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18 décembre 2023 1 18 /12 /décembre /2023 17:34

Gigantonium 2023

Hélène Duret (clb,vc), Maëlle Desbrosses (vl, vc), Pierre tereygeol (g) + Emile Parisien(ss)

 

Suzanne c’est un trio mais c’est tout d’abord un son. Et quel son ! Et si en plus il s’agit d’un trio augmenté avec l’apparition du saxophoniste Emile Parisien sur plusieurs titres, alors là on touche à une sorte de splendeur d’intensité.

La musique de Suzanne, écrite en grande partie (mais pas que) par le (génial) guitariste Pierre Tereygeol est loin d’être simple. Bien au contraire. Les structures sont complexes. Mais de ces structures qui refusent toute linéarité du discours s’échappe une narration poétique, intime, qui parle au cœur et aux sens. C’est un peu comme entrer dans un paysage dont on ne connaît rien et de se laisser émerveiller ou surprendre par tout ces chemins détournés.

On pourrait qualifier leur musique de musique de chambre mais ce serait trop simple. Il est vrai pourtant qu’ils jouent une musique de proximité. Comme s’ils chuchotaient une sorte de secret à des amis proches ( nous en l’occurrence).

Hélène (Duret), Pierre Tereygeol (g) et Maëlle Desbrosses (vl), parcourent les scènes de France et d’ailleurs depuis quelques années et cela s’entend tant leur entente tourne musicalement au symbiotique et tant le son des trois fusionne. Dans une sorte d’écoute mutuelle, ces trois là se croisent, enchevêtrent leur son, se retrouvent à l’unisson dans un mouvement perpétuel et tournant.

Et puis, il y a Emile Parisien, que bien sûr on ne présente plus et qui dans cette instrumentarium original allume un feu tellurique, comme l’éruption d’un volcan incandescent avec un lyrisme exceptionnel.

Pas de doutes on est sous le charme et totalement conquis par cet album de ce jeune groupe que jazz Migration avait déjà repéré comme un talent prometteur.

Avec eux, les frontières entre le classique, jazz et musique contemporain n’existent plus. Ou plutôt elles communiquent par les innombrables portes qui s’ouvrent sur des espaces fascinnts.

Choc et coup de cœur réunis.

Jean-Marc Gelin

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18 décembre 2023 1 18 /12 /décembre /2023 14:08

     Deux livres à offrir pour les fêtes, un témoignage d’une période flamboyante du jazà New-York, les années 60-70 sous l’œil de la baronne Pannonica de Koenigswarter, née Rothschild (1913-1988).
     La mécène du jazz prenait plaisir à saisir avec son Polaroïd ses amis de la note bleue dans sa maison de Weehawken (New Jersey), dominant Manhattan, mais aussi dans les clubs et en tournée. Qu’importe la qualité de reproduction de ces photos, victimes d’une mauvaise conservation, nous tenons là une immersion dans l’univers des jazzmen d’une rare charge émotionnelle.


     Sa petite fille, Nadine, avait publié de manière posthume un ouvrage (« Les musiciens de jazz et leurs trois vœux » . Pannonica de Koenigswater. Editions Buchet Chastel, 2006), présentant 300 témoignages, révélant des personnalités fortes, touchantes, drôles.


     A la question "Si on t’accordait trois vœux pouvant se réaliser sur le champ, que souhaiterais-tu ?" Dizzy Gillespie avait répondu : « Ne pas être obligé de jouer pour de l’argent, la paix dans le monde pour toujours et un monde où on n’aurait pas besoin de passeport » tandis que Miles Davis se limitait à un seul vœu « Etre blanc ! ».


     La nouvelle édition, augmentée de photos est présentée avec une nouvelle photo de couverture, certes toujours dédiée à Monk, mais où celui apparaît vêtu d’un manteau et d’une toque de fourrure de la Baronne. On y apprend, par la publication d’échanges de courriers datant de 1967, qu’une grande maison d’éditions américaine (Random House) avait refusé la publication de l’ouvrage adressé (textes et photos) par Pannonica, au motif que « Malgré l’intérêt considérable pour le jazz, les livres sur le sujet ne connaissent généralement pas de grand succès ». « Les trois vœux » attendront près de 40 ans avant d’être publiés par un éditeur français.


     Buchet-Chastel propose également dans un autre ouvrage, « L’œil de Nica », d’autres photos inédites de Pannonica de Koenigswarter retrouvées dans des malles de la maison de Weekhaven, « Cathouse » où vécut jusqu’à sa mort en 2021 à 92 ans le pianiste Barry Harris.

