonante et surplombent l’ensemble très cohésif  Stéphane Guillaume (as) / David El Malek (ts) / Michael Felberbaum (g) de sa voix juste à la texture claire et voilée à la fois.

Cette cohésion se dissout quand les saxophonistes se détachent de la guitare de Felderbaum si invraisemblablement inspiré (« Singulier ») pour s’associer à Jeanne Added et marquer ainsi le trait de la mélodie, parfois de manière excessive, ou dépeindre un thème à contre-courant.

A son tour, De Bethmann seconde la vocaliste (« Air courbe »), s’associe au guitariste pour nous sortir des sonorités jouissives et variées ou compose avec une rythmique (Vincent Artaud ,Franck Agulhon) que l’on aurait tort de ne pas écouter tant son apport (« Effet tatillon ») favorise les positions à risque du quintet. Aussi, il arrive que la rythmique se dissocie : la contrebasse ou la batterie crée une association éphémère avec un autre instrument pour soutenir son propos.

Entre ballades (« Air courbe », « Silnes »), compositions pêchues (« Schéma »), riffs funky et joyeux (« Oui ») et de très nombreuses montées en puissance des instruments, voix comprise, De Bethmann nous a concocté une musique riche en surprises et en abondances, en sonorités et en formes combinées qui rassasient notre goût de la musique d’aventures.

Jerome Gransac

 

 

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3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 23:05

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Yoni, il semble qu’aujourd’hui tout le monde cherche à jouer avec toi. Quel recul as tu par rapport à ça et par rapport au fait que tout semble basculer très vite pour toi ?

 YZ : En fait c’est très dur à analyser comme ça. Tu sais, nous les musiciens on est très vite parano. Je ne suis jamais vraiment satisfait et j'angoisse assez vite. Alors même si on me dit que cela marche bien maintenant moi j’ai souvent l’impression du contraire. Mais j’imagine que c’est aussi le lot de tout artiste de se mettre toujours en cause.

 

 

 C’est inhérent à la création ?

 YZ : Surtout en jazz où quoi que tu fasses, tu racontes quand même une partie de toi même.

  

Justement parles nous de toi. Quel est ton parcours ?

 YZ : Tu veux savoir comment j’ai commencé la contrebasse ? En fait ce sont les copains qui m’ont fait découvrir la basse électrique et le rock. Mes parents n’étaient pas du tout portés sur la musique. Il n’y avait pas de chaîne hi fi. Ce sont surtout mes copains qui m’ont dit un jour qu’ils montaient un groupe et que ce serait bien si je tenais la basse. Alors on passait notre temps à écouter du rock d’ado, des trucs vraiment pourris. Mais pour moi ça a été vraiment le côté social de la musique qui a été un révélateur. Jusqu’à cette période j’étais vraiment très mal dans ma peau. Enfant j’ai écu en Angleterre et puis à 9 ans je suis allé vivre en Israël. Là ça a été très dur pour moi parce que je ne me suis pas du tout retrouvé dans ce pays. J’étais très isolé, je n’avais pas d’amis, les gamins se moquaient de moi. Grâce à la musique j’ai enfin pu avoir des vrais copains et d’un coup je me suis trouvé super bien avec eux. Et avant la musique je n’ai pas de souvenir d’avoir jamais été bien pendant mon enfance. Ça n’allait jamais. Vers 14/15 ans j’étais suicidaire et quelque part la musique m’a sauvé. Mais je n’étais pas le modèle du surdoué. Moi c’était plutôt pour me retrouver l’après midi avec mes copains. Au lieu d’aller taper le ballon au foot, aller dans les garages fumer des clopes et jouer de la musique avec les potes. Je n’ai découvert le jazz que deux ou trois ans plus tard et c’est là que cela m’a fait un vrai déclic.

