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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 13:17
Machado/ Ithursary un duo voyageur

Uppercut : rue Sainte, Marseille (7ème)
Jeudi 24 mars, 21heures
https://www.youtube.com/watch?v=oaeGdcz8QW0
www.didierithursarry.com
www.jeanmariemachado.com

C’est à Marseille, au bout de la rue Sainte dans le quartier historique de l’abbaye de St Victor (Vème siècle de la chrétienté) et du four aux navettes, encore plus célèbre dans la cité phocéenne, que se déroule cette scène. Un quartier ou plutôt un lacis de ruelles qui se « boboisent», centre nocturne de la jeunesse qui sort à Marseille. Le club de jazz, l’Uppercut n’est sans doute pas pour rien dans cette initiation. La salle du haut donne dans une restauration rapide, pas toujours rapidement servie, avec à la carte, une sélection intéressante de bons vins. La cave accueille des concerts en première partie de soirée avant que les DJs ne s’installent pour continuer la fête.
En ce jeudi soir, l’une des soirées actives en semaine, se produisait le duo Jean Marie MACHADO/ Didier ITHURSARRY dans un programme de reprises et de créations, rodant leur prochain album. En une vingtaine d’années, Jean-Marie Machado a enchaîné des projets très différents, tout en suivant le fil de sa propre histoire musicale. Vivant la musique plus comme un passeur qui compose que comme un chercheur, il intègre les musiques, et leur intime poésie dans une direction nouvelle, plus personnelle, effectuant sa propre synthèse. Difficile de renier ses origines, il y a également du chant dans la musique du basque Didier Ithursarry, le «kantuz» qui exprime dans cette langue difficile et mystérieuse, « l’instant présent où l’on chante». Du lyrisme, il y en aura donc dans leur musique commune. Et de la danse encore et toujours, les deux hommes ne se sont-ils pas connus dans l’orchestre de Jean-Marie Machado DANZAS, il y a près de dix ans ?
Une invitation à la danse avec des rythmes vifs, comme cette valse « Little Dog Waltz » qui sans faire forcément écho à Ravel, rappelle qu’elle n’est pas synonyme des seuls plaisirs bourgeois. L’accordéoniste vient aussi du bal et de cette tradition populaire, qui n’est pas un folklore imaginaire. Le fado a une place particulière dans le cœur de JM Machado. Rappelez-vous de ce superbe album Sœurs de sang (Le Chant du Monde, 2007) où il réunissait le blues de Billie Holiday et la « saudade » d’Amalia Rodriguez, pour faire vite. Il disait alors souhaiter trouver «entre les rives du fado et du jazz un endroit sensible et commun».Le dernier morceau sera donc un fado (qui ne figurait pas dans le disque cependant), pour restituer le mystère du fado et la nostalgie du blues.
Ainsi, partant de ce socle qui les constitue, de leurs racines, le pianiste et l’accordéoniste nous emmènent fort loin. Ils font leur jazz, pour nous, un jazz de rêve, avec cette faculté de changer à chaque nouvel album, car cette musique accepte dérives et courants. S’ils se connaissent, ces deux musiciens ne tombent pas dans les chausse-trappes de l’habitude, même quand ils recyclent des compositions plus anciennes, comme ce «Blue Spice» du CD Eternal Moments de 2010 (Dave Liebman/ JM Machado) très monkien. Quand ils « arrangent», reconstruisent avec humour et une réelle habileté dans l’improvisation, le jazz revient toujours d’une façon ou d’une autre, se déjouant de toutes les formes classiques, revisité dans « JSB » en hommage au Cantor de Leipzig, ou prenant autrement qu’en si bémol mineur, le célèbre Nocturne de Chopin opus 9 n°1, qui devient alors une mélodie de film noir, une ritournelle lancinante. Leurs propres compositions renvoient elles aussi des échos, prélude à la découverte de leur imaginaire. Jean Marie Machado a un univers mélodique, vif et énergique, que ce soit dans ce bel « Aspirez la lumière» plein d’espoir ou dans le plus tourmenté et rageur «Broussailles» qui évoque les ravages de la tondeuse à gazon, « serial killer » des plantes et herbes folles....Quant à la «Berceuse» de Didier Irthussary, d’une douceur élégiaque, elle me renvoie, allez savoir pourquoi, à ce délicieux « Song of India », plus du côté de Chris Cheek que de Tommy Dorsey ?
Le jazz est la musique choisie pour être libre et apporter des couleurs nouvelles, un certain swing, osons le mot ! Piano et accordéon s’accordent bien : une affaire de matières, de textures qui souligne le caractère original de l’accordéon, loin des clichés qui lui sont associés. Ithursarry n’a-t-il pas tenté d’ailleurs avec succès, un autre alliage inusité cette fois, avec le hautboïste Jean Luc Fillon ?
Virevoltants, mélancoliques, toujours lyriques, ces thèmes, construits avec délicatesse et intelligence entraînent sur le versant d’une intimité que l’on partage chez soi ou que l’on savoure en club entre amis. Le set qui s’ouvre sur tempo vif, se conclut sur un rappel, une valse samba, tout aussi intense.
L’enregistrement de ce duo se fera à la Buissonne chez l’ami Gérard de Haro, en juin prochain et la sortie du CD en janvier prochain. Qu’on se le dise !
Sophie Chambon

