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24 août 2020 1 24 /08 /août /2020 16:05

Franck Tortiller (vibraphone), Misja Fitzgerald-Michel (guitares)

MCO / Socadisc

Maisons-Alfort, sans date

 

Une rencontre musicale, au vrai sens du terme. Deux tempéraments forts, deux esprits habités par le sens mélodique autant que par l'amour des développements aventureux, et deux passions pour la qualité du son qui fonde la beauté du chant. Atmosphère folky, comme on pouvait le dire voici quelques lustres du groupe qui associait Gary Burton et Keith Jarrett, ou encore des merveilleuses chansons de Joni Mitchell. Un répertoire sur mesure pour un tel projet : des compositions du vibraphoniste, conçues pour alimenter l'intensité du dialogue, entre naturel et sophistication. Toutes les prises ont été réalisées sans montage : se lancer chaque fois pour le grand saut, sans le secours de la gomme, c'est comme s'offrir les ailes de l'urgence absolue. Le disque offre aussi une composition du guitariste Harry Pepl, regretté collègue de Franck Tortiller dans les rangs du prestigieux Vienna Art Orchestra : beau mélange d'intelligence mélodique et de sinuosité harmonique. Bref, comme disait l'Ami Jacques Mahieux, «de la musique de musicien, entièrement faite à la main». Et pour réaffirmer, s'il en était besoin, l'urgence du chant, une reprise de Bob Marley, Redemption Song. Au fil des plages, une cavalcade effrénée dans Clos des corvées, que suit une composition rêveuse, en solo, au vibraphone. Et si Franck Tortiller signe le répertoire, l'espace offert à Misja Fitzgerald-Michel est à la mesure de son incroyable musicalité. Comme depuis l'inaugural «Vitis Vinifera» en 1997, Franck Tortiller, en pur produit du terroir bourguignon, n'oublie rien de ses racines : ce qui nous vaut des titres alléchants de sensations olfactives (Musigny, In Vino....). Bref, pour le dire simplement : une totale réussite !

Xavier Prévost

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Le duo sera en concert le 29 août aux Rendez-vous de l'Erdre à Nantes. Puis le 16 octobre au Tourcoing Jazz festival, et du 12 au 14 novembre aux Gémeaux, scène nationale de Sceaux.

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Des avant-ouïr sur Youtube

 

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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 08:49
DANCING IN YOUR HEAD(S)  ORCHESTRE NATIONAL DE JAZZ

DANCING IN YOUR HEAD(S)

ORCHESTRE NATIONAL DE JAZZ

www.onj.org

https://www.onj.org/programme/dancing-in-your-heads/

 

Album enregistré live au Festival JAZZDOR de BERLIN LE è JUIN 2019

 

Sortie nationale le 20 Août 2020

 

Deux albums complémentaires aux couvertures de couleur verte et orange sortent en cette fin d’été de pandémie, sous la direction artistique de Frédéric MAURIN avec un sacré orchestre de 15 membres et un invité de choix, le saxophoniste alto Tim BERNE. Un premier projet est dédié à la musique de ce musicien extra-ordinaire qu’était ORNETTE COLEMAN, décalé, moderne presque malgré lui, faute d’être de son temps. L’autre à un programme original de compositions collectives pour orchestre et 4 voix, un rituel quotidien de voix dont la création eut lieu à Perpignan, lors du Jazzèbre d’octobre dernier.

Le guitariste Fred Maurin dispose d’ une belle équipe, celle qu’il s’est choisi de l’Orchestre National pour écrire une nouvelle musique, complexe toujours mais différente de sa Ping machine qu’il a dû se résoudre à abandonner pour ce mandat et cette nouvelle mission. Il a néanmoins gardé certains compagnons de route, le noyau dur de sa rutilante machine pour se consacrer à cette nouvelle aventure toujours “grand format”. 

Cet album Dancing in your head(s) est un hommage personnel à cet étonnant chef de troupe sans véritable disciple, intégrant à des compositions du saxophoniste texan, issues de l’album éponyme de 1973, un pot pourri de titres datant de sa période électrique, et enfin de deux thèmes composés par Eric Dolphy et Julius Hemphill. On retraverse ainsi en touches légères, un peu de la longue histoire de ce musicien qui a vécu, joué, évolué  dans une période faste de l’histoire du jazz. Un projet électrique et électrisant comme cette formation, avec les arrangements frais, brillants, inventifs d’un maître en la matière, Fred Pallem, fou de funk, de musiques vintage qu’il sait moderniser, soul master au plus près de la Black music, le chef de l’insolent Sacre du Tympan.

