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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 09:11
CHICO FREEMAN-HEIRI KÄNZIG « The Arrival »

Chico Freeman (saxophone ténor), Heiri Känzig (contrebasse)

Winterthur, 13-14 décembre 2014

Intakt Records CD 251 / Orkhêstra

Quelques mois après la parution en Autriche d'un disque en quartette (« Spoken Into Existence », Jive Music JM-2080-2, www.jivemusic.at ), Chico Freeman publie sous étiquette suisse un duo avec le contrebassiste dudit quartette, Heiri Känzig. Et c'est tant mieux, car les amateurs se languissaient du saxophoniste, qui a fait en juillet dernier des prestations remarquées en France, au festival Jazz à Vienne. C'est en 2013 que les deux musiciens se sont rencontrés, à Lausanne, quand le saxophoniste cherchait un bassiste pour son « 4-tet » (Fourtet, ainsi appelle-t-il ce groupe, auquel s'associent le pianiste Antonio Farao et la batteur Michael Baker). Parallèlement à cette collaboration en quartette, qui se poursuit, le saxophoniste a voulu installer avec son bassiste un dialogue, qui se révèle très fécond. Chacun apporte ses compositions : pour Heiri Känzig un hommage à Paul Chambers (Chamber's Room), un autre à Eddie Harris (One For Eddie Who 2, extrapolé d'une des compositions du contrebassiste pour le groupe « Depart »), et aussi Eye of the Fly, issu de son premier CD en 1994.... ; pour Chico Freeman The Essence of Silence, un thème qu'il avait enregistré en duo avec le pianiste autrichien Fritz Pauer, et de nouvelles compositions, comme cette ballade qui pourrait devenir un standard (Will I See You In The Morning). Et des plages co-signées, comme le très spontané Just Play, qui dit assez la connivence où sont les deux hommes. Des reprises également, avec Dat Dere, de Bobby Timmons, immortalisé naguère par les Jazz Messengers, mais aussi par une version vocale d'Oscar Brown Jr. ; et le magnifique After The Rain de John Coltrane (album « Impressions »), traité avec l'intense lyrisme qui convient. Au total une belle réussite, qui rappelle à bon escient que le jazz (et le duo l'exacerbe) est d'abord la communication des êtres et des consciences.

Xavier Prévost

Le duo se produira le 9 octobre au Moods de Zürich

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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 18:58
RAN BLAKE « GHOST TONES, PORTRAITS OF GEORGE RUSSELL»

Ran Blake (piano & piano électrique), Peter Kenagy (trompette), Aaron Hartley (trombone, ordinateur), Doug Pet (saxophone ténor), Eric Lane (piano & piano électrique), Jason Yeager (piano), Ryan Dugre (guitare), Dave “Knife” Fabris (pedal steel guitar), Rachel Massey (violon), Brad Barrett (contrebasse & guitare basse), David Flaherty (batterie & timbales), Charles Burchell (batterie, timbales & vibraphone), Luke Moldof (effets électroniques).

Boston, New England Conservatory, 24 & 26 juin 2010 sauf Vertical Form VI, Londres, Barbican Hall, 7 mars 1998

A-Side Records 001 ( http://a-siderecords.com/ )

C'est, de l'aveu-même du pianiste, un album audio-biographique, et donc simultanément un hommage à celui qui fut son mentor, son ami et son collègue au New England Conservatory de Boston : le regretté George Russell (1923-2009). Outre des standards en solo (Autumn in New York, qui ouvre et clôt l'album, dans une version plus que lente d'une intense charge émotionnelle ; Manhattan ; You Are My Sushine), le disque déploie des compositions du dédicataire, et des thèmes originaux en rapport avec la vie de George Russell (Alice Norbury, qui évoque sa femme ; Cincinnaty Express, allusion à sa ville natale....). Ran Blake avait déjà enregistré en solo des compositions de George Russell : Stratusphunk en 1966, Ezz-Thetic en 1985.... Il donne ici une version de Living Time en sextette, et de Jack's Blues en quintette. C'est comme un monument d'affection, érigé par ceux qui tenaient, à juste raison, George Russell pour un créateur majeur de cette musique. Vertical Form VI, en 4 minutes et 45 secondes exhumées d'une concert londonien de 1998, met l'accent sur l'extraordinaire diversité du génie singulier de Russell. Le piano de Ran Blake respire, comme toujours, d'une retenue qui décuple l'intensité de l'expression : une idée de la beauté telle qu'on la rêve, inaltérable !