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 09:24
ANNE PACEO « Circles »

Émile Parisien (saxophone soprano), Leila Martial (voix), Tony Paeleman (claviers), Anne Paceo (batterie, voix, percussions) + invité sur plusieurs plages : Adrien Daoud (saxophone ténor & claviers additionnels)

Limoges, 2015

Laborie Jazz LJ 35 / Socadisc

Anne Paceo ne se contente pas de jouer de la batterie. Elle a le goût des mélodies, et elle y réussit fort bien. Dès une première plage qui peut faire le bonheur de bien des radios fédératrices, on est saisi par la justesse de ses choix, notamment en ce qui concerne les partenaires : l'irremplaçable Émile Parisien, qui insuffle dans chaque intervention un lyrisme torride ; la fragile Leila Martial, dont la voix installe dès les premières notes une émotion qui porte la musique ; le sinueux Tony Paeleman, dont les circonvolutions pianistiques entraînent le thème hors de la redite. Le disque est produit avec un raffinement qui n'est pas le seul apanage de la pop, mais renvoie aux subtiles collusions de timbres dont le jazz a le secret. Ce disque marque aussi l'émergence d'un nouveau groupe, avec des personnalités dont la musicienne souhaitait s'entourer, mais sans avoir avec eux l'antériorité d'expériences communes. Et le mélange se révèle plus qu'opérant, avec pour l'auditeur le sentiment d'une vraie cohésion, d'un groupe qui fait corps. Et l'invité s'y insère avec une grande pertinence. Certaines mélodies, comme le très sinusoïdal Moons, captivent par leur étrangeté ; on retrouve les émois du rock progressif, mêlés d'effluves mystérieux, comme en distillait les musiques d'ailleurs avant que le goût de la world music ne nivelle toute nos émotions.... Les textes sont le fait de Leila Martial, membre du groupe, mais aussi de Marion Rampal, dont Anne Paceo fut l'accompagnatrice à la batterie pour un projet de la chanteuse intitulé « Main Blue ». Beaucoup d'envoûtements hypnotiques (Circles), de tourneries vertigineuses et d'évasions plurielles (Toundra) : inclassable, assurément, mais tellement prégnant. Une réussite en somme, quelle que soit l'étiquette ; d'ailleurs en faut-il une ?

Xavier Prévost

Le groupe jouera à Paris, Maison de la Radio, le samedi 26 mars 2016 à 17h30 ; et aussi au Plan de Ris Orangis le 3 avril, et au Conservatoire de Rosny-sous-Bois le 8 avril

Un extrait sur Youtube

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 11:04
ROSWELL RUDD-JAMIE SAFT-TREVOR DUNN-BALAZS PANDI « Strenght & Power »

Roswell Rudd (trombone), Jamie Saft (piano),Trevor Dunn (contrebasse), Balazs Pandi (batterie)

Kingston (New York), juillet 2014

Rare Noise Records RNR 060 / Differ-Ant

Ce disque est comme une belle leçon de choses : l'émergence d'un jazz improvisé, dans l'urgence de l'expression, la maturation progressive de l'instant, l'interactivité des esprits et des sens. Chaque séquence part d'une impulsion, souvent individuelle, qui se mue très vite en expérience collective. L'enregistrement s'est effectué chez Potterville International Sound, le studio du pianiste Jamie Saft, dans un hameau de l'état de New York, non loin de Woodstock.