Il dispose d’un collectif puissamment cuivré qui sonne avec une vitalité réjouissante: 2 sax alto, 2 sax ténor, un sax baryton, 2 trompettes, 1 cor, 2 trombones dont un basse, 2 guitares électriques, une guitare basse, et la section rythmique d’acier qui va de pair avec un tel ensemble! Car le rythme ne faiblit jamais avec ces hommes et femmes à pied d’oeuvre sur ce champ de  manoeuvres!

Pa vraiment du free jazz, (en référence à l’album conceptuel de Coleman qui fit date dans l’histoire du jazz en 1960) mais un projet exubérant, pour une musique librement décomplexée qui groove, spontanée et organique, que l’on avale d’un trait à grandes rasades! La musique ne cesse d’advenir au sein de happenings décoiffants, en un discours fluide et néanmoins fragmenté à partir d’une sinueuse ligne mélodique.

Dès l’introduction, nous sommes dans le bain avec ce “Feet music” des plus explicites qui vous met en jambes irrésistiblement comme le “Dancing fool” de ce "singing fool" de Frank Zappa qui remonterait, dans une forme certes  décalée,  à  la tradition de la musique populaire  américaine jusqu’au "42nd street" de Busby Berkeley et de Lloyd Bacon. Hypothèse posée mais qui répond à une certaine logique, car on ne fait pas que danser dans sa tête avec cet orchestre!  Un peu moins explosif, intrigant même, suit un “Jump street” toujours bondissant avec des écarts inattendus.

Au mitan de l’album, composé avec finesse, alternant subtilement tempi et climats, sans perdre jamais la cohérence du montage, le morceau de bravoure de Dolphy, empreint d’une spiritualité  immédiate, “Something Sweet, Something Tender” est dévoilé par l’attaque du tromboniste Daniel Zimmermann suivie de la trompette incisive de Susana Santos Silva.

On attendait au tournant l’orchestre avec sa version (une de plus) de l’éternel “Lonely woman”, l’une des plus belles mélodies du jazz et sans aucun doute, la composition la plus célèbre d’Ornette! Ça commence sur un tempo volontairement étiré, pour répondre, reprendre cette musique créée dans le blues; puis la formidable machine de l’ONJ s’emballe, tout en prenant son temps pour une longue variation comparée à la durée du thème originel! Une compréhension du standard dans sa mélancolie profonde, poignante.

Tim Berne intervient sur 3 titres dont l’étonnant “Kathleen Gray” composition de Pat Metheny et Ornette Coleman, en hommage à une personnalité remarquable, écrivain, artiste pluridisciplinaire qui a produit le documentaire de Shirley Clark (The Connection, 1971) sur Ornette: made in America (1985).

Le final poétique démarre en douceur (les baguettes imprimant un léger beat) vite détrompé par une cavalcade en fanfare qui traite par dessus la jambe, un thème dénommé "symphonique", jusqu’au murmure déclinant en souffle, soupir de retour au silence qui referme l’album!

Cette musique de l'ONJ a pris ses marques assez vite, rencontrant l’adhésion d’un collectif qui a (un peu) tourné, avec des musiciens qui se connaissent, certains reconstituant les pivots de l’ancienne Ping Machine. L’équipage mené avec une efficacité fougueuse parvient à insuffler lyrisme et sensibilité, donne une touche actuelle à cette série de thèmes si bien construits qu’il n’est vraiment pas nécessaire de chercher à (trop) les détraquer. Un certain désordre, juste apparent, est ainsi mis en scène, suite d’emballements, d’échappées libres, embardées suivies de moments plus tendrement rêveurs. Un vif plaisir d’écoute en tous les cas. Fortement conseillé, cet album, voilà notre prescription de rentrée.

Sophie Chambon

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 17:04

Rudresh Mahanthappa (saxophone alto), François Moutin (contrebasse), Rudy Royston (batterie).

