Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:08

JJJ MA VIE A LA NOUVELLE ORLEANS – Louis Armstrong 

Coda 2006, 232 p. 22€La petite maison d’édition Coda (diffusée par les Presses Universitaires de France) réédite l’autobiographie de Stachmo, «  Ma vie  la Nouvelle Orléans  » alors que l’édition originale en français datait de 1952. L’intérêt de cette nouvelle édition est de mette en parallèle cette version avec l’édition originale américaine partiellement censurée et proposée au public en 1954. Les passages figurant entre crochets nous permettent ainsi de voir les ajouts et retraits de la version française par rapport à la version américaine. Cet ouvrage (non achevé) débute logiquement avec la naissance de Louis Armstrong ( vraisemblablement en 1900). Il s’achève avec son départ de la Nouvelle Orléans lorsqu’il intègre l’orchestre de Joe Oliver à Chicago. Il avait alors 22 ans. Dans une langue parlée, dont la naïveté et la candeur trahissent son immense gentillesse, Stachmo raconte ce qui fut pour lui des jours heureux. Pourtant on imaginerait pourtant que la vie d’un jeune homme vivant dans des conditions proches de la misère, jouant la nuit dans des tonks et livrant du charbon la journée aurait pu (dû) le rendre amer. Lui n’y voit que le plaisir des rencontres et la chance d’avoir pu jouer de son instrument tous les soirs. Et lorsque, avec la plus grande simplicité et sans jamais s’apitoyer sur lui même il raconte comment il allait ramasser les déchets pour ramener des restes à la maison, ce n’est que pour raconter comment sa mère Mayann arrivait à en faire de fameux repas créole. Et même lorsqu’il raconte son internement en foyer entre sa 12° et sa 14° année pour un malheureux coup de feu tiré en l’air un soir de la Saint Sylvestre , il ne retient de ce passage de sa vie que cette rencontre avec Mr Davis qui lui apprit le cornet et lui permit de parader avec sa fanfare dans les rues de Storyville. Mr Davis a qui il doit tout. Mr Davis a qui nous devons tout. Sous le regard de Stachmo, les rues de la Nouvelle Orléans sont peuplées de gentils malfrats tous armés d’un couteau dans une main et d’un instrument de musique dans l’autre. Quelques figures hautes en couleur traversent ce récit comme Black Benny le gentil méchant, les putains à la lame facile lorsque leur mac leur manque de respect et les musiciens sur lesquels Dipper ( alors au sommet de sa gloire) ne cesse de se souvenir avec l’émerveillement d ‘un gosse ( les Kid Ory, Babby Dodds, Lil’ Hardin bien sûr et tous ces fameux qui hantent encore les rues de Perdido). Armstrong les a tous côtoyé ces légendes du jazz, lui qui entendait Buddy Bolden dans les rues quand il était môme. Il croit même se souvenir (mais cela est par ailleurs contesté) avoir rencontré Bix du côté de Davenport lors de ces années passées dans l’orchestre de Fat Marable à bord des bateaux à aube de la Streckfus Line qui remontaient le cours du Mississipi. Tous les voyous de la Nouvelle Orléans se prennent d’affection pour le gentil Dipper, jeune garçon bien sous tous rapports, qui joue comme un Dieu et peut se mettre les plus durs des truands dans la poche d’une simple note. Mais s’il y a un personnage attachant qui traverse cette autobiographie c’est Mayann, la mère de Louis. Avec une immense tendresse et une bonne dose d’humour, Statchmo décrit ce personnage typique de Mama de Nouvelle Orléans, protectrice ( mais pas trop), capable d’aller casser la gueule à ses petites amies ou d’aller se saoûler avec son fiston dans les pires rades de la ville pour lui apprendre à boire. C’est avec délectation que l’on lit ce livre. La même que celle que l’on a en entendant la rauque gouaille de Satchmo Si sensuelle au fond. Sa langue est celle de la rue, ses expressions d’argot celle des truands et ses exclamations des émerveillements d’enfant. Derrière sa gouaille transparaît un formidable amour de la vie et du genre humain pour qui Pops n’est que compassion et tendresse. Bienveillante figure d’humanité. A wonderful world. Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

S’ajoute au manuscrit original un petit addendum autobiographique où Louis Armstrong, pas vraiment dans son état normal raconte son point de vue sur la marijuana. Vaut le détour ne serait ce que pour le style pour le moins décousu et étrange.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:07

Tu sors à la rentrée un album, le premier sous ton nom. Tu as choisi de l’autoproduire. Pourquoi ?