Sur la première plage, le piano se lance, dans un registre atonal, avec l'esquisse d'une série qui se cherche. Très vite viennent les cymbales, et l'appel hyper expressif du trombone, avec sourdine. La basse entre dans la danse, à l'archet : la cause est entendue ; l'improvisation collective est en marche. Tout ici réside dans le cheminement, l'écoute, l'interaction, le désir qui se meut vers un objet encore obscur, mais dont la silhouette se dévoile peu à peu.

Au fil des plages l'initiative revient au trombone, toujours très expressif ; à la batterie ; au piano rêveur pour inaugurer ce qui devient une belle ballade improvisée, puis à la section rythmique dans son entier, et enfin, pour l'improvisation conclusive, au trombone, ici au maximum de son expressionnisme. Et tout au long du disque on sent le jazz sourdre, dans la vitalité de la pulsation, et la bienveillante démocratie qui préside à son avènement. Décidément, voici un vrai grand disque de musique improvisée ; de jazz improvisé ; de jazz, tout simplement !

Xavier Prévost

Ce CD existe également en double vinyle, et en téléchargement.

Des extraits sur le site de Rare Noise Records

http://www.rarenoiserecords.com/rudd-saft-dunn-pandi

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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 16:11
CLAUDE BARTHÉLEMY « Roxinelle »

Claude Barthélemy (guitare, oud), Antonin Rayon (orgue), Philippe Gleizes (batterie), + Sylvaine Hélary (flûte, flûte alto) sur une plage

Paris, décembre 2015

Le Maxiphone Collectif / Absilones Tecnologies & Socadisc

À l'origine, toute récente, le trio s'appelait « Ghetto Report », puis c'est devenu «Roxinelle» parce que « ça rock, ça raille, ça fly, c'est rugissant et doux à la fois ». En fait c'est une espèce de power trio, mais avec parfois la douce nostalgie du oud. Pas un power trio avec guitare basse, plutôt le genre « Lifetime », qui associait naguère (et presque jadis....), Tony Williams, Larry Young et John McLaughlin : donc un trio avec orgue Hammond B3. Le choix n'est pas innocent : outre qu'Antonin Rayon est l'un des claviers les plus créatifs de la nouvelle génération (dans les groupes de Marc Ducret, Dominique Pifarély, Alexandra Grimal....), c'est aussi une forte personnalité, susceptible de tenir la dragée haute, musicalement et sur le plan des décibels, au guitariste. Et le batteur Philippe Gleizes est de la même trempe : admirable maîtrise et intrépidité foncière. Bref Monsieur Clôd a des partenaires de haut vol. Le oud, c'était le point de départ de l'aventure : Claude voulait sur cet instrument faire un disque en solo, en adjoignant des bruits du monde (sons « teknorganiques », captés parfois au bout du monde, et traités électroniquement). Et le trio est venu ensuite, par la vertu des rencontres et du désir de faire groupe. Et ça commence effectivement par le oud seul, dans une réverbération de palais des mille et une nuits, pour déboucher dès le début de la deuxième plage sur un son très rock, où la basse vrombissante sort des entrailles du B3 et de ses roues phoniques. Après ce nouveau thème, et son break en forme de solo de oud avec soubassement électro-acoustique, vient une compo plus ancienne (Eric Watson, qui figurait sur le disque « Lieder », en 2011), plein jazz succède à plein gaz, « à l'horizon l'orgue se hisse », et Antonin Rayon nous démontre qu'en jazz l'orgue a encore quelques beaux sentiers à défricher. Une bouffée de mélancolie atonale suivra, puis encore les bruits du mondes, confrontés cette fois à la guitare électrique, à la batterie et à l'orgue, avec le renfort de flûtes oniriques signées Sylvaine Hélary. Le oud revient, désormais en trio, titillé par une guitare en rerecording. En pénultième, voici une compo du bon vieux temps, enregistrée un première fois en 1993 dans ce même studio Piccolo, pour l'album « Solide » : La Nomenklatura. On est en plein jazz, comme au début des années 70 avec René Thomas, Eddy Louiss et Kenny Clarke, mais avec pas de côté et bouffées d'ailleurs.... Et le disque se conclut sur un mélange oud / électro-acoustique, par une sorte de manifeste pour un temps présent : Monsieur Clôd n'en finira jamais de nous étonner, et de nous ravir !

