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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 18:30
JÉRÔME BARDE  & les Jazztronautes « Spinning »

Jérôme Barde (guitare), Irving Acao (saxophone ténor), Vincent Strazzieri (piano, piano électrique, synthétiseur), Darryl Hall (contrebasse & guitare basse), Lukmil Perez (batterie), Magou Samb & Jiji (voix, sur une plage)

Vannes, 25-27 mai 2015

Space Time Records BG 1541 / Socadisc

Le précédent disque en leader de Jérôme Barde, enregistré en 2000, avait été publié en 2003 (« Melodolodie », Sunnyside Records). C'est donc une surprise, doublée d'un plaisir, que de voir surgir ce nouveau CD dans l'actualité phonographique. Toujours au plus près des traditions de la musique afro-américaine le guitariste, qui avait à plusieurs reprises longuement résidé aux USA, nous offre un quintette d'instrumentation relativement peu usitée, où la guitare et le piano cohabitent avec le saxophone. Et la conception du groupe est manifestement fondée sur un son très collectif : non que les solistes n'y aient pas leur place, au contraire, mais parce le mouvement général est celui d'une machine à groove où chacun trouve sa place, dans un investissement total, et totalement pertinent. Jérôme Barde signe la majorité des compositions, et elles semblent élaborées dans cet esprit de groupe, qui fait que l'on ajuste l'inspiration à la palette de partenaires que l'on s'est choisi. Cette musique est pleine d'une énergie positive, même si elle n'occulte pas les douleurs du monde : le massacre de 147 jeunes chrétiens au Kenya dans Remember Garissa , et l'hommage à Martin Luther King dans une composition de Donald Brown. Et c'est à un autre pianiste avec lequel il a joué que le guitariste emprunte Habiba, thème lancinant composé par Kirk Lightsey. Motune, dédié à Stevie Wonder, évoque la richesse du « son Motown ». Ailleurs, dans le thème-titre, le son de guitare, toujours chantant, nous entraîne en plein lyrisme, avec une forme élaborée. Les partenaires (deux Cubains de Paris, un Américain tout aussi parisien, et un pianiste provençal) sont impeccables d'adhésion au projet artistique, et magnifient la musique, dans les tutti comme dans les interventions solistes. Un standard (Sweet Lorraine, en mode caribéen) surgit avant la plage conclusive, comme pour nous rappeler que ce jazz-là ne néglige pas ses classiques. Et une valse explosive ferme le ban, soulignant encore si nécessaire que ce retour de Jérôme Barde est un GRAND retour !

Xavier Prévost

Le groupe jouera le 1er février 2016 à Paris, au Duc des Lombards

Un avant goût en vidéo sur la toile :

http://www.jeromebarde.com/videos/remember-garissa/

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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 19:15
Michele Hendricks : " A Little Bit of ELLA"

Now And Then

www.critalrecords.com

http://www.cristalrecords.com/cristalrecords/fr/736

Label Cristalrecords/Harmonia mundi

Michele Hendricks : Chant
Tommy Flanagan : Piano
Peter Washington : Contrebasse
Lewis Nash : Batterie
Brian Lynch : Trompette
Robin Eubanks : Trombone
David “Fathead” Newman : Saxophone tenor
Jon Hendricks : Chant sur titre 2.


Quel entrain, quelle joie mélodique sur la version de « Sweet Georgia Brown » qui commence cet album tout à fait réjouissant, intitulé sobrement A little bit of Ella. Variant les styles dans le chaudron jazz, du funk au reggae, refusant la parodie ou une certaine facilité, la chanteuse a revu ces morceaux de choix, convoquant nostalgie tendre ( tous les titres sont connus) au service de sa propre technique vocale. Reprendre des chansons immortalisées par l’une des plus grandes chanteuses jazz est une véritable aventure. Mais avec Michele Hendricks, c’est l’esprit préféré à la lettre, et puis elle en a le droit, la légitimité, descendant d’une lignée vocale certaine (son père, créateur virtuose du « vocalese » est à l’origine d’un fameux trio Lambert, Hendricks & Ross).