JCR : J’avais eu des contacts très intéressants avec Yolk. Mais au final il se trouve que le travail que nous avons avec mon frère me permettait de maîtriser entièrement toute la chaîne. C’est ce que je voulais. Même si les labels comme Yolk sont hyper respectueux des choix de l’artiste, du packaging, je voulais, ne serait ce que sur des choix esthétiques avoir le choix de l’objet, ne pas rentrer dans un canon prédéterminé, pouvoir faire passer certains textes en pochette, parler de la pièce de Alain Margoni etc… En  plus je sais bien qu’un projet comme celui là n’atteindra jamais son seuil de rentabilité. Cela devient donc quasiment un investissement personnel.

 Où l’as-tu enregistré ?

 JCR:   A  Saylorsburg, en Pennsylvanie, à côté de la maison de Dave Liebmann. En pleine forêt. Au départ il y a Steve Lacy qui est à l’origine de ce projet. C’est quelqu’un qui m’a ouvert des voies instrumentales et musicales que je ne soupçonnais pas. J’avais écrit une pièce dans une master class avec Dave Liebman, Lacy avait trouvé que cette musique était vraiment celle qui me convenait. Ensuite  j’ai beaucoup étudié la pédagogie de Liebman, beaucoup écouté avec lui. Mais après plusieurs années à apprendre à ses côtés j’avais acquis le sentiment que j’arrivai au bout de quelque chose en tant qu’étudiant. J’avais envie de me retrouver en situation de plus grand danger.  Alors j’ai eu envie de me lancer dans l’aventure du solo. Car l’idée de faire un solo me donnait la possibilité d’être avec Dave en studio comme avec un miroir. Qu’il me place ce miroir de qui je suis et de la façon dont lui, aurait travaillé.

 Quand je lui ai proposé cette idée à l’occasion d’un master class, il a tout de suite accepté. Nous avons convenu que je lui enverrai des projets par MD et que nous échangerions comme ça, à distance. Nous nous sommes retrouvés à Paris en 2005 lorsqu’il a enregistré ses duos avec Michel Portal. Nous avons alors fait des premiers tris et il m’a donné des pistes de réflexions. Il voulait que j’enregistre chez lui, être dans son univers. En plus il ne voulait pas trop s’éloigner de sa famille. Je me suis rendu compte après coup que me retrouver dans son studio, dans ses terres, partager ainsi un peu de son intimité était une grande chance. Je ne te cache pas que dans l’avion, je n’étais vraiment pas sûr que j’aurais assez de cran pour arriver au bout de ce disque. Et finalement je me suis dit que tant pis, même si je n’allais pas au bout au final j’aurais quand même pris une superbe leçon.

  Comment s’est passé le travail en studio avec lui ?

 JCR : D’abord le fait d’avoir fait cela chez lui avec Kent Heckman l’ingénieur du son avec qui il travaille de longue date, nous a fait gagner beaucoup de temps. Du coup, le son était fait en ¼ d’heure. Il y avait juste aussi un peu de travail à faire sur des re-recording lorsque l’on entend deux saxes sur un même morceau. Et là aussi il a été vraiment très efficace.

 N’est ce pas une prise de risque énorme de faire un premier disque en solo ?

JCR : Interpréter la musique des autres est un vrai travail d’abnégation. Se mettre au service des autres est quelque chose que j’aime faire et que je fais dans de multiples occasions comme avec Chris Culpo ou avec Jean François Baez. J’adore servir la musique des autres lorsqu’elle est aussi superbe que la leur. Mais là le solo s’imposait pour moi. Le solo est une merveilleuse manière de se connaître soi même. De livrer ma musique et aussi celle de Lacy, quelque chose que je porte vraiment en moi.

 

Le format de cet album est assez varié malgré le fait qu’il soit en solo. Il y a donc de vrais choix artistiques.

