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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 07:33

@Jean Thevenoux

 


Il était tout sourire dimanche à 21.45 Herbie Hancock. Le ciel de Segré était orné d’un arc en ciel et les mille deux cent spectateurs en avaient vu de toutes les couleurs pendant 90 minutes. Au sortir du chapiteau bondé, chauffé à blanc, le pianiste oubliait ses 77 printemps, prenait le temps d’un selfie et trottinait. Le bus partirait dans la nuit pour Stuttgart où le pianiste-compositeur donnait ce lundi un nouveau concert à 19 h.
Il était attendu, le jazzman de légende. Sa première sortie française de l’été à la Seine Musicale de Boulogne le 29 juin, avait laissé une impression partagée, en raison d’une sonorisation envahissante. Herbie avait au  Saveurs Jazz Festival de Segré (Maine-et-Loire) retrouvé son état de grâce. Il a privilégié le piano acoustique sans pour autant négliger les envolées électriques (et maîtrisées au niveau sonore). Aux anges, mon voisin, le guitariste Pierre Durand, qui avait assuré, inspiré, la première partie, confiait son admiration pour la capacité de l’artiste à perpétuellement se renouveler.
La formation a été remaniée ces derniers temps avec l’arrivée du saxophoniste ténor Terrace Martin, très actif dans l’univers du rap, qui rejoint des compagnons habituels du pianiste, James Genus (saxophone ténor), Vinnie Colauiuta (batterie) et Lionel Loueke (guitare). Sur la scène, ce 9 juillet, ils étaient tout à l’écoute du boss et le groupe tournait comme une limousine bien rodée, prenant un plaisir manifeste à reprendre deux tubes planétaires du maestro, Cantaloupe Island (1964) et Actual Proof (1974).
« Le public français a toujours soutenu ma musique dans toutes ses facettes », nous déclarait en octobre 2010 Herbie Hancock au moment où il recevait les insignes de commandeur des Arts et Lettres des mains du Premier ministre. Le jugement est toujours d’actualité sept ans plus tard.
Jean-Louis Lemarchand

Herbie Hancock sera en concert ce mois de juillet à Vienne (12), Nice (17), Marseille (28) et Marciac (29).

 

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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 10:33

DEJOHNETTE; GRENADIER; SCOFIELD; MEDESKI : «  HUDSON »
Motema 2017


Pour un all-stars c’est un all-stars ! Et pas des moindres. Le grand Dejohnette dont in faire cette année les 75 ans, Le guitariste maître du blues moelleux John Scofield, le calviniste de génie John Medeski dont on raffole des sons d’orgue un peu cargos et enfin l’immense bassiste ex camarade de jeu de Brad Meldhau, Larry Grenadier. Un quartet d’exception ? Plutôt un quatuor de génie !
 
Et pourtant si ces quatre musiciens (qui ont tous joué avec le gratin mondial du jazz) se connaissent bien et s’ils se sont souvent rencontrés que ce soit Scofield et Dejohnette vieux compagnons de route ou encore le guitariste avec Medeski + Martin & Wood avec lesquels ils ont enregistré plusieurs albums, ces quatre-là n’avaient jamais été réunis sur un même projet. Tout le mérite en vient ici à Jana Herzen, la-déjà-emblématique patronne du label qui a su les réunir pour un album dont on peut dire d’ores et déjà qu’il fera date.


Inspiré par une sorte de ballade le long des rives de l’Hudson, comme fil conducteur, cet album est une merveille d’inspiration improvisée. De blues moite et filandreux. D’espaces aériens. Mindfull ! Entre jazz et pop, cette musique tire son inspiration de cette vallée de l’Hudson qui a accueilli le festival de Woodstock et dont ils ont rapporté plusieurs compos : Hendrix, un suflureux Joni Mitchell ( Woodstock justement) un thème de Dylan ( Lay lady lay) interprété façon reggae ou encore a hard rain gonna all. D’autres thèmes ont été composés pour l’occasion de cet album notamment par John Scofield comme ce El swing aux lignes jazz et élastiques. De l’Hudson ils sont aussi allés puiser dans les chants vernaculaires des tribus indiennes, primitifs habitants de la vallée.

