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7 octobre 2006 6 07 /10 /octobre /2006 09:01

JJJJ ALFIO ORIGLIO: “Ascendances”

Cristal 2006

 

 

 

 

 

 

Voila un disque original, et qui ne renie pas ses origines latines… On est assez loin de la formule canonique piano-contrebasse-batterie, puisque l’on trouve une basse électrique, à la fois discrète et raffinée, celle de Laurent Vernerey, et Xavier Sanchez aux percussions, notamment au cajon.

 

 

Les percussions forment un écrin chaloupé aux compositions d’Alfio Origlio, dont la principale qualité est d’avoir un jeu romantique, au toucher remarquable, un phrasé subtil, non dénué de lyrisme et de punch si nécessaire. Alfio Origlio ne joue pas simplement du piano, il en joue, s’amuse avec, le fait briller, virevolter, ou au contraire l’étouffe parfois d’une main moqueuse sur les cordes (palm mute disent les guitaristes), bref il l’explore comme on partirait en voyage… On note surtout une réelle attention portée à la mélodie, à la respiration, la longueur des notes, qui donne à cet album une sorte de profondeur très appréciable.  Et l’on comprend mieux dès lors le titre de l’album : « Ascendances »… Peut-être est-il question de nous élever un peu… La photo de la pochette incite il est vrai déjà à la rêverie…

 

 

Ainsi le titre « Alex la glisse » est-il une formidable ballade en duo, avec la contrebasse cette fois, et quelques nappes de synthé très discrètement ajoutées… on est ailleurs !

 

 

L’on retrouve juste après la chanteuse brésilienne Marcia Maria, dont on apprécie beaucoup la voix cristalline et caressante, donnant à ce « Bejo no final » un goût certain de nostalgie…

 

 

Il est toujours question de latinité – méditerranéenne cette fois - dans la reprise de « Tres Notas », composition enjouée du grand guitariste flamenco Vicente Amigo. Il me semble qu’on est dans un registre légèrement différent de celui du maître de Cordoba. Le ‘duende’ bien que présent n’est pas fougueux, l’on ressent ici comme dans tout l’album une sorte de secrète retenue… Après tout, au piano, il est bien normal d’obtenir d’autres climats… Toujours dans un registre flamenquiste, la superbe danseuse Sharon Sultan y va des ‘tacones’ sur « La blonde des rivoires ». Sorte de miniature légèrement inquiétante et sombre, cette plage semble vouloir nous questionner…

 

 

Alfio Origlio a un jeu et une approche bien personnels, il serait malvenu de le lui reprocher. Il aime semble-t-il promener son auditeur à travers maints paysages aux atmosphères contrastées, toujours sincères et élégantes. De part sa richesse émotionnelle, écouter ce disque donne envie de le passer en boucle et puis sûrement de voir son auteur en concert…

 

 

Jean-Denis Gil

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7 octobre 2006 6 07 /10 /octobre /2006 09:00

JJJJ(J) PIERRICK PEDRON: “Deep in a dream”

 

 

Nocturne 2006

 

 

 

 

 

 

Quel pied mes amis ! Que Pierrick Pedron attaque le thème de Nightingale Song in Berkeley Square ou qu’il vous balance un bridge de la mort qui déchire grave sur Lover et là vous mourrez tout de suite étendu sur la carpette du salon le sourire béat aux lèvres, les oreilles en écoutilles, satisfaites et heureuses. Cherchez pas plus loin c’est largement pour ces moments là que l’on aime le jazz. De bons vieux standards qu’on connaît « Parker » avec un type qui joue comme un Dieu que l’on croirait Bird redescendu du ciel, une rythmique plus classe que ça tu meures et un pianiste qui vous balance de ces chorus venus de l’espace et tout ça avec l’air de ne pas y toucher. Et voilà, c’est pas plus compliqué que ça ! Les arrangements ont l’air simples mais pourtant développent un sens rare de la mise en scène et de la relance avec des intros du genre à commencer molo puis à tout balancer là où on s’y attend le moins sur des doublements de tempi et des renversements de direction. Un You’re Laughin at me qui tout à coup change d’orientation sous les doigts de Mulgrew Miller vers un latin jazz qui emprunte à My Little Suede Shoes de Parker pour revenir à une structure classique. Ou alors ce break évoqué précédemment sur un  Lover qui tout à coup part avec Pedron et emporte au passage toute la rythmique avec lui pour un décollage immédiat. Tout au long on vit, on exalte, on danse, on pleure, on est amoureux mais d’un amour toujours heureux.

