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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 16:02
NICOLAS GENEST-YVAN ROBILLIARD « A Long Lone Way »

Nicolas Genest (trompette, bugle, voix), Yvan Robilliard (piano, piano électrique, orgue)

Rochefort, 14-16 novembre 2014

Cristal Records CR 232 / Harmonia Mundi

Deux instrumentistes de haut niveau qui sont aussi deux musiciens de grand talent. Leurs parcours sont assez différents : plus académique pour le pianiste, plus ancré dans la pratique précoce du jazz sur scène pour le trompettiste. Mais ils ont aussi une ribambelle de points communs, le goût très enraciné du jazz, et le fait d'avoir eu l'un et l'autre, parmi une foule de formateurs (et non des moindres !), Wynton Marsalis. Cela ne prédétermine nullement leurs options esthétiques, mais révèle simplement la passion conjointe de l'excellence et du jazz. Ils ont participé à de multiples groupes (Henri Texier, Julien Lourau, Antoine Hervé, Andy Emler, Laurent Cugny... pour Nicolas Genest ; Ibrahim Maalouf, Médéric Collignon, et d'autres, pour Yvan Robilliard, plus jeune, et entré plus tard dans la carrière). Ils ont aussi élaboré leurs propres groupes, et joué des musiques conçues par leurs soins. Et le duo rassemble ces expériences aussi plurielles que singulières. Dans un ample mouvement de partis pris mélodiques et de développement modal, leur disque fait la part belle, et presque exclusive, à des compositions originales de l'un et de l'autre, parfaitement en phase avec la teneur du duo. Un seul standard, mais quel : My Funny Valentine, joué dans l'intensité du recueillement, très librement, sans se laisser intimider par l'ombre d'un double commandeur qui aurait nom Miles Baker ou Chet Davis. Lyrique, intense et subtile, leur version vaudrait à elle seule l'acquisition de ce disque. Mais le reste mérite les mêmes éloges, qu'il s'agisse d'atmosphères diaphanes (A Long Lone Way, Le Saut de l'Ange....), de lyrisme retenu à l'extrême (Chandra), d'expressivité jungle (Spiritual ), ou de rythmes savamment syncopés (Matrice, Dombolo). Au travers d'influences musicales où se croisent la musique classique du vingtième siècle et les musiques de tous les mondes lointains, c'est tout un univers qui se déploie, rêveur, incisif parfois, intimement musical toujours.

Xavier Prévost

Un aperçu sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=Qa7htMj2y0w

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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 20:57
Frank Sinatra 100, un livre de mémoire photo

Il aurait eu 100 ans le 12 décembre prochain, Francis Albert Sinatra. Le rejeton new yorkais d’une famille sicilienne promettait dès sa naissance : 5,8 kilos sur la balance quand sa mère en pesait une quarantaine ! Plongé dans l’eau glacée pour survivre, Frank atteindra l’âge canonique de 83 ans (décès le 14 mai 1998 à Los Angeles). Entre temps, plus de soixante années de carrière-il donna son dernier concert en 1995-des millions de disques et une renommée mondiale sur scène et sur les écrans, un doublé rarissime (on ne voit guère comme autres exemples que Bing Crosby ou ses « potes » Dean Martin et Sammy Davis Jr). Et dire que son père, patron d’un bar-restaurant, lui avait riposté quand il émit le souhait de devenir chanteur : « Tu veux avoir un travail décent ou tu veux être vagabond ? ».

C’est toute cette vie forte en notes, en émotions, en amours et autres passions que décrit « Frank Sinatra 100 », signé Charlie Pignone, spécialiste du crooner (on lui doit « The Sinatra Treasures » ou encore « The Sinatra Family Album » et la production de nombreux albums) et actuellement 1er vice-président des Entreprises Frank Sinatra.

Ouvrage de grand format, cet album offre surtout comme intérêt de présenter plus de 400 photographies du chanteur, dans sa vie privée (marié à quatre reprises), en studio (défilent ainsi Count Basie, Tommy Dorsey, Duke Ellington, Perry Como, Antonio Carlos Jobim…), sur scène (notamment des images rares d’un concert de 1962 dans une boîte de nuit propriété du mafioso Sam Giancana en remerciement de l’aide apportée à la campagne présidentielle de John Kennedy) ou dans ses activités caritatives (aide à l’enfance illustrée notamment par une visite à l’hôpital Broussais ). Le lecteur y retrouvera des documents déclassifiés témoignant de la surveillance serrée du FBI sur les liens (supposés) de Sinatra avec la mafia et le parti communiste. Et il découvrira aussi des aspects moins connus comme sa passion pour la photo : le magazine Life l’avait engagé pour « couvrir » le match de boxe Ali-Frazier le 8 mars 1971 et publié une de ses photos en couverture.