Cet album qui prend ses sources au fleuve des tubes de la pop sent bon l’Amérique profonde. De cette amérique que Scofield parvient à magnifier dans une sorte de moelleux enrobage. C’est du chocolat qui fond sous la langue mais avec une pointe de piment qui rend les choses juste un peu sales.
Dejohnette / Scofield/ Medeski/Grenadier : c’est plus que la naissance d’un groupe. C’est plus que powerful. C’est carrément jouissif !
Jean-Marc Gelin

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 22:49

Jean-Louis Lemarchand
En 1947, Pierre Henry appelait dans un texte-manifeste, à « penser à une musique nouvelle ». Disparu le 5 juillet à la veille de ses 90 ans, le « pape » de la musique électroacoustique laisse une œuvre immense, dont la Musique pour le temps présent (avec Maurice Béjart) qui lui assura en 1967 un succès planétaire grâce à un air, Psyché Rock. Admiré par les compositeurs de musique électronique, dont Jean-Michel Jarre, Pierre Henry avait aussi fait une incursion sur la planète jazz en collaborant en 2001 avec le trompettiste Erik Truffaz. Le pianiste Laurent de Wilde analyse dans Les fous du son (Grasset.2016) l’apport de Pierre Henry, qui au même titre que Pierre Schaeffer « pense que la matière sonore peut et doit servir d’alphabet aux nouvelles compositions non plus sous forme de notes mais de sons. Autrement dit, le bruit d’une locomotive ou d’un couteau qui tombe est une expérience sensorielle qui peut, lorsqu’elle est mise en forme, exprimer des émotions aussi intimes qu’un instrument de musique traditionnel »/
Infatigable, sa dernière œuvre a été publiée en 2016 (Continuo ou vision du futur), Pierre Henry composait depuis 1971 dans une petite maison du quartier populaire parisien de Picpus, où chaque pièce était dédiée à la musique. Un pavillon qui semble hélas aujourd’hui promis à la démolition. C’est là qu’il avait donné au cours de l’été 2009 vingt quatre concerts «  à la maison ». Présent à l’un de ces évènements, j’avais rédigé un compte-rendu qui est reproduit ci-après dans son intégralité.
Pierre Henry donne chez lui « Dieu à la maison »
Chaque soir, à l’heure de l’apéritif, Pierre Henry reçoit chez lui. Le « pape » de la musique électroacoustique présente à quelques privilégiés-une petite quarantaine-sa dernière œuvre dans sa maison parisienne du quartier Picpus. Assurément l’un des évènements de l’opération Paris quartier d’été à laquelle le musicien participe pour la sixième fois.
Installé derrière sa console d’ordinateur, le compositeur de « Variations pour une porte et un soupir » propose « Dieu à la maison », nouvelle version de son poème sonore d’après le texte de Victor Hugo sorti en 1977. Un voyage musical au royaume de l’électronique qui donne toute sa vigueur à cette œuvre posthume publiée en 1891, au thème métaphysique : Dieu existe-t-il ?
Dans cette aventure, Pierre Henry, 81 ans, est accompagné par le comédien Jean-Paul Farré, auteur-interprète de « 20 ans de pianos forcés », qui fait vivre ce texte souvent sombre et parfois sarcastique, dont une terrible charge contre les prêtres.
Une heure durant, le spectateur est l’invité personnel du maître de la musique concrète, reçu dans l’une des petites pièces de  cette maison du 12 ème arrondissement, véritable antre de création où voisinent archives musicales et compositions personnelles faites de bandes magnétiques, bobines de fer, touches de piano…
Ainsi, en écoutant les nappes sonores transmises par les enceintes disposées de la cave au grenier, l’amateur a- t-il tout loisir de mesurer l’ampleur et la diversité de l’œuvre de Pierre Henry découvert en 1949 avec sa « Symphonie pour un homme seul ».
La version originale de Dieu (1977) figure dans un coffret Philips de 5 CD « Mix Pierre Henry 04.0 ».
Jean-Louis Lemarchand
 

 

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 22:17

 