 

     Dans ce reportage de photos intimes mais jamais indiscrètes, le sujet principal demeure Thelonious Monk qui vécut à Cathouse les dix dernières années de sa vie (1917-1982). Pas moins de 80 photos du pianiste en club, dans la rue, à Weekhaven, avec des copains musiciens, son épouse Nellie, ses enfants. Dans cette galerie de portraits, figurent aussi les stars de l’époque (Billie Holiday, Coleman Hawkins, Sonny Rollins, Bud Powell, Ornette Coleman…) et des dizaines d’inconnus (qui n’ont pu être identifiés, reconnaît l’autrice qui compte sur la mémoire des experts pour y rémédier).

 

     L’intérêt de « L’œil de Nica » tient à ces expressions, ces positions des musiciens, dans l’action de jouer, dans l’inaction du sommeil. « Ce sont des photos de la réalité crue, factuelle, de l’instant volé puis imprimé façon coupure de journal », souligne en préface le pianiste et auteur d’une biographie remarquée de Monk, Laurent de Wilde.

 


Jean-Louis Lemarchand.

 

« L’ŒIL DE NICA », Photographies de Pannonica de Koenigswarter. Textes de Nadine de Koenigswarter et Laurent de Wilde. Editions Buchet Chastel. Septembre 2023.

« LES MUSICIENS DE JAZZ ET LEURS TROIS VŒUX », Pannonica de Koenigswater. Préface de Nadine de Koenigswarter. Editions Buchet Chastel. Nouvelle édition augmentée. Septembre 2023.

 

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18 décembre 2023 1 18 /12 /décembre /2023 11:22

Nils Wogram : "The Pristine Sound of Root 70"
Nwog Records


Nils Wogram (trombone, melodica), Hayden Chisholm (saxophone alto), Matt Penman (contrebasse), Jochen Rueckert (batterie)


Nils Wogram ou “The rebirth of the cool” !

Le tromboniste allemand Nils Wogram (51 ans) fait son retour et c’est back to basis. Et voilà qui fait un bien fou. Celui qui avait été repéré il y a quelques temps par Michel Portal (que nous avions pour certains, découvert dans « MP 85 ») et qui avait été lauréat l'an dernier de l'Académie du jazz semble ici s'accorder une sorte de pause dans son parcours musical pour revenir à quelques fondamentaux.
Ces bases sont celles qui ont peuplé son univers de tromboniste de jazz. Elles vont de Jay Jay Johnson à Bob Brookemeyer en passant par Albert Mangelsdorff. Elles puisent aussi dans le quartet pianoless de Gerry Mulligan.
Dans une formation dont la plupart des noms (à l’exception du génial Matt Penman) nous sont inconnus (on apprécie la découverte du saxophoniste néo-zélandais Hayden Chisholm dans un son à la Warne Marsh), Nils Wogram se laisse aller au plaisir simple du jazz. Entendons-nous bien : simple dans le sens où tout semble couler de source et ù le plaisir de jouer y semble évident autant que raffiné.

Dans une sorte de cool attitude, le quartet se balade entre les tempos et les atmosphères avec un petit côté old fashioned décomplexé sans jamais donner dans la facilité.

A ceux qui voyaient dans Nils Wogram un musicien un peu cérébral, il donne ici une sorte de leçon sur son instrument. Sa formation se connait parfaitement bien, a tourné ensemble de nombreuses années et de faufile dans la musique avec une douce agilité. L’entente est donc parfaite.

Et Wogram de faire la démonstration subtile de la force tranquille !

Jean-Marc Gelin

https://youtu.be/TpGjaGaaRH8?si=a-61Ru1zB3o7ApAP

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9 décembre 2023 6 09 /12 /décembre /2023 17:31

 

Miguel Zenon (saxophone alto)

Dan Tepfer (piano)

New York, 19-20 juin 2018

Main Door Music

https://dantepfer.bandcamp.com/album/internal-melodies


 

Un duo enregistré voici 5 ans, et qui paraît enfin ! Car cette musique est d’une qualité et d’une créativité qui rendait urgente sa parution. En l’écoutant, je ne peux m’empêcher de penser à Lee Konitz, dont Dan Tepfer fut le partenaire privilégié durant une dizaine d’années, et que Miguel Zenon reconnaît pour une influence majeure. Il faut dire aussi que Dan et Miguel jouent en duo depuis près de dix ans. Et dans leur manière d’improviser, je retrouve cette liberté qui existait chez Konitz : on entre dans la phrase comme par une porte vers l’inconnu, et pourtant tout s’édifie dans la cohérence, la clarté, mais aussi le vertige. Des compositions de l’un et de l’autre, et aussi deux thèmes (des improvisations ?) en commun, voisinent avec l’une des Études pour piano de Ligeti (Fanfares), et l’indispensable hommage à Lennie Tristano (et à Konitz) : 317 East 32nd Street. D’un bout à l’autre du disque, un formidable moment de connivence, d’intelligence musicale et joie de jouer : jouissif pour qui écoute !