Xavier Prévost

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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 12:16

Géraldine Keller (voix), Daniel Erdmann (saxophones ténor & soprano), François Corneloup (saxophones baryton & soprano), Philippe Deschepper (guitare), Christophe Marguet (batterie), Claude Tchamitchian (contrebasse & composition). Paris, Inalco, 17 septembre 2015, 20h.

Pour commémorer le centenaire du génocide arménien, Claude Tchamitchian a choisi pour inspiration un livre de Krikor Beledian, Seuils (éd. Parenthèses, 2011). Un livre qui, à partir des souvenirs d'enfance de l'auteur, dans un quartier de Beyrouth (terre de l'exil), et de la contemplation de vieilles photographies, retrace par l'imaginaire la mémoire et l'identité ( un imaginaire survivant à toute forme d'oppression, précise Claude Tchamitchian dans sa courte et chaleureuse présentation, en début de concert). Mais l'on n'est pas ici dans une musique à programme. Le texte dit (chanté, improvisé....) par Géraldine Keller, nous parle du chemin vers Damas pour fuir le génocide ; de funérailles au bord de l'Euphrate ; du lent cheminement du chaos vers le cosmos, vers l'abondance et les récoltes. Et la musique, tissée d'éléments hétérogènes, s'édifie en parfaite cohérence formelle, étape par étape, entre retenue extrême et paroxysme assumé. Ici un solo de saxophone soprano de Daniel Erdmann évoque le timbre du doudouk arménien ; là le baryton de François Corneloup nous rappelle que l'on voyage en territoire de jazz ; ailleurs encore la batterie à mains nues de Christophe Marguet, ou les transparences fines de la guitare de Philippe Deschepper, nous font découvrir « tout un monde lointain ». Et la contrebasse du leader joue de multiples rôles, entre révolte, colère, douceur et méditation. Avant cette représentation parisienne dans le cadre d'un colloque à l'Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales) consacré au poète Krikor Beledian, ce concert avait été donné une première fois à Marseille, en juin dernier. C'est une sorte de work in progress, dans l'esprit de Charles Mingus, et c'est à Mingus que l'on pense, dans l'ambition formelle aboutie, dans l'implacable cohérence, dans la rage expressive, dans l'irrépressible pulsation ; comme le souvenir d'une émotion ancienne, à l'écoute de The Black Saint and the Sinner Lady.

Xavier Prévost

Le Sextette de Claude Tchamitchian donnera ce programme le 15 octobre à Marseille dans le cadre du festival « Les émouvantes » & le 17 octobre à l'AJMI d'Avignon

Vidéo de la première répétition, au printemps dernier

https://www.youtube.com/watch?t=4&v=kbS7msXyoI0

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 10:18
PHILIPPE SOIRAT «You Know I Care»

David Prez (saxophone ténor), Vincent Bourgeyx (Piano), Yoni Zelnik (contrebasse),Philippe Soirat (batterie). Malakoff, 2 & 3 juillet 2014

Paris Jazz Underground PJU 015 / Socadisc

S'il est un sideman qui se soucie de la musique en train de se jouer, en se mettant au service du groupe au sein duquel il œuvre, c'est bien le batteur Philippe Soirat. Depuis quelques lustres déjà, il a sollicité les fûts de sa batterie en bonne compagnie, de Barney Wilen et Alain Jean-Marie à Phil Woods et Dee Dee Bridgewater, en passant par les frères Belmondo, Barry Harris, Lou Donaldson, Johnny Griffin, Lenny Popkin ou Mark Turner.... Et pour son premier disque en leader, après plus de 25 années de carrière, il prend soin (grand soin) de veiller au choix le plus en phase avec son cœur musicien. Un cœur qui penche du côté de Blue Note, assurément, et des grands maîtres du jazz moderne. C'est ainsi qu'il reprend des thèmes de Monk, Hancock, Gillespie, Wayne Shorter, George Russell, Andrew Hill, Joe Henderson, Tony Williams ou Duke Pearson (dont il reprend malicieusement un titre, pour identifier ce cd). Et il y ajoute une composition du saxophoniste David Prez, ainsi qu'un court solo de son cru. Le répertoire, loin d'être joué dans un esprit d'épigone, est soigneusement remis sur l'établi, retravaillé avec l'amour d'un artisan d'art. Cela est sensible dès la première plage, The Eye of the Huriccane, traité très différemment de la version princeps d' Herbie Hancock : le choix par Philippe Soirat d'un dialogue anguleux en tandem contrebasse-batterie comme assise rythmique, là où l'interprétation de référence offrait une ligne de basse cursive, induit un déroulement différent de toute la plage, et engendre des improvisations (les solistes son en verve !) qui échappent à la redite. Et il en va ainsi de la plupart des plages. Car le batteur, comme ses partenaires, est bien de cette trempe d'artisan dont on fait les vrais artistes. Et c'est en artiste qu'il nous fait savoir, via l'intitulé de son album, qu'il prend soin de la musique, et qu'il a de longtemps fait de la beauté son beau souci. Nous le savions déjà ; nous n'en douterons jamais plus.

