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15 novembre 2018 4 15 /11 /novembre /2018 20:45

Label Arts et Spectacle 2018no
Aurore Voilqué (vl, chant), Angelo Debarre (guitare solo), Mathieu Chatelain (guitare rythmique), Claudius Dupont contrebasse


On avait laissé Aurore Voilqué avec plusieurs albums dans lesquels elle avait mis un peu en retrait ses talents de violoniste grapellienne pour se lancer dans une carriere de chanteuse, sans je dois l'avouer vraiment parvenir à (me) convaincre.

Mais voilà, alignement des astres, alignement des rencontres, magie de ces standards magnifiés, avec ce nouvel album le pari aux accents manouche est ici totalement réussi. Car il fallait à Aurore à la fois le repertoire à chanter mais aussi l'association à un guitariste de génie, de l'espace pour s'exprimer au violon et enfin retrouver l'âme du jazz manouche qui lui va si bien.
Son association avec Angelo Debarre est absolument bluffante ( l'ecouter sur cette version renversante de I'll never smile again où le guitariste par la voix (la voie ou la soie) de son instrument se fait lui même chanteur. Mais quel magicien de la six cordes ! (comme sur cet incroyable morceau de bravoure virtuose sur Chinatown). A chacun de ses chorus, chaque note porte en elle plus que la musique parce que chacune de ses notes est essentielle.
Et Aurore ? Elle lui emboite le pas sans complexe. Qu'elle soit au violon ou qu'elle chante elle même, tout se passe comme si elle se trouvait libérée, follement libre et heureuse ( my melancholy baby qui inspire tout sauf la melancolie). Lorsque Aurore chante qu'elle aime Paris au mois de mai, on a envie de la suivre dans les rues joyeuses dd la capitale et de regarder sa robe légère voler au vent. Et dans ses chorus là encore, toute l'expression de l'âme.
Entre Angelo Debarre et Aurore Voilqué c'est fusionnel.
Et avec nous ? Pas qu'un peu !
Jouissif.
Jean-Marc Gelin

 

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15 novembre 2018 4 15 /11 /novembre /2018 17:16

 

 

Ce jour-là le chroniqueur, contraint de déserter Nevers de l'aube jusqu'au début de soirée pour assister à la crémation d'un proche dans le Grand Est, a manqué les concerts de la Compagnie Ektos, et de François Perrin. Huit heures de train entre l'aller et le retour, dont presque une heure d'arrêt sur les voies pour cause d'incident de signalisation, et le poids d'un deuil : journée longue et lourde, dont le concert du soir fut l'heureuse conclusion.

RÉGIS HUBY 'The Ellipse', Music for large ensemble

 

Régis Huby (violon, composition), Guillaume Roy (violon alto), Atsushi Sakaï (violoncelle), Guillaume Séguron (contrebasse à l'archet), Matthias Mahler (trombone), Sylvaine Hélary (flûte), Jean-Marc Larché (saxophone soprano), Catherine Delaunay (clarinette), Pierre-François Roussillon (clarinette basse), Olivier Benoit (guitare électrique), Pierrick Hardy (guitare acoustique),Bruno Angelini (piano, piano électrique, électronique), Illya Amar (vibraphone, marimba), Claude Tchamitchian (contrebasse), Michele Rabbia (percussions, électronique)

Nevers, Théâtre municipal, 13 novembre 2018, 21h

Plaisir de revenir dans ce théâtre rénové auquel on a rendu ses ors, et pour une aventure musicale assez exceptionnelle. J'avais manqué la création à Malakoff l'an dernier pour cause d'indisponibilité, et quand ce fut donné à Marseille, au festival 'Les Émouvantes', j'avais du quitter la ville au matin du concert pour cause d'obligations diverses. Bonheur donc de réparer un double ratage personnel.