Montclair, New Jersey, 24-25 janvier 2020

Whirlwind WR 4760 / Bertus

 

Après quinze albums sous son nom, ou en co-leader (j'ai eu l'occasion d'écouter une bonne moitié d'entre eux, et je l'ai écouté plusieurs fois en concert), Rudresh Mahantappa n'en finit pas de m'étonner : par sa singularité, par la vivacité de son propos, par sa fine musicalité et par la hardiesse de ses options. Son texte de présentation affiche son admiration pour les grands trios de même instrumentation (Rollins, Ornette, et Lee Konitz), et si le répertoire porte trace de ce glorieux passé, la musique nous emporte vers un présent plus qu'immédiat. Plus largement il rend hommage à ceux qui furent les héros de son initiation musicale. Sur trois plages des thèmes de Charlie Parker (dont un mêlé de Coltrane), traités avec une liberté digne d'Ornette, et des interludes lyriques qui nous rappellent que cette musique chante, avant tout, même quand son chant 'sort des clous', in and out dans un même geste musical. Il fait aussi chanter la musique de Stevie Wonder, mais dans un autre registre. Et fait revivre à sa manière une chanson de Johnny Cash et un thème de Keith Jarrett (période «Belonging») : bref il joue à fond le jeu du jazz, qui dans l'une de ses approches travaille la musique d'autrui pour la faire irrémédiablement sienne. Il est assisté, ou plutôt propulsé, dans cette belle entreprise par la fougue finement maîtrisée de François Moutin et Rudy Royston. Tous trois sont de grands jazzmen, et c'est donc, tout naturellement, un grand disque de jazz !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube 

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 13:44
BEATLESTONES  Un duel, un vainqueur

BEATLESTONES  Un duel, un vainqueur

Le Mot et le Reste

https://lemotetlereste.com/musiques/beatlestones/

 

Puisque l’été est le temps de la vacance de l’esprit, propice à toutes sortes de jeux plus ou moins futiles, d’établissement de listes (films cultes, séries à conserver dans notre mémoire collective, meilleurs podcasts), faisons une exception et laissons de côté très momentanément le jazz. Pour revenir, par la grâce d’un livre écrit à quatre mains pour les éditions marseillaises du MOT et du RESTE, sur cette question qui agite régulièrement le petit monde de la musique pop rock Etes vous Beatles ou Stones?

En général, il est difficile de ne pas choisir son camp et la discussion tourne court, après avoir balancé une liste (encore une!) de titres déterminants. On sait bien cependant qu’au delà de l’engouement suscité à l’époque, (Beatlemania contre Stonefuria), ces groupes ont laissé une empreinte durable, les Stones gagnant haut la main la palme de la longévité. Il n’est donc pas vain de revenir sur les apports historiques, sociaux, voire politiques des deux géants britanniques!

Les auteurs Yves DELMAS et Charles GANCEL, chefs d’entreprise reconnus, s’avèrent aussi experts dans cette passionnante étude comparative, à coup d’arguments irréfutables, de chiffres et de faits historiques révérés. Un critique de bonne foi n’a d’autre droit et devoir que de saisir l’opportunité d’une comparaison entre les talents respectifs des deux groupes en les jugeant sur pièces! Il ne montrent aucun sentimentalisme niais ni aucune bouffée nostalgique, mais le suspense sera de courte durée,  la comparaison vite biaisée, annonce rapidement une préférence nette pour l’un des groupes. Le résultat final de cette très sérieuse “battle” ne vous étonnera pas si vous lisez le livre. Mais ne vaut-il pas mieux prendre un angle du vue, choisir une position d’attaque que l’on conforte, consolide et qui va s’avérer plutôt rigoureuse dans sa défense et illustration? Si j’ai aussi le même parti pris, tous deux arriveront à convaincre leurs adversaires, les tenants de l’autre bord, par des démonstrations logiques, solidement étayées.

Il ne s’agit pas d’une biographie hagiographique, d’une histoire des Beatles ou/et des Stones, d’un gros pavé qui vous apprend tout jusqu’aux plus intimes potins avec révélations crapoteuses, mais d’une authentique recherche quasi-scientifique. Sous une forme ludique et claire, ce livre est instructif, voire didactique! Vous pourrez damer le pion à n’importe quel amateur, même éclairé sur le sujet, qui, en général, et c’est là où le bât blesse, connaît beaucoup mieux un groupe que l’autre! Nos deux auteurs eux connaissent parfaitement les deux camps, et se demandent si cette rivalité n’a pas été créée artificiellement par un marketing ingénieux. “Les années soixante, en les opposant, les associent, couple tumultueux et indissociable qui a su mettre en musique et en mots une époque.” Beatles et Stones se sont d’ailleurs prêtés au jeu qui opposait les premiers, gentils garçons, gendres parfaits aux seconds, “bad boys” qui ne souriaient jamais, et ne semblent toujours pas atteints par la limite d’âge! Si les Stones se placent contre les Beatles, ils sont vraiment tout contre et leur parcours en est indissociable.