JCR : Nous avons (avec Dave) beaucoup échangé sur le choix d’un ensemble qui ne soit pas monochrome mais qui présente un ensemble assez varié. Faire en sorte que les pièces aient une variété de couleurs, dans les timbres comme dans l’écriture. Je passe ainsi du soprano au baryton et parfois aussi j’utilise les deux. J’ai surtout essayé de ne pas me répéter d’une pièce à l’autre dans cet album. Même dans la forme les morceaux vont de 1’02 à 5’20. Sur le fond je crois que quelqu’un comme Steve Lacy aurait conçu un projet comme celui là à partir d’une thématique de base (Ellington ou Monk par exemple) et serais ensuite parti dans un  travail de défrichage. C’est un peu ce que j’ai voulu faire. De plus c’est un travail qui est à la fois écrit et improvisé. J’ai voulu faire ressortir ces deux aspects. Des pièces comme First sound  ou George Perec sont en grande partie improvisées alors que celle de Alain Margoni, inspirée de Messiaen est largement écrite mais avec un background jazzy.

Pourquoi cette musique de Lacy ?

JCR : Lacy a bien sûr cette dimension spirituelle très forte. C’est un philosophe de la musique. Par les aphorismes qu’il donne aux titres de ses morceaux, par les interviews qu’il a données on voit bien que c’est quelqu’un qui a un champ de profondeur qui dépasse le simple cadre de sa propre musique. Le parcours de Lacy, sa vie entière consacrée au soprano. C’est quelque chose de très fort. Un modèle.

 

Tu as au départ un parcours issu du classique. Comment en es tu venu à la musique improvisée, au jazz ?

JCR : J’ai effectivement un cursus classique. Mon parcours est très institutionnel. Mais dès que j’ai fini mon cursus j’ai posé le ténor. En fait je ne parvenais plus à prendre le ténor sans avoir à me dire « comment faut il que je joue. Comment est il bien que je joue pour être conforme à ce que je suis censé faire ». Mais je trouvai ces préceptes un peu stériles. Je suis alors passé par une phase de rejet et surtout véritablement par une phase de désapprentissage. Il faut ce rejet pour revenir à la pratique. Cependant je crois vraiment qu’il faut en passer par cette rupture pour revenir aux bases fondamentales que mon parcours classique m’a permis, un peu inconsciemment de maîtriser. Il ne faut surtout ne pas croire que ces années d’apprentissage  sont des années perdues. C’est justement tout le contraire. Mais il a fallu passer par cette césure pour trouver ces nouvelles sensations.

 

Tu as déjà proposé ton projet en solo en public ? C’est un peu rude pour un public pas toujours averti. Quel a été l’accueil ?

JCR : J’ai été surpris. Le concert devait durer 30mn. Il en a en fait duré près d’une heure. L’accueil a été très bon. Beaucoup de gens, pas forcément musiciens n’ont pas été arrêté par l’austérité du projet. J’avais surtout peur d’avoir dit très vite tout ce que j’avais à dire. En fait je me rend compte que n’ai pas tout dit et surtout pas très vite.

Propos recueillis par Jean- Marc Gelin

 

 

L’album « Faces » est un album magnifique et assurément l’un des événement de cette rentrée. Il sortira début octobre et sera chroniqué dans les colonnes des DNJ lors de  sa sortie officielle.

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:06

JJJ DUM DUM  un polar de FELIX J, Musique Vincent ARTAUD, illustration Thierry GUITARD

 

 

B Flat – Discograph 2006-07-14

 

 

 

 

Dum Dum est une sorte d’Ovni. Un polar regroupant au sein du même objet un scénar sombre aux textes slamés de Félix J(ousserand) où la musique est signée de Vincent Artaud et le livret illustré par Thierry Guitard.