Il avait découvert le jazz en 1948 et l’écoute, en direct, de Lester Young cinq ans plus tard sera déterminante (Dictionnaire du Jazz). Alain Tercinet, disparu le 29 juin à 82 ans, était passionné par la West Coast auquel il consacra un ouvrage, en 1986 ( West Coast. Editions Parenthèses) qu’il enrichit 30 ans plus tard (chronique dans les DNJ le 18 février 2016), révisant à cette occasion certains de ses jugements initiaux. Une preuve de la rigueur et de l’ouverture d’esprit d’un  chroniqueur-musicologue, rédacteur à Jazz Hot (1970-80) et membre de l’Académie du Jazz. Auteur également de Parker’s Mood (Ed Parenthèses), dédié à Charlie Parker et Bebop (Ed Pol), contributeur du Dictionnaire du Jazz (Robert Laffont), il écrivit également  de nombreux textes pour des livrets d’albums, notamment dans la collection Jazz in Paris(Universal), et tout récemment la musique originale de Thelonious Monk pour Les Liaisons Dangereuses 1960, publiée par Sam Records.
Jean-Louis Lemarchand

 

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 09:42

À côté de très nombreuses nouveautés et rééditions, les compagnies phonographiques de toutes envergures exhument des inédits de concerts comme s'il en pleuvait : ces derniers mois, Oscar Peterson à l'Olympia de Paris entre 1957 & 1962 (un coffret de 3 CD, 34 plages -dont 3 déjà publiées-), Bill Evans en 1976 dans le Wisconsin, avec Eddie Gomez et Eliot Zigmund, et l'un des derniers concerts du quartet historique de Dave Brubeck, avec Paul Desmond, en 1967 à Scheveningen, aux Pays-Bas.

Oscar Peterson «The Oscar Peterson Trio 1957-1962, Live in Paris»

Oscar Peterson (piano), Ray Brown (contrebasse), Ed Thigpen (batterie), & Herb Ellis (guitare) à la place d'Ed Thigpen sur les quatre premières plages du CD1.

Paris, Olympia, 5 mai 1957, 30 avril 1958, 21 mars 1960, 28 février 1961, 16 & 17 mars 1962.

Frémeaux & Associés FA 5674 / Socadisc 

 

Honorable exhumation, mais qui laisse à penser que ces plages enregistrées par Europe N° 1 sont celles qui avaient été écartées (oubliées, ou égarées peut-être?) en 1993 pour le coffret «Oscar Peterson, Paris Jazz Concert, Europe 1» publié en 1993 par Tréma, et qui rassemblait des enregistrements de 1957 à 1969 (Olympia, Théâtre des Champs Élysées, Pleyel) proposés au public parisien par Daniel Filipacchi et Franck Ténot avec la complicité de Norman Granz. À l'époque 6 CD, avec un livret qui reprenait un texte de Jacques Réda pour son livre L'improviste, et offrait une analyse musicale très éclairante (et de surcroît très bien écrite !) de Laurent de Wilde. Il y eut aussi une édition partielle en 2000, toujours chez Trema. Si vous ne possédez ni l'une ni l'autre de ces éditions, alors vous pouvez vous laisser tenter. Si vous avez la chance de posséder le coffret de 6 CD, et même s'il y a cette fois 31 plages inédites, vous pouvez vous abstenir : ni la qualité, indiscutable, de la musique recueillie, et le traitement du son -pourtant bien réalisé-, ni le commentaire -succinct- du livret, ne justifient cette extension de votre impossible intégrale. Par exemple la version de On Green Dolphin Street de 1962, dans le coffret qui paraît ces temps-ci, avec intro rhapsodisée comme celle de 1961 dans le coffret Trema de 1993, ne supplante pas la dernière citée, pourtant handicapée par une sonorité de hall de gare. Enfin, c'est vous qui voyez....

Dave Brubeck Quartet «Live at the Kurhaus 1967»

Dave Brubeck (piano), Paul Desmond (saxophone alto) Eugene Wright (contrebasse), Joe Morello (batterie).

Scheveningen, Hôtel Kurhaus, 24 octobre 1967

Fondamenta-Lost Recordings FON-1704025 / Sony 

 