On revit avec plaisir cette incroyable décennie à la vitalité impensable. En décortiquant le travail des musiciens, Yves DELMAS et Charles GANCEL passent en revue l’évolution des musiques respectives, les influences, la concurrence de la scène, les intros marquantes, le meilleur guitariste, le plus grand bassiste, le batteur génial sans nécessaire solo, l’opposition des Glimmertwins ( Jagger/Richards) aux frères ennemis ( Mc Cartney/ Lennon), l’orientation politique, les paroles des chansons, la pochette la plus innovante et jusqu’à la communication très étudiée via les logos des groupes! A la fin de chaque chapitre, s"impose la conclusion logique sur le point traité. Sans mauvaise foi. Un sans faute! Basé sur des interrogations pertinentes et des réponses parfaitement documentées, vous aimerez ce livre que vous soyez connaisseur de la musique des Beatles, des Stones, ou pour les plus jeunes, que vous ayez juste entendu Blur ou Oasis, et assisté à un concert des Stones avec parents ou/et grand parents; ce Beatlesstones, un duel un vainqueur propose une découverte d' une histoire déjà ancienne où la musique était en ébullition constante…

Sophie Chambon

 

https://music.youtube.com/watch?v=NCtzkaL2t_Y&list=RDAMVMNCtzkaL2t_Y

 

 

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 19:36

Dee Dee Bridgewater (voix), Cecil Bridgewater (trompette), Ron Bridgewater (saxophone ténor, percussions), Roland Hanna (piano, piano électrique), George Mraz (contrebasse), Motohiko Hino (batterie, percussions)

Tokyo, 12-14 mars 1974

Mr. Bongo MRBCD 216 & MRBLP 216 / Bertus

 

Le premier disque de Dee Dee, une chanteuse que le public des festivals français (et les auditeurs de l'ORTF) avaient découverte en 1973, lors du festival de Châteauvallon, au sein du big band de Thad Jones-Mel Lewis. Ce premier opus est un disque de jazz autant que de soul music . Il commence avec une très libre escapade sur Afro Blue qui dit assez le cousinage des deux langages, après un prélude qui respire l'Afrique. Du blues aussi, avec un medley qui associe Everyday I Have The Blues et Stormy Monday Blues : Dee Dee enflammée par la musique comme jamais ! Et une très belle valse de Bobby Hutcherson (retour au 6/8 qui nous transportait sur Afro Blue). Et plein d'autres très belles choses. Bref c'est la réédition d'un disque qui fut surtout disponible en import japonais, et qui est désormais à partager largement, comme l'album de référence qu'il est devenu : on se précipite !

Xavier Prévost

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Un avant-ouir sur Youtube

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 14:30

Jean-François Pauvros (guitare, archet, chant, piano), Antonin Rayon (orgue, clavinet, synthétiseur, épinette, piano), Mark Kerr (batterie, percussions, flûte, chant)

Villetaneuse, 2019-2020

nato 5569 / l'autre distribution

 