 

 

 Quand as tu décidé d’en faire ton métier

 YZ : Au bout d’un moment j’ai voulu progresser et j’ai pris des cours de basse électrique. Je suis allé voir quelqu’un qui était prof de contrebasse et de basse électrique et qui m’a amené au jazz. Il m’a un peu prit pour son fils. Il m’emmenait à ses concerts et au début je comprenais rien à ce qu’il jouait. La nuit j’arrivais pas à dormir, je m’écoutais les K7 qu’il me passait, les quintet de Miles (Cookin’, Relaxin’) entre autres. Et franchement il  avait une ambiance dans ces vieux quintets, une sonorité et puis toute l’image qu’il y avait avec la trompette de Miles, la sourdine, le son du blues ! J’avais envie de rentrer dans cet univers. Avec Miles j’avais l’impression qu’il y avait quelque chose en plus que la musique. Ce type est véritablement un metteur en scène. Du coup je suis devenu un auditeur compulsif de tout ce qui se fait. Je n’ai pas compté mais aujourd’hui je dois avoir plus de 1000 disques de jazz chez moi.

 A 18 ans en Israël on sélectionne les jeunes pour voir ceux qui peuvent devenir des officiers dans l’armée. Moi j’étais dans la musique et du coup je me sentais assez cool. Alors j’ai opté pour Jeruslem où il y a une académie de musique. On s’est retrouvé à 10 dans une petite classe de jazz. Je débarquais avec ma basse électrique et je ne connaissais rien au jazz. Du genre à me pointer pour l’examen d’entrée avec ma walkin écrite sur une petit cahier parce que j’arrivais pas vraiment à improviser. Je me suis retrouvé le seul bassiste de la classe. Du coup je faisais tous les ateliers et j’ai travaillé comme un malade pendant un an. J’arrivai à 8h du matin et je repartais à 21h le soir, 6 jours par semaine. Je partageais ma piaule avec un batteur et tous les matins on s’entraînait tous les deux avec un métronome. En fait je suis passé de rien, du bidouillage à une vraie structure qui demandait beaucoup de travail. Plus de 14h par jour sur l’instrument ! Au bout de 6 mois la basse électrique m’a fait criser. T’imagine avec ma basse électrique à essayer de relever des solos de Paul Chambers…

  

Surtout quand il joue de l’archet !

 YZ : Non mais sérieusement je te jure que c’est vraiment dur à 18 ans comme ça d’un coup d’être plongé dans cette exigence de rigueur. J’en ai pleuré plus d’une fois. J’avais une pression énorme et mes parents n’étaient pas du tout derrière moi pour m’encourager. Ils estimaient qu’ils me laissaient une année de battement mais qu’après il faudrait que je reprenne les choses « sérieuses». Ensuite il y a eu un break avec les 7 mois d’armée que j’ai dû faire. Mais je ne pouvais pas travailler l’instrument. Du coup au bout de 7 mois j’ai réussi à me faire réformer et 3 mois après je suis parti en France.

 

 

 Tu t’es fait mal sur l’instrument

 YZ : Non jamais. J’ai toujours adoré ce travail même si des fois je reconnais que j’avais les doigts qui saignaient. Mais ce n’a jamais été une douleur. Mais à côté de cela il y a un rapport physique avec la contrebasse. Lorsque tu fais vibrer l’instrument ! Je n’avais pas ce rapport sensuel avec la basse électrique et du coup cela a été une révélation. Aujourd’hui j’ai totalement abandonné la basse électrique. En plus j’ai opté pour un jeu sans aucune amplification. Totalement acoustique !

  

Pourquoi avoir choisi  la France

 YZ : D’abord ma mère est française et puis j’avais mes grand parents ici. Surtout il fallait vraiment que je parte. Non seulement je faisais de la musique alors que mes parents attendaient que je suivent un autre parcours mais en plus je me faisais reformer ! Franchement je ne prenais pas le chemin que mes parents voulaient pour moi. Et puis je crois que secrètement ils pensaient qu’au bout d’un an passé en France j’aurai envie de rentrer en Israël reprendre des études normales.