 

 

A la fois CD, BD, et roman noir il a tout d’un vrai polar. Bien au-delà des clichés, ces trois garçons là créent de véritables univers à l’hypra violence glauque. Polar entre black and White de Melville, jaune- rouge vif façon Uma Thurman- Tarantino, violence des textes et de la musique à la Jim Jarmush. 42 minutes pour une formule choc ! Déambulations du slameur dans une sorte de course poursuite urbaine, basses et boucles rythmiques entêtantes, saturations de la guitare de Gilles Coronado, textes acérés, ambiance pesante, rythme haletant. En quelques petites scènes façon synopsis le décor est planté. Beaucoup de clins d’œil se bousculent et les références sont explicites : le cinéma bien sûr mais aussi le roman noir de Robert Mallet, Michael Connelly certainement pas très loin ou encore Thierry Jonquet.

 

 

Une mystérieuse Sidonie se faufile au travers de ces 14 brèves très courtes (2 à 3 mn chacunes) où le pouvoir appartient à l’imaginaire de l’auditeur. Choses dites ou suggérées. Montrées parfois mais jamais totalement révélées par les illustrations vives et judicieuses de Thierry Guitard entre comics américains années 60 et pop art.

 

 

Créateurs d’une atmosphère un peu glauque, parfois irrespirable. Ultra violence sous jacente plus ou moins explicitée de faits divers à la brutalité d’une brève de journal., rubrique Faits divers. Puis conclusion finale qui ouvre sur toutes les hypothèses. 10.000 angles d’approche, c’est le titre de l’un des textes qui résume bien la part de liberté et d’intelligence laissé à l’auditeur/lecteur qui prend sa part à l’intrigue et se tape le recollage des morceaux. Suffoquera peut être et se laissera emporter par le débit de Félix J qui ne lâche jamais son auditeur avec un débit monocorde au rythme quasi hypnotique.

 

 

Quand à la musique,Vincent Artaud confirme dans cet ouvrage qu’il est bien l’un des créateurs majeurs de la scène musicale d’aujourd’hui. Un auteur capable de s’approprier n’importe quel univers pour nous le restituer en couleurs sonores donnant à la musique une réelle force littéraire, poétique ou dramatique comme il le fait ici. Vincent Artaud créée des atmosphères, joue avec les connivences des instruments, les amène à se rencontrer pour nous raconter ensemble des histoires qui fascinent notre imaginaire. 

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

Qu’il nous soit permis dans ces colonnes de regretter que des programmateurs par trop frileux aient décidé au dernier moment de déprogrammer « Dum Dum » prévu au Trabendo le 4 septembre.

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:06

JJ WILDMIMI ANTIGROOVE SYNDICATE: “Groove-je ?”

Label Bleu 2006

 

Boris Boublil (p, org, vc), Rémi Sciuto (as, fl, vc, bass6rhodes et Scie), Antonin Leymarie (dm, glock, harmonium)

 

Partager cet article
Repost0
3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:04

JJJJTRIO BEYOND: “Saudades”

 Jack De Johnette/ Larry Golding/ Johns Scofield

 ECM 2006

A Coutances, on savait bien qu’il s’agirait d’un événement. Car ceux qui avaient déjà eu la chance d’entendre cet album présentant dans son intégralité 2h30 d’un concert donné à Londres en Novembre 2004 n’en était pas tout à fait revenu. Car ce trio créé au départ pour jouer en hommage à Tony Williams se situe bien au-delà d’une simple formation tournant autour d’un simple « tribute to ». Bien au-delà. Beyond. Le génial batteur de Miles Davis disparu en 1997 est certes bien présent dans cet album dominé par les couleurs jazz rock des années 70. Et ce n’est certainement pas un hasard si la réédition en 2003 de l’album « Emergency » de Tony Williams en trio avec John Mc Laughin (g) et l’organiste Larry Young est ici une référence incontournable. Deux titres (Spectrum et Emergency) en sont d’ailleurs repris. Mais « au-delà » de cet exercice on voit bien que les trois hommes peuvent s’emparer de n’importe quel répertoire et lui imprimer véritablement leur propre marque. Pourquoi pas alors s’aventurer du côté de Big Nick de Coltrane ou d’un énorme standard comme I fall in love too easily pour les façonner autrement, au-delà. Et c’est dans l’espace d’un long concert, totalement affranchi des contraintes de format, que ces musiciens parviennent, en temps réel à développer avec autant de science de l’improvisation, ce son et cet espace absolument uniques. Parce que les années ont passées et que ces trois musiciens géniaux ont goûté à d’autres délices, ils transcendent totalement le jazz rock des années 70 (ou fusion) tout en sachant y rester d’une grande fidélité.