Xavier Prévost

Le groupe jouera le samedi 26 mars 2016 à 20h, au Triton, près de la Mairie des Lilas ; et au Comptoir de Fontenay-sous-Bois le 15 avril

Extrait sur Youtube

Pendant l'enregistrement, au studio Piccolo, le 22 décembre 2015

Pendant l'enregistrement, au studio Piccolo, le 22 décembre 2015

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 09:01
PJ5 « Trees »

Paul Jarret (guitare, effets électroniques, composition), Maxence Ravelomanantsoa (saxophone ténor), Léo Pellet (trombone), Alexandre Perrot (contrebasse), Ariel Tessier (batterie)

Villetaneuse, 8-10 juin 2015

Gaya Music Production GAYA 025/ Socadisc

Deuxième album pour ce groupe régulier, dont les membres se sont déjà distingués sur quelques belles scènes, mais aussi devant les jurys du département de jazz du Conservatoire National Supérieur et du concours de La Défense. Jeune génération donc, très formée, mais aussi très investie dans une quête artistique qui dépasse largement le (brillant) bilan de compétences. Le disque est très bien produit, riche de subtiles nuances sonores magnifiées par le prise de son et le mixage, mais l'essentiel est ailleurs : dans une énergie mingusienne, une intégrité de chaque instant qui fait nécessité impérieuse de ce qui, chez d'autres, ne serait qu'effets. Des riffs puissamment trempés de rock donnent la réplique à des mélodies parfois mélancoliques, teintées de cette tradition des musiques populaires de la vieille Europe ou d'ailleurs que l'on trouve, par exemple, chez Henri Texier. Les arrangements sont peaufinés, sans « tape à l'oreille », mais touchent cette zone sensible qui chez l'auditeur suscite l'émoi. Ici une guitare qui respire l'air des grands espaces d'un Ouest états-unien nimbé de mythes enracinés. Ailleurs un chorus perdu dans des lointains délibérés, quand la parole est en fait au lancinement des cuivres, et surtout au formidable ciselé du mixage, partie intégrante du projet artistique. Les effets électroniques sont pourvoyeurs d'un imaginaire riche, où les souffleurs évoluent comme par mystère. Les solos ne sont nullement systématiques, mais surviennent (souvent en dialogue entre plusieurs instruments) adossés à un soubassement rythmique puissant. La pulsation est forte, mais toujours soigneusement configurée, comme pour préserver la part de pensée (consciente ou inconsciente) que recèle la musique. Qualité des compositions, cohérence du groupe, pertinence des choix sonores, tout inspire le respect, et même l'admiration : « de la belle ouvrage », qui rappelle que les grands artisans sont aussi des artistes. À découvrir donc (si ce n'est déjà fait), et de toute urgence.

Xavier Prévost

Le groupe sera en concert à Paris, au Café de la Danse, le mercredi 16 mars

Petite vidéo d'aguichage sur Vimeo : https://vimeo.com/144017248

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 20:56
Patrice Caratini souffle 50 bougies sur scène

Carte Blanche à Patrice Caratini le 21 mars à 20 h au Théâtre du Châtelet (75001)

Quatre générations sur scène ! Patrice Caratini ne cache pas sa joie à la veille de fêter un demi-siècle de vie artistique au service du jazz. Aux côtés du contrebassiste, chef d’orchestre, compositeur, arrangeur, les spectateurs du Châtelet retrouveront Martial Solal et Marcel Azzola (tous deux nés en 1927) et des jeunes à peine trentenaires qui forment son dernier sextet.

En moins de trois heures, Patrice Caratini proposera une certaine synthèse de son parcours : en première partie son big band, le Caratini Jazz Ensemble, formation d’une extraordinaire stabilité depuis vingt ans (« une histoire de famille »), et après l’entracte, différents formats révélateurs de son éclectisme avec notamment du côté des voix, Hildegarde Wanzlawe (interprète de Cole Porter, Jean Nohain, Tom Jobim, vous voyez l’ouverture du registre) et Maxime Le Forestier, pour lequel Caratini avait composé en 1976.