 

 

 Tu arrives en France, tu n’avais pas de connexions particulières

 YZ : Non mais ma mère m’a inscrit au CIM. C’était en 1995. C’était l’année où Alain Guerini venait de disparaître. En fait c’est Texier qui lors d’un concert en Israël nous avait indiqué le CIM.

 

 

C’est là que tu as rencontré Youn Sun Nah ?

YZ : Oui et beaucoup d’autres. Comme David Georgelet par exemple et beaucoup d’autres. Au début c’est surtout David qui était moteur et qui organisait plein de gigs. Mais bon à l’époque même si je savais pas mal de chose sur le jazz cela m’a quand même pris pas mal de temps pour pouvoir me hisser. Cela fait 5 ans que je suis intermittent mais en fait c’est très récemment que je peux gagner ma vie en jouant. Maintenant ça va beaucoup mieux. Le seul truc c’est que tu sais pas combien de temps cela va durer. Avec tous les jeunes musiciens qui arrivent….. Aujourd’hui on est un peu une génération à la mode de gars trentenaires dont on parle un peu et qui commencent un peu à percer. La notoriété est aussi beaucoup liée à un phénomène de génération.

 

Comment ressens tu la difficulté pour un contrebassiste d’exister

YZ :C’est comme ça, on est un instrument qui reste derrière. Même si tu joues vite et fort, tu restes un contrebassiste et tu seras jamais uns star dans le jazz. Ca va avec l’instrument et moi cela ne me pose aucune problème au contraire. Il y a un côté frustrant de ne pas être leader mais cela va très bien avec mon caractère. On peut très bien imposer un style tout en restant derrière un soliste.

 

 

Et toi tu n’as pas envie des fois d’être comme Avishai ( Cohen), un véritable leader avec sa contrebasse ?

YZ : Attention moi je ne suis pas Avishai ! Moi je suis plutôt réservé et puis je  jouerai jamais comme lui. Tu te rends pas compte techniquement le niveau de ce gars, c’est incroyable ! Mais si je devais faire quelque chose sous mon nom, ce ne serait justement pas pour mettre l’instrument en avant mais plutôt la musique. Et là c’est vrai que j’ai envie de composer sans pour autant me transformer en soliste.

Quelqu’un comme Scott La Faro représente un idéal pour les contrebassiste comme toi, non ?

 YZ : C’est un génie et j’adore mais je ne me situe pas du tout dans cette école. Je suis beaucoup plus terrien.

 

 

Quand tu joues tu privilégies plutôt ta relation avec le soliste ou plutôt avec le batteur ?

YZ : Plutôt avec le batteur. Il y a quelque batteurs avec lesquels je m’éclate à jouer comme Karl Januska ou Dre Palleamaert, Tony Rabeson. Il y a bien sûr cette notion de cohérence rythmique qui est fondamentale. C’est lui que j’écoute le plus. En ce sens je ne suis justement pas dans l’école de La Faro qui jouait plus avec le soliste. Il faudrait que je travaille plus l’oreille pour cela.

Justement, tu composes ?

YZ : J’ai un peu composé pour Yun (Sun Nah) mais franchement je n’ai pas le temps et puis pas trop confiance en moi. Je ne ressens pas trop l’envie de cela.

 

Aujourd’hui tu es encensé et tout le monde te demande mais il y a encore 3 ans tu étais très critiqué ( la période où tu jouais avec jacques Schnek). Comment vis tu ces revirements ?

YZ : Si tu fais référence à la période où on a joué avec Artero, cela a été une parenthèse très rapide puisque l’on a été virés juste après le disque. Mais bon, c’est toujours comme ça et je crois que l’on se blinde beaucoup. Il y a des mauvaises critiques et des bonnes et il faut vivre avec ça. C’est pas grave et du moment que c’est argumenté je sais l’accepter.