 

 

Au rock moelleux de John Scofield s’associe le son lunaire d’un Golding marchant sur les traces d’un autre fameux organiste, Larry Young. Scofield survole l’exercice, balance entre improvisations totalement débridées, citations inventives (Seven Steps), chorus fous et sonorités poisseuses à vous coller aux basques comme dans Saudade qui atteint là des sommets de guitare. Golding lui, pose le jeu, déroule le tapis et lisse les inflexions de Scofield quand il ne se transforme pas lui même en deuxième guitariste comme dans ce Seven Steps to heaven   à un moment donné (tel Coltrane/Elvin Jones), Scofield s’efface pour laisser Golding et De Johnette dans un face à face à haute tension.

 

 

Pour se convaincre que cette association là est d’une complémentarité aussi évidente que riche, il n’est que d’entendre les longues introductions à l’orgue sur As One ou sur I fall in love sur lequel Golding crée une sorte d’éther musical, une torpeur languide totalement décalée en ouverture de John Scofield qui peut alors s’emparer du thème et se l’approprier.

 

 

Mais le maître absolu de cet album, l’extra terrestre, celui qui constamment imprime sa marque est l’IMMENSE Jack de Johnette. Jamais nous n’avions entendu le batteur atteindre un tel sommet. Et s’il y en avait un seul qui pouvait légitimement rendre hommage à Tony Williams, c’est bien lui. Maître absolu des cymbales (auxquelles il rajoute des petites cymbales inversées) son jeu est tout droit issu de celui du batteur de Miles. Mais «  au-delà » il incarne là une sorte de synthèse entre le jeu de Tony Williams et celui d’un Elvin Jones, les deux grands inventeurs de la batterie jazz avant Paul Motian. Jack de Johnette s’inscrit dans leur tradition et se lâche comme rarement auparavant. Porte cet album à bout de bras. Insuffle une mise en tension permanente, structure/destructure la base rythmique tout en donnant toujours le sentiment d’être constamment dedans, innove, invente, transcende le discours des musiciens. Anime et donne le tempo comme on donne la vie. Un travail de géant. De Johnette est le seul aujourd’hui qui peut à ce point et avec autant de génie, casser les riffs, casser les structures rythmiques sans jamais, jamais porter atteinte à la dynamique dont il reste le gardien. Joue avec le feu. Inventeur inouï. Son solo sur Spectrum, à la manière d’un Billy Cobham semble venir d’une autre dimension.

 

 

On pourra certainement objecter que cet album tourne un peu en rond autour du même modèle. Qu’il présente quelques longueurs. Celles que l’on retrouve forcément en concert lorsque les musiciens ne s’imposent plus aucune limite pour « tourner autour » et créer des espaces sonores. Mais il fallait ce temps long pour nous emmener dans leur autre dimension. Nous emmener au-delà. Bien « Au-delà ».

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

(*) Billy Cobham seul batteur à pouvoir rivaliser avec Johnette sur ce terrain là, avait signé en 1973 un album qui s’appelait justement « Spectrum »

 

 

Partager cet article
Repost0
3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:03

JJJJ Bernard Struber Jazztett : « Parfum de récidive »

 

Chant du Monde 2006

 

 Survivant des Orchestres régionaux, l’ancien ORJA, devenu Jazztett, créé en 1988 par Bernard Struber à partir de la classe de jazz du Conservatoire de Strasbourg, en est à son cinquième disque, un nonet  à l’instrumentation rare (trois anches, une trompette, un violon, claviers, orgue,  guitare, batterie).

