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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:19

JJJ Diana KRALL: « From this moment on »

 

Verve 2006

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:16

JJJJ Bill Frisell, Ron Carter, Paul Motian

 

 

Nonesuch 2006

 

 

  Passé le premier round d’observation (les deux premiers titres nous laissent en effet un peu dubitatifs) on entre vite dans ce qui devient un petit chef d’œuvre. Une sorte de mécanique se met en branle avec trois musiciens exceptionnels qui semblent avoir toujours joué ensemble. L’association est évidente. Une atmosphère se crée. Une alchimie devrait on dire. Car autour d’une musique assez simple et de motifs répétitifs, quasi hypnotique, le trio joue avec une infinité de nuances subtiles.

 

 

Bill Frisell renoue ici avec une sorte de country jazz qui trouve ses racines dans son Amérique profonde avec un style inimitable et qui ne l’a d‘ailleurs jamais vraiment quitté. Sur des thèmes comme ce magnifique thème traditionnel arrangé par Frisell Pretty Polly et qui semble tout droit sorti du folklore de son Colorado natal, il fait tourner le motif mélodique en lui imprimant avec sa pedal steel guitar des effets réverbérés au moelleux métallique. Il ne s’agit pas de longs étirements de la musique mais simplement d’une exploration juste du thème exposé. D’une déclinaisons des nuances et du son. Ron Carter et Paul Motian créent alors des formules irrésistibles, motifs à géométrie variables de profondeur et légèreté mêlées à l’image de la rondeur d’un Ron Carter qui à 70 ans fait ici un numéro époustouflant. Sa façon de décliner ses walkin bass simples mais incomparables dans leur sonorité et leur feeling crée une assisse dans laquelle Paul Motian n’a plus qu’à prendre place, déroulant alors son jeu de fin coloriste aux balais frissonnants. Montrant qu’ils sont avant tout des joueurs de jazz, les trois hommes s’attaquent aussi et avec autant de bonheur à des standards réinventés comme le Misterioso de Monk ou ce standard un peu moins joué On the street Where you live où l’occasion leur est donnée de montrer combien ils maîtrisent aussi le swing. Jamais ils ne s’y font démonstratifs. Alors Bill Frissell avec son sens inné du blues nous embarque dans une sorte de road movie où défilent ces images d’Amérique et toutes ses déclinaisons de couleurs qui vont avec. Défilent alors de grands espaces sauvages. Espaces imaginaires comme dans cet Introduction ou encore ce Misterioso joué d’une manière un peu poisseuse. Avec I’m so lonesome, I could Cry la guitare country de Bill Frisell affirme ses racines avec elegance. Pour une sorte de lazy jazz, qui traîne sa semelle dans l’Ouest américain et nous embarque avec lui.

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:13

JJJJ FRANCK AVITABILE: “Short Stories”

 

 

 

Dreyfus Jazz 2006

 

 

 

 Que la chose soit posée dès le départ : il n’est pas très important de savoir si l’on trouve avec cet album de Franck Avitabile aux confins de la musique classique ou du jazz. Cela importe peu à la perception que l’on a de ce magnifique album. Car il s’agit avant tout de musique et que forcément chacun est libre d’y entendre ce qu’il veut.

 

 

 

Il y a un an à peine Avitabile nous avait séduit avec son Just Play sorti en 2005 chez Dreyfus. Il revient aujourd’hui avec ces Short Stories, ensemble de 18 morceaux très courts qui ne sont pas sans rappeler les petites pièces de Debussy. D’ailleurs ce n’est pas un hasard si le premier morceau se nomme Arabesque (Debussy ayant lui-même composé plusieurs Arabesques) et le deuxième Childhood memory. Et s’il faut convoquer des références, appelons à la table de Franck Avitabile Ravel, Satie ou même Darius Milhaud qui excellait dans l’exposé de pièces très brèves. Et ces influences auxquelles se mêlent aussi Art Tatum parfois, Keith Jarrett et dans une moindre mesure Bill Evans  se mêlent dans l’expression très personnelle de Franck Avitabile dans une sorte de syncrétisme musical enchanteur autant que raffiné. Irrésistible. Car toujours Avitabile joue avec une sensibilité qui le porte à faire chanter son piano avec un romantisme toujours délicatement retenu. Délicatesse, c’est le mot qui s’accorde à son jeu. Survolant de manière aérienne le clavier, Avitabile donne le sentiment de se dédoubler tant son jeu de main gauche donne parfois l’impression d’un piano à quatre mains capable de dérouler des arabesques mélodiques tout en explorant quelques profondeurs harmoniques (Inside Out). Son Meddley est moment fort et bouleversant de romantisme et de swing mêlé. Une sorte d’expression émouvante de l’artiste mariée avec une extrême pudeur. Seulement deux titres sont issus de standards : un There is no greater Love que n’auraient reniés ni Art Tatum ni Bud Powell (excusez du peu) et un Over The Rainbow qui vient avec beaucoup de finesse clôturer ce remarquable album.