Jean-Louis Lemarchand

Frank Sinatra 100, Charlie Pignone. Fonds Mercator. 288 pages, format 34,5 X 27,5 cm, 49,95€

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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 20:32
Bruno Angelini  piano solo : "LEONE ALONE"

Bruno Angelini piano solo

www.brunoangelini.com

http://illusionsmusic.fr/leone.html

Label ( illusions)

parce qu’on en a tous besoin.

(illusions)

http://illusionsmusic.fr/sketch/sketch-jazz/sketch-jazz.html

Sortie du disque le 2 novembre Achat sur le site pour 15€, port compris.

Sergio Leone, autrefois considéré exclusivement comme l’inventeur du western spaghetti, est un créateur aujourd’hui reconnu, cinéaste mélancolique et réflexif dont l’association légendaire avec Ennio Morricone a fourni quelques-unes des plus belles musiques au cinéma, de son premier western Pour une poignée de dollars à son opus testamentaire Il était une fois en Amérique. A l’occasion de la rétrospective de l’an dernier à la Cinémathèque parisienne, Thierry Jousse avait brossé un formidable portrait dans l’émission, hélas non reconduite, sur France musique, Cinémasong.

Combinant son amour du piano et du cinéma, Philippe Ghielmetti, dont on se souvient des album avec le pianiste Stephan Oliva sur Bernard Herrmann, mais encore sur le film noir, a rencontré en Bruno Angelini un autre partenaire idéal (dans Move is, le pianiste écrivait des musiques originales pour illustrer ses films préférés) : ils ont décidé de célébrer à leur manière ce génial tandem cinéaste/compositeur en adoptant un angle de vue original : découvrir l’homme, l’humaniste derrière le cinéaste dans un hommage en forme de piano solo. En s’attaquant à seulement deux films Le bon, la brute et le truand (1966) et Il était une fois la révolution (1971) dont Bruno Angelini se sert pour laisser filer sa rêverie.

Morricone et Leone formèrent un duo de légende, la musique jouant un rôle essentiel dans le cinéma de Leone. Dans la séquence du cimetière par exemple dans Le bon... est-ce la musique qui entraîne la mise en scène ou l’inverse? Les musiques, plus vraiment illustratives, étaient composées avant le tournage et jouées sur le plateau dans un rapport ambigu et décomplexé. La « révolution » que représentent ces films tient aussi dans le fait que musique et mise en scène se combinent dans des tours inattendus, amenant des surprises constantes dans ces films hors norme, icônes de la pop culture au même titre que les James Bond.

Des chœurs célestes alliés à des cris plaintifs ou sifflés ( le cri du coyote dans Le bon...) des instruments utilisés de façon insolite (harmonica), de brutales ruptures, voire des silences, un piano en cascade de notes et enfin des orchestrations d’une incroyable variété, une palette musicale allant d’un symphonisme très XIXème à un atonalisme contemporain (Ligeti...). C’est long, lent, hypnotique, intense.

Bruno Angelini consacre deux suites assez longues à chacun des films, une musique profondément élégiaque, un piano evansien, parfois rejoignant un certain minimalisme dans des mélodies entêtantes, des reprises en boucle. Curieusement, le pianiste ne reprend pas le fredon «Sean, Sean» d’ Il était une fois la révolution, mais des échos d’Il était une fois dans l’ouest dans le numéro 3 de la première longue suite «Giu la testa», titre original du film. Ceci n’est pas très important au fond, car il ne s’agit pas de reprendre mais de transposer dans l’imaginaire, le ressenti, d’interpréter en partant du souvenir de certaines séquences marquantes de films. Et il y a assurément une constante dans la musique de Morricone pour les œuvres de Leone. Les thèmes ou certains fragments, comme des fredons, reviennent par touches légères et le plus souvent allusives. La main droite s’autorise un lyrisme poignant. Fidèle au sens de l’orchestration de Morricone, Bruno Angelini a utilisé pour agrémenter son solo, exercice ô combien difficile, des effets sonores : boucles de fender, re-recording de piano, percussions, piano préparé. Car ce ne sont pas nécessairement les scènes les plus burlesques, ces «lent duels de héros mal rasés vus en gros plans» qui resteront en mémoire, mais les contextes historiques des révolutions mexicaine et irlandaise, les massacres rappelant les atrocités fascistes où les héros désabusés finissent par tisser des liens hors nature, «à la vie, à la mort». Une mélancolie militante que l’on saisit dans près d’une heure de musique prenante.