 

Après Les Arômes de la mémoire, fort réussi, Bernard Struber pensait intituler son prochain album Les arômes vol. 2 mais  le titre lui paraissait trop mercantile, et il désirait "passer à une suite parfumée ». C’est que Struber n’est jamais à court d’idées. Il continue : « Le langage courant associe souvent danger et récidive, comme dans l’expression « dangereux récidiviste », alors que se mettre en danger, c’est la situation de l’artiste, de l’improvisateur en particulier. » Le personnage ne manque pas de répartie, on s’en rend compte. Struber explore depuis longtemps tous les univers avec gourmandise, refusant chapelles et sectarismes, hélas fréquents même dans les musiques actuelles : il goûte volontiers les musiques traditionnelles d’Afrique ou d’Asie, le blues et le jazz des premiers temps, Armstrong et Zappa, ce qui ne saurait (nous) déplaire.

 

 

Quant au musicien, il joue de l’orgue mais aussi du piano et de la guitare. Sa direction souple mais orientée ne laisse point de doute : il ne faut pas attendre longtemps après l’ouverture lente, élégamment songeuse, du premier thème (« Prélude à l’inattendue ») pour reconnaître un vrai son de groupe dans le titillement joyeux des anches qui s’emballent au son d’une batterie déchaînée.

 

 

 Ça joue vite, fort et bien. Les amateurs de musiques non exclusives apprécieront les ruptures de rythme entre et au sein même des morceaux, l’alternance de pièces rêveuses et très contemporaines (la clarinette et clarinette basse de Jean-Marc Foltz dans  la petite suite des «  parenthèses du silence ») avec le rock le plus ardent. Il est vrai que la rythmique est conduite de façon impériale par Eric Echampard, sans doute le batteur le plus doué pour effectuer le passage, toujours délicat, entre jazz et rock ("Fécondation in rythmo"). Difficile d’isoler des titres car l’ensemble s’écoute d’une traite, l’architecture globale ménageant des transitions au final plus subtiles qu’on aurait pu le croire. Titres toujours singuliers, inattendus, à l’image du chef et de ses hommes. Cette musique accroche immédiatement, on ne sait trop où elle nous conduit, elle ne se laisse pas faire et résiste à toute tentative d’interprétation trop rapide. Ce qui évite de s’enliser dans un ennui trop... prévisible justement.

 

 

Voilà en quoi Bernard Struber a le mieux retenu la leçon de Zappa : dans l’art de pratiquer des superpositions élégantes et des collages qui désarçonnent, l’art de toujours prendre l’auditeur par surprise, tout en lui promettant pourtant de le conduire jusqu’ « Aux Portes du désir ». Pour avoir une des clés de la musique de ce superbe Jazztett, écoutons encore Struber : « D’un point d’ouïe musicale, ces musiques ont été conçues et interprétées dans l’imaginaire du rock, oxygène majeur de notre éveil à la musique ». Ce n’est pas seulement une question de génération ; c’est le plaisir des sens, le goût non pas de la provocation mais d’une saine rébellion, l’urgence de la déclaration, que fleure bon l’arôme rock  issu du corps même de la forme jazz.

Sophie Chambon

 

 

Partager cet article
Repost0
3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:02

JJJ LAURENT MARODE : « I mean »

 

 

autoprod 2006 (*)

 

 

 

 

 

 

 

La découverte de cet album nous plonge directement dans une esthétique que l’on connaît bien. Un esthétique des albums Blue Note ou Contemporary. C'est-à-dire en fait dans la mouvance (néo) hard boppienne des années 60 pour un album qui aurait tout aussi bien pu être enregistré du côté de Englewood Cliffs, New Jersey. Pourtant le jeune élève de Katy Roberts qui signe là son premier album, apparaît comme un compositeur soucieux de perpétuer cette tradition du jazz mais aussi de la dépasser. Discrètement, par petites touches astucieuses, Marode sait sortir des canons du genre : décalages, ruptures de séquences, doublement des tempis, contrepoints astucieux brouillent les pistes histoire de nous faire hésiter entre Benny Golson et Andrew Hill (comme dans ce I mean faussement linéaire et faussement déstructuré aussi). Énergie ternaire et swing dominent l’album qui s’appuie par ailleurs sur de  très grands solistes. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore ils ont là une chance de découvrir le formidable saxophoniste, David Sauzay. Car ce garçon possède dans son jeu une vraie élégance. Celle d’un phrasé sûr et puissant mais avec  cette pointe de nonchalance qui nous fait penser irrésistiblement au jeu de Harold Land (La petite ourse et surtout Petit Conte Gerry). Tiens d’ailleurs, Gerry puisque l’on en cause, parlons en ! En voilà bien un qui est un génial dans son coin ! Genre renard des surfaces à se faire oublier et à vous sortir un growl de la mort qui tue. Gerry Edwards, l’américain de service, compagnon d’armes recherché sur la scène française, Gerry Edwards, la sombre légèreté du trombone. La sauvagerie civilisée, maîtrisée. Genial ! On restera un peu sur notre réserve sur Rasul Siddik aux contours parfois un peu caricaturaux mais avec cette formidable capacité à salir le son histoire de bien montrer que ce n’est pas un truc pour minots de bonne famille.