De cette ultime tournée européenne du fameux quartette avant sa dispersion, il existe un disque Columbia enregistré 20 jours plus tard Salle Pleyel («The Last Time I Saw Paris», Columbia). Son programme comporte quatre thèmes également joués sur cet inédit, tout comme le programme du concert d'Antibes Juan-les-Pins, en juillet, publié quant à lui sous un label italien qui profitait des lacunes de la législation quant aux droits des artistes. Belle édition, très beau rendu sonore, le disque vaut surtout pour les magnifiques solos de Paul Desmond. Par exemple dans la dernière plage, sur Someday My Prince Will Come, où le saxophoniste nous raconte une histoire dans laquelle chaque étape de la structure harmonique est l'occasion d'une nouvelle exploration, une histoire fort différente de celle du disque «Dave Digs Disney» de 1957, alors que dans son solo Brubeck redonde avant de s'amuser avec le thème de Sing Sing Sing dans un épisode 'à la Erroll Garner' (comme il l'avait fait dans la version de 1957....). On peut se laisser faire aussi à cause de Blues For Joe, inauguré trois mois plus tôt à Juan-les-Pins, et qui met en valeur ce batteur à la palette diablement variée, et colorée.

Bill Evans «On A Monday Evening»

Bill Evans (piano), Eddie Gomez (contrebasse), Eliot Zigmund (batterie)

Madison, Union Theater, University of Wisconsin, 15 novembre 1976

Concord FAN00095 / Universal (existe en CD, vinyle, et téléchargement)

Infos sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=wP9l6WTEJlI

Extrait sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=BE_9Q7ozyQY

Une interview du pianiste réalisée quelques heures plus tôt par Larry Goldberg et James Farber pour la radio locale WORT

https://www.youtube.com/watch?v=fKtwcBpVL4k

 

Six plages sur les huit sont des thèmes qui avaient également été enregistrés 10 jours plus tôt lors d'un concert à Paris, à la Maison de la Radio (publiées sur un album Fantasy et intitulé, comme plusieurs autres enregistrés au cours d'autres tournées «The Paris Concert»). Et des thèmes souvent joués au concert, et enregistrés, par ce Maître ès-dialogue(s). La musique circule ardemment entre les musiciens, en particulier dans les échanges avec Eddie Gomez. Le son du piano est acceptable (mais l'instrument ''zingue'' un peu) ; la contrebasse est bien captée ; et la batterie est manifestement moins bien servie. Mais cela reste un très beau disque, et peut-être le plus réussi du trio qui se trouve à ce moment-là au mitan de sa de collaboration (1975-1977). À écouter sans modération jusqu'à la parution d'un prochain inédit, avec une nouvelle occurrence de l'éphémère trio de l'été 1968, avec Eddie Gomez et Jack DeJohnette.

Xavier Prévost

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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 10:22

Kurt Rosenwinkel est un guitariste qui a inspiré une génération entière de musiciens. Le tournant qu’il prend aujourd’hui en a désarçonné certains et en tout cas intrigue sur le sens de ses nouvelles explorations.

A l’occasion de la sortie de son album Caipi » que le guitariste a sorti sur son propre label, Kurt Rosenwinkel était en tournée de promo. L’occasion pour nous de le rencontrer avant sa venue le 17 juillet au New Morning et de déchiffrer avec lui les lignes de ses nouvelles orientations musicales.


LES DNJ : Caipi a surpris beaucoup de monde à sa sortie. C’est un album très inhabituel par rapport à votre travail jusque-là. S’agit il d’un tournant pour vous ?


KURT ROSENWINKEL : La musique de « Caipi » m’est venue il y a pas mal de temps. Il y a plus de dix ans. Une chanson m’est venue comme ça, puis une autre plus encore une autre et j’ai commencé à réaliser que cela formait un nouveau genre dans mon propre univers musical. Et au bout d’un moment j’ai eu le matériau pour ne faire un album. Comme il y a des influences du Brésil j’ai trouvé que « Caipi » sonnait bien. Cela veut dire «  Caipirinha », comme l’alcool que l’on boit au Brésil. Au fil des années, petit à petit j’ai travaillé dessus mais au départ je n’avais aucune intention à ce sujet. Juste en studio , j’écoutais ces morceaux, en rajoutant un bout par-ci ou retouchant un autre par-là. Par exemple je me suis essayé à rajouter un rythmique avec des oeufs, et je me suis rendu compte que c’était très difficile.

 

Les DNJ : On a le sentiment parfois que le travail de Pat Metheny vous inspire ?