 

 

 

Avec une passion toute en retenue Franck Avitabile nous raconte ici de brèves histoires, sorties d’une sorte de songe éveillé résonnant comme des réminiscences pianistique de ce qui fonde son jeu. Ces histoires ne disent rien d’autres qu’un amour, son amour de la musique et du piano. Un amour que Franck Avitabile parvient à nous transmettre ici avec une sensibilité rare.

 

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:12

JJJ PATRICK ARTERO: “ Artero - Brel”

Nocturne 2006

 

 

 Un disque déconcertant à la première écoute qui mêle passages classiques, rythmes binaires du tcha tcha et de la samba et sur lesquels le jazz vient poser sa patte. Le tout au service de l’immense Brel. Cette affaire n’est évidemment pas simple et l’on se demande comment seront traduites les atmosphères du chanteur, si familières à beaucoup. Chaque morceau nous livre une ambiance différente et c’est une nouvelle chanson qui se ravive dans nos souvenirs.

 

 

Les musiciens embarqués dans l’aventure tirent tous leur épingle du jeu avec toutefois une mention spéciale pour Giovanni Mirabassi dont le toucher aérien au clavier, la précision et l’originalité des chorus sont un réel bonheur. Les arrangements particulièrement soignés réservent une bonne place aux solistes «  La Mort  » notamment permet d’apprécier Gildas Boclé à l’archer sur sa contrebasse, Dominique Cravic à la guitare et Daniel Garcia Bruno à la batterie. Percussions et musiciens classiques complètent le quintette de jazz mené par Patrick Artero qui réussit là une performance comme instrumentiste, soliste et arrangeur. Il nous livre un disque aux ambiances à la fois nostalgiques et romantiques, festives et enjouées qui reprennent ainsi les thèmes majeurs des inspirations de Jacques Brel.

 

 

Un disque inclassable si l’on tient absolument à ranger la musique en général et le jazz en particulier dans des boîtes hermétiques mais, sans aucun doute, un disque intéressant qui conquiert l’auditeur au fil des écoutes successives. A recommander.

 

 

Jean Pierre Foubert

 

 

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:09

JJJJ FRANCOIS COUTURIER: “Nostalghia – Songs for Tarkovski”

 

 

 

ECM 2005

 

 

 

 François Couturier signe sous son nom un vibrant hommage aux sources d’inspiration et à la dimension spirituelle de son cinéaste préféré, Andreï Tarkovski (1932 – 1986), réalisateur de sept longs métrages (dont Andreï Roublev (1969), Solaris (1972), Stalker (1979), Nostalghia (1983) et Le sacrifice (1986)). Comme beaucoup, il écrit avoir eu une révélation à la découverte de son film, Andreï Roublev, cette grande épopée qui raconte la vie du célèbre moine - peintre russe d'icônes qui vécut au XVe siècle et qui évoque de manière douloureuse le rôle de l’art et de l’artiste. « Nostalghia – Song for  Tarkovski » est un disque – passion dans le lequel chaque morceau rend hommage aux territoires des films du cinéaste, à ses acteurs (Erland Josephson et Anatoli Solonitsyne qui a été découvert par Tarkovski et qui joue le rôle d’Andreï Roublev), à ses compositeurs de prédilection (Le Sacrifice et l’Éternel retour sont inspirés de " La Passion selon St Mathieu" de Jean-Sébastien Bach et Toliu du Stabat Mater de Pergolèse), à ses collaborateurs (son cameraman Sven Nykvist dans Crépusculaire, son scénariste Tonino Guerra dans Nostalghia, l’un de ses compositeurs favoris Eduard Artemiev dans Stalker). Un hommage  - réminiscence qui plonge dans l’univers du cinéaste où le rêve, la vision, les sensations, l’essence des choses l’emportent sur la vraisemblance et le matériel. La musique composée par François Couturier est merveilleusement inspirée et mélancolique. Le temps et la lenteur y jouent un rôle central. Chaque plage du disque est une ode radicale et poignante. Cette musique est religieuse au sens étymologique car elle relie le spirituel et le temporel, déserts et vie, sons et visages, jazz et cinéma, et surtout elle transcende, elle emporte au-delà, de même que les films de Tarkovski transcendent le cinéma. Ni classique, ni contemporaine, ni jazz, cette musique est ailleurs. Hypnotique, envoûtante, poétique, cette musique joue de l’espace et du temps, de l’ombre et des lumières. Elle dit la beauté, l’austérité, la solitude, la perte, la maladie, l’éloignement, l’espoir. Elle se confond avec le chant de la nature et n’est parfois plus que respiration. Elle est à la fois très écrite et très spontanée (difficile en effet de distinguer les parties improvisées). Les instruments (accordéon, saxophone soprano, violoncelle et piano) s’associent avec grâce et une absolue évidence. Très colorée, cette musique émeut profondément, elle atteint en nous des territoires rarement visités. Elle ne nous parle que de l’essentiel. « L’art doit être là pour rappeler à l’homme qu’il est un être spirituel, qu’il fait partie d’un esprit infiniment grand, auquel en fin de compte il retourne. » Tarkovski.