 

 

A l’inverse il y a des moments où tu es encensé. Ainsi dans le disque de Yoann Loustalot, tu as été porté au pinacle

YZ : Mouai …. Tu veux que je te dises : en fait sur ce disque c’est un contrebassiste qui était ingénieur du son et du coup dans le mixage, la contrebasse est un peu plus forte. Du coup je suis plus présent et de ce fait on trouve que je joue bien. Tu vois à quoi ça tient ! Ca fait plaisir que les critiques sois bonnes mais franchement il faut savoir rester lucide. J’essaie surtout de savoir où je me situe dans la musique. Tu vois ce qui me fait plaisir c’est par exemple ce que je fais avec Géraldine Laurent où je joue vraiment la musique que j’adore. Là je sais où je suis et je sais où je veux aller. Ce qui me fait rêver c’est quand j’entend des gars comme Larry Grenadier, Drew Gress. Ils me font encore rêver.

 

 

Quelles sont tes connections avec la scène plus ou moins alternative comme Chief ou Yolk. On a le sentiment que vous êtes de la même génération mais que les connections ne se font pas forcément ?

YZ : Je les connais mais cela fait longtemps que l’on ne joue plus ensemble. Même si on tous joué les uns avec les autres, ensuite chacun a suivi des routes différentes et l’on ne se rencontre plus souvent. Bardaine, Geniez, de Pourquery sont tous des gars avec qui j’ai joué à un moment mais on est pas du tout dans la même  esthétique. D’ailleurs la contrebasse acoustique perd de son influence dans cette musique donc c’est normal que je les fréquente moins. De mon côté je suis très ouvert sur le plan musical mais je veux absolument me retrouver par rapport au son. Un projet comme Limousine me convient parce qu’il est très acoustique mais des trucs comme Collectif  Slang par exemple ne correspondent pas à l’univers dans lequel j’aime évoluer.

 

Avec qui tu joues en ce moment

YZ : Je vais pas tous les citer parce que cela peut être plus ou moins anecdotique. Dans les collaborations régulières il y a bien sûr Youn, Sophie Alour (on a enregistré avec Coq et Januska) et puis avec Géraldine avec qui on a enregistré ( je ne sais pas encore chez qui cela va sortir). C’est vraiment incroyable ce qui lui arrive. Elle a vraiment un truc sur scène. Elle a cette rythmique à la Rollins. Il y en a pas beaucoup qui joue comme ça tout en gardant un son un peu rauque. Pas les sons comme on entend aujourd’hui, très brillants. Ensuite il y a aussi Yoann Loustalot qui est un vraiment un super musicien. Yoann comme Sophie font vraiment partie de ces gens qui cherchent sans cesse. J'ai enregistré le disque de David Sauzay qui vient de sortir, et bientôt sortira le disque de David Prez et Romain Pilon chez Fresh Sound. Ils ne sont pas assez connus encore mais ils jouent vraiment grave. Tu verras c’est très dans l’esthétique du label.

 

 

C’est quoi la musique que tu aimes jouer ?

YZ : J'aime jouer un jazz interactif mais qui garde une certaine structure. Dans ce qu'on entend aujourd'hui, j'aime l'esprit de Mark Turner, Jason Moran,Chris Cheek... J’aime les gens qui jouent vraiment en groupe.

 

 

Tu as un rêve de musicien ?

YZ : Moi ce sont plutôt des cauchemars. Celui de me faire virer des groupes dans lesquels je joue.

 

 

 

 

 

 

Propos recueillis par Jean marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 23:01

JJJ ALAIN GERBER: “ Balades en Jazz”

 

Folio – Collection : Senso

 

Éditions Gallimard 2007 – 6€

 

 

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3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 22:57

LL PAT MILESI : “ Après le jazz, le jazz vocal en France”

Editions A LA CROISEE – Collection : Culture et imaginaires sociaux

125 pages – 15 € 

Nous cédons à la demande des défenseurs de cet ouvrage et nous retirons par conséquent cette chronique.  