 

 

Pierrick Pedron qui continue là son parcours un peu solitaire et loin des grandes aventures collectives fait chanter son alto comme pouvait le faire un Guy Laffitte au ténor ou plutôt Benny Carter à l’alto. Avec cette classe, cette élégance et cette petite pointe indicible de détachement qui fait glisser la note d’un quart de poil il nous mène au comble de l’émotion sur l’exposé du thème de Nightingale Song. Et lorsque le saxophoniste met le feu et emballe le tempo (il respire quand ?) ce n’est jamais dans la confusion ou dans la cacophonie furieuse. C’est au contraire d’une limpidité fluide qui coule comme de l’eau de source. Je pense alors à Cannonball dont la puissance et la vélocité avaient cette gracilité magique. Et ces moments où le lyrisme le dispute à l’émotion se produisent tout simplement parce qu’il y a une musique qui là est un juste plus habitée qu’ailleurs. Pourtant en s’attaquant à un répertoire très classique, celui des standards  de Broadway, Pedron montre qu’il est homme à prendre des risques énormes. Car s’aventurer sur un  terrain archi battu c’est comme monter dans l’arène des jams sessions sous le regard assassins de ses congénères. Et dans ce registre là il sort gagnant. Largement gagnant à l’égal de ce que le jazz compte aujourd’hui parmi les plus grands altistes actuels. Car autant on était resté dubitatif devant les copies notes pour notes qu’un autre génial alto livrait dans le même esprit il n’y a pas si longtemps (on pense ici à Stefano Di Battista sur les traces de Parker) autant Pedron imprime ici sa marque et sa personnalité au cours de cet enregistrement réalisé à New York sur les terres de Mulgrew Miller et de Lewis Nash. On ne sait pas si les pistes sont livrées dans l’ordre dans lequel elles ont été enregistrées mais tout se passe comme si cette rythmique et son pianiste au premier chef montaient véritablement en puissance au cours de l’album. Un peu sage, conventionnel et peut être dubitatif au début, Mulgrew Miller se lâche petit à petit, montre qu’il veut être aussi de la fête, prend des envolées à la Mc Coy Tyner sur Lover, livre un chorus de grande classe sur la compo de Pedron (Tune Z) et enfin retrouve celui-ci dans un vrai moment d’entente fraternel sur un It never entered my mind, chef d’œuvre sublime de finesse, sorte de chant d’amour exalté par ces musiciens pour un jazz sublimé.

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

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7 octobre 2006 6 07 /10 /octobre /2006 08:59

JJ Toots Thielemans : “One road for the movie”

 

Verve 2006

 

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7 octobre 2006 6 07 /10 /octobre /2006 08:57

JJJJ FLORIAN WEBER: “Minsarah”

 

Enja 2006

 

Florian Weber (p), Jeff Denson (cb), Ziv Ravitz (dm)

 

 

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6 octobre 2006 5 06 /10 /octobre /2006 09:20

LE RIRE DE SWANN – André HodeirCollec. Rouge Profond  2006, 140p. 14€

 

André Hodeir on le sait est une légende. Ses écrits ont marqué l’histoire de la critique et du journalisme de jazz avec quelques écrits célèbres comme  « Hommes et problèmes du jazz » paru en 1954 ou encore « Les mondes du jazz » en 1970 ou encore « Jazzistiques ».A 85 ans il publie un petit recueil de nouvelles qui n’ont pas grand-chose à voir avec le jazz mais dans lequel la musique est toujours bien présente. 13 petites nouvelles délicieuses où l’auteur écrit à la première personne et raconte des histoires entre absurde et surréalisme. On le trouve, écrivain célèbre égaré par hasard au paradis des musiciens, on entre dans sa famille où un oncle animateur de télé possède un étrange pouvoir, on le voit transformé en Babby Sitter essayant de faire découvrir la musique à un enfant capricieux et attachant. Les violonistes c’est bien normal (Hodeir est violoniste lui-même) peuplent cet ouvrage truculent qui raconte des petits instants de vie rêvés, des fragments d’histoire qui ouvrent sur tous les possibles et tous les imaginaires. La musique est là en surimpression toujours tapie dans un coin ou au centre du débat. Les musiciens sont de géniaux tartuffes à la fois imaginaires et terriblement humains. C’est un ouvrage remarquable, magnifiquement écrit au surréalisme parfois drôle , souvent émouvant et toujours malicieux. Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 octobre 2006 5 06 /10 /octobre /2006 09:17