 

 

 

Régine Coqueran

 

 

 

 

 

 

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:08

JJ nicolas FOLMER: “Fluides

 Cristal 2006

 Ce deuxième album de Nicolas Folmer, après I comme Icare nous donne assurément l’occasion d’entendre un artiste au sommet de son art. Car techniquement c’est certain, Folmer est un très grand trompettiste et il faut se faire à cette idée. A l’aise sur tous les tempos, il maîtrise un son sans vibrato avec une précision rythmique à toute épreuve. Vraiment impressionnant dans sa capacité à créer des minuscules ruptures dans son phrasé avec une  maîtrise surnaturelle du tempo. Une vraie sonorité très intéressante et chaude au cuivre latin capable d’une grande amplitude et pouvant monte très haut sans jamais donner le sentiment de coincer dans les suraigus. Un grand nombre d’influences se bousculent et on convoquerait bien des noms comme Miles bien sûr mais aussi Tom Harrell (pour le son) ou encore Kenny Wheeler parfois extrêmement présent surtout dans les tempi lents. Parfois aussi on pense à un autre Kenny, Dorham cette fois. On peut rêver pire comme références.

 Le trompettiste du Paris Jazz Big Band poursuit donc sa route somme toute très classique et l’on retrouvera ici les mêmes couleurs que celle qui prédominent dans la formation qu’il co-dirige avec Pierre Bertrand. Des compositions qui pourraient presque se concevoir pour grande formation. Portant c’est ici en quartet qu’évolue Nicolas Folmer avec des partenaires de choix. Le jeu subtil mais très présent de Pierre Alain Goualch au piano en fait un compagnon idéal, un sideman rêvé au lyrisme contenu. Idem pour Stéphane Huchard à la batterie. On est en revanche moins convaincus par l’apport des deux contrebassistes particulièrement absents de l’album.

Exercice de style particulièrement élégant et raffiné qui, par son très grand classicisme ne bouleversera certes pas le genre des trompettistes de jazz. On n’est pas dans l’underground New Yorkais mais une scène pbien plus léchée. On croit parfois entendre certains albums du catalogue Criss Cross des années 90. Pas révolutionnaire, rien qui fâche, rien d’incorrect donc mais avec un goût suffisamment délicieux pour nous donner envie d’y revenir beaucoup.

Jean Marc Gelin

 

 

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:06

JJJJ Domanchich, Avenel, Goubert : “ Dag”

 Cristal 2006

Sophia Domancich revient avec une belle actualité discographique. Et c'est peu dire qu'elle nous fait plaisir, car pour son retour, Dag est un coup réussi.La pianiste fait advenir avec ce nouveau groupe ce qui semblait oublié : un "classique" du piano-basse-batterie, qui reprend un chemin balisé en y découvrant des paysages originaux et des climats déroutants. Ce piano sensible, aventureux s'autorise une mélodie souterraine, obsédante par sa pulsion même ( « Pour vous ») , des répétitions qui débouchent sur une transe qui prend forme et sens. Sans doute faut-il savoir s’entourer. Dag, ce nom tranchant correspond à la rencontre de Sophia Domancich et Simon Goubert avec Jean-Jacques Avenel. Trois musiciens que l'on ne présente plus, qui ont travaillé ensemble aux Sept Lézards, avec le flûtiste Michel Edelin et le saxophoniste Steve Potts. La famille du jazz s'agrandit d'un trio qui devrait faire date.

