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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 07:07

JJ Ludovic BEIER Quartet : « Chilltimes » 

Le Chant du Monde 2007


beier.jpg

Que les choses soient parfaitement claires : nous avons un respect absolu et une immense affection pour Ludovic Beier que, dans d’autres colonnes nous avions encensé pour son sens du swing et la qualité de ses compositions. Un très grand accordéoniste assurément. Nous l’avions alors entendu et découvert aux côtés du guitariste Angelo Debarre dans un registre où il se tirait à merveille d’un petit écart pas toujours facile entre jazz manouche et jazz musette. Et l’on a encore en tête certaines de ses compositions où il faisait alors preuve d’un magnifique syncrétisme. Car il y a chez lui autant de Gus Visseur que de Marcel Azzola. Mais l’on sentait bien que l’envie démangeait le garçon d’aller tâter de l’autre côté du jazz et de montrer qu’étant un gars de swing terrible il pouvait s’affranchir de toutes limites invisibles. Qu’importe pourvu que cela swing ! Et pourtant à l’écoute de cet album on voit bien, ou plutôt on entend très clairement que cela ne se passe pas tout à fait comme ça. Soutenu par une rythmique de jazzmen de la pure tradition comme Diego Imbert ou Franck Agulhon on sent que Ludovic n’y est pas tout à fait à son aise. Comme si derrière le swing il lui manquait cette part d’inexplicable, de ce qui se passe devant les roulottes et dans l’odeur de frites du bal à Jo. Et tant pis si ça fait cliché mais c’est comme ça. Et d’ailleurs lorsqu’en deuxième moitié de l’album il revient au camp manouche et à l’esprit de la valse jazz c’est là, en étant lui-même qu’il convainc à 3000%. Mais ce sont alors ses compagnons de jeu qui semblent alors décrocher à leur tour. Un peu à la peine. Il n’empêche Ludovic Beier avec toute la générosité qu’on lui connaît et l’immense talent qui est le sien confirme ce que l’on pressentait déjà dans un autre contexte, à savoir sa dimension de compositeur rare.

Jean-Marc Gelin

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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 07:05

JJJ Aronas – « Culture Tunnels »


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Ces quatre musiciens néo-zélandais déjantés sont à l’origine d’un jazz décomplexé, libéré de toutes convenances. Aronas est emmené par un jeune prodige : Aron Ottignon. Dans ce disque intitulé « Culture Tunnels » se retrouvent associés Grooves, ballades cinématiques, boucles dansantes, percussives et autres improvisations magistrales. Aujourd’hui installé à Londres, c’est après de longues tournées en Océanie que ce groupe de scène arrive en Europe. Leur Musique est teintée aussi bien de vieille Pop que d’electro futuriste. Une alliance avec E.S.T serait presque probable. Seulement voilà, il y a là une fois de plus un mélange des codes, des principes fondamentaux du Jazz. Des clichés, des clins d’œil d’un goût démesuré, vous laissant seul juge. Au-delà de cette première écoute, on est contraint d’apprécier le majestueux Groove de ce disque. Tout en chaleur. Oui, Madame, le Groove, c’est chaud. Et pas seulement parce qu’en Afrique il fait chaud, vous l’aurez compris. L’instrumentation de ce projet est tout ce qu’il y a de plus classique avec pour centre un trio Jazz. Avec cependant deux touches en plus. La première est la présence du percussionniste Josh Green. Ce type d’instrumentation nous rappelle ce merveilleux opus d’Herbie Hancock, « Inventions and Dimensions », où notre pianiste adoré s’adonnait aux polyrythmie caribéenne. Heureusement, sur ce disque, Herbie jouait sur un vrai piano, lui. Peut être que le goût néo-zélandais pour la facture de piano n’est pas encore très établi. La jeunesse et les nouvelles choses paraissent détruire les anciennes, mais pour être plus juste il faudrait dire qu’elle les magnifie, les fait évoluer, et donc révolutionner. C’est un coté Grunge que l’on retrouve dans la Musique de Aronas. Avec en prime, cette fantaisie swing néo-orléanaise transfigurée par l’electro-rock et les machines. Encore un signe de mélanges hâtifs, si toutefois les créateurs y mettent la « manière ». Hier encore, des grands comme Truffaz montrait le chemin. Les raccourcis n’ont pas pu être évités, mais le souci d’originalité demeure. On notera surtout de lumineuses compositions, comme par exemple « You Little Beauty ». L’énergie et le virtuose de ces musiciens sont frappants et curieusement, leur descendance est assez difficile à retranscrire. Ceci est d’habitude une preuve de grande sagesse, lorsque la personnalité est aussi définie. Ces compositeurs-acteurs usent parfois d’effets divers, résultat d’un travail sur la matière sonore. La superposition de Musiques en est un. Le jeu sur sampler et effets bizarres en est un autre. Tout est bon pour surprendre, surtout sans paroles, sans mots, pour que vous puissiez avoir le champ libre sur vos images. Dans cette culture des Tunnels que Aronas nous offre, la transe rythmique trouve enfin une sensibilité poétiquement rassurante, et toujours en mouvement.