Ecouter cet album vous plongera dans une certaine joie de vivre et un pan de l’histoire du jazz vocal : Cole Porter, George Gershwin, Duke Ellington...Les standards s’enchaînent avec élégance, variant astucieusement les « moods » car Michele Hendricks s’est entourée d’un fabuleux pianiste qu’elle a réussi à entraîner avec son trio, Tommy Flanagan : l’ensemble swingue avec bonheur : écoutez donc « How High The Moon » où se joint la voix du père, Jon Hendricks, comme par hasard !

Comme le fait remarquer avec sa pertinence habituelle, Claude Carrière qui présente dans les « liner notes » Michele Hendricks, pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour sortir cette pépite ? Le disque fut enregistré en 1998 peu de temps avant la disparition du pianiste ce qui rend cet album d’autant plus précieux, un double hommage en somme. Et puis on le sent bien, Michele Hendricks est parfaitement à l’aise dans ce répertoire plein de chausse-trappes, si souvent repris, rarement à l’égal de leur version « fitzgeraldienne ». Elle réussit à en faire autre chose, à le rafraîchir ou disons à en raviver les couleurs, ne pas les plonger dans celles, sépia de la nostalgie. Aucune affectation, une interprétation vraiment habitée qui vient des origines. Car si Michelle combine talent et expérience, le chant est aussi sa demeure.
Cela a-t-il encore un sens en 2016 ? Dans la forme, les mélodies peuvent encore se développer, elles sont intemporelles. Elle rephrase astucieusement, a une invention rythmique très naturelle quand elle scate, admirablement soutenue par les musiciens dans « Oh ! Lady Be Good » ou « Air Mail Special » de Charlie Christian. On goûtera ce plaisir gourmand de faire tourner les sons et les mots, chavirant de tendresse (le toujours émouvant «Everytime we say goodbye» de Cole Porter), ou de les rouler en bouche comme de vifs cailloux, dans le final porté par des vents enthousiasmants. Indispensable en ce début d’année !

NB : EN CONCERT :

-Les 29 et 30 Janvier 2016 au Sunside à Paris

-Le 29 Avril 2016 au Petit Journal Montparnasse à Paris

Sophie Chambon

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 18:05
MICHAEL FELBERBAUM « Lego »

Michael Felberbaum (guitare, composition), Pierre de Bethmann (piano, piano électrique), Simon Tailleu (contrebasse), Karl Jannuska (batterie)

Montreuil, 26-27 février 2013,

Fresh Sound New Talent FSNT 485 / Socadisc

Par son titre, et la géométrie de sa pochette, le CD fait référence à un célèbre jeu de contruction danois. Il évoque aussi, sur un volet intérieur de son digipack, l'origine du mot lego, en puisant dans les sources indo-européennes, grecques et latines. Et le discours d'escorte du document promotionnel développe un peu les traductions du verbe grec puis latin (recueillir, rassembler, dire....). Il en oublie d'autres : comme lire ; et aussi passer en revue. Ce dernier sens figure chez Virgile, dans l'Énéide (6, 755). Énée embrasse du regard les âmes de sa descendance et se place sur un promontoire « unde omnes longo ordine possit aduersos legere », ce que Pierre Klossowski, dans sa tentative périlleuse de rendre en français la métrique latine, traduit par « d'où en longue file il pût en face les ombres choisir ». Blague à part (ce n'est pas tous les jours que l'on peut blaguer avec l'Énéide ....), le disque est une réussite, en cela qu'il rassemble les tropismes musicaux de Michael Felberbaum (le jazz, un passé rock, le goût de la construction, de la composition, des contrastes et des nuances subtiles), et qu'il en fait un objet neuf, collectif et inspiré. Il faut entendre comment, dès la première plage, Flow , les membres du groupe suivent la guitare dans son cheminement sinueux, en totale interaction, et jusqu'au moment paroxystique qui précède le solo de Fender Rhodes, lequel est soutenu par un solo de batterie intégré dans la montée en tension du clavier. Et le miracle se renouvelle de plage en plage, de la méditation harmonique de Variations jusqu'à la sinuosité conclusive de Lego, en passant par la richesse rythmique de Horse, à partir d'une figure simple qui ouvre de multiples horizons. Le thème suivant, avec son drive très jazz, offre une autre facette. Puis Nostalgia rappelle les infinies ressources d'expressivité d'un univers modal exploré avec un mélange de maîtrise et de liberté. Now nous la joue un peu façon bossa, tandis que la plage suivante nous la fait plus rock, avant de rejoindre pour l'avant dernière plage les méandres qui faisaient le charme de la première. Pour résumer, le disque s'écoute d'une traite, dans l'ordre, de paysage en perspective, reflet exact d'une vision, d'un « concept » assumé et abouti : bel ouvrage d'art lancé par-delà les gouffres d'insondables émois.