L'œuvre est monumentale : plus d'une heure en trois mouvements enchaînés. Et pourtant l'attention est captée, à tous les instants. On part d'un mouvement répétitif dont la présence sera récurrente, au fil du concert. Un balancement qui se compte souvent, me semble-t-il, en rythmes multiples de 3 : 6/8, 12/8. C'est mouvant, et c'est moteur. Je retrouve de très anciennes impressions d'écoute des années 70 : 'Centipède', le groupe aux cinquante musicien(ne)s de Keith Tippett, ou dans un autre registre, et quelques années plus tard, Einstein on the Beach, de Philip Glass. Illusion d'amateur ? Peut-être, mais c'est cela qui parle à ma mémoire. De ce mouvement pendulaire surgissent, par glissement progressif ou effraction douce, des improvisations, en solo ou en duo (Sylvaine Hélary en dialogue avec Bruno Angelini ou Claude Tchamitchian). Et aussi, à un moment du concert, un quintette à cordes qui rassemble le trio issu du Quatuor Ixi (Régis Huby, Guillaume Roy et Atsushi Sakaï) et les deux contrebassistes à l'archet. Par le crescendo et le decrescendo, avec la pertinence de l'à propos, et sans la lourdeur de l'effet, s'installe une dramaturgie qui porte la musique de phase en phase, sans que jamais la rigueur assumée de la forme n'étouffe la vitalité de l'ensemble par un formalisme corsetant. Cela tient probablement, outre les grands talents de compositeur de Régis Huby, au fait qu'il a su rassembler autour de lui des instrumentistes qui sont d'abord des artistes, qui dirigent souvent leurs propres groupes dans des musique originales et exigeantes, et sont aussi de formidables improvisateurs/trices. Outre les noms déjà cités, on se doit d'ajouteur Catherine Delaunay, Matthias Mahler, Olivier Benoit, Jean-Marc Larché, Michelle Rabbia.... mais il faudrait citer tout l'orchestre ! On est frappé par l'engagement individuel de chacune et de chacun dans ce projet collectif, animé par l'un des leurs (beaucoup ont côtoyé le compositeur dans des groupes, et les connivences croisées sont nombreuses), et c'est là que semble résider l'absolue réussite : pas un orchestre d'egos, mais un groupe d'égaux, mus par l'amour exclusif de la musique. Réussite artistique absolue, saluée par un public aussi attentif qu'enthousiaste, et après le concert, dans le foyer du théâtre où l'artiste rencontrait le public, Régis Huby a parlé de sa musique de manière lumineuse et limpide.

Bonheur total que cette soirée !

Xavier Prévost

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15 novembre 2018 4 15 /11 /novembre /2018 11:14

 

Samy Thiébault (saxophone ténor, flûte alto, chœurs), Fidel Fourneyron (trombone), Hugo Lippi (guitares, chœurs), Ralph Lavital (guitares), Felipe Cabrera (contrebasse, chœurs), Arnaud Dolmen (batterie, chœurs), Inoa Sotolongo (percussions, chœurs)

Bruxelles,18-20 décembre 2017 & Paris 2 février 2018

Gaya Music GAYA 044 / l'autre distribution

Il existe un version en double disque vinyle avec un titre qui ne figure pas sur le CD

 

Une traversée, à la fois réelle et imaginaire, de la Caraïbe : «Pas à fond de cale. A fond de train parfois. Pourtant, elle commence tout en douceur. Comme pour apprivoiser les vents du large». C'est ainsi que Christiane Taubira évoque ce disque singulier dans le beau texte qui ouvre le livret du CD. Le saxophoniste a entrepris un périple intérieur vers le métissage dont il est issu en explorant la créolisation musicale de façon très personnelle, entre compositions originales et reprises. Les musiques de l'espace caribéen au sens large, de la Floride au Venezuela, s'y trouvent évoquées. Cuba croise les Antilles françaises, Porto Rico fait écho à Trinidad, et une évocation de Tanger rappelle que le saxophoniste, né en Côte d'Ivoire d'un père français et d'une mère marocaine, se sent partie prenante de ce monde créolisé. La musique circule en souplesse dans ces méandres musicaux dont l'unité, sans doute, réside dans une certaine idée de la vie, d'un regard à la fois sensuel et mélancolique sur un monde dont la rudesse n'affecte pas une certaine aspiration à la douceur. Belle brochette de solistes au sein du groupe, ce qui donne une disque très réussi, comme une nouvelle fenêtre ouverte sur l'identité d'un saxophoniste qui avait déjà offert de belles pages dans des registres différents. À découvrir urgemment !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=_o5pbe1UpXM

Le groupe est en concert le 15 novembre 2018 à Paris au Café de la Danse

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14 novembre 2018 3 14 /11 /novembre /2018 20:22

Martial Solal, Histoires improvisées (paroles et musique)
Martial Solal, piano. Studio de Meudon, 29 juin 2018. JMS/PIAS.