Tristan Loriaut

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4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 22:26

JJJ Daniel Humair, la batterie jazz

#1DVD

Nocturne NT 103

 

danielhumairdvd4557.jpgSans évoquer la batterie jazz comme le batteur- écrivain Georges Paczynski dans son histoire en trois tom(e)s, Daniel Humair fait œuvre de pédagogie dans ce DvD et donne son propre « discours de la méthode », appuyant ses analyses et commentaires toujours simples et précis, sur sa propre expérience musicale. Sa carrière de sideman  est des plus impressionnantes ( depuis ses débuts il  y a une cinquantaine d’années, il a  joué avec les plus grands musiciens européens et américains). Enseignant au CNSM, il  a aussi assumé le rôle de leader, invitant de jeunes instrumentistes dans ses nouveaux groupes.

Gaucher naturel mais  ambidextre par ailleurs, son style et sa technique sont uniques et il entend prodiguer généreusement  quelques-unes de ses  recettes : comment distribuer de façon complexe et asymétrique les accents tout en conservant une grande continuité rythmique,  travailler à l’égal des percussionnistes les timbres les plus variés.   

Si ses conseils ne manqueront pas d’intéresser les débutants ou les amateurs non pratiquants,

Humair va plus loin et  présente sa conception de la batterie ternaire, jazz.

Pour les batteurs de jazz qui commencent le métier, les questions sont  « qu’est ce qu’un batteur de jazz ? Comment improviser  et  pourquoi ne peuvent ils pas utiliser ce qu’ils connaissent du tambour pour le faire ?»

Si la mise en place reste essentielle, Daniel Humair renvoie, sans se poser en historien pour autant, à l’écoute indispensable des enregistrements les plus marquants qui témoignent des diverses façons d’interpréter le jazz :  Ben Webster et Sonny Rollins participent en effet d’une même lignée même si leur jeu est très différent.  

Le DVD présente trois parties : la première intitulée « Découvertes et Connaissances » détaille tout de l’instrument :  les choix de réglages, la position et tenue des baguettes, le rôle dans l’orchestre et le langage jazz . S’édifient devant nous les différentes composantes de la batterie jazz que Daniel Humair présente sobrement, en expliquant ses choix.  Ainsi considère-t-il la grosse caisse comme un tom supplémentaire au son très grave, il aime choisir des cymbales variées, une gamme adéquate et …légère de préférence. 

Il préfère jouer avec les talons posés sur les pédales de grosse caisse et de charleston, recherchant une véritable élasticité dans les mouvements,  avec pour résultat un claquement de charleston sec et coupant. Il saisit ses baguettes d’une certaine façon, à plat toujours (donc évitant le réglage incliné des fûts).

Avec logique, il explique qu’il faut savoir se ménager, que parfois un effort plus grand donne un résultat moindre : l’olive de la baguette doit avoir le circuit le plus long, suivre un mouvement gracieux qui vient de très haut et le batteur ne doit jamais perdre de vue que l’attaque doit revenir immédiatement.