Xavier Prévost

Le groupe jouera le 23 janvier à Paris au Sunset

Quelques extraits du répertoire, en studio ou en concert

https://www.youtube.com/watch?v=BsUlmm6g_fY

https://www.youtube.com/watch?v=rcBkm-JaclE

https://www.youtube.com/watch?v=jy5LHAHq3LA

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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 16:23
PATRICK CABON « African Flower »

Patrick Cabon (piano), Sylvain Gontard (trompette & bugle), Manuel Marchès (contrebasse), David Grébil (batterie).

Meudon, 12-13 mai 2014

Peach Prod pp002-14/1 / Rue Stendhal

Le jazz est ainsi fait que l'on peut être un jazzman de plein droit, formé entre les conservatoires français et les Maîtres new-yorkais, avoir joué dans les clubs et les festivals, et accompagné nombre de pointures américaines ou hexagonales, et cependant attendre la quarantaine pour signer son premier disque en leader ; et de surcroît avec une réussite incontestable. Pourtant le pari est osé : jouer exclusivement Ellington, toutes périodes confondues, des années 20 aux années 60. En ouverture, Isfahan, thème insipré par une tournée du Duke au Moyen-Orient en 1963, et enregistré en décembre 1966 : Sylvain Gontard se substitue à Johnny Hodges, le tempo est plus vif, mais c'est le vif du sujet. La musique d'Ellington et Strayhorn est servie, magnifiée, enrichie aussi d'une nouvelle interprétation, magie dont le jazz détient le secret. Le pianiste, dans son chorus, se rappelle qu'il a étudié avec les dépositaires de la mémoire du bebop (Barry Harris) et de son prolongement (Mulgrew Miller). Et dans la plage suivante, après une introduction empruntée à Rachmaninov (Prélude en Do dièse mineur, transposé en Do naturel), il évolue avec aisance et délectation dans le style d'Avant-guerre, en jouant East Saint Louis Toodle-Oo (créé en 1926). Ici le trompettiste fait revivre magistralement le son du jungle style des années 20 (ce sera encore le cas plus loin avec The Mooche et Black Beauty). Dans la plage suivante, Warm valley, le pianiste se souvient à nouveau du bebop : quoi de plus naturel, ce thème, comme le suivant (Fleurette africaine, joué en solo) figuraient dans le disque « Money Jungle », qui associait Ellington à Mingus et Max Roach. Et la fête continue, jusqu'au terme de l'album, avec au passage un Come Sunday torride, qui rappel l'esprit gospel qui prévalait dans ce thème de la suite Black,Brown & Beige, immortalisé par Mahalia Jackson. Et le plaisir d'écoute demeure total, avec au passage un revigorant trio sur Drop me off in Harlem. Réussite incontestable disais-je en prélude ; je confirme en guise de coda.

Xavier Prévost

Le quartette jouera le 7 janvier 2016 à Paris au Studio de l'Ermitage

Infos et musique sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=byxXXDxNzWg

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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 15:17
ATLANTICO : «  En rouge »

La Fabrica’Son 2015

Dave Schroeder (ss, cl, fl, harmc), Sébastien Paindestre (p), Martin Wind (cb), Billy Drummond (dms)

Un quartet transatlantique et une bien belle rencontre du pianiste Sébastien Paindestre avec trois musiciens américains de grands talents. Parmi les plus connus, on ne présente plus Billy Drummond, immense batteur qui joua avec Rollins ou Konitz et qui fut longtemps un des compagnon de route de Carla Bley. Martin Wind, quand à lui est le bassiste allemand depuis si longtemps intégré à la scène New-Yokaise qu’on le mettrait plutôt de l’autre côté de l’Atlantique. Dave Shroeder est lui un multi-intrumenstiste très impliqué dans la vie du jazz de la grosse Pomme et a notamment pas travaillé l’art des compositions avec des maîtres de la pointure de Gil Goldstein ou Kenny Werner. Quand à Sebastien Paindestre c’est sur un terrain beaucoup plus pop qu’il évolue habituellement, celui de son groupe fétiche, Radiohead auquel il a déjà consacré plusieurs albums remarquables (et remarqués) (http://www.lesdnj.com/pages/AMNESIAC_QUARTET_Tribute_to_radiohead_vol2_-8813098.html)

S’ils se retrouvent ici, c’est avec une sorte de plaisir d’artisans qui aiment à faire de la musique ensemble dans le creuset commun qu’ils partagent en toute fraternité.