L’improvisation, voilà un exercice dans lequel excelle Martial Solal. Voici un quart de siècle, le pianiste avait laissé libre cours à son imagination au cours de concerts dominicaux au studio 106 de Radio France retransmis en direct sur les ondes. « Maître de l’expression musicale spontanée » (André Hodeir), « compositeur de l’instant »(Xavier Prévost), Solal s’attaquait alors aux standards parsemés de ses propres compositions. Jean-Marie Salhani, qui avait produit l’album recensant ces performances (Martial Solal improvise pour France Musique. 2 CD. JMS.1994), a de la suite dans les idées. Il a réussi à persuader l’interprète-compositeur de revenir sur sa décision de « refermer son piano avec l’intention de ne plus enregistrer, de ne plus paraître en public ». Une seule règle était imposée, choisir dans un chapeau parmi 52 petits papiers évoquant des personnes, des situations ayant compté dans sa vie, personnelle et artistique. Joignant le verbe –par une brève introduction, savoureuse, pour chaque titre- aux notes, Martial Solal nous présente ainsi ses mémoires aléatoires dans un pèle mêle où l’on retrouve des musiques de films (A bout de souffle, Léon Morin prêtre), des hommages à des géants (Ellington, Basie, Gillespie, Liszt), des souvenirs (Alger, sa ville natale, Lee Konitz), un coup de chapeau (Manuel Rocheman), sans oublier sa famille (charmante comptine à sa petite fille Amalia) pour s’achever sur un titre très Solalien, « N’importe où » (« je mets mes doigts n’importe où »). Le temps ne fait rien à l’affaire : Martial Solal (91 printemps), surprend, dépayse, amuse. « J’ai joué de la même façon que je le ferais chez moi, le matin, pour divaguer sur le clavier », confie-t-il dans le livret. On attend déjà la suite ; dans les « petits papiers » non dépliés, il reste entre autres Marius Constant, Madame Gharbi, son premier professeur de piano, André Hodeir, Village Vanguard- où il fit la réouverture du club après le 11 septembre- ou encore Aimé Barelli, trompettiste et chef d’orchestre populaire qui le fit travailler au début des années 50. Il est comme cela Martial Solal, il sort toujours quelque chose de son chapeau, ce que définit ainsi le dictionnaire « il trouve comme par magie un argument dont il a besoin ».
Jean-Louis Lemarchand
Martial Solal sera en concert en solo à la salle Gaveau (75008) le 23 janvier 2019.

 

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14 novembre 2018 3 14 /11 /novembre /2018 11:13

Plaisir de retrouver les Bords de Loire dans une atmosphère d'été indien quand il fait un pluvieux temps d'automne en région parisienne.

L'embellie sera de courte durée car la pluie rejoindra Nevers dans l'après-midi, mais le plaisir reste intact.

 

Thomas de Pourquery par Erwann Gauthier

Après une visite de l'exposition 'La Couleur du Jazz', dessins, peintures et photos d'Erwann Gauthier, le moment est venu d'écouter Édouard Ferlet.