TOUS LES BLUES D’ALBERT AYLER – Simon GuibertCollec. Voyage au bout d’une vie. Vol.2 é/dite. 2005, 133p. 12€

 

 

 

 

 

 

 

Nous avions évoqué avant l’été le petit ouvrage que cet éditeur avait consacré à la mort de Chet Baker. Séduits par la conception de cette collection consacrée à la disparition mythique des quelques figures légendaires du siècle (John Lennon, Jim Morrison, Jean Seberg, Pasolini, Saint Exupery….) nous sommes remontés à des premiers numéros consacré à une autre légende du jazz, Albert Ayler.Le 25 novembre 1970 le corps du saxophoniste est retrouvé sans vie à Brooklyn dans l’East River. Noyade. C’est la conclusion officielle et celle qui aujourd’hui après avoir trouvé ses détracteurs semble être la cause la plus unanimement reconnue. 133 pages courtes, concises et tranchantes comme de minuscules focus, des spots éclairants pour nous faire comprendre la personnalité d’Albert Ayler. Le saxophoniste qui se raconte, des amis qui l’ont croisés et qui parlent (Alain Corneau ou Delpheil de Ton ) et les plus proches ceux pour qui la disparition d’Albert Ayler sonna comme un drame, Daniel Caux et Michel Le Bris qui tous deux partirent enqûeter sur la mort d’Albert Ayler. Par bribes on essaie de comprendre la haine que suscita souvent sa musique difficile (le faire jouer à Pleyel n’était ce pas l’envoyer aux Lions !). On approche timidement ces relations d’amour-haine avec sa mère (la lettre envoyée par Myrtle Ayler au journaliste français est terrible d’absence d’amour). Cette mère qui déclara un jour à propos de son fils «  j’aurais préféré qu’il n’ai jamais existé ». En Europe paradoxalement, Albert Ayler est aimé. Il revient de Saint Paul de Vence auréolé d’un immense succès à la Fondation Maeght mais aux Etats-Unis, son pays, se retrouve plus bas que terre à tel point que son label pourtant prestigieux (Impulse, le label de John Coltrane) vient de rompre son contrat. Et puis ce lourd sentiment de culpabilité vis-à-vis de son frère qu’il regarde impuissant basculer vers la folie. On connaît les relations de celui que l’on surnommait Holy Ghost avec Dieu et l’inspiration qu’il trouvait dans la bible. Albert Ayler était l’homme d’un passion dévorante celle de la création, de l’art pour l’art. Le discours d’Ayler était un chant de vie, une sorte de flot créateur animé par le sentiment de jouer quelque chose qui émane de l’instant, du suprême : « ailleurs lorsque je jouais  il arrivait que les gens disent que c’était mauvais et cela me faisait pleurer car ce que je jouais, c’est vraiment c que je ressentais ». Bien sûr cet ouvrage n’est pas un ouvrage sur la vie et l’œuvre de Albert Ayler. C’est un ouvrage bref  au rythme quasi radiophonique qui ne possède aucun sens mais a ce charme des objets parfois inutiles. En quelques fragments de mots et quelques éclats de musiques suggérés et surtout grâce  à quelques paroles souvent très belles de ses proches il rend pour un instant sa part de vérité à l’artiste que fut Albert Ayler. Restitue pour un instant la passion devastatrtice de la création brute. La brutalité de la création. Celle devant laquelle nous ne pouvons jamais rester indifférents. Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

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2 octobre 2006 1 02 /10 /octobre /2006 09:21

Le Festival Jazz à La Villette nous a réservé de beaux moments. Bien sûr nous fumes assez triste de voir Abbey Lincoln (76 ans) annuler son concert pour raison de santé. N’empêche il y a quelques vétérans qui ont su nous régaler. Certes Charlie Haden par exemple avec son new Libération Music Orchestra n’a pas provoqué chez nous un enthousiasme débordant et à l’image de l’album sorti l’an dernier, nous retrouvâmes des solistes que nous savons par ailleurs excellents (Tony Malaby, Chris Cheek ou Miguel Zenon) cantonné dans une sorte de réserve gentille. On est bine loin des cris rauques de Gato Barbieri et du tranchant de Don Cherry. Reste que la belle amitié complice entre Haden et Carla Bley ne cesse de nous émouvoir. Dans l’émotion tout le monde avait aussi une pensée pour le saxophoniste Dewey Redman  (le père de Joshua) qui fut justement l’un des piliers du LMO.