Il ne s’agira évidemment que d’une petite sélection de la vingtaine de programmes que Patrice Caratini a mitonnés ces deux dernières décennies et donnés au cours de 500 concerts. Chef d’une grande formation, cela signifie non seulement écrire mais aussi faire vivre le groupe au sens économique du terme : « il faut aller au charbon », résume en souriant le contrebassiste. Et de récapituler son emploi du temps: un quart pour l’écriture, un autre quart pour l’interprétation (répétitions et concerts) et une bonne moitié pour la recherche de partenariats. Après ce feu d’artifice du Châtelet, Mr P.C prévoit de mettre en veilleuse son activité de patron de PME jazzistique pour se consacrer à sa vie d’artiste : « c’est un retour à ma vie de saltimbanque ». Mais en laissant toujours la porte ouverte à de grandes fêtes sur scène : « 80 % de ce que j’ai écrit peut être monté du jour au lendemain ». Avis aux programmateurs de festivals et autres scènes nationales !

Jean-Louis Lemarchand

Patrice Caratini souffle 50 bougies sur scène
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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 19:08
Cyrille AIMEE  : «  Let’s get lost »


Cyrille Aiméé (vc), Adrien Moignard (g), Michael Valeanu (g), Sam Anning (b), Rajiv Jayaweera (dms), Matt Simons ( vc on Each day)
Mackavenue 2016


Cyrille Aimée ? Pour beaucoup encore, de ce côté-ci de l’hexagone, une inconnue, sauf peut-être pour ceux qui l’avaient découvert avec son album sorti l’an passé en France sur le label Mc Avenue.
Et pourtant vous ignorez certainement que Cyrille Aimée est en passe de devenir une vraie star aux Etats-Unis depuis sa participation très remarquée au prestigieux concours Thelonious Monk où elle était arrivée en 3ème position l’année même où Cecil Mc Lorin Salvant remportait tous les lauriers justifiés.

Cyrille Aimée si elle n’est pas manouche, n’en est pas moins tombée dedans quand elle était petite et qu’elle usait ses fonds de culotte à Samois, terre d’héritage s’il en est du père Django. La première école de la petite chanteuse a donc été avant tout et surtout celle de l’écoute et du partage au coin du feu au pied des roulottes. Et ce n’est pas une image d’Epinal un peu kitsch. Tenez j’étais l’autre jour avec des manouches qui se foutaient bien comme de l’an quarante des chanteuses de jazz. Pourtant lorsque j’ai évoqué le nom de la petite Cyrille Aimée, le visage de Yorgui Loeffler s’est illuminé comme si je parlais de quelqu’un de sa famille à lui. Cyrille Aimée n’est pas manouche mais pour elle, pour sûr ils iraient bien taper le bœuf jusqu’au bout de la nuit.
Dans le même temps tous ces gars-là, leur guitare à la main n’ont pas bien compris pourquoi cette jeune et frêle demoiselle pliait bagage pour s’en aller apprendre la musique et le jazz de l’autre côté de l’atlantique. « Tout ce qu’elle devait savoir elle le savait, avec nous ».
Mais Cyrille Aimée sentait bien qu’il lui restait encore beaucoup de choses à apprendre. Et c’est ainsi que Cyrille avec son petit air franchie, ses petites rengaines jazzy et ses acolytes guitaristes formés à l’école de Django partit conquérir la terre du jazz avec un succès étonnant, des concerts programmés un peu partout sur le territoire américain, des salles prestigieuses comme le Village Vanguard et des passages radio en veux-tu en voilà.

Son nouvel album ne paie pas de mine. 13 petites chansons jouées en acoustique pour partie issues du répertoire ( Let’s get lost, That old feeling, There’s a lull in my life) , pour partie moins connues, en anglais ou en Français ( T’es beau tu sais écrit par Moustaki ou un émouvant Samois à moi écrit par elle même). Cyrille Aimée y signe presque tous les arrangements de cet album que l’on aurait tort de classer simplement et vite fait dans la catégorie «charmant» ou « oui, très frais ». Car c’est bien autre chose et même si cet album est effectivement charmant et très frais, il porte en lui la marque d’une grande chanteuse au feeling incroyable et à la superbe musicalité dans chacune de ses expressions. Cyrille Aimée prend son temps, regarde , observe le monde qui l’entoure et le chante sans jamais se mettre en scène elle même. Sa voix on jurerait qu’elle l’a travaillé en écoutant Blossom Dearie ou Lisa Ekdhal. Mais quand on lui pose la question elle reste là dessus très classique et évoque surtout Ella Fitzgerald tout en avouant quand même un gros penchant pour la simplicité du chant d’une Gretchen Parlato.