Démonstration à l’appui, il explique que des « papa maman » ou des « moulins » exécutés dans le vide, auront l’avantage,  sans déranger les voisins, de donner l’aisance et la sûreté du geste. Enfin, seul le tempo travaillé le plus lentement et le plus régulièrement possible permet d’obtenir une maîtrise parfaite. 

La deuxième partie intitulée « Pédagogie » est constituée d’exemples nombreux et de démonstrations éloquentes soulignant le travail d’indépendance totale, les écueils du phrasé ternaire, le travail spécifique du jeu de balais, sans oublier des exercices qui sont proposés aux apprentis batteurs.

Le DVD propose en bonus un court métrage sur le travail en studio, avec Louis Sclavis et Jean Paul Celéa, d’un des titres de l’album Air Libre du guitariste JP Muvien et ensuite le même morceau « Couscous Purée », joué en concert au Triton, en novembre 2005.

 

Daniel Humair témoigne ainsi avec bon sens et efficacité de sa formidable expérience de la batterie. Il a su donner ses lettres de noblesse à l’instrument, le « démilitarisant » du tambour de base.

Son credo implique donc  la « prise de pouvoir du soliste, qui a un  rôle d’initiateur, d’arrondisseur d’angles et de soutien du tempo ». Il souligne aussi l’importance de la chanson des fûts, conseillant de travailler plus encore que la figure rythmique, sa petite chanson,  à la façon des percussionnistes indiens qui chantent les phrases, avant de les jouer.

Enfin, chez ce musicien exceptionnel est resté intact le désir de garder toujours main mise sur sa propre distribution de sons, en club ou dans une salle de concerts. Il est, décidément,  encore à l’heure actuelle, l’une des meilleures illustrations de la fonction  créative de l’instrumentiste-batteur de jazz.

Sophie Chambon

 

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24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 23:10

CAMJ7793-2b2.jpgJJJ SCOTT COLLEY : « Architect of the Silent moment »

cAM jAZZ 2007

 

A 44 ans, Scott Colley est aujourd’hui l’un des contrebassistes les plus demandé de la scène d’Outre atlantique. Ceux qui ont suivi son parcours ont pu l’entendre avec Chris Potter, Dave Biney, Goeffrey Keezer, Fred Hersh, Greg Osby ou Adam Rogers parmi tant d’autres qui sont l’incarnation d’une nouvelle génération dorée du jazz américain que l’on retrouve en partie ici pour un casting de rêve qui, sans faire de name dropping regroupe une base solide avec Ralph Alessi à la trompette ( qui fait un peu figure de vétéran), Craig Tanborn au piano et Antonio Sanchez à la batterie ( ce dernier, un sacré client !). Et pour autant alors qu’un tel all-stars pourrait faire craindre un certain endormissement sur de si jeunes lauriers, tous les acteurs de cet album démontrent à l’envie qu’ils ont bien d’autre chose  faire qu’à s’assoupir. Au premier chef, Scott Colley lui même dont on a eu l’occasion d’apprécier maintes fois le jeu si discret et solide et qui s’est attaqué ici à l’écriture de thèmes à la construction remarquable dont la maître mot, l’architecture, n’est point savante mais ici redoutablement efficace. Car s’il est des contrebassistes qui lorsqu’ils font des albums sous leur nom n’ont de cesse que de vouloir toujours passer devant pour devenir un peu soliste, Scott Colley affiche une toute autre conception. La sienne repose tout entière sur l’assise rythmique qu’il partage avec Antonio Sanchez dans des formes au cerescendi irrésistibles, toujours en assise de soliste qui atteignent avec eux une rare mise en lumière. Une sorte de rythmique éclairante ! Et à ce jeu la prestation de Antonio Sanchez à la batterie (le batteur de Metheny que les français ont pu récemment entendre avec Manuel Rocheman)  est proprement ébouriffante. Véritable batteur caméléon capable de se mouvoir du percussionniste au coloriste fin.