K.R : Non cela n’a rien à voir. J’adore Pat. Mais si vous devez y voir un rapport c’est qu’il a été aussi inspiré par la musique brésilienne. Mais surtout beaucoup de musiciens ont été inspiré par Milton Nacimento qui est un incroyable musicien. La musique de Milton est devenue vraiment une part de ma propre influence. Vous savez on écoute tous beaucoup de musiques mais il n’y en a que quelques une qui font vraiment partie de vous, de votre mémoire, de la façon dont vous ressentez la musique. «  Clube da Esquina » (1972) a été vraiment un album important pour moi. Tout simplement parce que c’est devenu la bande-son de ma vie. « Caipi » est arrivé à un moment où ressortaient toutes ces expériences. Il y a beaucoup d’amour dans cet album. Il y a aussi beaucoup de réflexions métaphysiques. Un de mes amis est mort récemment et une des chansons raconte le passage de l’autre côté. En fait j’ai été très étonné moi-même de ce que ces expériences pouvaient donner dans cet album.


LES DNJ : Mais tout cela marque un vrai changement dans votre musique. Et puis c’est un nouveau son ?

 

K.R : Pour tout vous dire cela m’a surpris moi même. Mais encore une fois cela m’est venu naturellement. Je n’ai pas essayé d’essayer quoique ce soit. Mais vous savez il y a beaucoup de genres différents dans ma musique : straight jazz, modern jazz, chansons, rock. Mais j’ai l’impression qu’avec « Caipi » je montre quelque chose de plus profond de moi-même.

 

Les DNJ : Vous êtes allé au Brésil ?

K.R : Oh oui ! Plusieurs fois. Magique !J’ai eu l’occasion de jouer plusieurs fois dans un super festival. J’ai passé des moments merveilleux à Rio. Il y a tant de choses sublimes dans leur musique.

 

Les DNJ : Dans cet album on entend toutes les influences dont vous parlez mais cela reste fondamentalement un album de Kurt Rosenwinkell ,

K.R : Pour moi « Caipi » est une sorte de renaissance. Mais pas une renaissance pour devenir quelqu’un de nouveau mais pour devenir plus authentiquement moi-même. Pour se connaître soi-même vous devez aussi savoir qu’il vous faudra changer.


Les DNJ : Sur votre album, il y a Eric Clapton qui vient jouer sur deux titres. Quelle en est la raison ?

K.R : En fait Eric est un élément important de l’histoire de « Caipi ». Il m’a vu développer cette musique à Manhattan en 2011 et nous sommes devenus très très proches tous les deux, partageant nos goûts musicaux, jouant ensemble. Il m’a beaucoup supporté lorsque j’ai décidé de franchir cette étape musicale l’an dernier et d’arrêter l’enseignement pour lancer ma propre maison d’édition. Il y a un an j’ai changé beaucoup de choses dans ma vie. Je vis toujours à Berlin mais j’ai arrêté tout le reste pour lancer Heartcore-records et « Caipi ». Et alors que je faisais ce grand ménage, Eric Clapton m’a aidé, matériellement, spirituellement. Lorsque nous avons remixé l’album à Londres, il est venu et je lui ai dit que ce serait super s’il participait, même pour jouer une seule note, juste pour signer et montrer qu’il fait partie de ce projet


Les DNJ : Avez vous déjà en tête les autres musiciens que vous aurez sur votre label ?

K.R : Oui le second album sera avec Pedro Martins. Il est aussi sur « Caipi ». C’est un merveilleux guitariste et multi-intrusmentiste. Nous venons de finir de mixer et c’est un album incroyable.
Ensuite nous aurons un album « Banded 65 » d’impros free avec moi et un autre guitariste Tim Motzer  (1) de Philadelphie et un batteur Gintas  Janusonis. Il y aura aussi un autre album avec un très bon ami qui est un chanteur de blues de Californie. Il y a aussi un album que je voudrais faire avec un guitariste chinois qui joue du blues mais chante de l’opéra chinois


Les DNJ : Vous faites partie, avec Steve Coleman des musiciens qui ont le plus d’influence sur la jeune génération. En êtes vous conscient et n’est ce pas trop lourd à porter ?

 

K.R : On me dit cela parfois mais je ne le le ressens pas. J’essaie seulement d’être moi même.


Propos recueillis par Jean-Marc Gelin


(1) pour découvrir Tim Motzer https://www.youtube.com/watch?v=R4wKsdtieB4

 

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 19:34

Mets le feu et tire-toi
James McBride.