 Une triangulaire, mais gagnante cette fois, un équilibre parfait qui se repère dès  la pochette, puisque chacun des musiciens a apporté trois compositions au groupe. Sans révolutionner l'art du trio, ils créent ce qu'on n'a pas souvent l'occasion d'entendre. Cet album se déguste délicatement, le piano de Sophia fait retour à Monk parfois ( « Pourquoi pas? » , « Soliloques » ), grande figure solitaire qui sut  se trouver de merveilleux partenaires. L'intériorité mélancolique de la musique de Sophia Domancich demeure mais elle a trouvé des couleurs et même des élans nouveaux ( « Rêve de singe ») avec le drumming fort et subtil de Simon Goubert ( «Somewhere we were »), et le boisé ferme de Jean-Jacques Avenel, qui nous prévient déjà, par un solo, d'une «Eclaircie» avant ce «Canoë»,  final de l'album, surprenant,  plus léger, comme si le complice de Steve Lacy révélait une sérénité inconnue.

  Sophie Chambon

 

 

 

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:05

JJJ KenNY GARRETT: “Beyond the wall”

 

 

Nonesuch 2006

 

 

 A la première écoute de « Beyond the Wall », on reste coi.

 

 

On reste coi car, en première réaction, cet opus suscite quelques interrogations: Kenny Garrett en quête de vénérabilité ? Kenny Garrett mystique? C’est quoi cette mièvrerie dégoulinante ? Pourquoi faire appel à Pharoah Sanders autrement que pour trouver une quelconque légitimité dans la démarche? On sait l’homme très intéressé par l’Asie, il parle même japonais. On connaît l’artiste très influencé par John Coltrane, il avait d’ailleurs consacré un album magnifique (« Pursuance ») à sa musique. Pour certains : quoi de plus normal que d’emprunter les mêmes chemins de son maître ? Pour d’autres, la question serait plus : quel tropisme a piqué Garrett à faire dans le mystique bouddhisant après un voyage en Chine ?

 

 

A l’origine, cette œuvre était dédiée à Mc Coy Tyner, qui devait jouer sur cet album. Mais c’est Mulgrew Miller qui pose ses mains sur les touches d’un piano inspiré. En fait, il ne faut pas seulement considérer cette œuvre comme un disque de jazz. Il faut aussi  se rappeler des deniers galas de Garrett en festivals et de la musique qu’il y présente. "Beyond the Wall » est un amalgame de passion pour l’Asie, de sujets à la mode, de tonalités et figures tirées de la World Music , de tournerie jazz féroce et d’un peu de mauvais goût. Grosso modo, l’ensemble est inégal. On peut distinguer quatre pièces qui dérangent. « Tsunami Song » (ne serait ce que le titre…) est une chinoiserie ennuyeuse, jouée sur un erhu, qui mêle mauvais goût et faux-semblant. « Realization » parait sans intérêt et superficiel : il s’agit de mantras tibétains répétés à l’infini et chantés en studio par un chœur !

 

 

« Qing Wen »  et « Kiss the skies »: si on s’arrête aux chœurs « world », ces deux pièces font penser à de la mauvaise musique d’ascenseur…  Voilà ! Vous vous dites  que vous avez une idée, même superficielle, de la chose et que cela vous suffit. Permettez-moi de vous contredire … L’ensemble n’est finalement pas si mal ficelé, malgré ce qu’on vient de vous en dire. Il apporte des plaisirs simples comme celui de respirer l’herbe fraichement coupée : odeur ultra connue mais toujours agréable quand elle arrive a nos naseaux. Il faut dire qu’avec un tel line-up, le groupe joue terrible ! On ne peut pas reprocher grand-chose à l’interprétation. Bobby Hutcherson est particulièrement surprenant d’imagination et la combinaison Garrett / Sanders est inspirée et nous délivre de précieux et intenses moments. Sans compter la section rythmique percutante avec Brian Blade et les interventions habitées de Mulgrew Miller sur la belle et puissante composition « Beyond the Wall », dont on siffle immédiatement le thème, par exemple. Après quelques écoutes, on découvre d’autres délices comme « Now » qui est une pièce de jazz modal tout ce qui a de plus somptueuse, ou même « Gwo Ka », malgré les chœurs « houhouuuuu », ou la ballade « May Peace Be Upon Them » avec une mention spéciale à … tout le monde, car vraiment personne n’est en reste.