De cet album on retiendra quelques beaux moments. Comme les envolées de Grégoire Marret à l’harmonica

Qui rappelle ses chorus inspirés lorsqu’il joue avec Metheny. De même que l’on a eu un coup de cœur absolu pour ce merveilleux trompettiste qu’est Ralph Alessi dont les incises démontrent toujours une rare chaleur de l’instrument et une énergie fougueuse. Tous forment corps dans cette musique qui puise autant dans l’esprit de la musique de Weather report, de Metheny ou encore du Miles de l’époque Wayne Shorter mais en donnant à cette musique toujours acoustique un sérieux coup de booster comme en témoigne l’admirable From Within qui donne l’occasion à David Binney de délivrer un incroyable solo de Soprano ou à un Window of time, véritable pièce maîtresse de l’album de faire tourner des pattern irrésistible et de terminer sur le son trop rare dans l’album du guitariste Adam Rogers toutefois un peu timoré. Et c’est peut être le seul regret  l’écoute de ce vivifiant album. A entendre l’inhabituelle réserve de Jason Moran on aurait peut être attendu des solistes invités qu’ils mordent un peu plus dans leur instrument, se lâchent et suivent d’une même voix celle tracée par Ralph Alessi et par cette belle rythmique. On aurait alors atteint des sommets que l’on a pourtant avec bonheur, approchés ici de très près.

Jean-Marc Gelin

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24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 22:28

jean-pierre-fourment.jpgJJJ JEAN-PIERRE FOURMENT : « La danse du papillon »

Cristal 2007


Le propos poétique de l’album de Jean Pierre Fourment est évident. Un propos qui privilégie une couleur à la fois douce et tendre. Un parfum de nostalgie légère. Le contrebassiste Jean-Pierre Fourment privilégie en effet un jeu d’archet qui met la mélodie en avant. Chaque acteur de ces longues pièces improvise derrière Fourment qui, à tout seigneur, bénéficie d’une prise de son qui lui est très favorable. A l’exception d’un tromboniste pas toujours à son aise, rien à dire sur cet album. C’est très joliment exécuté et totalement maîtrisé. Everything under control pourrait on dire. On aime l’énergie de Jean-François Angles au ténor qui apporte à cet album sa couleur aux contours plus nets, à la chaleur toute méditerranéenne. Les 5 acteurs de cette pièce en 7 actes s’amusent beaucoup à jouer sur les variations de tempos et gardent sous jacent un swing pas débridé mais plutôt contrôlé. Car fil directeur de cet album, c’est une sorte de grande pudeur qui semble s’en dégager et qui les empêche peut être se livrer totalement. De mordre dedans un peu plus.

On aurait peut être aimé aussi un peu plus de concision pour ce premier album. A la fin du 3° morceau il s’est déjà passé plus de 20mn sur un mode assez linéaire. Mais il est vrai que cette lenteur si elle n’est pas extrêmement pesante est parfois inutile. Ainsi la conclusion de  Makiguchi (12’18) sur un solo de batterie rajoute certainement quelque chose dans l’esprit du compositeur sans que l’auditeur en comprenne réellement la logique compositionnelle ni même l’intention littéraire. Il n’empêche que cet album bien joliment exécuté et dans la forme et dans le fond est un album sans risque que vous aurez le plaisir à entendre. Le doux plaisir d’une rêverie innocente.

Jean-Marc Gelin

 

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23 mai 2007 3 23 /05 /mai /2007 22:31

wonderfu-world-006.jpg

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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 23:11

Quel silence !

 

 

 

 

C’est incroyable, dans tout ce vacarme on entend rien. Les candidats ont beau  se battre et se débattre, donner même le coup de poing sur les retraites, sur l’Europe, sur la violence à l’école, sur le chômage, sur les 35 heures, pas un mot sur la culture. Le sujet est définitivement clos comme si l’on avait décrété une fois pour toutes que la culture n’intéressait pas les Français et qu’il ne s’agissait en aucune façon d’un enjeu de société.
Et le pire c’est que ce silence est consensuellement partagé. Prenez par exemple les instances représentatives du jazz. Elles ont eu le grand mérite de se distinguer durant toute cette campagne par une absence assourdissante publiant (après le 1er tour !) et confidentiellement une lettre ouverte mise en ligne on ne sait où.