 

 

 

 

 

 

 

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3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 22:53

JJJ edouard BINeau / sebastien texier: “L’obsessioniste” Le Chant du Monde 2007

 

 

    Le propos de cet album en duo est tout entier centré sur la poétique. Cette poésie singulière qui trouve son inspiration profonde dans l’œuvre du Facteur Cheval, ici « l’obsessioniste ».  A l’occasion du festival de jazz «  Jazz au palais », Edouard Bineau eut l’occasion en 2004 de jouer au Palais Idéal, l’œuvre architectural du Facteur Cheval, symbole de l’Art Naïf.

L’histoire en elle même est magnifique. « En avril 1879, durant l'une de ses tournées, le pied de Ferdinand Cheval buta contre une pierre, manquant de le faire tomber sur le chemin. Son œil ayant été attiré par la forme curieuse de la pierre, il la ramassa et la glissa dans l'une de ses poches avec l'intention de la regarder plus tard à tête reposée. Le lendemain, repassant au même lieu, il constatait la présence d'autres pierres ayant des formes encore plus singulières et, à son goût, plus belles que celle qu'il avait trouvée la veille. Il se fit alors la réflexion que, puisque la nature pouvait « faire de la sculpture », il pourrait très bien lui-même, fort de ses longues rêveries préparatoires, se faire architecte, maître d'œuvre et ouvrier dans la construction d'un « Palais idéal ». Durant les 33 années qui suivirent, Ferdinand Cheval ne cessa de choisir des pierres durant sa tournée quotidienne. Revenu à son domicile, il passait de longues heures à la mise en œuvre de son rêve, travaillant de nuit à la lueur d'une lampe à pétrole. Cheval passa les vingt premières années à construire la façade est du Temple de la nature. Ferdinand Cheval acheva la construction du Palais idéal en 1912. »

A partir de cette histoire folle, cette obsession grandiose, cette magnifique folie qui fonde l’homme, Edouard Bineau a conçu le projet d’un album très intime racontant avec douceur l’histoire de ce Palais Idéal. Avec le saxophoniste Sébastien Texier (au soprano ou à la clarinette), Edouard Bineau semble partager  la même tendresse pour leur sujet. Deux musiciens connivents murmurant comme on raconte entre enfants des histoires merveilleuses à la nuit tombée. Entre nostalgie et discrète mélancolie, les auteurs alternent les formats en solo ou en duo. Le thème Ideal Circus, point de départ du projet (le thème avait été composé en 2004 en hommage au Facteur Cheval), marque un moment fort de l’album. Mais l’exercice est difficile et l’on accède beaucoup moins aux petits clins d’œil, dont ce Ricochet comme une autre histoire de petits cailloux  dont le thème central rappelle la musique de Yann Tiersen ( Amélie Poulain).

Avec un souci assumé de l’anachronisme, cet album possède la couleur sépia des musiques du début du siècle dernier. La dialogue piano / Clarinette évoque parfois certains lied de Fauré pour une musique de chambre à la poésie intacte. Au charme délicieusement désuet.
Jean-Marc Gelin

 

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3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 22:53

JJJ Malcolm Braff Trio : « Yele »

 