 

 

L’atmosphère de l’album est très coltranienne, parfois même très solennel et emphatique comme sur « Calling ».  Le pire dans tout ça, c’est qu’on y prend goût, une fois l’effet de surprise évoquée au début de cette chronique. Justement, c’est un coup de cœur, un flash : on l’écoute en boucle…

 

 

Mais, dans notre cdthèque, quel place aura ce cd dans six mois ? En tout cas, pas sûr qu’il reste graver dans nos mémoires ad vitam aeternam.

 

 

Jerome Gransac

 

 

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:05

JJJJazz Hip Trio : « Douces Pluies »

Nocturne 2006

Le Jazz Hip trio, né au début des années soixante, de la rencontre de deux personnalités hors norme, le contrebassiste marseillais Roger Luccioni et le pianiste toulonnais JB Eisinger, témoigne d’une exceptionnelle aventure humaine et musicale. C’est une histoire d’amitié indéfectible entre deux musiciens « amateurs » chevronnés, étudiants  dans le civil, futurs spécialistes de la santé, professeurs de la Faculté de Médecine. Ils vécurent cette double vie pendant une dizaine d’années, constituant une section rythmique de choc qui joua sur la Côte , dans les festivals et en clubs, avec des pointures américaines comme Art Blakey et ses Jazz Messengers,  Dizzy Gillespie, Wes Montgomery, Jon Hendricks. Le Jazz Hip trio compta bientôt comme batteur Daniel Humair avec des invités plus ou moins réguliers, des solistes prestigieux comme Chet Baker, Didier Lockwood, Sonny Stitt, Lee Konitz, Dexter Gordon, et surtout Barney Wilen, qui devait devenir un de leurs partenaires privilégiés .

 

 

Le label sudiste varois Celp  a ressorti  récemment deux albums, l’un du Jazz Hip Trio, l’autre en quartet avec Barney Wilen,  tous deux en live et à Chateauvallon. Ce «Barney Wilen et le Jazz Hip Trio», intitulé « Le jardin aux sentiers qui bifurquent » (un titre magnifique de Borgès)  est un témoignage précieux, souvent oublié de la discographie officielle du saxophoniste.

 

 

Comment ces deux hommes ont-ils réussi  à concilier cette double vie de musicien et de médecin ? Phénomène incompréhensible  actuellement où la  spécialisation est valorisée, mais peut-être cela explique-t-il le relatif désintérêt de la profession pour ces « dilettantes », sudistes, au parcours dispersé et quelque peu rebelle ?

 

 

Cette présentation n’est pas inutile pour révéler la suite de cette histoire à rebondissements  avec dès 1957, la création d’une revue Jazz Hip, farfelue, non académique et d’un régionalisme impertinent, aventure qui devait durer dix ans.  JB Eisinger, le pianiste du groupe, atteint d’une maladie invalidante, préféra s’éloigner de la scène en 1989. Son complice Roger Luccioni n’abandonna pas la partie pour autant et reforma un nouveau groupe, après d’assez longues recherches, en intégrant le pianiste Henri Florens et le batteur Jean Pierre Arnaud, tous deux attachés à leur sud natal.

 

 

Cet album sorti chez Nocturne est un retour dans la production discographique du Jazz Hip Trio, et aussi le signe d’une continuité réelle d’esprit et de forme. Les compositions sont souvent de JB Eisinger, certaines anciennes comme « Tableau de Daniel Humair», ou Starlight starbright », gravées en 68 sur les deux premiers disques du trio, d’autres très récentes  comme ce «  Douces pluies »qui donne son nom à l’album, ou «L’automne est arrivé». Dans le même temps, comme s’il reprenait goût à la vie, le pianiste s’est remis à composer. Anticipant  un prochain retour en scène, il s’est attelé à la création d’un Cd auto-produit, sur le  label  Plein Sud, enregistré chez lui, de façon artisanale, en re-recording, fort justement intitulé « Virtual Trio ». Il faudrait donc écouter les deux albums en parallèle, car ils sont bien plus que complémentaires. Ils continuent, prolongent, renforcent cette histoire étonnante de musique et de complicité, qui court sur une vie. La qualité d’interprétation du trio irrigue d’un sang neuf  les compositions de JB Eisinger qui révèlent une compréhension fine et intimement vécue du jazz. L’improvisation est parfois  limitée au profit de l’exposition de thèmes d’un lyrisme souvent mélancolique. « L’automne est arrivé » s’inspire d’un texte de Mimi Perrin, l’amie de toujours, clin d’œil à Early Autumn dans la version des Double Six. Pendant les années soixante, JB Eisinger se référait volontiers à la musique classique ou contemporaine (« Shéhérajazz, CelloBritten »,) il aima aussi rendre hommage à ceux qui l’ont toujours inspiré comme Johnny Griffin (« Little Giant Steps »).