 

 

Quel Silence !

 

 

 

 

Ces mêmes instances à  qui nous avons proposé d’ouvrir nos colonnes pour qu’elles s’expriment auprès de vous, n’ont pas souhaité utiliser cette possibilité. Ils en assumeront la responsabilité auprès de vous.
Quel silence assourdissant, vraiment ! Nous avons publié sur le site des DNJ le tableau comparatif des propositions des  deux candidats « finalistes» en matière de culture. Nous sommes carrément estomaqués par tant d’audace, de courage politique des candidats sur le sujet : gratuité des musées nationaux pour l’un, renforcement de l’enseignement artistique à  l’université pour l’autre, création d’une haute Autorité pour le pluralisme pour l’une, augmentation des obligations de diffusion culturelle…sur les chaînes publiques pour l’autre. On sent bien que la révolution culturelle du XXIème siècle est en marche ! Tant d’audace culturelle nous laisse sans voix. Le silence de la consternation.

 

 

Et pourtant à  y regarder de plus près c’est au travers de la culture bien plus qu’un  vrai choix de société qui s’offre à  vous. Car enfin, vous qui allez bientôt voter et qui par définition êtes intéressés par la Culture mais qui ne savez pas trop vous déterminer, posez vous simplement ces quelques questions : êtes vous plutôt culture de masse ou culture savante ? Etes vous RTL ou France Inter ? Etes vous Star Ac’ ou Spectacle vivant ? Etes vous Universal ou Harmonia Mundi ? Etes vous Jack Lang ou Donnedieu de Vabre ? Etes vous Verdi à  Bercy ou Martha Argerich à  Pleyel ? Etes vous Théâtre de l’Odeon ou Théâtre de Marigny ? Et finalement puisque c’est bien de cela dont il s’agit, lorsque vous aurez répondu à  ces questions demandez vous juste si la culture s’accommode du libéralisme ?

 

 

Nous ne répondrons pas ici à  votre place. Ce n’est pas le lieu et si le jazz n’est pas que binaire ce n’est pas pour être bipolaire, fort heureusement. Mais si l’on pense à  ceux qui répondent à  propos de cette question sur l’éducation : «Si je veux faire de la littérature ancienne, devrais-je financer mes études ? Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à  payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d’argent pour créer des filières dans l’informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable mais l’État doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes ». S’impose alors avec évidence pour tous ceux qui comme nous veulent défendre le savoir, l’intelligence et partant l’art comme rempart aux assauts de l’homo economicus sacrifié volontaire sur l’autel de la sacro sainte règle de la rentabilité, l’idée que l’enjeu culturel n’est pas un débat anodin.  Mais une véritable question de civilisation.

 

 


Une question suffisamment grave en tous cas pour éclairer en ce qui me concerne mon choix devant l’urne,
 et rompre à ma manière, dans l’isoloir un peu de cet assourdissant silence

 

 

 

 

 

 

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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 10:10

JJJJJ GETACHEW MEKURYA and The Ex : “ Moa Anbessa

 TerP records 2007

 Attention à vous, c’est du brutal ! Un bon gros son comme ça, c’est pas fait pour les mauviettes ! On  vous aura prévenu. « Mais de quoi qu’il cause » disent ils ? Tout simplement de cette rencontre incongrue organisée un jour entre des anciennes gloires néerlandaises de la musique punk, «  The Ex » et du roi, que dis je, de la légende vivante, du Négus du sax éthiopien, Getachew Makurya qui doit aujourd’hui afficher pas loin de 80 piges au compteur. Et Getachew n’est chez nous totalement inconnu pour ceux qui ont suivi les magnifiques éditions des Éthiopiques qui permirent il y a quelques années de découvrir les gloires fameuses du jazz du côté d’Addis-Abeba. Ces gloires qui explosèrent dans les années 70 à peu près en même temps qu’à l’autre bout du continent émergeait le phénomène Fela.