Xavier Prévost

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 10:12
ARRIGO CAPPELLETTI-FURIO DI CASTRI-BRUCE DITMAS   «Homage to Paul Bley»

ARRIGO CAPPELLETTI-FURIO DI CASTRI-BRUCE DITMAS « Homage to Paul Bley »

Arrigo Cappelletti (piano), Furio Di Castri (contrebasse), Bruce Ditmas (batterie)

Udine, Artesuono studio, 25 & 26 mars 2015

Leo Records CD LR 732 / Orkhêstra

Le pianiste italien, également pédagogue, admire Paul Bley (auquel il a consacré un livre : Paul Bley, la logica del caso, L'Epos, Palerme, 2004) ; mais il aime aussi Bill Evans, Lennie Tristano et John Lewis. Pour cet hommage à Paul Bley, enregistré dans la foulée d'un concert du trio à la Casa del Jazz de Rome, il a fait le choix, plutôt que de jouer les compositions du pianiste canadien, de compagnonner avec deux de ses anciens partenaires : le contrebassiste Furio di Castri (« Chaos », 1994), et le batteur Bruce Ditmas (« Pastorius-Metheny-Ditmas-Bley », 1974). Le trio, dans sa conception, très ouverte et très interactive, évoque les trios de Paul Bley dans les années 60. On n'y trouve aucune composition de Paul Bley, et pourtant bien des plages, composées par Arrigo Cappelletti, évoquent son univers d'intervalles distendus, de phrases en suspens, de cheminements sinueux. Ici une sorte de blues en mi bémol (Breaks) rappelle ce que le Paul Bley de la fin des années 50 devait à Lennie Tristano, et à d'autres contemporains. Et les seuls autres compositeurs convoqués (Monk, pour un medley, et Andrew Hill), disent assez que la quête pianistique se fait ici hors des courants dominants. Dans sa conception du trio, le musicien revendique explicitement la sobriété, voire un certain ascétisme. Et pourtant l'intensité de la relation musicale qui s'établit entre les partenaires procure une vive impression de densité et de richesse. Ce qui fait au total, en plus d'un très bel hommage, un très très bon disque de trio.

Xavier Prévost

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 10:09
PRINTS & FRIENDS « TRANSFORMATIONS »

Sylvain Cathala (saxophone ténor, composition), StéphanePayen (saxophone alto), Jean-Philippe Morel (contrebasse), Franck Vaillant (batterie), Gilles Coronado (guitare), Benjamin Moussay (piano électrique), Alain Vankenhove (trompette), Sébastien Llado (trombone, tuba). Montreuil, 21 & 22 mai 2014.