 

ÉDOUARD FERLET solo «Think Bach op. 2»

Édouard Ferlet (piano, piano préparé)

Nevers, Maison de la Culture, petite salle, 12 novembre 2018, 12h15

 

En préambule, Édouard Ferlet s'adresse au public, pour dire son plaisir d'être là (après une premier concert deux jours plus tôt au sein du trio 'Aïrés') pour donner en solo ce programme autour de la musique de Jean-Sébastien Bach. En cours de concert, il dévoilera par ses commentaires les différentes modalités de sa démarche de réinterprétation-digression-improvisation. Et il élucidera encore les mystères de l'arrière-cuisine artistique une heure plus tard, lors de la rencontre quotidienne entre le public et les artistes de ces concerts de 12h15. Le programme est celui du second volume sur CD («Think Bach, Op .2», Mélisse, 2017) d'un travail amorcé voici plus de 6 ans. Mais le concert en donne une version différente, dans la mesure où se mêlent des parties écrites originelles (celles de Bach), des parties transformées par la réécriture, et de larges espaces improvisés dans l'instant. D'ailleurs le concert commence par une improvisation, que le pianiste juge indispensable à sa mise en condition, pour déboucher sur fragment de Bach qu'il va tournebouler à souhait. Vient ensuite une séquence de piano préparé : la préparation se fait selon l'inspiration de l'instant, tout en parlant au public, pour éviter de perdre le contact. Là encore un thème de Bach se révèle, mais dans un phrasé inattendu, et avec des rythmes d'un autre univers. Et au fil des pièces Bach va croiser des gammes hispanisantes, des reconstructions thématiques bouleversées par un travail sur les partitions assisté ordinateur, un effet de bourdon provoqués par un mystérieux excitateur électro-magnétique, et différentes aventures sonres autour des Variations Goldberg. Et en rappel, en nous offrant une relecture respectueuse du Cinquième Concerto pour clavier et de son célèbre Largo, Édouard Ferlet va nous rappeler, d'une manière presque militante (et il a raison !) que Bach était un grand mélodiste. Bref, du début à la fin du concert, c'était une déclaration d'amour à la musique, et à celle de Bach en particulier, bien sûr !

 

THÉO GIRARD TRIO

Théo Girard (contrebasse), Antoine Berjeaut (trompette,bugle), Sebastian Rochford (batterie)

Nevers, Auditorium Jean-Jaurès, 12 novembre 2018, 18h30

 

Le trio va jouer essentiellement le répertoire du disque «30YearsFrom», enregistré en 2016. La musique est très directe, fondée sur une assise magistrale de la contrebasse, et une pulsation presque métronomique (mais non dépourvue d'écarts jouissifs) de la batterie. L'atmosphère est parfois celle des groupes qui firent la joie des jazzophiles des années 60 et 70, tendance Ornette/Don Cherry. Mais le propos musical n'est pas enfermé dans de telles références. Le goût des exposés segmentés et des phrases anguleuses, goût surgi dans les décennies suivantes, dit assez que l'on n'est pas dans la nostalgie. C'est vivant, très vif même, on vogue volontiers vers d'autres horizons. La trompette, et parfois le bugle, d'Antoine Berjeaut s'y emploient, déployant des lignes sinueuses au bout desquelles s'inscrit l'évidence de la forme. La contrebasse est ferme dans son rôle leader, mais elle n'écrase pas le sens collectif. La batterie semble imperturbable, et pourtant de joyeuses saillies émaillent son apparente impassibilité. On entendra dans l'une des pièces une atmosphère de marche écossaise qui sied aux origines du batteur, et pour le rappel Sebastian Rochford nous offrira, après un début binaire et plein de groove, un solo très ouvert qui s'envolera vers les explosions free jusqu'à revenir, decrescendo, vers un tempo plus classique. Musique vivante donc, et saluée chaleureusement comme telle par le nombreux public.

Les salles sont pleines, Le Jounal du Centre ne ménage pas ses efforts en faisant écho au festival, Philippe Jeanjean fait de même chaque soir à 17h30 sur la radio locale Bac FM, et le 14 novembe France Musique sera en direct du bar de la la Maison de la Culture.

Living Being pendant la balance

VINCENT PEIRANI LIVING BEING «Night Walker»

Vincent Peirani (accordéon, accordina, voix), Émile Parisien (saxophone soprano, synthétiseur), Tony Paeleman (piano électrique), Julien Herné (guitare basse), Yoann Serra (batterie, percussions numériques)

Nevers, Théâtre municipal, 12 novembre 2018, 21h

 

Plaisir de revenir au théâtre après une longue période d'indisponibilité pour cause de rénovation. La salle 'à l'italienne' a retrouvé son éclat, mais les quelques strapontins qui complètent les rangées de sièges sont d'un inconfort problématique avec leur assise inclinée vers l'avant ; pas dramatique, d'autant que l'intensité du concert m'a fait oublier ce désagrément.... jusqu'au moment où je me suis levé : ma sciatique s'est réveillée en cette occasion !