 

 

La vivacité inspirée de Henri Florens, qui apporte « Thème n°1 », encouragée par une section rythmique chaleureuse- Roger Luccioni signe deux belles compositions « Hyperespace » et « Rue du Chemin Vert »-  renforce l’élan et la vigueur de ce jazz  que l’on écoutait autrefois dans des caves ou  en club, dans le bruit des couverts et des conversations, derrière un écran de fumée, pour dissiper son ennui ou masquer ses fêlures. Un certain état d’esprit et tout un art de vivre.

 

 

Sophie Chambon

 

 

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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:03

JJJ PAT METHENY / BRAD MEHLDAU

 

 

Nonesuch 2006

 

 

 Certainement un très bel album et une très belle rencontre entre deux immenses artistes évoluant chacun dans des sphères totalement différentes. Le premier est guitariste. Certainement l’un des tous meilleurs au monde. Admirateur sans limite d’Ornette Coleman et d’un jazz syncrétique il affirme son goût pour la chose électrique. L’autre est pianiste. Il a à peine 36 ans, et a émergé dans la génération suivant Metheny et forcément s’est nourri de lui. A son âge il est déjà une figure emblématique du jazz moderne. Mais à la différence du guitariste il s’est construit sa carrière sur un univers plus intimiste et résolument acoustique.

 

 

Hier Metheny enregistrait avec son idole d’enfance (Ornette Coleman sur SONG X) désormais c’est à Brad Mehldau d’accomplir son rêve. Et logiquement dans ce rêve accompli où les deux hmmes ont apporté leurs compositions, il aurait dû émerger un album exceptionnel.

 

 

Et pourtant quelque chose nous incite à la retenue. En effet chacun des partenaires semble chercher une sorte de terrain d’entente minimum sans oser se livrer vraiment. Il faut attendre les trois premiers morceaux, où l’endormissement guette, pour qu’il se passe enfin quelque chose. Que la pâte veuille bien prendre. Car pour l’essentiel c’est plutôt un service minimum sans aucune prise de risque où l’on peine à retrouver chez l’un comme chez l’autre l’empreinte de leur style propre. Pour qu’il en fût autrement il aurait fallu aux deux hommes une terre commune à explorer. Comparaison n‘est certes pas raison mais l’on a tous encore en tête un autre duo publié l’an dernier par Cam Jazz entre Jim Hall et Enrico Pierannunzi qui partageait tous les deux un amour commun pour Bill Evans et qui se montraient capables chacun de dialoguer tout en explorant à tour de rôle des univers caché dans la musique inspirée par le pianiste. Ici on en et loin. Le dialogue est réduit à sa plus simple expression chacun jouant sa partie à tour de rôle, certainement avec brio mais sans plus. Et l’on est agréablement surpris lorsque la rythmique de Mehldau intervient sur deux titres, apportant alors un réel soutien à cette élégante musique qui vraiment ne dérangera personne.

 

 

Mais ne boudons pas notre plaisir. Il y a quelques beaux moments comme ce Bachelors III composé par Metheny ou ce Ring of Life dans lequel Metheny livre un chorus stupéfiant. Et puis, et puis il y a en toute fin d’album un morceau admirable. «  Make peace » commence mal et l’on pourrait craindre le pire mais les deux hommes parviennent à hisser ce morceau à un véritable chef d’œuvre pour conclure de façon magistrale dans un moment poignant cette session en demi teinte. Musique intime et raffinée, au moelleux lénifiant cet album est à savourer par un après midi d’automne glacial et pluvieux à l’heure du thé.

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

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