Ce quartet repose essentiellement sur les compositions de Dave Schroeder et de Sébastien Paindestre dans le climat d’un jazz particulièrement relaxé et relâché. Et ce n’est certainement pas un hasard si une des compositions s’intitule Giuffre Cool, en hommage au célèbre clarinettiste de la West coast mais surtout ancien partenaire de Paul Bley et de Steve Swallow. Car c’est bien cet esprit-là qui flotte sur cette session.

Une session où le drive raffiné et subtil de Billy Drummond ( écoutez le sur Bruce Lee) s’allie à la belle musicalité de David Schroeder tant au soprano qu'à la clarinette ( et même à l’harmonica) et aux enluminures très bopiennes de Sebastien Paindestre, le tout servi par le swing implacable et métronomique de Martin Wind.

Ce jazz-là coule tout seul, coule tranquille et alerte. Toujours léger et classe. Et ce n’est pas pour rien si Joe Lovano signe quelques lignes sur la pochette pour rendre hommage à l’inspiration de ce quartet.

Une bien belle surprise pour commencer l’année.

Jean-Marc Gelin

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2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 18:51

Pour cette nouvelle année, réenchantons notre vie et sabordons l'inutile.

Puisqu'il reste encore des arbres autour de nous, regardons les pousser.

Allons vers la sobriété heureuse ( Pierre Rabi) et vers l'ivresse des instants partagés.

Partageons entre nous. Faisons palabres à la terrasse des cafés, partageons le rock et le jazz, le vin et le rugby, partageons la table, regardons comme nos amoureux sont beaux et nos enfants joyeux.

Partageons avec les vieux et surtout écoutons bien ce que les jeunes nous disent. C'est précieux.

Redécouvrons avec enthousiasme notre pays, notre ville.

Battons-nous pour nos idées avec fraternité et partage.

Redevenons citoyens et acteurs et agissons pour un monde meilleur.

Le bonheur est à portée de mains. Je nous souhaite pour 2016 de le saisir et de le partager.

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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 17:51
MYRIAM ALTER « Cross / Ways »

Luciano Biondini (accordéon), John Ruocco (clarinette), Michel Massot (tuba, trombone), Michel Bisceglia (piano & arrangements), Nicolas Thys (contrebasse), Lander Gyselinck (batterie), Myriam Alter (composition, piano solo sur le dernière plage)

Bruxelles, 13-14 septembre 2014

Enja ENJ-9626 2 (Harmonia Mundi)

Myriam Alter est à elle seule un cas d'école : formée dès l'enfance au piano classique, elle l'a abandonné à l'adolescence, a étudié la psychologie, travaillé dans une agence de publicité, dirigé une école de danse, avant de revenir au piano, et de choisir le jazz, en composant son propre répertoire. Dans son premier disque « Reminiscence », en 1994 (dont le contrebassiste était Michel Benita), et dans le suivant, « Silent Walk » (1996) elle tenait le piano. Pour les deux suivants, enregistrés à New York, elle céda le clavier à Kenny Werner. « Cross / Ways » est son sixième CD, le pianiste Michel Bisceglia signe les arrangements, et Myriam Alter se met au piano, en solo, pour l'ultime plage, dédiée à Mal Waldron, qui fut un ami proche. Cette dernière plage tranche d'ailleurs sur le reste du répertoire : une basse obstinée, avec une ligne mélodique qui va vers doucement vers des intervalles très tendus. Mais ce thème conclusif respire, comme l'ensemble de l'album, une belle et douce mélancolie. À ce climat l'accordéon de l'Italien Luciano Biondini contribue largement, comme en 2002, pour « If », celui de l'Argentin Dino Saluzzi, grand expert en mélancolie s'il en fut. Sur Youtube, à la page où l'on trouve l'intégralité de « If », un commentaire affirme « c'est du tango, pas du jazz.... ». On pourrait, sur telle ou telle plage de ce nouvel opus, penser au tango, mais c'est bien de jazz qu'il s'agit, avec cette liberté de cheminement, ces bouffées de mélodies judéo-espagnoles, et ces escapades à trois temps, comme au bon vieux temps de Bill Evans. Myriam Alter a le talent de composer dans cette veine nostalgique, ce qui lui vaut de s'adjoindre les partenaires les plus idoines, et aux qualités considérables : naguère, outre Kenny Werner et ceux déjà cités, Marc Jonhson, Joe Baron.... et aujourd'hui la fine fleur de la scène bruxelloise (dont l'Américain John Ruocco, établi de longtemps dans les plats pays belges et néerlandais). Quelle que soit votre langue imaginaire, si les mots Sehnsucht, saudade, melancholy, malinconia, melancolia.... résonnent en vous, précipitez vous sur ce disque : il est pour vous !