'Living Being', le quintette de Vincent Peirani, est au milieu d'une tournée très étoffée qui parcourt la France, mais aussi la Suisse, l'Allemagne.... La vive intensité du groupe lui vaut une attention largement méritée. Le répertoire du concert est celui du second disque du groupe, «Night Walker» (Act/Pias distribution). Le concert ne duplique pas le disque, loin de là, l'ordre sera différent, même si comme le cd il commence avec Bang Bang, chanson des années 60 restituée avec un arrangement minimaliste d'une très grande finesse. Le ton est donné : très forte expressivité des solistes, dans un climat de groupe où chaque note et chaque accent rythmique sont au service de l'expression collective. Dans Unknown Chemistry, après un dialogue dense et mesuré entre Vincent Peirani et Tony Paeleman, la tension monte vers un tutti pop-rock où Émile Parisien va s'engouffrer jusqu'au vertige. La gestuelle hyper expressive du saxophoniste (indissociable de l'expressivité de son solo) contraste avec le côté plus statique de l'accordéoniste, qui propulse l'intensité de son expression sans en donner de signes extérieurs. Même chose quand Vincent Peirani se saisit de l'accordina, sorte d'accordéon à bouche ou de mélodica à clavier d'accordéon. L'échange avec le soprano est très intense. Après une ritournelle cubiste vient le suite concoctée autour de deux monuments du répertoire de Led Zeppelin, Kashmir et Stairway To Heaven. On monte encore d'un cran dans l'intensité, et Tony Paeleman met littéralement le feu avec une impro volcanique. Le groupe soigne les contrastes entre ces moments paroxystique et d'autres où, pour être moins violentes, les émotions ne sont pas moins intenses, par exemple pour le fameux air du génie du froid, tiré du King Arthur de Purcell : on part d'une intensité très mesurée, où l'accordéon joue parfaitement son rôle de 'boîte à frissons', puis dans un crescendo implacable le saxophone soprano nous conduit jusqu'à la transe extatique. Public emballé, à juste raison, deux rappels, et sensation palpable de bonheur chez toutes les personnes présentes.

Xavier Prévost

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13 novembre 2018 2 13 /11 /novembre /2018 08:33
CHRISTOPHE MONNIOT/DIDIER ITHURSARRY  HYMNES A L'AMOUR

CHRISTOPHE MONNIOT DIDIER ITHURSARRY

HYMNES A L'AMOUR

Disponible le 16 Novembre

ONJ RECORDS/L'AUTRE DISTRIBUTION

Concert de sortie d'album / 7 Décembre à LA DYNAMO DE PANTIN mais également le 30 NOVEMBRE 0 AIX EN PROVENCE au PETIT DUC. 

 

Un duo sensible et insolite que vous n’oublierez pas dès que vous aurez entendu cette "Biguine pour Sushi». La fantaisie est assumée dès le premier titre, l'émotion aussi. Quand ils entonnent une biguine ou une valse, ou reprennent ce paso doble "España cañi"que tout le monde connaît, même sans fréquenter les arènes, c'est pour mieux l'arranger ou le déranger. Comme des rappels d’un autre temps, réminiscences d’une histoire aimée, populaire, nostalgique. Ils dévoilent souvent le thème avec finesse et invention, se laissant aller au jeu des citations et associations libres. D’où une certaine familiarité que l’on ressent dès la première écoute. Ce Normand et ce Basque ont tous les deux animés des bals, voire commencé par là comme Michel Portal, ils reprennent d'ailleurs en le rafraîchissant "Passion", le tube de l'accordéoniste/bandonéonniste Tony Murena, très tôt attiré par le jazz. Christophe Monniot était d'ailleurs entiché à ses débuts en 2001, dans La Campanie des Musiques à ouïr, de notre Yvette Horner nationale et il eurent une vraie rencontre, un décalage d'oreille, ils avaient repris une composition du saxophoniste "La bourrée des mariés". Vous en souvenez-vous?