Connexe Records CR-004 / Muséa

http://www.sylvaincathala.com/

www.sylvaincathala.bandcamp.com

Dix-neuf ans après la création du quartette Print, et 6 ans après la publication du premier opus de son extension en Print & Friends (« Around K », Yolk records), le saxophoniste ténor Sylvain Cathala récidive, avec une œuvre intitulée « Transformations » (Commande d'État), créée à la Cave Dimière d'Argenteuil, et enregistrée dans la foulée en mai 2014 au studio Séquenza. Autour du noyau originel de Print (Stéphane Payen, Jean-Philippe Morel, Franck Vaillant), Sylvain Catahala rassemble une équipe partiellement renouvelée : Benjamin Moussay succède à Jozef Dumoulin, Alain Vankenhove remplace Laurent Blondiau, tandis que Gilles Coronado et Sébastien Llado restent fidèles au poste. La musique procède des fondamentaux assumés par le saxophoniste-compositeur : prégnance des rythmes complexes, déroulement polymétrique et poly-vitesses parfaitement maîtrisé, ce qui constitue une sorte de dramaturgie où chaque intervenants peut délivrer expression et émotion, en toute cohérence, que la séquence soit écrite ou improvisée. On est assurément dans le jazz, cette musique qui s'écrit pour des interprètes-improvisateurs choisis avec soin, pour ce qu'ils apportent d'engagement, d'expression individuelle et de sens collectif au service du groupe. L'univers musical circule librement entre une espèce de sérialisme adouci par des pulsions tonales, et des développements dans l'univers modal. Les solistes se montrent parfaitement à l'aise dans ce cadre de rigueur tempérée, où leur autonomie d'expression est assurée ; le tandem contrebasse-batterie est comme toujours d'une solidité exemplaire, avec cette indicible faculté d'insuffler de la vie au sein même de ce qui, écouté sans l'attention requise, pourrait paraître abstrait. Bref ce disque est exemplaire d'une forme d'aboutissement, dans une direction musicale vivace dans notre paysage hexagonal, depuis le début des années 90 ; direction où l'on retrouve, sans souci de hiérarchie ou de chapelle, Kartet, Marc Ducret, Benoît Delbecq, Stéphane Payen, Benjamin Moussay, et beaucoup d'autres, qui construisent en permanence un nouveau jazz qui n'a pas besoin de se dire Nujazz pour convaincre .

Xavier Prévost

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 09:54
PIERRE CHRISTOPHE QUARTET « Valparaiso »

Olivier Zanot (saxophone alto), Pierre Christophe (piano), Raphaël Dever (contrebasse) & Mourad Benhammou (batterie). Enr. le 14 septembre 2014.

Black & Blue BB 803.2 / Socadisc

http://www.microscopie.fr/pierrechristophe/pages/accueil.htm

On aurait tort de circonscrire Pierre Christophe à sa passion pour Jaki Byard, dont il fut l'élève à New York (et auquel il consacra trois CD), ou à son goût précoce pour Erroll Garner. Jaki Byard lui a légué une ouverture d'esprit qui embrasse tous les territoires du jazz, de Fats Waller à Sam Rivers, en passant par Bud Powell, Eric Dolphy, Mingus ou Ellington.... Avec ce quartette très consonnant, où la mélodie fait en permanence valoir ses droits, on pense à Art Pepper, ou Paul Desmond chez Brubeck, à cause du saxophoniste Olivier Zanot, dont la sonorité délicate éclaire ce projet musical. Il faut se rappeler que Pierre Christophe, qui a travaillé ses classiques à la Manhattan School of Music de New York, est un fin connaisseur de l'idiome, et il a fait partager son enthousiasme et sa compétence aux auditeurs de France Musique en participant à plusieurs reprises au « Matin des musiciens jazz » d'Arnaud Merlin, programme hélas passé à la trappe dans les bouleversements de juillet 2014. On peut encore réécouter sur la toile l'émission où Pierre Christophe faisait partager sa connaissance de Dave Brubeck :

http://www.francemusique.fr/emission/le-matin-des-musiciens-du-mardi/2012-2013/dave-brubeck-avec-pierre-christophe-05-07-2013-00-00

Et c'est un peu vers Brubeck que nous entraîne ce disque de Pierre Christophe : atmosphère assez cool, mais avec intensité de la pulsation ; soigneuse élaboration harmonique et variété des rythmes choisis. L'histoire parle au fil des plages, avec Fats Meets Erroll, ou encore la segmentation façon bebop de l'exposé de Grumpy Old Folks, hymne aux pépés grognons. Et dans le solo de piano de Relaxin'at Battery Park (un parc à la pointe sud de Manhattan, où il fait bon flâner), j'entends comme un écho d'un des solos de Jaki Byard dans The Black Saint and the Sinner Lady de Charles Mingus : phantasme d'amateur fanatisé ? Illusion sonore ? Peu importe.... Ce disque fait voyager dans le jazz, dans l'amour du jazz, et c'est un plaisir (rare ?) qui ne se refuse pas !