Rencontre en tout point étonnante qui naquit le jour où ces petits gars, alors invités à Banlieues Bleues entendirent Mekurya chevaucher son saxophone tel on dresse un cheval en liberté. Alors de ce son rauque à gros grain ils se dirent qu’il y avait quelque chose à faire. Ils perçurent l’évidence de la rencontre pourtant  curieuse sur le papier. Ils perçurent que dans les deux cas il s’agit du même art brut, de la même animalité voire de la sauvagerie tripale. Car il y a du cri et du grincement parfois, de la rage souvent mais jamais de violence. Bien au contraire. Des tourneries païennes qui peuvent renvoyer autant aux plaines d’Afrique qu’aux docks de Londres. Terrie et Andy donnent alors dans la guitare saturée et à plusieurs moments le chanteur de « The EX », GW Sok brandissant un mégaphone porte sa voix entre chant et parlé chanté. Getachew Mekurya habitué aux fanfares dans sa jeunesse, a peut être trouvé dans ce brass band néo-punk (aux accents lointainement Ska) une source de jouvence. Toujours est il que c’est avec une terrible force Aylérienne qu’il trace les sillons dans lesquels la bande des «  Ex » semble se régénérer à son tour.

Enregistrée pour partie en studio et pour partie en «  live » lors d’un concert à Tourcoing, cette rencontre vous prend aux tripes, bouscule vos repères, décoiffe le bourgeois assoupi qui d’habitude d’une oreille distraite se demande avec un  air distingué, entre deux volutes de sa cigarette de quoi donc sera fait l’avenir du jazz.

Ce n’est pas là qu’il trouvera forcément la réponse. Peut être pas dans la perpétuation du gros son d’Albert Ayler ou dans l’énergie de Fela. Mais certainement dans la confrontation face à face de ces deux cultures musicales, dans le travail en commun qui, croyez moi en l’occurrence n’a rien d’un métissage. Car vous ne ressortirez pas de cet album avec le sentiment d’y avoir vu un mélange des couleurs qui trop souvent se traduit par l’affadissement de l’une d’entre elle mais plutôt à une sorte de rapprochement au terme duquel, et c’est là toute la magie de cet album, aucun vraiment aucun n’a perdu son identité mais sort grandi de cette expérience commune.

Une leçon de vie en somme qui, en ce début de XIX° siècle traduit une incroyable modernité. Et nous rend optimiste sur l’avenir du jazz.

Jean-Marc Gelin

 

 

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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 10:01

JJJJ Dee Dee Bridgewater : « Red Earth (A Malian journey)»  De la terre rouge de Memphis (Tennessee), sa ville natale, à Bamako (Mali), Dee Dee Bridgewater part à la recherche de son identité. Comme un enfant perdu rentrant enfin à la maison, comme elle l’écrit en introduction à l’album qu’elle consacre à la terre rouge du Mali (Red Earth), à l’Afrique... Rarement au cours de sa prolifique carrière, Dee dee Bridgewater nous avait-elle ainsi subjugué. Quel groove ! Avec une liberté totale, la chanteuse américaine sans renier sa propre culture blues rentre en dialogue avec les rythmes maliens, improvise, joue, ose…et le résultat est éblouissant. La rencontre se fait communion alors que chacun reste profondément fidèle à sa propre identité. Une gageure ? Sans aucun doute, non ! Une vraie rencontre… Dee Dee Bridgewater est allée se frotter à la tradition malienne et les musiciens maliens lui ont grand ouvert leurs espaces d’improvisation et d’inspiration. Avant d’enregistrer ce disque à Bamako ils ont multiplié ensemble les occasions de travail à travers des jam sessions au Mali ou des répétition en public au New Morning : ceux qui ont assisté à ces concerts parlent de magie. Les duos entre vocalistes maliens qui chantent en bambara et Dee Dee Bridgewater en anglais sont d’une extrême intensité et d’une incroyable contemporanéité. De manière excessivement troublante, ce chant résonne dans notre plus profonde intimité. Gage sans doute de sa sincérité.  D’abord et avant tout saluons le talent des musiciens maliens sélectionnés pour ce projet par Cheick Tidiane Seck : l’extraordinaire vocaliste Ramata Diakité (écoutez le remarquable Mama don’t ever go away), les deux chanteuses traditionnelles Oumou Sangaré et Tata Bambo, stars en leur pays, le joueur de kora Toumani Diabaté, Adama Diarra au djembé. Le pianiste malien Cheick Tidiane Seck qui connaît parfaitement la culture nord-américaine et le jazz et sans lequel ce projet n’aurait pas pu voir le jour, a ensuite veillé avec brio au choix du répertoire et a lui-même arrangé la plupart des titres. Notons la superbe tournerie Children go round (Demissenw) dans laquelle l’incantation mandingue d’Ami Sacko se confond avec la prière blues de Dee Dee, sur un accompagnement endiablé de Bassékou Kouyaté au ngoni, luth à 3-4 cordes pincées à l’origine du banjo. Même les standards (et en particulier Footprints de Wayne Shorter accompagné par une flûte peul traditionnelle) sonnent « mandingue ». Un album baigné de lumière.