Xavier Prévost

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9 décembre 2023 6 09 /12 /décembre /2023 11:15

       Un titre à lui seul, « Night Cap », résume la vie et le style de Michel Sardaby qui vient de disparaître le 6 décembre à l’âge de 88 ans.
     Cette composition donne son titre à un album enregistré en 1970 avec deux comparses aussi occasionnels que brillants, Connie Kay (batterie) et Percy Heath(contrebasse), heureux de quitter un moment la rigueur du MJQ.


     ‘Night Cap’, c’est le dernier verre avant de se mettre au lit. Le martiniquais Sardaby s’y entendait, lui l’amateur de rhum, à distiller rythme et mélodie dans ce style be-bop bien reconnaissable. Un style qui lui assura au Japon une renommée comparable à celle d’une autre icône du jazz français, Barney Wilen.

     Éternel insatisfait, Michel Sardaby, enseignant respecté, avait depuis longtemps abandonné tout travail au service des autres. Sa conception du jazz était inchangée depuis ses premières prestations dans une brasserie à Fort de France avec des musiciens américains de passage : une musique festive ! Et pour illustrer son propos, ce jour de 2008 lors d’un entretien avec l’auteur de ces lignes, Michel Sardaby s’installait à son piano, un Pleyel 1934 et interprétait une de ses compositions, « Night Blossom », une œuvre finement ciselée dans les mains de cet ancien élève de l’école Boulle.

 

 


Jean-Louis Lemarchand.

 

©photos Jean-Luc Noël et Pierre de Chocqueuse.

 

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5 décembre 2023 2 05 /12 /décembre /2023 10:26

Giles Coronado (guitare, composition), Olivier Laisney (trompette), Christophe Lavergne (batterie)

Invitées : Sarah Murcia (synthétiseur), Élodie Pasquier (clarinette)

Moulin-sur-Ouanne (Yonne), février 2023

Onze Heure Onze ONZ 051 / Socadisc

https://gillescoronado.bandcamp.com/album/la-main-2?fbclid=IwAR1YWKxUenNK9JukgXxQOtPGeNbHXOM7lInp8gX4-XGDz18kpII1prL9X0k


 

Ce disque est comme un manifeste de singularité : par son instrumentation de base (trio guitare-trompette-batterie) ; par l’accueil d’invitées qui partagent ce même tropisme d’identité artistique singulière ; par la référence à toutes les expressions qui incluent la main, de la main ferme à la main tendue en passant par ‘ma main dans ta gueule’…. Et parce que les cinq doigts du quintette n’empêchent pas d’envisager les trois ou quatre doigts du trio ou quartette. Libre donc, inclassable aussi : on ne s’en étonnera pas. Tous les artistes de ce disque sont des électrons libres, habités par l’exigence musicale, le refus des facilités des courants dominants, tout en prônant et pratiquant une musique dont les portes d’accès, ouvertes aux perceptions les plus immédiates, offrent aussi des trésors de finesse, et de complexités en cascade qui se révèlent à chaque écoute. Cela fait maintenant plusieurs décennies que j’écoute Gilles Coronado, dans ses propres groupes ou en sideman, et chaque fois je me dis : voilà un talent essentiel, foncièrement original, d’une grande richesse sur le plan du répertoire, de l’improvisation, comme de l’instrument. Mélancolique ou incisif, abstrait ou immédiat, selon les instants, ce disque confirme, une fois encore, l’immense plaisir à écouter et redécouvrir chaque fois une nouvelle facette d’un Art que l’on croyait familier.

Xavier Prévost

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Le groupe est en concert le mercredi 6 décembre à Paris, au Studio de l’Ermitage, en co-plateau avec le groupe Abhra de Julien Pontvianne

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Des avant-ouïr sur Youtube

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4 décembre 2023 1 04 /12 /décembre /2023 10:50

Daunik Lazro (saxophone ténor), Benjamin Duboc (contrebasse), Mathieu Bec (batterie)

Paris, 17-18 novembre 2022

Dark Tree DT 18

http://www.darktree-records.com/en/daunik-lazro-benjamin-duboc-mathieu-bec-%E2%80%93-standards-combustion-%E2%80%93-dt18

 