Xavier Prévost

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 21:48
DOMINIQUE PIFARÉLY « Time Before And Time After »

Dominique Pifarély (violon). Poitiers, Auditorium Saint-Germain, septembre2012 ; Argenteuil, Cave Dimière, février 2013.

ECM 2411 / Universal

www.pifarely.net

Alors même qu'il a enregistré, au début de l'été 2015, avec son nouveau quartette (Antonin Rayon, Bruno Chevillon & François Merville), le violoniste publie un album solo totalement inclassable. Entre écriture et improvisation, sans qu'il soit possible de faire de l'une et l'autre l'exact départ, l'album se construit, de plage en plage, avec une cohérence remarquable. Chaque pièce, après avoir été jouée dans l'intensité de l'instant, a reçu pour identité un mot ou une expression, et ces titres sont empruntés à des poètes dont le violoniste tire sa sève d'artiste : Paul Celan, Mahmoud Darwich, Fernando Pessoa, André du Bouchet, Henri Michaux.... Quant au titre de l'album, il est emprunté à un poème de T.S. Eliot, où « le temps présent et le temps passé sont tous deux peut-être présents dans le futur, et le futur contenu dans le passé ». La question de l'idiome sera fatalement posée par tel ou tel, mais elle ne s'impose pas : on est ici en territoire de musique, au sens le plus large, et dans ce lyrisme assumé, dans cette finesse d'expression, et dans cette audace mélodique, le jazz, la musique dite contemporaine, ou classique, et bien des musiques du vaste monde, pourront se reconnaître. Le timbre de l'instrument est d'une richesse incroyable, entre acidité et rondeur, et cette sonorité fait corps, à chaque instant, avec le propos musical. L'album se conclut pas un magnifique standard, My Foolish Heart, ultime poème d'amour de la poésie. On tutoie ici une forme de perfection, ou plutôt d'accomplissement. On écrit souvent, et souvent avec une certaine imprudence, que l'improvisateur est un compositeur de l'instant. On pourrait dire, non sans malice, que composer c'est improviser durablement. Car ce disque, et cette musique, traverseront à n'en pas douter les affres du temps, passé, présent et futur enfin réconciliés.

Xavier Prévost

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 11:18
STEVE COLEMAN Music live in Paris

2Oth anniversary Collector’s Edition

1 coffret 4C D RCA Legacy / Sony MUsic

Ceux qui se désolent encore de ne pas avoir pu assister aux résidences du grand saxophoniste de Chicago lors du festival Jazz à la Villette (sessions 2015) ont matière à se consoler. En effet, Sony Legacy vient de rééditer l’enregistrement des 3 concerts mythiques donnés par Steve Coleman en mars 1995 au Hot Brass (l’actuel Trabendo). Comme le racontent les pages du superbe numéro de Jazzmagazine n°676 consacré ( enfin !) au saxophoniste, ces concerts restent de toute évidence gravés dans les mémoires des aficionados parisiens.

1995. Le jazz cherche ses nouvelles voies. Ses nouveaux moyens d’expression. De nouvelles musiques surgissent et Steve Coleman avec ses trois formations (Mystic Rythm Society, Metrics et Five elements) faisait alors, comme il le fait toujours : ouvre des portes. Va puiser dans toutes ces musiques, qu’elles soient traditionnelles ou modernes pour en offrir un génial melting pot syncrétique. Trois volets donc. Avec « Mystic Rythm » il y est question de transes mêlant le jazz à la world music, au koto japonais autant qu’aux chants arabes. Avec « Metrics » il y est question du mélange des pulses du jazz avec celles du rap ( Coleman n’aime pas parler de rappeurs il préfère parler de lyricists). Là, c’est le jazz qui s’acoquine avec une autre musique de la rue. Et enfin avec « Five Elements » il est question d’une vraie réflexion sur les formes du groove plongeant au cœur des racines d’un jazz plus bop pour lui montrer des vois plus actuelles et incandescentes.