Dans l'imaginaire collectif, l'accordéon est associé à la musique populaire, au folklore et à la chanson. Instrument très complet, il est un véritable orchestre à lui seul, avec ses deux claviers, et plusieurs registres, comme sur un orgue.

Ce n'est pas pour autant du musette à l'image, hélas ringarde trop souvent, que jouent nos compères, c'est de la musique populaire savante.

Tout un répertoire à redécouvrir, des formes empruntées aux traditions, une certaine oralité, une musique différente en matière de phrasé et de sentiments. Certains morceaux sinuent autour d'images, d'obsessions clair obscur, tout un monde qu'ils explorent en funambules du sentiment, en affranchis de la rigidité des genres et des catégories. Ils créent des miniatures que l'énergie du live rehausse, des bibelots sonores exquis. Une musicalité savamment construite, dont le fond populaire est détourné avec une sophistication assumée. L'accordéoniste sait s'adapter, canaliser parfois certaines envolées de son comparse, vrai Pierrot lunaire. Ces deux là se cherchent et s'harmonisent avec élégance. Le deuxième titre "Nadir's"(C. Monniot) d'écriture complexe, paraît évident et lumineux à l'écoute. Et pourtant quelle mélancolie dans certains passages, dans le souffle déchirant du sopranino, vite contrebalancé par des pirouettes vertigineuses et ludiques. On entend tellement de nuances dans cette musique qui résonne en profondeur et réveille les sens, et toujours des échos insolites et nostalgiques au jazz des pères (Ellington, Gershwin même). Un équilibre irrésistible entre les deux musiciens, qui se complètent avec générosité.

 

Sophie Chambon

 

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12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 15:50

 

Jean-Marc Foltz (clarinettes), Philippe Mouratoglou (guitares), Henri-Charles Caget (percussions, waterphone, psalterion), Ramon Lopez (batterie, tabla)

Pernes-les-Fontaines, date non précisée

Vision Fugitive VF 313016 / l'autre distribution

 

Nowaten, c'est un chamane amérindien, dont le nom signifie 'celui qui écoute'. Jean-Marc Foltz l'a découvert dans le documentaire Gardiens de la Terre, et ce personnage lui a inspiré cette musique, et ce disque. Une musique recueillie, qui prend le temps de capter notre attention et de la conduire vers une véritable écoute. On pourrait dire du label Vision Fugitive qu'il repose sur l'intensité, la densité, l'expressivité, le tout au service exclusif d'une certaine idée de la beauté. Et cette nouvelle référence illustre une fois encore ce parti pris. Après une entrée en matière de souffle et de vent, la musique s'installe, cristalline, presque diaphane. Et c'est cette retenue qui nous saisit. Dans le texte du cd, le clarinettiste écrit ceci : «Entrons en musique comme on se laisse glisser dans un tableau. D'un premier souffle naît l'étincelle qui transmute l'arc guerrier en instrument à cordes. Un geste confère aux percussions le pouvoir d'invoquer les éléments. Vertige».

On ne saurait mieux décrire cette musique qui, comme un éloge de la lenteur, plonge au plus profond de nos sensations, là où réside le véritable émoi. Bref c'est très beau. Une beauté surlignée par la qualité de la production, et le soin apporté à l'objet phonographique : en couverture la reproduction d'un portrait sur bois de Nowaten réalisé par Emmanuel Guibert, et livret reproduisant près d'une vingtaine de toiles de Ramon Lopez, car le batteur est aussi un peintre. À découvrir, et à savourer !