Sophie Chambon

Bruno Angelini  piano solo : "LEONE ALONE"
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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 15:05
3 coffrets  des enregistrements Columbia et RCA à mettre sous le sapin.
3 coffrets  des enregistrements Columbia et RCA à mettre sous le sapin.
3 coffrets  des enregistrements Columbia et RCA à mettre sous le sapin.

Nous sommes en octobre et déjà, c’est Noël dans les chaumières avec cette publication par Sony Music de ces trois coffrets des enregistrements « Columbia et RCA » de Duke Ellington, d’Art Blakey et Thelonious Monk.

3 coffrets de 8 à 10 albums chacun ( pour moins de 30 euros chacun !!! si, si ) , entièrement remasterisés comprenant des enregistrements mythiques ou moins connus de ces trois maîtres du jazz, le tout servi avec des livrets signés par les plus grands critiques américains Michael Cuscuna, Orin ou Peter Keepnews, Bob Blumenthal etc….

3 petits coffres aux trésors avec tout un tas de petits bonus de la mort qui tuent.

Un concentré de chef d’œuvre…..

Allez, pour vous donner envie :

Côté Duke ( 1959-1961) : The Columbia studios albums collection 1959-1961

Des pépites, je vous dis que ça….. !

Pure merveille ! et avec ce point d’orgue qu’est Anatomy of a murder, BO du film d’Otto Preminger

- Anatomy of a murder ( 1959)

- Jazz Party (1959)

- Festival Session

- Blues in Orbit

- The Nutcracker suite ( 1960)

-Piano in Background

- Perr Gynt suites

- Unkonown session (1960)

- Piano in the forgouround ( 1961)

- The Count meets the Duke (1961)

Le coffret ne comprend pas certains enregistrements mythiques du Duke chez Clumbia comme Black Brown and Beige de 1958 ou a Drum is a woman de 1957)

Côté Monk ( 1963- 1965): The complete columbia live albums collection

Que du live et des doubles !

- Monk in Tokyo ( double album) - 1963

- Monk at Newport ( double album)- 1963 / 1965

- Monk Big Band and quartet ( double album) – 1963

- Monk live at the Hit club ( double album)- 1964

- Monk live at the Jazz Worshop – (double album) – 1964

Côté d’Art Blakey : the complete columbia and RCA albums collections Art Blakey

Là non plus ça ne plaisante pas, avec des épopées hard bopiennes réunies autour des quelques héros des messagers du jazz.

- The Jazz messengers ( 1956) avec Donald Byrd (tp), Hank Mobley (ts), Horace Silver (p), Doug Wtakins (cb)

- Hard Bop (1956) avec Bill Hardman (tp), Jackie Mc Lean (as), Sam Dockery (p), Spanky Debrest (cb)

- Drum Suite (1956) – Donald Byrd (tp), Ira Sullivan (ts), Kenny Drew (p), Wilbur Ware (dms)

- Selection from Lerner and Loewe’s My Fair Lady, Brigadoon, Paint your wagon – (1957) avec Bill Hardman (tp), Jackie Mc Lean (as), Sam Dockery (p), Spanky Debrest (cb)

- Au club Saint Germain – (1958) (double album) – Lee Morgan (tp), Benny Golson (ts), Bobby Timmons (p), Jymie Merritt (cb)

- Art Blakey and the JM au Théâtre des Champs Elysées – (1959) – Lee Morgan (tp), Wayne Shorter (ts), Walter Davis Jr (p), Jymie Merritt (cb)

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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 11:49

Florence Dubos (vc), François Pays (as, ts), François Saint Paul (p), Ronald Arrouvel (cb), Jean-Pierre Foubert (dms)

Allez c’est sans façon, juste un truc entre copains d’enfance qui depuis qu’ils sont tout petits sont tombés dans la marmite, du jazz.