Unit Records 2007

Cet album de compositions de Malcolm Braff est en majeure partie enregistré en live au cours du mois de Décembre 2000. Ce n’est qu’en 2006 que sort ce disque sous le nom du pianiste suisse. Ce trio est aussi une rencontre que le Jazz provoque entre le contrebassiste new-yorkais Alex Blake et le percussionniste burkinabais Yaya Ouattara. Dès les premières mesures apparaît avec l’immense énergie du regretté Michel Petrucciani, le coté africain en plus. L’originalité de ce Jazz est de ne pas trouver un batteur au rôle de rythmicien, mais un percussionniste, virtuose du Djembé. Ce rôle fonctionne à merveille lorsque le contrebassiste se met à chanter ses propres notes tel un Slam Stewart en pleine forme. On ressent une telle fougue et un entrain particulier du coté de l’engagement musical. La qualité d’enregistrement de ce concert est remarquable. La fantaisie des trois artistes peut prendre formes et couleurs, au service de la danse, souvent fortement aidée par le Blues. Il est malgré tout impossible de négliger le modernisme dont le pianiste fait preuve. Dans ce disque intitulé « Yele », ce trio laisse beaucoup de place à l’impro et aux joutes communicatives. C’est un disque assez peu « écrit » finalement. La Musique est produite par l’instinct de ses créateurs. Il y a de la bonne humeur à chaque coin de mélodie. Les trois baobabs arborant la pochette du disque témoignent de cet esprit comique et de cette touche africaine que Malcolm veut manifestement donner à son jeu de piano. Cette rencontre de gais lurons est explosive de passion, chacun s’exalte au maximum de son art. Il est à noter aussi l’excellente apparition en piano solo de Malcolm Braff sur quelques morceaux du disque. Cet étonnant pianiste encore trop méconnu n’a aucunement besoin de prouver son talent, car à chaque fois qu’il touche un piano, c’est pour en tirer le meilleur de cet instrument, ainsi que le meilleur de lui-même. Pas de concession. C’est du « rentre-dedans », pur et simple. Il faut parfois omettre les manières et se jeter dans une création dénudée d’appréhension, faite quand même de risques mais à la fois aussi de certitudes. Les musiciens de Jazz connaissent ce sentiment. Celui de l’envie. L’envie de jouer au maximum de ses capacités, dans le plus pur respect de notre passion pour la Musique, pour nous aussi, ceux qui écoutent. Un disque qui rassure avec esprit sur l’engagement de ces protagonistes.

 

Tristan Loriaut

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3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 22:50

JJJMANU CODJIA : « Songlines »

 

Bee Jazz 2007

 

Manu Codjia (g), François Moutin (cb), Daniel Humair (dm)

 Il fallait oser ! Lorsque l’on s’appelle Manu Codjia et que l’on a cette réserve presque timide qu’on lui connaît, du genre à jamais jouer les gros bras dans les formations dans lesquelles il joue (comme chez Texier par exemple), il fallait oser pour son premier album se lancer tout de go dans un format en trio. Car dans une formation de ce type, le guitariste y est toujours ultra exposé, soliste d’un bout à l’autre, de surcroît de ses propres compositions et donc livré impudemment aux oreilles critiques. Et Manu a osé avec une formidable liberté qui l’amène ici et maintenant à afficher son caractère particulièrement éclectique, ses choix qui ne choisissent pas, son refus absolu d’enfermement.  Pour ceux qui attendaient l’expression d’un truc perso jamais fait avant que Codjia aurait mûri durant des siècles à grands renforts d’écriture réécrite, on repassera c’est pas le sujet. Et pourtant tout en empruntant aux autres, cet album est incroyablement personnel. Comme un manifeste en somme. Avec une écriture subtile à l’efficacité waterproof, Codjia affirme toutes ses sensibilités avec mesure et élégance (même lorsqu’il se montre un poil furieux, il reste d’une grande classe). Toujours dans la mesure et avec cette fameuse réserve, sorte d’anti guitare héros, Manu Codjia refuse de se laisser enfermer dans un cadre straight. Ses affinités vont bien sûr de Scofield avec ses lenteurs bleutées (référence évidente d’un bout à l’autre), qu’à Frisell dans son jeu réverbéré, à Mike Stern parfois car il y a aussi de la popsong chez Codjia et enfin Ducret dans sa furie rock. Codjia refuse de choisir mais finalement pourquoi  le ferait il d’ailleurs ? Et pourtant si Codjia donne tout ce qu’il aime avec passion c’est toujours sans se départir jamais d’une grande cohésion.