Xavier Prévost

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Jean-Marc Foltz jouera en duo avec Philippe Mouratoglou le répertoire du disque « Legends of the Fall » (2017) le 14 novembre 2018 au festival D'Jazz de Nevers

Un avant-ouïr de «Nowaten» sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=NHPItGicBb8

 

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11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 15:45
GONAM CITY    MARC BENHAM QUENTIN GHOMARI
GONAM CITY    MARC BENHAM QUENTIN GHOMARI

https://soundcloud.com/gonamcity

Concert de Sortie du disque le 16 NOVEMBRE au TRITON

COLLECTIF MUSICAL PEGAZZ & L'HELICON

www.pegazz.com

NEUKLANG/BAUER STUDIOS

www.neuklangrecords.de

Un duo atypique? Pas vraiment, puisqu'il s'agit du trompettiste de PAPANOSH, Quentin Ghomari et d'un pianiste Marc Benham, dont on connaît à ce jour deux albums en solo, sortis chez Frémeaux&Associés, Herbst, Solo piano en 2013 et Fats Food, autour de Fats Waller en 2016. Une association poétique qui allie deux instrumentistes délicats qui se délectent autant à reprendre des standards (Bud Powell, Sydney Bechet, T.S. Monk...) qu'à jouer avec la libre improvisation. C'est à l'ampleur de la voix, à la fascination du chant que le duo se livre dans une expression libre. On peut admirer leur courage quand ils s'attaquent à des bijoux mélodiques comme "Celia" où le trompettiste s'élance à vive allure, sur les pas de Bud Powell, en gardant ce tempo vif et une durée similaire à l'original. Suit un"Petite fleur" très réussi qui étire sa plainte, la chanson devient ainsi plus que lente et triste. Un accord en demi-teinte, intimiste. La plus réussie des reprises, ce "Misterioso" bancal à souhait, s'emballe même en stride, tourné en dérision par la version du duo (avec même une légère citation de "Tea for Two"). Le pianiste accompagne, soutient, relaie le trompettiste qui s'envole avec une frénésie légère. On comprend mieux, au fil de l'écoute l'appellation de "strideman spatial" bien que le versant stride soit nettement préféré. On sent une énergie frémissante dans ces échanges, une belle interaction dans les improvisations complices, constamment sous tension . La trompette assurément ne manque ni de force, ni de délicatesse. Ces deux là savent brosser tout un arrière-pays dans des tonalités sourdes comme dans "One for Francis" ou dans des envolées qui swinguent (mais oui) dans "Mézozoïque" ou dans le virevoltant "Background music". 

Une étrange familiarité s'installe dès la première écoute. Avec ces rappels d'un autre temps, réminiscences d'une histoire aimée, celle de cette musique. Avec cet album spontané et fraternel, qui exalte la rencontre, on se plaît à s'installer de façon durable dans un rêve éveillé, recueil de petites pièces alertes, lyriques aussi (le final "Terrarium" est même poignant). Captivante de bout en bout, cette musique sensible se risque dans le souffle, tente la déclaration sans affrontement. Après cette mise en bouche, on a hâte de les entendre en live.

 

NB: surprise et bonus final avec ce "ghost title" numéro 12, où ils enchaînent un standard qu'ils reprennent avec maestria -on croirait à une fin de bande avec les magnétos qui continuent à tourner ...

 

Sophie CHAMBON

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10 novembre 2018 6 10 /11 /novembre /2018 22:18

 

Cécile Cappozzo (piano), Patrice Grente (contrebasse), Étienne Ziemniak (batterie)

invité sur une plage : Jean-Luc Cappozzo (trompette)

Abbéville-la-Rivière (Essonne), mai 2018

Ayler Records AYLCD-153 / www.ayler.com

 