Xavier Prévost

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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 13:26
ERIC SEVA : « Nomade sonore »

Gaya 2015

Eric Seva (bs,ss), Daniel Zimmerman (tb), Bruno Shorp (cb), Mathieu Chazarenc (dms), Ludovic Lanen (enr, mix)

Si au pied du sapin vous n’avez pas trouvé le dernier album du saxophoniste Eric Seva, sachez qu’alors le vieux barbu s’est gouré grave et qu’il ferait bien de retourner à son atelier pour réparer sa boulette et vous le déposer illico presto au fond de vos chaussettes.

Quant à nous, il ne nous a pas oublié et c’est tant mieux ! Car le nouvel album, d’Eric Seva est un pur moment de joie communicative.

Eric Seva est en effet un des piliers indéfectibles de ce jazz hexagonal dont il porte haut l’identité très forte dans l’écriture ( on pense à l’écriture des Sclavis, Texier ou Emler) ou grâce aux multiples collaborations qui émaillent un CV ma foi fort bien rempli. Et c’est vrai qu’au fil du temps, fort de deux ONJ et de rencontres multiples ( Khalil Chahine, Franck Tortiller, Didier Lockwood etc…) le saxophoniste ne cesse de s’affirmer et de parvenir au fil de ses albums à une sorte de lâcher prise totalement libéré.

Avec Daniel Zimmerman, Mathieu Chazarenc, et Bruno Shorp il se lance ici à cœur et à corps perdu dans une sorte de danse effrénée. Eric et Daniel se courent après (Cheeky monkey), se dépassent, font le route ensemble et se laissent distancer. C’est parfois un tourbillon de la vie, une danse légère, une douce valse jazz ( Kamar). C’est un blues moite et qui colle. C’est une sorte de conversation animée et vive entre potes comme ceux que l’on a en terrasse des cafés (Monsieur Toulouse). Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si cet album est dédié aux douzes personnes disparues le 7 janvier ( attentats à Charlie Hebdo) et à cet esprit libre, goguenard et amoureux qui animent nos rues et nos vies.

A l’exception de 3 thèmes ( 2 de Khalil Chahine et un de Michel Marre), tous les titres sont de la plume du saxophoniste. Plume alerte et sacré sens des alliages des sons et des textures, associant avec un immense bonheur ceux de Zimmerman ( toujours magnifique) et ceux d’Eric Seva lui même qui tant au soprano qu’au baryton s’y révèle éblouissant. Tiens d’ailleurs tant que l’on y est et que l’on parle de soprano : Eric Seva s’y montre renversant de puissance expressive sur un thème comme Matin Rouge alors qu’au baryton il imprime toujours une sorte de groove irrésistible et sensuel.

Libres voix, libres paroles, libres expressions, libres improvisations.

Sur cet album flotte définitivement un air de la liberté.

Jean-Marc Gelin

PS : en écoutant l'album, mon fils qui jouait dans sa chambre est venu me voir pour me dire : " c'est du jazz ça Papa ? ". Je lui ai dit :" oui c'est du jazz". Alors il m'a dit " ben alors j'adore le jazz !"