 

 

Régine Coqueran

 

 

 

 DDB Records 2007

  

 

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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 10:00

JJJJAndy Emler MegaOctet – « West in Peace »

 

Nocturne 2007

 

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Argh ! Certains groupes portent très bien leur nom ! Impossible, non mes amis, impossible de rester de marbre face au MegaOctet du pianiste Andy Emler. C’est un saut que l’on fait à pieds joints dans une flaque d’eau, vous savez bien, ce genre de saut qui est censé faire des dégâts autour de vous. Ce nouvel opus du groupe est manifestement la suite du disque précédent, « Dreams in Tune ». Parmi ces neufs musiciens, on retrouve de drôles d’oiseaux comme Laurent Dehors et Médéric Collignon. Sans parler de la tout aussi étrange ressemblance de Thomas de Pourquery avec un certain Éric Dolphy. Guillaume Orti est le second altiste. Le « tuyau » du groupe est en la personne de François Thuillier, un adorable tubiste capable d’acrobaties digne d’un coléoptère en période d’accouplement. Dans le mot adorable, n’y voyez pas là d’amitié entendue, mais intéressons nous plutôt au fait d’être plus ou moins attendri par tel ou tel instrument, et en l’occurrence, le Tuba. Éric Echampard et Claude Tchamitchian donne l’énergie à l’ensemble, par leur complémentarité tout-terrain (on dit aussi la CTT !). Parce que c’est de ça qu’il s’agit, une passionnelle suite d’évènements, de scènes, d’épisodes, avec à chaque fois une nouvelle surprise au coin d’un passage. Un album irrésistiblement complet. Un florilège de beaux mouvements, de bons moments, forts et intenses. Avec ce coté expérimental qu’à plaisir à exercer Andy Emler, aussi bien dans son écriture que dans l’esprit de son entourage. Ce disque débute sur un ostinato avec le sampler et les cris déstructurés de Médéric, qui nous offre au bugle, un peu plus loin dans le disque, un phrasé très pertinent. Il y a là tant de styles abordés, magnifiés. Cet esprit collectif est vastement ouvert et repousse les limites de la Musique. François Verly use par exemple des tablas dans la pièce majeure du disque, West in Peace. Le groove bestial au thème modal menaçant, la douce poésie du chant de la contrebasse. Certains gestes invoquent le « free style », ce sont ces gestes qui transfigurent le « skate- boarder » en artiste. On penserait presque à un scénario dont le pianiste serait le gourou, l’arbitre, le maître, celui qui libère les enfants terribles à l’heure de la récré. Plus sérieusement, en suivant cette trame musicale, on pense à Debussy, en allant jusqu’à Gustav Mahler. Les cornemuses sont même de la partie ! Quel bouquet de fleur ! Une originalité sans limite, un avant-gardisme comme on les aimes. Et tout ce tintouin organisé est capté à la Buissone par le Gérard De Haro national. Nos oreilles sont kidnappées, emmenées dans un rêve sur tapis volant, voyageant dans les airs au-delà des paysages les plus divers. Époustouflant, renversant, ingénieux, enivrant, ce disque est incontournable de vérité, de fraîcheur aussi. Les commentaires littéraires inscrits dans le livret témoignent des sentiments du compositeur sur sa propre musique, comme pour mieux transmettre ce qu’il a de grand à offrir. Merci qui ? Merci Monsieur Emler.