Pauvros, le franc-tireur absolu : souvenirs pour le vieux soixante-huitard lillois que je fus, épaté par son duo avec Gaby Bizien, par le trio Moebius avec Philippe Deschepper (deux autres francs-tireurs avérés....), et plus tard par son duo ave Siegfried Kessler («Phenix 14», Le Chant du Monde, 1978). Beaucoup d'aventures polymorphes pour ce guitariste hors-norme, dont quelques-unes sous le label nato, qui l'accueille à nouveau. Ici tous les tropismes du musicien sont visités, par un trio dont l'urgence jamais n'asservit la rigueur. C'est un voyage dans une vie de musicien gourmand de lyrisme transgressif et de radicalité suave. Antonin Rayon, qui tient les divers claviers, est né l'année même -1982- où paraissait «Pénétration», l'album du groupe Catalogue, où Jean-François Pauvros œuvrait en compagnie de Jac Berrocal. Autant dire que le temps s'efface devant la verve créatrice du guitariste. Quant au batteur Mark Kerr, entre les Rita Mitsouko et quelques tours de piste dans le groupe Simple Minds de son frère Jim Kerr, il est aussi de ceux qui parcourent tous les horizons jusqu'à extinction des feux. Bref un mélange détonant, détonnant aussi parce qu'il casse les codes, et qui nous étonne par la somptueuse diversité de ses inspirations. Des textes également, sur trois plages, de Pauvros, de Mark Kerr, et de Rimbaud comme en un songe morbide qu'illuminerait la poésie. Ambiance de tourneries hypnotiques ou sons fracturés, pop-rock subvertie ou délices mélodiques, tout concourt à composer un objet artistique aussi cohérent que singulier, bref une œuvre. Car le franc-tireur est un artiste. Bien entouré par des musiciens de la même trempe, il nous entraîne dans une aventure musicale aussi singulière que palpitante. Avec, comme toujours chez nato, un livret qui déborde d'images et d'imagination. À découvrir et à goûter, avec la passion qui s'impose !

Xavier Prévost

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À découvrir aussi : le DVD «7 films de Guy Girard», paru l'an dernier, et chroniqué dans Les Dernières Nouvelles du Jazz en suivant ce lien

http://lesdnj.over-blog.com/2019/12/jean-francois-pauvros-7-films-de-guy-girard.html

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Jean-François Pauvros jouera avec les dessins en direct de Zou (illustrateur de l'album) sur le parvis du château de Valenton (Val-de-Marne) à 20h, le 8 août. 

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 08:11
MATHIEU FERYN    Where is the jazz?

 

MATHIEU FERYN

Where is the jazz?

Une approche communicationnelle des mondes du jazz (2000-2020)

EDITIONS L’HARMATTAN

Communication et civilisation

http://www.editions-harmattan.fr

La préface annonce la couleur: le jazz, devenu un objet d’étude à lire et à écouter, s’enseigne à l’université. Son étude est souvent abordée dans le champ des sciences humaines et sociales. Mathieu Feryn, jeune enseignant chercheur en S.I.C, à l’université d’Avignon et des pays du Vaucluse, s’engage à le prouver mais pas en tant que musicologue. Pour le néophyte, précisons que son domaine de recherche concerne les Sciences de l’information et de la communication qui diffèrent de la sociologie, à laquelle on pourrait cependant les rattacher.

A l’approche ontologique, plus traditionnelle “Qu’est ce que le jazz?, il préfère s’intéresser à la question Où est le jazz? en France depuis 20 ans, travaillant sur des concepts-clés définis au préalable, décrivant les caractères du jazz, son objet de recherche,  en s’appuyant sur des outils très solides.  Il étudie les acteurs (programmateurs, musiciens et musiciennes, publics), l’évolution fine des pratiques et s’interroge sur l’existence d’une communication spécialisée, voire institutionnalisée, propre au jazz, en analysant les discours des industries culturelles et des acteurs de l’opinion.

L’avant-propos éclaire les enjeux de la rédaction de cette thèse en décrivant le parcours personnel et professionnel de l’auteur. Cette réflexion auto-ethnographique, partie de sa pratique de l’accordéon aux recherches en SIC en passant par la radio et le journalisme, est du domaine de l’intime; elle pourrait passer pour une introspection quelque peu suspecte. Mais en fait, l’immersion de la sphère privée dans un travail universitaire strictement codé est original pour le lecteur et accrocheur. Analysant les expérimentations au travers de ses propres pratiques, se situant lui même au croisement de disciplines diverses entraîne une approche élargie, jouant avec les variations du couple Insider/Outsider.

Dire que cette thèse se lit comme un roman serait tromper le lecteur mais elle expose clairement, sans abuser du jargon universitaire, les dynamiques internes de circulation de l’information jazzistique, la valeur économique et les modalités de partage de celle-ci,  les pratiques de sortie des publics (clubs, festivals, lieux plus informels, tous les espaces potentiels de circulation du jazz jusque dans une logique événementielle).

Sa réflexion sur le temps et l’espace d’écoute du jazz insiste sur l’approche qualitative et quantitative des pratiques artistiques et culturelles selon les contextes, d’où l’observation d’une porosité croissante des catégories, entre par exemple, un jazz créatif et un jazz commercial, la position de leader/ sideman, pu celle d'auditeur/musicien amateur….Sans trop exagérer, il existe presqu’autant de tribus, de communautés de musiciens que de spectateurs!