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 22:56
ENRICO PIERANUNZI « Proximity »

Enrico Pieranunzi (piano), Ralph Alessi (trompette, cornet, bugle), Donny McCaslin (saxophones ténor & soprano), Matt Penman (contrebasse)

New York, 9-10 avril 2013

Cam Jazz CAMJ 7894-2 ((Harmonia Mundi)

En publiant aujourd'hui cet enregistrement réalisé deux ans plus tôt, Enrico Pieranunzi confirme son tropisme new-yorkais, et son désir de se frotter à d'autres expériences. C'est cette fois un quartette sans batterie, et des partenaires très impliqués dans quelques-unes des aventures jazzistiques les plus exigeantes des deux dernières décennies (avec Fred Hersch, Uri Caine, Don Byron, Steve Coleman, Maria Schneider, Joshua Redman....). L'absence de batterie, et la liberté prévalente dans la conduite des thèmes (Line For Lee, Proximity, Five Plus Five ), rappellent certaines connivences de la galaxie Lennie Tristano-Warne Marsh-Lee Konitz ; ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'un des thèmes fait référence à Konitz, et à cette manière de concevoir des lignes libres et inventives sur de harmonies empruntées à des standards. Toute les compositions sont signées par le pianiste, et certaines portent indiscutablement une empreinte musicale européenne, et même italienne (Simul). L'ensemble laisse poindre une touche de mélancolie, et les solistes captent nos émois (Donny McCaslin, au soprano, Ralph Alessi, au bugle, dans Sundays). Pieranunzi parcourt l'album en majesté, avec cette façon d'être libre et rigoureux tout à la fois. Quant à Matt Penman, solide et expressif dans l'accompagnement, il brille par son lyrisme chaque fois qu'un solo lui en offre le loisir. Bref c'est une excellente cuvée pour le pianiste italien, très prolixe sur le plan phonographique, mais qu'une telle profusion ne prend jamais en défaut.

Xavier Prévost

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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 00:54
LE JAZZ DE CABU

Une petite histoire du swing de Louis Armstrong à Miles Davis

BDJAZZ collection de BDMUSIC (directeur Bruno Théol)

Difymusic https://www.difymusic.com/bdmusic

www.bdmusic.fr

On le sait bien, Cabu aimait le jazz, enfin pas vraiment celui que l’on classe dans les musiques actuelles. Un peu comme Jacques Réda, il était tombé amoureux de ce jazz historique, jazz classique, et de cette fabuleuse période swing ; aussi la collection BDJAZZ, en présentant ce florilège de ses portraits de jazzmen, est particulièrement bienvenue de « rendre hommage à cet indéfectible compagnon de swing ». Ce qui se confirme dès la couverture où un jeune batteur à lunettes (Cabu) s’exprime avec allégresse aux balais, sur l’anthème ellingtonienne : “It don’t mean a thing if it’ain’t got that swing”.

Les 2 CDs habituels de la collection présentent sans suivre l’ordre chronologique ni alphabétique, quarante figures emblématiques de l’histoire du jazz, ces maîtres du jazz, du blues, du bop auxquels Cabu avait déjà rendu hommage dans plusieurs collections : si on s’amuse à reclasser dans le temps, cela part de « l’impératrice du blues » Bessie Smith en 1929 avec « Nobody knows you when you’re down and out » à l’année 1954... avec plusieurs pépites « Love me or Leave me » de Billie Holiday, «Round about Midnight» par son créateur en piano solo, «Down by the Sycamore tree» de Stan Getz ou «Solar» de Miles Davis. Un bonus track indiqué comme Cabu ‘s favorite number, version 2 de «It don’t mean a thing... » est interprété en 2014 par Sylvia Howard and the Black Label Swingtet sur des arrangements de Christian Bonnet, le rédac-chef de ce numéro où ont participé les amis Philippe Baudoin, Jean Buzelin, Pierre Carlu, Claude Carrière, Irakli, Daniel Nevers, Alain Tercinet, Fabrice Zammarchi.

Cabu croque avec gourmandise chaque artiste dont le portrait malicieux et toujours très ressemblant illustre une notice qui inclut quelques éléments biographiques tout en analysant avec une juste concision l’intérêt du morceau choisi dans la sélection.

Voilà un numéro particulièrement réussi, bienvenu aujourd’hui, et une merveilleuse façon de se souvenir longtemps, sans nostalgie paralysante de Cabu, disparu tragiquement avec les attentats de Charlie Hebdo en janvier dernier et de ce jazz qu’il aimait tant.

PS : www.jazzradio.fr/news/radio/28220/bd-music-nous-presente-les-meilleurs-dessins-de-cabu-sur-le-jazz

Sophie Chambon

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