Après avoir rodé avec ses deux camarades son répertoire à l’occasion de deux soirées au Sunside (voir l’article de Sophie Chambon dans Jazzman de mars), Manu Codjia, Daniel Humair et François Moutin prirent la route de la Buissonne pour aller direct à l’enregistrement. Pas mal pour se faire la main lorsque l’on sait que ces trois pointures n’avaient pas trop de temps pour répéter ensemble. Pas mal pour arriver à cette cohésion étonnante que l’on trouve d’emblée à l’écoute de l’album alors même que Moutin et Codjia jouaient là pour le première fois ensemble. Et cette cohésion on la trouve avec ce sentiment de rentrer immédiatement dans la cour des grands. Ce petit quelque chose qui fait qu’avec ces trois là on comprend qu’on a à faire aux choses sérieuses. De la musique de très haut niveau.  Du genre de celle qui n’a pas besoin de complexité pour atteindre à la profondeur, voire à la gravité du propos. François Moutin  (mais on le sait depuis longtemps), s’affirme là une fois de plus comme l’un des 10 plus grands contrebassistes actuel, phénoménal de liberté (on pense à Scott La Faro) et d’énergie qui le laisse rarement derrière. Quand à Humair, bien sûr, rien de son jeu ne s’émousse jamais, maître absolu des relances en douceur, des bruissements fluides et de la passation des pouvoirs.

Avec une très grande intimité, sans jamais donner dans le démonstratif (ce n’est franchement pas le genre à Manu), Codjia nous livre un album jamais uniforme mais toujours dans l’unicité. Ce contour vague au sein duquel se déploient des compositions brillantes et douces à la fois au charme trouble, à l’évanescence éphémère, à la fougue sereine. Avec la reconnaissance de cette paternité multiple qui le pousse à porter plus loin la musique de ses maîtres, Manu Codjia franchit une étape nécessaire à sa propre émancipation. Une étape qui le porte déjà sur le chemin des grands. Des très grands.

Jean-Marc Gelin

 

 

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3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 22:49

JJJ François Corneloup Marc Ducret Martin France : « U.l.m » 

 

In Circum Girum 2007

 

Sans avoir vraiment le temps de souffler, on s’envole avec le guitariste Marc Ducret dans cet ULM avec aux commandes le baryton François Corneloup, drivé par un jeune batteur anglais, ayant joué avec Django Bates, partisan de l’ « entente cordiale », puisqu’il répond au doux nom de …(Martin) FRANCE . Une musique très écrite au gré de certains… qui reprocheront dès lors un programme trop serré. »
En relisant ces notes sur un des premiers concerts du trio, programmé par le directeur du Bordeaux Jazz Festival, en novembre 2005, comment ne pas se souvenir du plaisir éprouvé à suivre la guitare agile de Marc Ducret qui relance avec délectation, à se laisser porter par le souffle magistral du baryton, présent sur tous les fronts ? Quant au batteur, très concentré, il assurait l’équilibre avec une frappe claire et précise, efficace : une joute franche entraînant des prises de paroles bien dosées et un son saturé, une rythmique de rock progressif. Un ensemble savant et pourtant chaleureux, une organisation collective à trois voix, basée sur la dynamique, très attentive au rythme et à la pulsation, une formule proche de celle du quatuor à cordes en classique.
Comme le passage du concert au disque peut réserver quelque surprise, on attendait l’album de ce drôle d'équipage: le voilà qui vient de sortir en mars 2007 sur le label audacieux qui répond au joli nom d' 'In circum girum'?
Six compositions ouvertes, caractéristiques de l’inspiration du baryton, plutôt longues qui permettent de prendre son temps comme dans « L’ombre d’un chant ».
Une sérénité un peu étrange, inquiétante: on s’attend à un bel éclat, à l’orage de sensations exacerbées. Des fredons tout doux aux plaintes plus saugrenues, sans oublier les ostinatos, François Corneloup assure sur tous les registres de son instrument. D'autant plus que l’ensemble sans basse oblige le baryton à une certaine mobilité, aidé en cela par l’excellent accompagnateur qu’est Marc Ducret.
Une énergie parfaitement maîtrisée, un contrôle total que d’aucuns pourront reprocher. C’est peut être cela qui tranche, cette jouissance jamais épuisée, toujours différée. On sent pourtant une violence douce, comme contenue qui n’explosera pas. Ainsi s’éloigne à tire d’aile, le groupe, des rivages du rock progressif du début des seventies.
La tension est à un haut niveau mais dominée par la rigueur, la musique conservant un aspect profondément mélodique, sans la force d’une conquête ou d’une libération.
C’est en cela peut-être qu’elle est la plus actuelle. Une impatience voluptueusement prudente, un effort d’évitement.
Ne vit-on pas une époque formidable?