Aujourd’hui, ils sont casés bien comme il faut depuis pas mal de temps. Ils bossent pas dans la musique et ils ont fait des gosses sympas mais ils ont continué, je pense à écouter en loucedé de leurs progénitures du Count Basie sans casque parce que faut pas déconner tout de même.

Alors comme leur religion ne leur interdit pas d’aligner des saucissons, ils se retrouvent parfois dans quelques caves plus ou moins obscures et en guise d’apéro font tourner un petit Stella by starlight, un Road 66 ou un Fly me to the moon. Et pourquoi pas un petit clin d’œil au trompettiste mythique du hard bo ( j’adore !), Kenny Dorham et sa Blue Bossa. Et puis parce que la mélodie est belle, I wish you love.

Ben non ils vont pas vous révolutionner l ‘histoire de jazz. Y a trop de respect pour ça. Ils vont juste vous faire un petit et même un grand plaisir à reprendre ces thèmes bien connus. Quand j’ai entendu le sax, j’ai dit « Zoot Sims sort de ce corps, immédiatement. Non mais c’est pas des manières ! ». Ils se la racontent pas mais il se passe un petit truc . Un truc qui parle un peu d’amour. D’être entre pote et de partager cette passion commune d’un truc qui vieillit pas.

Voilà c’est tout , c’est juste pas grand chose mais ça fait du bien part où ça passe.

Merci les garçons et merci mademoiselle la chanteuse. Continuez à prendre votre pied. On vous suit…..

Jean-Marc Gelin

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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 14:09
MARTIAL SOLAL « Universolal »

CD & DVD JMS 109-2 / www.sphinx-distribution.com & La Baleine

CD :Martial Solal (piano solo & trio), Marc Johnson (contrebasse), Peter Erskine (batterie), Paris,1993-94 (solo), 1995 (trio)

DVD : Martial Solal (piano solo), Washington, Bibliothèque du Congrès, avril 2011.

Une compilation doublée d'une vidéo inédite : que demander de plus ? Le CD compile finement deux albums de Martial Solal pour le catalogue JMS : « Martial Solal improvise pour France Musique » et « Triangle », avec Marc Johnson et Peter Erskine. Du premier, qui était en lui même une anthologie des concerts/émissions de Martial, en solo, en 1993-94, trois titres : I Can't Get Started, version méditative, mais avec les indispensables bifurcations solaliennes ; La Cumparsita comme on ne l'entend nulle part ailleurs ; et Tea for Two tel qu'il l'affectionne, espiègle, et ouvrant çà et là les innombrables tiroirs de la mémoire. Du second, sept des dix plages originelles, merveilleuses illustration de ce que peut être un trio qui s'évade, en parfaite maîtrise, d'un ensemble de compostions originales formellement riches. La conception de la compilation, dans la succession des plages et des climats, est proche de la perfection.

Quant au DVD, il nous offre un concert inédit, donné par le pianiste, en solo, à l'auditorium Coolidge de la Bibliothèque du Congrès, à Washington. C'est une quintessence de l'Art Martial en solitaire. Les standards tant aimés (Round Midnight, All The Things You Are, Lover Man....) sont rejoués avec la fraîcheur d'une première fois, et en toute liberté comme il se doit. Les 37 minutes de ce concerts justifieraient à elles seuls l'existence de ce double CD-DVD. Et la vidéo offre en bonus un entretien du pianiste avec Larry Appelbaum, éminent collaborateur de la bibliothèque de Washington, célèbre pour son fonds audio-visuel dans le domaine du jazz. Cet entretien avait déjà été accessible sur la toile mais, dans cette forme sous-titrée, il complète opportunément ce très indispensable objet.

Xavier Prévost

Simultanément JMS publie un triple CD pour célébrer 40 années de son travail d'éditeur musical, « 40ème Anniversaire JMS » (JMS 110-2 / www.sphinx-distribution.com & La Baleine) , avec des compositions éditées par Jean-Marie Salhani tout au long de sa carrière, par son label JMS, mais aussi par d'autres labels amis. À l'affiche de ce très éclectique objet : Solal, Humair-Jeanneau-Texier, Gordon Beck, Eric Le Lann, Stéphane Grappelli, Christian Escoudé, Louis Sclavis, Aldo Romano, mais aussi Didier Lockwood, Uzeb, Philip Catherine, Aydin Esen, Allan Holdsworth, Jean-Pierre Mas....