On a aimé cet album. On se le repasse en boucle. On l’écoute et l’on se sent bien. Et vous aussi, sans aucun doute, vous allez aimer Aimée.
Jean-Marc Gelin

@jeanmarcgelin     Cyrille Aimée rencontrée un matin de fevrier 2016 au Zimmer

@jeanmarcgelin Cyrille Aimée rencontrée un matin de fevrier 2016 au Zimmer

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 08:10
RED STAR ORCHESTRA feat. Thomas de POURQUERY  : «  Broadways » Label Bleu 2016


Label Bleu 2016
Johane Myran (dir), Alexis Bourguignon (tp), Franck Guicherd (tp), Matthieu Haage (tp), Xavier Bornens (tp), Bertrand Luzignant (tb), Thomas Henning (tb), Daniel Israel (tb), Stéphane Montigny (tb), Esaïe Cid (sax), Julien Raffon (sax), Jean-Hervé Michel (sax), Julien Duchet (sax), Sylvain Fétis (sax), Matthieu Jérôme (p), Marc-Antoine Perrio (g), Blaise Chevallier (cb), Julien Grégoire (dms), Thomas de Poourquery (vc)


Thomas de Pourquery et Johane Myran se connaissent bien. Ils ont ensemble usé leurs fond de culotte dans les mêmes classes du CNSM et ne se sont jamais vraiment perdus de vue. In imagine qu’il devait y avoir quelque part dans un coin de leur tête, l’idée de faire quelque chose ensemble. Le projet, ce qui les réunit finalement c’est leur amour commun de ce terreau du jazz, celui des grands standards. Jouante dirige un formidable big band et Thomas de Pourquery a raison, se rêve de plis en plus en chanteur. Alors, en grands amoureux de Broadway ils se sont mis d’accord pour que Myran arrange les grands standards du répertoire sur lesquels Thomas de Pourquery poserait sa voix de crooner, quelque part entre Jamie Cullum et Franck Sinatra.

Alors mettez vos costumes à paillettes et montez avec eux sur cette scène de music-hall où le superbe big band de Johane Myran va vous émoustiller les écoutilles. Les thèmes, les chansons sont ultra connus. On les a tous en tête. Et Johane Myra s’amuse autant à les détourner qu’à les restituer.
Alors, ils déstructurent Broadway. Un peu comme s'ils se disaient : comment ces auteurs de music hall écriraient-ils en 2016, dans un environnement où l'urbanité a changé ? Où chaque personnage visité évolue dans un monde autre.
Alors si le big band sonne terriblement jazz avec de superbes arrangements pour cuivre, il tourne autour des standards en les mariant ensemble Night and Day avec My Way et Speak low avec Lush life. Blackbird prend ainsi des allures métalliques inquiétantes.
Mais s’ils jouent avec des émotions différentes, avec des atmosphères qui détournent ces standards ou plutôt les réinventent, nous gardons nos repères rassurants avec la mélodie toujours présente et le chant porté de manière littérale par un magnifique Thomas de Pourquery transformé (mais on le connaissait déjà dans ce registre) en crooner modernisé.
Autour de Broadway ils créent des champs magnétiques et c’est jubilatoire.
Jean-Marc Gelin

Red Star sera à l'ESPACE 1789 à Saint Ouen dans le cadre du 33ème festival Banlieues Bleues le 18 mars

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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 21:11
Berline :" Mes révérences"

Berline (chant), Louis Winsberg (guitares, mandoline, percussions….), Christophe Lampidecchia (accordéon, bandonéon), Jean-Luc Di Fraya (voix et percussions), Lilian Bencini (basse), Frédéric Pasqua (batterie). Musique additionnelle : Stéphane Huchard (batterie), Marc Berthoumieux (accordéon). Réalisé et arrangé par Louis Winsberg.