Tristan Loriaut

 

 

Dans la lignée du précédent album Dreams in Tune mais encore plus captivant,  West in peace nouvel opus du Megaoctet, réunit toujours une distribution de rêve. On se réjouit de retrouver le spectaculaire nonette du pianiste Andy Emler, en grande grande forme. La machine rutilante, puissante, démarre très vite, tout de suite, et très fort. Difficile de faire autrement quand on dispose d’ une section rythmique superlative ( Eric Echampard et Claude Tchamitchian, sans oublier le percussionniste, ami de longue date, François Verly) et de soufflants déchaînés autant que brillants (Laurent Dehors au ténor et aussi à la cornemuse, diable d’homme, Thomas De Pourquery et Guillaume Orti, souverains à l’alto, Méderic Collignon toujours aussi doué au bugle  comme dans « Les neuf cents lunes »).

Quand on lit les notes d’introduction du pianiste, qui constituent  son credo artistique, on comprend pourquoi on aime tant le musicien.

Ce n’est pas seulement une question de génération et d’éducation musicale.  Emler allie de façon délibérée, une musique savamment composée,  à une énergie  très actuelle qui déborde tout en restant à sa place. Sans oublier l’intelligence mélodique des grands groupes pop des années 70 et l’étude admirative du travail de géniaux perturbateurs, comme F.Zappa. Ce qui explique en partie une démarche qui explore avec humour, impertinence et précision, certains territoires musicaux actuels : ruptures de tempos, suspens harmonique et rythmique, faux arrêts et donc faux départs, ostinatos souples et rebondissants ; par instant, une douceur de prélude suivie d’ envolées qui n’en seront que plus étonnantes. Des interventions plus « sauvages », chantées, marmonnées, ou hurlées aux saxophones, exaltent certains dérèglements assumés avec le plus sérieux.

Ce que le pianiste arrive à faire avec ce groupe de surdoués tient d’un véritable projet collectif dans lequel chacun reste à sa place, concourant à cette impression de joyeux chaos.

Voici donc une formation soudée prête à se lancer dans une aventure permanente sous la férule du chef. L’ improvisation collective malmène le travail soigné de composition, avec une tendance impulsive à rechercher un certain désordre que l’on met en scène. Un embrasement que l’on partage sans que cet enchaînement ne laisse de côté les moments plus  tendres et rêveurs comme ce passage doux  qui se glisse dans la première composition « Les ions sauvages »  que domine au tuba, le trop rare François Thuillier.

C’est qu’Andy Emler  compose très soigneusement, en fonction de « ses » hommes, en recherchant les combinaisons insolites ou intéressantes de timbres, de  textures et de couleurs : du « cousu main » qui donne aussi sa pleine mesure en live.

Mais pour ceux qui achèteront le disque  (oui, cela vaut encore le coup d’acheter un album), mention particulière à l’ « objet » conçu avec soin, de la poétique photo de graminée, en couverture aux  explications révélatrices de la conception de chacun des titres (5 pièces longues et un court interlude, ludique, « Hugs » avant le final).

S’il fallait choisir un seul titre, « West in peace » aurait notre préférence : doux, tendrement nostalgique, et terriblement émouvant. Guillaume Orti dont on admire depuis longtemps déjà, la démarche, discrètement  tenace, est saisissant dans ce chant de désir ou aveu d’une plainte, c’est comme on voudra,  une ballade au cœur de la mélancolie, le climax d’un disque qui ne peut laisser indifférent.

Sophie Chambon

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