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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 13:51
ERIK FRIEDLANDER «Oscalypso, Tribute to Oscar Pettiford»

Erik Friedlander (violoncelle), Michael Blake (saxophones), Trevor Dunn (contrebasse), Michael Sarin (batterie). New York, 2015

Skipstone Records SSR 22 / http://www.skipstonerecords.com/

Erik Friedlander est violoncelliste, comme l'était Oscar Pettiford, contrebassiste qui jouait aussi du violoncelle, et qui fut l'un des pionniers de l'utilisation de cet instrument dans le jazz. Musicien impliqué dans la mouvance de John Zorn, Erik Friedlander est un fin connaisseur du jazz de stricte obédience, et son initiative vient à point pour nous rappeler que Pettiford, contrebassiste exceptionnel, fut aussi l'un des compositeurs et arrangeurs les plus intéressants des années 50. À l'archet ou en pizzicato, Erik Friedlander fait revivre les compositions de son grand aîné. Les thèmes sont des petits bijoux de consonance subtile, où les tensions harmoniques sont attisées avec gourmandise. Pettiford, qui côtoya aussi bien Ellington que Woody Herman, Monk ou Gillespie, fut avec quelques autres (Gigi Gryce, Tadd Dameron....) de ceux qui dans les années hard bop à New York, édifiaient un courant soucieux de raffinement harmonique, sans négliger pour autant l'impact rythmique cher au jazz de cette époque. Au sommaire de ce disque : Bohemia After Dark, gravé en 1955 par Pettiford à la tête d'un octette qui comptait e ses rangs Donald Byrd, Bob Brookmeyer, Gigi Gryce.... ; Oscalypso, enregistré dès 1950 au violoncelle avec son quartette dont le pianiste s'appelait.... Duke Ellington ; Cello Again et Pendulum At Falcon's Lair immortalisés en 1952 et 1953, par des groupes du violoncelliste dont le contrebassiste était.... Charles Mingus ; Tricotism, inauguré en quintette et en 1954 avec Julius Watkins et Charlie Rouse, et cetera. Bref un florilège des compositions d'Oscar Pettiford, servies avec amour et intensité par Erik Friedlander et son groupe, ce qui rend l'objet plus qu'attachant. Erik Friedlander le publie sur son propre label, Skipstone, et franchement, tant qu'il y aura des gens pour faire des disques comme celui-ci, le jazz vaudra vraiment la peine d'être vécu !

Xavier Prévost

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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 08:11
DAVID KRAKAUER : «  The big picture »
DAVID KRAKAUER : «  The big picture »

Label Bleu 2015

David Krakauer (cl, Clb), Jenny Scheiman (vl), Adam Rogers (g), Rob Burger (p, céleste, hammond, accdn, vibes), Greg Cohen (cb), Nicki Parrott (b), Sheryl bailey (g), Keepalive (loops), Jim Black (dms, perc)

Lorsque nous l’avions rencontré il y a deux ans, David Krakauer nous avait parlé de cet album qui semblait lui tenir tant à cœur.

Il nous expliquait alors qu’il s'agirait pour lui de poursuivre son travail de mémoire et de continuer à explorer autrement sa propre identité juive, son propre patrimoine en s’intéressant aux œuvres cinématographiques qui l’ont marqué non seulement pour ce qu’elles étaient mais aussi pour les musiques sublimes qui les accompagnaient. Dans son propre panthéon du 7ème art, il y a Bob Fosse ( Cabaret, Lenny), Woody Allen (Midnight’s Paris, Love and death, Radio’s days), Roman Polanski (The pianist), Roberto Benigni (La vie est belle), ou encore Mel Brooks ( The producers) et Alan J. Pakula ( Le choix de Sophie).

Krakauer l’explique : « The Big picture est un projet particulier. C’est un voyage à travers l’histoire juive et une exploration sur la façon dont les films nous montrent l’universalité de nos quêtes individuelles »

Et là, à partir de ce matériau qui l’inspire, David Krakauer donne une vie nouvelle à ces thèmes magnifiques dans une pure démarche d’appropriation. Et c’est magique !