Traduit de l’américain par François Happe. Editions Gallmeister. Mai 2017. 336 pages. 22,80 € 
Il a marqué l’histoire de la « great black music » avec bruit et fureur. Plus de deux cent millions de disques vendus en quarante-cinq ans de carrière, des succès planétaires et éternels ( Please, Please, Please, Papa’s Got a Brand New Bag, Say it Loud, I’m Black and I’m Proud), des concerts-shows époustouflants : James Brown a connu la gloire de son vivant. Sa personnalité restait pourtant encore mystérieuse quand il disparut le 25 décembre 2006 à Atlanta (Georgia) à 73 ans. Le travail d’enquête auquel s’est livré James McBride, romancier américain (Color of Water,1995) et saxophoniste ( joua dans le groupe du chanteur Jimmy Scott) permet de dresser un portrait aussi précis qu’intime du Godfather of Soul, sans céder à la tentation des ragots, argument commercial habituel des biographies. McBride a rencontré de nombreux proches de James Brown, des musiciens (Pee Wee Ellis notamment), des gérants de ses affaires, des amis et nous offre des témoignages sensibles et percutants.
 Le petit homme (168 centimètres) du Sud, natif de Barnwell (Caroline du Sud) était un homme dur, voire brutal (en affaires et dans la vie privée), un artiste perfectionniste au dernier degré, n’hésitant pas à faire répéter deux à trois heures durant son orchestre, chœurs y compris, ….. et ce après un concert pour rectifier les moindres défauts. Il n’avait comme seul objectif que de « casser la baraque » sans aucun compromis et avait comme principe « Mets le feu et tire-toi ». On le vit ainsi reprendre son avion dès la fin du concert donné à Kinshasa à l’occasion du combat de boxe Ali-Foreman (1974) sans attendre les diamants promis à tous ses invités par le président Mobutu. L’homme qui s’était engagé publiquement en faveur de la cause de ses frères noirs ne se découvrait pas pour autant. « Il n’avait pas envie que les gens le connaissent (…) Il faisait tant d’efforts pour cacher ses sentiments », relève James McBride. Star  mondiale, James Brown est ici décrit comme un solitaire qui confie à un proche : «  Vous êtes le seul homme à savoir que je ne sais pas aimer ». Et pourtant, un de ses derniers gestes aura été de léguer une grande partie de sa fortune à une fondation qui devait financer les études d’enfants défavorisés de son Sud natal. Une disposition qui sera hélas annulée par une procédure judiciaire lourde engagée par les nombreux héritiers du Parrain de la Soul.
Un document sérieux et passionnant qui en dit beaucoup sur un artiste mythique et-ce qui n’est pas moins intéressant-sur l’état d’esprit  des Etats du Sud des Etats-Unis.
 Jean-Louis Lemarchand

 

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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 22:10

Inner Voice Jazz 2017
Marc Copland (p), Ralph Alessi (tp), Drew Gress (cb), Joey Baron (dms)

Il y a un an Marc Copland signait avec la même formation, l’album «  Zenith » (voir la chronique de Sophie Chambon  http://lesdnj.over-blog.com/2016/04/marc-copland-zenith.html)
« Better be far » en est la suite logique, inscrit dans la même dynamique d’un groupe totalement fusionnel et toujours porté par Ralph Alessi qui en est, bien plus que Marc Copland, la véritable pierre angulaire, même si le pianiste de Philadelphie signe-là des compositions magnifiques qui évoquent parfois l’écriture de Kenny Wheeler.
Le drive de Joey Barron, toujours magnifique apporte une lecture vivifiante comme sur cette version de Evidence de Monk que le batteur fait vibrer comme jamais.
Copland parle habituellement de sa formation comme d’une équipe de basket : «  si l’un des joueurs monopolise la balle, l’équipe stagne ». C’est pourquoi il y a dans cet album de vrais morceaux d’improvisations circulaires.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. D’un fluide qui circule et qui transporte une énergie subtile transmissible de l’un à l’autre en parfaite harmonie. Comme le disait Sophie Chambon il y a un an, ce qui circule entre eux, c’est une certaine forme de vision poétique du jazz.
Marc Copland nous offre ainsi un jazz intelligent et captivant. En éveil permanent.
Jean-Marc Gelin

 


 

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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 21:31

Thelonious Monk, piano, Charlie Rouse et Barney Wilen, saxophone ténor, Sam Jones, basse, Art Taylor, batterie. New-York, 27 juillet 1959. Nola Penthouse Sound Studios. Coffret 2 CD + livret. Sam Records/Saga. Sortie mondiale le 16 juin.