 

 

Quand à Laurent Marode, il possède son sujet. Maîtrise cette part du jazz. Laurent Marode n’est pas d’ici ni vraiment d’aujourd’hui. Il est allé chercher ce jazz que l’on aime tant du côté de la 52° rue. Il nous l’offre ici avec une parfaite maîtrise de ce qu’il a déjà entendu.  Et ce qu’il a entendu hier n’a pas pris une ride. Marode nous en fait là une bien brillante démonstration.

 

 

Jean-marc Gelin

 

 

Partager cet article
Repost0
3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:01

JJJ PATRICK FAVRE: « Intense»

 AxolOtl 2006

 Avec Patrick Favre on découvre un pianiste de la profondeur. Un peu comme une plongée au milieu d’abîmes mystérieuses où les ombres semblent un peu plus étrange émergeant d’un bleu à la fois fluide et sombre. Les compositions riches de Patrick Favre y sont envoûtantes. Compositions jouant sur les atonalités et les gammes chromatiques ainsi que sur un jeu dodécaphonique qui utilise tous les intervalles, explore autour d’un même thème toutes ses déclinaisons modales.

 Son jeu qui utilise plutôt la partie gauche et médium du clavier possède cette sombre clarté que l’on retrouve chez quelques pianistes de ses contemporains. On pense à Svensson mais surtout à la gravité d’un Brad Meldhau au discours qui sans être pesant est cependant dénué de toute légèreté. Discours orienté vers la profondeur des harmonies, les ruptures rythmiques et une sorte de résonance pastel. Mais  aussi discours rigoureux bâtit sur une belle assise rythmique à l’encadrement presque géométrique. Le contrebassiste nîmois, Guillaume Séguron déjà entendu aux côtés de François Raulin et Marc Mazzillo excellent à la batterie, contribuent tous deux à la mise en tension de ces compositions denses comme dans ce Thalie où elle possède à la fois la rigueur de ceux qui délimitent un territoire et l’anarchie retenue de ceux qui font un peu bouger les frontières, permet au pianiste d’explorer avec une grande délicatesse un univers fascinant. Intense, en milieu d’album donne une autre respiration, une sorte de balancement ternaire. Cette construction intelligente de l’album présente en revanche un caractère parfois répétitif où la déclinaison d’un motif central en différentes couleurs tonales tourne en rond autour de la même structure harmonique. On en arrive presque à guetter la perte de contrôle, l’atonalité non voulue. Le petit grain de folie. Mais on se laisse séduire par ce pianiste rare, remarquable compositeur dont la densité du jeu possède une vraie personnalité. Un charme troublant.

 

 

Jean Marc Gelin 

 

 

Partager cet article
Repost0
3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:00

JJJ TRIO RESISTANCE: « Etat d’Urgence»