Totalement émancipé de ce qui nous agaçait un peu chez lui, de ses côtés virtuoses de bar-mitsva, David Krakauer met dans chacune des notes qu’il souffle ici, un supplément de vie. Anime les mélodies. Les anime d’un groove irrésistible. Les anime d’une passion chauffée à blanc ou d’une émotion rare. Il faut entendre sa version renversante de Body and soul pour toucher du doigt l’immense clarinettiste qu’est David Krakauer. Des thèmes comme celui de La Vie est Belle, prennent ici une nouvelle dimension où la musique de Nicola Piovani renaît dans un moment de grâce. Il faut entendre aussi la force du discours du clarinettiste sur un thème de son idole, Bechet (Si tu vois ma mère) reprise ici sous le groove puissant de sa fidèle bassiste, Nicki Parrott. Qui d’autre que Kakrauer pour comprendre au plus près la puissance de Bechet . Ou encore sur Keep it gay dont la musique est elle-même signée de Mel Brooks et sur laquelle le clarinettiste impressionne par l’énergie qu’il dégage.

Et puis Krakeur,entouré de musiciens exceptionnels n’oublie pas que le jazz vient aussi de la danse. Anime ces thèmes pour les faire exploser dans une joie festive et délirante jusqu’à un final de feu ( un Tradition tiré de Fidder on the roof) dans une version funky où la tenue de ses aigus explose en final orgasmique.

Dans les commentaires du dossier de presse David Krakauer rajoute « je veux que cette expérience soit une opportunité accessible à tous. J’ai le privilège d’être le guide pour ce voyage incroyable ».

Parce que ce qu’il dit est universel et moderne, dans les rires ou les larmes, par la façon dont il élève son art à des points culminants et parce qu’il rend la musique à tous dans un grand moment de délectation collective, « The Big Picture » est assurément un très grand disque de jazz.

Jean-Marc Gelin

NB : ce projet est destiné à être accompagné de la diffusion sur écran du travail de l’un des studio graphique mythique de New-York, Light of day ( cf. les vidéos ci-dessous)

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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 12:23
GÉRALDINE LAURENT « At Work »

Géraldine Laurent (saxophone alto), Paul Lay (piano), Yoni Zelnik (contrebasse), Donald Kontomanou (batterie)

Villetaneuse, mars 2015

Gazebo GAZ 123 / L'Autre distribution

.

ATTENTION : ESPRIT LIBRE !

Ce qui frappe chez Géraldine Laurent, dès l'abord, c'est la liberté : de ton, d'inspiration, de style, de choix. Esprit libre, elle se fie à sa réflexion autant qu'à son instinct, et choisit d'échapper aux enfermements stylistiques. Elle aime Rollins, même si elle joue de l'alto ; elle aime le jazz de stricte obédience (un contrebassiste « à l'ancienne », qui joue sans ampli ni cellule) mais dans ce jazz elle joue in and out, dans les harmonies et en dehors, franchissant les balustrades du possible en tout sens (en cela, elle est magnifiquement aidée par un pianiste saute-frontières qui ne possède les codes que pour mieux les transgresser) ; elle aime le lyrisme, et sait aussi concocter des rythmes vertigineux. Avec elle, la musique semble un jeu infini dans lequel on s'engage, sérieusement, mais sans affectation introspective : la réflexion est indissociable de l'action, la pensée se meut à chaque mesure, dans chaque intonation, dans chaque accent. Suivons le fil de l'album : Odd Folk, comme un emblème de singularité, et un découpage rythmique qui défie le confort. Puis le tempo s'affaire, et ce devrait être l'enfer, mais les diablotins qui l'accompagnent ont compris que les démons sont aussi des anges déchus, et que l'enfer est une des formes du paradis, l'Eden de la cursivité poussée à la limite de l'équilibre. Vient une valse mélancolique, avec un choix d'accents et d'accords qui rappelle For Tomorrow, de McCoy Tyner (et le solo de piano paraît avoir le souvenir de McCoy). Mélancolique encore, la ballade qui vient, ode à la ville d'origine, chorus tout en volutes irisées, qui saisit à chaque phrase la lumière de l'instant. Et l'on file à nouveau, cursif toujours, car c'est du jazz, et le vertige est au terme de chaque nouvel élan. Rien ne manque à ce disque : compositions vraiment originales, standard magnifié (Chora Coraçao de Tom Jobim), classiques du jazz réinventés (Epistrophy, joué un demi-ton plus haut, pour échapper peut-être aux automatismes qu'impliquerait le maintien dans la tonalité d'origine....). Dans cette reprise de Thelonious Monk (exercice périlleux entre tous !) Paul Lay donne la pleine mesure de son considérable talent : ne pas mimer Monk, tout en respectant infiniment son esprit. Et pour clore l'album, Géraldine Laurent a choisi Goodbye Porkpie Hat : l'hommage de Mingus à Lester Young porté en quatre petites minutes à son exact degré d'incandescence expressive et rêveuse. Géraldine Laurent est décidément une grande musicienne, excellemment entourée, et ce disque une grande réussite, jusque dans son parti pris sonore : respect des timbres, équilibre des instruments pour faire entendre UN groupe, refus des artifices.... On y voit la marque du pianiste Laurent de Wilde, qui l'a produit pour son label Gazebo, et à son complice en matière de son, Dominique Poutet (partenaire des aventures électro de Laurent sous le nom d'Otisto 21, preuve que les choix sonores ne sont ni univoques, ni exclusifs).