 

 

 

Toujours à la Villette William Parker déclencha la foudre et irradia la scène du Cabaret Sauvage pour la reprise du spectacle déjà présenté à Banlieues Bleues quelques années auparavant. Son hommage à Curtis Mayfield est une des expériences musicales les plus intéressantes du moment et cette rencontre entre Jazz et Soul music, cet enchevêtrement des deux musiques est assurément une belle réussite. Beaucoup de choses dans ce concert et beaucoup d’émotion. Parker reprit quelques thèmes bien connus de Mayfield comme Pusherman, Move On Up, People Get Ready, Give Me Your Love... Nous fumons alors subjugués par la grâce de la chanteuse Leena Conquest aussi gracile dans le chant que dans la danse. L’immense poète Amiri Baraka (Leroy Jones) etait là et nous gratifiait de ses magnifiques textes slammés en prolongement, en écho détournés de ceux de Mayfield. Le pianiste Dave Burrell  sur le premier morceau sorti un chorus tout droit venu de l’espace où l’on retrouvait quelques similitudes avec le jeu d’un Django Bates. Mais surtout, et comme toujours l’association Parker avec Hamid Drake (qui est selon nous pas loin d’être aujourd’hui le meilleur batteur de sa génération), cette association là relève du surnaturel. De l’entente télépathique. De la magie noire. Lorsque les deux sont ensemble on a affaire, comme me le disait Jacques Bisceglia  à l’oreille, à la meilleure rythmique au monde. Pas loin d’être vrai.

 

 

 

 

Les nuits manouche de l’Européen sont désormais un rendez vous incontournable du jazz gypsy. Ce soir là nous étions allé entendre Angelo Debarre et Ludovic Beier dont l’album paru cet été chez Chant du Monde, « Entre ciel et terre » nous avait totalement conquis.  Et ce que les deux hommes nous donnèrent ce soir là était en droite ligne du bonheur que nous avions à l’écoute de l’album. D’abord parce que Angelo Debarre confirme qu’il est un immense guitariste manouche. Pas du genre à dévaler les grilles  toute allure et les accords de passage sur un standard de Django. Plutôt du genre à mettre dans chacune de ses notes un petit supplément d’âme. Ce millième de seconde où la note prend son temps avant de partir, ce glissando subtil, cette légère distorsion. Car même dans les tempos lents Angelo Debarre met une vraie force dans chacune de ses notes montrant qu’il se situe dans une autre inspiration que celle qui consiste à faire la course avec la pompe. Une vraie force subtile.  Quand à Ludovic Beier c’est un partenaire idéal qui sait se faire à la fois présent et discret. Présence dans les chorus où l’inspiration mélodique se situe dans la ligné des Gus Viseur et Joe Privat, mariant ainsi le jazz manouche et le balloche du samedi soir. Discret dans son sens de l’accompagnement. Beier est aussi un admirable compositeur. Ses compos entre bossa et gypsy sont une pure merveille. Assurément Debarre et Beier forment un couple efficace et  nous montrent qu’il se passe (enfin !) des choses  dans le jazz manouche.

 

 

 

 

Un peu plus loin dans la soirée nous sommes allé entendre un autre guitariste. Manu Codjia nous donnait au Sunside un  aperçu de son prochain album avec Daniel Humair. Codjia confirmait là qu’il est l’un des guitaristes majeurs de la scène française. Le pilier du Strada de Texier s’inscrit dans un registre proche de Hendricks mais aussi de Zappa. Ses compositions shorteriennes de haute volée nous transportent dans un univers fait de moelleux étiré et de foudre guerrière. Il y a dans sa façon de jouer une large part de l’histoire du jazz qui commence avec Wes Montgomery et se poursuit jusqu’aux guitar héro du rock. Ce qui nous fait attendre avec impatience la sortie de son prochain album.

 

 

 

 

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10 septembre 2006 7 10 /09 /septembre /2006 23:11

 

 

 

 

S’il y a bien quelque chose à dire aux enfants aujourd’hui c’est «  Vive la rentrée » !  Car finalement y a-t-il quelque chose de plus merveilleux que cette fameuse « rentrée » qui porte si mal son nom. Cette rentrée qui pour eux comme pour nous est justement le temps de la découverte. Le moment de sortir, d’aller apprendre ailleurs. La rentrée aux enfants comme à nous même va nous permettre de découvrir ce que l’on ne connaît pas. Et ce n’est pas un hasard si la rentré c’est aussi la période …..des sorties : sorties d’albums, sorties de livres, présentation de nouveaux projets, émergence de nouveaux artistes, éclosion de nouveaux talents.