Sans relâche, Coleman travaille sur l’intégration des différentes formes d’improvisation dans le cadre de structures polyrythmiques complexes. Quelle qu’elles soient. Et c’est toujours jouissif ! Notamment parce que dans la bande des fellow partners de Steve Coleman il y a un Gene Lake qui atteignait des sommets. Ou encore un maître du groove, avec un Reggie Washington impérial. On y entend aussi les interventions du trompettiste Ralph Alessi ou encore d’un tout jeune pianiste promis à l’avenir que l’on sait, Vijay Iyer. Et même David Murray qui s’invite sur le plateau le dernier soir pour jeter une huile bouillonnante sur le feu de la lave colemanienne.

Le dernier soir, C’est le grand gourou de ces sessions, Steve Coleman lui-même qui explose, pas seulement grand ordonnateur, pas seulement grand maître du tempo, pas seulement cérébral mais aussi grand maître d’un son venu de très loin, digne héritier de Charlie Parker par d’autres moyens.

Ces sessions rééditées par Daniel Baumgarten sont le formidable témoignage d’une époque. Si les rappeurs des Metrics peuvent nous sembler un tantinet désuets et ringards aujourd’hui, force est néanmoins de constater que les deux autres volets n’ont pas pris une seule ride et qu’hier comme aujourd’hui la musique des Five Elements porte le jazz aux sommetx que seuls des génies de la trempe de Steve Coleman ou John Zorn peuvent atteindre..

Est ce qu’en mars 95, Paris brûlait ? En tous cas il se consumait de plaisir ….

Jean-Marc Gelin

Pas beaucoup de traces vidéo des sessions de 95. Celle-là date de l'année suivante.

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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 07:04
Vincent Courtois : " WEST "

Label La Buissonne/ Harmonia Mundi

www.labuissonne.com

www.LACOMPAGNIEDELIMPREVU.com

www.vincentcourtois.com

https://www.youtube.com/watch?v=SZk_SijXtQw

Une musique fraîche et enthousiaste, grave et introspective pour un musicien établi qui continue à chercher, pour qui la chose qui compte encore avant tout est le plaisir de jouer ensemble, de se surprendre et nous surprendre, de ne pas se reposer sur ses lauriers. Le violoncelliste Vincent Courtois sait valoriser l’apport des musiciens qu’il a choisis, deux excellents saxophonistes ténor, combinaison inédite d'instruments du milieu, proches du registre du violoncelle. Comment arrivent ils à s’ajuster et se répartir les rôles? Cela semble aller de soi, tant ces deux musiciens Robin Fincker et Daniel Erdmann jouent avec une pertinence élégante, se répartissant les rôles avec une rapidité confondante, en bonne intelligence. Le quatrième larron est le formidable pianiste Benjamin Moussay (sur 5 des onze titres) dont la folie inventive s’accorde à merveille à tous ces « jouets » musicaux, variations du piano, du toy piano au célesta ou au clavecin. Quant à Vincent Courtois, il peut, je le répète, tout obtenir de son violoncelle, le transformer en guitare, violon, lui faire pleurer le blues, ou le rendre à sa dignité classique à l’archet. Electrifié, il sonne autrement et donne des effets plastiquement sonores fascinants.

Une façon pour le groupe de jouer avec la spontanéité, tout en enfonçant le clou d’une certaine sophistication, n’omettant jamais la préméditation de ce projet baroque et foisonnant où distorsions électriques, envolées pop rock, jazz et classique se jouent dans l’instant. Ce nouvel album évoque le "Go West Young Man", une nouvelle frontière à atteindre?, un départ vers l’inconnu, et montre, en un écho brillant et évident, une réelle continuité avec le précédent Mediums en trio (les mêmes saxophonistes sur le même label). Il y est par exemple question de ces êtres monstrueux des baraques foraines, ces « Freaks » en hommage au film muet en noir et blanc de Tod Browning, dont la plainte intérieure nous est perceptible par le velouté tendrement moelleux des saxophonistes. Parfaite bande originale du film qui se joue dans nos oreilles si l’on se prête au courant de la narration. Et que dire de «West», le titre éponyme de l’album qui vous emporte dans une boucle obsédante? Poursuivant la beauté pleinement féconde de ses projets qui trament une toile de vie, Vincent Courtois a déjà d’autres idées à défendre, avec cette formation qu’il affectionne, sur les «Bandes Originales» de films, justement. En attendant, voilà un cadeau pour les fans, qui continueront ainsi à le suivre avec délectation comme moi cet été à Cluny et une entrée pour ceux qui étaient peut-être restés en retrait jusque là.

Sophie Chambon

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