C’est un de ces hasards qui réjouissent. Dans un carton d’archives d’un producteur (Marcel Romano), son ayant-droit retrouve des bandes qui portent l’unique mention, Thelonious Monk. Une écoute attentive révèle qu’il s’agit là de la bande originale du film Les Liaisons Dangereuses 1960, un enregistrement réalisé en une seule journée, commande du réalisateur Roger Vadim. Un inédit attendu depuis un bon demi-siècle !
Fan de jazz, Vadim, qui avait choisi le MJQ pour Sait-On Jamais en 1957, fit appel à Romano, à l’origine de la participation de Miles Davis à Ascenseur pour l’Echafaud, pour persuader le pianiste. Pressé par le temps, Monk, après avoir visionné une copie du film mettant en vedette Jeanne Moreau et Gérard Philipe, enregistra sept de ses compositions (Rhythm-a-Ning, Crepuscule with Nellie, Well You Needn’t, Pannonica, Ba-Lue Bolivar Ba-Lues-Are, Six in One, Light Blue ) et un gospel de 1906, By and By.
Le grand-prêtre du Be-Bop est à son apogée, ainsi que le révèlent les deux versions en solo de son hommage à la baronne de Koenigswarter, Pannonica. A ses côtés, le fidèle Charlie Rouse et partageant les parties de saxophone ténor le jeune Barney Wilen (22 ans) qui participe à deux titres (ce sera la seule collaboration du prix Django Reinhardt avec Monk). La rythmique est toute récente avec Sam Jones à la basse et Art Taylor à la batterie (on entend dans un making of , Monk lui donner ses instructions sur le jeu qu’il attend).  Vadim était comblé et propose la musique de Monk pendant 30 minutes d’un film de 111 minutes.
Pour célébrer le centième anniversaire de la naissance de Thelonious Monk (le 10 octobre 1917), voilà un cadeau tout trouvé à tout amateur de musique (tout court). Chapeau bas à Frédéric Thomas de Sam Records, maître d’œuvre de l’opération, avec la complicité de François Lê Xuan, Zev Feldman et Daniel Richard, tous bien connus des jazzophiles. Une version en vinyle est également disponible.
Jean-Louis Lemarchand
 
 
 

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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 17:18

Bruno Schorp (contrebasse), Christophe Panzani (saxophone ténor, clarinette basse), Leonardo Montana (piano, piano électrique), Gautier Garrigue (batterie)

Invités : Nelson Veras (guitare), Charlotte Wassy (voix), Tony Paeleman (claviers)

Poitiers, 2015 ; enregistrements additionnels en 2016

Shed Music SHED 006 / Absilone

 

De ce disque on pourrait dire qu'il est, en lui-même, un éloge de la mélancolie. Un éloge par touches successives, dans les demi-tons (couleurs ? intervalles ?), des escapades rêveuses et des rythmes faussement alanguis. Un éloge positif, qui n'induirait nulle tristesse, mais serait un voyage vers des horizons où nous attendraient d'autres découvertes, et d'autres songes. Et les partenaires réguliers du contrebassiste, comme les invités, savent cet univers sur le bout des doigts, ils le peuplent et lui donnent vie. Bruissement des rythmes, nuances des couleurs, tout concourt à composer un paysage qui émerge, et où se mêlent la familiarité et l'étonnement. La plage avec voix, dans l'apparente simplicité de son chant, recèle en fait bien des mystères : couleurs un peu énigmatiques des percussions, cheminement sinueux dans des intervalles qui parlent d'ailleurs, tout semble nous prendre par la main vers une résolution attendue, et qui pourtant ne révèle pas l'entièreté de son secret. Alors il faut suivre le fil, jusqu'à l'ultime plage, et recommencer le voyage, qui nous guide au travers de ce monde que le groupe nous invite à (re)découvrir.

Xavier Prévost

 

Le groupe jouera pour la sorte de l'album à Paris, au Sunset, le vendredi 16 juin 2017

 

Un avant-ouïr sur Youtube

www.youtube.com/watch?v=5NmeOm4u4Aw

 

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