Il nous appartient de lire et d’écouter ce que les artistes connus ou inconnus ont à nous dire, nous laisser séduire, aller à la recherche de ceux qui figureront dans les festivals de demain, écouter les premiers albums qui fleurissent en cette saison et remettre sur le métier ce que nous pensions savoir un peu trop mais que nous avions pourtant oublié. En voulant donner une place aux premiers albums et aux musiciens qui n’occupent pas forcément le devant de la scène, nous voulons aller dans cette voie. Découvrir ainsi ce premier album du saxophoniste Jean Charles Richard qui nous fait l’honneur d’une interview dans ces colonnes avant la sortie de son premier album le mois prochain. Mais aussi réviser nos classiques et se laisser émerveiller par les anciens. Hier les notes d’Ornette Coleman qu’à 76 ans que nous redécouvrions lors de son concert à La Villette suffisaient à nous convaincre en cette période de rentrée du bonheur d’apprendre et  de redécouvrir.

 

 

 

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9 septembre 2006 6 09 /09 /septembre /2006 22:59

JJJJJ  Dave Douglas:” Meaning and mysteries”

 Greenleaf 2006

 Depuis combien de temps n’avions nous pas ressenti un tel enthousiasme ! Jusqu’à la dernière note d’un album qui ne s’essouffle jamais, on assiste à un jazz emballant, riche, intelligent, toujours exalté. De ce jazz qui maîtrise les plus belles heures de son histoire, ne les renie pas et s’appuie sur elles pour mieux les porter à d’autres sommets. Cette aventure là, si collective soit elle porte avant tout la patte de Dave Douglas, le trublion New Yorkais, trompettiste de son état chez l’autre trublion du Massada quartet, John Zorn. Cette patte merveilleuse d’intelligence fait ici des étincelles mutines. Pourtant Dave Douglas a pu nous égarer et nous avions été dubitatifs l’an dernier devant le précédent album « Keystone ». Nous le retrouvions un peu plus tard dans un duo totalement inattendu avec Martial Solal (Quai de Seine) et il nous avait là totalement conquis. Nous attendions donc avec curiosité de voir ce que ce nouveau quintet allait donner.

 Et nous voilà devant un son et lumière de haute volée. Face à un  quintet d’une telle qualité, d’une telle dévotion à la musique qu’ils jouent ensemble, face à la même intelligence partagée du rôle de chacun, face à un  quintet qui parvient à créer une  telle unité et puisqu’il faut toujours des références on ne peut s’empêcher de penser au quintet de Miles avec Wayne Shorter. C’ est d’ailleurs une référence pleinement revendiquée par Douglas lui-même. Sauf que Dave Douglas s’inspire en recréant pas et non pas  en refaisant. Parce que sa sonorité à la trompette (qui emprunte selon nous bien plus aux  des trompettistes Mainstream) n’a rien à voir et parce que ses compositions se situent dan une autre direction.

 Ici c’est Dave Douglas qui mène la charge. Derrière sa bannière se rallie le ténor Donny Mc Caslin (entendu chez Maria Schneider) avec force lumière. Outre son jeu, son association avec Douglas est une des grandes réussites de l’album. Complicité évidente des deux, dans les dialogues, les coupures, les crescendo, les contrepoints ou les unissons. L’entente du trompettiste et du saxophoniste est un régal tant les deux se trouvent totalement sur la même longueur d’onde. Douglas/Mc Caslin, ça marche ! Quand à Uri Caine qui n’est jamais meilleur qu’au Rhodes c’est un véritable tapis volant qu’il déroule sous les pieds de ses partenaires. Là encore une belle association émerge avec le contrebassiste James Genus avec qui il crée de géniales redondances. Quand à Clarence Penn à la batterie il confirme son rôle incontournable sur la scène américaine.