Une manière de saluer de grands thèmes (Ayler, Lacy, Shorter, Coltrane) dans un CD dont le recto et le verso font explicitement référence à l’esthétique des pochettes Blue Note des année 50-60 (photo, graphisme, mise en page, police des caractères). Le choix de ces standards (qui n’en sont pas tous vraiment : Deadline de Steve Lacy a été enregistré par lui 2 ou 3 fois dans les années 80 ; Love et Vigil de Coltrane n’ont pas inondé sa discographie, et me semblent peu repris). L’essentiel est ailleurs : dans l’évocation amoureuse de thèmes qui ont marqué le trio, qui les fait revivre à sa manière, et les emmène parfois ailleurs : ainsi Nefertiti de Wayne Shorter est très différent de la version historique avec Miles Davis en 1967. Il s’agit bien, comme le titre de l’album l’indique, d’enflammer ces standards d’une nouvel embrasement (voir les reprises de Ghosts de Mothers d’Albert Ayler). Une composition de Daunik Lazro en hommage à Lacy, et deux improvisations collectives, complètent ce bel objet musical, enregistré aux Instants Chavirés : un de sorte de cri d’amour vers le jazz qui nous a fait vibrer, et qui n’a pas cesser d’émouvoir les générations successives de jazz fan.

Xavier Prévost

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3 décembre 2023 7 03 /12 /décembre /2023 17:43

SULLIVAN FORTNER : " Solo game"
Artwork records 2023
Sullivan Fortner ( p, fender, orgue hammond, vb,celesta, moog, vocoder etc….)

Quel curieux album que ce double album que nous livre le pianiste Sullivan Fortner !

Curieux au point que l'on pourrait presque parler d'un léger malaise à l'écoute des faces plus modernes de ses "solos" tant elles contrastent avec la version plus classique (et néanmoins sublime) de ces standards de jazz en solo et en mode soulful.
L'ancien pianiste de Cecile Mc Lorin affiche aussi son entière et imprescriptible liberté et ne peut laisser indifférent et sur le second volet de ses solos en grande partie de ses compositions et interpelle l'auditeur qui se trouve alors devant un espèce d'OVNI musical.
Si la première version est très classique et acoustique elle n'en est pas moins inspirée. Elle parle de la relation du pianiste de la Nouvelle  Orléans à son histoire classique du jazz. L'exercice est connu et l'expérience du pianiste brille avec l'extrême sensibilité qu'on lui connait jusqu’à nous faire chavirer sur des standards comme I didn’t know what time it was ( R. Rodgers) ou encore Come Sunday ( Duke Ellington)

L'autre visage de Sullivan Fortner est en revanche aussi captivant que « malaisant ». Avec une incroyable liberté, Fortner se joue de tous les codes en vigueur. Joue la carte de la modernité dérangeante. Celle qui bouscule nos habitudes un peu formatées. Puisque c'est bien cela : ces plages sont hors format. La pianiste joue là comme un gosse avec tous les outils électroniques dont il dispose, cree des motifs bizarre et des dissonances extra-terrestres. On est un peu dans la bande-son d'un video game où se mêlent un thème inspiré d’Harry Potter et une Valse du petit chien ( Chopin) presque dérangeante dans son interprétation «  carroussel ».
Ce double album relève de l'expérience et démontre en tous cas que Sullivan Fortner est tout aussi conscient de ses racines du jazz que de la nécessité de s'en affranchir. De la beauté d’être bousculé ou dérangé.
En un certain sens, si l’at est révolutionnaire, l’ouvrage de Sullivan Fortner est véritablement artistique….. et novateur.
Jouissif !
Jean-marc Gelin

 

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28 novembre 2023 2 28 /11 /novembre /2023 08:01
Sait on jamais  Jonathan Orland joue Serge Gainsbourg avec Jean Michel Pilc

Sait on jamais

Jonathan Orland joue Serge Gainsbourg avec Jean Michel Pilc

 

Label Klarthe

www.klarthe.com

Sortie du CD le 17 novembre 2023

Concert au Sunside le 20 décembre 2023

 

 

On retrouve avec plaisir depuis Something Joyful, le saxophoniste Jonathan Orland dans un nouveau projet en duo cette fois, avec un autre pianiste que Stéphane Tsapis ( leur dernier Cd sorti en 2022), puisqu’il s’agit de Jean Michel Pilc, enseignant rencontré à Montreal. C’est que le saxophoniste nous revient après un séjour de quatre ans au Canada et il a choisi de célébrer ce retour avec un répertoire qu’il aime particulièrement, celui de Serge Gainsbourg, un mélodiste de rêve. Une matière riche et inspirante toujours car ce Sait on jamais n’a que peu à voir avec le trio d’André Manoukian ou l’Homme à la tête de chou en Uruguay du tromboniste Daniel Zimmermann pour ne citer que deux des musiques entendues récemment.