S’appuyant sur des outils de mesure solides (une banque de données de 5000 récipiendaires de prix et diverses récompenses,  divers indices de notoriété, 300 instruments et familles d’instruments, 50 lieux de diffusion sur 15 ans), ce travail a demandé cinq années d’enquête ethnographiques : “a labour of love” mais un labeur colossal pour prouver l’importance du jazz qui ne se limite pas à une poignée d’étoiles, tant l'hétérogénéité de parcours des musiciens est grande. En dépit d’une certaine difficulté à communiquer sur le jazz comme expérience culturelle à part entière, il devient aussi une attitude, un art de vivre des publics intéressés, après une formation au long cours du goût et de l’écoute. On entre un peu dans le jazz par hasard, vu sa faible médiatisation, toujours biaisée, mais les sociabilités familiales et amicales vont renforcer la pratique d’écoutes et de sorties jusqu’à des “prescriptions quasi sentimentales”. L’ambiance revêt aussi un caractère parfois fondamental dans sa représentation, selon les époques de la vie. Il existe aussi un possible engagement dans cette musique, par l’expérience associative, bénévole, militante même, jusqu’à un investissement professionnel parfois, passant  ainsi de l’autre côté du miroir !

L’analyse est menée de façon comparative entre artistes et publics par des enquêtes dans  les divers espaces publics d’écoute du jazz, par des questionnaires administrés auprès des types de publics et une série d’entretiens auprès des musiciens, programmateurs, journalistes. 

Voilà un livre soigné des éditions reconnues et spécialisées L’Harmattan, de la belle ouvrage, avec une bibliographie largement ouverte de Max Weber à Pierre Bourdieu, Merleau Ponty au tandem Carles Comolli, sans oublier Walter Benjamin ou P.Veyne.

Cette étude aussi sérieuse que clairement exposée souligne l'intérêt de recherches sur le jazz, cette musique "savante" du XXème siècle, dont l’importance a  souvent été négligée par les media, ou du moins survolée. Un écosystème passionnant qui a sa vie propre, son organisation et sa fragilité ! Quand on s’intéresse au jazz, la lecture de cet opus copieux de 479 pages s’avère non seulement actuelle, mais instructive par cette démarche volontaire, qualitative et quantitative,  cette description de pratiques aussi bien artistiques que culturelles. Comment l’individu se dynamise-t-il et évolue-t-il au sein de ces dispositifs? Enfants, adolescents, adultes, que faisons-nous du jazz, avec le jazz? Que nous procure cette musique? Peut-elle changer notre vie? Voilà des interrogations qui ne peuvent ici nous laisser indifférents...

Sophie Chambon

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5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 18:37

Aruán Ortiz (piano, voix), Andrew Cyrille (batterie), Mauricio Herrera (percussions, voix)

New York, 24-25 mai 2019

Intakt CD 339 / Orkhêstra

 

Un nouveau disque du pianiste cubain de Brooklyn, et encore une surprise : un monde musical totalement transversalisé, où les polyrythmies africaines croisent les rythmes caribéens, et où la poésie (celle du pianiste, et aussi celle d'un chant populaire cubain) fait écho à l'univers pianistique écartelé, voire éclaté, de Cecil Taylor. La science polyrythmique d'Andrew Cyrille n'y est pas pour peu, et elle est magnifiée par la liberté d'Aruán Ortiz, et la pertinence rythmique de Mauricio Herrera. C'est un perpétuel dialogue entre le discontinu (une vision fragmentée du temps musical héritée du free jazz) et l'irrépressible mouvement des percussions. Chaque plage est comme une porte ouverte sur un monde singulier habité par les multiples fractures du temps. Tout commentaire serait superflu, car en deçà de ce que l'on peut percevoir. À DÉCOUVRIR D'URGENCE !!!

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Bandcamp

https://aruanortiz.bandcamp.com/album/inside-rhythmic-falls

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4 août 2020 2 04 /08 /août /2020 22:14

Lennie Tristano (piano); Lenny Popkin (saxophone ténor) ; Connie Crothers (piano); Roger Mancuso (batterie).  Enregistrements de 1967 à 1976. Dot Time Records. 2020.