Such Prod-Harmonia Mundi.

Louis Winsberg n’est pas artiste à se laisser enfermer dans un registre. Guitariste (acoustique et électrique), de toutes les aventures du jazz de longue date, son penchant pour la chanson française est bien connu. On se souvient de sa collaboration sur ce terrain avec un autre guitariste, Sylvain Luc. Il a également travaillé avec Nougaro, Dee Dee Bridgewater et de manière régulière ces dernières années Maurane. Il n’est donc guère surprenant de le voir aux manettes –et de l’entendre en tant qu’instrumentiste-aux côtés d’une chanteuse, Berline, qui affiche caractère et authenticité.

Winsberg met au service d’une artiste à découvrir son amour du jazz et des musiques du sud, du tango au flamenco. Ainsi, le répertoire sélectionné – signé Adamo, Brassens, Brel, Christophe, Dalida, Gainsbourg, Moustaki, Régine-prend-t-il des accents nouveaux tout en conservant sa force initiale. La prise de risque était manifeste de reprendre Vesoul, Les Flamandes, la Javanaise, La Mauvaise Réputation ou encore les Marionnettes. Berline l’assume : « J’ai simplement voulu faire vivre ces chansons liées à mon enfance, celles que mes parents écoutaient à la maison. Toutes, elles témoignent d’une qualité qui m’a toujours touchée, l’engagement.»

Jean-Louis Lemarchand

Berline sera en concert les 15 et 16 mars au Zèbre de Belleville (75), le 18 mars au Petit Duc d’Aix-en-Provence et le 3 mai à Pont-Royal (Bouches-du-Rhône).

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 21:13
GRAND ENSEMBLE KOA « Ahimsa »

Grand Ensemble Koa : Alfred Vilayleck (guitare basse, composition, direction), Matthieu Chédeville (saxophone soprano), Armel Courrée (saxophone alto), Jérôme Dufour (saxophone ténor), Pascal Bouvier (trombone), Matia Levrero (guitare), Samuel Mastorakis (vibraphone), Daniel Moreau (piano, piano électrique, synthétiseur), Julien Grégoire (batterie).

Pompignan (Gard), juillet 2014

Arbalète / Muséa

Ce grand ensemble montpelliérain participe au Collectif Koa, qui rassemble 7 groupes, organise un festival au printemps, et constitue un vecteur important de la jazzosphère languedocienne. C'est leur deuxième CD, et il confirme l'indiscutable valeur de cette formation : qualité de l'écriture (la forme des pièces, la construction de l'ensemble du CD, et les alliages de timbres, avec de très subtiles couleurs), énergie et cohésion du groupe, maîtrise et créativité des instrumentistes. On est décidément en présence d'une phalange de haut niveau, avec des solistes d'une belle expressivité. Ici ou là, l'impression que l'un ou l'autre d'entre eux produit des phrases un peu prévisibles. Mais il faut dire que le disque a été enregistré voici presque deux ans, et que le concert auquel j'ai assisté en juillet dernier au Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon m'a fait oublier cette très relative faiblesse. Des langages divers (musiques répétitives, fusion, jazz ternaire et contemporain, souvenirs rythmiques de Stravinski ou Bartók....) se combinent ou s'entrechoquent avec pertinence et fantaisie. On est capté par la riche diversité de l'ensemble, et l'on se dit qu'une autre écoute apportera d'autres plaisirs, d'autres curiosités ; et c'est le cas. Le titre de l'album, « Ahimsa », fait référence à une notion de la philosophie indienne qui désigne la non-violence : les émotions et les sensations peuvent cependant y être fortes, et le groove sacrément offensif. Belle réussite, vraiment, qui se concrétise par l'invitation faite au groupe de venir faire un petit tour à Paris, au Carreau du Temple, dans le cadre de la « Jazz Fabric » programmée par l'Orchestre National de Jazz.

Xavier Prévost

Concert le jeudi 10 mars à 20h30 à Paris, au Carreau du Temple, dans le cadre de la série « Jazz Fabric » de l'Orchestre National de Jazz

Un avant-ouïr du CD sur Soundcloud

https://soundcloud.com/grandensemblekoa

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