Après un premier disque en duo avec son trompettiste de père en 2015 («Soul Eyes», Fou Records), la jeune pianiste récidive, cette fois en trio. Enregistré à la Maison en bois, le lieu du pianiste-violoncelliste-compositeur & improvisateur Gaël Mevel, le disque révèle une conception très interactive de cette nomenclature. Comme chez Paul Bley à la grande époque des années 60, on part sur des accents marqués, des intervalles distendus, des esquives permanentes de la tonalité, et l'on s'engouffre dans le jeu collectif avec passion, passion féconde car elle convoque en permanence l'urgence d'une aspiration esthétique. Il ne s'agit pas ici de beauté tranquille, de ciel serein ou de digression paisible ; on est dans l'urgence absolue, ça barde, et pourtant chacun est à l'écoute, le fil du collectif ne se rompt jamais. On a le sentiment, à l'écoute, qu'en amont de cette musique créée collectivement par la pianiste, le bassiste et le batteur, beaucoup de musique a été partagée, et aussi sans doute des paroles, de réflexions, sur ce que c'est de jouer ainsi, dans l'improvisation menée jusqu'à la transe. À l'intérieur du CD, hormis les sobres informations d'usage, un texte de Federico Garcia Lorca sur le duende. Il faut dire que l'autre passion (et pratique) artistique de Cécile Cappozzo, c'est la danse flamenca. La musique du trio circule entre l'effervescence maximale et des moments mesurés, où le drive du jazz reprend temporairement ses droits avant un nouveau paroxysme, à la recherche d'un nouvel état de grâce forcément intranquille. Une fausse accalmie verra surgir des harmonies très tendues, comme un chemin dont les balises seraient autant d'occasions de s'égarer, avant une prochaine cavalcade. Tout cela est d'un inconfort réjouissant, manifeste pour une musique profondément vivante. Et la plage conclusive accueille Jean-Luc Cappozzo. Le trio, devenu quartette, repart bille en tête, avant de laisser redescendre la pression vers une coda apaisée : un geste familier dans l'improvisation, une manière de résoudre la liberté dans l'espace d'un apaisement un brin mélancolique. Bref c'est un beau disque de musique improvisée, avec ce qu'il faut d'incertitude et d'aboutissement mêlés.

Xavier Prévost

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Le trio jouera le lundi 12 novembre 2018 à 19h30 à Paris au Théâtre de l'Alliance Française, 101 boulevard Raspail (75006), pour l'émission 'À l'Improviste' d'Anne Montaron. En première partie le trompettiste Timothée Quost, en solo. Entré libre, réservation obligatoire sur le site de l'émission https://www.maisondelaradio.fr/evenement/emission-en-public/limproviste-26

Diffusion du trio le jeudi 27 décembre 2018 à 23h sur France Musique

Le trio de Cécile Cappozzo jouera également à Tours, au Petit Faucheux, le 4 décembre

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10 novembre 2018 6 10 /11 /novembre /2018 15:52

 

Marc Copland (piano solo)

Pernes-les-Fontaines, 13-14 avril 2018

[Illusions] ILL 313009 / http://www.illusionsmusic.fr/gary.html

 

Philippe Ghielmetti poursuit son parcours passionné avec le piano, et les pianistes qui magnifient l'usage de l'instrument. Un parcours fidèle entrepris sous son précédent label, Sketch, avec un autre solo de Marc Copland, et aussi un duo en compagnie de Gary Peacock. Car c'est bien de ce Gary là qu'il s'agit : tous les thèmes du disque sont de sa plume, à l'exception d'un thème d'Annette Peacock intitulé.... Gary. Peacock compositeur méritait bien un tel hommage, si l'on veut bien se souvenir de ces plages gravées par le contrebassiste avec Jan Garbarek, Paul Bley, Ralph Towner, Masabumi Kikuchi, Keith Jarrett .... ou avec Marc Copland. Le piano est magnifique : profondeur des graves, richesse des harmoniques, clarté sans clinquant, bref le résultat du travail d'un artisan d'art nommé Alain Massonneau, qui entretient, règle, harmonise et accorde l'instrument du studio de La Buissonne. Le tout capté avec une passion de sorcier (de sourcier, comme celui qui devine, avec son pendule ou sa baguette de coudrier, la présence de l'eau sous terre ?) par l'ingénieur du son, Gérard de Haro. Les harmonies sont denses, les couleurs presque indécodables, l'atmosphère est recueillie jusqu'à l'ascèse. Ma mémoire d'amateur fait ressurgir des émotions éprouvées au tout début des années 70 avec le disque «Open To Love» de Paul Bley : pas d''ostentation, rien que de la musique. Bref c'est magnifique, tout simplement....

Xavier Prévost

Marc Copland jouera à Paris, au Sunside, le dimanche 11 novembre, en duo avec Dave Liebman : deux concerts, à 18h30 et à 20h30

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