 Cristal 2006

 Ça commence comme une longue plainte lancinante, grinçante suivie d’une mélopée, sorte de chant d’espoir qui se perdrait lentement dans quelques profondeurs. Patria de multitudes chant révolutionnaire des plateaux andins autrefois repris par les Quilapyun ouvre l’album. Il laisse place ensuite à la rage et la fureur d’un sax ténor dont les raucités font irrésistiblement penser à Sonny Rollins et ouvre un dialogue avec la batterie comme pour faire parler la foudre (Abacus de Paul Motian). Car Trio Résistances pour son troisième album reste résolument ancré dans une musique de combat. Alors que l’on se souvient du travail de Mirabassi sur « Avanti », le trio ici associe à quelques grands thèmes de la lutte, comme ce Pueblo Unido sublimement reconstruit et revisité, leurs propres compositions. Le saxophoniste Lionel Martin signe ainsi des pièces remarquables comme ce Blues for Steve ou ce splendide Lune Rouge, où  après une introduction mariant le soprano et l’archet, il déploie un sens rare de l’espace et conclut par une sorte de chant que l’on croirait venue de la lande Sud africaine. Avec un vrai sens de  la profondeur mélodique. Car cet album concilie toujours la liberté de l’improvisation parfois rageuse, parfois violente et le chant porteur d’espoir. Et musicalement ce trio là montre de fort belles choses dans des formats à géométrie variables entre trio et duo, apaisement et rage. Lionel Martin surprend par la sonorité très douce qu’il déploie au saxophone baryton et par la plénitude du son qu’il offre parfois (pas toujours) au saxophone soprano (Blue for Steve). A ses côté à la contrebasse, Benoît Keller est une révélation dont on aime les rondeurs, son agilité de chat capable de se dédoubler rythmiquement (Army of Her) et enfin la très grande présence mélodique (Pueblo Unido). Ses dialogues avec Bruno Tocanne où ce dernier  apparaît comme un véritable catalyseur dans des moments de jazz libre, déploient autant d’énergie que de finesse (L’issue).

 

 

 

 

 

Avec un sens admirable de la construction cet album se termine comme il a commencé. Étrange  et poétique conclusion en effet où la création de grands espaces laisse entrevoir tous les possibles. Progressivement les musiciens disparaissent, la musique s’éteint et ne reste plus alors qu’un riff seul à la caisse claire qui lentement se perd. Mais la musique ne peut pas se terminer. Elle se poursuit ailleurs. Dans l’imaginaire de l’auditeur. Et dépasse largement le cadre de cet album prenant.

 

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

 

Partager cet article
Repost0
3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 22:58

JJJJ HELENE BRESCHAND: « Le goût du sel »

 D’autres Cordes 2006

 Avec cet album de harpe solo d’Hélène Breschand, on est très loin du romantisme habituel de l’instrument. Ici c’est la face tranchante et âpre de la harpe qui est explorée avec  une large palette sonore. La harpiste se livre éperdument dans un corps à corde fusionnel avec son instrument, une relation très intime, extrêmement personnelle et intense. Elle râpe, cogne, pince, gratte, frotte, racle, effleure, les cordes de sa harpe acoustique ou électrique. Son instrument vibre, résonne et respire merveilleusement. Il est multiforme et sous ses doigts tout semble possible : clavier, orgue, guitare électrique, percussions, harpe africaine, arbre de pluie ou sanza, l’instrument des griots africains. Hélène Breschand s’intéresse à la matière sonore, qu’elle utilise comme de la glaise. Des sons triturés, saturés, amplifiés, déformés, métalliques, profonds, électriques, grinçants,  qui créent un univers fantomatique, violent, intemporel. A l’image de cette usine-cathédrale désaffectée que l’on croit distinguer sur la pochette de l’album, sublime et abandonnée. Mais il y a aussi de la chair et du sang dans la musique de Breschand. « De chair, de sueur et de sang, la vie palpite et s’agite, comme des cristaux de sel croquant sous la langue… ». De la chair sensuelle comme celle de Salomé, cette princesse juive qui d’après l’Evangile danse devant son oncle Hérodote Antipas, pour obtenir la tête de Saint Jean-Baptiste ; de la chair passionnée comme celle de Penthésilée (Le festin de Penthésilée), reine des Amazones, amoureuse des guerres cruelles et tueuse sans le vouloir de sa sœur Hippolyté, qui sera tuée par Achille pendant la guerre de Troie. Celui-ci tombera amoureux de sa victime après lui avoir ôté la vie et son armure. Toujours la violence. Même les mots chuchotés sont cinglants et sans concession (L’enfant gâtée). Hélène Breschand est une conteuse inventive et virtuose. Elle nous guide dans cet univers onirique.  Tous nos sens sont en éveil. Cet album est une superbe découverte.

 Régine Coqueran

 

 

Partager cet article
Repost0