Sait on jamais donne le titre à l’album et justifie en un sens la photo de la pochette. Avec ce sixième album depuis l’inaugural Homes en 2012, on remarque que Jonathan Orland aime changer de formation comme pour marquer une étape dans son évolution et sa quête musicienne.

Treize compositions toutes de Gainsbourg furent choisies dans des disques différents qui couvrent une grande partie de la carrière de l’artiste, avec une prédominance des albums des années soixante et soixante-dix. Si on retrouve de tubes comme “Couleur Café”, “la Javanaise”, “Bonnie and Clyde” ou la “Ballade de Melody Nelson”, j’avoue que je ne connaissais ni “Baudelaire” de l’album Serge Gainsbourg n°4, de 1962, ni “Sait on jamais” (où va une femme quand elle vous quitte?) de Confidentiel en 1963. Tous deux aiment la (bonne) chanson française et ce répertoire s’il n’est pas nécessairemnt facile, les autorise à se faire plaisir dans un jeu spontané, immédiat. On s’abandonne volontiers à ce duo instrumental, sans cliché où le swing constant n’est jamais forcé. Le phrasé langoureux et lyrique, assez rond de l’altiste est soutenu par l’énergie rythmique du pianiste, parfait contrepoint.

On appréciera leur art de la reprise intelligent et sensible, la science commune du duo à retravailler ces standards de la grande époque de Gainsbourg : une maîtrise rare en changeant le tempo sur la ligne de basse de “Bonnie and Clyde”, un changement de métrique sur la “Javanaise” dématurer la mélodie chantée à l’époque. 

Une aventure musicale due au hasard d’une rencontre qui va se révéler des plus fécondes, où l’improvisation semble immédiatement naturelle : seulement une heure et demi de répétitions, une demi journée de studio.

C’est encore Jonathan Orland qui en parle le mieux dans ses notes de pochette : la musique de Gainsbourg, par delà les styles musicaux touche à des émotions complexes et souvent contradictoires, passe du sophistiqué au trivial,mêle classicisme et avnt-garde, profondeur et légèreté.

 

 

Sophie Chambon

 

 

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27 novembre 2023 1 27 /11 /novembre /2023 11:40

Jean-Christophe Cholet (piano & direction), Matthieu Michel (bugle), Didier Ithursarry (accordéon), Frédéric Chiffoleau (contrebasse), Sara Chenal & Virginie Turban (violons), Catherine Demonchy (alto), Claire-Lise Demettre (violoncelle)

Paucourt (Loiret), février 2023

Infingo INF 320211 / l’autre distribution

 

Le pianiste et compositeur creuse le sillon, tracé avec constance depuis plus de deux décennies en compagnie du bugliste Matthieu Michel : après «Whispers», en quartette, enregistré en 2014, il y eut «Extended Whispers», en quintette, enregistré en 2018 (chronique ici). Cette fois c’est un quartette augmenté du quatuor à cordes Sine qua non. Ce qui frappe, comme toujours chez ce musicien, c’est la densité et la finesse des harmonisations : le quatuor à cordes paraît n’avoir aucun secret pour lui. Et la confrontation-collaboration-osmose entre le quartette ‘de jazz’ et le quatuor est formidablement féconde. La touche mélancolique est toujours très prégnante, tempérée par les accents rythmique, entre les pizzicati du quatuor et le phrasé du quartette. On entend comme souvent des emportements lyriques qui se métamorphosent dans les interventions solistes. Dans les glissements progressifs de l’harmonie de So British, le mélomane de base que je suis retrouve les sensations éprouvées à l’écoute de Samuel Barber (un Nord-Américain, mais venant d’un état, la Pennsylvanie, encore un peu british), de Silence de Charlie Haden, voire de John Graas (né comme Haden dans l’Iowa, pas vraiment british), corniste qui composa dans les années cinquante un jazz qui me semblait influencé par la musique anglaise des siècles anciens. Comme d’habitude, le chroniqueur cède aux phantasmes de jazzophile transversal, et pas toujours pertinent…. Très beau dialogue au fil des plages entre les solistes de jazz, Jean-Christophe Cholet en tête, et le quatuor ; magnifique expressivité de Matthieu Michel et Didier Ithursarry, et permanence d’une inspiration musicale qui a puisé dans toutes les sources du vingtième siècle. Bref de la très belle musique de jazz… et d’ailleurs, à découvrir d’urgence !

Xavier Prévost


 

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