 Les compositions sont exceptionnelles de bout en bout et Dave Douglas y trouve l’occasion d’affirmer son grand respect pour l’histoire du jazz américain en y apportant une modernité intelligente et exaltante. On ne s’étonne pas que deux de ses compositions au blues prégnant ( Blues for Steve Lacy ou Elk’s Club) figuraient déjà dans le Solal/Douglas. Son swing énergique (The team) va chercher parfois dans des racines profondes. Ses constructions riches avec une maîtrise de la mise en espace, du supens et du revirement n’ennuient jamais. Quel sens de l’agencement que ce Culture Wars, thème de 12’41 qui constitue un des moments très fort de cet album : construction ouverte sur un exposé de Douglas soutenu par un ostinato de James Genus, mise en place progressive de la rythmique, effacement devant le chorus de Donny Mc Caslin et retour de tous les acteurs pour un crescendo contrapuntique saisissant. Le pied ! On pourrait décliner cela à chaque fois car chaque morceau qui se termine donne envie d’applaudir et donne surtout l’envie d’entendre le suivant.

 On se prend alors à rêver que le jazz soit toujours comme ça. Que le jazz parvienne à conjuguer toujours l’intelligence et le plaisir de jouer. Qu’il exalte notre enthousiasme toujours. Donne le sens encore du spectacle vivant même confortablement installés dans notre salon. Car ces musiciens là prennent le mot «jouer » au pied de la lettre, prennent leur jeu(x) avec autant de sérieux que de passion, nous racontent l’histoire que nous voulons entendre, celle d’un jazz en mouvement. Un jazz éclatant.

 Jean Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:09

JJ ALL MY JAZZ, Figures et accords majeurs – Julien Deli Fiori

 Ed. Le cavalier Bleu 2006, 170 p. 19€

Notre confrère journaliste et animateur d’une émission de Jazz sur France Inter s’est amusé à un petit ouvrage sur le jazz dont on est bien en peine de trouver le fil conducteur. Juste l’évocation de quelques « figures » du jazz  choisies de manière totalement aléatoire et arbitraire selon le (bon) goût de l’auteur. Fiche brèves qui par le biais de récit historiques et surtout anecdotiques viennent éclairer quelques musiciens ou quelques aspects du jazz. Figures joyeuses ( Fats Waller, Cab Calloway, Slim Gaillard) aux côtés de figures généreuses (Ella), charismatiques ( Stan Getz), élégantes ( Louis Armstrong), chaotiques ( Billie, Monk) ou encore dramatiques (Tony Fruscella, Joe Maini). Une histoire événementielle du jazz faite de petits détails croustillants plus que de grande mise en perspectives musicologiques roboratives. Des figures aléatoires perdues entre la nouvelle Orléans et le Festival de Vienne. Des petites choses drôles ou graves à raconter sur Slim Gaillard autant que sur Jaco Pastorius. Des anecdotes qui relèvent du domaine public (genre Mingus qui sur scène dans l’orchestre de Ellington colle un bourre pif à Juan Tizol) ou moins connues (les danses de derviche de Monk en plein milieu d’une interview donnée à un journaliste anglais). Cet ouvrage a décidément un petit côté people qui parce qu’il est écrit de manière savoureuse n’est pas pour nous déplaire.

 

 

 

 

 

Savoureux est le mot juste. Car ce petit livre est presque culinaire et l’on ne sera pas surpris qu’au hasard d’un chapitre dans lequel Deli Fiori n’a pas grand-chose à raconter, qu’il nous livre lui l’amateur de bonne chaire, de merveilleuses recettes de cuisines ( !) qu’il associe chacune à un musicien donné. Quand on promet de rendre à son éditeur 190 000 signes faut bien faire avec ce qu’on a. Faut remplir….Mais peut importe le prétexte puisque finalement on y gagne pour notre part la recette de la caponata à  l’italienne !

 

 

 

Car c’est bien de cela dont il s’agit. Julien Deli Fiori nous donne un mezze goûtu de ce(ux) qu’il aime sans oublier d’écorner aussi ce qu’il aime moins (les faux chanteurs de jazz trop commerciaux, le free). Relève aussi sa passion pour les batteurs de jazz (de Chick Webb à Elvin Jones). Assaisonne avec du latin jazz bien épicé.

 

 

 

Ce petit ouvrage n’a pas grand sens. Pas grand intérêt non plus. C’est juste un petit moment qui passe tout seul, une agréable parenthèse en jazzitude, pas compliquée, d’anecdotes et de figures faciles, juste comme ça, pour se régaler. Comme un bon vin , un petit livre à boire sans soif. Juste pour la saveur !

 

 

 

Jean Marc Gelin 

 

 

 

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