 

Figure mythique de la jazzosphère, Lennie Tristano « a malheureusement très peu gravé », (Lewis Porter/Michael Ullman/Edward Hazell, 'Le jazz des origines à nos jours'. Ed. Outre-Mesure. 2009). C’est dire si la sortie d’inédits -pas moins de seize- ne peut laisser indifférent. Réunis par la fille du pianiste, Carol, ces titres ont été enregistrés entre 1967 et 1976, soit les dernières années de la vie de Tristano (1919-1978), alors que l’artiste avait arrêté de se produire en public en 1968.

 

 

The Duo Sessions, album de 70 minutes laisse à entendre un musicien qui s’exprime comme à son habitude en toute liberté, sur ses propres compositions, et en compagnie intime d’un.e seul.e comparse. De surcroît ces interlocuteurs sont des proches : le saxophoniste ténor Lennie Popkin (toujours en activité à ce jour dans les clubs de Paris, sa ville de résidence), la pianiste Connie Crothers (1941-2016), qui suivit les cours de Lennie à New-York et le batteur Roger Mancuso, membre du groupe de Tristano entre 1965 et 70.

 

 

 

Tout au long de ce disque, on retrouve les qualités qui ont fait de Tristano un jazzman d’exception, brillant, marginal, rigoureux, émouvant, qui mériterait de rentrer dans l’histoire de la musique par une seule composition de 1955, Requiem, hommage au défunt Charlie Parker.

 

Longtemps considéré comme un pianiste pour pianistes, Lennie Tristano a pu de volonté délibérée « s’enfermer dans une tour d’ivoire », selon l’expression d’Alain Tercinet (West Coast Jazz. Editions Parenthèses). La sortie de ces inédits, initiative du producteur américain Jerry Roche, grand défenseur du patrimoine avec la collection ‘Dot Time Legends’ devrait, s’il en était besoin, contribuer à braquer le projecteur sur un des créateurs les plus originaux du XXème siècle.

 

Jean-Louis Lemarchand.

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11 juillet 2020 6 11 /07 /juillet /2020 21:18

Ambrose Akinmusire (trompette, piano électrique, composition, textes), Sam Harris (piano, synthétiseur), Harish Raghavan (contrebasse), Justin Brown (batterie) + Genevieve Artadi (voix, texte), Jesus Diaz (percussion, voix)

Brooklyn, date non précisée

Blue Note 00602508926198 / Universal (CD et vinyle)

 

D'une certain manière, c'est un disque de mélancolie autant que de combat (mais un combat qui n'étoufferait pas la musique). De retour dans sa ville d'Oakland après de longues années passée à New York et à Los Angeles, il prend conscience des changements survenus, alors que la population afro-américaine a été majoritairement remplacée par des habitants à la situation matérielle plus confortable, et qui semblent tout ignorer du passé et de la culture de cette ville. De cette conscience des mutations intervenues, le trompettiste-compositeur va tirer, pour exprimer l'âpreté de chaque calloused moment, une suite de paysages musicaux, aussi expressifs que sophistiqués, sans que jamais l'évidence artistique ne soit altérée par une quelconque bouffissure. Bref c'est du (très) Grand Art, une œuvre cohérente où se disent une sourde colère métamorphosée en allégorie de combat, et une analyse fine d'une réalité 'socio-culturalo-poétique' transformée en pure émotion musicale. Dès la première plage, après une courte phrase de trompette, il nous embarque dans un monde de tensions complexes et d'éclats effervescents, lesquels vont se résoudre en un chant yoruba dans la voix de Jesus Diaz. On est littéralement happé par l'urgence du propos, et la cohérence des formes, sans que jamais l'abstraction n'efface la chair et le sang qui composent, autant que le corps du musicien, le cœur de la musique. De plage en plage la perspective se déploie, l'émotion va croissant, sans défaut d'inspiration, d'expression ou de densité formelle. Au fil du disque sont évoquées des figures prépondérantes dans la mémoire du musicien (Roy Hargrove, Roscoe Mitchell....), et le temps d'un titre Ambrose Akinmusire s'installe au piano électrique (sur cet instrument il nous offrira aussi une plage conclusive en solo) pour dialoguer avec la voix et le texte de Genevieve Atardi. À aucun moment l'intensité ne sera démentie, et la musicien nous conduira, émerveillés, au terme de ce que j'appellerai, en pesant le poids de ce mot, un Chef-d'Œuvre.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

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