Et en guise de coda, je m'en remets à la conclusion de Noëlle Châtelet, essayiste et romancière, sur le livret du cd : « Géraldine Laurent, au saxophone, nous fait cadeau de ce chant de l'urgence. Elle a raison. Il lui est nécessaire. À nous aussi ».

Xavier Prévost

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Le groupe se produira le 2 novembre à Paris au Duc des Lombards, le 22 janvier au Chorus de Lausanne, et le 23 janvier à la Maison de la Radio pour un concert « Jazz sur le vif »

Sur Youtube, un reportage sur l'enregistrement, et un entretien avec Pascal Anquetil

https://www.youtube.com/watch?v=GBDisTGlDeE

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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 10:32
ARNAULT CUISINIER « Anima »

Arnault Cuisinier (contrebasse, composition), Jean-Charles Richard (saxophone soprano), Guillaume de Chassy (piano), Fabrice Moreau (batterie)

Malakoff, janvier 2015

Mélisse MEL666018 /Harmonia Mundi

Sur la première plage, dans une valse hyper expressive pleine de modulations, le saxophone soprano et le piano se jouent de ce parcours périlleux entre les accords, et la contrebasse dialogue, en une sorte de contrepoint rythmique et harmonique ; quant à la batterie, elle participe à cette joute amicale, combat de lignes antagonistes d'où surgit le sens et l'authenticité de l'objet musical. Toute prudence gardée en matière d'analogie, c'est un peu comme le conflit d'intelligence qui anime les mains droite et gauche de Glenn Gould quand il joue Bach. Et c'est cette profonde acuité musicale qui préserve cette musique, dans son caractère émotionnel, de toute sucrosité. Au delà des qualités instrumentales et musicales de chacun des membres du groupe, et de leur indiscutable vision esthétique, on se dit que ce n'est pas un hasard si le CD est produit par le pianiste Edouard Ferlet sur son propre label, et qu'il en assure la direction artistique. Il sait, comme les membres du quartette, que l'exigence musicale et l'intensité expressive se retrouvent quand on tutoie les sommets. Et cela se poursuit, de thème en thème : le lyrisme du deuxième, les rythmes segmentés du suivant, avec ici un tropisme hispanisant, façon Olé ! De Coltrane, obédience Dave Liebman.... Puis ce seront des accords mystiques,, avec un paysage en forme de sonate : dans cette tentative de décrire chaque plage, je mesure l'impuissance du langage à restituer la puissance d'évocation de la musique, et de la plage 9, Persona, je dirai simplement que c'est beau comme du Schubert.... Vous l'aurez compris, ce disque m'a enthousiasmé, notamment parce que le leader ne cherche pas à faire un disque de bassiste, mais fait un magnifique CD de compositeur- metteur en scène des talents qui l'entourent, une œuvre de groupe. Précipitez vous !

Xavier Prévost

Le quartette jouera le mardi 27 octobre à Paris au Sunside

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