 

Sophie chambon

 

 

www.incircumgirum.com

 

 

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3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 22:48

JJJJJ Jimmy GIUFFRE: “The cool man” (Four brothers et Tangents in jazz)

 

Cherry Red Giant Steps –  Reed. 2007

  

Dans les fameuses sessions Capitol, qui remontent aux années 1954-1955, rééditées par le label Cherry Red,  « Jimmy ne joue pas encore free » comme l’écrira  justement mais non sans malice Philippe Carles, le rédacteur de Jazzmagazine.

Giuffre s’inscrit alors dans le courant West Coast (encore appelé Jazz cool), qui a  constitué une étape importante dans l’aventure du clarinettiste et poly-instrumentiste texan. En symbiose avec le trompettiste Shorty Rogers ou le batteur Shelly Manne, Jimmy Giuffre participait, dans ces années-là, à l’avènement d’un jazz moderne, par la recherche féconde et libertaire de formes ouvertes. Des thèmes virevoltants ou mélancoliques, mais toujours ciselés et lyriques constituent l’essentiel de cette réédition où s’illustre le merveilleux trompettiste Jack Sheldon, omniprésent sur toutes les faces gravées pendant ces séances à Los Angeles entre février 54 et mai 55.

Deux albums sont regroupés pour notre plus grand plaisir : le Four brothers du nom de la composition qui rendit Jimmy Giuffre célèbre et Tangents in Jazz. Dans des ensembles à géométrie variable (sur quatre titres du premier album Four Brothers,  la formation comprend jusqu’à sept musiciens), le chant choral est d’une délicatesse rare dans la maîtrise des canons à  deux, trois ou quatre voix.  Le clarinettiste révèle sur ses propres compositions une époustouflante virtuosité contrapuntique entre écriture et improvisation. Mais les reprises elles mêmes ont de quoi stupéfier :  il suffit d’écouter l’introduction et la reprise du thème de Gershwin « Someone to watch over me » pour en être convaincu.

On aime tout particulièrement  Tangents in Jazz : l’équipe est réduite à quatre membres mais la rythmique fine et pertinente assure bien plus que l’assise d’accompagnement. Le contrebassiste Ralph Pena et le batteur Artie Anton ont un véritable rôle mélodique, joignant leur voix aux soufflants. Les interventions du  percussionniste sont  calculées à merveille pour que l’effet soit haletant dans  « Finger snapper », « the Leprechaun », dans une course-poursuite où l’échange est toujours vif. Quant au contrebassiste, il se révèle l’interlocuteur idéal, à la sonorité chaude et profonde, capable de répondre aux nuances de l’écriture de Jimmy Giuffre.

Une apparence simplicité mélodique, une extrême fluidité, l‘agencement des « voix »  qui se mêlent ou se répondent, en un permanent dialogue font de ces titres de véritables miniatures. Un même thème « Scintilla » est repris quatre fois sur les diverses sessions qui composent cet album, exemple parfait pour signifier l’intelligence et le charme de cette musique ludique, espiègle, qui swingue en toute légèreté. Si « Rhetoric » frappe par la fragilité, la transparence du son de Giuffre, « Lazy tones » aux accents de western  rappelle l’enracinement dans le blues et le folk de ses origines.       

Le phrasé est d’une limpidité saisissante, l’attaque franche et ferme, les capacités d’invention semblent inouïes. Et avec Sheldon, la complicité est totale dans un entrelacement sensuel autant que compliqué.

Une musique épurée, un jazz exquis : rien n’est superflu dans ces albums là, il faut absolument tout garder !

Sophie Chambon

 

 

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